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vendredi 28 juillet 2023

Un meurtre est un meurtre d'Étienne Périer (1972) - ★★★★★★★☆☆☆




Deux ans avant La main à couper, le réalisateur belge Étienne Périer allait déjà adapter un ouvrage issu de la collection Sueurs froides. Mais avec Un meurtre est un meurtre, il ne s'agit pas de n'importe quel roman puisqu'il s'agit de celui de l'un de ses plus fidèles collaborateurs, l'écrivain et scénariste Dominique Fabre auquel on doit une petite quinzaine de collaborations auprès d'Étienne Périer au cinéma et à la télévision. Scénariste mais aussi dialoguiste, il participera en outre à l'écriture de L'animal de Claude Zidi en 1977. L'évidence et la simplicité qui se cachent derrière le titre de ce long-métrage policier sont inversement proportionnelles à la complexité du scénario. Sur une base relativement ordinaire, la construction s'avère similaire à celle de La main à couper. Dans ce dernier, l'héroïne était victime d'un maître-chanteur qui cherchait à monnayer la culpabilité supposée de l'épouse d'un médecin dans le décès de son amant tandis que dans Un meurtre est un meurtre, l'époux d'une femme officiellement décédée après avoir été renversée par sa propre voiture est traqué, harcelé, par un homme lui réclamant une forte somme d'argent contre son silence. Mais dans le cas présent, la machination s'avère nettement plus perverse puisque le maître-chanteur en question, interprété par Robert Hossein, est lui-même l'auteur du meurtre de Marie (l'actrice Stéphane Audran), épouse de Paul Kastner. Un crime qu'il menace de faire endosser à l'époux si ce dernier refuse de lui remettre la somme de cinq millions de francs. Dans le rôle du commissaire plouvier, nous retrouvons l'acteur Michel Serrault qui deux ans plus tard allait incarner le personnage du maître-chanteur Édouard Henricot. Quant à Jean-Claude Brialy, c'est lui qui interprète la victime de cet ignoble chantage. Acculé malgré son innocence, Paul Kastner a pour maîtresse Françoise, jeune vendeuse de vêtement (dans un magasin situé avenue Joffre à Garches)...


Un meurtre est un meurtre a tout du cinéma chabrolien dont on retrouve l'esprit. Ça n'est d'ailleurs sans doute pas pour rien que le réalisateur Claude Chabrol y apparaisse brièvement dans le rôle d'un contrôleur de la SNCF ou que Stéphane Audran y interprète l'épouse... et la belle-sœur de Paul Kastner. En effet, plutôt que de se contenter du trio victime/maître-chanteur/commissaire, Étienne Périer et Dominique Fabre ajoutent un personnage tout à fait fantaisiste en la personne d'Anne Andrieux, la dite sœur de Marie Kastner. Un double emploi qui permet à Stéphane Audran de ne pas simplement figurer au début du récit mais de hanter l'intrigue de sa présence tout au long de son déroulement. Un personnage tout aussi ambigu que puisse l'être la majorité des protagonistes. Mimant l'attitude de sa sœur dont la ressemblance est troublante malgré leurs deux années d'écart, Anne Andrieux s'installe chez Paul Kastner selon les dernières volontés de la défunte et se déplace à l'aide du fauteuil roulant qui permettait à sa sœur Marie de se déplacer de son vivant. Jamais au bout de ses surprises, le spectateur assiste impuissant au traquenard dont Paul va être la victime principale. Un acharnement dont l'absence de moralité semble être motivée à travers l'adultère. Tourné à Garches, une commune française du département des Hauts-de-Seine située dans la région Île-de-France constituée d'une quinzaine de milliers d'habitants, Un meurtre est un meurtre distille son lot de surprises inattendues, sans cesse renouvelées même lorsque à la mort du maître-chanteur, tout paraît être rentrer dans l'ordre. Notons à ce sujet la présence à l'image de l'acteur Michel Creton dans le rôle du pharmacien du village, lequel relance l'intrigue. Si sous certains aspects l'accumulation de faits peut paraître excessive, le film du réalisateur belge nous tient en haleine jusqu'à la dernière minute...

jeudi 17 janvier 2019

À gauche en Sortant de l'Ascenseur d'Edouard Molinaro (1988) - ★★★★★★★☆☆☆



L'acteur Pierre Richard termine en beauté ces années quatre-vingt qui l'ont vu précédemment incarner Mangeclous pour Moshé Mizrahi, ou encore plus tôt l'un des héros aux cotés de Gérard Depardieu dans la trilogie culte de Francis Veber, La Chèvre-Les Compères-Les Fugitifs. Adaptation cinématographique de la pièce de théâtre de l'auteur de bandes-dessinées Gérard Lauzier intitulée L'Amuse-Gueule, À gauche en Sortant de l'Ascenseur est un véritable festival à la gloire de notre comique français. Dans l'immeuble d'une rue parisienne imaginaire dont le nom fait directement référence à Gérard Lauzier qui est en charge de l'écriture du scénario. Réalisé par Édouard Molinaro, À gauche en Sortant de l'Ascenseur met en scène un Pierre Richard artiste-peintre (il y incarne le rôle de Yann Ducoudray) amoureux de Florence Arnaud (l'actrice Fanny Cottençon), à laquelle il propose de passer dans son appartement le lendemain en fin d'après-midi. C'est à ce moment très précis que ses voisins formés par le couple Emmanuelle Béart et Richard Borhringer choisissent de s'engueuler pour une énième fois. Jaloux, Boris est persuadé de l'infidélité de sa compagne Eva. Alors que Boris a quitté l'appartement pour se rendre à un rendez-vous et qu'Eva tente de le rattraper dans la cage d'ascenseur pour lui remettre la chemise qu'il a oublié de prendre avec lui, les ennuis commencent. A l'étage, partagé entre les deux appartements, À gauche en Sortant de l'Ascenseur va être le théâtre d'une succession de quiproquos entre les divers personnages. Portes qui claquent, soupçons pesant sur de simples apparences, tentatives de charme, de suicide et de meurtres, le quatuor s'en donne à cœur joie et dans un vaudeville tonitruant.

Outre Pierre Richard, Fanny Cottençon, Richard Borhinger et Emmanuelle Béart, le casting est complété par Pierre Vernier en mari trompé par son épouse Florence Arnaud, Jean-Michel Dupuis en ami de Yann Ducoudray et dragueur un brin poussif, ainsi que Michel Creton et Eric Blanc dans un double rôle de policiers. Sans oublier Martine Maximin qui interprète le rôle de voisine et femme de ménage de Yann. Si À gauche en Sortant de l'Ascenseur n'est certes pas la comédie du siècle, elle demeure cohérente dans la carrière d'un Pierre Richard distrait (le coup du briquet en forme de revolver), funambule (suspendu dans le vide entre son appartement et celui de ses voisins), mais aussi amoureux (transit et maladroit devant la superbe Fanny Cottençon) et fantaisiste (lorsqu'il s'agit d'inventer une histoire pour en éviter une autre, d'histoire, lors de l'apparition imprévue du mari de Florence.

A la suite de la présentation des divers personnages, le reste de l'intrigue, qui se situe autour d'une heure et vingt minutes est intégralement joué dans l'appartement qui donne son titre au film. À gauche en Sortant de l'Ascenseur y prend alors l'allure de la pièce de théâtre dont il est inspiré. Inspiré également sont Gérard Lauzier et Édouard Molinaro qui doivent composer avec un casting pour le moins hétéroclite. Fanny Cottençon y est séduisante, Emmanuelle Béart, très sexy, Richard Borhinger tour à tour amusant et inquiétant, et Pierre Richard, comme à son habitude, ne cesse de gesticuler dans tous les sens pressé de se débarrasser de ses très embarrassant voisins. Pas toujours très fin mais assurément drôle (le coup de la culotte coincée sous le talon de Florence), À gauche en Sortant de l'Ascenseur n'en demeure pas moins une très rafraîchissante comédie...

samedi 27 février 2016

Le Solitaire de Jacques Deray (1987)



Le commissaire Stan et son ami est collègue de longue date l'inspecteur Simon ont prit la décision de quitter la police. Stan a tapé les lettres de démission, et les deux hommes ont pour projet d'ouvrir un hôtel aux Antilles. Fêtant dans un restaurant leur départ, ils se rendent ensuite dans une boite de nuit où Schneider, un dangereux truand qu'ils n'ont toujours pas réussi à mettre derrière les barreaux, est présent. C'est le dernier coup des deux flics avant de quitter leur boulot. Ils aperçoivent le truand qui quitte la salle principale et se réfugie dans les toilettes de la boite. Simon est à ses trousses, mais au moment d'entrer dans les toilettes, Schneider surgit arme au poing et descend l'inspecteur. Lorsque Stan arrive sur les lieux, il est déjà trop tard. Simon est mort et Schneider a pris la fuite.

De retour chez lui, le commissaire déchire les deux lettres de démission et décide de rester dans la police jusqu'au jour où il mettra Schneider en prison. Deux années passent et toujours rien. Stan s'occupe de Christian, le fils de Simon dont il est le parrain. Lorsque du jour au lendemain une série de braquage remue la ville, Stan y voit la signature de son plus vieil ennemi et donc du retour de celui qui tua deux ans plus tôt son plus fidèle ami. Malgré les dénégations du commissaire Pezzoli, Stan persiste à croire que Schneider est de retour. Le flic et le truand vont alors jouer au jeu du chat et de la souris, Schneider laissant derrière lui les cadavres de ceux qui pourraient contrecarrer ses projets...

A plusieurs titres, Le Solitaire a de quoi retenir l'attention. Tout d'abord, il s'agira entre le cinéaste Jacques Deray et l'acteur Jean-Paul Belmondo de leur quatrième et dernière collaboration. Le film signe également la fin d'une série de films policiers dont l'acteur fut le héros. Après un box-office en deçà de ce qu'avaient l'habitude d'engranger les précédentes productions estampillées Belmondo, l'acteur change radicalement de style et effectue ici ses dernières cascades.

L'acteur Michel Creton que l'on aperçoit dans le rôle de Simon et qui converse avec son acolyte sur l'éventualité d'ouvrir un hôtel aux Antilles reprend une partie du texte des Bronzés de Patrice Leconte dans lequel il jouait lui-même déjà. Le rôle du truand Schneider est interprété par l'excellent Jean-Pierre Malo que l'on avait déjà pu voir dans un rôle beaucoup plus nuancé dans l'excellent polar (peut-être même le meilleur produit en France jusqu'à aujourd'hui) Mort un Dimanche de Pluie avec Nicole Garcia et Jean-Pierre Bacri. Malo campe donc le fameux truand, tueur de convoyeurs de fonds, psychopathe en puissance qui élimine tous ceux qui se mettent en travers de sa route. Face à lui, un flic un peu moins débonnaire qu'à son habitude. Entre les deux, une galerie de portraits sympathiques : François Dunoyer en ancien acolyte de Schneider, cuisiné par le commissaire Stan. Michel Beaune en commissaire de la brigade des mœurs mettant des bâtons dans les roues de son homologue, ou encore Pierre Vernier dans le rôle de Maurin, flic très sympathique mais dont les manières feront les frais d'une remarque assez drôle de la part de la concubine de Schneider.
Le Solitaire n'a peut-être pas remporté autant de succès que les précédents films interprétés par Jean-Paul Belmondo, toujours est-il qu'il demeure très plaisant à regarder. Ne serait-ce que pour les premiers et seconds rôles, pour l'histoire, simple, mais addictive, et pour l'époque qu'elle rappelle. Pas de doute, on est bien dans les années quatre-vingt avec ce qu'elles génèrent comme spécificités : à commencer par la bande originale dont un titre à rallonge interprété par Carlos Sotto Mayor qui à l'époque était la compagne de notre Bebel national... 

 

dimanche 8 mars 2015

Les Bronzés de Patrice Leconte (1978)



Un groupe de vacanciers arrive en car dans un club situé en Afrique. Éreintés par le voyage qu'ils viennent d'effectuer, ils ne sont pas au bout de leurs surprises. Les bagages de certains ont disparus quand au ciel, il les accueille avec une averse. Parmi eux se trouvent Gisèle, le Docteur Jérôme Tarayre, Jean-Claude Dusse, Nathalie et Bernard Morin ainsi que Christiane, l'esthéticienne du groupe et Gilbert, le seul peut-être à n'avoir rien à faire ici.

Dès le lendemain, et après une nuit fort agitée, ces derniers se retrouvent et font plus ample connaissance les uns avec les autres. Ils rencontrent les animateurs du club, Popeye, le charmeur du camp qui trompe son épouse, André Bourseault un comique venu se donner en spectacle, tout comme Bobo d'ailleurs, de son vrai nom Georges Pelletier...

Tout ce beau monde se croise durant un été qui sera très chaud pour certains, et même insupportable pour d'autres. Certains vont se donner au jeu de la séduction avec plus ou moins de bonheur, allant même parfois jusqu'à s'en brûler les doigts...

Second long-métrage de Patrice Leconte après Les Vécés Étaient Fermés de L'Intérieur, Les Bronzés fait partie de ces classiques indémodables de la comédie française. D'abord inspiré par la pièce de théâtre écrite et interprétée par l'équipe du Splendid Amour, Coquillages et Crustacé, le film est une succession de répliques intarrissables qui aujourd'hui encore font leur petit effet sur le public bien que le film soit passé de nombreuses fois sur les chaînes de télévision.


Michel Blanc, Marie-Anne Chazel, Christian Clavier, Gérard Jugnot, Josiane Balasko et Thierry Lhermitte, soit la petite bande originale du Splendid, sont rejoints ici par Dominique Lavanant, Luis Rego, Michel Creton, Martin Lamotte, Bruno Moynot et Guy Laporte. Les Bronzés a été tourné en Côte d'Ivoire à Assinie plus précisemment et a été notamment produit par Yves Rousset-Rouard qui produira d'ailleurs la suite ainsi que le troisième et dernier film réunissant la troupe du Splendid toute entière (excepté le troisième volet des bronzés tourné plus de vingt-cinq ans après le premier).

L’œuvre de Patrice Leconte dégage une fraîcheur encore intacte et l'on prend un immense plaisir à assister aux péripéties de cette troupe d'acteurs fantastiquement drôles. Blanc en célibataire et karatéka espère trouver l'âme sœur. Balasko et Jugnot sont mari et femme et veulent se prouver l'un à l'autre qu'ils en ont encore sous le pied. Clavier est médecin et éprouve quelques difficultés à draguer. Lavanant est esthéticienne, un peu bourgeoise dans l'âme et excessivement coincée. Chazel, elle, est une jeune femme radieuse, naïve et qui cherche le grand amour. Quand à Lhermitte, c'est le grand séducteur du camp. Il accumule les conquêtes au point de les compter au kilo !!!

Autour, d'eux, quelques rôles sympathiques confiés à Luis Rego, Michel Creton (dont le personnage va connaître ici une fin tragique) et Martin Lamotte. Les trois hommes seront absents de la suite, Lamotte, lui, rempilant pour le troisième épisode. On retrouvera par ailleurs Guy Laporte dans le rôle du directeur du magasin de ski et Bruno Moynot dans celui de Monsieur-Météo.

Les Bronzés connaît un franc succès avec pas moins de 2 300 000 entrées lors de sa sortie. Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, le film, basé pourtant sur une image assez précise de ce que l'on imagine être un club de vacances et ceux qui ont l'habitude d'y séjourner, n'est pas un prétexte pour les interprètes de se moquer de ceux dont ils se sont inspirés. Bien au contraire, si l'équipe du Splendid a voulu mettre en chantier la pièce avant d'accepter de tourner le film, c'est pour mettre en avant ce qui fait la part d'humanité chez l'homme que cela soit à travers ses qualités mais aussi et surtout, ses défauts... Dans le top cent des comédies françaises et même mondiales, Les Bronzés, n'en doutons pas, tient une place des plus confortables. Un classique du genre...


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