Bienvenue sur Cinémart. Ici, vous trouverez des articles consacrés au cinéma et rien qu'au cinéma. Il y en a pour tous les goûts. N'hésitez pas à faire des remarques positives ou non car je cherche sans cesse à améliorer le blog pour votre confort visuel. A bientôt...

Labels


Affichage des articles dont le libellé est Jean-François Derec. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Jean-François Derec. Afficher tous les articles

mercredi 22 juillet 2026

Bête mais discipliné de Claude Zidi (1979) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Je dois dire que je m'attendais à tout sauf à ça ! Avec son titre qui fleure bon la comédie franchouillarde réalisée par un cinéaste capable du meilleur (Les ripoux, L'aile ou la cuisse, Association de malfaiteurs, La totale !, Profil bas) comme du pire (Les bidasses en folie, Les bidasses s'en vont en guerre, Ripoux 3), Bête mais discipliné mérite mieux que la cascade de critiques négatives qu'il se prend en pleine tronche depuis sa sortie en salle en 1979. Comme à son habitude, Claude Zidi signe une comédie survoltée, plus proche du nanar que des classiques du genre que son principal concurrent Gérard Oury réalisait à la même époque. Et pourtant, Bête mais discipliné dissipe un parfum de générosité qui n'appartient justement qu'à cette catégorie de films sans prétentions. Probablement écrit sur un coin de table un soir de beuverie en compagnie du scénariste Michel Fabre, le dixième long-métrage du réalisateur français enchaîne les séquences improbables dans un gloubiboulga qui convoque autant la comédie que l'espionnage ou la science-fiction. Démarrant comme une piètre comédie façon ''bidasses'' présentant un Jacques Villeret/Jacques Cardot en souffre-douleur de trois camarades de chambrée incarnés par Gérard Lanvin, Daniel Auteuil et le moins connu Pascal Benezech, le film vire au grand fourre-tout lorsque à défaut de pouvoir assurer la soirée qu'il a prévu de passer avec la charmante Sylvie Collin (Kelvine Dumour), notre héros, plus timide et maladroit que véritablement bête, est contraint par l'intransigeant agent secret de l'armée française Stévenin (Michel Aumont) de conduire une ambulance à l'arrière de laquelle se trouvent un scientifique (Dimitri Rafalsky dans le rôle du professeur Pavlov) et une mallette renfermant un gaz de son invention aux priorités étonnantes. En effet, celui-ci étant capable d’annihiler toute volonté humaine, il intéresse de très près les autorités qui décident alors de secrètement le transporter à bord de la dite ambulance. Ne l'entendant pas de cette oreille là, Jacques se débrouille pour endormir Stévenin et le professeur Pavlov lors du trajet afin de faire demi-tour et rejoindre sa bien-aimée. Mais à son arrivée, l'amoureux transit découvre que la jeune femme à prévu de passer la soirée avec un autre homme, le champion de tennis Patrice Cochy...


Un personnage incarné par Michel Robbe que les plus anciens connaissent bien puisqu'il fut surtout l'animateur de La roue de la fortune entre janvier et septembre 1987 sur TF1 avant de présenter les émissions La porte magique, En route pour l'aventure ainsi que Mémorama sur feu La Cinq... Une bonne grosse partie se déroule alors à l'hôtel des Thermes où bosse justement Sylvie et où Stévenin va louer une chambre afin d'espionner un couple de personnes âgées qui selon Jacques aurait dérobé la mallette renfermant le précieux gaz ! Commence alors une aventure pleine de péripéties aussi burlesques qu'invraisemblables, Michel Aumont passant le plus clair de son temps à naviguer entre les différents étages à travers les conduits d'aération de l'hôtel. Jacques faisant ensuite connaissance avec le joueur de tennis Patrice Cochy. Lequel reçoit la visite impromptue de sa sœur Ingrid qu'interprète la géniale et exubérante Catherine Lachens. Et le trio rejoignant enfin la charmante Sylvie pour un dîner pittoresque ! Bête mais discipliné part vraiment dans tous les sens et ce, pour le bonheur des amateurs de nanars à la française. Moins ''conne'' qu'elle n'en a l'air, l'écriture du film semble en outre avoir été mûrement réfléchie et s'impose non pas comme une vulgaire franchouillardise à la manière d'un Philippe Clair mais plutôt comme une somme d'idées compilées de manière il est vrai un peu farfelue. Cette fantaisie signée de Claude Zidi, pour le coup, mériterait presque le statut de comédie culte. D'autant plus que bien avant d'avoir signé un remake musclé de La totale ! avec True Lies, le cinéaste américain James Cameron semblait s'être déjà inspiré du cinéma de Claude Zidi pour Terminator. En effet, tandis que tout s'emballe, débarque l'acteur René Van De Val qui cinq ans avant Arnold Schwarzenegger s'affiche à l'écran avec une main en métal et un globe oculaire électronique de couleur rouge ! Bref, voilà une sympathique comédie française de la fin des années soixante-dix, pas piquée des hannetons et qui restera finalement comme l'une des plus délirantes de son époque...

 

lundi 27 janvier 2025

Les chiens d'Alain Jessua (1979) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

S'il est sans doute moins frontal que Tir groupé de Jean-Claude Missiaen ou que la série des Death Wish initiée et poursuivie par Michael Winner aux États-Unis puisque dans un cas comme dans l'autre l'auto-défense y était clairement revendiquée, Les chiens d'Alain Jessua aborde le sujet sous un angle différent, certes, mais en totale opposition avec certaines idéologies dont les stigmates persistent encore de nos jours. Drôle de bonhomme d'ailleurs que ce réalisateur, scénariste, producteur et écrivain français dont la carrière fut hétéroclite et jalonnée d’œuvres aussi diverses que Jeu de massacre en 1967, Traitement de choc en 1973, Armaguedon en 1977, Paradis pour tous en 1982 (dans lequel l'acteur Patrick Dewaere se vit offrir son tout dernier rôle avant sa tragique disparition) ou encore la comédie fantastique culte, parodique et nanardesque Frankenstein 90 en 1984. Les chiens, lui, se situe au mitant d'une filmographie intelligente et réfléchie dont il demeure encore à ce jour d'une affolante lucidité. Plus de quarante-cinq ans en arrière, le réalisateur et son scénariste André Ruellan envisageaient la possibilité de se défendre soit-meme dans un contexte social difficile dans lequel les politiques et les autorités se montrent aussi inefficaces qu'inactives. De quoi donner de l'eau au moulin de Morel, un dresseur de chiens incarné par un Gérard Depardieu qui à cette occasion n'est pas tout à fait la vedette du long-métrage puisque Alain Jessua a en effet offert le rôle principal à Victor Lanoux qui au sortir de la comédie de Gérard Oury La caparate qu'il interpréta l'année précédente aux côtés de Pierre Richard allait donc radicalement changer de registre avec ce Vigilante à la française dans lequel les habitants d'un quartier choisissent de se défendre eux-mêmes des agresseurs qui sévissent aux alentours puisque la police et le maire en place semblent incapables d'agir. Situant son action dans le quartier de l'Arche-Guédon à Torcy, Les chiens décrit tout d'abord à travers son générique cette même froideur, cette même anxiété de ces ensembles immobiliers qui surgissent de terre comme le fera sans doute de manière encore plus exemplaire Bertrand Blier la même année avec son chef-d’œuvre Buffet froid qui lui, prendra place sur le parvis de l’Hôtel de ville Créteil. Une œuvre qui elle-même mettait en scène l'acteur Gérard Depardieu dans une position nettement moins confortable que celle qu'il tient dans le film d'Alain Jessua. Face à lui, l'immense interprète français côtoie Victor Lanoux en médecin généraliste. Le docteur Henri Ferret qui vit lui-même dans la cité où vont se dérouler les événements du récit.

 

 

L'homme constate que beaucoup de ses patients viennent le consulter après avoir été mordus par des chiens. Ceux-là mêmes dont les propriétaires se sont munis afin de se protéger des petites frappes qui chaque nuit viennent les provoquer. Aux côtés des deux acteurs l'on retrouve la charmante Nicole Calfan qui longtemps avant de devenir l'un des personnages récurrents de la franchise La vérité si je mens va tenir ici le rôle d’Élisabeth, une jeune femme victime de viol qui très rapidement va se ranger du côté des habitants qui ont choisi de se défendre eux-mêmes avant de changer d'opinion face aux drames répétés qui vont être causés par les chiens du quartier. Surtout, la jeune femme et le docteur Henri Ferret débuteront ensemble une relation amoureuse. Il est sans doute un peu osé de parler de prophétisme lorsque l'on évoque le sujet du long-métrage d'Alain Jessua, toujours est-il que depuis, rien n'a vraiment changé. Et alors que de nos jours certains évoquent la possibilité de prendre les armes et de se défendre eux-mêmes face à ''l'indisponibilité''de l'état ou des autorités policières lorsqu'il s'agit de remettre de l'ordre dans les quartiers sensibles, la racaille d'aujourd'hui n'a pas grande différence avec ceux que près d'un siècle en arrière étaient nommés sous les sobriquets de ''Blousons noirs'' et de ''Loubards''. Alain Jessua développe une certaine fascination pour les animaux de compagnie qui évoluent tout au long du récit. Et si Les chiens vire au thriller lorsque est évoqué l'étrange ''accident'' ayant causé la mort du maire, lequel semblait ne plus être en odeur de sainteté vis à vis de son ancien ami Morel, le réalisateur sème le trouble, voire le doute, quant à la relation qu'entretiennent les bêtes et leurs propriétaires. Comme le prouve d'ailleurs cette hallucinante séquence de dressage lors de laquelle, Élisabeth semble véritablement jouir lorsque sa chienne Léa s'attaque au dresseur lors de son entraînement. Les spectateurs noteront en outre la présence Fanny Ardant dans le rôle de l'assistante médicale du docteur Ferret ou celle de Jean-François Derec dans celui d'un jeune voyou ; Bref, Les chiens est un long-métrage assez curieux, dont la mise en scène finalement peu divertissante semble le destiner à prévenir du danger de se faire justice soit-même. Une œuvre glaçante, anxiogène et qui comme très souvent chez le réalisateur traîne ses personnages dans un contexte social maladif...

 

dimanche 13 juin 2021

Les truffes de Bernard Nauer (1995) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆

 


 

C'est pour Reno, juste pour Reno et rien que pour Reno, parce que le titre, lui, évoque d'emblée ces mauvaises comédies françaises qui pullulaient déjà à l'époque. Ces longs-métrages qui réunissaient toutes celles et ceux qui allaient plus tard représenter le paysage cinématographique français. Mais bon, là, on est un cran en dessous de tout. Les truffes est le second et dernier long-métrage de Bernard Nauer, lequel aura réalisé avant cela, l'adaptation de l'excellente pièce de théâtre Nuit d'ivresse en la transformant en une œuvre passablement vulgaire bien que très regardable. Si la truffe est un champignon généralement très prisé, le mot possède ici un sens tout autre puisqu'il évoque la stupidité de ses deux principaux personnages qu'interprètent donc Jean Reno et Christian Charmetant. Le premier incarne un boxeur raté et le second, un escroc à la petite semaine. Un duo qui va traverser le pays à bord d'une voiture pour un road movie des plus lénifiant. C'est pas qu'on s'emmerde devant Les truffes, c'est juste que le film est mal écrit et réalisé avec un minimum de moyens. Écrit par le réalisateur lui-même, le scénario est également l’œuvre de Philippe de Chauveron qui depuis a fait ses preuves en tant que réalisateur puisqu'il a notamment réalisé L'Élève Ducobu en 2011, Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ? en 2016 (ainsi que ses suites en 2019 et 2021) ou A bras ouverts en 2017. On aurait sans doute préféré que ce dernier soit aux commandes de ces Truffes relativement avariées même si de son côté, Philippe de Chauveron débuta sa carrière à un niveau d'exigence à peu près équivalent à celui de Bernard Nauer avec Les parasites, en 1999...


Jean Reno et Christian Charmetant s'entendent pour cabotiner à outrance. Ils en font des tonnes, surtout le premier dont le futur charisme et le timbre de voix ténébreux sont ici encore aux abonnés absents. C'est franchouillard, écrit à la truelle, les dialogues sont à peine réfléchis, au point que l'on se demande si les interprètes n'ont pas eux-même eu carte blanche pour débiter leurs âneries devant la caméra. La petite touche de féminité apportée par l'actrice Isabelle Candelier ne tempère malheureusement pas le niveau médiocre du film et de sa mise en scène. On est bien loin du Jean Reno que l'on connaîtra plus tard. Quant à Christian Charmetant, pour lui, rien de changé. Le réalisateur lui offre un costume qu'il a l'habitude de porter donc rien de bien navrant pour celles et ceux qui le connaissent déjà et l'apprécient. Les truffes est parcouru de quelques sympathiques présences qui ne font malheureusement que passer. On pense notamment à l'humoriste Jean-François Derec dans le rôle de Monsieur Polk, le voisin ravi de voir Patrick/Jean Reno débarrasser le plancher, à Didier Bénureau, sympathique samaritain lâchement abandonné sur la route par Nathaniel/Christian Charmetant ou encore Marc Dudicourt dans le rôle du coach ici, très caricatural au point d'en être éminemment vulgaire. À noter le passage éclair de l'ancienne actrice pornographique Julia Channel qui sous son véritable nom Julia Sow interprète l'amante de Jean Reno au tout début du film (l'occasion de la voir passer la poitrine (siliconée) à l'air). Ou celui de Jean-Paul Roussillon qui se voit offrir le rôle du vigneron que le réalisateur avait prévu d'offrir à l'origine à l'acteur Jean Carmet avant que celui-ci ne meurt quelques temps avant le début du tournage. Au final, Les Truffes est une œuvre à oublier très rapidement. Le fond du panier de la comédie française...

 

mercredi 12 décembre 2018

Une Sale Affaire d'Alain Bonnot (1981) - ★★★★★★★☆☆☆



Sur fond de corruption et de trafic de drogue, le réalisateur et scénariste français Alain Bonnot, second réalisateur sur Mourir d'Aimer d'André Cayatte et Lady Oscar de Jacques Demy réalisait en 1981 l'un de ses deux seuls longs-métrage en tant que cinéaste, trois ans avant Liste Noire avec Annie Girardot. Une Sale Affaire met en scène Victor Lanoux et Marlène Jobert dans un récit policier particulièrement noir tournant autour d'un important trafic de drogue mêlant certains élus. Victor Lanoux incarne le commissaire Novak chargé de le démanteler tandis que Marlène Jobert interprète Hélène, proche collaboratrice d'un maire connu des autorités pour être l'un des hommes impliqués dans un trafic de cocaïne. Le film d'Alain Bonnot est une excellente surprise. Un très bon polar incarné par un duo savoureux. Entre le flic près à tout pour obtenir ce qu'il veut et une secrétaire préférant demeurer fidèle à sa morale plutôt qu'à son intégrité professionnelle (Hélène choisira de trahir son patron en lui dérobant un dossier fort compromettant). Un choix qui aura des conséquences terribles sur elle et son entourage. Mère d'une petite fille, trompée par son époux et sœur de Julia (compagne d'un héroïnomane) qui trouvera la mort à la suite d'un malentendu, on ne peut pas dire qu'Alain Bonnot ait choisi de faire les choses à moitié.
Bien que Une Sale Affaire démarre de manière tout à fait classique, le récit s'enfonce peu à peu dans une certaine noirceur. Sans doute pas aussi profonde que celle du nihiliste Série Noire d'Alain Corneau, mais tout de même. On aura rarement vu cas aussi concret.

Bien ancré dans son époque, Une Sale Affaire est un polar à l'ancienne avec son cortège de seconds rôles. On y croise en effet les acteurs Patrick Bouchitey, Etienne Chicot, Jean-François Dérec, ainsi que la future star de Greystoke, la Légende de Tarzan que l'acteur Christophe Lambert tournera trois ans plus tard. Quant à Julia, la sœur d'Hélène et Bernard, son époux adultère, ils sont respectivement interprétés par Agnès Château et Bernard Crommbe.

Difficile de rester insensible au charme envoûtant de Marlène Jobert. Et même si au sens propre, l'actrice ne se met pas à nu, le personnage qu'elle incarne est relativement touchant. Fragile face aux responsabilités que lui met entre les mains ce flic un brin débonnaire, foncièrement sympathique mais intransigeant lorsqu'il s'agit d'arriver à ses fins. Les deux personnages, admirablement incarnés par les deux interprètes nouent une relation assez particulière. Sans jamais les montrer ouvertement attachés l'un à l'autre, le charme opère cependant entre ces deux individus qui n'ont pas grand chose en commun si ce n'est leur rapport à la drogue (le premier mène une croisade contre les trafiquants tandis que le beau-frère de la seconde est accro à l'héroïne). Peu à peu le film prend des teintes beaucoup plus sombres qu'au départ. Ce qui n'aurait pu être qu'un petit film policier sans prétention se transforme en polar aussi noir que la nuit qui entoure Hélène et Novak lors d'un final pas vraiment optimiste.

Une Sale Affaire est donc une très bonne surprise. Marlène Jobert y est aussi fragile qu'émouvante. Tout comme Victor Lanoux qui incarne un flic divorcé, attachant, le cinéaste laissant planer le mystère en ne révélant pratiquement rien de sa vie privée. Le long-métrage d'Alain Bonnot est de ces œuvres qui laissent un sentiment emprunt de morosité. Une conclusion en demi-teinte qui ne choisit aucun parti entre happy et bad end. Une histoire simple, sans fioritures inutiles... Une belle réussite de la part d'un cinéaste qui malheureusement ne refera parler de lui au poste de réalisateur qu'à une seule autre occasion...

samedi 17 novembre 2018

T'aime de Patrick Sébastien (1999) - ★★★★★★★☆☆☆



Le voici donc, l'unique long-métrage de l'animateur, humoriste, chanteur et imitateur Patrick Sébastien sur lequel tant d'internautes, de spectateurs et de critique ont déversé leur bile. Sans doute, parmi eux, l'on en trouve qui ne l'ont même pas vu, prenant surtout plaisir à gerber sur l’œuvre de Patrick Sébastien avec un minimum de pudeur mais avec un luxe de cruauté. Cela faisait des années que je rêvais de le revoir. Oui, vous avez bien lu : RE-voir.... Lorsque l'on regarde pour la seconde fois un long-métrage, même bien des années après la première projection, ça veut forcément dire quelque chose. Que l'objet en question n'est pas si mauvais que certains le prétendent. De toute manière, qu'on le considère réussi ou bien mauvais, T'Aime subit les mêmes foudres que n'importe quel film ayant été réalisé depuis les débuts du cinéma. Ou plutôt, depuis que les critiques existent. Mais avec un regain de haine qu'il demeure toujours aussi peu évident à s'expliquer. A moins qu'il ne s'agisse de ce même ressentiment qui anime certains hommes et certaines femmes qui ont décidé depuis maintenant plus de trente ans de faire de Patrick Sébastien leur souffre-douleur.

T'Aime mérite-t-il de se prendre autant d'insultes qu'il existe de mots pour les exprimer? Certainement pas, non. Et son auteur, encore moins. La démarche étant sans doute la même que celle qui fut la sienne lorsqu'il intervint onze ans plus tard sur le plateau de On n'est pas Couché, l'émission de Laurent Ruquier, en prononçant cette phrase : « Ça fait dix minutes que vous parlez et vous n'avez pas dit une seule fois le mot 'amour' », Patrick Sébastien n'a sans doute pas gagné des voix du côté de ses détracteurs. Mais dans quel monde tu vis Patrick ? Les valeurs que tu prônes, si belles et naïves soient-elles, ne sont pas une monnaie d'échange valide dans cette cage dorée que sont les médias. Conserve ton opinion pour toi seul même si certains la partagent, et tu vivras mieux.
Maintenant que cela fait dix-neuf ans qu'on a injustement massacré son œuvre, Patrick Sébastien ne se cache désormais plus derrière la caméra. Tout juste ose-t-il, pour le plus grand plaisir de ses admirateurs, se montrer dans quelques longs-métrages au demeurant forts réussis (Monsieur Max et la Rumeur, L'Affaire de Maître Lefort, Une chance sur Six, tous les trois réalisés par Jacques Malaterre). Quant à sa carrière de réalisateur, elle semble définitivement compromise. C'est dommage, d'autant plus qu'en matière de scénarii, Patrick Sébastien a également fait ses preuves.

Mais revenons sur l'objet du délit qui contrairement à ce que certains incultes ont osé affirmer, ne mérite pas le même sort que les affligeants Le Jour et la Nuit de Bernard Henri Levy, Brillantissime de Michèle Laroque (la pauvre) ou Mme Mills, une Voisine si Parfaite de Sophie Marceau qui, pour le coup sont d'horribles gâchis. D'ailleurs, aux propos que certains ont tenus, nous pourrions les contraindre de changer d'avis s'ils avaient seulement vu le dixième des navets que les vrais cinéphages que nous sommes ont sans doute visionné durant l'exercice de leur passion. T'Aime est donc le seul et unique long-métrage réalisé par Patrick Sébastien. Dans l'hexagone, le film est un bide lors de sa sortie fin avril 2000. Après un tournage de deux mois entre septembre et octobre 1999, le film n'attire finalement qu'un peu plus de 28 300 spectateur. Ce qui, au prix d'une place de ciné ne rembourse par le budget initial de 20 000 000 de francs (3 140 000 euros). Unanimes, les critiques s'empressent de juger T'Aime de naïf, mièvre, grotesque, simpliste, infantile, stéréotypé, ou encore, pathétique. Des termes qui forcément, n'ont pas motivé les foules à se déplacer dans les salles et qui alors préférèrent sans doute rester devant leur petit poste de télévision à regarder cette semaine là l'émission de Julie Snyder (qui ça?), Vendredi, c'est Julie.

L’œuvre de Patrick Sébastien nous conte l'histoire d'un simple d'esprit prénommé Zef qui un jour viole la jeune Marie. Incapable de différencier le bien du mal, le jeune homme de vingt ans est enfermé dans un institut psychiatrique où il reste prostré et mutique. Le docteur Hugues, en charge de guérir Marie du traumatisme qu'elle a subit, tente une méthode innovante en confrontant alors la victime à son « innocent » bourreau... Jusqu'ici tout va bien. L'idée développée par Patrick Sébastien est plutôt encourageante. Mais alors... qu'est-ce qui a bien pu pousser la critique et le public à rejeter T'Aime en masse ? Naïf, son film l'est indéniablement. Mais parce que le film est ainsi fait que si l'existence n'était pas aussi abrupte, et si elle n'était que naïveté, ce mot n'existerait même pas. Patrick Sébastien, l'homme de télévision que l'on jugeait de vulgaire fut un temps, n'aurait-il pas le droit d'exprimer simplement ses sentiments à travers une œuvre qui au delà d'une certaine puérilité se révèle être en réalité un message d'espoir et d'amour ? Un peu vain, certes, mais j'en suis certain, profondément sincère. Tout comme ce personnage qu'il incarne. Un poète, idéaliste et optimiste qui, comme le souligne le titre du film qui n'est pas que le seul hommage rendu au personnage de Zef, prône l'amour comme unique traitement capable de sortir le jeune homme et la délicieuse Marie de leur torpeur. Dommage que derrière l'écriture et la mise en scène de Patrick Sébastien certains n'aient rien vu d'autre que de la vacuité. Jean-François Balmer, Annie Girardot, Michel Duchaussoy, Miriam Boyer, Jean-François Derec, ou bien deux des principaux interprètes, Samuel Dupuy et Marie Denarnaud ont fait confiance à Patrick Sébastien et lui ont confié leur talent. Alors pourquoi pas nous ? Pourquoi ne pas se laisser glisser, se laisser happer par une histoire toute simple, mais belle et généreuse ? Signé par un autre, T'Aime aurait sans doute connu un sort plus enviable. En réalité, le film est loin d'être cette chose que les critiques d'un jour s'amusèrent à noter ironiquement de plusieurs étoiles avant de se foutre de sa gueule. Pourtant, il serait indécent de n'y voir que des bons côtés. Indécent, et passionné (partial?). Car oui, T'Aime est miné par quelques défauts qui forcent la comparaison avec tout ce qu'on a pu dire sur lui. Esthétiquement, l’œuvre de Patrick Sébastien a suivit la mauvaise voie en choisissant de le projeter sur grand écran alors qu'il aurait dû n'être destiné qu'au petit. Quant à la partition musicale, elle oscille entre comptines déviantes plutôt convaincantes et mélodies surannées parfois imbitables.

Tourné à Martel, petite commune du Sud-Ouest de la France où a élu domicile l'acteur-réalisateur scénariste, Patrick Sébastien s'offre un cadre magnifique et des interprètes de talent (Annie Girardot y est, à l'occasion, bouleversante). Un récit qui presque vingt ans après sa sortie continuera à émerveiller ceux qui l'ont aimé à l'époque, et que d'autres perpétueront à dénigrer. Choisissez votre camp...

samedi 4 août 2018

La Cavale des Fous de Marco Pico (1993) - ★★★★★★★☆☆☆



Drôle de film que cette Cavale des Fous. Drôle de rencontre également. Entre le roi du burlesque français, Pierre Richard, l'un des plus grands acteurs et comédiens de notre pays en la personne de Michel Piccoli, et un Dominique Pinon habituellement fidèle au cinéma de Jean-Pierre Jeunet. Trois interprètes pour une sorte de road-movie déglingué. Une histoire pas vraiment belge, mais tordue, cynique, plaisante, et ne poussant jamais vraiment aux éclats de rires. Une blague sur fond de folie, d'adultère et de rédemption. Au volant de sa voiture, le psychiatre Bertrand Daumale (Pierre Richard) vient 'emprunter' le temps d'un week-end le professeur au Collège de France et spécialiste de Pascal, Henri Toussaint (Michel Piccoli), enfermé dans un institut psychiatrique depuis qu'il a tenté d'étrangler sa femme adultère voilà sept ans. S'invite à bord du véhicule, Angel (Dominique Pinon), un psychotique très attaché à Henri Toussaint. C'est donc en compagnie de ces derniers que Bertrand Daumale prend la route et espère emmener le professeur voir son épouse avant qu'elle ne meure afin qu'elle puisse lui pardonner le geste désespéré qui l'a envoyé en psychiatrie.

Mais le chemin pourtant très court qui doit emmener les trois hommes va être semé d'embûches. Car le personnage incarné par Dominique Pinon n'ayant jamais rien vu de son existence, sa curiosité va provoquer des déboires dont le psychiatre se serait bien passé. Au delà de la naïveté incarnée par le personnage instable interprété par l'atypique Pinon, La Cavale des Fous nous promène dans un univers où les fous semblent plus nombreux qu'il n'y paraît. C'est ainsi l'occasion de découvrir des personnages aussi étranges que Madame Marthe, la propriétaire d'un bar, dite la femme au pénis ! L’œuvre de Marco Piso est l'occasion de croiser la route discrète de Ronny Coutteure dans le rôle d'un routier, de Yolande Moreau en conductrice de car, de Jean-François Derec en pompiste, ou encore de Laurent Gamelon dans la peau de Fredo, le joueur de dés. Les plus attentifs dénicheront même peut-être l'acteur Kad Merad en policier figurant et apparaissant ici pour la toute première fois sur un écran de cinéma...

La Cavale des Fous repose sur un étrange sentiment. Un état de mélancolie se dégage de ce récit. Entre le personnage interprété par Dominique Pinon auquel il reste encore tout à découvrir, celui de Michel Piccoli toujours obsédé par l'adultère dont il a été victime, ressassant sans cesse, et transposant même son mal-être sur les quelques 'spécimens' de la gente féminine croisés sur le chemin. Ou encore le psychiatre, lequel éprouve des difficultés à réprimer ses ardeurs ? Le voyage est intéressant. Nourri de situations rocambolesques, et surtout par l'excellente interprétation de ses trois principaux interprètes. Dominique Pinon n'a pas de grands efforts à produire puisque son physique à lui seul suffit à le rendre crédible. Moins distrait et maladroit qu'à son habitude, Pierre Richard est savoureux dans son incarnation du psychiatre perdant le contrôle de la situation. Quand à l'immense Michel Piccoli, la puissance de son jeu d'acteur s'exprime une fois de plus. Entre logorrhée verbale non dénuée de sens et crises d'hystérie à peine contrôlées, l'acteur est impeccable. La Cavale des Fous n'est pas qu'une simple comédie. En grattant en profondeur, on peut y dénicher une certaine gravité dans son propos. Le tragique le mêle au burlesque. Un mélange détonnant qui fait son œuvre sur la route qui mène le trio jusqu'au chevet de l'épouse adultère. La Cavale des Fous est donc une excellente surprise, qui sort des sentiers mille fois rebattus, et de plus interprétée par un trio généreux et talentueux. A voir...

mercredi 27 juin 2018

La Septième Compagnie au Clair de Lune de Robert Lamoureux (1977) - ★★★★★★★☆☆☆



Avec La Septième Compagnie au Clair de Lune, l'acteur-réalisateur Robert Lamoureux signait non seulement le troisième et dernier volet de la saga La Septième Compagnie, mais également son septième (!?!) et dernier long-métrage en tant que cinéaste. Désormais, la guerre semble belle et bien terminée pour Pithivier, Tassin et Chaudard. Dans une France occupée par l'envahisseur nazi, chacun a repris ses habitudes. Et notamment l'ancien 'sergent-chef' qui depuis sa démobilisation s'en est retourné auprès de son épouse et de leur quincaillerie. Laquelle, à ce propos, semble avoir été la victime d'un très important glissement de terrain entre les premier et derniers volets de la saga puisque jusqu'à présent, le magasin des Chaudard était situé à Vesoul tandis qu'il semble désormais à plus de trois-cent kilomètres au sud de la préfecture du département de la Haute-Saône. Cette petite erreur géographique n'ayant pas d'incidence particulière sur le déroulement du récit, poursuivons.
Nous sommes donc en 1942, et nous découvrons enfin l'épouse de Paul (anciennement Louis) Chaudard, prénommée Suzanne (anciennement Paulette). Pas très sérieux tout ça, mais continuons. Lorsque réapparaissent Pithivier et Tassin dans la vie de Chaudard, cela fait deux ans que les trois compagnons de guerre ne se sont pas vus. Et c'est exactement à cet instant précis de leurs retrouvailles que débarque dans la cave du couple de quincailliers, le commandant Gilles, l'un des chefs de fil de la résistance. Si Suzanne est au courant, son époux, lui, ignore tout des manigances de sa femme et de son beau-frère Gaston Gorgeton. Il faut dire que Paul ne bénéficie pas vraiment de la sympathie et de la confiance de ce dernier qui, aidé de sa sœur, préfère taire son appartenance à la résistance.
Pourtant, un soir, tout va changer pour nos trois valeureux retraités de l'armée française. Alors qu'ils sont partis chasser le lapin, des circonstances vont les mener sur la route de la résistance. Au point même d'être par erreur, reconnus comme les principaux membres du réseau de résistance 'Attila'...

« Lutter contre les forces judéo-maçonniques »

Avec ce troisième volet, Robert Lamoureux parvient à relancer l'intérêt d'un récit qui aurait autrement pu s’essouffler à force de redondance. C'est ainsi qu'il fait quasiment table rase sur le passé. D'ailleurs, du casting original, le cinéaste ne convoque désormais plus que le trio incarné par Pierre Mondy, Jean Lefebvre et Henri Guybet depuis le second épisode (Aldo Maccione ayant abandonné le rôle de Tassin à l'issue du premier volet). Pierre Tornade et les autres habitués ayant disparu, il fallait bien engager de nouvelles têtes. C'est ainsi que l'on retrouve parmi les interprètes, Patricia Karim dans le rôle de Suzanne, Gérard Jugnot dans celui de Gaston Gorgeton, mais également André Pousse dans le rôle du chef de la milice Lambert aux ordres duquel on retrouve Jean-François Derec dans la peau d'un milicien. A ce propos, il est bon à savoir que la gifle que reçoit ce dernier un peu après la neuvième minutes de la main même d'André Pousse n'était pas feinte. En effet, las de répéter la même scène, celui-ci frappa réellement un Jean-François Derec qui, preuve à l'appui, ne s'y attendait certainement pas.

La Septième Compagnie au Clair de Lune, c'est l'occasion une fois encore de retrouver nos trois héros dans des situations toujours plus rocambolesques. Fini les uniformes d'officiers ou de soldats allemands. Il 'incarnent' ni plus ni moins que trois des têtes pensantes de la résistance locale. D'ailleurs, l'une des scènes demeurant sans doute parmi les plus irrésistiblement drôles se situe tout d'abord dans un café-restaurant dont le patron vante auprès de Suzanne et Georges, les 'exploits' de Chaudard et de ses deux amis. Une séquence précédent un plan durant lequel ces derniers sont étendus au sol, hagards, et en tout cas très éloignés de l'image élogieuse faite quelques secondes auparavant en leur faveur. Autre participation savoureuse : celle de Jean Carmet qui dans le rôle du passeur est tout bonnement irrésistible. Bien que demeurant de qualité quasiment égale aux deux volets précédents, La Septième Compagnie au Clair de Lune ne rencontrera malheureusement pas le même succès avec moitié moins de spectateurs dans les salles. Une chute de fréquence qui sans doute reflétait une certaine lassitude pour nos héros. Il était donc temps d'en finir même si très secrètement, l’éventualité d'un quatrième opus aurait sans doute réjouit les fans de la saga...

mercredi 18 octobre 2017

Je Vais Craquer de François Leterrier (1980) - ★★★★★★★☆☆☆



Jérôme Ozendron est un jeune cadre, dynamique et ambitieux. Marié à Brigitte, ils sont tous les deux les parents de trois enfants. Jérôme croise un jour la route de Christian, un ancien camarade de fac avec lequel il accepte de passer la soirée après lui avoir présenté sa famille. Au détour d'une rue, Christian lui présente Natacha, une belle blonde qui fréquente les boites de nuit. Jérôme suit Christian et la jeune femme jusqu'au club privé Chez Castel puis Chez Régine. La soirée se termine ensuite dans l'appartement que prête un ami américain à Christian. Alors que ce dernier est très occupé à faire l'amour à la belle Malika, Jérôme se prend un four auprès de Natacha et décide de finalement rentrer chez lui, à cinq heures du matin.
Quelques temps après, il est viré de l'entreprise pour laquelle il travaille depuis de nombreuses années et profite de l'occasion, selon les propos qu'il tient à Brigitte, pour changer de vie. Décidé à mettre à contribution les six mois qui viennent pour écrire enfin le roman dont il rêve, il loue une chambre de bonne afin de travailler dans le silence. Mais comme l'inspiration tarde à venir, Jérôme sort prendre l'air et croise la route de Liliale, une jeune artiste hippie un peu paumée qui va dès lors, ne plus lui laisser le moindre répit. Un jour, et alors qu'il tente par tous les moyens de se débarrasser de la collante Liliane, Jérôme croise à nouveau la route de Natacha. A nouveau, le voici plongeant dans l'univers des boites de nuit, au bras de Natacha et approchant même un producteur de cinéma qui lui propose d'écrire pour lui le scénario d'un film à venir. Pendant ce temps là, Brigitte, reste seule à la maison avec leurs enfants...

« Elle a une sale gueule mais un beau cul...
J'la saute vite fait et j'me casse. »

Elle, c'est l'actrice Anémone. Qui de sa présence dans ce film signé François Leterrier justifie à elle seule l'intérêt que l'on peut porter à Je Vais Craquer. Ce qui n'enlève bien évidemment rien à celui que l'on porter à l'interprétation de Christian Clavier qui en ancien cadre d'entreprise désirant s'intégrer dans un mode de vie qui lui est totalement étranger incarne le beauf dans toute sa splendeur. Lunettes, tenues, coiffure, et surtout, comportement. Tout semble avoir été étudié pour faire du célèbre acteur comique français, LE prototype du Con avec un grand C. A n'en point douter, Je Vais Craquer est bel et bien une comédie. Mais dans cet étalage permanent d'hypocrisie où l'apparence est reine, il demeure un sentiment de malaise. Fort heureusement contrebalancé par les diverses apparitions d'une Anémone qui interprète le personnage de Liliane. Jeune fille plutôt laide ne pouvant compter que sur ses fesses et sa poitrine.
François Leterrier abord le phénomène de rejet tout en gardant en tête que l'on est surtout là pour rire. Clavier et Anémone forment le couple idéal. Une baba-cool glutineuse comme un sparadrap sur une plaie béante. La plaie, c'est bien évidemment Christian Clavier, qui du haut de son nouveau statut de chômeur se cherche une identité propre à l'intégrer dans une société marginale et nocturne qui n'a surtout pas besoin de lui, sauf en cas d'urgence (Natacha voulant se débarrasser de son amant un peu trop collant).

Je Vais Craquer n'est peut-être pas le film auquel l'on se réfère systématiquement dès que l'on aborde le cinéma comique français des années quatre-vingt et pourtant, le film de François Leterrier est dans le genre, assez énorme. Multipliant les situations aussi gênantes que cocasses, le cinéaste y dresse un inventaire éloquent du snobisme parisien de l'époque. Ce monde souterrain, codé, et surtout superficiel qu'il arrive à retranscrire avec une certaine aisance. Bourré de répliques et de scènes cultes, Je Vais Craquer est dans le genre, une perle. Des différentes apparitions d'Anémone comme écrit plus haut, jusqu'aux interventions en voix-off de Christian Clavier, on rit et sourit assez régulièrement. Aux côtés des deux interprètes, on a la joie de retrouver la belle et talentueuse Nathalie Baye, Marc Porel dans le rôle de Christian, Maureen Kerwin dans celui de Natacha, Jean-François Derec en artiste de rue, le belge André Valardy en ancien collègue de travail de Jérôme ainsi que le chanteur Eddy Mitchell dans son propre rôle. Quant à François Leterrier, il allait réaliser l'année suivante une autre comédie française culte : Les babas-Cool, toujours avec Anémone et Christian Clavier... entre autres interprètes...

mardi 10 mai 2016

Çà n'empêche pas les sentiments de Jean-Pierre Jackson (1997)



Lorsque Félix et Raoul font connaissance au comptoir d'un café, le premier vient de recevoir la visite d'un huissier et de déménageurs qui ont scrupuleusement vidé son appartement. En effet, depuis trois ans, il n'a pas une seule fois versé la pension alimentaire de son ex-femme. Quand à Raoul, lassé de vivre avec Odette, il a claqué la porte derrière lui. Noyant leur chagrin dans l'alcool, les deux hommes font la connaissance d'un VRP qui leur propose de monter jusqu'en Bretagne afin d'y vanter les mérites d'un vin produit par les caves du Gai Vendangeur.
Félix et Raoul acceptent mais rien ne se passe comme prévu. Ils font chou blanc et ne parviennent pas à vendre la moindre bouteille de vin. Par chance, ils vont rencontrer une gentille et jolie jeune bretonne prénommée Éliane. Acceptant de prendre la route avec les deux VRP, c'est grâce à elle que les ventes s'envolent. Jouant de sa beauté, elle hypnotise les acheteurs potentiels tandis que Raoul et Félix leur font signer des contrats de vente. Malheureusement, les clients ne sont pas les seuls à tomber sous le charme d’Éliane. Félix et Raoul eux aussi sont troublés, et des tensions naissent entre les deux hommes...

Çà n'empêche pas les sentiments est le premier long-métrage du musicien, écrivain et réalisateur Jean-Pierre Jackson. Si son nom ne vous dit rien, il ne s'agit pourtant pas d'un personnage anecdotique puisque outre sa participation aux événements de Mai 68, il a, en terme de cinéma, eu une importance considérable en matière de distribution de films underground puisqu'il distribua les films du « pro-mammaire » Russ Meyer, de quelques-unes des œuvres les plus trash de John Waters et même le cultissime Basket case de Frank Henenlotter.


Pour son premier long-métrage, Jean-Pierre Jackson offre au duo de comiques Chevalier est Laspalès leur premier véritable rôle d'importance au cinéma. S'il ne s'agit pas d'une comédie irrésistiblement drôle,Çà n'empêche pas les sentiments demeure frais et agréable à regarder. Avec un Philippe Chevalier en personnage un peu ringard, stéréotypé, face à un Régis Laspalès original, poète, mais parfois étrange (toujours ce regard de pervers et cette voix lancinante qui en font un personnage tour à tour amusant ou inquiétant). Autour des deux hommes, quelques figures bien connues de l'humour français :

Luis Rego, qui suivit durant un temps le célèbre groupe Les Charlots, l'excellente humoriste Sylvie Joly, disparue l'année dernière, Jackie Berroyer, Agnès Soral, et même le trop rare et toujours savoureux Jean-François Derec. Si donc Çà n'empêche pas les sentiments n'est pas à proprement une pure comédie (la pellicule étant emprunte d'une certaine forme de mélancolie), on appréciera certains dialogues qui font parfois irrésistiblement penser à du Audiard.

Même si les deux principaux interprètes ne sont pas des acteurs de grande envergure, ils demeurent si attachants qu'on leur pardonne les faiblesses de leur interprétation. La note de fraîcheur est apportée quant à elle par l'actrice Cécile Bois qui depuis 1992 tourne surtout pour le petit écran bien qu'elle ait tout de même jusqu'à aujourd'hui joué dans une dizaine de long-métrages, prise en main par certains cinéastes de renom ( au hasard, Claude Berri et Alain Corneau). Le film de Jean-Pierre Jackson est donc une sympathique comédie...



mardi 22 décembre 2015

Marche à L'Ombre de Michel Blanc (1984)



François et Denis débarquent ensemble sur le port de Marseille après avoir passé un temps à Athènes en vivant de petits boulots. Ils ont prévu de remonter en stop jusqu'à Paris où les attend leur ami Gérard qui doit selon François les sortir de la galère, car les deux hommes sont sans domicile fixe. François est un excellent musicien et Denis un boulet passant son temps à râler et à se trouver des maladies imaginaires.
Arrivés dans la capitale, ils apprennent que leur ami a dû quitter Paris précipitamment. Contraints de faire la manche, ils dorment dans un hôtel miteux avant de faire la connaissance d'un homme qui les invite à dormir dans un squat habité par de nombreux immigrés originaires d'Afrique. Là ils vont se mêler à la population, Denis essayant d'entretenir une pseudo relation avec une certaine Marie-Gabrielle et François avec la jolie Mathilde, une danseuse rencontrée près d'un cinéma où les deux hommes firent la manche...

Marche à L'Ombre est le premier long-métrage réalisé par l'acteur comique Michel Blanc. Il y interprète lui-même le rôle de Denis aux côtés de Gérard Lanvin dans celui de François. Le film a sa sortie est un énorme succès puisqu'il réalise 6,1 millions d'entrées. Trente ans plus tard, le film demeure toujours aussi irrésistible. Cela peut se comprendre à travers la qualité des répliques qui rappellent évidemment celles des films de l’Équipe du Splendid dont Michel Blanc fut l'un des membres les plus importants. Si son personnage rappelle celui qu'il campait dans l'excellente comédie Viens Chez moi, J'habite Chez une Copine, ça n'est pas un hasard. En compagnie du cinéaste Patrice Leconte, c'est déjà lui qui en avait écrit le scénario. Marche à L'Ombre raconte donc l'amitié entre deux hommes qui pourtant sont bien différents. Denis est un loser hypocondriaque vivant aux crochets de son ami François, guitariste et saxophoniste hors-pair mais qui a l'air d'avoir baissé les bras après de nombreuses années de galère.

Aux côtés des deux principaux interprètes, on a le plaisir d'apercevoir quelques seconds rôles plutôt... sympathiques. Jean-François Derec en patron d'hôtel infecte et raciste, Bernard Farcy dans le rôle de Christian, un type trè peu recommandable, Patrick Bruel en musicien qui fait la manche, François Berléand en receleur, Domnique Besnehard en barman, et surtout la délicieuse Sophie Duez qui débute ici au cinéma après avoir été choriste et danseuse auprès de Patrick Bruel, et après avoir posé dans le magazine de charme Lui. Son interprétation dans Marche à L'Ombre lui vaudra une nomination pour le César du meilleur espoir féminin.

Citer toutes les scènes et toutes les répliques du film qui valent le coup d’œil prendrait un temps fou tant elles s'enchaînent à une vitesse folle. Celle du pub irlandais ou le tee-shirt de Michel Blanc boit sa chope de bière à sa place, celle où défoncé, il n'est, comme va le répéter sa compagne du moment Marie-Gabrielle (Mimi Felixine), plus étanche. Toujours malade (entre infection consécutive à une entorse de la cheville et un décollement de la plèvre pour ne citer que ces deux cas), jamais content et pas courageux pour un sou, c'est à un véritable festival que l'on assiste. François, lui, est plus posé. C'est l'homme fort du duo, du moins, lorsqu'il n'est pas entre les bras de la jolie Mathilde dont il est tombé follement amoureux. Derrière la comédie, Marche à L'Ombre cache aussi une certaine critique sociale à travers ces immigrés obligés de vivre dans des squats délabrés et que la caméra du comédien-cinéaste parvient à rendre attachant. Marche à L'Ombre demeure une très belle réussite dans le domaine de la comédie française et un excellent premier film en tant que réalisateur pour Michel Blanc qui pourtant, attendra dix années avant de retourner derrière la caméra avec Grosse Fatigue...


Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...