Bienvenue sur Cinémart. Ici, vous trouverez des articles consacrés au cinéma et rien qu'au cinéma. Il y en a pour tous les goûts. N'hésitez pas à faire des remarques positives ou non car je cherche sans cesse à améliorer le blog pour votre confort visuel. A bientôt...

Labels


Affichage des articles dont le libellé est Jean-Luc Bideau. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Jean-Luc Bideau. Afficher tous les articles

mardi 4 octobre 2022

Jumeaux mais pas trop d'Olivier Ducray (2022) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Que ne ferions-nous pas pour assouvir les désirs de celle que l'on aime ? Pleurer devant cette carte bleue qui n'en peut plus qu'on la déshabille des quelques deniers qu'il reste sur son compte en banque lorsque vient l'instant fatidique de la glisser dans la fente dédiée au règlement de deux places de cinéma ? Mais ce jour-là, ce fut fête. Places gratuites généreusement offertes par ma douce Princesse à laquelle j'octroyais pour une fois le droit d'outrepasser mes exigences de gentleman/ringard/macho. Le genre qui ne souffre pas qu'une femme paie les places de cinéma ou règle la note d'un restaurant, d'un hôtel ou d'un quelconque lieu de villégiature. Et ça tombe bien, car à force d'aller voir sur grand écran des comédies françaises par pur jouissance d'en faire des critiques assassines ou plus rarement, d'en vanter les mérites, c'est avec le cœur léger que nous sommes allés voir dimanche au CGR de Narbonne, la nouvelle comédie du réalisateur français Olivier Ducray. En fait, son tout premier long-métrage puisque jusque là, le bonhomme n'avait réalisé qu'une poignée de courts ainsi que deux documentaires ! À force d'entendre dire du mal des comédies françaises depuis un certain nombre de décennies tout en étant directement témoin du gouffre artistique dans lequel celles-ci s'enfoncent année après année, il devient délicat de faire la critique des unes et des autres sans prendre le risque de se voir affublé de noms d'oiseaux. Surtout lorsque la dite comédie est, une fois n'est pas coutume, plutôt réussie. Comme l'est Jumeaux mais pas trop d'Olivier Ducray, justement. Tout ce que l'on pouvait craindre est quasiment absent. Bien entendu, vu le propos (deux frère jumeaux qui furent séparés à leur naissance se retrouvent trente-trois ans plus tard. Problème : l'un est blanc et l'autre, noir !), on imagine d'emblée le genre d'engeance dont le sujet aurait pu accoucher. D'autant plus que le blanc (Bertrand Usclat dans le rôle de Grégoire Beaulieu), fils d'un couple de nantis, a plutôt bien réussi sa carrière puisqu'il se présente comme candidat à de prochaines élections législatives, tandis que le noir (Ahmed Sylla dans la peau d'Anthony Girard), on s'en doute assez rapidement, n'a pas connu le même destin. Réparateur en électroménager, il vit dans une cité HLM...


Jumeaux mais pas trop est le genre de comédie, et de film tout court, qui joue sur le contraste entre deux frères qui n'ont pour le coup, absolument rien en commun si ce ne sont les gènes. Si le long-métrage d'Olivier Ducray fera forcément bondir certains spectateurs de leur siège, le film n'en est pas moins réussi. Véhiculant rapidement quelques clichés qui n'étonneront personne, le spectateur aura malgré tout l'agréable satisfaction de découvrir une œuvre s'intéressant davantage à la relation entre les deux frères. Les caricatures ne servant qu'à justifier les éclats de rires sincères d'un public qui devait malheureusement ce jour-là, se faire éparse. Dommage. Mais le film n'étant sorti que depuis une semaine, on ne désespère pas que le public se rue en masse dans les salles une fois le bouche à oreille ayant fait son œuvre. Bertrand Usclat et Ahmed Sylla forment ensemble un duo vraiment attachant, accompagné par quelques interprètes de la vieille garde. Isabelle Gélinas et Gérard Jugnot campent les parents du jeune politicien tandis que Jean-Luc Bideau interprète quant à lui, le père adoptif d'Anthony. Là où le scénario du réalisateur et de Jean-Paul Bathany et Wilfried Méance fait preuve d'intelligence, c'est dans sa manière d'aborder l'abandon et les différences raciales et sociales. Jumeaux mais pas trop ne répète pas inlassablement ce que ces sujets ont tendance à véhiculer d idées reçues. [Spoil] : En effet, plutôt que de faire d'Anthony le récipiendaire exclusif des choix malheureux d'une mère qui l'a abandonné à sa naissance, on découvre plus tard que Patricia et Patrice Beaulieu eux-même sont les parents adoptifs de Grégoire. Une manière plutôt élégante d'évacuer d'emblée l'idée que la mère des deux hommes n'a pas abandonné Anthony parce qu'il est noir mais pour des raisons beaucoup plus profondes. Cet aspect plutôt moral du long-métrage ressurgira d'ailleurs une seconde fois, lors de la rencontre avec la véritable mère des deux garçons (l'actrice Claude Perron dans le rôle de Claire). Notons également la présence de Pauline Clément dans le rôle de Noémie Vignon, proche collaboratrice de Grégoire et même... un peu plus. Jumeaux mais pas trop est une excellente surprise. Amusante, fraîche et sincère Mais ce que l'on retiendra peut-être encore davantage des rires que certaines situations génèrent, ce sont ces quelques instants de grande émotion que les interprètes transmettent admirablement au public...

 

samedi 26 février 2022

Maison de Retraite de Thomas Gilou (2022) - ★★★★★★☆☆☆☆



 

Pauvre Kev Adams, qui tel un virus que le monde entier combat depuis maintenant plus de deux ans, est majoritairement la cible de nombreuses critiques, quasi systématiques dès lors que son nom s'affiche au générique de telle ou telle engeance supposée faire rire ! N'est pas Michael Youn qui veut (lequel se rachète ponctuellement une conduite en choisissant le drame plutôt que la comédie) ou le clone d'un Patrick Sébastien, lequel a passé sa vie à combattre des critiques sur sa personne, souvent infondées. Qui aurait pu se douter qu'un jour, l'auteur de la trilogie La vérité si je mens ! serait digne de porter l'emblème de ''Visionnaire'' au même titre qu'un Stanley Kubrick (période Orange mécanique) ? Peu de monde en réalité mais voilà que par le plus curieux et le plus grand des hasards vint au monde le 16 février dernier, sur grand écran et en salle obscure, un Maison de retraite faisant écho à la polémique tournant autour de Orpea, ce groupe privé spécialisé dans l'hébergement des personnes âgées et dont la réputation est désormais au centre d'un scandale. Thomas Gilou n'ayant sans doute pas mis une seule bille dans le groupe créé en 1989 par le neuropsychiatre Jean-Claude Marian, voilà que débarquait sur nos écrans sa toute dernière comédie avec, justement, Kev Adams en vedette. Vint alors la question cruciale s'agissant de savoir s'il fallait se bouger les fesses de son canapé pour aller voir en salle les dernières pitreries de l'humoriste pour adolescents boutonneux. Encore fallait-il se trouver dans le environs de Narbonne, pas très loin du centre-ville, là où trône le complexe cinématographique CGR. Encore fallait-il également être assez peu en accord avec les films proposés cette semaine là, pauvre en matière de divertissements, si tant est que l'on fusse allergique aux dessins animés (trois ou quatre sur neuf salles d'après ma mémoire de descendant d'Alzheimer) et quelques autres productions ma foi, relativement monotone pour justement choisir d'aller voir le nouveau long-métrage de Thomas Gilou !


Vive le Covid qui s'invita chez moi et m'offrit ce Graal inespéré me permettant pour les quatre mois à venir de pénétrer ces lieux qui m'étaient devenus interdits ! Pour fêter la chose, ma compagne et moi, réglés comme du papier à musique sur le fameux virus alors que trois-cent kilomètres nous séparaient l'un de l'autre depuis des semaines, avons pris la décision presque insensée de nous rendre dans la seule salle qui à Narbonne et à cette période de l'année osait diffuser une comédie avec Kev Adams en vedette. Gérard Depardieu n'aurait pas fait partie du casting que nous aurions pourtant quand même sauté l'étape de l'incertitude pour aller découvrir cette comédie pour spectateurs du troisième âge (une impression confirmée par la présence de trois sympathiques vieillard à l'entrée de la salle projetant Maison de retraite). Sans doute qu'un excédent de fièvre due au Covid nous empêcha de réfléchir à cette délicate décision de rester au chaud à la maison ou de prendre la voiture. Une fois la vague de publicités et de bandes-annonces arrivée à son terme, les lumières s'éteignirent et le film démarra enfin. Première demi-heure : Mais où sont passés les vingt-quatre euros (M&M'S et petite bouteille d'eau compris) que nous avons déboursé pour pouvoir passer la porte de la salle numéro 9 ? Certainement pas dans l'écriture des gags, poussifs au possible. D'une lourdeur et d'une incapacité à faire (sou)rire telles qu'Anna et moi étions prêt à quitter la salle pour faire demi-tour et rentrer à la maison. Mais comme nous l'avons si bien notifié au moment où nous n'en pouvions plus, seuls les M&M'S nous permirent de tenir le coup jusqu'à la fin du film...


Si certains évoquent au contraire une première partie intéressante et une suite déjà beaucoup moins stimulante, c'est pourtant une fois les trente premières minutes passées (peut-être même les trois premiers quarts-d'heure) qu'Anna et moi avons trouvé que Maison de retraite méritait peut-être qu'on lui accorde notre attention. Car le duo Kev Adams/Gérard Depardieu, aussi étonnant que cela puisse paraître fonctionna plutôt bien. Sans être bouleversant au point que nos glandes lacrymales envisagent de se délester de quelques gouttes d'eau salées, le film s'assaisonna de quelques rares moments d'émotion. Pour l'humour, en revanche, ce fut le calme plat que dérangèrent cependant les rires des vieillard précédemment évoqués. Maison de retraite devra sans doute s'envisager surtout comme un hommage à une catégorie d'interprètes vieillissants que l'on désespérerait tout de même de voir terminer leur existence dans un Ehpad plutôt que sur un écran de cinéma. Au titre desquels nous citerons tout de même Daniel Prévost, Mylène Demongeot, Liliane Rouvère (décidément très à la mode actuellement), Marthe Villalonga, Firmine Richard (inoubliable Juliette Bonaventure aux côtés de Daniel Auteuil dans l'excellent Romuald et Juliette de Coline Serreau en 1989) ou encore Jean-Luc Bideau. Maison de retraite n'est peut-être pas la comédie de l'année mais sans doute pas la pire non plus (on verra à quelle échelle entre 1 et 10 on rangera le film de Thomas Gilou une fois que sortira le troisième long-métrage de Michèle Laroque). Maintenant, est-il bien nécessaire de faire le déplacement en salle lorsque la mise en scène, le scénario et l'interprétation n'ont pas d'autres ambitions que celles d'un téléfilm ? Ben tiens, la réponse est contenue dans la question...

 

mardi 28 août 2018

Ripoux 3 de Claude Zidi (2003) - ★★★★★★☆☆☆☆



Quatorze ans. Il aura fallut à Claude Zidi, quatorze ans pour réunir à nouveau le célèbre duo de flics ripoux René Boisrond et François Lesbuche, incarnés par Philippe Noiret et Thierry Lhermitte. Autant d'années qui furent l'occasion pour ces deux interprètes d'aller jouer chez d'autres avant de réapparaître quelque peu vieillis dans le costume de deux des plus célèbres policiers du cinéma français. En bon retraité, rené vit désormais vit dans une péniche. Quant à François, il a exaucé son vœu puisqu'il a atteint son objectif en atteignant le grade de commissaire à l'Inspection Générale des Services de Paris. Les deux hommes ne se sont pas revus depuis des années. Si François est désormais un policier intègre, René continue à jouer aux courses. Du moins, lorsqu'il en a les moyens. C'est sur les conseils d'un habitué qui vient de gagner une importe somme d'argent aux courses grâce à lui que René détient le nom du vainqueur d'une course à venir. Sans un sou, il demande à Chen, un trafiquant chinois de lui prêter mille francs. Malheureusement, l'ancien policier tombe en plein braquage. Alors que Chen lui confie un sac renfermant un million d'euros, René le perd dans les égouts. Redevable de la somme, il est traqué par le chinois et ses hommes de mains qui ne croient pas le vieil homme lorsqu'il affirme avoir perdu l'argent. De son côté, le commissaire Bloret confie à François la formation de son neveu Julien...

Ripoux 3 est de ces longs-métrages qu'il vaut mieux se préserver de découvrir à l'époque de leur sortie. Comme un bon vin qu'il serait judicieux de laisser vieillir avant de le boire. Car si en 2003, les troisièmes aventures de René Boisrond et François Lesbuche pouvaient laisser craindre le pire (ce qu'elles firent effectivement), revoir en 2018 Ripoux 3 permet de relativiser. Chose impensable à l'époque. Surtout qu'au vu du pedigree de cette excellente saga débutée par deux excellents volets (Les Ripoux en 1984 et Ripoux contre Ripoux en 1989), le volet clôturant la trilogie apparaît comme particulièrement fade. Non pas que l'absence de Line Renaud, de Jean Benguigui, de Michel Aumont ou de Grace de Capitani ait engendré une chute vertigineuse en terme de qualité, mais Claude Zidi semble avoir préféré la nostalgie à l'humour. Car les occasions de rires sont rares. Ce qui n'empêche évidemment pas à Ripoux 3 d'être divertissant.

Outre les deux principaux interprètes, nous retrouvons au générique le jeune Lorant Deutsch qui à l'époque est âgé de vingt-trois ans et joue pour la première (et dernière) fois auprès de Claude Zidi. A ses côtés, la jeune Chloé Flipo dont la carrière au cinéma se résume à peu de chose (la jeune femme préférant les planches du théâtre aux plateaux de cinéma), incarne le rôle de Marie Morzini, Jean-Luc Bideau, quant à lui, reprend le rôle du commissaire Bloret après Julien Guiomar et Michel Aumont (l'acteur entretient un point commun avec Chloé Flipo puisque tous deux ont participé à la série télévisée H). Jean-François Palmer interprète Albert, chirurgien et ami de René, quant à Bernadette Lafont, elle endosse le rôle de Carmen, une voyante vivant dans sa caravane. Un personnage comparable à celui de Simone, l'ancienne prostituée qu'interprétèrent chacune à leur tour Régine et Line Renaud. Même l'animatrice Laurence Boccolini (les émissions Que le Meilleur Gagne, Le Maillon Faible, ou encore Money Drop) a droit à un petit rôle. Ce sera d'ailleurs le premier des deux seuls que lui confieront des cinéastes sur grand écran. Pour apprécier Ripoux 3, il faut être en mesure de faire abstraction des deux premiers volets de la trilogie et surtout ne pas chercher à les comparer. Sinon, c'est le drame. Beaucoup moins divertissant que Les Ripoux et Ripoux contre Ripoux, il n'en demeure pas moins que Ripoux 3 a gagné en qualités. Davantage porté sur l'aspect policier que sur le comique de situation, c'est sur ce point qu'il diffère des deux autres. Au final, le dernier volet d'une saga initiée par Claude Zidi dix-neuf ans auparavant n'est finalement pas le mauvais film qu'il semblait être à sa sortie...

samedi 28 juillet 2018

Les Saisons du Plaisir de Jean-Pierre Mocky (1988)



Emmanuelle et Charles ont cent ans chacun et sont bien décidés à profiter de la vie. C'est pourquoi ils ont choisi de partir en voyage de noces. La question qui se pose est de savoir qui va prendre en main la Parfumerie Vanbert en leur absence. Charles qui en a assez décide de profiter du séminaire annuel réunissant les cadres de l'entreprise pour élire celui qui prendra la tête de l'entreprise familiale.

Jacques, Gus, Paul, Bernard et Daniel sont les principaux cadre de la Parfumerie Vanbert et espèrent tous devenir le nouveau patron. Il fait beau au château des Vanbert. Le soleil brille, c'est l'été et les désirs charnels explosent de mille envies. Adolescents et adultes se laissent aller à des ébats tandis que d'autres complotent pour obtenir les grâces du patriarche lorsque celui-ci prendra la décision de nommer son héritier à la tête de la parfumerie.

Mais alors que chacun vaque à ses occupations, Jacqueline, la fille des Vanbert disparaît dans la garrigue. Lancés à sa recherche, un groupe d'hommes et de femmes fouilles les lieux. Contre toute attente, c'est Thierry et son épouse Sophie qui retrouvent Jacqueline et lui évitent de faire une bêtise. Afin de remercier ceux qui ont sauvé leur fille, Emmanuelle et Charles demandent à les voir. Ailleurs, le danger guette. En effet, on signale une fuite de gaz radioactif dans la centrale nucléaire d'à coté...

Datant de 1988, Les Saisons du Plaisirs est surtout connu en raison de son affiche des plus équivoque, plus que de ses qualités en terme d’œuvre cinématographique. Tourner, c'est toute sa vie, à Jean-Pierre Mocky. Troisième film à sortir cette année là après le corrosif Miraculé et Agent Trouble, Les Saisons du Plaisirs fait figure de film léger. On s'y fourvoie à volonté avec ses partenaires, hommes et femmes, homme et homme, femme et femme, Jean-Pierre Mocky n'a pas de tabous.

Le casting est exceptionnel : Stephane Audran, Jean-Pierre Bacri, Roland Blanche, Jean-Luc Bideau, Darry Cowl, Rochard Bohringer, Eva Darlan, Jean Poiret, Fanny Cottençon, Sylvie Joly, Bernadette Lafont, Jacqueline Maillan, Bernard Menez, et même la toute jeune Judith Godrèche tournent en orbite autour des « anciens » Charles Vanel et Denise Grey. 
 

Le pouvoir, l'argent et le sexe sont les vices qui touchent tous les personnages du cinéaste. Son film fait parfois penser à la comédie satirique de Denys Granier-Deferre Que les gros salaires lèvent le doigt, sortie six ans plus tôt. Les Saisons du Plaisirs se laisse regarder, sans plus. C'est bien du Mocky : une idée de départ intéressante mais mal négociée par la suite. Heureusement, l'interprétation est quand à elle assez juste...


jeudi 27 juillet 2017

Les Oreilles entre les Dents de Patrick Schulmann (1987) - ★★★★★★★☆☆☆


Mort à l'âge de cinquante-trois ans seulement, le cinéaste français Patrick Schulmann n'aura eu le temps que de réaliser neuf longs-métrages, souvent atypiques. Du plus connu d'entre eux (Et la tendresse ? Bordel ! et sa suite Zig Zag Story) au dernier, réalisé en 1998, Comme une Bête, en passant par l'excellent P.RO.F.S et Les Oreilles entre les Dents. Ce dernier, Patrick Schulmann le tourne en 1987. Il y mélange comédie et policier et retrouve certains interprètes de ses œuvres passées, offrant à certains d'étranges pseudonymes. Jean-Luc Bideau y est Jean-Paul Blido, un criminologue enquêtant sur une série de crimes dont les victimes sont toutes retrouvée mortes les oreilles entre les dents. Fabrice Luchini est sourd (mais pas muet) et se nomme Luc Fabri. A leurs côtés, on retrouve Philippe Khorsand en mythomane épris de reconnaissance commettant un crime en tout point similaire aux autres afin d'être arrêté et rendu célèbre dans les médias. Laurent Gamelon (le professeur de sport dans P.RO.F.S) est un journaliste qui auprès de la jolie Léa Stagnari (Jeanne Marine) mène sa propre enquête afin de confondre le coupable du premier meurtre. Du premier seulement puisque on le découvre très vite, les meurtres suivant vont être commis par des tueurs différents. L'une des victimes, un inspecteur des impôts est tué par un couple dont il avait la charge de vérifier les comptes. Une autre meurt accidentellement alors qu'elle fuit deux agents d'entretien de la municipalité qui pour ne pas être inquiétés, transforment l'accident en meurtre perpétré par celui dont tout le monde parle en ville. D'autres crimes sont commis en ville sans que personne ne parvienne à mettre un nom sur le coupable.

Ou plutôt DES noms puisque l'originalité de ces Oreilles entre les Dents demeure dans le fait qu'il n'existe non pas un meurtrier mais plusieurs. Le coupable que recherchent Max le journaliste et Léa n'est en fait l'auteur que d'un seul meurtre, les autres étant l’ouvre d'opportunistes se servant du prétexte selon lequel il y aurait un tueur en série qui sévit pour se débarrasser d'individus gênants. D'où de nombreux quiproquos et d'innombrables situations ubuesques dont seul Patrick Schulmann avait le secret. Le film concentre alors sont intérêt autour du personnage interprété par Jean-Luc Bideau. Si le métier de profiler semble officiellement exister depuis les années quarante, à l'époque de la sortie de Les Oreilles entre les Dents le terme n'avait jamais été évoqué dans le cinéma français alors même que dès la décennie précédente, le métier de ces enquêteurs s'enfonçant dans la psyché des grands tueurs en série avait été admirablement évoqué dans le glacial Manhunter de Michael Mann. Mais ici, rien de bien sérieux. Aidé de deux enquêteurs criminologues, Jean-Paul Blido tente de dresser un portrait (à géométrie variable) de celui qui terrorise la population et fait parler de lui dans les différents médias. Et comme chaque meurtre est perpétré par un individu différent, forcément, le portrait change également. Ce qui nous vaut des scènes totalement burlesques et une identification du tueur parfois surréaliste.


Les Oreilles entre les Dents est une excellente parodie de film noir que l'on rapprochera sensiblement du Téléphone sonne toujours deux Fois avec Les Inconnus. Un long-métrage sortant des sentiers battus, à l'humour parfois très noir et aux dialogues incisifs. Une œuvre qui ne dépareille absolument pas dans la filmographie d'un cinéaste qui a su créer un univers qui lui était personnel. Un auteur à part entière, grand cinéphile de son vivant, et dont on ne cesse de regretter la disparition...

mardi 28 mars 2017

Rendez-Moi Ma Peau de Patrick Schulmann (1980) - ★★★★★★★☆☆☆



Depuis 2013, je l'attends avec ferveur, cette suite tant attendue du P.R.O.F.S du cinéaste français Patrick Schulmann. Avec ferveur mais également avec inquiétude. Car l''auteur de cette œuvre aussi culte mais beaucoup moins ringarde que Les Sous-Doués Passent le Bac ne sera pas celui qui offrira aux fans du premier cette séquelle tant espérée. Car Patrick Schulmann est mort en 2002, à l'âge de cinquante-trois ans. Et d'ailleurs, si Les Profs réalisé par Pierre-François Martin-Laval en 2013 n’apparaît pas totalement comme une suite officielle au film interprété par Patrick Bruel, Fabrice Luchini, Laurent Gamelon et Christophe Bourseiller, il est clair qu'il a servi de source d'inspiration. Un hommage « navrant » à l'esprit de liberté qui soufflait sur l’œuvre originelle. Mais Patrick Schulmann n'a pas été l'auteur unique de ce seul long-métrage mais a signé quelques fameuses pellicules, telles Et La Tendresse ! Bordel ! Et sa suite Zig Zag Story.
Beaucoup moins connu mais tout aussi étonnant, Rendez-Moi Ma Peau est d'une confondante absurdité. De celles qui intriguent et cultivent l'intérêt. Il fallait forcément s'appeler Patrick Schulmann pour oser proposer tel challenge à ses interprètes. Bee Michelin et Erik Colin interprètent respectivement les personnages de Marie et Jean-Pierre. Deux individus qui ne se connaissent pas, ne se sont jamais rencontrés, du moins jusqu'à ce jour fatidique où ils vont, chacun à bord de sa voiture, provoquer un très léger accident de la route et croiser celle de Zora (l'actrice Chantal Neuwirth), sorcière qui étant aujourd'hui de très mauvaise humeur va leur jeter un sort : désormais, Marie vit dans le corps de Jean-Pierre, et vice-versa. Ils n'ont pas le temps de réaliser que Zora est déjà partie laissant ses deux victimes à la croisée des chemins. Ils vont se lancer dans une course-poursuite afin de retrouver la sorcière qui elle-même tente de mettre la main sur Krishmoon, grand maître dans l'art de la magie. Et pour cela, ils vont faire appel au détective Hector Shoms ainsi qu'à son assistant...

Raconter par le menu détail le déroulement de l'intrigue de Rendez-Moi Ma Peau est quasiment impossible. Il s'y déroule en effet tellement d'événements incongrus que l'expérience ne peut que se résumer dans les grandes lignes. Patrick Schulmann est d'une imagination débordante lorsqu'il s'agit de mettre en scène ses interprètes dans des situations aussi rocambolesques que les deux victimes de la sorcière face à leur conjoints respectifs. Si d'un point de vue humoristique il apparaît que le film connaît des baisses de régimes fulgurante à certains moments, il arrive cependant que l'on rigole sans retenu à diverses occasions. Pour des raisons parfois futiles. Mais l'essentiel est là. On passe un très agréable moment en compagnie d'un casting qui fait impeccablement son devoir. On y retrouve les acteurs
Jean-Luc Bideau, Jean Rougerie, et le toujours irrésistible Michel Peyrelon lors d'une scène très amusante.
Rendez-Moi Ma Peau est également l'occasion pour son auteur de développer les rapports que pourraient avoir des individus mis face à cette étrange aventure. Des couples reformés et dont les rapports vont se révéler bien différents les uns des autres selon qu'il s'agisse de Marie ou de Jean-Pierre. La conscience prenant forcément le pas sur l'apparence, Marie, dans le corps de Jean-Pierre, va bien évidemment choisir de retrouver son époux, Marc, qui évitera toute forme d'attouchement devant l'apparence masculine de son épouse. Tandis qu'à contrario, Jean-Pierre, retournant voir sa compagne Lucy, cette dernière va éduquer son époux, sous apparence masculine, à sa sexualité féminine. Totalement atypique mais bien dans la continuité de l'oeuvre de son auteur, Rendez-Moi Ma Peau est une bonne surprise...

mercredi 16 juillet 2014

La Traque de Serge Leroy (1975)




Un train de nuit s'arrête dans un petit village de Normandie. En descend Helen Wells, une jeune et jolie anglaise qui part s'installer pour quelques jours à la Guettière, une jolie ferme perdue en pleine campagne. Alors qu'elle vient prendre possession des clés à l'auberge du village, elle est accostée par Philippe Mansart, un homme adultère qui vient de quitter la chambre dans laquelle il a l'habitude de retrouver sa maîtresse, Françoise Sutter. Le mari de cette dernière est au courant de la relation qu'entretiennent son épouse et son amant. Mansart est marié et compte bien profiter de l'immense fortune de son beau-père. Lorsqu'il croise à l'accueil de l'auberge la jeune anglaise, il lui propose de l'accompagner jusqu'à la Guettière. La jeune femme accepte et monte dans la voiture de Mansart qui, très vite, est rattrapé par deux hommes, les frères Danville, qui s'amusent à percuter la voiture de l'homme à l'aide de leur véhicule. Suivis par les frangins, Mansart et Helen s'arrêtent aux abords de la ferme. Paul et Albert Danville descendent de leur véhicule et approchent la jeune anglaise. Séduits, les deux hommes éméchés ont un comportement douteux. Attirés par la beauté de la jeune femme, ils la laissent cependant se rendre en toute liberté jusqu'à la Guettière.

Le lendemain, les trois hommes se retrouvent en pleine forêt, rejoints par David Sutter, l'époux de Françoise, le capitaine Nimier, Rollin, Chamond et Maurois. La bande a visiblement déjà bu beaucoup d'alcool. Armés de fusils, les homme parient sur celui qui récoltera le plus de trophées. Un lapin, puis un sanglier. C'est pour l'instant tout ce que le groupe a récolté. Helen Wells se promène aux alentours de la ferme où elle loge lorsqu'elle tombe sur les ruines d'une vieille chapelle. Alors qu'elle scrute une petite sculpture représentant la vierge, elle entend un chien aboyer et s'approcher d'elle. Très vite rattrapé par ses maîtres, Paul et Albert Mansart. Les deux hommes s'étonnent de la présence de la jeune femme et, alors que cette dernière tente de quitter les lieux, c'est le dérapage. Les frères lui sautent dessus et tandis qu'Albert la retient prisonnière entre ses bras, Paul, lui, la viole...

La Traque de Serge Leroy est l'une des rares excursions dans les domaines du Survival et du Rape (but not) Revenge. L’œuvre plonge une jeune étrangère (Mimsy Farmer) au cœur d'une forêt austère, dans un pays qui lui est presque étranger. Victime de la bêtise et de l'inconscience d'une bande de chasseurs alcoolisés elle va connaître les pires heures de son existence. D'abord violée, puis pourchassée, elle aura entre-temps eut le temps de tirer sur son agresseur.

Le portrait qui est fait des bourgeois de ce petit village insignifiant de Normandie est pathétique. Au premier abord, la confiance vient des quelques rares personnages que croise sur sa route la jeune anglaise. Mansart (Jean-Luc Bideau), Rollin (Paul Crauchet), David Sutter (Michael Lonsdale), Nimier (Michel Constantin) et Chamond (Michel Robin) sont à priori des hommes responsables. Seul Albert et Paul Danville (Jean-Pierre Marielle et Philippe Léotard) arborent des visages de paysans inquiétants, bourrus et déséquilibrés.

On pense fatalement à une issue positive. Mais c'est sans compter sur les petits secrets qu'entourent certains d'entre eux et desquels naissent une profonde lâcheté et une collaboration forcée. La Traque a parfois des allures de téléfilm. L'interprétation est parfois délicate. Il arrive parfois d'être touchés par les événements, surtout si l'on compare la solitude qui entoure la jeune et très frêle jeune femme avec la rudesse de ces chasseurs qui donnera une image définitivement négative à ceux qui ne les portent déjà pas dans leur cœur.

La Traque est donc une expérience appréciable pour plusieurs raisons. C'est d'abord l'une des rares excursions dans un genre qui généralement se fourvoie avec les domaines de l'horreur et de l'épouvante (à noter qu'un autre film, Canicule de Yves Boisset, parvient également à rendre hommage avec brio à ce type de films). Ensuite, il est estimable de constater à quel point l’œuvre s'imprègne d'un pessimisme extrême. Pas de happy end ni de jugement moral. On ne justifie aucun acte. On n'en condamne aucun non plus, chacun y percevant un intérêt personnel au risque de remettre en question ses propres valeurs. Une belle réussite...
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...