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mardi 24 mai 2022

Rebelles de Allan Mauduit (2019) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Vilaine... Tiens, tiens, voilà un film qui me parle. Mais oui ! C'était en 2008 et je me souviens que c'est au cinéma que nous l'avions découvert. Quatorze ans déjà. Le temps qu'il m'aura fallut pour oublier le nom et même l'existence de ses auteurs Jean-Patrick Benes et Allan Mauduit. Si leur carrière a suivi la même voie entre 2005 et 2012, la séparation eu lieu juste après et chacun a alors fait son petit bonhomme de chemin. Le premier est allé tourner Arès en 2016 puis Le sens de la famille quatre ans plus tard. Une sympathique comédie au demeurant, incarnée en outre par Alexandra Lamy. La sœur d'une certaine Audrey qui elle, a tourné en 2019, dans le dernier long-métrage à ce jour d'Allan Mauduit, Rebelles. D'emblée, le film évoque quoi ? Les braqueuses de Jean-Paul Salomé bien évidemment. Une histoire de braquage entre quatre copines dans la galère interprétées Catherine Jacob, Clémentine Célarié, Alexandra Kazan (ouais, l'ancienne présentatrice de télévision, pour ceux qui s'en souviennent encore) et Nanou Garcia. Sympa, sans plus. Donc objectivement, il y avait de quoi craindre le pire durant la projection du dernier long-métrage d'Allan Mauduit. Sauf que le bonhomme, l'air de rien, nous a pondu l'une de ces comédies françaises qui prouvent que l’encéphalogramme n'est pas encore tout à fait plat. Dire qu'intituler le film ainsi n'était sans doute pas la meilleure idée est un euphémisme. Car s'il y a bien de la rébellion, elle s'inscrit moins dans le caractère social des trois héroïnes (un trio complété par Cécile de France et la toujours géniale Yolande Moreau) que dans la lourde atmosphère du bar dans lequel viennent se réfugier les amateurs de gnôle et de rock...


Sandra, qui quinze ans auparavant fut élue miss Nord-Pas-de-Calais (un titre qui offre assez justement son ton au film), est encore celle qui se rapproche des intentions du titre. Marilyn, elle, a beau avoir un gosse sur le dos, elle n'en n'est pas moins capable de mettre de côté certaines valeurs pour obtenir son dû. Sa part du gâteau. Reste Nadine, plutôt réservée sur les chances qu'elle et ses deux copines vont avoir de pouvoir conserver le magot qu'elles ont entre les mains et qu'elles ont surtout obtenu dans des conditions très particulières. Fraîchement débarquée, la première accepte le premier boulot qu'on lui offre en attendant de pouvoir travailler dans un salon de coiffure : bosser dans une usine produisant des conserves de poisson ! Très rapidement, le contremaître Jean-Mi tente une approche qui va tout aussi promptement se terminer par un accident involontaire. La queue plus vraiment entre les jambes, prise de spasmes alors qu'elle vient d’atterrir sur le sol des vestiaires de l'usine, deux choix s'offrent à Sandra et à ses nouvelles copines qui viennent tout juste à sa rescousse : soit elles téléphonent aux urgences et Jeam-Mi est sauvé. Soit elles le laissent crever et s'emparent de la très importante somme d'argent qui se trouve dans le sac qu'il transportait avec lui. Parmi ces deux options, essayez donc de deviner laquelle nos trois charmantes héroïnes ont décidé de porter leur choix !


Voici donc comment démarrent les aventures de Sandra, Marilyn et Nadine. Une comédie qui très vite montre son penchant pour l'humour noir. Voire même trash à quelques occasions. Enlevé, jamais ennuyeux, Rebelles est un véritable souffle d'air dans une morosité ambiante. Écrit par le réalisateur lui-même ainsi que par le scénariste et écrivain de romans policiers Jérémie Guez, le film ne laisse jamais le temps au spectateur de réfléchir. Il faut dire que ses héroïnes sont logées à la même enseigne puisqu'une fois la décision prise, elles vont être au cœur d'une enquête policière, les proies d'un gang de trafiquants belges et d'un certain Simon Bénéké (excellent Simon Abkarian) dont on en apprendra davantage au fil du récit. Les trois actrices font le taf et malgré les différente personnalité des personnages qu'elles incarnent, on croit sans peine à cette nouvelle amitié. L'une des grandes force du long-métrage est non seulement de multiplier les péripéties mais également de changer régulièrement de ton. On passe donc de la comédie sociale au film policier en passant par la case thriller. Le tout, sur un fond de bonne humeur perpétuelle. Rebelles a beau être d'origine française, il pulse comme s'il avait été mis en scène par une équipe belge. Drôle, noir, absurde, ou parfois même grand-guignolesque, on n'a pas le temps de voir le temps passer. Étrange que le film soit passé sous nos radars...

 

jeudi 2 mai 2019

L'Ami du Jardin de Jean-Louis Bouchaud (1999) - ★★☆☆☆☆☆☆☆☆




Un collectionneur de nains de jardin retrouvé pendu à l'une des poutres de son grenier. Une sœur convaincue que le coupable est l'un d'entre eux. Un nain tout ce qu'il y a de plus normal, en chair et en os qui débarque et s'installe dans le village. Une secte dont les disciples vénèrent les nains de jardin... cela fait peut-être beaucoup de nains au final mais le synopsis donne furieusement envie d'en savoir un peu plus sur ce long-métrage signé par un parfait inconnu (en tout cas, en ce qui me concerne). Sans vouloir être particulièrement caricatural et eut égard à sa famille, le nom de Jean-Louis Bouchaud sonne davantage comme celui d'un éleveur de bovins du Pays de la Loire que celui du cinéaste qu'il semble être même si les informations qui circulent à son sujet sont assez difficiles à dénicher. Directeur de seconde équipes à trois occasions, acteur d'un unique film (Chute Libre... non, ne rêvez pas, rien à voir avec le long-métrage éponyme du cinéaste américain Joel Schumacher interprété par Michael Douglas) et réalisateur d'un court-métrage et du film qui nous intéresse ici, Jean-Louis Bouchaud est également scénariste de L'Ami du Jardin, titre qui ne fait absolument pas référence à un certain Jean, ancien compagnon d'Alexandra Lamy (Un gars, une Fille) mais davantage de rapport avec ces drôles de petites sculptures qui poussent dans les jardins des ''nanihortensiophile'' que l'on connaît sous l'appellation de collectionneurs de nains de jardin.

Trop de noir, tue le noir

Un casting royal qui s'apparente parfois à des participations uniques et relativement courtes au titre desquels on remarquera notamment la présence de Gérard Jugnot, Yolande Moreau, Sylvie Joly, Christophe Alévêque, Claire Nadeau, Hubert Saint-Macary, ou encore Chick Ortega, perdus au beau milieu d'une faune étrange dans laquelle s'agite quelques individus peu recommandables. Inutile d'espérer voir une comédie irrésistiblement drôle. Jean-Louis Bouchaud réalise une œuvre sombre, voire sinistre, jamais amusante, et sans doute encore moins divertissante. S'il n'a réalisé que ce seul long-métrage et n'a donc pas davantage pris de temps afin de prouver ses facultés de metteur en scène, le cinéaste a dès les premiers instants, choisi de plomber l'ambiance. Il jette l'acteur Jean-Yves Tual dans un contexte auquel même le spectateur a très vite envie d'échapper. Sans finesse aucune et sans jamais tempérer le caractère odieux d'une partie des personnages, Jean-Louis Bouchaud réussit à rendre antipathiques ses interprètes au beau milieu desquels l'acteur-nain fait figure de chair à canon. Sirupeux, fragile, (trop) poli et physiquement désavantagé, le personnage de Jérôme est de ces individus que l'on n'appréciait jamais de voir souffrir des remarques des ''plus grands'' au collège tout en leur offrant notre plus vil mépris de les voir incapables de se défendre.

Pire que la pratique du lancer de nains : L'Ami du Jardin

Jean-Yves Tual n'incarne donc pas le héros idéal de cette histoire bancale repoussant les limites de la noirceur jusqu'à en écœurer même son plus fervent défenseur. Et la participation de Gérard Jugnot et consorts, même minime, n'y change rien. Pas drôle, parfois chiant à mourir (en réalité, du début à la fin), scénario qui se disperse, et toujours ce nain dont on ne sait s'il faut s'y attacher ou s'en inquiéter. Même cette supposée romance que l'on devine pointer le bout de son nez (et que l'on espère être l'exutoire à toute cette noirceur) ne viendra jamais. Un film à déconseiller aux dépressifs mais à conseiller aux insomniaques qui aimeraient enfin pouvoir s'offrir quelques heures de sommeil. En imposant une noirceur de tous les instants, Jean-Louis Bouchaud croyait sans doute bien faire et s'imaginait probablement marquer d'une pierre blanche, ou plutôt noire, le genre auquel il s'attaque ici. Pour le coup, si la sinistrose guette véritablement le spectateur, le cinéaste a oublié de rendre L'Ami du Jardin divertissant. Sans exagérer, on peut affirmer que ce film qui pourtant ne dépasse pas les soixante-dix sept minutes est un calvaire à suivre jusqu'à son terme. Un cauchemar dont on aimerait s'éveiller avant que ne survienne le générique de fin. Vous êtes prévenus...

samedi 2 février 2019

I Feel Good de Gustave Kervern et Benoît Delépine (2018) - ★★★★★★★☆☆☆




Enfin de retour avec leur huitième long-métrage, Gustave Kervern et Benoît Delépine dirigent ici pour la première fois l'acteur Jean Dujardin. Un projet de collaboration qui leur tient à cœur depuis 2012 puisque c'est lors du Festival de Cannes et la diffusion de leur sixième film Le Grand Soir que le duo lui propose d'incarner le rôle principal dans un prochain film. Et ce film, ça n'est autre que I Feel Good, dernière comédie sociale et délirante de deux hommes qui n'ont pas perdu leur sens de l'humour si particulier qu'ils cultivent notamment depuis les diverses émissions auxquelles ils ont participé et ayant pour cadre principal, la principauté fictive de Groland. Leur dernier méfait se déroule principalement dans un immense centre Emmaüs, là où dirige la communauté, la sympathique Monique Pora qu'incarne la fidèle Yolande Moreau, laquelle a déjà participé à trois longs-métrages du duo si l'on ne tient pas compte de sa participation en tant que voix off dans Saint Amour.
Le récit tourne donc autour d'une sexagénaire physiquement robuste mais intellectuellement fragile. Sympathique, mais sachant très exactement comment diriger la communauté. Lorsque réapparaît son frère Jacques qu'elle n'a pas revu depuis des années, Monique est heureuse. Pourtant, ce sont deux univers bien distincts qui vont se télescoper. D'un côté, il y a Monique qui travaille comme elle le souligne elle-même pour une œuvre à but non lucratif. Ce qui fait sourire Jacques qui de son côté, rechigne à la tâche et rêve de trouver l'idée qui le rendra riche. Une idée qu'il a d'ailleurs en tête depuis quelques temps puisque c'est en rencontrant un vieil ami qu'il n'avait pas revu depuis longtemps que lui vient l'idée de proposer aux petites gens de devenir beaux.

Mais chez Gustave Kervern et Benoît Delépine, la beauté d'âme n'a ici rien à voir avec le projet de leur héros. Non, ici il s'agit d'évoquer la pratique de la chirurgie dite Low Coast. Une absurdité ? Pas vraiment puisque ce business consistant à pratiquer certaines médecines au rabais existe réellement. Pour aborder ce sujet qui fait tant polémique dans les médias, le duo n'y va pas avec le dos de la cuillère en invoquant un personnage trouble, psychologiquement instable et persuadé de pouvoir gagner de l'argent en proposant aux membres de la communauté Emmaüs d'accepter de se faire opérer à moindre frais en Roumanie. Une clinique qui pour environs mille cinq-cent euros donne accès à tous types de chirurgies plastiques.


Si le sujet traité s'inspire en partie du principe de chirurgie low cost, Gustave Kervern et Benoît Delépine s'y prennent de manière fantaisiste avec un Jean Dujardin dont le personnage n'est pas si éloigné de celui qu'il incarnait dans Le Retour du Héros de Laurent Tirard. Mais cette fois-ci, l'acteur a troqué son costume de mythomane poltron contre celui d'un individu persuadé de tenir les clés de la réussite. Face au caractère profondément humain du projet (redonner la joie de vivre et les outils susceptibles de donner une seconde chance aux membres de la communauté), le spectateur est confronté à toute la vacuité de celui-ci, le personnage de Jacques fonçant tête baissée alors même que l'on sait très rapidement que le projet a peu de chance d'aboutir à un résultat concret. En ce sens, I Feel Good qui, il faut le reconnaître, est assez mollasson durant la première moitié, révèle peu à peu un caractère touchant inattendu. Tour à tour, le personnage de Jacques apparaît comme méprisant (je-m’en-foutiste et mythomane), utopiste (il se voit déjà faire ériger une immense tour de verre à son nom), puis humaniste puisqu'il ira jusqu'au bout pour mener à bien son projet.

Dès que s'enclenchent les différentes étapes menant jusqu'au voyage en Roumanie, révélées sous une forme naïve et touchante, le film prend une tournure beaucoup plus enlevée et humoristique. On retrouve la patte provocatrice de Gustave Kervern et Benoît Delépine à laquelle sont ajoutées les performances de Yolande Moreau, Jean Dujardin, mais également des seconds rôles. Nombre de séquences prêtent à sourire, et même, parfois, à rire.

I Feel Good est ponctué d'interludes musicaux (la nuit, certains membres de la communauté s'isolent dans les immenses hangars Emmaüs pour y jouer qui de l'accordéon, qui du piano, et même qui de la machine à laver!) et de séquences totalement absurdes. Si dans un premier temps I Feel Good laisse entrevoir une œuvre maussade, la seconde moitié vient nous rappeler que ses auteurs n'ont rien perdu de leur mordant. Sans doute pas le meilleur film du duo, mais tout de même une très jolie surprise...

samedi 4 août 2018

La Cavale des Fous de Marco Pico (1993) - ★★★★★★★☆☆☆



Drôle de film que cette Cavale des Fous. Drôle de rencontre également. Entre le roi du burlesque français, Pierre Richard, l'un des plus grands acteurs et comédiens de notre pays en la personne de Michel Piccoli, et un Dominique Pinon habituellement fidèle au cinéma de Jean-Pierre Jeunet. Trois interprètes pour une sorte de road-movie déglingué. Une histoire pas vraiment belge, mais tordue, cynique, plaisante, et ne poussant jamais vraiment aux éclats de rires. Une blague sur fond de folie, d'adultère et de rédemption. Au volant de sa voiture, le psychiatre Bertrand Daumale (Pierre Richard) vient 'emprunter' le temps d'un week-end le professeur au Collège de France et spécialiste de Pascal, Henri Toussaint (Michel Piccoli), enfermé dans un institut psychiatrique depuis qu'il a tenté d'étrangler sa femme adultère voilà sept ans. S'invite à bord du véhicule, Angel (Dominique Pinon), un psychotique très attaché à Henri Toussaint. C'est donc en compagnie de ces derniers que Bertrand Daumale prend la route et espère emmener le professeur voir son épouse avant qu'elle ne meure afin qu'elle puisse lui pardonner le geste désespéré qui l'a envoyé en psychiatrie.

Mais le chemin pourtant très court qui doit emmener les trois hommes va être semé d'embûches. Car le personnage incarné par Dominique Pinon n'ayant jamais rien vu de son existence, sa curiosité va provoquer des déboires dont le psychiatre se serait bien passé. Au delà de la naïveté incarnée par le personnage instable interprété par l'atypique Pinon, La Cavale des Fous nous promène dans un univers où les fous semblent plus nombreux qu'il n'y paraît. C'est ainsi l'occasion de découvrir des personnages aussi étranges que Madame Marthe, la propriétaire d'un bar, dite la femme au pénis ! L’œuvre de Marco Piso est l'occasion de croiser la route discrète de Ronny Coutteure dans le rôle d'un routier, de Yolande Moreau en conductrice de car, de Jean-François Derec en pompiste, ou encore de Laurent Gamelon dans la peau de Fredo, le joueur de dés. Les plus attentifs dénicheront même peut-être l'acteur Kad Merad en policier figurant et apparaissant ici pour la toute première fois sur un écran de cinéma...

La Cavale des Fous repose sur un étrange sentiment. Un état de mélancolie se dégage de ce récit. Entre le personnage interprété par Dominique Pinon auquel il reste encore tout à découvrir, celui de Michel Piccoli toujours obsédé par l'adultère dont il a été victime, ressassant sans cesse, et transposant même son mal-être sur les quelques 'spécimens' de la gente féminine croisés sur le chemin. Ou encore le psychiatre, lequel éprouve des difficultés à réprimer ses ardeurs ? Le voyage est intéressant. Nourri de situations rocambolesques, et surtout par l'excellente interprétation de ses trois principaux interprètes. Dominique Pinon n'a pas de grands efforts à produire puisque son physique à lui seul suffit à le rendre crédible. Moins distrait et maladroit qu'à son habitude, Pierre Richard est savoureux dans son incarnation du psychiatre perdant le contrôle de la situation. Quand à l'immense Michel Piccoli, la puissance de son jeu d'acteur s'exprime une fois de plus. Entre logorrhée verbale non dénuée de sens et crises d'hystérie à peine contrôlées, l'acteur est impeccable. La Cavale des Fous n'est pas qu'une simple comédie. En grattant en profondeur, on peut y dénicher une certaine gravité dans son propos. Le tragique le mêle au burlesque. Un mélange détonnant qui fait son œuvre sur la route qui mène le trio jusqu'au chevet de l'épouse adultère. La Cavale des Fous est donc une excellente surprise, qui sort des sentiers mille fois rebattus, et de plus interprétée par un trio généreux et talentueux. A voir...

mercredi 2 mai 2018

Micmacs à Tire-Larigot de Jean-Pierre Jeunet (2009) - ★★★★★★★☆☆☆



Jean-Pierre Jeunet sans Marc Caro, c'était sans doute la peur d'une approche esthétique du septième art perdue à jamais. Pourtant, le futur allait prouver qu'il n'en était rien et que le cinéaste français réussirait haut la main à voler de ses seules ailes tandis que son ancien compagnon de cinéma irait se perdre dans une pseudo science-fiction intellectuelle bien moins marquante qu'un Bunker Palace Hôtel signé Enki Bilal. Dévergondé le temps d'un long-métrage en outre-atlantique (le désastreux Alien, la Résurrection), Jean-Pierre Jeunet revenait parmi les siens et leur offrait en 2001 le magnifique Fabuleux Destin d'Amélie Poulain, n'en déplaise aux contestataires. Celui-là même dont l'héroïne, avec le temps, finirait par agacer une partie du public, sans reconnaissance aucune pour un auteur et ses interprètes. Puis vint alors Un long Dimanche de Fiançailles, ce beau film tenant surtout davantage de l'œuvre d'art plastique que du réel film à l'impact émotionnel tant recherché par son auteur. Une triste période que cette années 2004... Puis il y a presque dix ans (que le temps, inexorablement, passe vite...), arrivait enfin sur nos écrans, ce Micmacs à Tire-Larigot dont il est désormais question ici. Avant-dernier long-métrage d'un esthète accompli, et surtout, retour d'un esthétisme cher à l'ancien duo que formaient les deux cinéastes avant leur séparation.
Vingt ans après qu'il soit descendu vers la capitale, Dany Boon est choisi opportunément ou pas par Jean-Pierre Jeunet pour incarner le personnage de Bazil, fils de démineur, envoyé en orphelinat après la mort de son père. Retrouvé trente ans plus tard allongé sur le sol du vidéoclub qu'il gère seul, le crâne troué d'une balle perdue, le voici désormais lancé dans une aventure dont seul Jean-Pierre Jeunet semble avoir le secret. Déjà l'on retrouve ces couleurs chaudes, surannées, vieillies par on ne sait quel procédé que l'on aimerait chimique plutôt que numérique. Delicatessen n'est déjà plus aussi loin que laissent le prétendre les dix-huit années qui séparent les deux films. Jean-Pierre Jeunet se fera d'ailleurs plus loin l'écho d'un hommage vibrant à ce chef-d’œuvre de l'anticipation et à celui avec lequel il l'écrivit et le réalisa. Une scène émouvante dont il faut obligatoirement conserver le secret, même presque dix ans plus tard, puisque certains ne l'ont encore probablement pas vu.

Bazil vit désormais du mime, qu'il exerce tout comme Dany Boon le pratiquait sur Paris. Remarqué par Placard, il est pris sous l'aile d'une bande de clochards vivant à l'intérieur d'une caverte secrètement située sous un immense amas de ferraille. Désormais considéré comme un membre de cette étrange 'famille', c'est lors d'une sortie à la recherche d'objets de récupération que Bazil tombe nez à nez avec l'entreprise qui a fabriqué la mine qui a tué son père et cette qui a forgé la balle qui l'a atteint deux mois auparavant. Il est donc désormais temps pour le jeune homme de faire payer les PDG de ces deux usines de la mort en les confrontant l'un à l'autre. Et pour cela, Bazil va se faire aider par ses nouveaux compagnons...

Il se dégage de Micmacs à Tire-Larigot, une véritable poésie, généralisée par des décors somptueux, des dialogues aux petits oignons, et des situations toutes plus rocambolesques et surréalistes les unes que les autres. La chef décoratrice Aline Bonetto qui avait débuté sa carrière en 1991 sur Delicatessen et l'avait notamment poursuivie sur les tournages de La Cité des enfants perdus, Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain, ou encore Astérix aux Jeux olympiques de Frédéric Forestier et Thomas Langmann, crée des décors fourmillant de détails et dont la caverne représente sans aucun doute l'aboutissement d'un travail d'orfèvre impressionnant. La photo est quant à elle l'oeuvre du directeur de la photographie japonais Tetsuo Nagata. Les couleurs sont magnifiques, et la majorité des images baignées d'une teinte sépia sont renforcées par quelques notes de bleus ou de verts qui rehaussent l'ensemble et donnent au long-métrage, l'apparence de tableaux vivants dans lesquels s'intègrent parfaitement les personnages grâce aux costumes créés par Madeline Fontaine déjà à l'oeuvre sur deux longs-métrage de Jean-Pierre Jeunet. Quelques airs rappellent le Paris d'Amélie Poulain mais sont cette fois-ci l’œuvre du compositeur Raphaël Beau. Les dialogues sont quant à eux le résultat du travail accompli par Guillaume Laurant (autre fidèle allié du cinéaste).
Aux côtés de Dany Boon, on retrouve un grand nombre de vedettes du cinéma puisque'André Dussolier, Jean-Pierre Marielle, Nicolas Marié, Julie Ferrier, Yolande Moreau, Omar Sy et le toujours fidèle Dominique Pinon participent à l'aventure dans des rôles aussi importants que celui incarné par l'humoriste. Des personnages haut en couleur et portant des noms typiques du cinéma de Jean-Pierre Jeunet : La Môme Caoutchouc, Fracasse, Placard, Tambouille, Ange-Gardien, Calculette, ou encore Remington. On retiendra la prestation d'Omar Sy dans le rôle de Remington, passionné de bons mots et ne s'exprimant qu'à travers des expressions célèbres ou encore Julie Ferrier qui dans le rôle de la Môme Caoutchouc, passe son temps à se contorsionner et entrer dans des bouches d'aération ou dans des cartons à peine plus grands qu'elle. Micmacs à Tire-Larigot est une excellente surprise, pleine de trouvailles ingénieuses. La famille Tire-Larigot est attachante et chaque personnage a son importance. Même les méchants André Dussolier et Nicolas Marie sont captivants. Si le film ne propose pas un scénario d'une richesse exemplaire, il a le mérite de proposer une aventure familiale sympathique et fort agréable à l’œil. Une bonne surprise...

mardi 6 février 2018

Louise-Michel de Gustave Kervern et Benoît Delépine (2008)



Alors que toutes les employées d'une usine de textiles ont reçu en cadeau une blouse de travail toute neuve, toutes SAUF Louise Ferrand, le patron de l'entreprise profite de leur absence pour déménager l'intégralité des machines durant la nuit. Abasourdies, Louise et ses collègues doivent réagir au plus vite. Elles réunissent leur indemnités et accumulent vingt-mille euros qu'elles décident d'employer afin de faire tuer leur patron. C'est Louise qui s'y colle et la voilà partie à la recherche de celui qui les débarrassera, elle et ses compagnes d'infortune, de leur salopard de boss.

Louise tombe sur Michel Pinchon. Un beau parleur qui possède en réalité aussi peu de courage et de talent dans la profession qui intéresse Louise qu'il a d'argent. Incapable d'orchestrer le meurtre d'un chien qui doit lui rapporter vingt euros, le voilà prêt à tout pour empocher les vingt-mille euros promis par Louise. Mais la tâche va se révéler plutôt rude. Après avoir demandé à une amie en phase terminale d'un cancer de tuer le dit patron d'après photo, la jeune femme ayant lamentablement échoué en tuant une autre personne, Michel et Louise font route ensemble, bien décidés à venir à bout de leur objectif. Parce que Michel semble incompétent, Louise va l'assister dans sa mission...

Derrière la réalisation de Louise-Michel se cachent Gustave Kervern et Benoît Delépine que l'on connait surtout pour les avoir découvert sur la chaîne Canal Plus avec des émissions humoristiques tournant autour de la Principauté fictive, Groland. Ils n'en sont donc pas à leur premier coup d'essai en matière d'écriture (les deux hommes sont également les auteurs du scénario) et furent déjà les auteurs de plusieurs longs-métrages dont Aaltra, Avida, et plus tard Mammuth avec Gérard Depardieu. Il ne faut donc pas être devin pour comprendre que le contenu de Louise-Michel sera à peu de chose près de même nature que les sketches souvent corrosifs proposés par Canal Plus le samedi en première partie de soirée. Le casting est long comme un rouleau de papier toilette et l'on retrouve une partie de l'équipe de Groland dont les deux cinéastes sont les parmi les plus fiers représentants. A leurs côtés, on découvre Benoît Poelvoorde, Kafka, plus connu sous le nom de Francis Kuntz, le dessinateur et caricaturiste Siné, l'acteur-réalisateur-humoriste Albert Dupontel, le chanteur Philippe Katerine et surtout Bouli Lanners et l'ancienne Deschiens Yolande Moreau qui forment tous les deux un tandem bien particulier.

On retrouve une Yolande fidèle à elle-même, jouant sur son physique particulier et un Bouli Lanners toujours aussi épatant. Il y a de la mélancolie dans ce film à l'humour noir irrésistible. Noir mais pas trash comme peuvent l'être certains sketches Groland. Passée la minuscule déception qui peut naître lorsque l'on comprend que le film n'irai pas aussi loin qu'on aurait aimé, Louise6michel se révèle une bonne surprise. Mêlant le social à la comédie noire, Louise-Michel est un excellent défouloir, un exutoire aux maux de notre société. Sous la forme d'un long-métrage, les duos (de cinéastes et d'interprètes) parviennent à nous soulager de cette trop forte pression qui nous donne envie de prendre les armes pour combattre ceux d'en haut qui nous méprisent tant. Moins jusqu’au-boutiste dans sa forme qu'une œuvre d'Albert Dupontel, Louise-Michel demeure pourtant une réussite...

lundi 23 mai 2016

Camille Redouble de Noémie Lvovsky (2012)



Rien ne va plus entre Camille et Éric. Ils sont tous les deux les parents d'une jeune adolescente. Noyant son chagrin dans l'alcool depuis que sa mère est morte, Camille voit son couple se désagréger jusqu'à la rupture, inévitable. La veille du nouvel an, Éric annonce à Camille qu'il la quitte. La jeune femme part retrouver ses amies de toujours, Josepha, Louise et Alice alors qu'elles s'apprêtent, lors d'une soirée costumée, à fêter la nouvelle année. Mais une fois de plus, Camille ne peut s'empêcher de boire et tombe dans un coma éthylique. Lorsqu'elle se réveille plus tard, elle constate qu'elle a été projetée plus de vingt ans en arrière, dans les années quatre-vingt.

Elle a conservé son corps de femme de quarante ans tandis qu'autour d'elle, toutes ses amies son redevenues les adolescentes qu'elles étaient dans le passé. Mieux : ses parents sont en vie. Elle qui avait peur en 2008 de ne plus se souvenir de la voix de ses parents à décidé de les enregistrer. Camille a également l'intention de mettre de l'ordre dans sa vie afin de ne pas répéter les mêmes erreurs. Elle retrouve Éric pour la première fois mais fait tout pour le fuir. Quant à sa mère, elle a bien l'intention de tout faire pour prévenir la rupture d'anévrisme dont elle va être bientôt la victime et qui la mener à sa propre mort...

Camille Redouble est le sixième long-métrage (si l'on tient compte du téléfilm tourné en 1997, Petites), de sa principale interprète, l'actrice et réalisatrice française Noémie Lvovsky. Entourée par les excellents acteurs et actrices, Samir Guesmi, Yolande Moreau, Michel Vuillermoz, Denis Podalydès et de jeune interprètes qui n'ont rien à envier à leur talent, Judith Chemla, Julia Faure, India Hair et Riad Sattouf (dans l'irrésistible rôle du metteur en scène), Noémie Lvovsky nous conte une histoire pleine de nostalgie et d'une candeur que l'on a trop tendance à mettre de côté de nos jours.

Si le film possède quelques faiblesses scénaristiques, on ne peut qu'adhérer à cette histoire simple mais rondement menée qui nous transporte à l'époque du Walkman et des écouteurs oranges, du Bombers, et des posters de Marilyn Monroe et James Dean placardés sur les murs de la chambre de Camille. Si la l'actrice et réalisatrice aurait pu se contenter de faire de Camille Redouble qu'une simple et naïve comédie, le film se révèle en réalité beaucoup plus profond qu'il n'y paraît. Son héroïne fait face aux erreurs du passé tout en tentant de les réparer. Mais sans jamais se laisser aller à la facilité, Noémie Lvovsky n'essaie jamais de poétiser ce que son personnage tente de reconstruire. Avec beaucoup de maturité, et bien que l'élément fantastique viennent quelque peu empiéter le récit à travers ce voyage dans le temps, elle n'idéalise jamais le principe en conservant à l'esprit qu'un futur déjà écrit ne peut être modifié, ou si peu (l'enveloppe renfermant la cassette audio).

Si Guesmi, Moreau, Vuillermoz et Podalydès se révèlent comme à leur habitude d'excellents interprètes, on demeure également séduits par l'interprétation du jeune trio formé par Judith Chemla, Julia Faure et India Hair qui campent les trois amies de jeunesse de Camille. Mais le plus fort sans doute dans Camille Redouble est la capacité de Noémie Lvovsky à nous émouvoir, et notamment durant la scène où elle confrontée à sa mère la veille du jour de sa mort. Une très beau moment d'émotion qui nous révèle une Yolande Moreau très éloignée de l'esprit Deschiens.A ce titre, Camille Redouble est une belle réussite...

jeudi 3 octobre 2013

La Meute de Franck Richard (2010)



Charlotte Hutter a tout abandonné et file à bord de sa voiture sur une route déserte. Elle croise la route d'une bande de bikers éméchés puis celle de Max, un jeune auto-stoppeur qu'elle prend avec elle. Sans but véritable, le duo improvisé roule sur une route de campagne. Lorsque Charlotte sent la fatigue la gagner, c'est Max qui prend le volant. Un drôle de type ce Max. Il profite du sommeil de la jeune femme pour fouiller dans la boite à gants et dans ses papiers. Lorsque Charlotte se réveille, ils sont devant un restoroute tenu par une imposante quinquagénaire dite La Spack. Attablés, ils discutent sans voir que dehors, les bikers qui ont provoqué Charlotte plus tôt dans la journée viennent d'arriver. Lorsque ces derniers entrent dans l'établissement, c'est l'affrontement. Max se retrouve à terre, ensanglanté et incapable de se défendre. Alors que Charlotte est aux mains des voyous, La Spack se saisit d'un fusil de chasse et menace de "repeindre le lino avec le jus des couilles" de leur chef.

La bande prend la fuite, Max file se laver dans les toilettes et Charlotte fume cigarette sur cigarette en attendant qu'il en sorte. Le temps passe mais Max ne réapparaît pas. La jeune femme se dirige vers les toilettes et constate que Max ny est plus. Le jeune homme a disparu...

La Meute de Franck Richard est ce que l'on peut appeler un nanar. Un petit navet du septième art comme il en existe tant. Pourtant, tout avait bien commencé. Un casting intéressant (Yolande Moreau, Émilie Dequenne, Benjamin Biolay et Philippe Nahon), et un début qui tenait la route. 

Le problème avec La Meute, c'est que le film hésite entre divers genres auxquels il n'arrive pas toujours à rendre hommage. D'abord road-movie, le film louvoie ensuite du coté du survival en s'appuyant sur des codes maintes fois rabâchés (des autochtones décérébrés, un environnement inquiétant et délabré baignés dans un univers sordide). Là où le bât blesse, c'est le virage que prend le film en choisissant une perspective fantastique plutôt grotesque.

Car en effet, La Meute, après s'être engouffré dans un genre relativement bien représenté au cinéma (Massacre A La Tronçonneuse pour ne citer que lui) change de cap et exhibe alors des créatures qui oscillent entre mort-vivants et vampires. Dès lors, on assiste à un ballet de bestioles d'une lenteur exaspérante qui ne justifie à aucun moment l'angoisse ressentie par les personnages retranchés dans une cabane. Tellement amorphes même que l'on ne comprend pas pourquoi ces derniers préparent un siège alors qu'il leur suffirait de prendre la fuite, même sans se presser.

Yolande Moreau, pourtant, tire son épingle du jeu. Elle campe avec merveille ce rôle de mère protectrice d'une bande de goules assoiffées de sang. Émilie Dequenne est une jeune paumée sans vraie consistance. Benjamin Biolay est un rejeton aphone et léthargique affligé d'une gueule pourtant prête à l'emploi. Et quand à Philippe Nahon, sa présence au générique reste à justifier tant le rôle qui lui est confié n'est pas à la hauteur de son talent.

La Meute est donc un film qui se regarde, sans plus, mais qui s'oublie vite...

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