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vendredi 15 mai 2026

Garde à vue de Claude Miller (1981) - ★★★★★★★★★☆


Nous sommes le soir du 31 décembre et alors que la population s'apprête à fêter le nouvel an, l’inspecteur Antoine Gallien reçoit dans son bureau le notaire Jérôme Martinaud. Assisté par l'inspecteur Marcel Belmont, Gallien interroge le notable au sujet de deux homicides concernant deux très jeunes filles. L'une a été retrouvée morte sur une plage et la seconde sur un terrain communal. Lorsque l'intrigue débute, celui qui très rapidement va se comporter comme un suspect se montre arrogant et surtout très évasif lorsque l'inspecteur incarné à l'écran par l'immense Lino Ventura lui pose des questions sur son emploi du temps. Curieux de connaître les détails précis s'agissant de la découverte par Martinaud de l'un des deux corps, Gallien lui met la pression. ''Épaulé'' par un Belmont nettement plus agressif envers le notaire. Et ce qui n'était au départ que l'interrogatoire classique d'un notable très connu dans la région en tant que simple témoin va rapidement se transformer en garde à vue durant laquelle, l’ambiguïté de Martinaud ainsi que sa désinvolture face à l'horreur du double fait-divers vont convaincre Gallien à pousser l'homme dans ses derniers retranchements... Réalisé par Claude Miller entre le 27 janvier et le 13 mars 1981, Garde à vue est un classique du cinéma policier hexagonal. Face à la carrure impressionnante de Lino Ventura, le cinéaste lui oppose un Michel Serrault qui derrière un physique déjà nettement moins impressionnant se sert ici du statut de notable de son personnage pour s'imposer malgré des éléments d'enquête qui contredisent à peu près tout ce qui repose sur le témoignage qu'il a rapporté antérieurement au récit développé ici. Accompagnés par un Guy Marchand qui dans le rôle de l'inspecteur Marcel Belmont rivalise de cynisme avec le témoin devenu suspect, Lino Ventura et Michel Serrault s'affrontent dans un duel verbal absolument remarquable que l'on doit au dialoguiste de génie, Michel Audiard...


Ici, pas d'enquête policière telle qu'elle est généralement conçue dans ce type de fiction. Pas de découverte d'un ou de plusieurs corps précédant des investigations de terrain. Tout juste quelques photographies rappelant l'horreur du fait-divers. Non, ici tout est concentré autour des quatre murs d'un bureau transformé en salle d'interrogatoire où l'on entend régulièrement les touches d'une machine à écrire sur laquelle Belmont s'acharne à taper la déposition du notaire entre deux blagues de mauvais goût. Le concept de ''Good Cop / Bad Cop'' qui se veut être une technique employée lors des interrogatoires intégrant un flic calme et faussement sympathique à un second, agressif et déjà beaucoup moins conciliant envers le témoin/suspect n'est ici pas à l'ordre du jour. Car même si les personnalités des deux inspecteurs ne concordent jamais vraiment, quelques regards de Gallien lancés en direction de Belmont confirment que les deux hommes ne jouent pas à ce jeu qui consiste à manipuler celui qu'ils interrogent. On peut même dire que le premier déteste les méthodes du second. Bien que l'intrigue se déroule à une date presque précise (nous sommes à l'orée du nouvel an mais... en quelle année précisément ?) un certain flou tourne autour de certains détails géographiques. Ce qui, en soit, n'est pas vraiment un problème puisque Garde à vue est un huis-clos tandis que les rares scènes d'extérieurs s'intéressent davantage aux festivités de fin d'année qui se déroulent en face du commissariat qu'aux lieux mêmes des crimes...


Une certaine distanciation que l'on pourrait comprendre face à l'horreur des actes dont le spectateur n'est témoin qu'à travers des termes aussi bruts que ''viols'' et ''étranglements'', Claude Miller nous épargnant les détails les plus sordides alors même qu'il ne retiendra plus ses mots ni ceux du romancier et scénariste Emmanuel Carrère dix-sept ans plus tard lorsque viendra le moment de signer le très glaçant La classe de neige... Privilégiant les dialogues à l'action, les regards et le jeu d'acteurs à la gestuelle (quoi que celle-ci puisse tout de même revêtir parfois une importance considérable), Garde à vue repose sur le duel entre deux hommes (et même trois si l'on ajoute la performance toute en audace de Guy Marchand), sur une tension qui à mesure que les heures passent monte graduellement et joue avec la plus subtile des perversions sur l'intime. Car pour comprendre le personnage de Martinaud, quoi de mieux que de dépasser son seul statut de témoin des événements pour aller plus en profondeur et aller chercher ce qui chez cet énigmatique individu expliquerait un éventuel passage à l'acte ? Claude Miller aurait-il choisi son camp en faisant de cet homme respecté et jusqu'à maintenant respectable un personnage qui aurait quoi qu'il arrive des choses à se reprocher ? Car comment expliquer alors l'intervention de la magnifique Romy Schneider dans le rôle de l'épouse du notaire qui au moment où tout bascule lorsque la culpabilité de celui-ci est devenue un impératif moral (Après avoir été frappé par Belmont, Martinaud explique avec ses mots qu'il vaut mieux avoir frappé un coupable plutôt qu'un innocent) vient en rajouter une couche en apportant une ''preuve'' de sa culpabilité ? Romy Schneider, justement... magnifique, digne... Un petit rôle pour une grande incarnation, jusqu'à ce final terrible suivant un twist inattendu, la encore précédé d'un souvenir contant une période dans l'existence du couple qui n'a à proprement parler rien à voir avec l'enquête mais dont l'évocation pourrait avoir de graves conséquences... On sort du film avec la sensation de s'être assis aux côtés du notaire et face au flic. Témoins d'une garde à vue magistralement orchestrée par un cinéaste et ses interprètes...

 

mercredi 9 juillet 2025

Ces messieurs de la gâchette de Raoul André (1970) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Deux ans après Ces messieurs de la famille, Raoul André nous revenait en 1970 avec Ces messieurs de la gâchette. Entre-temps, le réalisateur français aura eu l'occasion de mettre en scène Jean Lefebvre et à nouveau Francis Blanche, Darry Cowl et Annie Cordy dans Le Bourgeois gentil mec. Si un certain nombre d'interprètes reprennent le rôle qu'ils tinrent deux ans auparavant, d'autres par contre changent totalement de registre. Dans celui des membres de la famille Pelletier l'on retrouve donc Michel Serrault en bon père de famille bourgeois toujours directeur de l'entreprise qui l'employait dans le précédent long-métrage, Darry Cowl dans celui de son frère Albert, le metteur en scène, Anne Carrère incarne toujours Simone, l'épouse de Gabriel Pelletier tandis que la nièce de Louis de Funès, Isabelle de Funès, remplace Anna Gaël dans le rôle de la fille Pelletier, Nicole. Du côté des interprètes qui ont changé de rôle, Francis Blanche est passé du commercial américain originaire de Düsseldorf et au fort accent germanique au chef de famille et gangster italien Marco Lombardi. Alors que Bernadette Stern interprétait le rôle du mannequin et petite amie d’Albert dans Ces messieurs de la famille, cette fois-ci l'actrice incarne celui de Barbara, l'une des deux filles de Marco Lombardi. Dans cette séquelle, il ne s'agit plus de négociations entre deux commerciaux d'entreprises rivales mais bien de l'exploitation d'une famille aisée par une seconde exclusivement formée autour de malfaiteurs. Tout commence par la relation entre Luigi, le fils de Marco et Nicole, la fille de Gabriel. Ces deux là viennent de se rencontrer et pourtant, très rapidement, ils décident de partir pour l'Italie afin de s'y marier. Notons que dans le rôle de Luigi l'on retrouve le célèbre animateur de télévision Patrice Laffont qui fut notamment aux commandes des émissions Fort Boyard, Des chiffres et des lettres ou Pyramide et qui apparu à plusieurs reprises dans de petits rôles au cinéma. C'est ainsi que l'on retrouvera Patrice Laffont dans le rôle du dragueur Jean-Luc dans Le gendarme de Saint-Tropez de Jean Girault en 1964 ou dans son propre rôle à diverses occasions comme dans Pour cent briques t'as plus rien d’Édouard Molinaro n 1982, La belle histoire de Claude Lelouch en 1982 ou encore La cité de la peur d'Alain Berbérian en 1994 !


Il forme ici avec Isabelle de Funès le seul couple réellement ''sincère'' puisque tout ce qui tournera autour des membres des familles Pelletier et Lombardi aura comme seul projet pour ces derniers de ''rincer'' financièrement et manipuler chaque membre de la famille de Gabriel. Mais au final, le principal projet de Marco et de sa bande sera de mettre la main sur un magot enfermé dans le coffre d'une usine appartenant à une directrice incarnée par Micheline Dax. Si Michel Galabru ne fait plus partie de l'aventure, il est désormais remplacé par Marc Dudicourt, lequel interprète un inspecteur de police très présent à l'image et qui rapidement va tourner autour des deux familles. Afin de détourner l'attention de la directrice de l'usine et ainsi lui faire révéler le code du coffre qui renferme les recettes de son entreprise, Marco Lombardi contraint Bernard Le Gall (toujours incarné par Jean Poiret) de la séduire. Contrainte à laquelle celui-ci ne peut échapper puisque Marco porte sur lui une reconnaissance de dette de plusieurs dizaines de milliers de francs suite à une partie de cartes qui a mal tourné pour le membre de la famille Pelletier. On ne change pas une équipe qui ''gagne'' puisque le réalisateur signe une fois encore le script en compagnie du fidèle Jacques Dreux. Tout comme pour la chanson-titre de Ces messieurs de la famille, le générique de Ces messieurs de la gâchette est composée par Darry Cowl et Jean-Michel Defaye et est une nouvelle fois interprété par Annie Cordy. L'actrice belge a désormais les cheveux qui frisottent et se montre encore plus désinvolte que lors des précédentes aventures. Toujours à fond dans le maoïsme, elle embrigade de jeunes révolutionnaires parmi lesquels le couple nouvellement formé par Luigi et Nicole.Ceux qui apprécièrent Ces messieurs de la famille devraient logiquement trouver cette suite sympathique tandis que ceux qui n'eurent aucune accointance avec l'approche franchouillarde du récit risquent d'être décontenancés à l'idée de replonger une nouvelle fois au cœur d'une comédie certes un peu mieux écrite mais demeurant tout de même d'une bêtise que l'on ne rencontre généralement que dans ce type de comédies françaises...

 

dimanche 6 juillet 2025

Ces messieurs de la famille de Raoul André (1968) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Aux États-Unis, ils ont Denzel Washington, Forest Whitaker, Morgan Freeman, Samuel L. Jackson, Eddie Murphy ou encore Laurence Fishburne. Et en France, on a qui ? Jean-Pascal Zadi et... ET.... EEEEET ? Omar Sy !!! Alors que je m'apprêtait à lancer la dernière purge de ce dernier mise à disposition des abonnés d'Amazon Prime, il m'a fallut un très court instant de conscience pour choisir un autre programme et remiser la chose lorsque les températures me permettront de conserver toute mon objectivité. Car l'opération consistant à regarder un film de Sy tandis que le thermomètre affiche les trente-cinq degrés est pour l'instant, inenvisageable. C'est pourquoi, en attendant que le climat se rafraîchisse, j'ai choisi de me lancer dans la projection d'une franchouillardise bien de chez nous. C'est ainsi que je découvre pour la première fois le nom de Raoul André, réalisateur et scénariste français prolifique puisque entre 1947 et 1974, il fut l'auteur de plus de trente longs-métrages. Et parmi ceux-ci, Ces messieurs de la famille, œuvre hautement philosophique, incarnée par une foule d'interprètes qui auraient, pour les amateurs de nanars, sans doute mérité leur place à la Comédie Française et que les plus jeunes ne connaissent certainement pas. Et pour cause : une grande majorité d'entre eux ne sont plus de ce monde. Raoul André... Mais où donc le réalisateur a-t-il été chercher un nom pareil. Chez ses parents, me direz-vous. Même pas foutu de se trouver un pseudonyme, le bonhomme sembla avoir eu comme égérie, l'actrice, chanteuse et meneuse de revue belge, Annie Cordy. Cinq films en commun dont celui-ci et dans lequel, alors âgée de quarante printemps, la future interprète de La bonne du curé, de Cho Ka Ka o, de Tata Yoyo et de Frida Oum Papa endosse le rôle de Maryse, la bonne d'une famille huppée mais excentrique dirigée par Gabriel Pelletier. Directeur commercial d'une entreprise de jouets dont le PDG vient de confier l'accueil au sein de son foyer d'un américain avec lequel l'entreprise française doit établir un accord commercial, le père de famille est incarné par Michel Serrault. Gabriel Pelletier vit aux côtés de son épouse Simone (Anne Carrère) et de leurs deux enfants, leur fille Nicole (la charmante Anna Gaël) et leur fils dont j'ai déjà oublié le prénom et le nom de celui qui l'incarne !


Ajoutons à cela, le frère de Gabriel, Albert, joué par Darry Cowl, un réalisateur de films de charmes ainsi que Bernard Le Gall, le frère de Simone qu'interprète Jean Poiret. Quant à l'américain qui doit venir quelques jours s'installer chez les Pelletier afin de négocier l'accord commercial, il est incarné par Francis Blanche dans le rôle d'Erich Karl Strumbergerl. Nanti d'un fort accent germanique (son personnage vit aux États-Unis mais est originaire de Düsseldorf), Erich Karl Strumberger est prude et puritain. Autant dire que sur les conseils du directeur de l'usine de jouets, Gabriel et sa famille vont devoir se tenir à carreau. Chose qui sera rendue difficile lors de plusieurs quiproquos qui vont mettre à mal les négociations... Ces messieurs de la famille, c'est toute une époque. Une comédie franchouillarde typique, avec sa bande musicale ''Pouet Pouet'', les gesticulations de ses interprètes ou ses dialogues bas du front, on retrouve là le charme propre aux œuvres signées de Bernard Launois, Guy Lux, Michel Caputo et bien évidemment, Philippe Clair. Le personnage incarné par Michel Serrault va ainsi être confronté à une rafle de prostituées dont Simone va faire les frais, puis va être accusé de détournement de mineure après qu'il ait été vue dans sa voiture en compagnie de sa fille bourrée tandis que son beau-frère Bernard Le Gall sera confronté à un truand du nom de Marci Broca (Jean Yanne). Notons également la présence de Michel Galabru dans le rôle d'un brigadier de la gendarmerie. On s'en doute, l'ensemble de cette comédie est d'une légèreté absolue. Les gags, très lourds, fusent et ça n'est pas tant leur efficacité (au demeurant inexistante) que la participation au long-métrage de tout un panel d'interprètes ''majeurs'' de l'époque qui retient l'attention. Notons enfin que deux ans plus tard, Raoul André (décidément, je n'arrive pas à m'y faire) reprendra une partie de ses interprètes et de ses personnages pour les mettre en scène dans une suite intitulée Ces messieurs de la gâchette...

 

samedi 12 octobre 2024

Cycle Les Charlots: Le Grand Bazar de Claude Zidi (1973)



Jean, Phil, Gérard et Jean-Guy vivent dans la même cité HLM. Vivant de petits boulots après avoir été renvoyé de l'usine de tondeuses pour incompétence, ils passent le plus clair de leur temps libre dans l'épicerie de leur ami Émile. Jean-guy aide ce dernier à bricoler sa dernière acquisition, une moto. Plus tard, Phil distribue des tracts avant d'aller tester l'engin avec, à sa poursuite, une bagnole et deux motos de la police. Jean livre quant à lui des caisses de bouteilles de lait et de vin rouge. Mais un jour, contre toute attente, un Euromarché s'installe juste en face de la boutique d’Émile.c'est le drame car l'homme sait déjà que les jours de son épicerie sont comptés. Ses quatre amis vont cependant tout faire pour l'aider à conserver son bien et surtout, à retrouver une clientèle qui a fuit vers la concurrence...

Un an après le désastreux Les Charlots Font l'Espagne, Claude Zidi redirige pour la troisième fois les Charlots pour ce qui demeure sans conteste leur meilleur film. Si le principe est identique aux films précédents, il y a dans Le Grand Bazar un je ne sais quoi qui en fait un film fort sympathique ou tout du moins, beaucoup attrayant que celui signé l'année passée par Jean Girault. L’œuvre s'étoffe de quelques apparitions forts judicieuses comme celle de Michel Galabru dans le personnage d’Émile, Michel Serrault en directeur de supermarché, Roger Carel en commissaire-priseur, et l’éternel Jacques Seiler, cette fois-ci dans le rôle d'un commerçant floué par l'arrivée du supermarché avant d'être lui-même employé comme vigile par la concurrence.

L'air de rien, le film de Claude Zidi, derrière son allure de petite comédie bouffonne et sans grandes prétentions distille un message amère sur la société de consommation à travers l'apparition de ces chaînes de magasins qui voient disparaître peu à peu les petits commerces.
Les gags s'accumulent à une vitesse folle. Quelques scènes cultes viennent jalonner un scénario des plus simple : à commencer par celle du travail à l'usine, puis celle de la course-poursuite en moto entre Phil et les policiers. Plusieurs passages se déroulant dans le supermarché situé à Athis-Mons dans l'Essonne, et surtout, la scène durant laquelle l'épicerie d’Émile est mise aux enchères.

Les Charlots, grands pontes du "Nanarchisme", signent une fois encore la bande original du film dont le point d'orgue demeure la scène durant laquelle ils tentent en compagnie d’Émile de se faire une nouvelle clientèle. Se mettant en scène, en redécorant l'épicerie afin de la rendre plus attractive, ils entonnent tous les quatre une œuvre de leur composition : "Music-Boutique". Le Grand Bazar est kitsch, les gags sont lourds, et l'humour franchouillard, et pourtant, il y demeure une fraîcheur qui malgré les années lui ont conservé toute sa spontanéité. Et puis, il suffit de voir le succès remporté par des œuvres telles que Babysitting et sa suite pour se convaincre que l’œuvre et le style des Charlots ont fait des émules, bien des années plus tard...

jeudi 3 août 2023

Opération Lady Marlène de Robert Lamoureux (1974) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

 

Né le 4 janvier 1920 et décédé quatre-vingt onze années plus tard le 29 octobre 2011, Robert Lamoureux fut tour à tour acteur, réalisateur, scénariste et même poète ou parolier. Il laissa derrière lui un très important héritage artistique, écrivant des poèmes et des chansons, montant sur les planches de théâtre, écrivant diverses pièces, jouant des dizaines de rôles au cinéma, participant à l'élaboration d'une vingtaine de scénarii et réalisant lui-même sept longs-métrages dont la célèbre trilogie La septième compagnie. Robert Lamoureux consacra d'ailleurs sa carrière de réalisateur exclusivement à la comédie. Même lorsqu'il commence à s'attaquer au premier volet de sa fameuse trilogie intitulé Mais où est donc passée la septième compagnie ? dont l'action se situe en juin 1940 lors de la débâcle. Lors de sa sortie en salle, le film approche les quatre millions d'entrée et s'avère donc l'un des plus grand succès de l'année 1973 en obtenant la troisième place du classement des films français. Robert Lamoureux s'écarte alors un temps de la comédie de guerre puisque l'année suivante sort sur les écrans de cinéma son quatrième long-métrage, Impossible pas français. En 1975, deux films réalisés par le cinéaste sortent en salle à cinq mois d'intervalle. Deux œuvres prenant comme cadre la seconde guerre mondiale. Après le succès de Mais où est donc passée la septième compagnie ? deux ans auparavant, on aurait pu penser que la prochaine comédie de guerre de Robert Lamoureux ferait directement suite aux événements situés dans le premier volet de ce qui deviendrait bientôt une trilogie et pourtant... Alors que On a retrouvé la septième compagnie allait bien sortir en cette fin d'année 1975, c'est une toute histoire qu'allait décider de nous raconter pour commencer le réalisateur. Abandonnant ses mythiques protagonistes au profit de tous nouveaux personnages, Robert Lamoureux se lance donc dans le projet Opération Lady Marlène. Un choix délicat, étonnant même, puisque l'on pouvait supposer qu'il profiterait immédiatement du succès de Mais où est donc passée la septième compagnie ? pour lui donner une suite. Il faudra donc patienter quelques mois et profiter d'ici là de cette rocambolesque mais néanmoins courageuse aventure mettant principalement en scène Michel Serrault dans le rôle de Paulo et Bernard Ménez dans celui de Clovis...


Deux français qui chacun à leur manière font de la résistance face à l'envahisseur allemand. L'un pratique le marché noir et fourni à celles et ceux qui normalement ne peuvent se le permettre de quoi se nourrir. Profitant ainsi des alertes durant lesquelles les français se cachent dans les caves pour s'introduire chez eux et leur dérober des victuailles. L'autre est un ancien soldat au service du commandant Moulinot (Pierre Tornade qui, une fois encore, reprend du service et gagne un grade en comparaison de celui dont il bénéficiait dans Mais où est donc passée la septième compagnie ?). Ne supportant ni la présence allemande, ni les collaborateurs, il a la gifle facile et la distribue à quiconque a le malheur d'être du côté de l'envahisseur. Les deux hommes, qui jusque là ne se connaissaient pas se rencontrent dans le métro parisien lors d'un accrochage entre Clovis et un ''collabo''. Dès lors, ils ne vont plus se quitter et vont même être chargés d'une mission par un général interprété par Robert Lamoureux lui-même : l'opération Lady Marlene... À vrai dire, Opération Lady Marlène n'est pas vraiment une comédie de guerre puisque si même le récit est intégré au temps de l'occupation et que l'on y voit régulièrement des soldats allemands, contrairement à la trilogie et la plupart des films du genre l'on n'y assiste jamais vraiment à de quelconques affrontements entre français et allemands. Le long-métrage a majoritairement été tourné dans la capitale. L'on y découvre notamment le Champ de Mars, la Tour Eiffel, la Basilique du Sacré-cœur, la rue de Rivoli, les Stations de Métro Gambetta et Porte des Lilas ou bien même les toits de Paris ou ses égouts... Si l'on devait comparer Opération Lady Marlène et le premier volet de la trilogie La septième compagnie, la perte de qualité est notable. On assiste aux péripéties de nos deux héros sans véritable entrain. Peu amusant, le duo fonctionne nettement moins bien que le trio précédemment formé par Pierre Mondy, Aldo Maccione et Jean Lefebvre. Et pourtant, dans le genre comédie de guerre franchouillarde, le cinquième long-métrage de Robert Lamoureux se situe très nettement au dessus de la plupart de ses représentants. Même Bernard Ménez dont la présence à l'écran est généralement synonyme de ''nanar'' voire de ''navet'' fait le taf ! Bref, une comédie qui se laisse regarder... une fois, mais certainement pas deux. Notons tout de même l'étonnante présence dans le rôle de Georgette de l'actrice autrichienne, Sybil Danning (Meteor de Ronald Neame en 1979 ou Hurlements 2 de Philippe Mora en 1985)...

vendredi 28 juillet 2023

Un meurtre est un meurtre d'Étienne Périer (1972) - ★★★★★★★☆☆☆




Deux ans avant La main à couper, le réalisateur belge Étienne Périer allait déjà adapter un ouvrage issu de la collection Sueurs froides. Mais avec Un meurtre est un meurtre, il ne s'agit pas de n'importe quel roman puisqu'il s'agit de celui de l'un de ses plus fidèles collaborateurs, l'écrivain et scénariste Dominique Fabre auquel on doit une petite quinzaine de collaborations auprès d'Étienne Périer au cinéma et à la télévision. Scénariste mais aussi dialoguiste, il participera en outre à l'écriture de L'animal de Claude Zidi en 1977. L'évidence et la simplicité qui se cachent derrière le titre de ce long-métrage policier sont inversement proportionnelles à la complexité du scénario. Sur une base relativement ordinaire, la construction s'avère similaire à celle de La main à couper. Dans ce dernier, l'héroïne était victime d'un maître-chanteur qui cherchait à monnayer la culpabilité supposée de l'épouse d'un médecin dans le décès de son amant tandis que dans Un meurtre est un meurtre, l'époux d'une femme officiellement décédée après avoir été renversée par sa propre voiture est traqué, harcelé, par un homme lui réclamant une forte somme d'argent contre son silence. Mais dans le cas présent, la machination s'avère nettement plus perverse puisque le maître-chanteur en question, interprété par Robert Hossein, est lui-même l'auteur du meurtre de Marie (l'actrice Stéphane Audran), épouse de Paul Kastner. Un crime qu'il menace de faire endosser à l'époux si ce dernier refuse de lui remettre la somme de cinq millions de francs. Dans le rôle du commissaire plouvier, nous retrouvons l'acteur Michel Serrault qui deux ans plus tard allait incarner le personnage du maître-chanteur Édouard Henricot. Quant à Jean-Claude Brialy, c'est lui qui interprète la victime de cet ignoble chantage. Acculé malgré son innocence, Paul Kastner a pour maîtresse Françoise, jeune vendeuse de vêtement (dans un magasin situé avenue Joffre à Garches)...


Un meurtre est un meurtre a tout du cinéma chabrolien dont on retrouve l'esprit. Ça n'est d'ailleurs sans doute pas pour rien que le réalisateur Claude Chabrol y apparaisse brièvement dans le rôle d'un contrôleur de la SNCF ou que Stéphane Audran y interprète l'épouse... et la belle-sœur de Paul Kastner. En effet, plutôt que de se contenter du trio victime/maître-chanteur/commissaire, Étienne Périer et Dominique Fabre ajoutent un personnage tout à fait fantaisiste en la personne d'Anne Andrieux, la dite sœur de Marie Kastner. Un double emploi qui permet à Stéphane Audran de ne pas simplement figurer au début du récit mais de hanter l'intrigue de sa présence tout au long de son déroulement. Un personnage tout aussi ambigu que puisse l'être la majorité des protagonistes. Mimant l'attitude de sa sœur dont la ressemblance est troublante malgré leurs deux années d'écart, Anne Andrieux s'installe chez Paul Kastner selon les dernières volontés de la défunte et se déplace à l'aide du fauteuil roulant qui permettait à sa sœur Marie de se déplacer de son vivant. Jamais au bout de ses surprises, le spectateur assiste impuissant au traquenard dont Paul va être la victime principale. Un acharnement dont l'absence de moralité semble être motivée à travers l'adultère. Tourné à Garches, une commune française du département des Hauts-de-Seine située dans la région Île-de-France constituée d'une quinzaine de milliers d'habitants, Un meurtre est un meurtre distille son lot de surprises inattendues, sans cesse renouvelées même lorsque à la mort du maître-chanteur, tout paraît être rentrer dans l'ordre. Notons à ce sujet la présence à l'image de l'acteur Michel Creton dans le rôle du pharmacien du village, lequel relance l'intrigue. Si sous certains aspects l'accumulation de faits peut paraître excessive, le film du réalisateur belge nous tient en haleine jusqu'à la dernière minute...

jeudi 20 juillet 2023

La main à couper d'Étienne Périer (1974) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Disparu depuis maintenant trois ans, le réalisateur et scénariste belge Étienne Périer a laissé derrière lui quelques petites merveilles de thrillers dont La main à couper, qui à de nombreux égards s'avère tout à fait remarquable. Adaptation sur grand écran de l'ouvrage éponyme écrit par l'écrivain français spécialisé dans le roman policier, Pierre Salva, à l'origine, La main à couper fut édité sous le titre Quatre jours en enfer dans la collection Sueurs Froides en 1974. Un titre certainement plus proche de ce que va vivre l'héroïne Hélène Noblet que va incarner la même année la séduisante actrice italienne Lea Massari. Dans son pays, elle sera notamment dirigée par Michelangelo Antonioni, Sergio Leone, Carlos Saura ou encore Dino Risi. Mais ses origines transalpines ne l'empêcheront pas de faire également carrière en France. Lea Massari tournera alors avec Claude Sautet, Claude Pinoteau, Michel Deville, Jacques Rouffio ou Pierre Granier-Deferre. Elle interprétera même un tout petit rôle dans l'excellent Peur sur la ville d'Henri Verneuil l'année suivant la sortie de La main à couper. Les spectateurs la découvriront dans le rôle de Nora Elmer, première victime d'un désaxé qui se fit appeler Minos (interprété par le compatriote italien de Lea Massari, Adalberto Maria Merli) et que traqua le commissaire principal Jean Letellier incarné par Jean-Paul Belmondo. Dans le long-métrage d'Étienne Périer, l'actrice italienne adopte le comportement de la femme adultère qui après s'être rendue à un rendez-vous avec son amant et être tombée sur son cadavre va se saisir du petit carnet qu'il gardait près de lui et à l'intérieur duquel son nom est inscrit. Son époux Georges ne se doute apparemment pas de la relation que son épouse entretenait jusque là avec un amant dont l'âge dépasse à peine celui de leur fils Daniel. Georges Noblet est interprété par Michel Bouquet dont la froideur et l'apparente absence d'émotion est une fois de plus parfaitement retranscrite à l'image. Ce qui n'empêche pas l'époux de se soucier de l'attitude anormale d'Hélène qui s'effondre ''pour un rien''...


Il faut dire que comme le précisait à l'origine le titre du roman, la jeune femme va vivre des jours sombres, entourées par des êtres malveillants. Et parmi eux, un certain Edouard Henricot qu'incarne Michel Serrault. Un maître-chanteur qui connaît la relation qu'entretenait Hélène avec Philippe jusqu'à la mort de ce dernier et qui profite de son désarroi pour lui réclamer de fortes sommes d'argent contre son silence. Et dans le genre crapule, Michel Serrault semble être à son aise et interprète un ignoble individu. Débarque ensuite à l'écran, l'acteur Bernard Blier dans le rôle de l'inspecteur Moureu. Enquêtant sur le meurtre de Philippe, il sera chargé d'interroger les principaux témoins et ceux qui connurent la jeune victime... Bref, La main à couper a tout du film policier classique. Un mari, une épouse adultère, un amant retrouvé mort, un maître-chanteur et un flic qui enquête, quoi de plus banal ? Et bien, le déroulement du récit va lui, tout remettre en question. Puisque plutôt que de dérouler son intrigue sous la forme la plus commune qui soit, Étienne Périer et ses scénaristes Dominique Fabre et Charles Spaak développent une intrigue bourrée de faux-semblants. La voiture d'Hélène qui disparaît avant de subitement réapparaître. Les cinq millions de francs exigés par Henricot se transformant en coupures de journaux. Les messes-basses de Daniel et de sa sœur Nadine (Lise Danvers). L'attitude de l'époux... Un comportement et même, DES comportements qui s'expliqueront plus tard pour nous livrer une conclusion qui n'aura d'égal que la perversité de Michel Serrault dans le rôle d'Edouard Henricot. Accompagné par la superbe mais un peu trop encombrante et répétitive partition musicale du compositeur et chanteur français Paul Misraki, La main à couper est un mille-feuille qui cache entre chaque information, de nouvelles révélations qui mènent le spectateur sur une voie tout à fait inattendue. Typiquement le genre de long-métrage qu'aurait pu réaliser le français Claude Chabrol auquel le cinéma du réalisateur belge ne cesse de renvoyer. Une excellente surprise...

 

lundi 1 novembre 2021

Les rois du gag de Claude Zidi (1985) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Le roi des cons de Claude Confortès avec Francis Perrin ou bien Le roi des morts de Jörg ''Nekromantik'' Buttgereit ? Ne parvenant pas à faire un choix entre comédie lourdingue et ambiance dépressive, j'ai finalement opté pour Les rois du gag de Claude Zidi. Ou comment s'offrir un début de soirée tranquille avec deux rois pour le prix d'un seul film. Plus proche de la comédie bien beauf de Claude Confortès que de la sinistre ambiance appliquée avec méthode par le réalisateur allemand, Les rois du gag met en scène deux des anciens membres de l'équipe du Splendid dans un rôle qui sans doute, ne les éloigne pas vraiment de celui qu'ils tenaient dans la vie réelle puisque parmi les autres membres de la troupe, Gérard Jugnot et Thierry Lhermitte participèrent à l'élaboration de pièces de théâtre et de films devenus cultes (et dont Amours, coquillages et crustacés sera à l'origine du film Les Bronzés de Patrice Leconte) avant que chacun de ses six membres ne partent faire une carrière en solo (Christian Clavier et Marie-Anne Chazel vivront une histoire d'amour longue de trente ans avant de se séparer en 2001). Si Les rois du gag fait d'abord officiellement référence à l'émission très populaire à l'époque de l'humoriste Stéphane Collaro Le Collaro Show, le film semble encore plus proche de celle du comique britannique Alfred Hawthorn Hill plus connu sous le pseudonyme de Benny Hill. Lui aussi très populaire à l'époque de la diffusion de son émission The Benny Hill Show, l'ombre de cette très grande star anglaise plane littéralement au dessus du film de Claude Zidi...


Le film met donc en scène Gérard Jugnot et Thierry Lhermitte dans les rôles respectifs de Paul Martin et de son beau-frère Françoix Leroux, deux comiques qui interprètent sur scène les sketchs écrits par le premier mais inspirés par les rêves du second. Des gags pas vraiment drôles, voire pathétiques et convenus. Mais le passage de la star Gaëtan (l'acteur Michel Serrault), vedette d'une émission télévisée humoristique ultra populaire va remettre leur carrière sur les rails. En effet, alors que les deux hommes qui étaient jusqu'à maintenant chargés d'écrire ses textes ont été... ''débarqués'' (les acteurs Pierre Doris et Maurice Dubois dans les rôles de Jean et Robert), Gaëtan étant à la recherche de jeunes humoristes, son choix se porte immédiatement sur Paul et François (alors qu'il était venu voir à l'origine sur les conseils d'un ami un certain Georges Khorseri incarné par Coluche). Ne reste plus aux deux hommes qu'à trouver l'inspiration. Un projet délicat qu'ils parviendront plus ou moins à mener à terme... Question lourdeur, Les rois du gag ne s'éloigne pas vraiment du style emprunté par Claude Confortès. Claude Zidi n'est très clairement pas au faîte de sa carrière. Lorsque l'on pense qu'une année seulement avant le tournage des Rois du gag, celui-ci fut l'auteur de l'excellente comédie Les ripoux ou que bien des années avant il réalisa notamment L'aile ou la cuisse, L'animal ou encore Inspecteur la Bavure, on a parfois du mal imaginer que le même réalisateur se cache derrière. Quoique... Claude Zidi fut également l'auteur de quelques pépites franchouillardes particulièrement gratinées (plusieurs longs-métrages auprès des Charlots ou le diptyque des Sous-doués qui malgré le statut de film culte du premier épisode vole assez bas...


Les rois du gag ne reposant que sur une succession de gags (logique), le scénario se résume à pas grand chose. Des scénettes plus ou moins amusantes lorsqu'elles ne sont pas tout simplement pathétiques. À la musique, nous retrouvons l'éternel Vladimir Cosma tandis qu'à l'écriture, Claude Zidi s'est fait aidé par les scénaristes et réalisateurs Michel Fabre et Didier Kaminka. Détail qui remet les pendules à l'heure pour un film dont on peut se demander dans quelle mesure les gags sont volontairement poussifs histoire de coller à l'image de ses trois principaux personnages. Michel Serrault incarne un double-rôle puisque outre celui de Gaëtan, il interprète également celui du réalisateur Robert Wellson. À noter qu'à l'origine et en lieu et place de Gérard Jugnot et Thierry Lhermitte, les membres des Charlots avait d'abord été évoqués. Mais à la suite d'un conflit qui les opposa au réalisateur, ceux-ci furent remplacés par les deux membres du Splendid. Souvent débiles, il n'est pas interdit de rire devant certains gags. Ceux mettant en scène Gérard Jugnot dans la peau d'un boxeur venu se plaindre des coups qu'il a reçu dans un commissariat ou celui où il incarne un chirurgien alcoolisé demeurant sans doute les plus réussis. Parmi les seconds rôles, nous retrouvons Macha Méril dans le rôle de Jacqueline, l'épouse de Gaëtan, la superbe Mathilda May dans celui de sa fille pour une inutile amourette entre elle et François, Georges Beller en réalisateur d'émissions de télévision ou Pierre Tchernia en présentateur de la cérémonie des Césars, séquence durant laquelle les acteurs Pierre Richard, Philippe Noiret et Claude Brasseur tiennent durant un très court instant leur propre rôle. Au final, Les rois du gag est indigne des meilleurs films de Claude Zidi et les gags bien loin des répliques mythiques qui sortaient au début de leur carrière de la bouche de Gérard Jugnot et Thierry Lhermitte. Reste que le film se regarde sans réel déplaisir...

 

jeudi 4 mars 2021

Carambolages de Marcel Bluwal (1962) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Pour que l'évolution professionnelle soit possible dans une grande entreprise, il faut couper la tête la tête de son dirigeant pour que ceux d'en dessous puissent gravir les échelons. C'est à peu de chose près le concept sur lequel repose Carambolages de Marcel Bluwal, réalisateur à la carrière étonnante puisque d'abord tournée vers la télévision, il fut l'auteur de trois longs-métrages cinéma seulement, les deux premiers tous deux tournés en 1962 avant que le réalisateur ne fasse reparler de lui sur grand écran qu'en 1999 avec Le Plus Beau Métier du Monde. Si Carambolages est l'adaptation du roman éponyme de l'écrivain et scénariste Fred Kassar sorti en 1959 et que son auteur jugea d'infidèle, le sujet rappelle étrangement celui d'un autre long-métrage sorti en 2005 et signé de Costa-Gavras, Le Couperet. Un thriller dramatique dans lequel Bruno Davert (excellent José Garcia), cadre supérieur d'une usine de papier licencié tuait tous les concurrents potentiels à l'obtention d'un emploi dans le même domaine de compétence que lui. Dans le cas de Carambolages, le ton est plus léger puisqu'il s'agit avant tout d'une comédie. Et pourtant, déjà, l'esprit de la concurrence y prend une forme aussi radicale que chez Costa-Gavras. Prêt à gravir les échelons en commençant par prendre la place de l'un de ses supérieurs dont il doit épouser la fille, Paul Martin voit son projet contrecarré le jour où le président directeur générale de l'agence 321 lui annonce que le gouvernement a décidé de rallonger la date de la retraite de cinq années supplémentaires...


De quoi manquer de satisfaire Paul Martin qui voit son opportuniste projet tomber à l'eau. Ce jeune homme plein d'ambition, c'est l'acteur Jean-Claude Brialy qui l'incarne. Alors âgé de vingt-neuf ans, l'acteur a le beau rôle puisque le récit lui adjoint deux jolies partenaires féminines en les personnes de Anne Tonietti, actrice originaire d'Italie, et surtout Sophie Daumier, charmante blonde caricaturale et amante contrariée du héros de cette histoire un brin emberlificotée de situations pas toujours très claires à suivre. Si Carambolages part avec de sacrés bagages, le résultat final est cependant nettement moins reluisant. Preuve que l'on a beau avoir comme atout dans sa poche le cynisme de Pierre Tchernia ici employé à l'adaptation du roman ou le dialoguiste Michel Audiard, le film de Marcel Bluwal sonne relativement creux. Jean-Claude Brialy est cependant loin de se débrouiller comme un manche et peu se montrer digne de trôner aux côtés du Claude Rich d'Oscar (Edouard Molinaro, 1967) puisque son personnage de Paul Martin peut être envisagé comme un talentueux brouillon de Christian Martin avec lequel (fruit du hasard ?) il partage le patronyme...


Si le jeune acteur voit son nom sur l'affiche et au générique avoir le privilège d'être encadré (un peu comme cela sera le cas plus tard pour les productions Alain Delon), la véritable vedette reste bien évidemment dans le cœur des cinéphiles, la future star de la comédie française Louis de Funès. Le célèbre comique y façonne déjà le personnage qui fera sa renommée. Autoritaire, méprisant, grimaçant et aboyant devant ses employés, celui-ci y connaît d'ailleurs un sort assez remarquable puisque Norbert Charolais y perd la vie. Les spectateurs noteront la présence à l'écran de Michel Serrault dans le rôle de l'inspecteur Boudu, un nostalgique du Troisième Reich. Ou encore celles de Henri Virlogeux, de Daniel Ceccaldi, Dominique Zardi ou Philippe Castelli. Les plus attentifs remarqueront également les courtes interventions de Pierre Tchernia et même celle d'un tout jeune acteur qui débuta sa carrière sur grand écran seulement deux ans auparavant : un certain Alain Delon. Mais en dehors de ces quelques détails qui demeureront en réalité fort négligeables, Carambolages s'avère en fait peu (pour ne pas dire pas du tout) amusant. Et même, parfois, ennuyeux. Un petit film dans la carrière de Louis de Funès qui d'ailleurs n'intervient que dans un nombre de séquences bien inférieur à celles qui mettent en scène Jean-Claude Brialy. Anecdotique...

 

lundi 25 novembre 2019

Quand Passent les Faisans d'Édouard Molinaro (1965) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Lorsqu'Édouard Molinaro s'accapare le scénario d'Albert Simonin et Jacques Emmanuel, finalement peu inspiré, c'est aidé du dialoguiste Michel Audiard malgré la présence des assistants réalisateurs Philippe Monnier et Patrick Saglio qu'il met en boite son dixième long-métrage (si l'on excepte sa participation au film à sketchs Les Sept Péchés capitaux). Quand Passent les Faisans est dans la grande tradition des longs-métrages ayant vu le jour dans les années 1960 : Georges Lautner, Henri Verneuil et ici Édouard Molinaro à la mise en scène et Michel Audiard à l'écriture des dialogues. Cette époque signe également la présence d'un panel d'interprètes qui émergent plus ou moins et que l'on reverra alors très régulièrement durant les décennies suivantes. Lino ventura, Francis Blanche, Claude Rich, Maurice Biraud, Mireille Darc. Dans le cas présent, aucun d'entre eux, mais Bernard Blier, Paul Meurisse, Michel Serrault et Jean Lefebvre. Le carré idéal pour une histoire d'arnaque dont l'efficience humoristique tournera malheureusement court...

En effet, est-ce la présence d'un Michel Audiard en soutient à la mise en scène, mais Quand Passent les Faisans s'avère relativement décevant. Si la première demi-heure est fort sympathique, le récit s'étiole, s'allonge dans des proportions irraisonnées et ce, sans qu'aucune séquence mémorable ne vienne relancer son intérêt. C'est pourtant avec un certain sens de la mise en scène qu'Édouard Molinaro fait évoluer ses personnages au centre d'une arnaque dont va être la victime un entrepreneur en travaux publics interprété par Michel Serrault. Si la victime c'est lui, l'équipe d'escrocs et donc quant à elle réunie autour de Bernard Blier et Jean Lefebvre qui après avoir tenté d'arnaquer le personnage incarné par Paul Meurisse, lui-même une canaille, collaborent avec ce dernier pour monter un coup fumant...

C'est avec une certaine mollesse que Quand Passent les Faisans déroule son intrigue. Non pas que l'on s'y ennuie (quoique), mais l'intérêt pour son histoire s'efface au profit de personnages qui cabotinent et de scènes parfois proprement ubuesques dont le cinéma français avait à l'époque le secret. En dehors de quelques soubresauts, trop rares pour que l’œuvre d'Édouard Molinaro et les dialogues de Michel Audiard suffisent à satisfaire les amateurs de comédies françaises, Quand Passent les Faisans est une comédie mineure, que pas même Bernard Blier, (pourtant habituellement capable d'élever le pire nanar au rang de film culte grâce à sa seule présence) ne parvient à justifier du moindre intérêt. Bien qu'aidé dans la réalisation, Édouard Molinaro signe ici l'un de ses plus faibles longs-métrages. Pas vraiment à l'aise avec le script, l'auteur de Oscar, L'Emmerdeur, Pour cent Briques, t'as plus Rien ou de Beaumarchais, l'Insolent déçoit...

dimanche 23 décembre 2018

Des Pissenlits par la Racine de Georges Lautner (1964) - ★★★★★★★☆☆☆



1964. Cette année là, Louis de Funès et Maurice Biraud joueront par deux fois l'un à côté de l'autre. Deux comédie, l'une policière, et l'autre mêlant humour et polar. Des Pissenlits par la Racine est la première d'entre elles. Réalisée et adapté par Georges Lautner, les dialogues sont du réalisateur lui-même et Clarence Weff, épaulés pour l'occasion par le dialoguiste Michel Audiard. Il s'agit là pour ce dernier, davantage que de superviser les dialogues qui à tout bout de champ, transpirent son propre style. Savoureux, c'est dans le Paris en noir et blanc du milieu des années soixante qu'une tribu d'interprètes participe à cette histoire à multiples tiroirs. Maurice Biraud et Gianni Musy y incarnent respectivement Jo Arengeot et Riton, dit « Pomme Chips », qui après deux ans de prison ont recouvré la liberté. Pomme Chips cherche à mettre la main sur Jacques, le cousin de Jérôme, acteur et contrebassiste dans une pièce de théâtre à succès dont la dernière est prévue pour bientôt. Mais avant cela, Jo confie à son ancien co-détenu la mission de parier sur trois chevaux au Tiercé. Lorsque plus tard, Pomme-Chips est accidentellement tué par Jacques lors de la dernière représentation de La Lune dans la Bière (celui-là même qu'il voulait tuer après s'être fait « voler » sa compagne, la délicieuse mais un peu cruche Rockie, dite « La Braise »), celui-ci planque le corps de la victime dans la caisse de la contrebasse de Jérôme. Une fois la pièce terminée et le matériel transporté chez l'acteur Pierre Michon (Venantino Venantini), le corps est découvert enfermé dans la caisse. Michon menace alors Jérôme, Jo, Rockie et Jacques d'appeler la police s'ils ne le débarrassent pas très vite de l'encombrant cadavre...

Excellente surprise que Des Pissenlits par la Racine. D'abord, il y a ce casting en or : Maurice Biraud, Louis de Funès, Michel Serrault, Francis Blanche, Venantino Venantini, Guy Grosso, mais aussi Mireille Darc. Belle à croquer. Un peu nunuche, mais féline et désirable. La Christine du Grand Blond avec une Chaussure Noire avant l'heure. Charmeuse. Ses rôles dans l'oeuvre de Georges Lautner et huit ans plus tard dans celle d'Yves Robert sont parfois à ce point semblables que l'on pourrait penser que l'auteur de Alexandre le Bienheureux ou de Un Éléphant ça trompe Énormément s'est inspiré du même roman écrit par Clarence Weff alors que le scénariste Francis Veber s'inspirera en réalité de la vie du violoniste russe Igal Shamir. Pour en revenir au long-métrage de Georges Lautner, outre la solide interprétation d'un collège d'interprètes incroyablement fusionnels et habitués à tourner ensemble pour la majorité d'entre eux, le film se distingue comme bon nombre de longs-métrages auxquels a participé Michel Audiard grâce aussi à ses excellents dialogues. Chaque personnage débarque avec son cortège de répliques et d'expressions savoureuses. Louis de Funès retrouve son éternel personnage de poltron, mais cette fois-ci dans un registre un peu plus sombre qu'à son habitude.


Sept ans avant Jo de Jean Girault, il incarne déjà un personnage se rendant coupable d'un meurtre. Mais comme cela sera le cas dans Jo, le meurtre qu'il commet ici est accidentel. Accompagné par la partition musicale parfois nostalgique du compositeur français Georges Delerue, Des Pissenlits par la Racine nous fait voyager dans un Paris dont on ne ne profitera malheureusement qu'en de très rares occasions, et encore, de nuit. Entre les champs de courses, les bars, un théâtre, une soirée « pop » et la maison d'un ornithologue, le film de Georges Lautner est une savoureuse comédie tournant autour de petits malfrats branquignoles, d'un cadavre embarrassant, et d'un ticket de Tiercé gagnant. On ne s'ennuie pas un seul instant...

vendredi 15 juin 2018

Ville à Vendre de Jean-Pierre Mocky (1991)



A moussin, petite ville minière, c'est la fête. Tous les habitants sont réunis autour des administrés. Et notamment la pharmacienne Delphine Martinet qui promet de faire des révélations importantes lors d'un communiqué. Mais avant d'avoir pu s'adresser à ses concitoyens, elle est victime d'un malaise. Le Docteur Picoud propose au maire Rousselot de ramener Delphine chez elle. Mais alors qu'ils se trouvent à bord de la voiture du médecin, ils sont victimes d'un accident lors duquel la vieille femme meurt.

Un accident qui apparaît étrange aux yeux d'Orphée, un ancien informaticien qui a fermé sa société et a plié bagages pour prendre la route. Le Capitaine de gendarmerie Montier est chargé d'enquêter sur la mort suspecte de Delphine mais devant la vacuité du personnage, Orphée décide de mener sa propre enquête, accompagné par Elvire, une proche amie de la victime. C'est alors qu'en décidant d'exhumer le corps de Delphine enterrée tout récemment, les deux « enquêteurs » constatent que le cercueil est vide. De plus, de coups de téléphones étranges sont passés par une personnes qui affirme être Delphine.

De nouveaux meurtres vont bientôt secouer la ville de Moussin...

En 1991, Jean-Pierre Mocky réalise pas moins de quatre films dont cette Ville à Vendre très curieuse. A vouloir en faire tant, le cinéaste en a oublié l'essentiel : soigner son œuvre. Car même si la distribution est de haute volée (Tom Novembre, Michel Serrault, Richard Bohringer, Féodor Atkine, Daniel Prevost, Michel Constantin, Darry Cowl, Bernadette Lafont, Dominique Lavanant, Philippe Léotard, Jacqueline Maillan, Valérie Mairesse, Eddy Mitchell) la direction et la mise en cène font peur à voir.

Ou bien s'agit-il simplement d'un problème d’accoutumance envers le cinéma de ce cinéaste français à part. Des moyens trop peu importants et un casting d'actrices et d'acteurs secondaires qui frise l'embauche à la foire du trône. Jean-Pierre Mocky a en effet l'habitude de débaucher des personnages au physique assez particulier. Histoire de donner leur chance à des individus qui n'auraient sinon sans doute aucune chance de se voir immortaliser sur pellicule ailleurs.

L'ambiance du film elle-même est des plus étranges. Ville imaginaire plantée dans un cadre sinistre et prête à s'écrouler sous sa propre masse, elle abrite une population massive de chômeurs qui s'accommode sans soucis des indemnités qu'elle touche.

Malgré les défauts du film, qui sont nombreux (interprétation limite, mise en scène faiblarde et scénario alambiqué), il faut avouer qu'à mesure que l'histoire déroule son fil, on finit par s'habituer au style particulier de Jean-Pierre Mocky. On finit même par oublier les défauts récurrents de son œuvre. Et ce, grâce sans doute aux acteurs qui font tout pour que tienne la route cette histoire dont la vérité éclatera évidemment à la toute fin. Jean-Peirre Mocky à fait mieux dans sa carrière. Il a fait pire aussi. C'est pourquoi Ville à Vendre mérite tout de même que l'on s'y attarde, ne serait-ce que pour l'incongruité de son histoire et le cynisme permanent dans lequel le film baigne...




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