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jeudi 30 avril 2026

L'Uomo più Velenoso del Cobra (Plus vénéneux que le cobra) de Bitto Albertini (1971) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Traduction quelque peu erronée de L'Uomo più Velenoso del Cobra, Plus vénéneux que le cobra du réalisateur, scénariste et directeur de la photographie italien Bitto Albertini se voudrait certainement calife à la place du calife avec son titre très proche d'un genre dont s'est fait le maître transalpin Dario Argento mais en réalité, le film n'a pas grand chose à voir avec le Giallo ! Car si L'Uomo più Velenoso del Cobra est effectivement parsemé de meurtres et si les raisons pour lesquelles les victimes tombent les unes après les autres ne sont pas clairement évoquées dès le départ, certaines spécificités propres au genre sont ici éludées. Pas de traumatisme lié à l'enfance, de sexualité ou d'aliénation. Mais plus encore, le visage du tueur est ici visible dès la perpétration du premier assassinat ! Et donc, pas de mains gantées de noir cachant l'identité du meurtrier... Dans le cas de L'Uomo più Velenoso del Cobra, le réalisateur s'intéresse à Tony Garden (l'acteur George Ardisson), homme retranché en Europe qui après l'annonce de la mort de son frère revient aux États-Unis bien que certaines personnes n'aient pas très envie d'apprendre son retour après qu'elles aient été foncièrement agacézs par son comportement passé. Avec un prénom qui sans doute ne lui a pas apporté autant de problèmes dans son pays d'origine qu'il n'en aurait probablement eu dans les cours d'école françaises, Bitto Albertini, aussi peu connu soit-il sur notre territoire fut tout de même à l'origine des deux premiers volets de la série de longs-métrages intitulés Black Emmanuelle que reprirent notamment à leur compte et coup sur coup Joe D'Amato dans les années soixante-dix puis Bruno Mattei et Claudio Fragasso la décennie suivante. Auteur en outre de l'improbable trilogie Les Trois Fantastiques Supermen, l'homme signa également parmi une filmographie constituée de plus de vingt longs-métrages, Giochi Erotici Nella Terza Galassia, fausse suite de Starcrash : Le Choc des étoiles de Luigi Cozzi intitulée chez nous StarCrash 2 : Les Évadés de la galaxie III ! Le synopsis de L'Uomo più Velenoso del Cobra écrit par Ernesto Gastaldi, Eduardo Manzanos Brochero et Luciano Martino ne vous rappelle-t-il pas celui de Full Contact de Sheldon Lettich dans lequel Jean-Claude Vandamme incarna dix-neuf ans plus tard le rôle de Léon Gautier qui après avoir fuit la Légion Étrangère revenait aux États-Unis pour retrouver l'épouse et la fille de son frère jumeau, lequel fut la victime d'un meurtre ?


Partant d'un postulat de base similaire, les deux films prennent cependant des voies bien différentes puisque Full Contact reste tout d'abord et avant tout un film d'action essentiellement tourné vers les combats au corps à corps. Également interprété par Erika Blanc, actrice qui fut la première à incarner l'iconique Emmanuelle du roman éponyme d'Emmanuelle Arsan avec Io, Emmanuelle tandis que le personnage deviendra réellement célèbre au cinéma après avoir été interprété en 1971 par le mannequin néerlandais Sylvia Kristel dans le film de Just Jaeckin Emmanuelle, celle-ci joue ici le rôle de Leslie Garden, la belle-sœur du héros. Ensemble, ils vont essayer de trouver l'assassin de Johnny, le frère de Tony. Plusieurs pistes s'imposent alors à eux. Dont celle d'un certain Louis Mortimer (Luciano Pigozzi) qui sera pourtant tué dans d'horribles circonstances par le même assassin. Quittant ensuite l'Amérique pour rejoindre le continent africain, le ''couple'' suit alors la piste d'un certain George MacGreves (Alberto de Mendoza), une ancienne relation qui vit désormais au Kenya... Avec son contexte dans lequel les deux frères avaient à une époque l'habitude de traîner dans les cercles mafieux, on pense rapidement que la messe est dite. Et si la résolution de l'énigme a pour effet de nous réserver une surprise relativement surprenante et que le titre semble promettre l'une de ces histoires bien tordues propres au Giallo, L'Uomo più Velenoso del Cobra démontre surtout que son auteur n'est absolument pas à la hauteur des enjeux. Et que dire de l'acteur George Ardisson ? Son interprétation hautement fadasse n'arrange rien. Bitto Albertini a eu beau diriger la photographie de plus de soixante projets cinématographiques, il semble ici avoir négligé l'un des aspects artistiques et techniques les plus fondamentaux. Le film est laid, mal cadré et tout comme le prouve la séquence du safari, tout ou presque sonne faux. Bref, un ratage quasi complet d'où n'émerge donc qu'une révélation finale inattendue...

 

lundi 13 avril 2026

L'occhio nel Labirinto (L’œil du labyrinthe) de Mario Caiano (1972) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Tout commence par la poursuite et l'assassinat d'un homme dans un long et vaste espace désaffecté qui curieusement résonne de nos jours avec le mythe des Backrooms également connus sous le nom d'espaces liminaux. Le docteur Luca Berti (l'acteur allemand Horst Frank) tombe à terre, ensanglanté, après avoir reçu plusieurs coups de couteaux de la part d'un inconnu. Mais heureusement, tout ceci n'était qu'un rêve. Celui que vient de faire Julie (la britannico-italienne Rosemary Dexter). À moins qu'il ne s'agisse d'une prémonition ? Désirant en avoir le cœur net, la jeune femme décide de retrouver celui qui jusqu'à maintenant était son médecin et son amant et qui demeure introuvable. D'après les dire d'un patient de l’hôpital psychiatrique où il travaille, Luca serait parti dans un petit village. C'est là que Julie décide de démarrer ses recherches... L'occhio nel Labirinto (L’œil du labyrinthe) de Mario Caiano est un bien curieux long-métrage que l'on serait tentés de ranger dans la catégorie des Gialli même si au fond, seule la séquence d'ouverture laisse à penser que son auteur a véritablement voulu empiéter sur un genre auquel avaient déjà donné ses premières lettres de noblesses des cinéastes tels que Mario Bava, Lucio Fulci, Sergio Martino et bien évidemment Dario Argento. Pourtant, à bien y regarder, le script assez flou de Mario Caiano et des scénaristes Horst Hächler et Antonio Saguera est parfois plus proche du Whodunit que de celui dont les origines remontent aux années 1920 lorsque furent mis à disposition des lecteurs des romans publiés par la maison d’édition Arnoldo Mondadori Editore. Des ouvrages aux couvertures jaunes sorties sous le nom I libri gialli (d’où l'appellation Giallo) qui pour la plupart étaient des traductions de romans policiers anglo-saxons. Œuvre originale mais non dénuée de tout un tas de problèmes qui la confinent au statut de petite production aussi curieuse qu'ennuyeuse, L'occhio nel Labirinto n'est tout d'abord pas très évident à suivre. Avec son cortège de personnages qui nous sont imposés très rapidement et parmi lesquels nous retiendrons surtout ceux incarnés par Adolfo Celi (L'Homme de Rio de Philippe de Broca en 1964, Opération Tonnerre de Terence Young en 1965), dans le rôle de Frank, l'ancien propriétaire d'un immeuble transformé depuis en orphelinat, par Alida Valli, dans celui de Gerda, une richissime propriétaire d'une vaste demeure.


Ou même par l'autrichienne Sybil Danning qui plus tard deviendra surtout ''célèbre'' pour avoir notamment joué le rôle de la James Bond Girl dans Octopussy de John Glen ou dans Sheena, reine de la jungle de John Guillermin et qui dans L'occhio nel Labirinto incarne une jeune photographe prénommée Toni. Le long-métrage joue ici sur la confusion d'un groupe d'individus qui le plus clair du temps passe son temps à bronzez au soleil. Une pratique qui à l'écran n'apporte bien entendu pas son comptant de séquences passionnantes tandis que la jeune et jolie Julie persiste à vouloir connaître la vérité au sujet de la disparition de son amant. Sur une musique très persistante signée du compositeur Roberto Nicolosi, une photographie de Giovanni Ciarlo et un montage de Jolanda Benvenuti, L'occhio nel Labirinto est donc similaire à un Whodunit transalpin dont le scénario s'amuse à laisser planer le doute quant à la disparition du psychiatre tout en cultivant l'idée selon laquelle, l'un des protagonistes du récit constitué d'une poignée de personnages pourrait être l'assassin qui dans le rêve de la jeune femme poignarda son amant ! Et plutôt que de faciliter la tâche de celle-ci dans sa recherche de la vérité, Mario Caiano et ses scénaristes la compliquent en donnant à chacun de bonnes raisons d'avoir eu envie de l'assassiner... Bon, c'est bien beau tout ça mais sachons être honnêtes et reconnaissons que L'occhio nel Labirinto n'est franchement pas passionnant. Et même souvent ennuyeux. Car derrière son très énigmatique titre qui laisse, au pire ou au mieux, envisager une œuvre nébuleuse et intrigante, l'on se retrouve devant un sujet à défaut d'être passionnant, du moins traité de manière trop superficielle pour véritablement happer l'attention du spectateur. Un long-métrage hybride entre Giallo et Whodunit et où les révélations ne donnent jamais les effets de surprises escomptés. Bref, inutile de perdre son temps devant ce film sans trop d'intérêts et mieux vaut se replonger dans les classiques des deux genres qu'il tente pourtant d'explorer, mais avec maladresse...

 

samedi 1 novembre 2025

Les Disparus de Saint-Agil de Christian Jacques (1938)



Au pensionnat de Saint-Agil, les jeunes Mazeau, Beaume et Sorgue forment à eux trois l'association secrète « Les Chiches Capons ». Mais alors qu'ils préparent dans la clandestinité leur départ pour les Amériques, Sorgues aperçoit un homme étrange disparaître derrière un mur. Le lendemain, après avoir été renvoyé de sa classe pour avoir osé répondre à l'un de ses professeurs, le jeune garçon se volatilise. Ses deux compagnons de chambrées Mazeau et Beaume finissent par croire, après avoir raillé leur compagnon lorsque celui-ci leur a raconté son étrange mésaventure, que celui-ci les a abandonnés pour partir découvrir les Amériques sans eux...

Mais quel est donc ce mystère qui entoure le pensionnat de Saint-Agil ? C'est ce que va tenter de nous dévoiler le cinéaste Christian Jacques dont c'est ici l'une des œuvres les plus marquantes, du moins, les plus réussies.

Et pour mener à bien cette histoire mystérieuse à bien des égards, il va se faire épauler par un contingent d'acteurs tous plus talentueux les uns que les autres. Avec en tête de liste, Erich Von Stroheim dans le rôle du professeur d'anglais Walter. Un homme au comportement trouble et inquiétant qui se révèle au final plutôt attachant. Puis Michel Simon en professeur de dessin alcoolique et raciste qui profite du statut d'étranger du prof d'anglais pour le harceler.

Ce qui étonne peut-être avant tout, c'est le jeu des enfants. Il n'y a guère que dans ce cinéma d'avant-guerre que l'on puisse découvrir une telle qualité d'interprétation de la part d'aussi jeunes interprètes. La diction et la qualité des dialogues font plaisir à voir. Et voir ces enfant mimer le comportement des adultes possède une saveur toute particulière comme peut nous le faire ressentir également le cadre et l'époque choisis.

Il y a dans cette œuvre, si on le désire un brin fantastique, une part d’expressionnisme dans les jeux d'ombres et surtout dans les visages de certains avec bien évidemment celui de Erich Von Stroheim. Ce travail sur les mimiques et les visages grimaçants renvoie directement à l’expressionnisme allemand. Christian Jacques réussit le tour de force de passionner avec peu de moyen et à l'aide d'un cadre plutôt étriqué. Où le jeu et la direction d'acteurs possèdent une importance fondamentale. Les Disparus de Saint-Agil demeure encore aujourd'hui comme un grand classique du cinéma français d'avant-guerre.

A noter les présences de Charles Aznavour et Serge Reggiani dans les rôles de deux figurants...

samedi 18 octobre 2025

Phobia de Pawan Kripalani (2016)



Phobia est le troisième long-métrage du scénariste et réalisateur indien Pawan Kripalani. Le cinéaste s'est spécialisé dans l'horreur et son dernier film mélange des thématiques propres au genre, l'assaisonnant d'une grande rasade de thriller psychologique et de fantastique.

L'histoire est simple : c'est celle de Mehak, jeune artiste-peintre de talent qui après un vernissage célébrant son ouvre rentre chez elle à bord d'un taxi dont le chauffeur va tenter de la violer. Traumatisée, la jeune femme développe une véritable phobie envers les espaces ouverts et publics et le moindre contact physique avec les hommes lui est devenu insupportable. Recluse dans l'appartement d'une jeune femme qui l'a quitté depuis de nombreuses semaines, Mehak peut compter sur le soutien de son très proche ami Shaan. Cependant, la jeune femme ne parvient pas à sortir de sa torpeur. Lorsqu'elle croise son voisin Manu, elle est terrifiée par son étrange comportement. Incapable de sortir de l'appartement, elle fait la connaissance de sa jeune voisine Nikki avec laquelle elle noue une relation d'amitié et lui fait part des soupçons qu'elle entretient envers Manu.
Surtout depuis qu'elle a eu d'étranges visions. En effet, Mehak a « vu » l'ancienne locataire et compagne de Manu mourir dans la salle de bain. Dès lors, pour prouver à Mehak que tout ceci n'est que le fruit de son imagination, Shaan installe tout un réseau de caméra afin de protéger son amie mais surtout pour lui prouver qu'elle a tout imaginer. Mais alors que Mehak est une fois de plus la proie de vision cauchemardesques, les caméras ne semblent pas avoir filmé sur le vif le fantôme que Mehak affirme avoir vu. Si Shaan doute des propos de son amie, Nikki en revanche accepte d'aider Mehak à découvrir la vérité...

Avec un tel scénario, on peut supposer que le film sera riche en événements. Et effectivement, Phobia n'est jamais avare en terme de scènes horrifiques et de tension. Puisque le cinéma indien n'est pas le plus productif en la matière (ou du moins, pas le plus représenté dans les médias), il est intéressant de découvrir cette œuvre dont les dialogues passent allégrement de l'anglais à l'hindi. Les sources d'inspiration de Pawan Kripalani semblent nombreuses.
On pense notamment à deux grands classique de Roman Polanski, Répulsion de 1965 et Le Locataire qu'il a réalisé et interprété en 1976, mais également plus récemment au très marquant Musarañas de Juanfer Andrés et Esteban Roel qui voyait déjà une femme aux prises avec ses mauvais démons. Le sujet n'étant pas tout neuf, Phobia s'en sort avec les honneurs. Rassemblant tout ce que l'esprit de son auteur peut avoir d'imaginatif, on baigne dans une œuvre empruntant également à un genre actuellement très en vogue : le film de fantomes. Mais pas à la manière des vieux classiques du genre, bandes-magnétiques enregistrant des voix d'outre-tombe et cercles formés d'une voyante et de plusieurs participants.
Non, ici le procédé est plus proche d'un Paranormal Activity, mais en bien mieux. L'élève ayant largement dépassé le maître (qui, soit dit en passant manquait de talent), on se retrouve devant une œuvre qui malgré ses deux heures n'en n'est pas pour autant ennuyeux. Et parce qu'il nous vient d'Inde, Phobia mérite toute notre attention...


samedi 30 août 2025

Watcher de Chloe Okuno (2022) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Des films de ''peur'' jouant sur la présence hostile, réelle ou fantasmée d'un ou de plusieurs voisins, il en existe une cohorte. Les lister prendrait des heures mais à la simple évocation de la trilogie de l'appartement de Roman Polanski (Répulsion, Rosemary's Baby etLe locataire) ou d'autres petites friandises comme le norvégien Naboer de Pål Sletaune, il y a mille et une manières d'aborder la chose. Comme l'a récemment entreprit la réalisatrice et scénariste américaine Chloe Okuno avec son premier long-métrage en date Watcher, il n'y a meilleur terreau que l'inconnu... que le dépaysement, voire, le déracinement pour cultiver ce sentiment de paranoïa qui naît d'une situation incontrôlable. Sans être tout à fait comparable à la fameuse trilogie réalisée par Roman Polanski entre 1965 et 1976 qui reste de toute manière inégalable, Watcher propose un voyage anxiogène en terre inconnue. Bucarest, capitale de la Roumanie, pays emprunt de fantasmes liés à la présence du Château de Bran que d'aucun célèbre comme étant celui d'un certain... Dracula. La Roumanie sert également de terreau fertile pour un certain nombre de films d'horreur. Tel le Ils de Xavier Palud et David Moreau. Ou la comédie. Comme celle qu'a réalisé Antoine de Maximy en 2020, J’irai mourir dans les Carpate. Adaptation plutôt intelligente de sa propre émission de télévision, J'irai dormir chez vous. Malgré le ton employé, on pouvait déjà noter une ambiance parfois trouble liée à quelques environnements et certains comportements. De quoi vous donner le vertige et créer un certain malaise. Le barrage de la langue. Voilà qui en ajoute dans le côté anxiogène d'un voyage ou d'une installation à l'étranger qui ne va pas tout à fait se dérouler comme prévu. L'actrice Maika Monroe que l'on a pu notamment découvrir dans l'excellent It Follows de David Robert Mitchell voilà déjà huit ans est l'héroïne de Watcher qui en angoissera très certainement plus d'un. Suivant son compagnon Francis (l'acteur Karl Glusman), la jeune et jolie Julia part donc s'installer à Bucarest. Ne parlant pas la langue, ne travaillant pas et Francis étant régulièrement absent pour le travail, la jeune femme se retrouve rapidement seule dans leur grand et glacial appartement. Un décor lui-même anxiogène qui tranche avec l'immeuble qui fait face. Et au dernier étage duquel un homme semble l'observer...


Et pas seulement puisque Julia est persuadée qu'il l'a récemment suivie jusque dans un magasin. Le contexte actuel du quartier n'arrangeant d'ailleurs pas les choses puisque un tueur sévit et s'en est déjà pris à quatre jeunes femmes auxquelles, l'américaine va apparemment s'identifier. 1+1 ne faisant jamais zéro, l'accumulation d'inconvénients va transformer l'existence de Julia en véritable cauchemar. Chloe Okuno s'y connaît lorsqu'il s'agit de maintenir une tension moite envers les spectateurs forcément touchés par ce que vit la jeune femme. D'autant plus que Francis va très vite douter des propos que tient sa compagne. Reste que pour l'heure, certains événements témoignent de la situation. Heureusement pour elle, Julia va faire connaissance avec la strip-teaseuse Irina (l'actrice Madalina Ane) qui vit dans l'appartement à côté du sien. Ne reste plus qu'à savoir désormais si tout n'est que le fruit de l'imagination de la jeune américaine ou si tout ce que projettent ses pensées est bien réel ! Tendu et parfois même agaçant (le genre de sensation que l'on ressent lorsque le héros ou l'héroïne est incompris(e) de son entourage), Watcher maintient un climat d'oppression et de paranoïa quasi-permanent notamment nourri par la barrière de la langue dans sa première partie et ininterrompu durant la seconde. Chloe Okuno a beau avoir une sensibilité toute féminine, la réalisatrice et scénariste n'en a pas moins dans le pantalon et abordera le grand final de manière tout à fait inattendue (quoique pas tout à fait justifié). Mention spéciale pour l'acteur et musicien britannique Burn Gorman qui dans le rôle du voisin habitant dans l'immeuble d'en face (Weber) n'a pas beaucoup d'efforts à fournir pour incarner cet individu louche dont on se demandera souvent quelles sont ses véritables intentions. Malgré ses qualités, le film ne connaîtra malheureusement pas le succès dans son pays d'origine puisque au bout de cinq semaines de sortie étalées sur sept-cent soixante-quatre salles de cinéma, Watcher n'engrangera même pas deux millions de dollars. Une déception au vue des qualités narratives, de la mise et en scène et de l'interprétation de Maika Monroe. L'un des jolis frissons de l'année 2022...

mardi 1 avril 2025

37 : l'ombre et la proie d'Arthur Môlard (2024) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Premier long-métrage écrit et réalisé par le cinéaste français Arthur Môlard après les courts-métrages Jiminy en 2013 etScaramouche Scaramouche en 2018, 37 : l'ombre et la proie est un thriller en huis-clos en grande partie tourné à l'intérieur d'une cabine de semi-remorque conduit par Vincent. Un chauffeur marié et père de deux filles qui à la frontière accepte d'accueillir à son bord ''Trente-sept'', une migrante enceinte malgré l'interdiction de prendre des passagers. La jeune femme était jusque là montée dans le camion de Fredo (Arnaud Churin), un autre conducteur et ami de Vincent dont on apprendra très rapidement qu'il a été abattu d'une balle dans la tête. Très vite, Vincent comprend que ''Trente-sept'' est probablement coupable du meurtre. Évoquer ce dernier n'étant en soit une révélation qui n'a rien de vraiment capital puisqu'un détail (du sang coule de la portière passager de la victime) ainsi que l'affiche ne laissent la place à aucune autre hypothèse. D'autant plus que la passagère de notre héros se comporte de manière plutôt inadéquate. En effet, on peut supposer qu'en tant que migrante, la jeune femme aurait dû avoir tendance à se faire discrète. Concernant la mort de Fredo, 37 : l'ombre et la proie ne fait donc pas du cas un mystère et l'intérêt du long-métrage reposera sur un tout autre objet. Et même sur plusieurs qu'il serait majoritairement criminel de révéler ici. À l'origine du projet l'on trouve la société Parasomnia Production dont la structure repose sur le financement de films de genre français. Collaboration entre Moana Films et Sony Pictures Entertainment France, le long-métrage d'Arthur Môlard est l'un des premiers projets de la société qui produit ainsi une œuvre sinon budgété à hauteur d'un blockbuster d'action à la française, du moins aussi ambitieux que put l'être un certain The Hitcher signé en 1986 par le réalisateur américain Robert Harmon. Véritable film culte dans lequel le protagoniste Jim Halsey (C. Thomas Howell) prenait à bord de son véhicule John Ryder (diabolique Rutger Hauer) dans un film sous tension dans lequel ce dernier semait la mort tout en étant particulièrement menaçant vis à vis du jeune conducteur. En cela, 37 : l'ombre et la proie s'en rapproche très clairement. Mais plutôt que de s'inscrire exclusivement dans les genres Thriller, Road-Movie et film d'horreur, Arthur Môlard convoque une thématique très en vogue actuellement : celui du sort des migrants et de leur transport illégal à bord de camions afin de les faire traverser le pays jusqu'en Angleterre.


Si la première partie du film ne brille pas par son originalité, la suite des événements prouvera que le réalisateur et la scénariste Claire Patronik qui est venue le soutenir dans l'élaboration du scénario ont quelque chose de véritablement tangible à proposer au public. Un script pervers et inattendu soutenu par plusieurs twists qui relanceront la machinerie jusqu'au terme du récit. Dans le rôle de Vincent, l'acteur Guillaume Pottier qui dernièrement est apparu dans L'amour ouf de Gilles Lellouche et Bastion 36 d'Olivier Marchal incarne un personnage attachant mais réservé, soucieux de préserver les siens au point d'avoir contracté une assurance vie à son nom si jamais sa famille devait rencontrer des soucis financiers. Bien que le film tourne autour de son personnage et de celui interprété par l'actrice suisse Melodie Simina (dont ''Trente-sept'' est le premier vrai rôle principal sur un grand écran), 37 : l'ombre et la proie n'en met pas moins en scène quelques personnages secondaires. Tels Patti, Carlos et Pepito, respectivement incarnés à l'écran par Agnès Sourdillon, Christophe Vandevelde et Ary Gabison. Le long-métrage d'Arthur Môlard réserve quelques jolis instants de tension, comme lorsque nos deux principaux protagonistes rejoignent les collègues de Fredo dans un bar afin de lui rendre un dernier hommage. Le film n'en est pas moins réduit parfois à quelques facilités qui rendent certaines scènes improbables. Comme lors de cette séquence justement, surtout lorsque Vincent danse avec la jeune migrante. Une situation qui aurait probablement laissé espérer pour le personnage une porte de sortie lui permettant de se saisir du sac de la jeune femme renfermant l'arme à feu de Fredo. Mais non, en Saint-Vincent (comme le décrira notamment Patti), on ne saura sans doute jamais s'il agit avec prudence en raison des conditions physiques de ''Trente-sept'' (je rappelle qu'elle est enceinte) ou pour préserver ses amis qui risqueraient pour le coup de prendre une balle perdue. Toujours est-il que le film ménage une jolie tension, laquelle prend de l'ampleur au fil du récit, jusqu'à cette révélation qui remet tout en question et que je vous pousse à découvrir par vous-même. Au final, aussi exiguë que puisse être la structure du projet, 37 : l'ombre et la proie fonctionne parfaitement. On ne s'ennuie jamais grâce à une relance scénaristique permanente qui permet en outre de mettre de côté les quelques invraisemblances qui émaillent le récit. À voir, donc...

 

vendredi 30 août 2024

The House of the Devil de Ti West (2009) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Après avoir littéralement subit The Innkeepers c'est avec beaucoup d'inquiétude que je m’apprêtais à assister à la projection de The House of the Devil, le troisième long-métrage de Ti West après The Roost en 2005 et Trigger Man en 2007. Généralement apprécié par la plupart de ceux qui eurent l'occasion de le découvrir à l'époque de sa sortie, je n'allais pas pour autant me laisser guider par leur engouement et allait attendre de pouvoir juger par moi-même... Première et excellente impression : l'emploi d'une esthétique visuelle et d'une mise en scène qui plongent le récit dans les riches années quatre-vingt. Pourtant réalisé en 2009, The House of the Devil prend effectivement pour cadre une décennie où le cinéma d'horreur était particulièrement propice à exposer les plus mythiques des boogeymen auxquels le long-métrage de Ti West semble vouloir rendre hommage. Les couleurs passablement ternes renvoyant sans doute à l'approche colorimétrique supposée d'une bande magnétique qui aurait été retrouvée par hasard dans les combles d'une demeure appartenant à un fan de films d'horreur l'ayant jalousement conservé secrète, le réalisateur nous épargne en revanche les filtres parasitaires qui en général tentent vainement de convaincre les spectateurs qu'il pourrait s'agir d'une vieille cassette retrouvée parmi des archives oubliées dans l'antre dans amateur de pellicules horrifiques. Le génie de Ti West se trouve principalement dans sa mise en scène. Cette manière si typique de préparer ses interprètes à l'action comme lors de ce générique d'ouverture dont chaque plan semble effectivement provenir d'une bobine datant d'une décennie révolue depuis plus de quarante ans. Ajoutant à cela quelques objets propres à l'époque, comme cet énorme walkman à cassettes audio que se trimballe l'héroïne Samantha qu'incarne la craquante Jocelin Donahue et auquel l'accessoiriste a ajouté ce fameux casque à protection en mousse orange emblématique de toute une génération. De ce point de vue là, si le reste du film s'avère mauvais, on pourra au moins se dire que l'on a passé quelques minutes au sein d'un univers hautement nostalgique....


Sauf que The House of the Devil va s'avérer d'une qualité persistante qui aura à offrir à ses spectateurs des moments de tension objectivement rares dans ce genre de spectacle que beaucoup de cinéastes aussi ambitieux que vaniteux piétinent depuis des années. Avec son titre se référant à Satan, sa maison que l'on suppose être un piège dans lequel tombera l'héroïne, ses propriétaires particulièrement étranges, ce type tout aussi inquiétant qui rode dans les parages et cette demeure toute de rusticité constituée, presque aussi anxiogène que pouvait l'être en son temps celle du remarquable The Changeling de Peter Medak, The House of the Devil semble vouloir autant convier les amateurs de slashers que les fans assidus de phénomènes surnaturels ou de satanisme. Tout comme dans The Innkeepers (qu'il me faudra peut-être finalement revoir, sait-on jamais...), The House of the Devil prend son temps. Mais contrairement à ''son petit frère'' qui devint très rapidement ennuyeux, celui-ci parvient à maintenir une tension qui ne cessera d'évoluer durant au moins les soixante-quinze premières minutes. Autant de temps qu'il faudra pour Samantha et les spectateurs pour se demander ce qui se trame derrière la personnalité des époux Ulman. Un couple incarné par deux interprètes ayant chacun ponctuellement marqué le cinéma des années quatre-vingt de leur présence. Mary Woronov aura notamment incarné le rôle de Mary Band dans le cultissime Eating Raoul de Paul Bartel en 1982 tandis que Tom Noonan aura durablement marqué les esprits en interprétant l'inquiétant Francis Dollarhyde dans le chef-d’œuvre de Michael Mann, Manhunter en 1986... Notons également l'apparition éclair de l'actrice Dee Wallace dans un tout petit rôle au début du récit et qui pour les anciens demeurera éternellement l'interprète de Lynne Wood dans La colline a des yeux de Wes Craven en 1977, de Karen White dans Hurlements de Joe Dante en 1981, de Mary dans E.T. l'extra-terrestre de Steven Spielberg l'année suivante ou de Donna Trenton dans Cujo de Lewis Teague en 1983... Suspens tendu et séquences gore majoritairement concentrées en fin de projection sont au programme de ce The House of the Devil vraiment efficace...

 

dimanche 12 mai 2024

El Cuco de Mar Targarona (2023) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Il y a plus d'un demi siècle sortait sur les écrans Rosemary's Baby, chef-d’œuvre intemporel signé du réalisateur franco-polonais Roman Polanski. Huit ans plus tard fut produit le téléfilm Qu'est-il arrivé au bébé de Rosemary ? de Sam O'Steen. Une séquelle pas tout à fait indigne de l'original mais demeurant tout de même très en dessous. Il y a dix ans apparu sur les écrans la mini-série portant le même titre que le long-métrage de Roman Polanski, bouclant ainsi l'épopée tragique et fantastique de Rosemary Woodhouse au sein d'un immeuble où semblait s'être niché le Malin... Les films d'horreur et d'épouvante mettant en scène des femmes enceintes ne sont pas rares et prennent parfois d'étonnant chemins de travers. Comme celle de Chromosome 3 de David Cronenberg en 1979 dans lequel une femme accouchait instinctivement d'enfants mutants et agressifs. On pense également à la franchise It's Alive de Larry Cohen et ses bébés meurtriers ou plus près de chez nous à À l'intérieur de Julien Maury et Alexandre Bustillo dont l'héroïne fut la victime permanente des assauts d'une femme qui voulait littéralement lui arracher des entrailles l'enfant qu'elle portait. Répétant comme une litanie les mœurs du coucou, cet oiseau parasite qui pond dans les nids d'autres espèces afin de permettre à sa progéniture de prendre la place d'autres oisillons, El Cuco dessine ainsi les contours d'une œuvre dont les origines ne proviennent très clairement pas uniquement de l'imagination des scénaristes Roger Danès et Alfred Pérez Fargas mais bien du classique de l'épouvante et du fantastique sorti en octobre 1968 sur notre territoire. Difficile en effet de cacher sous le prisme de la pure coïncidence la somme d'éléments renvoyant à Rosemary's Baby. Tout dans l'attitude de certains personnages comme l'emploi de substances servant à contrôler la pauvre héroïne incarnée par la talentueuse actrice espagnole Belén Cuesta concourt à faire de El Cuco sinon un remake officiel, du moins une alternative hispanique reprenant les grandes et les petites lignes du classique américain de Roman Polanski. Ici tout commence par un échange entre l'appartement d'Anna et de Marc et la luxueuse demeure d'Olga et Hans. Un couple d'allemands relativement particulier, excentrique et quelque peu tactile mais néanmoins fort sympathique. Mais alors que le jeune couple s'installe dans sa nouvelle et très temporaire demeure, illustration parfaite du monde moderne fourmillant de technologies liées à la domotique, Olga et Hans montrent très rapidement un comportement hiératique une fois pénétrée l'entrée de l'appartement d'Anna et Marc.


Mettant le souc, renversant vêtements et bibelots, le couple d'allemand va surtout commencer à pratiquer une sorte rite païen qui aura de très fortes répercussions sur la suite des événements. De leur côté, Anna et Marc passent d'agréables vacances lors desquelles l'attitude de ce dernier change radicalement. Habituellement intéressé par son métier et délaissant quelque peu ses responsabilités vis à vis de son épouse dont la grossesse va très bientôt arriver à terme, le voici désormais charmant, très proche d'Anna pour laquelle il fait preuve de soins tout particuliers. Mais cette attitude sert en réalité en plan absolument machiavélique que vont tenter de développer la réalisatrice et productrice Mar Targarona ainsi que ses scénaristes. Ceux qui connaissent bien l'univers du couple Woodhouse et de leurs plus proches voisins, les Castevet, risquent de se retrouver devant un dilemme. Car si El Cuco est brillamment construit, le film leur paraîtra sans doute trop semblable à celui que réalisa Roman Polansi à la fin des années soixante. Ce qui n'est pas faux. Ne serait-ce qu'à travers l'usage que font la réalisatrice et les scénaristes du personnage de Marc (l'acteur Jorge Suquet) dont l'attitude est tout à fait similaire à celle de Guy Woodhouse (John Cassavetes) dansRosemary's Baby. Cette relation proche mais aussi très trouble que l'homme entretiendra avec son épouse et, au-delà, avec Lili (Chacha Huang) qui se présente comme la fille d'Olga et Hans. L’œuvre pousse le mimétisme jusqu'à représenter l'héroïne sous une apparence plutôt fragile, élancée (pour ne pas dire maigre) et portant les cheveux courts. Bref, une déclinaison moderne et espagnole de l'actrice américaine Mia Farrow... Mais si tout semble écrit à l'avance, El Cuconous propose malgré tout dans sa dernière partie une variante pas du tout inintéressante. Bref, si le long-métrage deMar Targarona n'atteint pas les cimes angoissantes du chef-d’œuvre de Roman Polanski, El Cuco n'en demeure pas moins une excellente alternative. Un film tout ce qu'il faut d'angoissant. Un suspens parfois pénible à supporter pour un cinéma espagnol horrifique toujours aussi convainquant. Deux ans après le décevant Dos, la réalisatrice espagnole revenait donc en 2023 avec une œuvre pleinement accomplie...

vendredi 19 janvier 2024

The Boat de Winston Azzopardi (2018) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

On pourrait avoir de bonnes raisons de croire que je suis atteint de la maladie d'Alzheimer en débarquant une nouvelle fois avec un long-métrage portant le titre The Boat orné d'une affiche similaire à la purge signée du réalisateur italien Alessio Liguori. Mais que l'on se rassure, tout va bien. Il s'agit là en fait d'une œuvre qui remonte à 2018 et qui n'a qualitativement parlant que peu de rapports avec le film précédemment évoqué. Ici, pas de couples multiples mais un homme, un seul, qui a bord de sa petite embarcation de pêche va croiser sur les eaux, un joli voilier apparemment abandonné. Vu que le bonhomme est seul, le spectateur ne risquera pas de faire une indigestion de dialogues. Car à part les quelques situations propices à hurler qu'il va rencontrer durant son séjour forcé à bord du voilier en question, on ne peut pas dire que le protagoniste soit réellement prolixe. Si comme moi vous avez été récemment le témoin de l'indigence du film éponyme réalisé en 2022 par Alessio Liguori, oubliez donc tout ce que vous avez vu et laissez vous bercer par le tangage de ce luxueux petit bateau de croisière à côté duquel, la minuscule embarcation guidée au départ par notre héros fait pâle figure. D'origine maltaise, le producteur, scénariste et réalisateur Winston Azzopardi engage pour son troisième long-métrage après les deux téléfilms A Story on Revenge en 1995 et A Gozitan Tale en 1997, son propre frère Joe Azzopardi avec lequel il semble avoir de gros soucis de communication vu le sort qu'il va accorder à son personnage tout au long du récit. ''Fallait pas qu'il s'en mêle'' aurons-nous régulièrement à l'esprit au vu du calvaire que va vivre cet homme sans nom lors de ce qui apparaît pourtant d'emblée comme une petite promenade de santé à bord d'un joli voilier plutôt bien équipé contrairement à celui des protagonistes créés par l'autre tâcheron d'Alessio Liguori quatre ans plus tard. La solitude de notre héros n’entache en rien l'intérêt que l'on portera à une intrigue qui forcément débute timidement. Le coup de la brume, on connaît. Ce qui pourtant définit assez légitimement une appréciation des événements ne va pas se révéler tout à fait exact.


Car il est facile de tomber dans le piège du bateau hanté ou de la présence invisible et hostile. Pour se faire une idée assez précise de l'ensemble sans pour autant vouloir gâcher la surprise, disons que la correspondance entre le voilier et le protagoniste prendra le contre-pied émotionnel du chef-d’œuvre de John Carpenter, Christine, tout en lui faisant vivre une épreuve quasiment à la hauteur du Duel de Steven Spielberg et peut-être plus proche encore de celle du sympathique Enfer mécanique (The Car) que réalisa en 1977 Elliot Silverstein. Avec des bouts de ficelle mais la ferme intention de faire bondir à l'intérieur de notre cage thoracique notre palpitant, Winston Azzopardi parvient à se saisir des éléments propres aux angoisses liées à la solitude ou à un voyage en mer pour y instaurer un authentique climat de tension. Et ce, à travers des situations qui parfois pourraient paraître incongrues si elles n'étaient pas au contraire, sources d'effroi. Ou comment vivre la journée et la nuit les plus longues de son existence enfermé dans les minuscules chiottes d'un petit bateau de croisière. Avec intelligence et une économie de moyens qui frise le génie, le réalisateur maltais s'amuse à entrer dans la tête de son personnage et des spectateurs quelques idées noires à travers des astuces toutes bêtes. Et qui commencent par une porte qui claque au loin. Un micro-événement sans doute dû au tangage du voilier. Ensuite, heureusement le bonhomme possède des connaissances en matière de navigation qui lui permettent de prendre le contrôle de ''la bête''. Puis interviennent des événements beaucoup plus inquiétants qui ne lui laisseront aucun répit et que j'éviterai d'énumérer ici histoire de ne point trop en dire. The Boat de Winston Azzopardi est une très belle réussite faisant monter la pression avec parcimonie mais efficacité. Au terme de ce récit, on reste finalement bluffé par ce petit film dont nous n'attendions rien de spécial mais qui au final fait parfaitement le taf. Après lui, pas sûr que l'on ait envie de remettre les pieds sur une embarcation de luxe histoire de l'échanger contre une vieille bicoque...

 

dimanche 2 octobre 2022

Le limier (Sleuth) de Joseph L. Mankiewicz (1972) - ★★★★★★★★☆☆

 


En vingt-six ans de carrière, le réalisateur, scénariste et producteur américain Joseph L. Mankiewicz aura réalisé vingt et un longs-métrages pour le grand écran. Une assez bonne moyenne comptant quelques grands chefs-d’œuvre du septième art. À lui seul, Cléopâtre étant représentatif de son génie. C'est en 1972 que Joseph L. Mankiewicz met un point final à sa carrière en adaptant pour le cinéma la pièce de théâtre Sleuth du romancier et dramaturge britannique Anthony Shaffler. À l'écran, Le limier reprend le concept en mettant en scène deux personnages. Celui d'Andrew Wyke, richissime écrivain de romans policiers qui convoque chez lui l'amant de sa femme Milo Tindle. Vouant une passion pour le jeu et pour les automates qui recouvrent l'intégrale de sa demeure, Andrew Wyke entame alors une conversation avec son rival et lui propose de se rendre mutuellement service. Possédant un coffre renfermant des bijoux pour une valeur se montant à plusieurs centaines de milliers de livres, l'écrivain propose au costumier de les lui dérober et de les revendre à un receleur de sa connaissance. Le méfait accompli permettra à Andrew Wyke d'empocher l'argent de l'assurance et à Milo Tindle d'assurer le confortable train de vie auquel est habituée la future ex-épouse de l'écrivain. Après mûre réflexion, le jeune amant accepte sans malheureusement se rendre compte qu'il s'agit d'un piège. Déguisé en clown, il comprend que tout n'est que stratagème de la part de Wyke qui pour rendre crédible le cambriolage décide finalement de tuer Tindle... Deux jours ont passé et alors que l'écrivain s'apprête à s'offrir des toasts tartinés de caviar, sonne à la porte l'inspecteur Doppler. Celui-ci enquête sur la disparition supposée du jeune costumier. Son principal suspect : le célèbre écrivain Andrew Wyke lui-même...


Divisé en deux parties, Le limier est l'un de ces films pernicieux qui établissent une manœuvre visant à tromper les spectateurs au même titre que l'un des personnages. Brillamment campés par Laurence Olivier et Michael Caine, les deux principaux protagonistes du récit se jaugent à grands coups de phrases judicieusement choisies. C'est bien là l'un des points fondamentaux d'un récit situant son action presque exclusivement au cœur de la luxueuse demeure d'un génie de la littérature policière dont l'intérieur décrit parfaitement son état d'esprit. Un décor riche et passablement enfantin dans lequel l'homme affiche son statut ainsi que son goût pour l'exubérance. Face à lui, un artisan, simple, mais dont l'un des plus grands défauts, du moins aux yeux du romancier, est d'être l'amant de sa femme. Viennent alors des propos blessant qui participeront de l'élaboration d'une seconde partie incroyablement diabolique. Entre vengeance et rancœur, l'élève semble avoir dépassé le maître au point d'avoir haussé le principe à des hauteurs vertigineuses. Les deux interprètes se révèlent formidables, aidés en cela par des dialogues savoureux, entre cynisme et sérieux. Abordant le mépris des basses classes et l'esprit de vengeance, Le limier est un grand film qui reprend peu ou prou l'esprit théâtral de la pièce d'origine. Personnage à part entière, le décor fourmille de détails participant directement à l'intrigue. Bien que le sujet du film semble avoir été traité avec une certaine légèreté, la cruauté incarnée par Laurence Olivier noirci drastiquement un tableau originellement divertissant. Et si ce dernier aspect perdure, c'est parfois avec une certaine gêne que l'on assiste aux suppliques éplorées d'un Michael Caine/Milo Tindle humilié. Le caractère dérangeant de certaines situations perdure d'ailleurs durant le second acte et ira même jusqu'à se prolonger jusqu'à cette conclusion amèrement vécue par nos deux protagonistes. Notons que Michael Caine revivra dix ans plus tard le même genre d'expérience avec l'adaptation sur grand écran de la pièce d'Ira Levin, Deathtrap, sous le titre Piège Mortel face à l'acteur Christopher Reeve. Son rôle sera cependant inversé...

 

mardi 19 juillet 2022

La Casa de las Muertas Vivientes de Alfonso Balcazar (1972) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Il y aurait beaucoup, mais alors vraiment, beaucoup de choses à raconter sur ce curieux long-métrage italo-hispanique réalisé par l'espagnol Alfonso Balcazar sorti chez nous le 7 janvier 1972. Une année qui vit tout de même la sortie du sublime The Other de Robert Mulligan qui, je l'avoue, n'a rien de commun avec La Casa de las Muertas Vivientes si ce n'est que les deux longs-métrages flirtent chacun à leur manière avec l'épouvante. D'un côté comme de l'autre, apportant leur lot de traumatismes. Des blessures psychologiques engendrées par le premier à travers l'incroyable histoire de deux frères jumeaux et par l'état de stase dans lequel nous plonge le second. Il faut dire que Alfonso Balcazar ne semble pas être le meilleur réalisateur à même de nous conter cet étrange cas de mort par accident dont le souvenir va réveiller l'âme et la conscience de celui (et celles) qui en fut le témoin. Une jeune femme, apparemment prise de vertiges est effectivement passée par dessus la balustrade en bois d'un escalier pour aller s'écraser et mourir un étage plus bas. Tout ceci sous les regards plus ou moins éberlués de son époux, et des sœur et belle-mère de celui-ci ! Un an passe et l'ex mari en question s'est remarié avec Ruth (l'actrice Daniela Giordano) dont le prénom, il est vrai, aurait nettement mieux sied à la belle-mère Sara (Nuria Torray) dont les appétits sexuels envers son beau-fils Oliver (José Antonio Amor) semblent insatiables. La conviant à venir s'installer dans la luxueuse demeure des Bromfield (le patronyme du marié en question et de sa nouvelle épouse), Ruth est accueillie on ne peut plus froidement par Sara et Jenny (personnage, au fond, relativement secondaire interprété par Teresa Gimpera) qui n'est autre que la sœur d'Oliver. Au point que des événements auxquels participent les spectateurs que le réalisateur espagnol choisi de prendre à témoin ne laissent aucun doute sur la machination qui semble avoir été mise en route afin de nuire à la jeune mariée. Un adorable petite chaton meurt sous ses yeux ? Voilà Ruth hurlant à pleins poumons pour découvrir quelques instants plus tard en compagnie d'Oliver et des deux mégères que la petit boule de poils est bien vivante. Il manque au volant d'une voiture les clés qui permettraient à la jeune femme d'aller faire un tour en ville ? Quelques secondes plus tard, le même Oliver lui montre preuve à l'appui que le trousseau est toujours raccordé au contact du véhicule...


Quelques chose ne tourne donc pas très rond dans cette demeure à l'hostilité presque palpable. Mais plutôt que de cultiver le mystère, Alfonso Balcazar préfère nous placer du côté de Ruth et faire des spectateurs des témoins à décharge. Que l'idée soit bonne ou non, l'une des principales faiblesses de La Casa de las Muertas Vivientes est qu'il ne s'y passe pas grand chose durant au moins deux bons tiers de long-métrage. Le réalisateur tente bien d'instaurer un climat de confusion, d'hostilité et de malaise parmi les quatre personnages mais cela n'empêche pas le récit de traîner en longueur. Si quelque chose ou quelqu'un semble vouloir faire passer Ruth pour une dingue, ce sont bien les trois autres qui paraissent n'avoir pas toute leurs facultés mentales. Sara demeurant peut-être la pire de tous, se comportant en véritable nymphomane, évoquant lointainement l'inceste même si elle n'est que la belle-mère d'Oliver. Un contexte relativement malsain, entretenu de manière presque obsessionnelle par Alfonso Balcazar dont le scénario ne paraît pas devoir s'écarter d'un iota de ses ambitions premières : cultiver une ambiance trouble et délétère et même quasiment nécrophile puisqu'à lui seul, le titre du film un brin mensonger, évoque moins des hordes de morts-vivants déferlant sur la propriété des Bromfield que la présence entre les murs de l'ex-épouse Helen (l'actrice Gioia Desideri) pourtant morte et enterrée un an auparavant. Le compositeur italien Piero Piccioni signe une partition musicale qui elle est par contre plutôt efficace. On pense notamment à la séquence particulièrement morbide lors de laquelle Sara s'introduit de nuit dans le lit du couple pour y prendre la place de Ruth. Point culminant d'une œuvre qui enfin se réveille même si l'on constatera (malheureusement) que l'acte de déviance extrême qui en découlera ne sera que pur fantasme de la part de la belle-mère. Si l'on ne devait retenir qu'une séquence, il s'agirait bien de celle-ci. Conséquence logique, bien que trop tardive, d'une lente dérive psychologique. La participation de la domestique Clara (la charmante Alicia Tomas) et du faux oncle mais véritable détective privé (l'acteur Osvaldo Genazzani) parviennent malheureusement assez mal à donner de l'épaisseur à un récit qui tourne un peu trop autour du même sujet. Une curiosité qui dans ses derniers retranchements s'approprie même certains codes du giallo...

 

samedi 25 juin 2022

Alexandra's Project de Rolf de Heer (2006) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Dix ans après l'excellent Bad Boy Bubby, le réalisateur néerlandais Rolf de Heer revenait en 2003 avec Alexandra's Project. Entre-temps, il pris le temps de réaliser cinq longs-métrages parmi lesquels le film de science-fiction Alien Visitor. Preuve s'il en est que Rolf de Heer a choisi de ne pas se contenter d’œuvrer dans un genre unique mais d'approcher différents styles et courants dont le thriller et le suspens qui eux sont les ingrédients essentiels de son dixième long-métrage. De loin, et même de très loin, Alexandra's Project reprend le concept de ces longs-métrages horrifiques dans lesquels interviennent des tueurs sadiques dont le sport favori est de séquestrer dans des caves insalubres de pauvres jeunes femmes innocentes auxquelles ils font subir les pires outrages. Dans un autre ordre d'idée, le film évoque également ceux mettant en scène des représentantes de la gente féminine bien décidées à prendre leur destin en main en se vengeant de leur tortionnaire. Si dans le fond, on retrouve un peu de tout ce qui enrobe le concept du Rape and Revenge ou celui du Torture-Porn, le néerlandais a l'intelligence de ne pas reproduire ce dont ont abusé avant lui de nombreux réalisateurs en manque d'inspiration. Sans une seule goutte de sang, sans brutalités physiques, sans la moindre crise d'hystérie, Rolf de Heer préfère à l'hémoglobine, travailler sur l'aspect psychologique de ses personnages et développer un sadisme qui ne fait appel à aucun autre artifice que l'emploi de la parole. Tout le film tournant autour des personnages de Steve qu'interprète l'acteur Gary Sweet et de son épouse Alexandra (l'actrice Helen Buday), l'action se déroule en un espace-temps réduit à son strict minimum. Passées les quelques séquences située dans les bureaux de la société dans laquelle l'époux et père de deux enfants attentionné vient d'obtenir une promotion, le reste du film s'étale sur une partie de la soirée et dans le salon de la demeure de cette petite famille apparemment irréprochable...
 
L'une des grandes forces de Alexandra's Project et de son réalisateur est d'être parvenus à caractériser l'un et l'autre des personnages, permettant ainsi à chacun de s'identifier soit à Steve, soit à Alexandra. Le concept est simple : Alors qu'il s'attend à être accueilli par ses enfants, son épouse et leurs amis invités afin de fêter son anniversaire, Steve découvre que les serrures de leur jolie maison ont été remplacées. À l'intérieur règne un certain désordre et aucun éclairage ne fonctionne. Quant à Alexandra et leurs enfants, ils semblent avoir disparu. L'attend pourtant dans une pièce où on été disposés le téléviseur du salon et un fauteuil, un petit paquet-cadeau. À l'intérieur, une cassette-vidéo qu'il s'empresse de glisser dans le magnétoscope pour y découvrir que sa femme et leurs deux enfants se sont enregistrés afin de lui souhaiter son anniversaire. Si tout se déroule de manière relativement classique, une fois qu'Emma et son frère ont quitté la pièce, Alexandra décide de faire quelques mises au point concernant le couple qu'elle forme depuis des années avec Steve. Et c'est là que les choses se corsent. Ayant maintenu jusque là un suspens particulièrement angoissant, on pourrait craindre dès lors que Rolf de Heer ne tombe dans une certaine routine. Sauf que son scénario demeure si bien ficelé que ce qui pourrait ne ressembler qu'à un règlement de compte par cassette-vidéo interposée s'avère être d'une perversité à toutes épreuves. Assis dans son fauteuil, passant de la bière au whisky, fumant cigarette sur cigarette, Steve découvre la véritable personnalité d'Alexandra. Mais ce que laisse en supposer arrière-plan le film est cette incertitude qui fait douter le spectateur et le laisse dans l’expectative durant une grande majorité du récit...

 

Il n'est nul besoin en effet d'être misogyne ou macho pour évoquer l'éventualité selon laquelle le problème pourrait directement provenir de l'épouse et non du mari. En distillant au compte-goutte les éléments mettant Steve en porte à faux vis à vis du comportement qu'il a souvent adopté envers Alexandra, tout en caractérisant celle-ci sous la forme d'une épouse et mère de famille dépressive, la lumière mettra un certain temps avant de nous éclairer réellement sur le statut de ''despote'' de l'un ou de l'autre. Comme Steve semble incapable de mettre un terme aux images d'une Alexandra délivrée de ses pesantes entraves, le spectateur aura lui aussi bien du mal à mettre Alexandra's Project sur pause, curieux de découvrir les tenants et les aboutissants d'un film beaucoup plus pervers qu'il n'y paraît. Le genre de sujet inconfortable qui vous empêche de tenir sans bouger dans votre fauteuil. Que les paroles et les actes de l'un justifient ou non ceux de l'autre, on sort de l'expérience sans être tout à fait certain du camp que l'on aura choisi entre Steve et Alexandra. Tandis que chacun des deux principaux interprètes joue son rôle à sa manière (lui est prostré dans une attitude abasourdie, elle se met littéralement à nue devant la caméra), le film prend le spectateur en otage. On sort de la projection intellectuellement essoré et les doigts exsangues à force d'être demeurés durant tout le récit, les poing serrés...

 

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