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mardi 18 août 2026

L'étalon de Jean-Pierre Mocky (1969) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Six ans après Un drôle de paroissien, Jean-Pierre Mocky, Francis Blanche et Bourvil se retrouvèrent une fois encore aux côtés d'autres interprètes moins connus tels Jean-Claude Rémoleux, Roger Legris, Rudy Lenoir ou encore Luc Andrieux pour L'étalon. Tous s'étaient d'ailleurs réunis autour d'un autre projet réalisé un an plus tôt par le réalisateur et scénariste français intitulé La grande Lessive !. S'agissant de L'étalon, l'on reconnaît la marque de fabrique de Jean-Pierre Mocky, son amour pour la comédie satirique, genre qu'il s'est employé à déconstruire à sa manière toute particulière pour le bonheur et même parfois le malheur du public. Car en effet, le onzième film du cinéaste est très significatif des failles et des limites de son système qui l'a toujours vu employer d'authentiques vedettes du cinéma, les mêlant très souvent à des comédiens et des acteurs de seconde, voire de troisième catégorie. Des amateurs incapables de tenir un échange au-delà de deux ou trois phrases. Il est d'ailleurs plutôt amusant de constater qu'il se servira notamment ici des faiblesses d'interprétation de l'acteur Jean-Claude Rémoleux qui interprète le député Léon Lacassagne pour lui faire jouer le rôle d'un politicien ayant de grandes difficultés pour s'exprimer en public ! Concernant le script de Jean-Pierre Mocky et de son fidèle collaborateur Alain Moury, le réalisateur ainsi qu'André Bourvil en sont à l'origine. L'histoire suit à peu près le même chemin que celui d'Un drôle de paroissien. En lieu et place du personnage de Georges Lachaunaye qui pour faire vivre sa famille était contraint de voler l'argent des troncs d'églises, l'acteur interprète désormais le rôle du vétérinaire William Chaminade qui alors qu'il s'apprête à prendre un bateau en partance pour l'Afrique vient au secours d'une femme (Noëlle Leiris dans le rôle de Nelly Pointard) qui vient de tenter de se suicider en se jetant de la fenêtre d'un restaurant. La jeune femme explique alors à son sauveur qu'elle est en manque d'amour. Ayant perdu ses bagages, n'ayant nul endroit où dormir et sans le sou, le vétérinaire imagine alors un moyen de se faire de l'argent tout en proposant aux femmes esseulées et en mal d'amour de rencontrer des hommes (les étalons en question) qui seront tout d'abord drastiquement sélectionnés pour leur avantages physiques par William et par un collaborateur, le docteur Finus (l'acteur R.J Chauffard). On le voit, dans un cas comme dans l'autre, Bourvil interprète un personnage prêt à défier la justice et la loi...


D'un côté voleur et de l'autre se transformant en proxénète, son personnage n'est pas le seul qui semble ici se référer à l'un des protagonistes d'Un drôle de paroissien puisque après avoir incarné l'inspecteur Cucherat six ans auparavant, Francis Blanche joue désormais le personnage du percepteur Dupuis. Et dans un cas comme dans l'autre là encore, les deux individus s'attachent à poursuivre le héros du récit afin de lui faire cesser toute activité criminelle. Toujours aussi débonnaire, Bourvil apparaît à l'écran le crâne rasé, vêtu d'un costume blanc ainsi que de gants, d'une chemine et d'un chapeau noir. Cachant ainsi plus ou moins son absence de cheveux qui ne s'explique non pas selon un désir du cinéaste mais se référant plutôt à un choix esthétique de la part de l'acteur lui-même qui à cette époque est atteint d'un cancer et doit suivre un lourd protocole médical le contraignant à subir des séances de chimiothérapie qui lui font perdre ses cheveux. S'il ne semble pourtant pas affaibli par la maladie ou par son traitement, Bourvil n'est cependant pas à la hauteur de ses meilleurs rôles. Un constat que l'on reprochera tout d'abord à Jean-Pierre Mocky qui commence déjà à cette époque à mélanger vedettes de cinéma (l'on retrouve ici notamment Michael Lonsdale dans le rôle du commissaire Donald Both) et acteur à l'amateurisme assumé. Un drôle de melting-pot qui malheureusement fonctionne plutôt mal. D'autant plus qu'en reprenant plus ou moins la structure narrative d'Un drôle de paroissien, L'étalon manque sincèrement d'inspiration. C'est long, répétitif et peu divertissant. Pourtant, Jean-Pierre Mocky et son scénariste semblent être parfois saisis d'une forte inspiration. À moins que les deux hommes n'aient été captivés à l'idée du concept de ''doubles'' propre à la trilogie Fantomas qui donna lieu à trois longs-métrages réalisés entre 1964 et 1967 par André Hunebelle avec en vedette Mylène Demongeot, Jean Marais et bien évidemment Louis de Funès, la séquence se déroulant à l'Assemblée Nationale où se joue le projet du vétérinaire de faire passer une loi sous les faux traits du député Léon Lacassagne est relativement réussie. Pour le reste, L'étalon demeure une comédie très moyenne typique de ce que deviendra de manière récurrente le cinéma de Jean-Pierre Mocky jusqu'à la fin de sa carrière...

 

lundi 17 août 2026

Un drôle de paroissien de Jean-Pierre Mocky (1963) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Jean-Pierre Mocky a durant sa très longue carrière et parmi des dizaines et des dizaines de longs-métrages réussi à mettre en scène des œuvres qui au fil du temps sont devenues des classiques tandis que d'autres restent de pures navets, à l'image de l'insupportable, l'inappréciable, le catastrophique Agafia qu'il réalisa en 2015 ! Fort heureusement, parmi ses meilleurs films l'on trouve plusieurs collaborations avec l'acteur André Bourvil que le cinéaste français débaucha à l'occasion de quatre longs-métrages qu'il tourna entre 1963 et 1969. Le premier, Un drôle de paroissien est donc celui dont nous allons parler dans le présent article. Leur association fut ensuite poursuivie en 1964 avec La cité de l'indicible peur qui parfois fut retitré La grande frousse, avec La grande lessive en 1968 et enfin un an plus tard avec L'étalon. Quatre longs-métrages qui réunissent également autour du réalisateur et l'acteur un autre fidèle interprète de Jean-Pierre Mocky puisqu'en effet, Francis Blanche fut du voyage non seulement dans ces quatre films mais également dans quatre autres. À commencer par Un couple en 1960, Snobs ! en 1961, Les vierges en 1962 ainsi que Les compagnons de la marguerite en 1966. Quant à Jean Poiret, le troisième premier rôle d'Un drôle de paroissien aux côtés de ses deux partenaires, il retrouva également l'un et l'autre aux génériques La Cité de l'indicible peur et de La grande lessive et retrouva Jean-Pierre Mocky en 1987 et 1988 sur les tournages respectifs du Miraculé et d'Une nuit à l'Assemblée nationale... En attendant, nous sommes en 1963 et alors que Bourvil a repris le rôle que refusa d'interpréter Fernandel qui estimait avoir suffisamment tourné de films situant leur action dans des églises (la saga des Don Camillo), c'est donc sur les conseils de l'acteur Jean Gabin que Jean-Pierre Mocky approcha l'acteur auquel il confia le rôle de Georges Lachaunaye, membre d'une famille qui depuis quatre générations s'est toujours employée à ne jamais se donner la peine de travailler. Ce qui donnera d'ailleurs lieu à un échange absolument savoureux entre Georges et un sacristain qui après lui àvoir expliqué que pour vivre dignement il faut travailler s'est vu répondre ceci de la part du membre de la famille Lachaunaye : ''Mon père ne me le pardonnerait jamais. Je n'ai pas été élevé pour ça. Et je ne sais rien faire''. Le principal soucis, c'est qu'à ne rien faire de leur journée, Georges, son père Mattieu (Jean Yonnel), son épouse Juliette (Solange Certain), sa sœur Françoise (Véronique Nordey) et sa tante Claire (Denise Péronne) vivent dans une très grande précarité...


Locataires d'un appartement dont ils n'ont plus les moyens de payer le loyer, maintenant qu'ils ont vendu tout ce qu'ils possédaient afin de subvenir à leurs besoins, il leur faut impérativement trouver une solution. Et pour cela, Georges décide avec la complicité de Raoul, l'ami de la famille Lachaunaye, auquel il propose tout d'abord d'arrêter son métier peu rentable de dentiste, de l'aider à piller les troncs des églises ! Une action évidemment peu morale puisqu'il s'agit de voler, même en partie, l'argent que les paroissiens ont déposé un peu partout dans les troncs des églises de la région. Un drôle de paroissien décrit la professionnalisation du métier de voleur où Georges se contente tout d'abord de voler l'argent à l'aide de caramels mous avant de faire preuve aux côtés de Raoul d'une véritable ingéniosité. Mais dans ce tableau ''idyllique'' d'une ''profession'' presque décrite comme un sacerdoce, un ombre plane au dessus de la tête des voleurs. Celle de l'inspecteur Cucherat qu'interprète donc Francis Blanche. Un flic chargé de surveiller les églises en raison d'une recrudescence des pillages et qui traque celui qui depuis plusieurs jours vide les troncs des églises. Jean-Pierre Mocky décrit ensuite les Lachaunaye comme une famille de bourgeois déclassée, continuant à vivre de privilèges bien qu'ils ne puissent plus se permettre de vivre tels des parasites de notre société. En clair, leur valeurs tournent autour d'un principe simple : Aux autres de donner et à eux de récolter... Se confrontent ainsi deux ordres d'idée : un paradoxe opposant une famille d'anciens nantis privilégiés au refus de se salir les mains dans des métiers qui inférioriseraient leur statut de bourgeois. Un concept que le réalisateur traite d'ailleurs sur le ton de l'absurde puisque avant de ''renflouer'' les caisses grâce aux vols des troncs d'église et ainsi de pouvoir donner l'illusion de s'être réapproprié leur ancien statut, Georges et sa famille vivront longtemps dans un appartement sans meubles, sans chauffage et sans presque aucune nourriture... Un drôle de paroissien est une excellente comédie en noir et blanc (à l'exception de la délirante séquence du cauchemar tournée en couleur), avec un Bourvil suave, un Francis Blanche hargneux et un Jean Poiret volubile...

 

dimanche 13 juillet 2025

La dernière bourrée à Paris de Raoul André (1973) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Quelle ironie tout de même... Alors qu'hier j'écrivais ceci : ''Y'a un os dans la moulinette est une excellente porte d'entrée dans le genre'', voilà qu'aujourd'hui, afin de clore le mini-cycle que j'ai décidé de consacrer au réalisateur français Raoul André et à la comédie franchouillarde, je tombe sur La dernière bourrée à Paris. Que les choses soient claires ! Bourrée ne veut pas dire ici que l'héroïne y apparaît le plus clair de son temps dans un état d'ivresse avancé ni qu'elle passe son temps en position horizontale pour se faire culbuter par le bel étalon italien rencontré en tout début de récit. Non, ce piteux jeu de mots se réfère non seulement au Dernier tango à Paris que réalisa Bernardo Bertolucci un an auparavant et dont le film de Raoul André se veut être une parodie mais également une référence à la danse dont la plus célèbre version est auvergnate... Alors qu'en 1972 les personnages incarnés par Marlon Brando et Maria Schneider se rencontraient lors de la visite d'un appartement, en 1973, la charmante Berthe (Patricia Lesieur) tombe sur Victor, interprété par l'acteur Tony Kendall qui contrairement à ce que laisse supposer son nom n'est pas américain mais italien. Pour la jeune femme, c'est le coup de foudre. D'autant plus qu'elle sort d'une séance cinéma où elle a justement assisté à la projection du Dernier tango à Paris ! Plusieurs événements font référence au long-métrage sulfureux de Bernardo Bertolucci. Comme l'appartement où se déroule une bonne partie de l'action entre Berthe et Victor ainsi que toute la dernière partie du film. Mais contrairement à ce que laisse supposer Raoul André, l'adresse est différente. Tout comme cette musique et les voix des personnages que l'on entend hors-champ de l'écran de cinéma qui est censé diffuser Le dernier tango à Paris au début du film. Il n'en demeure pas moins que le réalisateur français y a ajouté un clin d’œil très concret au film du réalisateur italien en incorporant l'actrice Darling Légitimus (qui au demeurant est la grand-mère de l'ancien Inconnus, Pascal Légitimus) dans le rôle d'une concierge. Personnage qu'elle incarnait déjà l'année passée.


Ces petites anecdotes demeurant précisément quelques-uns des rarissimes détails d'intérêt concernant La dernière bourrée à Paris, le film regroupe ensuite des fidèles de Raoul André parmi lesquels l'on retrouve donc Francis Blanche, Daniel Prévost, Paul Préboist (ainsi que son frère Jacques), Christian Marin, Annie Cordy, Micheline Dax, la propre fille du réalisateur Ariane Carletti (pour ceux qui ne le sauraient toujours pas, elle fut la Ariane de Récré A2 et de Club Dorothée) ou bien... Marion Game... qui pour l'occasion est l'ultime centre d'intérêt de cette comédie qui est donc franchouillarde, certes, mais surtout d'une nullité si remarquable que celles et ceux qui y survécurent au moment de sa sortie voilà plus de cinquante ans en font certainement encore d'horribles cauchemars ! Tellement mauvais que de supporter une telle péloche dans son intégralité se révèle être un véritable calvaire. Ça n'est donc que par preuve de conscience cinéphilique que je me suis contraint à un exercice consistant à relancer le film à plusieurs reprises, chaque fois que je fermais l’œil et que me passait sous le nez telle ou telle séquence. À bien y regarder, le film a duré au final plus de six heures !!! Fort heureusement, derrière ce capharnaüm qui ne rend hommage ni à Bernado Bertolucci, ni à son classique, ni à la comédie française en général et donc pas davantage aux interprètes et aux techniciens qui travaillèrent dessus, La dernière bourrée à Paris est malgré tout l'occasion de découvrir Marion Game sous toutes ses coutures. Déjà craquante lorsqu'elle ne se contente que de sourire dans un premier temps, allez savoir pourquoi mais l'attention du spectateur se trouve être ensuite happée par les formes de cette actrice qui ici, ne cache absolument rien de ses charmes. Autant dire que de voir Marion Game à poil est aussi plaisant que de manger une bonne glace sous le soleil de Santorin, par quarante degrés, après avoir marché une bonne dizaine de kilomètres ! À part ça ? RIEN! Le vide, sidéral. Niveau interprétation, écriture et mise en scène, c'est le néant. Il y a autant d'espoir de rire ou même plus simplement de sourire qu'il y a de chance de traverser en une seule journée le vide qui sépare deux systèmes solaires. Bref, La dernière bourrée à Paris est une catastrophe qui mérite à peine d'entrer dans le registre du nanar qui par définition se doit malgré tout de divertir. Ici, à part une Marion Game parfois en mode ''retour à la nature'', y'a vraiment rien à manger ni à boire...

 

mercredi 9 juillet 2025

Ces messieurs de la gâchette de Raoul André (1970) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Deux ans après Ces messieurs de la famille, Raoul André nous revenait en 1970 avec Ces messieurs de la gâchette. Entre-temps, le réalisateur français aura eu l'occasion de mettre en scène Jean Lefebvre et à nouveau Francis Blanche, Darry Cowl et Annie Cordy dans Le Bourgeois gentil mec. Si un certain nombre d'interprètes reprennent le rôle qu'ils tinrent deux ans auparavant, d'autres par contre changent totalement de registre. Dans celui des membres de la famille Pelletier l'on retrouve donc Michel Serrault en bon père de famille bourgeois toujours directeur de l'entreprise qui l'employait dans le précédent long-métrage, Darry Cowl dans celui de son frère Albert, le metteur en scène, Anne Carrère incarne toujours Simone, l'épouse de Gabriel Pelletier tandis que la nièce de Louis de Funès, Isabelle de Funès, remplace Anna Gaël dans le rôle de la fille Pelletier, Nicole. Du côté des interprètes qui ont changé de rôle, Francis Blanche est passé du commercial américain originaire de Düsseldorf et au fort accent germanique au chef de famille et gangster italien Marco Lombardi. Alors que Bernadette Stern interprétait le rôle du mannequin et petite amie d’Albert dans Ces messieurs de la famille, cette fois-ci l'actrice incarne celui de Barbara, l'une des deux filles de Marco Lombardi. Dans cette séquelle, il ne s'agit plus de négociations entre deux commerciaux d'entreprises rivales mais bien de l'exploitation d'une famille aisée par une seconde exclusivement formée autour de malfaiteurs. Tout commence par la relation entre Luigi, le fils de Marco et Nicole, la fille de Gabriel. Ces deux là viennent de se rencontrer et pourtant, très rapidement, ils décident de partir pour l'Italie afin de s'y marier. Notons que dans le rôle de Luigi l'on retrouve le célèbre animateur de télévision Patrice Laffont qui fut notamment aux commandes des émissions Fort Boyard, Des chiffres et des lettres ou Pyramide et qui apparu à plusieurs reprises dans de petits rôles au cinéma. C'est ainsi que l'on retrouvera Patrice Laffont dans le rôle du dragueur Jean-Luc dans Le gendarme de Saint-Tropez de Jean Girault en 1964 ou dans son propre rôle à diverses occasions comme dans Pour cent briques t'as plus rien d’Édouard Molinaro n 1982, La belle histoire de Claude Lelouch en 1982 ou encore La cité de la peur d'Alain Berbérian en 1994 !


Il forme ici avec Isabelle de Funès le seul couple réellement ''sincère'' puisque tout ce qui tournera autour des membres des familles Pelletier et Lombardi aura comme seul projet pour ces derniers de ''rincer'' financièrement et manipuler chaque membre de la famille de Gabriel. Mais au final, le principal projet de Marco et de sa bande sera de mettre la main sur un magot enfermé dans le coffre d'une usine appartenant à une directrice incarnée par Micheline Dax. Si Michel Galabru ne fait plus partie de l'aventure, il est désormais remplacé par Marc Dudicourt, lequel interprète un inspecteur de police très présent à l'image et qui rapidement va tourner autour des deux familles. Afin de détourner l'attention de la directrice de l'usine et ainsi lui faire révéler le code du coffre qui renferme les recettes de son entreprise, Marco Lombardi contraint Bernard Le Gall (toujours incarné par Jean Poiret) de la séduire. Contrainte à laquelle celui-ci ne peut échapper puisque Marco porte sur lui une reconnaissance de dette de plusieurs dizaines de milliers de francs suite à une partie de cartes qui a mal tourné pour le membre de la famille Pelletier. On ne change pas une équipe qui ''gagne'' puisque le réalisateur signe une fois encore le script en compagnie du fidèle Jacques Dreux. Tout comme pour la chanson-titre de Ces messieurs de la famille, le générique de Ces messieurs de la gâchette est composée par Darry Cowl et Jean-Michel Defaye et est une nouvelle fois interprété par Annie Cordy. L'actrice belge a désormais les cheveux qui frisottent et se montre encore plus désinvolte que lors des précédentes aventures. Toujours à fond dans le maoïsme, elle embrigade de jeunes révolutionnaires parmi lesquels le couple nouvellement formé par Luigi et Nicole.Ceux qui apprécièrent Ces messieurs de la famille devraient logiquement trouver cette suite sympathique tandis que ceux qui n'eurent aucune accointance avec l'approche franchouillarde du récit risquent d'être décontenancés à l'idée de replonger une nouvelle fois au cœur d'une comédie certes un peu mieux écrite mais demeurant tout de même d'une bêtise que l'on ne rencontre généralement que dans ce type de comédies françaises...

 

dimanche 6 juillet 2025

Ces messieurs de la famille de Raoul André (1968) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Aux États-Unis, ils ont Denzel Washington, Forest Whitaker, Morgan Freeman, Samuel L. Jackson, Eddie Murphy ou encore Laurence Fishburne. Et en France, on a qui ? Jean-Pascal Zadi et... ET.... EEEEET ? Omar Sy !!! Alors que je m'apprêtait à lancer la dernière purge de ce dernier mise à disposition des abonnés d'Amazon Prime, il m'a fallut un très court instant de conscience pour choisir un autre programme et remiser la chose lorsque les températures me permettront de conserver toute mon objectivité. Car l'opération consistant à regarder un film de Sy tandis que le thermomètre affiche les trente-cinq degrés est pour l'instant, inenvisageable. C'est pourquoi, en attendant que le climat se rafraîchisse, j'ai choisi de me lancer dans la projection d'une franchouillardise bien de chez nous. C'est ainsi que je découvre pour la première fois le nom de Raoul André, réalisateur et scénariste français prolifique puisque entre 1947 et 1974, il fut l'auteur de plus de trente longs-métrages. Et parmi ceux-ci, Ces messieurs de la famille, œuvre hautement philosophique, incarnée par une foule d'interprètes qui auraient, pour les amateurs de nanars, sans doute mérité leur place à la Comédie Française et que les plus jeunes ne connaissent certainement pas. Et pour cause : une grande majorité d'entre eux ne sont plus de ce monde. Raoul André... Mais où donc le réalisateur a-t-il été chercher un nom pareil. Chez ses parents, me direz-vous. Même pas foutu de se trouver un pseudonyme, le bonhomme sembla avoir eu comme égérie, l'actrice, chanteuse et meneuse de revue belge, Annie Cordy. Cinq films en commun dont celui-ci et dans lequel, alors âgée de quarante printemps, la future interprète de La bonne du curé, de Cho Ka Ka o, de Tata Yoyo et de Frida Oum Papa endosse le rôle de Maryse, la bonne d'une famille huppée mais excentrique dirigée par Gabriel Pelletier. Directeur commercial d'une entreprise de jouets dont le PDG vient de confier l'accueil au sein de son foyer d'un américain avec lequel l'entreprise française doit établir un accord commercial, le père de famille est incarné par Michel Serrault. Gabriel Pelletier vit aux côtés de son épouse Simone (Anne Carrère) et de leurs deux enfants, leur fille Nicole (la charmante Anna Gaël) et leur fils dont j'ai déjà oublié le prénom et le nom de celui qui l'incarne !


Ajoutons à cela, le frère de Gabriel, Albert, joué par Darry Cowl, un réalisateur de films de charmes ainsi que Bernard Le Gall, le frère de Simone qu'interprète Jean Poiret. Quant à l'américain qui doit venir quelques jours s'installer chez les Pelletier afin de négocier l'accord commercial, il est incarné par Francis Blanche dans le rôle d'Erich Karl Strumbergerl. Nanti d'un fort accent germanique (son personnage vit aux États-Unis mais est originaire de Düsseldorf), Erich Karl Strumberger est prude et puritain. Autant dire que sur les conseils du directeur de l'usine de jouets, Gabriel et sa famille vont devoir se tenir à carreau. Chose qui sera rendue difficile lors de plusieurs quiproquos qui vont mettre à mal les négociations... Ces messieurs de la famille, c'est toute une époque. Une comédie franchouillarde typique, avec sa bande musicale ''Pouet Pouet'', les gesticulations de ses interprètes ou ses dialogues bas du front, on retrouve là le charme propre aux œuvres signées de Bernard Launois, Guy Lux, Michel Caputo et bien évidemment, Philippe Clair. Le personnage incarné par Michel Serrault va ainsi être confronté à une rafle de prostituées dont Simone va faire les frais, puis va être accusé de détournement de mineure après qu'il ait été vue dans sa voiture en compagnie de sa fille bourrée tandis que son beau-frère Bernard Le Gall sera confronté à un truand du nom de Marci Broca (Jean Yanne). Notons également la présence de Michel Galabru dans le rôle d'un brigadier de la gendarmerie. On s'en doute, l'ensemble de cette comédie est d'une légèreté absolue. Les gags, très lourds, fusent et ça n'est pas tant leur efficacité (au demeurant inexistante) que la participation au long-métrage de tout un panel d'interprètes ''majeurs'' de l'époque qui retient l'attention. Notons enfin que deux ans plus tard, Raoul André (décidément, je n'arrive pas à m'y faire) reprendra une partie de ses interprètes et de ses personnages pour les mettre en scène dans une suite intitulée Ces messieurs de la gâchette...

 

dimanche 4 août 2019

La Grande Lessive (!) de Jean-Pierre Mocky (1969) - ★★★★★★★☆☆☆



Alors que dans notre réalité, les années soixante furent celles de la révolution sexuelle, celles de la légalisation de la contraception et de l'avortement, le cinéaste français Jean-Pierre Mocky semblait, lui, préoccupé par un tout autre sujet. Un aspect et un comportement humain qui n'a eu de cesse que de progresser dans des proportions dramatiques, lobotomisant ainsi les masses en les faisant intellectuellement régresser. Si à l'époque, la chose pouvait amuser, La Grande Lessive (!) que l'on peut aujourd'hui considérer comme une œuvre visionnaire a laissé la place à une forme de communication autiste, chacun demeurant chez soit et ne s'adressant à l'autre qu'à travers diverses technologies (réseaux sociaux, téléphones mobiles, sites d'hébergement vidéos, etc...). C'est donc à une réalité alternative que nous conviait Jean-Pierre Mocky. Un monde dans lequel un professeur de lettres, Armand Saint-Just, et quelques amis acquis à sa cause allaient oser prendre le taureau par les cornes et affronter le média télé, monstre tentaculaire et Dieu tout puissant réunissant déjà à l'époque, plus de paroissiens que l’Église elle-même. Une France non plus dirigée par un chef d’État mais hypnotisée par le gourou Jean-Michel Lavalette et par ses sbires de la police nationale.

Jean-Pierre Mocky, sous couvert d'une comédie un brin farfelue menée par l'un de ces vieux professeurs de lettres qui n'existent malheureusement plus de nos jours (les jeunes profs d'aujourd'hui ont les dents longues), réalise une satire plus féroce qu'il n'y paraît. Il faut voir ces couples qui une fois leur journée de travail accomplie se laissent bercer par la douce mélodie de leur petite lucarne dont les dimensions à l'époque ne dépassaient pas celles d'une petite rôtissoire. Tellement obnubilés par de bêtifiantes émissions diffusées par les deux seules chaînes de l'ORTF se partageant le monopole des programmes (les deux chaînes abandonneront respectivement leur place au profit de TF1 et Antenne2 le 6 janvier 1975), qu'ils en oublient jusqu'à l'éducation même de leur propre progéniture. C'est donc pour combattre ce véritable cancer, ce fléau contre lequel l'éducation ne peut opposer aucune arme de défense qu'Armand Saint-Just, le docteur Loupiac et le professeur de gymnastique Missenard vont bénéficier des talents du chimiste Benjamin pour brouiller les antennes situées sur les toits parisiens. Mais pas n'importe lesquelles : au nombre de quarante, les trois hommes s'attaqueront à celles qui empêchent les quarante élèves du professeur de lettres d'étudier le soir, à la maison. Une escapade périlleuse car les trois hommes auront dans leur sillage les inspecteurs Toilu et Barbic...

Sympathique mais pas transcendantal, La Grande Lessive (!) vaut d'abord pour son message qui cinquante ans avant notre époque signalait (ou non) sur un mode humoristique, les dangers de la télévision sur le comportement des téléspectateurs. Qui aurait pu deviner que les enfants si sages du long-métrage de Jean-Pierre Mocky allaient laisser place aux zombies ''nouvelle génération'' qui de nos jours passent la tête plongée dans l'écran de leur smartphone ? Le film vaut également pour la présence de l'indétrônable Bourvil, de Francis Blanche dans le rôle du Docteur Loupiac, de Roland Missenard dans celui du prof de gym ou encore du duo de flics formé par Marcel Pérès et Jean-Claude Rémoleux. À noter la présence de Michael Lonsdale dans le tout petit rôle de Monsieur Delaroque et de Jean Poiret dans celui du ''gourou des ondes'', Jean-Michel Lavalette. La Grande Lessive (!) reste plaisant à revoir même s'il a pris un sérieux coup de vieux...

dimanche 23 décembre 2018

Des Pissenlits par la Racine de Georges Lautner (1964) - ★★★★★★★☆☆☆



1964. Cette année là, Louis de Funès et Maurice Biraud joueront par deux fois l'un à côté de l'autre. Deux comédie, l'une policière, et l'autre mêlant humour et polar. Des Pissenlits par la Racine est la première d'entre elles. Réalisée et adapté par Georges Lautner, les dialogues sont du réalisateur lui-même et Clarence Weff, épaulés pour l'occasion par le dialoguiste Michel Audiard. Il s'agit là pour ce dernier, davantage que de superviser les dialogues qui à tout bout de champ, transpirent son propre style. Savoureux, c'est dans le Paris en noir et blanc du milieu des années soixante qu'une tribu d'interprètes participe à cette histoire à multiples tiroirs. Maurice Biraud et Gianni Musy y incarnent respectivement Jo Arengeot et Riton, dit « Pomme Chips », qui après deux ans de prison ont recouvré la liberté. Pomme Chips cherche à mettre la main sur Jacques, le cousin de Jérôme, acteur et contrebassiste dans une pièce de théâtre à succès dont la dernière est prévue pour bientôt. Mais avant cela, Jo confie à son ancien co-détenu la mission de parier sur trois chevaux au Tiercé. Lorsque plus tard, Pomme-Chips est accidentellement tué par Jacques lors de la dernière représentation de La Lune dans la Bière (celui-là même qu'il voulait tuer après s'être fait « voler » sa compagne, la délicieuse mais un peu cruche Rockie, dite « La Braise »), celui-ci planque le corps de la victime dans la caisse de la contrebasse de Jérôme. Une fois la pièce terminée et le matériel transporté chez l'acteur Pierre Michon (Venantino Venantini), le corps est découvert enfermé dans la caisse. Michon menace alors Jérôme, Jo, Rockie et Jacques d'appeler la police s'ils ne le débarrassent pas très vite de l'encombrant cadavre...

Excellente surprise que Des Pissenlits par la Racine. D'abord, il y a ce casting en or : Maurice Biraud, Louis de Funès, Michel Serrault, Francis Blanche, Venantino Venantini, Guy Grosso, mais aussi Mireille Darc. Belle à croquer. Un peu nunuche, mais féline et désirable. La Christine du Grand Blond avec une Chaussure Noire avant l'heure. Charmeuse. Ses rôles dans l'oeuvre de Georges Lautner et huit ans plus tard dans celle d'Yves Robert sont parfois à ce point semblables que l'on pourrait penser que l'auteur de Alexandre le Bienheureux ou de Un Éléphant ça trompe Énormément s'est inspiré du même roman écrit par Clarence Weff alors que le scénariste Francis Veber s'inspirera en réalité de la vie du violoniste russe Igal Shamir. Pour en revenir au long-métrage de Georges Lautner, outre la solide interprétation d'un collège d'interprètes incroyablement fusionnels et habitués à tourner ensemble pour la majorité d'entre eux, le film se distingue comme bon nombre de longs-métrages auxquels a participé Michel Audiard grâce aussi à ses excellents dialogues. Chaque personnage débarque avec son cortège de répliques et d'expressions savoureuses. Louis de Funès retrouve son éternel personnage de poltron, mais cette fois-ci dans un registre un peu plus sombre qu'à son habitude.


Sept ans avant Jo de Jean Girault, il incarne déjà un personnage se rendant coupable d'un meurtre. Mais comme cela sera le cas dans Jo, le meurtre qu'il commet ici est accidentel. Accompagné par la partition musicale parfois nostalgique du compositeur français Georges Delerue, Des Pissenlits par la Racine nous fait voyager dans un Paris dont on ne ne profitera malheureusement qu'en de très rares occasions, et encore, de nuit. Entre les champs de courses, les bars, un théâtre, une soirée « pop » et la maison d'un ornithologue, le film de Georges Lautner est une savoureuse comédie tournant autour de petits malfrats branquignoles, d'un cadavre embarrassant, et d'un ticket de Tiercé gagnant. On ne s'ennuie pas un seul instant...

mardi 18 septembre 2018

Le Septième Juré de Georges Lautner - ★★★★★★★★★★



Un moment d'égarement, de folie, un dimanche après-midi, sous un soleil du mois de septembre, le pharmacien d'une petite ville, Grégoire Duval, s'offre une promenade digestive, laissant derrière lui son épouse et leur deux enfants, partis faire du bateau autour du lac. C'est à quelques centaines de mètres qu'il croise la route de Catherine que son compagnon a abandonné pour aller chercher de l'essence. Elle est jeune, jolie, et surtout légèrement dévêtue. Duval se penche vers elle, tente de l'embrasser, mais devant la résistance et les cris de la jeune femme, il l'étrangle. Sylvain Sautral, l'amant de Catherine est immédiatement soupçonné. Mis aux arrêts par le commissaire de police, il est jugé quelques temps plus tard pour le meurtre de sa fiancée. Parmi les jurés se trouve Duval, celui-là même qui a tué Catherine. L'idée de voir un innocent reconnu coupable de son méfait lui étant insupportable, le pharmacien décide de tout tenter afin de faire acquitter Sautral. Mais même innocenté, le retour à la liberté du jeune homme ne sera pas de tout repos car pour les habitants de Pontarlier, il reste le seul et unique coupable...

Réalisé en 1961, Le Septième Juré demeure un furieux réquisitoire contre la présomption de culpabilité. Ici, le visage du mal n'est incarné ni par la justice, ni par cet homme innocent que l'on tente de condamner faute de coupable véritable, ni par le véritable assassin qui tua sans le vouloir une jeune femme, mais bien par la population d'une petite commune française qui d'une seule voix s'est levée pour accuser un homme bien avant qu'il soit assis dans le box des accusés. Sylvain Sautral contre le monde entier. Ou presque puisque l'un des rares à vouloir le soutenir avec le docteur Hess (excellent Maurice Biraud), c'est le coupable lui-même, merveilleusement incarné par Bernard Blier. Face à lui, le monde entier. Ou tout simplement les habitants de Pontarlier. Ses amis, ses voisins, ses clients, et même son épouse Geneviève (Danièle Delorme) qui voit en la participation de Grégoire au procès en tant que juré, l'occasion d'asseoir davantage la situation de son mari qui a pignon sur rue.

Le génial cinéaste Georges Lautner, auteur d'une foule d'excellents longs-métrages, signe avec Le Septième Juré une œuvre étudiant avec méthode le comportement de citoyens prompts à juger un homme sur de simples soupçons, l'important n'étant alors plus de condamner LE coupable mais du moins UN coupable, qu'il le soit réellement ou non. Découpé en plusieurs phases, le film de Georges Lautner s'ouvre sur le drame, puis se poursuit avec l'exemplaire procès durant lequel le personnage incarné par Bernard Blier sauve les meubles en faisant acquitter Sylvain Sautral, interprété à l'écran par Jacques Riberolles. Bien que cette partie du long-métrage soit déjà en soit, une sacrée réussite, la suite est à l'avenant puisque au sortir du tribunal, l'homme qui a été officiellement reconnu innocent, n'en a pour autant pas terminé avec les plus virulents des juges dont les visages prennent ceux de ses concitoyens. Sans doute l'un des aspects les plus glaçants renvoyant à ces faits-divers se produisant couramment et hors de la fiction. Avec une certaine ironie, Georges Lautner démonte cette institution qui consiste à protéger les notaires même lorsqu'ils avouent leur péchés. En cela, Le Septième Juré est une œuvre faisant une fois de plus écho avec des faits-divers dont continue de parler la presse même aujourd'hui. L'arrivisme et la froideur dont fait l'objet le personnage incarné par Danièle Delorme est en cela assez saisissant. Le film de Georges Lautner démonte certaines institutions (la police en prend quelque peu pour son grade) tout en en préservant certaines autres (le tribunal et ses juges sauront rendre justice comme il se doit). Le cinéaste clôt son œuvre sur une note particulièrement sombre, laissant à une justice bien différente l'opportunité de résoudre enfin cette affaire. Un chef-d’œuvre...

vendredi 11 mars 2016

La Cité de l'Indicible Peur de Jean-Pierre Mocky (1964)



L'inspecteur Simon Triquet est pétrit de scrupules depuis que le dangereux criminel connu sous le nom de Mickey le Bénédictin a été arrêté et enfermé par ses soins. En effet, la justice l'ayant condamné à mort, l'homme doit être aujourd'hui guillotiné, en présence de Triquet. Mais la guillotine étant enraillée, c'est le bourreau qui perd la tête en tentant de la réparer, Mickey profitant de l’inattention de ses gardes pour prendre la fuite. Le supérieur de Triquet les envoie lui et son collègue Virgus enquêter chacun dans un village différent. Si Virgus a bien l'intention de retrouver le criminel et faussaire afin que sa sentence soit exécutée comme cela était prévue, Triquet, lui, a désormais l'intention de mettre la main sur Mickey afin de lui éviter le pire.

Son enquête le mène jusqu'à Barges, petit village d'Auvergne dans lequel il trouve une preuve de la présence de Mickey : un faux billet de banque. Triquet tente de se fondre dans la population en se faisant passer pour un architecte mais la vérité sur son identité va vite se propager dans cet endroit où tout le monde se connaît et dans lequel une légende veut qu'une bête rode le soir, faisant trembler les habitants de Barges. Triquet fait la connaissance du maire, du pharmacien, du gendarme loupiot ou encore du boucher. Mais alors qu'il questionne autour de lui ceux qu'il soupçonne être au courant de la présence du faussaire, Mr Franqui, qui épie ses voisins à l'aide de jumelles, meurt dans d'étranges circonstances...

Tourné en 1964, La Grande Frousse est le sixième film de Jean-Pierre Mocky. L'année précédente, on découvrait le trio d'acteurs Bourvil, Jean Poiret et Francis Blanche dans l'excellent Un Drôle de Paroissien, et c'est donc avec un immense plaisir que l'on retrouve les trois hommes dans ce qui s'apparente autant à un film fantastique qu'à une comédie policière. Dix-spet ans plus tard, le cinéaste donnera d'ailleurs ses lettres de noblesses au genre fantastique avec l'une des rares réussites du genre pour l'époque, Litan : la Cité des Spectres Verts. Afin de créer une véritable ambiance pour cette Grande Frousse qui en réalité n'effraiera que les personnages eux-mêmes, Jean-Pierre Mocky fait appel aux intempérie et surtout à la légende tournant autour d'une bête, finalement assez ridicule et qui pourtant, demeure la plus grande crainte d'un village dirigé par un maire un peu trop souriant pour être honnête. Mocky joue avec la satire et ridiculise la police à travers le personnage de Loupiot (Jean Poiret), gendarme respectueux des lois mais abusivement protocolaire et qui termine presque toutes ses phrases en prononçant toujours les mêmes trois mots: « Par arrêté municipal ».

Bourvil porte la perruque et campe un inspecteur apparemment pas très malin lancé à la poursuite d'un criminel qu'il identifie chaque fois comme étant chauve, alcoolique et frileux. Se déplaçant en sautillant et poussant de petits cris de bêtes apeurée, c'est un être profondément honnête et pas si naïf qu'on le croire. Face à lui, une galerie de personnages hauts en couleur interprétés par Francis Blanche donc, mais également par Jean-Louis Barrault, Jacques Dufilho, Victore Francen, René-Louis Lafforgue ou encore Véronique Nordey.



Adaptation du roman de Jean Ray, "La cité de l'indicible peur", La Grande Frousse se vit expurgé de plusieurs scènes. Alors que l'oeuvre littéraire et le long-métrage portaient à l'origine le même titre, les distributeurs de l'époque en imposèrent donc un autre. Lorsque Jean-Pierre Mocky récupéra les droits de son œuvre, il racheta l'intégralité des bandes et remonta le film dans son montage d'origine et lui redonna le titre du roman de Jean Ray. La Grande Frousse demeure un Mocky de grand cru...


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