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vendredi 8 décembre 2023

La menace de Gérard Oury (1961) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Si l'on demande au commun des mortels de nous citer son film préféré de Gérard Oury, que nous répondra-t-il ? Dans le pire des cas, ''Hein ? C'est qui lui ?''. Et dans le ''meilleur'', nous aurons droit à l'éternel carré d'as constitué du corniaud, La grande vadrouille, La folie des grandeurs et Les aventures de Rabbi Jacob, tous incarnés par Louis de Funès, quand d'autres citeront sans doute davantage La carapate et Le coup du parapluie avec Pierre Richard , L'as des as avec notre Bebel national ou encore La vengeance du serpent à plumes avec Coluche ! Durant des décennies, Gérard Oury (parfois assisté de sa fille Danièle Thompson) nous a régalé de certaines des comédies les plus drôles qui aient vu le jour sur notre territoire. Des classiques, dans le sens le plus noble qui soit. Mais avant de s'intéresser au genre qui le rendit célèbre, le réalisateur et scénariste français s'est illustré dans la comédie dramatique. Voir même le drame avec, en 1961, La menace (rien à voir avec le film éponyme d'Alain Corneau datant de 1977 et principalement interprété par le français Yves Montand et la québécoise Carole Laure). Le long-métrage de Gérard Oury met principalement en scène l'acteur, réalisateur et scénariste français Robert Hossein. Lequel, quatre ans plus tard, réalisera notamment le très réussi Vampire du Düsseldorf dont le personnage qu'il interprétera lui-même sera inspiré des méfaits du monstrueux tueur en série allemand Peter Kürten dont les exactions eurent lieu entre la fin des années vingt et le début des années trente, au siècle dernier. La séquence post-générique rappelle sensiblement celle qui ouvre le bal de Répulsion que le réalisateur franco-polonais Roman Polanski réalisera lui aussi quatre ans plus tard avec dans le rôle principal, une toute jeune Catherine Deneuve. Filmés l'un comme l'autre en noir et blanc, le récit de La menace s'éloigne cependant drastiquement de cette atmosphère terriblement étouffante que créera le contexte anxiogène dans lequel vivra cette autre jeune femme en 1965. Ces yeux clos qui désormais s'ouvrent à l'image avant qu'un lent travelling arrière ne montre le visage de leur propriétaire sont ceux de l'actrice Marie-José Nat qui nous a quitté voilà quatre ans.


''Pour lui, le mensonge est un vice... Pour moi, c'est plutôt un refuge...''


Dans La menace, elle incarne à l'âge de vingt-deux ans seulement la jeune Josépha dont le rêve serait de faire partie des Mariolles, une bande de jeunes gens qui passe leur temps à faire les idiots assis sur la selle de leur scooter. Mais on ne fait pas partie de leurs membres si facilement. Alors, Josepha se forge une nouvelle personnalité. Elle s'achète une moto avec l'argent qu'elle a emprunté au pharmacien, porte des jeans et un blouson noir, se met à fumer des cigarettes et boit du whisky-coca. Tout ça pour séduire les membres des Mariolles. Pourtant acceptée parmi eux par une très grande majorité, l'une des filles du groupe a voté contre elle... Le lendemain, celle-ci est retrouvée morte en forêt, violée et étranglée. Sous la pression de ses nouveaux camarades qui la soupçonnent d'en savoir davantage qu'elle ne veut l'admettre, Josepha craque et affirme que le responsable de l'assassinat est Savary, le nouveau pharmacien... Débutant sous des airs de comédie adolescente plutôt convenue, La menace prend une tournure radicalement différente dès lors que Josepha désigne comme coupable du viol et du meurtre, le pharmacien qui à l'écran est interprété par Robert Hossein. Gérard Oury adapte le roman Les Mariolles du célèbre écrivain français Frédéric Dard. Œuvre dans laquelle il décrit tout d'abord une Josepha s'émancipant de son caractère ingénu pour s'endurcir et faire ainsi partie d'un groupe. Dès lors, la jeune femme apparaît sous les traits d'une manipulatrice dont le mensonge, au fil du récit, apparaîtra de manière claire comme une seconde nature. Derrière la fausse modestie de la mise en scène et de l'écriture se cache un message pamphlétaire contre le mensonge et ses conséquences collatérales. Avec sa charmante bouille et ses expressions enfantines, Marie-José Nat incarne en même temps cet esprit de vengeance qu'il était jusque là impossible de deviner chez cette jeune femme d'apparence douce, pure et fragile. Et c'est sans doute à travers cette représentation de l'innocence que le film se montre le plus glaçant. Bien que La menace accuse plus de soixante ans, il demeure une saisissante vitrine de la société actuelle où dans la vie de tous les jours les valeurs morales n'épousent plus celles du passé et où tout est bon pour être''reconnu'' et ''aimé''...

 

vendredi 28 juillet 2023

Un meurtre est un meurtre d'Étienne Périer (1972) - ★★★★★★★☆☆☆




Deux ans avant La main à couper, le réalisateur belge Étienne Périer allait déjà adapter un ouvrage issu de la collection Sueurs froides. Mais avec Un meurtre est un meurtre, il ne s'agit pas de n'importe quel roman puisqu'il s'agit de celui de l'un de ses plus fidèles collaborateurs, l'écrivain et scénariste Dominique Fabre auquel on doit une petite quinzaine de collaborations auprès d'Étienne Périer au cinéma et à la télévision. Scénariste mais aussi dialoguiste, il participera en outre à l'écriture de L'animal de Claude Zidi en 1977. L'évidence et la simplicité qui se cachent derrière le titre de ce long-métrage policier sont inversement proportionnelles à la complexité du scénario. Sur une base relativement ordinaire, la construction s'avère similaire à celle de La main à couper. Dans ce dernier, l'héroïne était victime d'un maître-chanteur qui cherchait à monnayer la culpabilité supposée de l'épouse d'un médecin dans le décès de son amant tandis que dans Un meurtre est un meurtre, l'époux d'une femme officiellement décédée après avoir été renversée par sa propre voiture est traqué, harcelé, par un homme lui réclamant une forte somme d'argent contre son silence. Mais dans le cas présent, la machination s'avère nettement plus perverse puisque le maître-chanteur en question, interprété par Robert Hossein, est lui-même l'auteur du meurtre de Marie (l'actrice Stéphane Audran), épouse de Paul Kastner. Un crime qu'il menace de faire endosser à l'époux si ce dernier refuse de lui remettre la somme de cinq millions de francs. Dans le rôle du commissaire plouvier, nous retrouvons l'acteur Michel Serrault qui deux ans plus tard allait incarner le personnage du maître-chanteur Édouard Henricot. Quant à Jean-Claude Brialy, c'est lui qui interprète la victime de cet ignoble chantage. Acculé malgré son innocence, Paul Kastner a pour maîtresse Françoise, jeune vendeuse de vêtement (dans un magasin situé avenue Joffre à Garches)...


Un meurtre est un meurtre a tout du cinéma chabrolien dont on retrouve l'esprit. Ça n'est d'ailleurs sans doute pas pour rien que le réalisateur Claude Chabrol y apparaisse brièvement dans le rôle d'un contrôleur de la SNCF ou que Stéphane Audran y interprète l'épouse... et la belle-sœur de Paul Kastner. En effet, plutôt que de se contenter du trio victime/maître-chanteur/commissaire, Étienne Périer et Dominique Fabre ajoutent un personnage tout à fait fantaisiste en la personne d'Anne Andrieux, la dite sœur de Marie Kastner. Un double emploi qui permet à Stéphane Audran de ne pas simplement figurer au début du récit mais de hanter l'intrigue de sa présence tout au long de son déroulement. Un personnage tout aussi ambigu que puisse l'être la majorité des protagonistes. Mimant l'attitude de sa sœur dont la ressemblance est troublante malgré leurs deux années d'écart, Anne Andrieux s'installe chez Paul Kastner selon les dernières volontés de la défunte et se déplace à l'aide du fauteuil roulant qui permettait à sa sœur Marie de se déplacer de son vivant. Jamais au bout de ses surprises, le spectateur assiste impuissant au traquenard dont Paul va être la victime principale. Un acharnement dont l'absence de moralité semble être motivée à travers l'adultère. Tourné à Garches, une commune française du département des Hauts-de-Seine située dans la région Île-de-France constituée d'une quinzaine de milliers d'habitants, Un meurtre est un meurtre distille son lot de surprises inattendues, sans cesse renouvelées même lorsque à la mort du maître-chanteur, tout paraît être rentrer dans l'ordre. Notons à ce sujet la présence à l'image de l'acteur Michel Creton dans le rôle du pharmacien du village, lequel relance l'intrigue. Si sous certains aspects l'accumulation de faits peut paraître excessive, le film du réalisateur belge nous tient en haleine jusqu'à la dernière minute...

dimanche 25 septembre 2022

Le casse de Henri Verneuil (1971) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Retour sur un Bebel de qualité mais un Bebel sans doute moins populaire... Parce que moins fou, moins ''exhibitionniste'', traitant son personnage avec moins de dérision et d'excès. Cette marque qu'il imprimera par la suite beaucoup plus couramment, quel que soit son personnage. Le Bebel des années à venir, passionnant les foules venues se délecter de ses cascades, de ses gaudrioles, de sa verve théâtrale mais qui dans le cas qui nous intéresse ici incarne Azad, qui aux côtés de trois complices (dont la délicieuse Nicole Calfan, au temps de sa jeunesse et de sa grande beauté) va braquer le domicile d'un riche homme d'affaire athénien. Nous sommes au tout début des années soixante-dix et forcément, le matériel employé par Azad, Ralph (Robert Hossein qui dix ans plus tard campera l'antagoniste commissaire Rosen dans le superbe Le professionnel de Georges Lautner) et Renzi (l'acteur italien Renato Salvatori) nous paraîtra désuet. Certains gestes feront même peut-être tiquer certains agités du bocal se prenant un peu trop la tête, mais déjà, cette seule séquence installe un principe qui parcourra le film de long en large. Ce suspens étirant certaines d'entre elles afin de maintenir une pression chez le spectateur. Car tout aussi bien équipée que puisse être notre équipe de cambrioleurs, le destin ne va pas les ménager. S'introduisant donc dans la demeure d'un certain monsieur Tasco (l'acteur espagnol José Luis de Vilallonga) en pleine nuit, un flic (Omar Sharif dans le rôle d'Abel Zacharia) va passer par là et trouver étrange la présence d'une voiture garée non pas à l'intérieur de la propriété mais le long du trottoir. Une situation dont parviendra cependant à se dépêtrer l'astucieux Azad. Mais les choses allant de paire, une fois l'acte répréhensible commis, les quatre complices qui s'attendaient à quitter le pays mallette de bijoux en mains à bord d'un navire dès le lendemain matin vont malheureusement devoir patienter cinq jours en ville...


Voici donc comment nous est présenté Le casse. Un casting brillant et hétéroclite, un metteur en scène de grande valeur particulièrement rigoureux, mais aussi et surtout, un Ennio Morricone à la baguette, signant l'une de ces partitions qui vous hantent et n'ont pas besoin d'être nommées pour deviner qui se cache derrière. Plus que des scènes d'anthologie qui se succèdent (impossible d'oublier l'incroyable course-poursuite en voiture entre Jean-Paul Belmondo et Omar Sharif dans les rues d'Athènes, orchestrée par Rémy Julienne et son équipe, et dont la durée donne encore de nos jours le vertige), le film est un duel entre deux hommes. On pourrait à nouveau évoquer la confrontation entre le commandant Josselin Beaumont (Belmondo) et l'effroyable commissaire Rosen du Professionnel mais le couple Belmondo/Sharif fait ici des merveilles. Une œuvre dans laquelle personne n'est ni vraiment mauvais, ni vraiment bon. Course-poursuite : imaginez que le personnage incarné par Jean-Paul Belmondo croise à nouveau la route de celui interprété par Omar Sharif. C'est alors la fuite. Dès qu'il claque la portière de sa Fiat 124 Special T rouge, le compteur démarre et c'est alors parti pour neuf minutes et seize secondes d'un duel dans les rues d'Athènes lors de laquelle le flic poursuit le voleur de bijoux à bord de son Opel Rekord A noire. Si le boulevard qui s'ouvre devant les deux hommes paraît d'abord avantager leur circulation, il faudra moins de temps qu'il ne le faut pour le dire pour se rendre compte de la mise en danger de ceux qui sont au volant et de celle des badauds qu'ils croiseront en chemin. Une pointe d'humour : Cette procession religieuse dont les bougies s'éteignent devant le souffle produit par le passage des deux véhicules. Et que dire de ce spectacle produit par des danseurs de sirtaki dans un amphithéâtre, lequel se mue alors en une arène à l'extérieur de laquelle les spectateurs ont déjà oublié ceux qu'ils étaient venus applaudir au profit des deux bolides fonçant à toute allure ? Un duel de taule froissée démentiel dont une question persistera jusqu'à son terme : lequel des deux hommes en sortira vainqueur ? Le rugissement des moteurs laisse la place à un silence presque ''assourdissant'' et le polar se mue alors en western...


C'est en réalité presque là que débute vraiment Le casse. Dont le titre aurait tendance à nous divertir quand la véritable raison du film est ailleurs. Dans ce face à face entre deux monstres du cinéma dont les personnages, pour être tout à fait honnête, se valent très largement d'un point de vue morale. Car on le découvrira par la suite, raisonner notre cambrioleur ou pire, les envoyer ses complices et lui derrière les barreaux ne va pas être la priorité d'Abel Zacharia. Mais chut... ! Les dialogues ont beau avoir parfois l'air ceux d'un roman de gare et non pas ceux d'une grande œuvre littéraire (Henri Verneuil s'est chargé lui-même de leur écriture), la chose ici n'a pas vraiment d'importance. Tout tient en fait dans le regard et le sourire plein de malice d'Omar Sharif et dans cette fausse candeur que lui soumet parfois Jean-Paul Belmondo. On appréciera (ou pas) le message sous-jacent que le réalisateur s'est amusé à ''graver'' sur pellicule. Ce mépris qu'il semble avoir pour ces riches notables, hautains et arrogants. C'est peut-être là, qui sait, que lui est venue l'idée de faire du flic, ce personnage ambigu et au fond, pas vraiment intègre. Mais n'oublions pas que le film est tout d'abord l'adaptation du roman signé de l'écrivain américain David Goodis, The Burglars. Notons également que le roman fut déjà adapté sur grand écran en 1957 par le réalisateur américain Paul Wendkos sous son titre éponyme traduit chez nous sous celui du Cambrioleur. Bon, après, le film n'est pas dénué de défauts. Comme ces sept minutes environs, sortant totalement le film de son contexte et situées entre la rencontre du héros avec un mannequin de charme et un spectacle de cabaret dont on cherche encore l'intérêt ! Interprété par de grands acteurs et surtout, devrais-je dire, DEUX grands interprètes, Le casse est ce que l'on pourrait appeler un ''grand Belmondo''. Ce qu'il est au demeurant. Mais tellement davantage encore...

 

dimanche 7 mars 2021

Le Jeu de la Vérité de Robert Hossein (1961) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Basé sur un scénario de Robert Hossein, Robert Chazal, Steve Passeur, Jean Serge et Louis Martin, Le Jeu de la Vérité est le septième long-métrage de Robert Hossein. Une œuvre qui s'inscrit dans la lignée des romans de l'écrivain britannique Agatha Christie, et notamment de ses Dix Petits Nègres. Un genre bien spécifique qui depuis quelques années connaît un regain d'intérêt puisque sont sortis dans les salles le remake du Crime de l'Orient-Express réalisé en 2017 par Kenneth Branagh ou À Couteaux Tirés de Rian Johnson deux ans plus tard. En France, l'acteur, réalisateur et scénariste Robert Hossein s'est donc intéressé au concept du Cluedo qui consiste à découvrir parmi un certain nombre d'individus, lequel à pu commettre un homicide. C'est donc en terrain connu que sont transportés les spectateurs amateurs d'énigmes, ici, pas vraiment policière puisque les autorités tarderont à surgir, laissant des hôtes et des convives se charger eux-même de découvrir le nom du responsable du meurtre de l'un d'entre eux. À savoir, un certain Portrant que seul l'excellent Paul Meurisse semblait pouvoir incarner. Un être cynique, quelque peu immonde dans sa façon d'agir et de penser. Que l'on n'invite pas mais qui s'impose. Dans le cas présent, c'est accompagné d'une jeune prostituée d'origine asiatique (une présence qui fera l'objet de remarques xénophobes et d'un certain rejet pour cette jolie jeune femme d'un milieu social jugé modeste) et d'une enveloppe dont le contenu restera longtemps mystérieux que Portrant débarque et commence à semer la zizanie parmi les invités de l'écrivain Jean-François Vérate (Jean Servais) et de son épouse Solange (Nadia Gray). Surtout lorsqu'est évoquée l'idée de jouer à un jeu dangereux : Le Jeu de la Vérité lors duquel, les uns posent des questions aux autres avec pour impératif de dire la vérité. Ce qui ne va pas apaiser les tensions des convives. Mais le jeu est subitement interrompu lorsque Portrant est découvert mort assis dans un fauteuil. L' homme semble apparemment avoir reçu une balle à l'arrière du crâne...


Le Jeu de la Vérité se mue très rapidement en un jeu de massacre dans lequel les bons mots fusent aussi rapidement qu'une balle de fusil. C'est d'ailleurs là que le film de Robert Hossein tire toute sa substantifique moelle. La qualité première d'une œuvre qui porte haute et fière, une couleur de langage que l'on ne retrouve plus guère aujourd'hui que dans de rares occasions. Ici, le cadrage et le montage participent de l'élaboration d'une mise en scène incroyable dans laquelle le moindre regard ou la moindre gestuelle constitue un élément de réponse fugace signifiant l'état d'esprit de tel ou tel personnage féminin ou masculin. Comme le veut la coutume dans ce genre de production, chaque personnage semble avoir un bon prétexte pour se retrouver suspecté du meurtre. Les scénaristes ajoutent à cette affaire déjà ''bien compliquée'' un élément mystérieux. La lettre que porte sur elle la victime avant de disparaître comme par enchantement. C'est alors que survient un nouveau personnage. Celui qu'interprète Robert Hossein. Un flic venu enquêter peu orthodoxe sur la mort de Portrant. Dès l'arrivée de ce nouveau personnage, le récit ''s'appauvrit'' quelque peu. Du moins, du point de vue des dialogues puisque après une première partie particulièrement vigoureuse lors de laquelle la dizaine d'interprètes s'en sont donnés à cœur joie lors d'une éblouissante joute verbale à laquelle la caméra participa brillamment, Le Jeu de la Vérité, s'il ne retombe pas comme un soufflet, prend une direction sensiblement différente en opposant le représentant de l'autorité à un groupe de suspects. Mais là encore, le film brille pour ses dialogues (déjà plus discrets) ainsi que pour son interprétation. Toujours celle de Robert Hossein, bien sûr. Mais également celles de Françoise Prévost, de George Rivière, de Jean-Louis Trintignant ou de Perrette Pradier. Mais bien que Le Jeu de la Vérité soit supérieur à nombre de longs-métrages reposant sur le même concept du point de vue des dialogues, le climax est lui, relativement décevant. En tout cas, beaucoup moins percutant que ne le laissait présager la ''bombe'' évoquée à maintes occasions. Reste que le film de Robert Hossein est une excellente surprise qui vaut bien ses homologues britanniques...

 

Toi, le Venin de Robert Hossein (1958) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Tourné à Nice et dans sa région ainsi que dans les studios de la Victorine, Toi, le Venin est le troisième long-métrage du réalisateur, scénariste, comédien de théâtre et acteur de cinéma Robert Hossein. Si pour beaucoup il demeurera à jamais le Joffrey de Peyrac de la saga de Bernard Borderie, Angélique, Marquise des Anges, il ne faut pas oublier qu'il fut metteur en scène de théâtre et l'interprète de nombreux longs-métrages parmi lesquels on notera notamment sa présence aux côté de la star Jean-Paul Belmondo dans Le Professionnel de Georges Lautner bien après avoir incarné le sinistre Vampire de Düsseldorf, effrayant surnom qu'offrit au tueur en série des années trente Peter Kürten, la presse allemande. Toi, le Venin est l'adaptation (la cinquième) d'un roman de l'écrivain français Frédéric Dard, surtout connu pour sa série d'ouvrages mettant en scène le commissaire de police San-Antonio. Pour cette seconde collaboration entre l'écrivain et le réalisateur après Les salauds vont en Enfer en 1955, Robert Hossein engage sur le tournage deux actrices d'origine russe dont le public retiendra surtout le nom de l'une d'entre elles : Marina Vlady. La seconde, Odile Versois, n'est autre que la propre sœur de la première, ce qui explique la troublante ressemblance entre les deux femmes qui pour le coup, interprètent les sœurs Eva et Hélène Lecain, la seconde étant l'aînée tandis que la première est bloquée dans un fauteuil roulant. La troublante beauté des deux sœurs va de paire avec l'étrange climat qui règne dans leur luxueuse demeure et où apparaîtra bientôt Pierre Menda qu'interprète Robert Hossein...


Un homme qui après avoir été abordé par une jeune femme blonde dont il n'a su pas même entrevoir le visage est décidé à la retrouver. Ayant retenu la plaque d'immatriculation de l'inconnue, il fait croire à la police à un banal accrochage entre voitures afin d'obtenir facilement son adresse. C'est avec surprise que Pierre découvre que les propriétaires de la demeure en question sont deux. Deux sœurs presque jumelles si ce n'était que l'une d'entre elle est clouée sur son fauteuil roulant. Aidées par deux employés de maison, Eva et Hélène tombent sous le charme de Pierre qui lui, montre très rapidement une attirance pour la seconde. Pourtant, de curieux faits apparemment sans importances se manifestent dans la demeure. Ne sachant tout d'abord pas à laquelle des deux sœurs se fier, il croit voir en la personne d'Hélène, la jeune femme qui un soir l'a accosté avant de soupçonner Eva de pouvoir marcher. Petit à petit, le doute s'installe dans l'esprit de Pierre qui décide de mener sa propre enquête concernant le handicap de la jeune femme...


Si Toi, le Venin est emprunt d'une ambiance trouble, la beauté de ses deux interprètes féminines agit sans doute un tout petit peu moins que celle du couple formé par Marie-France Pisier et Robert Hossein pour Le Vampire de Düsseldorf. Le réalisateur ponctue son œuvre d'une ambiguïté par petites touches qui mène le spectateur à douter de l'une puis de l'autre des sœurs jusqu'à même lui brouiller l'esprit. ''C'est certain, Eva doit marcher'' penseront certains tandis que d'autres imagineront sans doute que ''Hélène empoisonne lentement mais scrupuleusement sa jeune sœur''. Puis viendra le moment où, pauvre poire qui s'est laissé manipuler par le jeu tout en finesse de son trio d'interprètes, le spectateur imaginera un ''fin mot de l'histoire'' encore plus tordu. Seule la conclusion nous le dira. Comme une Agatha Christie sous l'emprise d'une force plus sombre qu'à l'accoutumée, Robert Hossein accouche d'une œuvre subtilement nauséeuse qui rappellera PEUT-ËTRE sous certains aspects, le beaucoup plus efficace et dérangeant Singapore Sling que le cinéaste grec Nikos Nikolaïdis réalisera trente-deux ans plus tard. Sauf que dans le cas présent, tout y nettement plus nuancé et incertain quant aux causes du trouble ressenti par le personnage interprété par Robert Hossein mais aussi par les spectateurs. Une évidence s'impose cependant: Toi, le Venin ne laisse pas indifférent. J'en profite pour remercier Bruno Terrier qui dans la dernière vidéo du Boulevard du Cinéma sur Youtube a évoqué Robert Hossein et notamment le film ici présent. C'est donc grâce à lui si j'ai pu découvrir ce long-métrage...

 

mercredi 4 décembre 2019

Des Femmes Disparaissent d'Édouard Molinaro (1959) - ★★★★★★★☆☆☆



Béatrice, la fiancée de Pierre, a rendez-vous avec plusieurs de ses amies féminines dans une soirée organisée autour de mondains. Recrutées par Coraline Merlin, l'épouse de l'un d'eux, elles sont tout d'abord conviées à échanger leur tenue contre des robes de grandes couture. Mais alors qu'elles s'attendent à rencontrer de respectables citoyens, Béatrice et ses amies vont tomber entre les mains d'une organisation criminelle spécialisée dans la traite des blanches. Fort heureusement, Pierre a choisi de suivre sa fiancée en toute discrétion jusqu'à la demeure de leur hôte, risquant sa vie puisqu'un certain Tom, homme de main de Quaglio, organisateur de la soirée, a pour objectif de compromettre le jeune homme dans une histoire de meurtre dont il est lui-même l'auteur... Voici donc à peu de chose près l'histoire qui nous est contée par le réalisateur français Édouard Molinaro dont la carrière débutait un an seulement avant la sortie de Des Femmes Disparaissent en 1959 et dont le rôle principal est offert à l'acteur Robert Hossein qui allait six ans plus tard incarner un Vampire de Düsseldorf de sinistre mémoire.

Récit aux multiples ramifications se déroulant au cours d'une nuit, Des Femmes Disparaissent est surtout porté par la présence et l'interprétation du filiforme et ''Gainsbourgien'' Philippe Clay en homme de main cynique et sadique. Toujours un bon mot en bouche et sifflotant un air, marquant ainsi sa présence comme le fit dans un tout autre registre le Hans Becker (l'acteur Peter Lorre) du chef-d’œuvre de Fritz Lang M le Maudit en 1932, le chanteur et acteur français hante littéralement l’œuvre d’Édouard Molinaro comme l'ombre d'un fantôme ou d'un boogeyman émacié et silencieux. À ce sujet sordide d'une organisation portée sur un réseau de prostitution, le réalisateur oppose un style relativement classieux puisqu'en dehors de Robert Hossein qui porte un blouson de cuir, tous ceux dont il tente de faire capoter les projets portent sur eux des costumes qui cachent du moins pour un temps, leur statut de criminels.

Sobre mais osant exhiber par ici la pointe d'un sein, par là des sévices punitifs à coups de cravache ou plus loin une vengeance à coups de poings marquant profondément le visage de la victime, Des Femmes Disparaissent dégage une ambiance souvent oppressante, magnifiée par des noirs particulièrement sombres et des éclairages permettant à peine de cerner l'identité de celui qui approche le héros par derrière. Des Femmes Disparaissent offre bon nombre de rebondissements, qu'ils s'avèrent plus ou moins crédibles (pourquoi donc Coraline Merlin décide-t-elle soudainement d'aider Pierre et sa fiancée alors qu'elle attire elle-même de jeunes femmes dans le piège organisé par Quaglio?) ou plus surprenant (l'implication de la couturière Cassini interprétée par Jane Marken). Édouard Molinaro signe un long-métrage immersif en ce sens où l'on ne sait jamais vraiment sur quelle issue débouchera l'intrigue. Pour un cinéaste qui nous habituera dès le début des années soixante à toute une série de comédies, Édouard Molinaro débutait pratiquement sa carrière en nous offrant un long-métrage particulièrement sombre et violent. Une jolie surprise...

samedi 12 mai 2018

Chair de Poule de Julien Duvivier (1963) - ★★★★★★★★☆☆



C'est la seconde fois que le cinéaste français Julien Duvivier adapte une œuvre de l'écrivain britannique James Hadley Chase après L'Homme à l'Imperméable pour lequel il offrit le rôle principal à Fernandel. Six ans après, donc, en 1963, le voilà qui revient avec son genre de prédilection : le polar. Noir, quasi désespéré. Où règne un sentiment de trahison permanent. C'est d'ailleurs ici tout l'enjeu du long-métrage Chair de Poule, adapté du roman Tirez la Chevillette par le cinéaste lui-même, mais également une fois encore, par l'écrivain René Barjavel. L’œuvre toute entière semble dictée par l'un des dix commandements gravés sur la pierre par Dieu lui-même. Après 'Tu ne commettras pas d'adultère' dans L'Homme à l'Imperméable, voici que le cinéaste s'attaque non pas à un, mais à trois commandements. 'Tu ne commettras pas de meurtre', 'Tu ne commettras pas de vol', et 'tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain' semblent en effet dicter l’œuvre dans son ensemble. Trahison, trio d'amants, duplicité et meurtres sont donc au programme d'un excellent polar porté par de talentueux interprètes.
Tout d'abord Robert Hossein, acteur, réalisateur, metteur en scène de théâtre et scénariste, qui s'apprêtait l'année suivante à tourner dans l'un de ses plus grand succès d'interprète, Angélique Marquise des Anges, et deux ans plus tard dans l'une des ses propres réalisations pour le cinéma, le troublant Vampire de Düsseldorf. A ses côtés, l'acteur Jean Sorel, que les amateurs de Gialli reconnaîtront aisément puisqu'il joua notamment pour les cinéastes italiens Sergio Corbucci (L'Uomo che Ride), Lucio Fulci ( les excellents Perversion Story et Una lucertola con la pelle di donna), ou encore Umberto Lenzi (Paranoia). Entre les deux hommes (et même les trois puisqu'il ne faut surtout pas oublier de citer le grand Georges Wilson (père de Lambert)), la superbe Catherine Rouvel dans le rôle de Maria, épouse du vieillissant garagiste Thomas avec lequel elle vit depuis trois ans déjà.

Une jeune femme séduisante qui n'en veut en réalité qu'au magot de son mari, enfermé dans un coffre bien à l'abri des convoitises. Plus tôt, à Paris, Daniel Boisset et Paul Genest cambriolent un appartement lorsqu'ils sont pris sur le vif par le propriétaire des lieux qui les prend alors en chasse dans les escaliers. Gravement blessé, Daniel est capturé par la police tandis que Paul parvient à prendre la fuite après avoir tué le propriétaire qui tentait de stopper la fuite de son ami. Condamné à vingt ans de travaux forcés, c'est par négligence de la part d'un policier que Daniel réussit à se sauver et à se rendre dans un trou perdu des Alpes-Maritimes, là où vivent justement Maria et Thomas. Et c'est dans un cadre quasiment désertique au milieu duquel est implantée une station-service que va se dérouler le plus gros de l'intrigue...
Thomas se lie d'amitié avec Daniel, lui offre le gîte, le couvert, ainsi qu'un petit boulot. Mais lorsque Maria découvre le passé du fugitif dans la presse locale, elle le menace de le dénoncer s'il refuse d'ouvrir le coffre-fort rempli de billets de banque de son époux.
Et c'est là que les emmerdes commencent véritablement et que les conséquences pour ne pas avoir respecter les trois commandements cités plus haut vont surprendre, et les personnages, et les spectateurs. La mise en scène de Julien Duvivier est au cordeau. L'écriture précise et la musique d'accompagnement du célèbre compositeur français Georges Delerue font le reste. Julien Duvivier livre une œuvre sans concession, sombre à souhait, chacun tirant la couverture sur lui pour un motif des plus crapuleux : l'argent. Même le sexe y est remisé au second plan puisque malgré les atouts évidents de la superbe Maria, ce sont les billets verts qui intéressent d'abord celui que l'on aurait pourtant soupçonné en dernier.

Après une première collaboration entre Julien Duvivier, René Barjavel et l'écrivain britannique James Hadley Chase piètrement accueillie en son temps, la formule fonctionne enfin à plein régime et Chair de Poule demeure comme l'un des meilleurs polars des années soixante, et parmi ses meilleurs films. Les retardataires se doivent de le découvrir absolument...

jeudi 14 décembre 2017

Hommage à Johnny... Point de Chute de Robert Hossein (1970)



Alors qu'il tutoyait déjà les anges et leur marquise auprès de la délicieuse Michèle Mercier dans le romanesque Angélique, Marquise des Anges, l'acteur, metteur en scène, réalisateur, scénariste et dialoguiste français Robert Hossein signait en cette année 1970 son seul long-métrage des seventies. De retour en France après le pittoresque Le Spécialiste de Sergio Corbucci, l'acteur, chanteur et compositeur français Johnny Hallyday allait se voir offrir un rôle à la mesure de son charisme naissant. N'ayant pas encore pris de cette bouteille qui allait construire en partie l'image du plus populaire rocker de notre pays, Johnny passe du héros mal rasé du précédent western-spaghetti au membre d'un trio de malfrats ayant kidnappé une gamine dont la famille est apparemment aisée puisqu'elle prend l'habitude de rentrer des cours à l'arrière d'une voiture luxueuse conduite par le chauffeur personnel de papa-maman.
Si le premier sentiment qui se dégage de la toute première apparition de notre rocker national est aussi mauvais que celui qui le vit descendre de manière relativement grotesque des escaliers dans le film de Sergio Corbucci, que les fans de Johnny Hallyday se rassurent. Le sort que lui a accordé Robert Hossein est sans commune mesure avec le curieux traitement subit par le chanteur dans la peau d'un ersatz de Clint Eastwood. Ici, et bien après que l'auteur du troublant Vampire de Düsseldorf se soit lui-même grimé en monstre humain inspiré des méfaits de l'un des plus épouvantables serial killer allemand des années 30 (Peter Kurten), Johnny Hallyday apparaît frais comme un gardon. Après avoir éveillé la curiosité du spectateur en cachant le visage de l'acteur sous un masque aussi ridicule qu'improbable, c'est avec un certain effarement que l'on découvre un Johnny Hallyday troublant.

Presque un enfant dirons-nous, au regard bleu pénétrant. Un visage duquel ne ressort aucune manifestation physique le reliant au caractère sordide des faits auxquels il a pourtant participé. A ses côtés, l'acteur Albert Minski, et bien entendu, Robert Hossein. Ces deux là servent la soupe à Johnny qui reste le principal interprète. Lui tenant la chandelle, renforçant ainsi les différences d'intérêts que porteront sur leur victime, les trois hommes. Car pour ces derniers, la seule alternative possible est la mort de leur proie après obtention d'une rançon par ses parents. Pour Vlad, surnommé le Roumain par ses deux acolytes, les choses prennent une tournure différente. Car après des premiers soubresauts particulièrement virils de la part de Johnny envers Catherine, la gamine en question interprétée par la jeune et jolie Pascale Rivault, une certaine complicité va s'installer entre les deux principaux protagonistes. A tel point que Hossein et Minski deviennent les antagonistes du récit s'articulant exclusivement autour d'une maison perdue aux abords d'une plage n'accueillant que la houle et les mouettes.

Œuvre à l'atmosphère poétique, romantique, juvénile, et un brin surréaliste, Point de Chute n'est pas le polar auquel les premières images auraient pu laisser présager. L'acteur Robert Dalban qui dans la peau d'un inspecteur de police flâne dans la dite demeure à la recherche d'indices permettant de mettre la main sur les kidnappeurs durant les premières minutes disparaît au profit d'un récit qui remonte le temps. A ce propos, fait étrange, le présent est lu à travers le prisme d'une image toute de noir et blanc vêtue tandis que le passé s'enrobe d'une multitude de couleurs. Comme si Robert Hossein signifiait par avance l'inéluctable tragédie en revêtant son œuvre d'un linceul ou le noir et le blanc ont seuls droit de cité.
Johnny Hallyday endosse le confortable costume d'un kidnappeur tombé sous le charme d'une jeune femme avec laquelle il va entretenir des liens ténus. Plus étonnant, l'acteur se révèle parfois émouvant. Point de Chute demeure par contre relativement lent et attentiste. Ce qui risque de rebuter une partie des spectateurs. Une curiosité qui mérite tout de même que l'on prenne le temps de la découvrir...

lundi 21 novembre 2016

Le Professionnel de Georges Lautner (1981)



Après avoir passé deux années entières enfermé dans une prison au Malagawi pour avoir tenté de tuer le président N'Jala, l'agent des services secrets français Josselin Beaumont parvient à prendre la fuite et, de retour en France, a bien l'intention d'honorer le contrat pour lequel il avait été envoyé par ses services en Afrique. Mais en deux ans, tout à changé, et alors que N'Jala doit passer trois jours dans l'hexagone, les autorités sont sur les dents. Avertis de la présence de « Joss » dans les parages et de son intention de tuer le président africain, ils vont tout mettre en œuvre pour arrêter leur agent avant qu'il ne mettre son plan à exécution...

Réalisé par Georges Lautner sur un scénario écrit par ce dernier et par Jacques Audiard également (adaptation tirée du roman Mort d'une bête à la peau fragile de Patrick Alexander), Le Professionnel se situe très exactement entre deux séries de films mettant en scène l'acteur français Jean-Paul Belmondo dans des rôles de personnages exubérants. Qu'il soit flic ou voyou, c'est un peu le même type d'emploi que lui accordent les différents cinéastes qui le prennent comme principal interprète de leurs œuvres.
C'est pourquoi Le Professionnel peut être considéré comme une incartade dans la carrière de l'acteur. Du moins, en ce qui concerne sa filmographie entre le milieu des années soixante-dix et la fin des années quatre-vingt. Tout d'abord, il y a cette musique, sublime, émouvante et obsédante du compositeur italien Ennio Morricone. Un air qui parcourt le film de la première à la dernière seconde. Une œuvre nostalgique, emprunte d'une émotion vive qui laisse un troublant sentiment de solitude. Celle de ce personnage admirablement campé par Jean-Paul Belmondo qui n'était à l'époque, rien de moins que l'une des plus grandes star du cinéma français.
Comme Louis de Funès était à la comédie, Jean-Paul Belmondo était le grand rendez-vous du dimanche soir dans le domaine du film d'action.

Alors, revoir aujourd'hui son œuvre, et donc, notamment, Le Professionnel revêt, ici aussi, une forme de nostalgie. Un personnage beaucoup plus sombre, désespérément seul malgré une épouse, une ancienne maîtresse, et un ami (le toujours exceptionnel Michel Beaune) tous proches de lui dans l'âme mais tellement éloignés de ses principales préoccupations. « Donné » par sa patrie, sa hiérarchie, drogué, forcé à faire des aveux lors d'un pastiche de procès en Afrique, torturé puis contraint aux travaux forcés, l'homme à de quoi en vouloir à la France. Mais plus qu'un « soldat » Jean-Paul Belmondo campe un homme à la ruse et à l'intelligence exceptionnelles. Avec beaucoup de pudeur et de retenue, il joue un Joss tout en retenue, mais sans jamais être véritablement avare en matière de répliques. De celles dont il nous a habitué tout au long de sa carrière. Une fois encore, l'acteur assure lui-même les cascades.

Face à lui, un casting solide, fait d’interprètes aux caractères bien trempés. Jean Desailly, Cyrielle Clair, Jean-Louis Richard, Michel Beaune donc, mais également Bernard-Pierre Donnadieu (excellent comme toujours) et surtout Robert Hossein. Blafard, sinistre, incapable d'exprimer le moindre sentiment. A part peut-être lorsqu'il exprime la pitié qu'il ressent vis à vis d'Edouard Valéras qu'il a pourtant lui-même contraint à trahir son ami Joss. Ce dernier justement, et le Commissaire Rosen, l'un se cachant toujours derrière l'autre, jusqu'à ce duel ultime entre les deux hommes renvoyant aux westerns-spaghettis chers au cinéaste italien Sergio Leone. Trente-cinq ans plus tard, Le Professionnel n'a pas pris une ride et demeure comme faisant partie des plus belles réussites de la star Belmondo...

jeudi 8 mars 2012

Les tueurs qui inspirent le 7ème art: Peter Kürten "M Le Maudit" de Fritz Lang (1931) et "Le Vampire De Düsseldorf" de Robert Hossein (1965)



De la réalité...

Deux films consacrés à Peter Kürten célèbre tueur en série surnommé "le vampire de Düsseldorf" en raison de son goût pour le sang de ses victimes qu'il buvait en leur entaillant la gorge avant de s'en délecter. Voleur, violeur, pyromane et assassin, il tua de nombreuses personnes avec une nette prédisposition pour les jeunes enfants. Cela ne l'empêcha pas de s'en prendre à des hommes et des femmes ainsi qu'à des personnes âgées. Il étranglait, assommait à coups de marteaux, poignardait ses nombreuses victimes et la diversité des armes employées poussa la police de Düsseldorf à croire que plusieurs assassins étaient en activité...

 







...à la fiction

Le film de Fritz Lang "M Le Maudit" s'attache avec brio à reconstituer la vie des habitants d'une époque révolue. Il tourna son film peu de temps après l'exécution de Peter Kürten. Son tueur (ici nommé Hans Beckert et interprété par l'excellent Peter Lorre) rôde le soir à la recherche de jeunes victimes (Lang faisant l'impasse sur les adultes et les vieillards) alors que la police qui espère toujours le prendre dans ses filets patauge continuellement, suspectant toujours des innocents. La population s'énerve, les esprits s'échauffent et le comportement suspect d'un homme croisé dans la rue en compagnie d'une jeune fille pousse la foule à le lyncher sur la place public, certaine de mettre enfin la main sur le véritable assassin. La police s'épuise à rester éveillée jour et nuit dans l'espoir de mettre un terme aux agissements de Beckert mais sans succès. Elle s'acharne tant et si bien que la pègre devient victime des contrôles incessants orchestrés par la police afin de trouver l'assassin et se retrouve par la même dans l'impossibilité de "travailler" correctement. Au point que celle-ci décide elle-même de poursuivre ses propres investigations pour trouver le tueur d'enfants allant jusqu'à faire appel au réseau de mendiants de la ville afin d'avoir un maximum de renseignements sur les mouvements suspects ayant lieu en ville. Finalement c'est grâce à l'un de ces derniers que Beckert sera reconnu. Il sera alors arrêté, non pas par la police mais par la pègre qui l'emmènera dans un entrepôt à l'intérieur duquel le tueur devra répondre de ses actes. Alors que l'on pense son sort scellé, c'est l'arrivée inopinée de la police au moment propice qui va le sauver... 


Le film de Robert Hossein quand à lui se déroule dans un contexte historique réel dans lequel Hitler qui est alors à la tête des partis nationalistes, cherche le chemin du pouvoir. Le peuple au chômage erre dans le seul but de trouver un peu de nourriture et de travail. Robert Hossein nous présente un Peter Kürten beaucoup moins discret que celui de Lang. Beaucoup plus séduisant surtout. La ville où il sévit et les meurtres barbares qu'il perpétue lui offrent le surnom de "vampire de Düsseldorf". Interprété par Robert Hossein lui-même, Kürten est présenté comme un petit homme frêle et peu sûr de lui. Il est le jour un homme insignifiant, ouvrier se ventant d'être au chômage alors qu'il n' en est rien. Pendant que les hommes manifestent dehors, lui traîne dans les rues et passe son temps à regarder les femmes. Étriqué dans un costume qu'il ne quitte jamais, il est la nuit un homme tout à fait différent. Amoureux fou d'une jeune femme travaillant dans un cabaret et prénommée Anna, il se rend chaque soir au spectacle qu'elle donne, s'asseyant toujours à la même table. Il essaie tant bien que mal de l'inviter à boire un verre mais la jeune femme est coriace et comme elle sait pouvoir manipuler les hommes grâce à ses charmes, elle n'hésite pas à le faire à sa guise. Alors qu'un jour Kürten est refoulé par la jeune femme qui semblait au premier abord accepter son invitation, cette dernière semble séduite par la manière de réagir de l'homme et va peu à peu et volontairement le laisser gagner du terrain.
Mais Kürten est avant tout un prédateur. Un tueur sans pitié qui ne parvient pas à refouler ses pulsions meurtrières. Autant peut-on le voir sourire, usant ainsi de son charme pour prendre dans ses filets de jeunes femmes naïves qu'il rencontre dans les bars le soir, autant le moment venu de tuer, il porte le masque de la mort. Un masque qui fait froid dans le dos et qui montre la détermination du personnage. A l'aise il peut ainsi se montrer d'une parfaite élégance alors que dans d'autres occasions il est maladroit, longe les murs et marche d' une manière presque grotesque mais mais aussi, touchante...
Tout parait se passer merveilleusement bien entre Anna et lui. La jeune femme semble elle aussi amoureuse et l'on suppose un moment les pulsions du jeune homme ont pris fin. Mais hélas, Anna tombe un matin sur une lettre écrite par Peter. Une missive qu'il a adressé à la police. Une lettre signée du vampire...


Alors que le film de Fritz Lang est très noir et nous plonge dans un univers expressionniste, celui de Robert Hossein est poétique. Son personnage est lui aussi plus attachant. Il faut dire qu'il est beaucoup plus présent à l'image alors que le tueur de Lang lui n'apparaît vraiment que dans la seconde partie du film. Son visage rond aux yeux globuleux beaucoup moins avenant ne joue pas non plus en sa faveur. Les deux assassins pourtant laissent un sentiment étrange. Plus que leurs meurtres odieux c' est leur personnalité qui marque les conscience. Le tueur de Fritz Lang, alors que son grotesque procès est en train de se jouer, devient misérable, inoffensif, enfantin. Celui de Robert Hossein n'est qu'un pantin qui ne fait aucune différence entre le bien et le mal. Et c'est peut-être cette ignorance, sa façon de déambuler dans les rues et ses gestes timides et imprécis qui le rendent si touchant. La musique joue un rôle très important et participe grandement à l'atmosphère envoûtante du film. Dans "M Le Maudit", on retiendra surtout le petit air sifflé qui suit le tueur dans sa quête mortelle et qui le fera tomber entre les mains de la justice.


Marie-France Pisier est superbe et méconnaissable dans le rôle d' Anna, Robert Hossein assure un rôle qui lui colle à la peau quand à Peter Lorre dans "M Le Maudit", il est d'avance condamné en raison d'un physique peu avenant.


"Le vampire de Düsseldorf" et "M Le Maudit" sont donc deux excellents films qui abordent un même sujet mais sous un angle totalement différent...
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