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samedi 22 août 2026

Ils ne verront jamais le jour : Une épouvantable méprise de Patrice Leconte

 

 

Après l'échec commercial de sa comédie policière Les Vécés étaient fermés de l’intérieur avec Coluche et Jean Rocheford qui vient de sortir alors que nous sommes en 1976, mais avant le succès des Bronzés deux ans plus tard, Patrice Leconte est alors en plein doute. Ce qui ne l'empêche pas de rapidement remonter à cheval pour entreprendre aux côtés de l'auteur de bandes dessinées René Pétillon, l'écriture d'une nouvelle comédie que le cinéaste envisage cette fois-ci sous la forme d'une parodie de mélodrame bourgeois située vers la fin du dix-neuvième siècle. Après avoir découvert la pièce de théâtre de la Troupe du Splendid Amour, coquillages et crustacés qu'il ne cesse depuis d'encenser, Patrice Leconte approche ses membres afin de leur proposer un tout nouveau synopsis intitulé Une épouvantable méprise. Devenant rapidement proche de Gérard Jugnot, Christian Clavier, Marie-Anne Chazel, Josiane Balasko, Michel Blanc, Thierry Lhermitte et Bruno Moynot, il propose à toute la troupe de jouer dans son prochain film. Le cinéaste leur tend le script, que chacun trouve particulièrement amusant, mais au moment de trouver des financements, aucun producteur n'a assez de courage pour se lancer dans l'aventure. Et d'une certaine manière, cela peut se comprendre puisque après seulement un long-métrage à son actif et qui plus est qui n'a pas marché en salle, Patrice Leconte se retrouve devant un mur qui paraît infranchissable. Et pourtant, c'est peut-être sans doute face à l'impossibilité de trouver de l'argent pour monter son projet que Patrice Leconte va avoir la chance de réaliser ce qui deviendra l'une des comédies les plus cultes du cinéma français : Les bronzés. En effet, après le succès de la pièce écrite et interprétée par les membres du Splendid, le producteur Yves Rousset-Rouard souhaite vivement l'adapter sur grand écran. Pour autant, celui-ci désire que le film soit réalisé par un cinéaste confirmé et c'est finalement grâce à l'impulsion du Splendid qui lui impose le nom de Patrice Leconte que celui-ci se retrouve finalement derrière la caméra...


S'agissant du projet avorté intitulé Une épouvantable méprise, Patrice Leconte avait donc bien l'intention de tourner un film en costumes parodiant les mélodrames bourgeois du dix-neuvième siècle. L'on sait dans les grandes lignes les thèmes que le réalisateur et scénariste français avait l'intention d'aborder. Secrets de familles, drames, passions mais aussi et surtout, malentendus. Ceux-là même qui se réfèrent au titre et qui auraient probablement donné lieu à une quantité non négligeable de quiproquos ! Malheureusement, il semblerait que ce soit justement ce décalage entre comédie, parodie et film plus ou moins historique interprété en costumes qui refroidit les producteurs qui furent envisagés. Un destin finalement ironique pour un projet abandonné alors que Patrice Leconte réalisera presque trois décennies plus tard, le film Ridicule qui lui-même se déroulera dans la France du dix-huitième siècle ! Pour résumer, ce que l'on sait donc de source sûre au sujet de Une épouvantable méprise est donc la participation du dessinateur René Pétillon à l'écriture, que les membres de la Troupe du Splendid étaient prêt à participer au projet en tant qu'interprètes, que le film aurait été une comédie parodique situant son action à la fin du dix-neuvième siècle mais que l'incapacité du réalisateur à trouver des financiers lui a ouvert les portes du succès avec Les bronzés ! Enfin, du propre aveu de Patrice Leconte dont la filmographie se compte en dizaines de longs-métrages, il existe autant de projets avortés auxquels il n'a donc pas donné suite. Et si Une épouvantable méprise marque une date importante dans sa carrière, le plus fameux exemple semble demeurer La maison vide que Patrice Leconte avait prévu de tourner en 2018 avec Juliette Binoche et Alain Delon juste avant que celui-ci ne mette un terme définitif à sa carrière. Un drame romantique qui n'a donc jamais été concrétisé mais sur lequel nous reviendrons peut-être un jour...

 

samedi 7 janvier 2023

Tandem de Patrice Leconte (1987) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Scénariste et réalisateur, Patrice Leconte à débuté sa carrière aux côtés des membres de la Troupe du Splendid. Enfin... presque. Car avant cela, il mit en scène Coluche et Jean Rochefort dans la comédie Les vécés étaient fermés de l'intérieur en 1976. On le retrouve ensuite aux commandes des deux comédies cultes Les bronzés et Les bronzés font du ski en 1978 et 1979. Sa carrière est donc lancée et alors qu'on aurait pu l'imaginer se complaire dans un genre unique, il a prouvé à maintes reprises qu'il était capable d'écrire et réaliser sur des sujets beaucoup plus graves. Celui de Tandem l'est-il pour autant ? Alors qu'il s'est ''séparé'' de la Troupe du Splendid pour ne plus employer parmi ses membres que l'acteur Michel Blanc durant les années qui vont suivre avec le tout aussi culte Viens chez moi, j'habite chez une copine, c'est pourtant à Gérard Jugnot qu'il confiera en 1987 le rôle de Rivetot, ingénieur du son d'une émission de radio-crochet dont l'animateur Michel Mortez sera quant à lui interprété par Jean Rochefort qu'il retrouve donc onze années après ses débuts de réalisateur et scénariste sur grand écran. Sans être le brouillon de l'inquiétant Monsieur Hire qu'il réalisera deux ans plus tard et dans lequel le public retrouvera un Michel Blanc proprement stupéfiant, Tandem est déjà nettement moins désopilant que ce à quoi nous avait habitué le cinéaste. D'emblée, lorsque les premiers accords du formidable '' Il mio rifugio'' du chanteur italien Richard Cocciante arrivent à nos oreilles, Patrice Leconte imprime une atmosphère qui jamais ne quittera ses personnages. Sur les routes de France, l'animateur et le technicien s'arrêtent quotidiennement dans divers villages pour y animer l'émission ''La Langue au chat'' (le film s'inspire d'ailleurs de l'animateur radio Lucien Jeunesse et du Jeu des mille francs). Le principe est simple : tandis que Rivetot s'assure de la bonne diffusion du programme sur les ondes radio, Michel Mortez questionne des candidats triés parmi les habitants du coin, lesquels s'affrontent avec l'espoir de remporter le concours et ainsi gagner de l'argent. Mais un jour, Rivetot apprend que l'émission va être supprimée. Depuis vingts-cinq ans que Michel Mortez l'anime, le technicien ne se sent pas le courage de lui dire et garde secrète la mauvaise nouvelle...


Avec Tandem, Patrice Leconte offre à ses deux principaux personnages parmi les rôles les plus touchants qu'ils auront eu à interpréter durant leur carrière. Plus tard, Gérard Jugnot se souviendra sans doute de l'étrange relation entre ces deux personnages au moment de réaliser et d'interpréter son magnifique Une époque formidable. Quant à Jean Rochefort, le réalisateur et scénariste lui offrira neuf ans plus tard un rôle presque similaire dans la comédie Les grands ducs. Mais en 1987, c'est aussi et surtout aux spectateurs que Patrice Leconte soumettait une œuvre absolument remarquable. Bouleversante, humaine, mais au final, assez peu amusante. Car au contraire, le récit s'avère tragique et c'est sans compter sur la propension du réalisateur à appuyer là où ça fait mal que le film diffuse un parfum de monotonie aussi durable qu'inconfortable. Il faut alors tout le génie d'un Jean Rochefort/Michel Mortez en perpétuelle représentation pour nous arracher des sourires et toute l'humanité d'un Gérard Jugnot/Rivetot pour nous convaincre de l'humanité d'un tel sujet. Patrice Leconte se fait ici le chantre de la mélancolie. L'ambiance morose aurait pu transformer Tandem en œuvre authentiquement cafardeuse mais pourtant, le miracle a bien lieu. Jean Rochefort est sublime en animateur ringard, aux cheveux gominés, criant son amour au téléphone pour celle qu'il aime et son rejet des familles de français moyens qui déjeunent sur le bord des routes, parfois pris de crises de panique (la chambre d’hôtel) et par les jeux d'argent. Face à lui, un Gérard Jugnot qui encaisse les coups. Lumineux, indulgent... Ce tandem que forment les deux acteurs efface bien évidemment tous ceux que côtoient les personnages qu'ils interprètent. Et pourtant, passent à l'image Jean-Claude Dreyfus en infecte conseiller municipal lors d'un éprouvant dîner, Ged Marlon en pique-niqueur, et quelques autres actrices et acteurs qui servent la soupe à ces deux grands acteurs français. Tandem, c'est l'histoire d'une belle amitié que le spectateur verra plus ''vraie'', plus ''sincère'' que ne semble l'imaginer le personnage incarné par Jean Rochefort. En changeant de registre, Patrice Leconte prouve en 1987 qu'il n'est pas condamné au seul registre de la comédie et signe cette année là, l'un de ses plus beaux films...

 

dimanche 19 juin 2022

Maigret de Patrice Leconte (2022) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Alors que le Royaume-Unis et les États-Unis ont récemment ressuscité l’œuvre de la romancière Agatha Christie à travers deux Remakes/Adaptations des classiques Le Crime de l'Orient-Express en 2017 et Mort sur le Nil en 2022 tout deux signés du réalisateur britannique Kenneth Branagh, en France l'on a choisi de faire revivre celle de l'écrivain Georges Simenon. Le pantagruélique univers du Commissaire Maigret dont le tour de taille de son dernier représentant Gérard Depardieu est égal à la somme incroyable d'ouvrages littéraires et de fictions cinématographico-télévisuelles qui depuis presque un siècle nourri l'imaginaire des amateurs d'enquêtes policières à la française. Ici, pas de police scientifique vêtue de combinaisons intégrales blanches relevant poils, cheveux ou fluides corporels à des fins de recherche d'ADN. Nous sommes encore dans les années cinquante et il faudra attendre encore trois décennies avant que le laboratoire du chercheur britannique Alec Jeffreys qui en compagnie de son équipe travaillait sur la transmission héréditaire de certaines maladies génétiques ne découvre tout à fait par hasard, le concept d'empreinte génétique ! Oui, pantagruélique que la carrière de ce personnage de fiction qui naît timidement en 1929 à travers quatre romans avant de devenir le héros de plus de soixante-dix romans et d'une trentaine de nouvelles tous écrits de la main de Georges Simenon. Le premier des romans sort en mai 1931 sous le titre Pietr-le-Letton tandis que le dernier Maigret et Monsieur Charles sera édité pour la première fois en juillet 1972. Le plus célèbre des commissaires français de fiction fait alors ses adieux sur le papier tandis que sa carrière au cinéma et à la télévision a déjà à cette époque débuté il y a quarante ans en arrière avec La Nuit du carrefour de Jean Renoir en 1932. Interprété par Pierre Renoir qui n'est autre que le frère du réalisateur, il sera le premier interprète de Maigret. Suivront sur grand écran Abel Tarride, Harry Baur, Albert Préjean, Michel Simon, Maurice Manson mais aussi et surtout Jean Gabin qui à trois reprises acceptera de porter la célèbre gabardine du commissaire dans Maigret tend un piège et Maigret et l'Affaire Saint-Fiacre de Jean Delannoy en 1958-159 et Maigret voit rouge de Gilles Grangier en 1963...


L'hexagone coopérera également trois fois avec l'étranger afin de réaliser autant de projets. L'Homme de la tour Eiffel de Burgess Meredith en 1949, Maigret à Pigalle de Mario Landi en 1967 et Maigret fait mouche d'Alfred Weidenmann l'année suivante, les trois longs-métrages ayant été respectivement et principalement interprétés par Charles Laughton (acteur, mais également réalisateur de l'immense chef-d’œuvre La nuit du chasseur en 1955), l'italien Gino Cervi ainsi que l'allemand Heinz Rühmann, tous dans le rôle du commissaire... Concernant le petit écran, compiler la présence de Maigret à travers ses différentes apparitions semble être encore plus hasardeux puisque le personnage apparu dans des pays aussi étonnants que le Japon (Tôkyô Megure Keishi, en 1978), l'Union Soviétique (avec quatre téléfilms dont Megre i Chelovek na Skameyke en 1973) ou la Tchécoslovaquie (trois téléfilms dont Obavy komisare Maigreta en 1971). Mais chez nous, l'on se souviendra bien évidemment tout d'abord des brillantes incarnations de Jean Richard dans Les Enquêtes du commissaire Maigret entre 1967 et 1990 et du charismatique Bruno Cremer dans Maigret entre 1991 et 2005. Entre sa dernière apparition sur les écrans de cinéma sous les traits de l'allemand Heinz Rühmann en 1968 et son tout récent retour, il aura fallut patienter cinquante-quatre ans avant de retrouver le commissaire et sa célèbre pipe. Oui, plus d'un demi-siècle. Et pour fêter son retour sur grand écran quatre ans après que l'acteur britannique Rowan Atkinson ne l'ait incarné à quatre reprises sur le petit, il fallait un acteur de ''poids''. L'un des plus grands d'entre tous : Gérard Depardieu. Et à la mise en scène, le réalisateur aux vingt-neuf longs-métrages cinématographiques, Patrice Leconte. Sobrement intitulé Maigret, ce long-métrage de 2022 est l'adaptation du roman Maigret et la Jeune Morte qui fut publié pour la première fois en 1954 par Les presses de la cité et qui sera ensuite adapté à quatre reprises sur le petit écran entre 1959 et 1973 par les britanniques Gilchrist Calder et Campbell Logan, dans une version néerlandaise sous le titre Maigret en de blauwe avondjurk et en France par Claude Boissol avec Jean Richard dans l'une des plus célèbres incarnations du commissaire...


Vue l'austérité qui règne en général dans l'univers de ce flic débonnaire mais bienveillant, un climat qui notamment transpirait littéralement dans la série interprétée par Bruno Cremer, sous la houlette du réalisateur français, la capitale française n'a jamais parue aussi triste et belle. Cette beauté froide et hivernale, ces rues presque désertes traversées par quelques silhouettes dont le statut social ne se distingue jamais des autres à travers les tenues vestimentaires. Qu'elle soit de mœurs légères ou de la Haute, la femme ici reste toujours séduisante et distinguée. Les quais des bords de Seine donnent envie de s'y promener la main de son (ou sa) conjoint(e) enfermée dans la notre. Il demeure quelque chose de rassurant dans les décors de Loïc Chavanon ou la Photographie d'Yves Angelo. Pourtant, un meurtre a bien été commis. Mais par qui ? Et pourquoi ? Seule la seconde question semble vraiment intéresser le réalisateur qui aux côtés du scénariste Jérôme Tonnerre imprime à Maigret le même rythme que celui des versions télévisées. Se pose alors la question de la pertinence d'aller découvrir la chose sur grand écran alors même que le film, en comparaison des séries et téléfilms, n'a d'autre attrait que la seule présence de Gérard Depardieu à l'écran. Et encore, celui-ci s'économise tant qu'il faut parfois tendre l'oreille pour percevoir cette petite note d'humour qu'il assène aux trois quart du récit, faisant ainsi pour les connaisseurs, référence à la peinture à l'huile de René Magritte, ''La trahison des images''... Sous ses faux airs d'anachronisme, Maigret distille pourtant une aura fascinante et une émotion palpable transmises par le jeu tout en finesse mais parfois essoufflé de Gérard Depardieu. Revenu de tout, l'acteur en impose physiquement et dans ses silences, son personnage touché lui-même par la mort de cette gamine révèle une part d'ombre de sa propre existence. Notons qu'outre les quelques personnages féminins interprétés par Jade Labeste, Mélanie Bernier, Aurore Clément ou Clara Antoons apparaît à l'écran l'acteur André Wilms, fameux second rôle au nom si peu évoqué mais à la présence tant appréciée dans des dizaines de longs-métrages. Incarnant le personnage de Kaplan, l'acteur n'aura pas eu le temps de découvrir le film sur grand écran puisqu'il décédera le 9 février 2022, soit deux semaines exactement avant la sortie de Maigret dans les salles...

 

vendredi 4 janvier 2019

Mon Meilleur Ami de Patrice Leconte (2006) - ★★★★★★★☆☆☆




Patrice Leconte nous a d'abord fait hurler de rire dans les années 70 et 80 avec quelques comédies parmi les plus cultes du cinéma français (Les Bronzés et sa suite Les Bronzés font du Ski, Viens chez Moi, j'Habite chez une Copine, etc...) avant de nous émouvoir avec Tandem ou de nous angoisser avec le saisissant portrait de Monsieur Hire. Depuis, le cinéaste français nous a ponctuellement gratifiés de quelques généreuses productions, pas toujours très drôles il faut le reconnaître, parfois cyniques (Tango, Ridicule), même si certaines certaines d'entre valent encore le détour (Les Grands Ducs) alors que d'autres méritent de tomber définitivement dans l'oubli (la purge Les Bronzés 3: Amis pour la Vie et le dispensable Une Heure de Tranquillité). Après Franis Veber en 2005 avec La doublure, c'est au tour de Patrice Leconte de réunir un an plus tard les acteurs Daniel Auteuil et Dany Boon pour ce qui demeure une comédie d'honnête facture.

Sur un scénario qu'il a écrit en collaboration avec Jérôme Tonnerre, Patrice Leconte nous raconte l'histoire de François Coste, un marchand d'art qui malgré un carnet d'adresse bien rempli, n'a pas le moindre ami. C'est du moins ce qu'affirme son entourage lors d'un dîner au restaurant durant lequel sa collaboratrice Catherine donne dix jours à François pour prouver qu'il a un « meilleur ami ». Parcourant son carnet d'adresse afin de mettre la main sur celui qui parviendra à l'incarner, le marchand d'art qui vient d'acquérir une magnifique poterie pour la modique somme de deux-cent mille euros est systématiquement refoulé. Qu'il s'agisse d'un marchand concurrent ou d'un ancien camarade de classe, François est contraint de reconnaître qu'il n'a aucun ami sur lequel compter. Depuis quelques jours, il parcourt la capitale à bord d'un taxi conduit par Bruno, un chauffeur dont la compagne l'a quitté au bras de son meilleur ami, et auquel François se confie énormément. Auprès de Bruno, François tente de s'attirer les faveurs d'étrangers sans pour autant y parvenir. C'est alors qu'une idée germe dans l'esprit de François : Bruno sera ce « meilleur ami » qu'il doit à tout pris présenter à ses amis dix jours plus tard s'il veut gagner son pari...

Si Mon Meilleur Ami s'inscrit dans la tradition des comédies bien françaises, il en émane cependant un sentiment de malaise lorsque le héros incarné par Daniel Auteuil est confronté au jugement impartial de ceux qu'il considérait jusqu'à maintenant comme ses amis. Sans doute imbu, le personnage que l'acteur incarne est si préoccupé par sa propre existence qu'il en oublie même jusqu'à se préoccuper de ses proches. A commencer par sa fille. Face à lui Dany Boon est Bruno, ce chauffeur de taxi toujours souriant. Plaqué sans ménagement par sa compagne qui de surcroît s'est tirée avec son meilleur ami, Dany Boon incarne pourtant un Bruno optimiste, dont la culture exaspère son entourage. Excité à l'idée de participer un jour à un jeu télévisé, il est cependant systématiquement recalé à cause de sa trop grande nervosité.


La bonne idée de Patrice Leconte est d'avoir réuni ce duo étonnant. Entre un Daniel Auteuil qui tourne déjà sur les plateaux de tournage depuis plus de trente ans et un Dany Boon dont il s'agit de l'un des premiers rôles principaux de sa carrière d'acteur après La Maison du Bonheur qu'il réalisa lui-même l'année précédent la sortie de Mon Meilleur Ami. Aussi touchants l'un que l'autre, les deux interprètes apportent la chaleur nécessaire à une histoire au demeurant très simpliste. Les seconds rôles apportent une note d'humour noir parfois bienvenue. L'oeuvre de Patrice est aussi l'occasion de retrouver le cinéaste au mieux de sa forme et même si Mon Meilleur Ami est loin d'atteindre les sommets de ses débuts de carrière, il reste cependant au dessus de certaines productions qu'il mis en scène avant et après. A commencer par le désastreux La Guerre des Miss qu'il réalisera deux ans plus tard en 2008...

mercredi 10 octobre 2018

Ma Femme s'appelle Reviens de Patrice Leconte (1982) - ★★★★★★★☆☆☆



Bernard Fizet s'est fait plaquer par sa femme. Nadine par son mec. Lui est médecin, elle photographe et tous les deux sont voisins. Unis dans un même chagrin, ils vont apprendre à se connaître et à s'apprécier. Lui est incarné par Michel Blanc et elle par Anémone. La même année, ils tourneront ensemble Viens chez Moi, j'habite chez une Copine, réalisé lui aussi par Patrice Leconte, lequel participera en grande partie au succès de l'équipe du Splendid en les faisant tourner dans l'adaptation de leur propre pièce de théâtre Amour, Coquillages et Crustacés en 1978. Pour l'heure, le cinéaste tourne une comédie sympathique aussi drôle que tendre qui verra un écho l'année suivante avec Le Quart d'Heure Américain dans lequel Anémone connaîtra une histoire compliquée avec le personnage de Ferdinand, incarné cette fois-ci par Gérard Jugnot, l'un des fondateurs de l'équipe du Splendid.
Inutile de dire que les spectateurs sont en terrain connu. Difficile de ne pas adhérer au style de Patrice Leconte qui à l'époque et d'une certaine manière, produisait à peu de chose près le même type de long-métrage à chaque fois. Les dialogues de Michel Blanc font mouche à chaque fois et Anémone est amusante dans le rôle de cette jeune femme délaissée par un jeune musicien prénommé Terry et interprété par le tout jeune Christophe Malavoy. En dehors de ce dernier et des deux principaux interprètes, l'occasion est donnée d'apercevoir à l'écran l'acteur Xavier Saint-Macary (Les Hommes Préfèrent les Grosses, avec Josiane Balasko), qui dans la peau de Philippe, le meilleur ami de Bernard, doit supporter son ami dépressif. Un mal-être qui d'ailleurs s'exprime relativement rarement au vu de sa situation, contrairement à une Anémone qui passe de l'anorexie à la boulimie avec une certaine aisance... suivie de crampes d'estomacs !

C'est toujours avec un réel plaisir que l'on retrouve nos deux acteurs. Les dialogues finement ciselés de Michel Blanc collent parfaitement au dialogue qu'il a écrit en compagnie de Patrice Leconte sur la base d'un scénario original écrit par Joseph Morhaim. La bande musicale est l’œuvre du chanteur et compositeur William Sheller tandis que la chanson "C'est peut-être aussi bien comme ça" est interprétée par la chanteuse Marie-Paule Belle.


Ma Femme s'appelle Reviens remplit parfaitement son contrat en instaurant une belle complicité entre les deux comédiens qui nous livrent une comédie qui ne fait jamais vraiment l'impasse sur l'émotion même si tout est évidemment à prendre au second degré. Au détour de quelques scènes, Patrice Leconte convoque des têtes bien connues des cinéphiles et autres amateurs de comédies puisqu'apparaissent à l'écran l'acteur-chanteur Patrick Bruel, l'actrice-réalisatrice et humoriste Charlotte de Turckheim, le fidèle Guy Laporte, ou encore le metteur en scène, scénariste et réalisateur Jean-Michel Ribes. On y découvre même la jeune Pascale Rocard que les amateurs de séries de l'été auront pu voir six ans plus tard dans le rôle de Nicole Châtel dans l'excellent feuilleton Le Vent des Moissons de Jean Sagols. On pourra noter que pour l'une des premières fois de sa carrière (et là, j'évoque seuls les films dans lesquels il tient un rôle important), Michel Blanc n'incarne non pas le beauf tant attendu mais un personnage au contraire, plutôt responsable de ses actes, véritable ange protecteur auprès d'une Anémone complètement perdue. Malgré les années qui séparent Ma Femme s'appelle Reviens de sa sortie sur les écrans français le 27 janvier 1982, l'oeuvre de Patrice Leconte a su conserver toutes ses qualités. Un film que l'on prend toujours autant de plaisir à redécouvrir...

mardi 24 juillet 2018

Les Bronzés 3, Amis pour la Vie de Patrice Leconte (2006) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆



Trois étoiles sur dix, cela peut paraître sévère. Isolé de ses deux prédécesseurs, Les Bronzés 3, Amis pour la Vie aurait sans doute mérité une étoile supplémentaire. Peut-être deux. Mais sortir cette suite tardive vingt-sept ans après l'excellent second opus Les Bronzés font du Ski n'a aucun sens. Tout d'abord parce que la forme d'humour employée dans ce troisième volet diffère drastiquement de celui des deux autres. Ensuite parce que chacun a plus ou moins bien vieilli. Mais surtout parce que l'on a pas le droit de toucher à deux œuvres aussi cultes même si une partie du public devait fantasmer depuis longtemps sur cette arlésienne qui allait pourtant voir le jour plus d'un quart de siècle plus tard sous l'impulsion de la Troupe du Splendid qui devait à l'origine travailler sur le tournage d'un autre long-métrage, Astérix en Hispanie. Une adaptation du quatorzième album d'Astérix et Obélix compromise par Albert Uderzo lui-même, lequel n'avait pas vraiment apprécié Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre qui reste cependant la meilleure des quatre adaptations live de la célèbre bande dessinée.
Dans ce troisième opus nous retrouvons les membres du Splendid déjà présents dans les deux premiers: Michel Blanc, Marie-Anne Chazel, Christian Clavier, Gérard Jugnot, Josiane Balasko, Thierry Lhermitte, Dominique Lavanant, Martin Lamotte (qui était absent du second volet), ainsi que le plus discret Bruno Moynot. Ceux qui les accompagnaient à l'époque ont disparu du casting : Michel Creton (logique puisque dans le premier, le personnage de Bourseault qu'il incarnait mourait noyé après avoir été piqué par une raie), Luis Rego, Guy Laporte, ou encore Maurice Chevit. Deux nouveaux venus ont fait une apparition remarquée. Le premier dans la peau du fils de Nathalie et Bernard Morin. Il s'agit du propre fils de Gérard Jugnot qui jusque là n'avait joué que dans une petite dizaine de films. Le second est UNE... seconde, en la personne d'Ornella Muti.

Les Bronzés 3, Amis pour la Vie a rencontré le succès dans notre pays avec pas moins de 10 300 000 entrées. C'est bien plus que les deux premiers volets réunis, mais cela peut s'expliquer par l'engouement d'un public qui était loin, alors, de supposer que cette seconde séquelle aux Bronzés serait aussi médiocre. Tout y est effectivement très lourd. Voire vulgaire. Gisèle débarque avec une nouvelle et énorme poitrine en silicone, Jean-Claude Dusse, désormais prénommé Jessy, a totalement abandonné son look de ringard pour un autre beaucoup plus branché... et finalement tout aussi cheap. Popeye est toujours accroc au sexe bien qu'il vive désormais avec Graziella (Ornella Muti), Jérôme est toujours amoureux de Gigi bien qu'ils soient en instance de divorce, Nathalie et Bernard sont toujours en couple, quant à Christiane (ratée chirurgicalement par Jérôme), elle vit désormais en compagnie de Miguel, le couple ayant adopté une attitude des plus... zen. Enfin, Benjamin Morin, il débarque pour annoncer à ses parents qu'il vit en couple...

Terminées les répliques cultes qui s'enchaînaient sur un rythme d'enfer. Les gags sont rarement drôles et les personnages vieillissants sont déprimants. Comme s'ils rappelaient aux plus anciens d'entre nous que les années passent inexorablement. Patrice Leconte l'a annoncé : il n'y aura pas de quatrième volet. Un avis partagé par Michel Blanc qui considère qu'ils en ont fait le tour. Par contre, Thierry Lhermitte et Gérard Jugnot sont d'un avis différent et ne s'opposent pas fermement à l'idée qu'un nouveau chapitre apparaisse un jour sur les écrans. En attendant, que l'on ait aimé ou pas ce troisième épisode, d'ici l'hypothétique sortie d'une suite aux Bronzés 3, Amis pour la Vie, les spectateurs pourront au choix prier pour que le projet se concrétise ou bien qu'il reste dans les tiroirs...

samedi 21 octobre 2017

Les Spécialistes de Patrice Leconte (1985) - ★★★★★★★☆☆☆



Les Spécialistes est le septième long-métrage du cinéaste français Patrice Leconte et le premier à ne pas s'inscrire spécifiquement dans la plus pure tradition de la comédie française. Il abandonne ainsi donc pour un temps les membres de l'équipe du Splendid qu'il a plus ou moins utilisé jusqu'à maintenant et offre les deux principaux rôles à Gérard Lanvin et Bernard Giraudeau, deux des plus importants acteurs des années quatre-vingt. En effet, on avait déjà pu notamment voir le premier dans Le Choix des Armes d'Alain Corneau, Une Étrange Affaire de Pierre Granier-Deferre, Tir Groupé de Jean-Claude Missiaen, Le Prix du Danger d'Yves Boisset, ou encore Marche à l'Ombre de et avec Michel Blanc. Le regretté Bernard Giraudeau, avait quant à lui tourné jusque là dans une petite trentaine de longs-métrages tels que Viens chez moi, j'habite chez une copine aux côtés, lui aussi, de Michel Blanc, Le Grand Pardon d'Alexandre Arcady, Le Ruffian de José Giovani, Rue Barbare de Gille Béhat, et surtout L'Année des Méduses de Christopher Frank aux côtés de Valérie Kaprisky.
Les Spécialistes est l'occasion pour Patrice Leconte d'adapter un scénario à l'écriture duquel il n'a pas lui-même participé. Écrit par le scénariste Bruno Tardon, le film est également l'occasion de retrouver deux acteurs charismatiques parmi les préférés du public français. Deux interprètes capables de jouer dans le registre de la comédie comme dans celui du drame et du policier. De quoi alimenter une œuvre où l'humour ne règne pas seule maîtresse à bord. Accompagnés de la belle Christiane Jean qui du haut de sa petite carrière au cinéma constituée d'une grosse dizaine de longs-métrages se sera faite remarquer chez Robert Hossein, Gérard Lauzier, Andrzej Zulawski Jesus Franco et pour finir, Bertrand Blier en 1990 pour Merci la Vie. Depuis, plus rien. Ou plutôt, une carrière d'interprète consacrée à la télévision, au théâtre, et au doublage de films.

L'intrigue de ces Spécialistes demeure on ne peut plus clair. La rencontre supposée de deux malfrats, forcés de cohabiter lors de leur cavale (les deux hommes sont liés par des menottes), poursuivis par l'armée et la Gendarmerie, et réfugiés chez une jeune veuve dont le mari à été justement été tué par les forces de l'ordre quelques années en arrière. Entre Paul, Stéphane et Laura s'instaure une amitié indéfectible qui demeurera au delà du dangereux projet de cambriolage que propose le premier au second. Vicié cependant par un mensonge que Stéphane ne tardera pas à mettre à jour, le vol de trois milliards de francs dans un casino, propriété d'un gangster nommé Mazetti, demeure à l'ordre du jour. Gérard Lanvin est expert en matière d'ouverture de coffres. Bernard Giraudeau est un flic corrompu s'étant fait passer pour un criminel afin de se rapprocher de Stéphane, le spécialiste en question.
Patrice Leconte réalise une très sympathique comédie d'action. De la cavale des deux hommes, jusqu'au braquage du casino, en passant par la rencontre des deux hommes avec la jolie Laura et la visite préparatoire du coffre qu'ils ont l'intention de piller, Les Spécialistes est une très bonne surprise, égayée par la bonne humeur des deux acteurs et par la présence tempérée de Christiane Jean.

N'oublions pas non plus la présence de l'excellent Maurice Barrier en commissaire corrompu, supérieur hiérarchique de Paul et commanditaire du braquage à venir. Le Retour de Martin Guerre, Le Marginal, Les Compères, et bien d'autres longs-métrages ont vu l'acteur français incarner des personnages fort intéressants. Un acteur discrètement intégré dans les films auxquels il a participé mais dont l'interprétation a toujours été au plus juste. L'action est menée tambour battant. Le film rencontre un joli succès lors de sa sortie dans les salles puisqu'il réunira plus de cinq millions d'entrées. Un beau score qui prouve que Patrice Leconte est aussi bien à l'aise dans la comédie que dans l'action. Une première marche vers un style plus mûr dont le cinéaste connaîtra son apogée avec des merveilles telles que Tandem et Monsieur Hire pour ne citer que les films qui sortirent à la suite des Spécialistes. Une œuvre à redécouvrir avec plaisir...

mardi 10 octobre 2017

Hommage à Jean Rochefort: Les Grands Ducs de Patrice Leconte (1996) - ★★★★★★★☆☆☆



Au beau milieu de sa carrière de cinéaste, le français Patrice Leconte tourne Les Grands Ducs en roue libre. Hommage apparent au théâtre de boulevard, mais surtout amour évident pour un trio d'acteurs vieillissant, parmi les plus importants du panorama français, cette petite comédie tournée à la manière d'une pièce de théâtre a tout pour séduire. La vieille garde y croise la route de jeune interprètes (Clothilde Courau qui n'a débuté sa carrière au cinéma que huit ans plus tôt avec Le Petit Criminel de Jacques Doillon, les personnages campés par ses illustres partenaires décidant de prendre le sien sous leur aile), et d'acteurs confirmés (au hasard, Catherine Jacob en Carla Milo, fausse jumelle de la célèbre et fictive cantatrice Bianca Castafiore créée par le dessinateur belge Hergé. Ou encore Michel Blanc dans le rôle du méchant producteur qui tente de tout faire capoter.

Trois acteurs vieillissant donc, qui pour se donner l'impression d'être encore « capables », acceptent chacun de jouer dans une pièce de théâtre minable. Débutent alors les répétitions. Douloureuses. Avec un Jean-Pierre Marielle irascible, incontrôlable et accaparé par la coqueluche que son petit-fils a contracté. Un Philippe Noiret victime d'un trac immense. Et un Jean Rochefort en séducteur ringard et qui adapte le texte à son goût. Face à ces trois là donc, l'actrice Catherine Jacob. LA star de la pièce. Orgueilleuse et nymphomane, elle est la proie d'un Michel Blanc qui va lui causer bien des ennuis. Hanche démise, bras cassé, jambe dans le plâtre, la comédienne, pourtant, résiste.
En terme de répliques, ça n'est ni du Michel Audiard, ni du Bertrand Blier, mais tout de même, on passe un agréable moment devant ce trio de personnages qui cabotinent, chacun à leur manière.


Tandis que l'on a la curieuse impression d'assister à un document, certes barré, sur les conditions de répétitions d'une pièce de théâtre, il y a dans cet espace exigu que représentent les coulisses et la scène en elles-mêmes, l'idée de partager un moment d'intimité avec une troupe de théâtre aux personnalités diverses. Des tempéraments, des humeurs, des envies différents qui compliquent la tâche du régisseur et de toute l'équipe (l'habilleuse, l'administrateur, etc...) qui, dans l'ombre travaillent ensemble pour donner sa cohérence à une pièce relativement médiocre. Il y a pire que le producteur qui, aux aboies, aimerait faire jouer l'assurance en faisant couler la boite. Si l'on peut comprendre ses motivations, la suffisance du metteur en scène interprété par Olivier Pajot a de quoi irriter. Les Grands Ducs n'est certes pas la plus belle réussite de son auteur, le film permet cependant de passer un agréable moment de détente.
Et si les répliques semblent parfois d'un goût douteux ou d'une relative faiblesse, elles ne font qu'exagérer l'aspect ringard de la pièce et de ceux qui l'interprètent. Unir Jean-Pierre Marielle, Philippe Noiret, Jean Rochefort et Catherine Jacob dans un même long-métrage est la meilleure idée qu'ait eu le cinéaste Patrice Leconte ici...

mercredi 11 mars 2015

Les Bronzés Font Du Ski de Patrice Leconte (1979)


Après le club méditerranéen, Jean-Claude, Gigi, Jérôme, Bernard, Nathalie, Christiane et Popeye se retrouvent à nouveau mais cette fois-ci dans la station de sports d'hiver de Val-d'Isère. Gigi et Jérôme sont désormais mariés et si ce dernier est toujours médecin, Gigi, elle, est propriétaire d'une crêperie. Jérôme possède son propre cabinet, le couple vivant désormais sur place. Nathalie et Gérard arrivent sur la station avec un peu de retard et surtout usés par le voyage. Ils jettent littéralement les locataires du chalet qu'ils louent chaque année avant d'aller faire des emplettes dans le magasin tenu par l'épouse de Popeye et le cousin et amant de celle-ci.

Jean-Claude Dusse débarque comme à son habitude, avec en tête une idée fixe : faire des rencontres amoureuses. Christiane quand à elle entretient une relation avec Maurice Franceschini, un homme beaucoup plus âgé qu'elle. Échaudé par l'humiliation dont il fait les frais de la part de sa femme, il n'en demeure pas moins le chaud lapin qu'il était au club méditerranéen dont il était l'un des principaux animateurs.

Activés et rencontres sont au cœur de ces nouvelles vacances entre amis. Le petit groupe fait la connaissance de Marius, Jean-Claude tente vainement de séduire l’hôtesse d'accueil de l’hôtel dans lequel il a retenu une chambre. Popeye, lui, organise des expéditions sur les hauteurs de la station. L'une d'entre elles va voir nos vacanciers se perdre en pleine montagne et tomber sur de bien curieux mais accueillants montagnards...

Autre film, autre cadre. Terminée ici la chaleur estivale. Doudoune, après-skis, bonnets et gants sont de rigueur. Les Bronzés Font Du Ski, toujours signé par le réalisateur Patrice Leconte, fait suite au premier volet, immense succès du cinéma français. On retrouve la même bande de copains avec en sus quelques nouvelles têtes.
Dans le rôle de Marius, c'est Maurice Chevit qui jouera à nouveau aux cotés du cinéaste à plusieurs reprises (au hasard Ridicule en 1995 ou bien L'Homme du Train en 2002). Roland Giraud fait une courte apparition dans le rôle du mari trompé. On retrouve Bruno Moynot dans celui de Gilbert, le Monsieur Météo, ainsi que Guy Laporte dans celui du cousin et amant de l'épouse de Popeye (Thierry Lhermitte).

A sa sortie, le film connaît un succès beaucoup moins important que pour Les Bronzés puisqu'il ne fait à l'époque qu'un million cinq-cent mille entrées, soit environs sept-cent mille de moins que son aîné. Tout comme pour le premier volet, Les Bronzés Font Du Ski est un pur bonheur, une succession de gags qui font mouche à chaque fois. On retiendra notamment la scène du télésiège qui voit Michel Blanc piégé au cœur de la nuit, chanter une chanson devenue depuis l'hymne du film (A savoir que la chanson qui devait à l'origine être celle que fredonne l'acteur a dû être remplacée, les propriétaires des droits ayant refusé qu'elle soit utilisée pour les biens du film).

Autre passage devenu culte depuis, celle où la bande d'amis se retrouve piégée dans la montagne avant d'être sauvée par des montagnards qui vont leur faire goûter les spécialités du coin. Un grand moment de cinéma ! Les amateurs s'apercevront d'ailleurs que la scène du crapaud enfermé dans la bouteille avait déjà été décrite dans la version théâtrale du Père Noël Est Une Ordure.

Si le film n'a donc pas eu autant de succès que le premier long-métrage, il a depuis fait ses preuves à la télévision. Et malgré des recettes plus faibles, Les Bronzés Font Du Ski demeure comme Les Bronzés, l'une des meilleures comédies françaises de tous les temps...


dimanche 8 mars 2015

Les Bronzés de Patrice Leconte (1978)



Un groupe de vacanciers arrive en car dans un club situé en Afrique. Éreintés par le voyage qu'ils viennent d'effectuer, ils ne sont pas au bout de leurs surprises. Les bagages de certains ont disparus quand au ciel, il les accueille avec une averse. Parmi eux se trouvent Gisèle, le Docteur Jérôme Tarayre, Jean-Claude Dusse, Nathalie et Bernard Morin ainsi que Christiane, l'esthéticienne du groupe et Gilbert, le seul peut-être à n'avoir rien à faire ici.

Dès le lendemain, et après une nuit fort agitée, ces derniers se retrouvent et font plus ample connaissance les uns avec les autres. Ils rencontrent les animateurs du club, Popeye, le charmeur du camp qui trompe son épouse, André Bourseault un comique venu se donner en spectacle, tout comme Bobo d'ailleurs, de son vrai nom Georges Pelletier...

Tout ce beau monde se croise durant un été qui sera très chaud pour certains, et même insupportable pour d'autres. Certains vont se donner au jeu de la séduction avec plus ou moins de bonheur, allant même parfois jusqu'à s'en brûler les doigts...

Second long-métrage de Patrice Leconte après Les Vécés Étaient Fermés de L'Intérieur, Les Bronzés fait partie de ces classiques indémodables de la comédie française. D'abord inspiré par la pièce de théâtre écrite et interprétée par l'équipe du Splendid Amour, Coquillages et Crustacé, le film est une succession de répliques intarrissables qui aujourd'hui encore font leur petit effet sur le public bien que le film soit passé de nombreuses fois sur les chaînes de télévision.


Michel Blanc, Marie-Anne Chazel, Christian Clavier, Gérard Jugnot, Josiane Balasko et Thierry Lhermitte, soit la petite bande originale du Splendid, sont rejoints ici par Dominique Lavanant, Luis Rego, Michel Creton, Martin Lamotte, Bruno Moynot et Guy Laporte. Les Bronzés a été tourné en Côte d'Ivoire à Assinie plus précisemment et a été notamment produit par Yves Rousset-Rouard qui produira d'ailleurs la suite ainsi que le troisième et dernier film réunissant la troupe du Splendid toute entière (excepté le troisième volet des bronzés tourné plus de vingt-cinq ans après le premier).

L’œuvre de Patrice Leconte dégage une fraîcheur encore intacte et l'on prend un immense plaisir à assister aux péripéties de cette troupe d'acteurs fantastiquement drôles. Blanc en célibataire et karatéka espère trouver l'âme sœur. Balasko et Jugnot sont mari et femme et veulent se prouver l'un à l'autre qu'ils en ont encore sous le pied. Clavier est médecin et éprouve quelques difficultés à draguer. Lavanant est esthéticienne, un peu bourgeoise dans l'âme et excessivement coincée. Chazel, elle, est une jeune femme radieuse, naïve et qui cherche le grand amour. Quand à Lhermitte, c'est le grand séducteur du camp. Il accumule les conquêtes au point de les compter au kilo !!!

Autour, d'eux, quelques rôles sympathiques confiés à Luis Rego, Michel Creton (dont le personnage va connaître ici une fin tragique) et Martin Lamotte. Les trois hommes seront absents de la suite, Lamotte, lui, rempilant pour le troisième épisode. On retrouvera par ailleurs Guy Laporte dans le rôle du directeur du magasin de ski et Bruno Moynot dans celui de Monsieur-Météo.

Les Bronzés connaît un franc succès avec pas moins de 2 300 000 entrées lors de sa sortie. Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, le film, basé pourtant sur une image assez précise de ce que l'on imagine être un club de vacances et ceux qui ont l'habitude d'y séjourner, n'est pas un prétexte pour les interprètes de se moquer de ceux dont ils se sont inspirés. Bien au contraire, si l'équipe du Splendid a voulu mettre en chantier la pièce avant d'accepter de tourner le film, c'est pour mettre en avant ce qui fait la part d'humanité chez l'homme que cela soit à travers ses qualités mais aussi et surtout, ses défauts... Dans le top cent des comédies françaises et même mondiales, Les Bronzés, n'en doutons pas, tient une place des plus confortables. Un classique du genre...


mercredi 31 décembre 2014

Un réveillon au ciné: La famille Bélier de Eric Lartigau (2014) et Une Heure de Tranquilité de Patrice Leconte (2014)




Afin de clore cette année 2014, une partie du réveillon se déroulera au cinéma Mega CGR de Narbonne. A l'affiche, toute une série de films dont deux nous intéressent tout particulièrement. D'un coté, le dernier Patrice Leconte, le bonhomme qui se cache derrière les cultissimes Bronzés (du moins pour les deux premiers volets), Tandem ou encore Monsieur Hire. De l'autre, Eric Lartigau qui nous a pondu jusqu'à maintenant quelques excellentes comédies, au hasard, Mais Qui a tué Pamela Rose ? Et Un Ticket Pour L'Espace, toutes deux interprétés par le duo de comiques Kad Merad et Olivier Baroux. C'est le film de ce dernier que nous verrons en premier. La Famille Bélier s'est déjà créé une petite réputation. Le film est déjà sorti depuis deux semaines et comme nous sommes le 31 au soir, on compte donc sur une salle à peu près vide. Erreur, elle est presque pleine. Deux places heureusement situées idéalement nous tendent les bras. Le Mega CGR de Narbonne serait un très agréable complexe s'il n'avait pas la fâcheuse habitude de nous balancer entre quinze et vingt-cinq minutes de publicité à chaque séance. Et ce soir, cerise sur le gâteau, on a droit à un court métrage d'une dizaine de minutes de la prévention routière. C'est gai, enfin, non, pas vraiment, mais bien fichu tout de même. Ça s'appelle La Magie de Noël et c'est signé de l'acteur-réalisateur Mathieu Amalric.

Fondu au noir, le film commence enfin. L'histoire de La Famille Bélier, c'est celle de Paula, jeune adolescente dont la mère, le père et le frère sont sourds. La famille travaille à la ferme, et vu le handicap des siens, autant dire que la présence de Paula est plus qu'essentielle. Oui mais voilà qu'un jour elle est prise contre sa volonté parmi les élèves de la chorale de son école et que son professeur de chant découvre en elle un talent inouï pour la chanson. Un don pour lequel le professeur va tout mettre en œuvre afin qu'il s'exprime et pourquoi pas, pousser la jeune Paula à participer à un concours se déroulant à.. Paris. Mais Paris est loin du petit village où vivent Paula et les siens. ? Entre son désir de chanter et celui de soutenir ses parents, Paula est tiraillée. Et ce n'est pas l'amour qu'elle éprouve pour le jeune Gabriel qui va arranger les choses. Aie, aie, aie : Dans le rôle principal, j'ai nommé Louane Emera. Chanteuse !!! Effet de mode ? Peut-être. Ou bien la jeune artiste est-elle suffisamment talentueuse pour se lancer dans une carrière d'actrice, toujours est-il qu'elle va devoir faire ses preuves, surtout que l'histoire alléchante de cette famille peu ordinaire donne vraiment envie de s'y plonger corps et âme.

Fort heureusement, nous sommes assez vite rassurés. La gamine est mignonne et ne manque pas d'aplomb. Et puis, face à un Eric Elmosnino extraordinaire dans le rôle de ce professeur cynique et jusqu’au-boutiste, elle est tenue par la main du début jusqu'à la fin. Le plus délicat reste finalement les rôles tenus par Karin Viard et François Damiens. Difficile de tenir un emploi de sourds sans tomber dans le ridicule. Et tourtant,ici, tout fonctionne merveilleusement. Rodolphe est plutôt bourru, peu... « bavard ». Quand à Gigi, elle rayonne. En fait, Karin et François campent un couple touchant, savoureusement drôle et grave quand il le faut. On rit beaucoup. Il suffit de tendre l'oreille pour comprendre que le film fonctionne à merveille. Le public rit à gorge déployée. Quelques petits moments d'émotion parsèment ce récit juste comme il faut. Et puis, il y a ces idées géniales qui viennent ponctuer l'histoire comme celle qui nous met directement nous, spectateurs, dans la peau de ces deux attachants personnages que sont Gigi et Rodolphe.
N'oublions pas non plus les quelques seconds rôles essentiels de ce récit que sont Luca Gelberg, dans le rôle de Quentin, le frère de Paula, ainsi la pétillante Roxane Duran dans celui de Mathilde, la meilleure amie de Paula. Une très belle réussite.


Mince ! 22H19. La prochaine séance est dans une minute et il nous faut changer de salle. Heureusement, le Mega CRG n'est pas un dédale de couloirs et nous replongeons très vite dans l'obscurité. Cette fois-ci, la salle est un peu plus petite et le nombre des spectateurs réduit. Nous avons une nouvelle fois droit au sempiternel déluge de publicités et au court métrage de Mathieu Amalric.  
Une Heure de Tranquillité n'a pas l'air d'attirer les foules. Cette histoire de mélomane qui trouve l'objet rare en chinant avec comme seul but de pouvoir bénéficier d'une heure pour écouter le disque qu'il vient d'acquérir aurait sans pu en attirer plus d'un. Surtout que Michel, le mélomane en question va bien évidemment crouler sous les visites durant cette fameuse heure de tranquillité qu'il aurait aimé s'octroyer. Une épouse dépressive (Carole Bouquet qui n’hésite pas à s'enlaidir pour l'occasion), une Valérie Bonneton toujours aussi savoureuse en maîtresse de Michel et meilleure amie de Nathalie, l'épouse. Rossy de Palma en Femme de ménage, Stéphane de Groodt en voisin TRES collant, Sébastien Castro en fils pétri de bonnes intentions mais finalement assez épuisant à supporter. Surtout lorsque l' on apprend que lui et Pierre (Christian Charmetant en meilleur ami de Michel)... enfin, c'est une autre histoire. Et puis il y a Arnaud Henriet en faux polonais mais en vrai maçon portugais pas vraiment là pour faire honneur à cette « famille » d'ouvriers habituellement très talentueux.

Bien que Patrice Leconte soit l'homme qui se cache derrière la caméra, quelque chose cloche dès le départ. Ce ne sont pourtant pas Christian Clavier et toute sa clique qui ratent le coche mais l'écriture qui fait peine à voir. Comme les situations d'ailleurs. On le sait avant même d'entrer dans la salle, le film a déjà été fait mille fois. Pourtant, on a envie d'y croire. D'ailleurs, le reste des spectateurs y croit lui puisqu'il rigole assez facilement aux facéties de Clavier et des autres. Une Heure de Tranquillité est finalement une toute petite comédie et demeure dans l'exceptionnelle filmographie de Patrice Leconte comme l'une de ses œuvres les moins abouties. Et pourtant, dieu sait si chacun y met de son énergie pour donner corps à cette comédie.








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