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mercredi 5 août 2026

Le grand méchant loup de Nicolas et Bruno (2013) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

En abandonnant temporairement leur univers, Nicolas et Bruno ( Nicolas Charlet et Bruno Lavaine) n'en n'ont pas pour autant mis de côté certains des choix artistiques qui sont leur marque de fabrique. Ici, pas d'esthétique volontairement ringarde puisée dans les temps anciens. Ceux des années soixante-dix, généralement représentées chez eux à travers l'usage de codes couleurs, vestimentaires ou comportementaux largement dépassés de nos jours. Et pourtant, les deux hommes n'en sont pas moins demeurés capables de produire une œuvre tout à fait originale en cette année 2013 où sort donc leur second long-métrage intitulé Le grand méchant loup, cinq ans après La personne aux deux personnes et treize avant leur dernier, Alter ego sorti quant à lui en 2026... Ils reprennent ici le très célèbre conte des Trois Petits Cochons, cent quarante-ans après qu'ils ne soient apparus pour la première fois en 1842 dans le recueil de comptines, de chansons et de poèmes traditionnels britanniques publié cette année là par l'historien, collectionneur et éditeur anglais James Orchard Halliwell. Un conte dans lequel l'on retrouvait déjà le personnage du loup dont les origines remontent elles à bien plus loin dans le temps puisque l'une des premières traces le présentant daterait de l'époque d’Ésope qui l'aurait évoqué pour la première fois dans ses Fables et remonterait donc à l'Antiquité grecque. Pour autant, Nicolas et Bruno n'en reprennent qu'une partie de la structure narrative telle que la présenta notamment Burt Gillett avec Three Little Pigs produit par la société de production américaine Walt Disney Productions en 1933. Dans le cas du Grand méchant loup, le duo remplace les trois petits cochons par trois frères incarnés par Benoît Poelvoorde, Fred Testot et Kad Merad. Tandis que leur mère (interprétée à l'écran par l'actrice Marie-Christine Barrault) est alitée dans une chambre d'hôpital, Philippe (Benoît Poelvoorde), Henro (Fred Testot) et Louis (Kad Merad) en reviennent à se poser des questions sur leur existence. Eux qui depuis toujours ont su rester fidèles à leurs épouses respectives Nathalie (Valérie Donzelli), Patricia (Léa Drucker) et Victoire (Zabou Breitman) vont-ils se laisser tenter par ces nouvelles aventures féminines qui frappent désormais à la porte de ces trois hommes qui maintenant doutent sur le sens réel de leur existence ? Nicolas et Bruno usent et abusent de métaphores et d'allégories pour décrire la situation de ces trois frères qui vont être approchés par le ''Loup'' du fameux conte...


Ou plutôt DES Loups. Et même mieux : des LOUVES puisque chacun son tour, Philippe, Henri et Louis vont être respectivement approchés par Natacha (Charlotte Le Bon), une jeune actrice attirée par l'idée de s'introduire de nuit dans le château de Versailles où travaille justement le cadet des trois frères. Pourtant marié et père de deux enfants, Philippe se laisse séduire par la jeune femme de vingt-sept ans dont il va rapidement tomber amoureux. Et si vivre une double relation n'est pour l'instant pas vraiment un problème pour lui, tout va se gâter le jour où Natacha va se présenter devant la porte de sa demeure. Lorsque son épouse Nathalie découvre que Philippe voit une autre femme, elle le chasse de chez eux et ce dernier part se réfugier chez son frère Henri. Après une première partie du récit principalement consacrée au personnage interprété par Benoît Poelvoorde, Fred Testot prend donc la relève. Le second acte lui réservant la même surprise que pour son frère avant que les deux hommes ne se retrouvent finalement hébergés par le plus âgé des trois, Louis. Ici, ça n'est plus la demeure elle-même qui est détruite par le loup mais la cellule familiale par l'entremise de femmes belles et attirantes. Et si Henri se laisse séduire par une voisine lointaine qu'il reluque aux jumelles, Éléonore (Cristiana Reali) n'en mènera pas large lorsque cette ancienne connaissance de Louis tentera de conquérir le cœur et le lit de celui-ci, alors très amoureux de sa femme Victoire. Bien que la réappropriation d'un mythe enfantin pour le transformer en comédie romantique métaphorique peut laisser songeur, Nicolas et Bruno tapent juste et offrent une savoureuse étude de mœurs non dénuées d'un certain sens de l'humour qui là encore tape exactement là où on l'attendait. Grâce non seulement à la mise en scène et l'écriture des deux cinéastes mais aussi et surtout à un panel de savoureux interprètes parmi lesquels se trouve également perché dans les très hautes sphères de l'absurde, le toujours excellent Denis Podalydès ! Preuve que Nicolas Charlet et Bruno Lavaine sont capables de s'extraire de leur univers personnel et d'offrir la réplique à des interprètes qui sortent de leur cercle habituel. Bref, un régal...

 

vendredi 26 juin 2026

Maigret et le mort amoureux de Pascal Bonitzer (2026) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Créé au tout début des années trente par l'écrivain français Georges Simenon, le commissaire Maigret est apparu dans nombre de longs-métrages cinématographiques, à commencer par La Nuit du carrefour de Jean Renoir en 1932. En près de quatre-vingt dix ans, le personnage apparaîtra dans une vingtaines de films, en majorité d'origine française même si quelques productions internationales virent le jour entre la fin des années quarante et les années soixante avec la production franco-américaine L'homme de la Tour Eiffel de Burgess Meredith en 1949, franco-germano-italo-autrichienne Maigret fait mouche d'Alfred Weidenmann en 1966 ou franco-italienne Maigret à Pigalle de Mario Landi l'année suivante. Lister ensuite tout ce qui fut produit et réalisé pour la télévision s'avère déjà beaucoup plus problématique. Si dans notre pays le personnage est d'abord connu à travers les incarnations de Jean Richard dans Les enquêtes du Commissaire Maigret entre 1967 et 1990 et de Bruno Cremer dans Maigret à partir de 1991 et jusqu'en 2005, l'Angleterre, les États-Unis, l'Italie, le Canada et plus étonnant encore, le Japon, les Pays-Bas et l'Union Soviétique se sont emparés à leur tour du personnage.... Concernant ses divers interprètes, si l'on s'en tient aux acteurs français, le choix de certains d'entre eux respecta le portrait physique du commissaire tel que décrit dans les différents ouvrages de Georges Simenon. Un homme relativement impressionnant, d'une stature imposante, de grande taille et aux épaules larges. Une silhouette que l'on retrouvera notamment chez Bruno Cremer, Jean Gabin ou encore chez Gérard Depardieu.... mais déjà beaucoup moins chez l'acteur originaire de Newcastle Rowan Atkinson qui entre 2016 et 2017 endossa le costume du flic français dans une série britannique créée par Stewart Harcourt ! Une physionomie plus ''chétive'' qu'à l'accoutumée et à laquelle semble se rapprocher celle du tout nouvel interprète du personnage. En effet est sorti en février dernier sur les écrans de cinéma la toute dernière adaptation du Commissaire Maigret qui cette fois-ci est incarné par l'acteur Denis Podalydès. Acteur, scénariste, écrivain et sociétaire de la Comédie-Française, il campe désormais un commissaire beaucoup moins impressionnant physiquement dans Maigret et le mort amoureux. Auteur de quelques longs-métrages étalés sur plusieurs décennies dont l'excellent Rien sur Robert en 1999, le réalisateur et scénariste Pascal Bonitzer s'inspire pour ce tout nouveau film du roman Maigret et les Vieillards qu'éditèrent les Presses de la Cité en 1960...


Un titre qui vaut pour les diverses rencontres du commissaire avec des personnes âgées ! Alors que Jules Maigret y évoluait dans le courant des années soixante, sa toute nouvelle adaptation (la quatrième après les téléfilms Voices From The Past de de Gerard Glaister en 1962, Maigret et l'Ambassadeur de Stéphane Bertin en 1980 et Maigret et la Princesse de Laurent Heynemann en 2003) s'inscrit dans un contexte beaucoup plus contemporain puisque malgré des habitudes parfois vieillottes de la part de notre héros, la présence de téléphones portables signifie bien que l'action se déroule dans le présent. L'un des principaux atouts de Maigret et le mort amoureux est l'excellence des interprètes. De la domestique Jacqueline Larrieu (Anne Alvaro) dont l'employeur vient de mourir, à la Princesse Isabelle de Vuynes (Dominique Reymond) dont l'époux est lui-même décédé trois jours plus tôt, en passant par le commissaire Janvier (Manuel Guillot), l'épouse de Maigret (Irène Jacob), l'antiquaire Mazeron (Micha Lescot), son épouse Charlotte (Julia Faure) ou encore le Procureur (Olivier Rabourdin), l'on a droit à un casting cinq étoiles. Et puisque Denis Podalydès ne peut évidemment pas compter sur son physique, sa verve à l'écran annihile à peu près tout ce qui faisait jusqu'à maintenant certaines des spécificités du personnage. Si la mise en scène et la présence sur grand écran de Maigret et le mort amoureux peut paraître parfois aussi anachronique que celle du Maigret que réalisa Patrice Leconte en 2022 avec Gérard Depardieu, les dialogues valent bien ceux des meilleures comédies françaises même s'il est bien évident que le thème ici ne prête jamais vraiment à rire ou même simplement sourire. Avec son rythme lent propre aux adaptations télévisuelles du personnage de Georges Simenon l'on pourrait se demander quel put valoir l'intérêt de découvrir cette nouvelle itération sur grand écran en février dernier. La réponse tient en deux mots : dialogues et interprétation...

 

lundi 27 octobre 2025

Le répondeur de Fabienne Godet (2025) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

À l'heure où la toile fait généralement, malheureusement et involontairement la promotion des comédies françaises les plus mièvres et les plus indigentes en les assassinant avec la plus grande objectivité, d'autres demeurent dans l'ombre. C'est donc parfois par le plus grand des hasards que certaines réussissent à sortir de l'anonymat alors même qu'elles méritent que nous leur accordions toute notre attention. Tandis que certains semblent être encore considérés comme des valeurs sûres (à titre d'exemples, Christian Clavier et Dider Bourdon n'ont jamais été aussi présents à l'image que ces dix ou vingt dernières années), il demeure des interprètes qui n'enchaînent pas forcément les rôles au cinéma et qui pourtant, à chacune de leur apparition à l'image et même dès leur présence sur une affiche de cinéma sont pour les spectateurs le signe d'un espoir retrouvé. Celui de ne pas avoir l'impression systématique de jeter leur argent par les fenêtres chaque fois qu'ils déboursent une dizaine d'euros à l'achat d'une place de cinéma ! À ce titre, Denis Podalydès représente cette catégorie devenue si rare qui permet de s'assurer le maintien d'une certaine qualité même si l'acteur se retrouve noyé au beau milieu d'interprètes venus dont ne sait où et dont les pedigree sont à chercher du côté de cette volonté qui consiste à renouveler tout un cheptel de comédiens issus des quartiers. Ceci étant dit, Le répondeur de la réalisatrice et scénariste Fabienne Godet ne reste pas indifférente à cette nouvelle mode qui consiste à mélanger vieille garde et nouvelle génération de comédiens. Originaire de la Cité des 4000 à La Courneuve, l'acteur Salif Cissé n'en est pas à ses débuts. Détenteur d'un diplôme au Conservatoire national supérieur d'art dramatique en 2020, il n'a surtout rien à voir avec ces pseudos-acteurs qui comme lui en vécu dans des barres d'immeubles à la peu flatteuse réputation et que l'on découvre un jour sur grand écran avant qu'ils ne disparaissent définitivement. D'ailleurs, si la cinéaste lui a confié le rôle principal de son dernier long-métrage, ça n'est pas pour rien. Opposé à un Denis Podalydès égal à lui-même, le jeune homme lui ''fait la nique'' en interprétant le rôle de Baptiste Mendy, jeune imitateur qui joue dans un petit théâtre de quartier. Un lieu de rencontre entre artistes et public qui ne met malheureusement pas en valeur son incroyable talent...


C'est là qu'intervient Denis Podalydès dans le rôle de l'écrivain Pierre Chozène. Sans cesse sollicité par ses proches, de son ancienne compagne en passant par sa fille Elsa (excellente Clara Bretheau), son père, ou encore Gabriel Lozano (Harrison Arevalo), journaliste opportuniste qui aimerait approcher et interviewer le romancier, il fait une curieuse demande à Baptiste. En effet, alors qu'il est attelé à l'écriture de son dernier ouvrage, empêché de se concentrer à cause des nombreux appels téléphoniques qu'il reçoit chaque jour, Pierre prend contact avec le jeune artiste et lui demande de prendre les appels à sa place en imitant sa voix au téléphone ! Bien que l'idée lui semble saugrenue, Baptiste finit par accepter. S'installe alors entre les deux hommes une complicité et entre Baptiste et plusieurs amis de l'écrivain, une étrange relation... Si Le répondeur est l'une des meilleures comédies françaises à avoir vu le jour cette année, elle part cependant avec deux handicaps : son titre et son affiche. Passées ces fautes de goût, la comédie de Fabienne Godet demeure une excellente surprise qui même si elle repose effectivement sur un concept qui pourrait s'avérer invraisemblable tient ici parfaitement la route. L'occasion pour les deux acteurs principaux d'incarner un sympathique duo auquel la réalisatrice ajoute des rôles plus ou moins secondaires à l'image de Clara Bretheau, laquelle incarne le rôle de la fille de l'écrivain. Le film est l'occasion pour la cinéaste de développer les rapports humains et plus encore les relations familiales entre un écrivain sans doute un peu trop pris par son métier et notamment un père qui n'a jamais ''goûté'' à son style. Chaque interlocuteur du duo est très bien écrit et la présence de nombreux personnages permet au film de conserver un rythme qui ne retombe jamais. Véritable premier rôle du Répondeur, Salif Cissé vole littéralement la vedette à un Denis Podalydès qui pourtant est parfaitement intégré dans son élément. Le jeune comédien a d'ailleurs été épaulé par les imitateurs Michaël Gregorio, Fabian Le Castel et Eklips durant deux mois afin de peaufiner son imitation de Denis Podalydès ainsi que sa gestuelle. Le résultat est souvent bluffant. Pour ne rien gâcher au film, la réalisatrice a fait appel au compositeur français Éric Neveux qui s'est chargé d'une bande originale très rafraîchissante et qui change de ces partitions qui dans la comédie française actuelle semblent toutes avoir été produites par une intelligence artificielle. Bref, nous avons été conquis...

 

vendredi 20 juin 2025

Le dernier souffle de Costa-Gavras (2025) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Alors que deux propositions de loi sur la fin de vie et sur les soins palliatifs ont été examinées par l'Assemblée nationale en séance publique du 12 au 27 mai, le 12 février dernier est sorti en salle le long-métrage de Costa-Gavras, Le dernier souffle. Un cinéaste engagé qui à l'âge de quatre-vingt douze ans trouve encore la force d'aborder un sujet délicat, dans un contexte mortifère mais aussi et surtout humaniste. Ne nous trompons pas. La présence à l'image de l'acteur et humoriste Kad Merad ne doit pas nous faire oublier que le film s'éloigne drastiquement du caractère habituel des œuvres que l'ancien complice d'Olivier Baroux incarne. Ici, l'occasion de rire et de sourire se fait rare bien qu'un certain sens de l'humour permette parfois de désamorcer le climat de fatalisme qui touche à peu près tous ceux que les spectateurs auront l'occasion de croiser à l'écran. Kad Merad incarne le rôle du chef d'un service de soins palliatifs. Très proche de ses patients, le docteur Augustin Masset fait la connaissance de l'écrivain et philosophe Fabrice Toussaint qui après avoir subit une IRM croise la route de cet homme qui voue son existence à accompagner des patients en fin de vie. Le dernier souffle tourne donc principalement autour de ces deux personnages. Œuvre dans laquelle le sort des patients entre en résonance avec les inquiétudes de l'écrivain qui lui-même porte en lui les ''germe endormis'' d'une maladie qui pourrait hypothétiquement se ''réveiller'' et, dans le pire, le voir finir ses jours lui-même dans un service de soins palliatifs. Très loin encore de ce supposé postulat, le film est surtout construit autour de différents témoignages de patients livrés à travers la parole du spécialiste. Costa-Gavras prend le périlleux pari d'offrir à Kad Merad la difficile mission d'incarner un personnage formidablement proche de ses patients. Acteur généralement peu en accord avec ce que l'on peut attendre de lui lorsqu'il s'agit de transmettre de l'émotion à l'écran, il trouve cependant ici l'un de ses meilleurs rôles. Posé, sobre et impliqué, Kad Merad a surtout face à lui un Denis Podalydès toujours aussi exemplaire.


Le duo fonctionne à merveille et égaye d'une certaine façon un sujet qui a priori ne prête absolument pas à sourire. Adapté par le réalisateur lui-même, le script repose à l'origine sur l'ouvrage éponyme qu'ont écrit en commun l'écrivain, philosophe et haut fonctionnaire Régis Debray et le docteur Claude Grange, praticien hospitalier spécialisé en douleurs chroniques et soins palliatifs. Plutôt que de suivre en temps réel le quotidien du service du Docteur Augustin Masset, Costa-Gavras les met en scène lui et Fabrice Toussaint dans une succession ''d'anecdotes'', de témoignages relatant certains des cas les plus difficiles et touchants qu'ait eu à traiter le spécialiste. L'occasion de suivre comme si nous y étions, le quotidien de ces hommes et de ces femmes qui vouent leur existence à celles et ceux qui bientôt vont partir. Constitué de séquences qui peuvent être envisagées sous la forme d'histoires indépendantes les unes des autres tout en étant proches par la thématique qui les lie, Le dernier souffle s'avère parfois très pesant en ce sens où la Mort rôde véritablement autour de certains plans. Difficile en effet d'oublier la séquence entre Augustin Masset et Sidonie qu'incarne la formidable Charlotte Rampling. Cette manière subtile qu'a le cinéaste de la faire disparaître de l'image. Ou plus tard, ce point d'orgue lors duquel Costa-Gavras filme en plongée l'un de ses patients quelques heures avant sa mort, entouré des siens, modifiant sensiblement l'intensité lumineuse et rendant ainsi la séquence on ne peut plus bouleversante... Bref, l'on n'indiquera sans doute pas Le dernier souffle aux personnes en période de ''sinistrose'' au vu de son sujet et pourtant, le film vaut bien quelques sacrifices. Comme celui de mettre de côté sa peur de la mort ou de partir dans l'indignité physique ou morale... Notons la présence à l'écran de l'actrice Marilyne Canto qui incarne Florence, l'épouse de l'écrivain et philosophe. Si elle débuta sa carrière au cinéma en 1978 avec L'hôtel de la plage de Michel Lang, les plus anciens téléphages se souviennent sans doute d'elle pour sa présence dans la série Joëlle Mazart (la suite de Pause-café), série où l'héroïne était incarnée par Véronique Jannot et dans laquelle Marilyne Canto incarnait le rôle d'une véritable peste prénommée Béatrice...


 

samedi 4 janvier 2025

La Conquête de Xavier Durringer (2011) - ★★★★★★☆☆☆☆



La question que je me suis posé à la fin de la projection de cette Conquête signée par le cinéaste, dramaturge et scénariste français, Xavier Durringer est celle-ci : faut-il s’apitoyer pour cet homme d'état que fut Nicolas Sarkozy lors des quelques mois qui précédèrent son élection au poste de président de la République ou bien demeurer insensible devant cet étalage quelque peu impudique mais ô combien instructif d'un exercice de l''état qui ressemble finalement en tous points à un bac à sable pour adultes ? La question reste posée. Elle et beaucoup d'autres d'ailleurs. Surtout si l'on se positionne en tant qu'inculte en la matière, portrait auquel je me référerai sans honte puisque la politique et moi, ça ne fait pas deux, ni trois, ni dix, mais mille ! Voir tous ces costards-cravates jouer avec les deniers publics, se moquer avec cynisme et désinvolture les uns des autres a toujours eu de quoi me dégoûter. Ça n'est donc certes pas pour le personnage de Nicolas Sarkozy, le nabot, le nain, décrit par certains (et avec virulence et une certaine idée du mépris et de la rancœur par un Dominique de Villepin plus vrai que nature (incarné par l'acteur Samuel Labarthe) que ma compagne et moi avons jeté notre dévolu (parmi tant d'autres) sur La Conquête, mais bien parce que l'homme politique déjà cité deux fois dans cet article est interprété par l'immense Denis Podalydès.

Pathétique ! Non pas l’œuvre de Xavier Durringer, mais cette vision qu'il nous offre des grands dirigeants de notre pays. Des gamins qui avant de penser à leurs concitoyens, n'ont d'intérêt que pour leur propre personne. Mais le cinéaste nous apprenait-il là une information que nous ignorions ? Non, bien entendu. Que les hommes politiques se déchirent à grands coups de phrases assassines ne nous étonne plus. C'est peut-être la raison pour laquelle Xavier Durringer s'est penché, au delà de la lente montée vers la plus grande marche de l’État de Nicolas Sarkozy, sur son histoire personnelle avec Cécilia, son ex-épouse.

A lire le synopsis, La Conquête avait tout de la comédie loufoque inscrite dans un semblant de biopic faisant une large place à la farce. Pourtant, il semblerait bien que la vérité ait été scrupuleusement respectée. Le film outrepassant donc les sphères publiques, on se retrouve devant un spectacle « digne » de la presse people à scandale relatant la destruction du couple Nicolas-Cécilia. A-t-on vraiment envie d'assister à tel spectacle ? Quelque part, la situation vécue par Nicolas Sarkozy, comme d'ailleurs il le fera fort intelligemment lors d'une émission télévisée, montre combien il est d'abord un homme. Comme n'importe lequel d'entre nous. Tiraillé entre sa vie privée et la scène politique.

Une scène que la plupart des interprètes a su s'approprier. A commencer par Denis Podalydès bien entendu. Dans la peau d'un Nicolas Sarkozy pas forcément attachant mais dont on conviendra qu'il avait lui aussi ses faiblesses. Un gamin, en somme. L'acteur de la Comédie Française s’approprie avec aisance cet homme politique dont il a repris le timbre de la voix et les mimiques. A ses côtés, un Bernard Le Coq en Jacques Chirac parfois saisissant. Hippolyte Girardot dans le rôle de Claude Guéant et bien sûr, Florence Pernel dans celui de de Cécilia. En entourant le personnage incarné par Denis Podalydès, chacun a mis en valeur un homme que l'on s'est acharné à montrer comme un être froid, cynique, mais qui devant la caméra de Xavier Durringer nous révèle toute sa maladroite humanité. Pas sûr que La Conquête permette à tout un chacun de changer d'opinion sur celui qui fit si peu pour son pays durant ses deux mandats, mais l’œuvre du cinéaste, en tant que telle, demeure un excellent divertissement qui de plus, ne demande aucun travail de concentration particulier pour en comprendre les ficelles. Sympa...

vendredi 8 novembre 2024

La petite Vadrouille de Bruno Podalydès (2024) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Près de dix ans après avoir tourné Comme un avion, le réalisateur, scénariste et acteur Bruno Podalydès semble vouloir ostensiblement reprendre le concept dans une version ''augmentée'' même si l'on remarque assez vite que La peite vadrouille manque parfois de cette inspiration qui à l'époque fut l'une des principales qualités de ce récit dans lequel il s'était lui-même mis en scène dans le premier rôle. Cette fois-ci, ça n'est plus à lui qu'il offre le rôle principal mais à une bande d'interprètes hétéroclites parmi lesquels l'on retrouve notamment Sandrine Kiberlain, Daniel Auteuil, son frère Denis Podalydès, Isabelle Candelier ou encore Florence Muller. Une œuvre emplie de poésie et d'innocence malgré un sujet tournant autour d'une rencontre romantique virant à l'escroquerie. Franck Pauilahc (Daniel Auteuil) est le PDG d'une grande entreprise qui demande à l'une de ses employées, Justine (Sandrine Kiberlain), de lui organiser un week-end en amoureux pour la modique somme de quatorze-mille euros. S'empressant d'en parler à son mari Albin (Denis Podalydès), celui-ci évoque l'idée de se mettre dans la poche la moitié du budget tout en proposant à quelques amis dans le besoin de se partager le reste en participant à une escroquerie dont sera la victime le pauvre chef d'entreprise. Lorsque le jour J arrive, quelle n'est pas la déconvenue du couple lorsqu'il découvre que celle qui doit partager avec Franck ce week-end en amoureux n'est autre que Justine ! Épaulés par Jocelyn (Bruno Podalydès), le frère d'Albin et accessoirement capitaine de la Pénichette, de Sandra et Rosine (Isabelle Candelier et Florence Muller) ou du jeune mousse Ifus (Dimitri Doré), Justine et et son mari vont proposer à Franck de traverser un canal à bord d'une péniche. Et alors que le PDG tentera de séduire la jeune femme, Albin et ses complices tenteront de lui soutirer un maximum d'argent... Pour son dernier long-métrage, Bruno Podalydès reste non seulement fidèle à certains interprètes mais aussi à son style si particulier. La petite vadrouille est une comédie farfelue et parfois poétique, naïve même diront certains, réunissant un panel d'interprètes qui malgré les générations qui les séparent créent au sein du casting une véritable homogénéité. Et ce, malgré le bordel ambiant qui règne au sein de cette organisation ''criminelle'' peu habituée à ce genre de manigances.


Pauvre Daniel Auteuil qui endosse ponctuellement le costume du ringard, celui que l'on n'avait sans doute pas revu depuis l'improbable La personne aux deux personnes de Nicolas et Bruno en 2008. Naïf mais touchant, il incarne donc un PDG naviguant sur les eaux troubles d'une arnaque dont les auteurs vont scrupuleusement lui vider les poches. Le film étant bourré d'idées géniales bricolées avec les moyens du bord par une équipe de bras cassés, on rit beaucoup devant les péripéties de cette bande d'escrocs amateurs. Sandrine Kiberlain n'a ici jamais parue aussi fraîche et pimpante. Presque belle finalement, dans son apparat de ''séductrice'' qui n'a franchement pas l'air d'avoir envie de jouer le jeu et se comporte comme ces mendiants qui dans les grandes villes s'inventent une histoire miséreuse pour vous soutirer quelques euros. Très drôles furent Isabelle Candelier et Florence Muller, la première se grimant notamment en artiste-peintre vendant une abominable croûte à trois mille euros (!!!) ou se relookant façon ''diseuse de bonne aventure''. Tout est bon pour vider les poches d'une bonhomme qui ne compte pas son argent. La seconde, elle, incarne tout d'abord une influenceuse qui sur internet propose ses services lors de très courtes séances de psychanalyse ou d'hypnose tandis qu'une fois embarquée à bord de la Pénichette, elle endosse le costume de l'employée un peu gauche et au regard perpétuellement inquiet ! Une grande partie du long-métrage ayant été tournée sur le canal du Nivernais, La petite vadrouille et une comédie d'aventures lancée au rythme de neuf kilomètres par heures. Une lenteur qui malheureusement se ressent au bout d'un certain temps. Car si certaines séquences s'avèrent véritablement amusante dans leur absurdité et dans l'attitude de ses personnages, le dernier long-métrage de Bruno Podalydès semble parfois inachevé. Le film ressemble au fond à ces spectacles donnés en Province, réunissant de petites troupes d'interprètes méconnues qui de villes en villages tentent de gagner leur vie en donnant des spectacles avec tout le ''talent'' qui les caractérise. Bref, si l'on aime le cinéma de Bruno Podalydès, il y a de grandes chances pour que l'on apprécie celui-ci. Les autres, eux, trouveront peut-être qu'il lui manque un peu de finition...

 

lundi 27 mai 2024

Making of de Cédric Khan (2024) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

La mise en abyme au cinéma est un exercice de style auquel se sont laissés aller un certain nombre de cinéastes et dont le français Michel Hazanavicius fut l'un des derniers représentants puisqu'en 2022 il signa le remake du film culte du réalisateur japonais Shin'ichirō Ueda, Ne coupez pas ! Lequel était sorti cinq avant que l'auteur de La classe américaine, de The Artist ou des Infidèles ne signe donc une adaptation plus sobrement intitulée Coupez !Que l'on apprécie le concept d'origine ou non, que l'on soit systématiquement réfractaire au cinéma hexagonal (oui, oui, ce genre d'individus existe réellement) et pour finir, que l'on soit d'accord ou non avec moi, le remake de Michel Hazanavicius est très nettement supérieur à l'original. Bien que le côté bricolé peut raisonnablement être perçu comme une valeur ajoutée (le Evil Dead de Sam Raimi demeure sans doute l'un des meilleurs exemples), la ligne directrice du réalisateur français, lequel a semble-t-il laissé un champ de liberté un peu moins important à ses interprètes, permet une lecture beaucoup plus claire et précise de son œuvre que celle de Shin'ichirō Ueda. Mais le sujet n'étant pas là, revenons-en au film qui nous préoccupe ici. Cédric Khan, auteur de Roberto Succo en 2001, de Fête de famille en 2019 ou du Procès Goldman l'année passée est très rapidement retourné derrière sa caméra pour nous offrir une comédie dramatique absolument remarquable. Signe de ses prévisibles qualités, la présence à l'image du pensionnaire de la Comédie Française Denis Podalydès qui derrière ce titre éminemment pompeux cache un comédien véritablement talentueux. Comme son titre l'indique, le dernier long-métrage de Cédric Khan tourne autour d'un projet cinématographique qui va s'avérer particulièrement houleux. Entre désaccord artistique lors duquel le réalisateur d'un drame social (Denis Podalydès dans le rôle de Simon) va tenter de justifier le choix du scénario face à deux représentants des producteurs, brouille entre la star du film (incarnée par un Jonathan Cohen au sommet de son art) et sa partenaire Nadia (Souheila Yacoub), budget coupé et autres problèmes liés au tournage, Making of a cette très étonnante particularité d'aborder une thématique récurrente du cinéma français de ces dix ou vingt dernières années sous le prisme de la mise en abîme.


Et ici, Cédric Khan justifie le concept à travers le choix de Simon de faire appel au jeune Joseph (excellent Stefan Crepon) qui jusque là agissait en tant que simple figurant et auquel il va confier la lourde tâche de réaliser le making-of de son long-métrage. Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas le sens de cet anglicisme, le concept est relativement simple puisqu'il s'agit d'un documentaire vidéo relatant les diverses étapes du tournage d'un long-métrage... Concernant le film de Cédric Khan, celui-ci brille non seulement par son humour mais également par sa mise en scène. En effet, Making of s'inscrit dans la grande mode des drames sociaux à la française dont s'est notamment et ponctuellement fait la spécialité le réalisateur Stéphane Brisé avec La loi du marché en 2015 ou En guerre en 2018. Dans le cas de Making of, il s'agit pour Simon de mettre en scène les ouvriers d'une usine qui a fermé ses portes et de revenir justement sur le combat qu'il menèrent contre leur ancienne direction. Contrairement à ce que désire le réalisateur, les producteurs espèrent une fin heureuse au récit de ses personnages, allant ainsi à contre-courant des événements qui se produisirent et auxquels Simon veut se tenir. Perdant plus d'un million de financement, des tensions commencent à se faire sentir au sein de l'équipe de tournage et parmi certains acteurs. Cédric Khan signe une œuvre entièrement acquise à la cause du cinéma. Avec ses bons et ses mauvais côtés. Mais là où Making of sort du lot est dans sa mise en scène ''extra lucide'', dominée par le cas de cette usine qui a fermé ses portes et par ses employés que Simon choisi de prendre comme principaux interprètes de son nouveau long-métrage. Cédric Khan met en parallèle les événements passés à ceux qui justement sont en train de parasiter le bon déroulement du tournage. Ensuite, en dehors de quelques ''Coupez !'' signifiant la fin du tournage d'une scène, le réalisateur français fait se confondre la fiction et la réalité, tant et si bien qu'il plonge les spectateur au cœur même des préoccupations de ses ouvriers mis à la porte de leur usine. Rarement l'on aura perçu une comédie dramatique comme pouvant pleinement revendiquer ces deux genres théoriquement antinomiques que sont l'humour et le drame. Car au delà de la tragédie qui vise à juxtaposer le sujet même du film de Cédric Khan à celui de Simon, Making of filme avec brio le combat d'hommes et de femmes proprement abandonnés par leur direction après des années de bons et loyaux services. Bref, un excellent film à découvrir de toute urgence...

 

mercredi 18 octobre 2023

Wahou ! de Bruno Podalydès (2023) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Visiter un appartement ou une très belle demeure, c'est parfois comme aller consulter son généraliste ou un psychiatre. C'est du moins ce qu'évoque le dernier long-métrage de Bruno Podalydès, frère de Denis, lequel est une nouvelle fois convié à participer à cette aventure quelque peu hors du commun. La branche familiale s'est depuis quelques années étoffées puisque après que Jean Podalydès ait débuté sa carrière en 1994 dans le court-métrage Voilà, Nino est quant à lui apparu pour la première fois dans Bancs publics (Versailles rive droite) en 2009. L'un et l'autre ont donc rejoint père et oncle le temps de quelques scènes captées lors de ce qui reste pour son auteur une fantaisie et pour son producteur un pur moment de divertissement. Il est vrai qu'à l'issue de la projection, Wahou ! laisse une impression très particulière. S'il s'agit bien d'une fiction, la comédie de Bruno Podalydès semble avoir surtout été tournée dans la bonne humeur entre actrices et acteurs particulièrement courtois et attachés les uns aux autres. De cette interjection qui semble susciter l'enthousiasme de celles et ceux qui l'emploient se dégage une certaine ironie. La rivalité qui existe entre l'assurance du propriétaire sûr d'être dans son bon droit d'afficher une certaine arrogance et la retenue dont font preuve la plupart des futurs acheteurs dont le comportement est celui de visiteurs de musées n'est ici pas toujours assumée. Ce qui laisse pour certains personnages tout loisir d'exprimer leur mécontentement et ainsi afficher à leur tour le mépris pour celui ou celle qui veut vendre son bien. Wahou ! est une collection de vignettes, de scénettes mettant en scènes vendeurs et acheteurs. Partageant l'action entre une superbe demeure appartenant au couple interprété par Sabine Azéma et Eddy Mitchell et un appartement tout neuf mais dont les travaux seront véritablement achevés dans quelques mois, Bruno Podalydès convie une armada d'actrices et d'acteurs qui pour une partie d'entre eux ont déjà tourné avec lui. Le spectateur retrouvera la légèreté et la poésie typique de son cinéma et notamment celui de l'excellent Comme un avion pour ne citer que l'un de ses derniers films. Citons tout d'abord Karin Viard qui en 2018 interpréta la Marquise de Grand-Air dans Bécassine !, Sabine Azéma que l'on découvrit dans Le mystère de la chambre jaune en 2003 et Le parfum de la dame en noir deux ans plus tard. Agnès Jaoui qui incarna le rôle de Laëtitia dans Comme un avion en 2015, Claude Perron qui elle aussi participa au tournage de Bécassine !


Ou encore Florence Muller (excellente en infirmière dépressive), Isabelle Candelier (magistrale dans le rôle de l'hypothétique acheteuse) et Patrick Ligardes (dans celui de son irascible époux) qui tous les trois sont des réguliers de l'univers de Bruno Podalydès. Quelques nouvelles têtes apparaissent également comme Roschdy Zem, Félix Moati ou Manu Payet. Wahou ! n'étant évidemment pas parfait, le niveau des séquences n'est pas toujours très élevé. On appréciera moins certains passages malgré tout rehaussé par un nouveau venu (Roschdy Zem apportant un peu de sel lors d'une séquence un peu plate). En vieux bougon, Eddy Mitchell est irrésistible tandis que Florence Muller et Isabelle Candelier rehaussent à elles seules certaines scènes. Entre l'engouement de l'une pour la superbe propriété du couple Ramatuelle et l'émouvante détresse de l'autre, l'homme et la femme dans leur globalité passent par différentes étapes émotionnelles que Bruno Podalydès pointe avec justesse. Quelques séquences plus inhabituelles se détachent comme celle lorsque Denis Podalydès visite à son tour l'appartement. Pas un mot mais quelques amusantes expressions faciales. Un petit tour et puis s'en va devant l'air hébété de Karin Viard qui aux côtés de Bruno Podalydès incarnent le duo d'agents immobiliers Catherine Bourbialle et Oracio Sanchez (à noter que ce dernier est accompagné de près par le stagiaire Jim qu'interprète Victor Lefebvre). Bref, Wahou ! est, sous ses allures de petite comédie sans prétention au budget ultra light (le film fut financé à hauteur d'un million et deux-cent mille euros!), un pur moment de plaisir. Une galerie de personnages hauts en couleurs servis par de talentueux interprètes pour une satire innocente dans l'univers de l'immobilier et de ceux qui gravitent autour...

 

mardi 21 décembre 2021

Oranges sanguines de Jean-Christophe Meurisse (2021) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

J'avoue, de Jean-Christophe Meurisse, je n'avais jusqu'ici jamais entendu parler. Pourtant, cet acteur, scénariste et réalisateur est à l'origine de trois longs-métrages dont le dernier Oranges sanguines est sorti le 17 novembre dernier en salle. Une fois passée les portes du cinéma et retrouvée la lumière et la chaleur des rayons du soleil, une chose est certaine : cette comédie dramatico-horrifique ne nous aura rien épargné. Entre rire et malaise. Tout y commence avec l'évocation d'un concours de danse auquel doivent bientôt participer le couple formé par Laura et Olivier (respectivement interprétés par les anciens Deschiens Lorella Cravotta et Olivier Saladin), et se poursuit par une longue discussion entre un jeune avocat coincé et sa petite amie pour ensuite se diriger vers une route de campagne sur laquelle le ministre des finances soupçonné d'avoir détourné de l'argent pour son profit personnel va tomber en panne. Si Oranges sanguines est tout d''abord la promesse de rires presque ininterrompus (il suffit d'avoir été dans une salle de cinéma pour entendre le public rire aux éclats durant une bonne partie du film pour s'en convaincre), le long-métrage de Jean-Christophe Meurisse bifurque en passant de l'humour à l'horreur ''champêtre''. Une approche presque digne d'un certain Massacre à la tronçonneuse devant lequel il y a longtemps, les spectateurs firent connaissance avec une famille américaine de dégénérés. Source d'inspiration infinie, ce film de 1974 semble avoir une fois de plus encouragé un cinéaste à se pencher sur ces individus créés par une société inhumaine et individualiste...


Un couple de retraités financièrement pris à la gorge. Une adolescente de seize ans qui compte bien faire l'amour pour la première fois lors d'une fête organisée par des amis. Un ministre corrompu qui bientôt va découvrir ce qu'est la France profonde. Un jury dont les membres ne font que s'engueuler au sujet des conditions de remise d'un prix de danse. Une gynécologue sans filtre (l'actrice et humoriste Blanche Gardin telle qu'on la connaît) qui fait un exposé sur le sexe féminin et son usage. Ou encore un dingue qui ne semble faire aucune distinction entre un porc, une femme et un homme. Bienvenue dans l'univers trash et déjanté de Jean-Christophe Meurisse. Un long-métrage qui, semble-t-il est pratiquement passé inaperçu alors même qu'il s'agit sans doute de l'une des meilleures propositions de comédies françaises de l'année 2021 ! Oranges sanguines passe du concours de danse au drame social en passant par l'évocation des premiers émois, au sexe, et jusqu'au viol, le film se transformant carrément en rape and Revenge à la française. Autant dire que l'on réfléchira un long moment avant de mettre de jeunes enfants devant l'écran lorsque le film sera à nouveau disponible à l'achat, en streaming ou diffusé sur une chaîne de télévision nationale...


Parmi les quelques interprètes évoqués ci-dessus nous retrouvons également Denis Podalydès dans le rôle de l'avocat du ministre Stéphane Lemarchand (interprété quant à lui par Christophe Paou), la jeune Lilith Grasmug dans le rôle de l'adolescente Louise ou Vincent Dedienne et l'excellente Guilaine Londez dans ceux de deux membres du jury du concours de danse. Sans oublier Fred Blin, ici digne successeur de Jackie Berroyer/Bartel du film culte de Fabrice du Welz, Calvaire (2004). Quant à l'ancien animateur de télévision Patrice Laffont, il joue le rôle du président de ce même jury. On rit beaucoup mais l'on grince aussi parfois des dents devant le traitement que subira par vengeance l'un des personnages du film. Les changements de ton sont courants, le film passant d'un humour parfois cru (on y parle handicapés sans retenue) à un autre tellement noir que les spectateurs auront fini dans la salle par ne plus oser rire, réellement outrés par ce qu'ils découvrirent à l'écran ou réellement gênés à l'idée que l'on ait pu les croire aussi dérangés que le dingue qui subitement vient ''joyeusement'' pervertir le récit. Celles et ceux qui s'attendaient à découvrir une comédie fade et sans saveur comme la plupart de celles qui sortent chaque année dans notre pays furent sans doute très surpris. Quant aux autres, sûr qu'ils ont dû prendre leur pied. Jouissif...

 

dimanche 12 décembre 2021

La belle époque de Nicolas Bedos (2019) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Second long-métrage du réalisateur, scénariste, écrivain, humoriste et acteur (et accessoirement, fils de Guy Bedos) Nicolas Bedos, La belle époque fait partie de ces quelques films qui chaque année réussissent le pari de dépoussiérer la comédie française grâce à une écriture et une mise en scène intelligente. Après avoir débuté au théâtre, écrit plusieurs ouvrages littéraires, fait partie de l'une des équipes de Laurent Ruquier dans l'émission On n'est pas couché entre 2013 et 2015, Nicolas Bedos signe son premier long-métrage en 2017 avec Monsieur et Madame Adelman et réapparaît donc deux ans plus tard avec son antépénultième film. Une œuvre brillante sur le temps qui passe, la monotonie et le couple qui se déchire avant de se séparer. Une entrée en matière qui fait place au désir de retrouver pour son héros, le temps où le bonheur allait pour lui, commencer. Sa rencontre avec celle qui deviendra son épouse. À soixante ans et des poussières, Victor (Daniel Auteuil) peine à retrouver l'inspiration. Célèbre pour avoir été l'auteur de plusieurs bandes-dessinées il y a fort longtemps, les rapports qu'il entretient avec son épouse Marianne (Fanny Ardant) se sont si bien délabrés qu'aujourd'hui, le voilà à la porte de chez lui. Sans un sou mais avec en poche, une invitation à (re)vivre un jour très particulier. Offerte par son fils Maxime (Michael Cohen), celle-ci offre à Victor le choix de revivre une date précise dans le passé. Mais plutôt que de choisir de rencontrer ou de se glisser dans la peau d'Adolf Hitler ou d'Ernest Hemingway, Victor choisi de revivre celui de sa rencontre avec Marianne quarante ans plus tôt. Le 16 mai 1974, dans un café situé à Lyon, La belle époque ! Antoine (Guillaume Canet), l'ami de Maxime, est l'organisateur de ces soirées, véritables voyages dans le temps. Il accepte de prendre en charge la demande de Victor et fait recréer par son équipe de techniciens, la rue et les commerces qui jouxtaient à l'époque le fameux café qui depuis n'existe plus. Maintenant que les acteurs au service d'Antoine savent quel rôle ils auront à jouer et que tout est prêt pour accueillir Victor, ne reste plus à trouver celle qui incarnera Marianne le jour de leur rencontre...


Avec La belle époque, Nicolas Bedos parvient à nous replonger dans une période pas si lointaine qui autorisait encore que l'on fume dans les bars. Retrouvant le charme des années soixante-dix, avec ses voitures d'antan et ses modes vestimentaires, le film se concentre sur les histoires que vivent en parallèle Victor et son épouse ainsi qu'Antoine et sa petite amie Margot qu'interprète formidablement l'actrice Doria Tillier. Un casting de choix notamment complété par Pierre Arditi et Denis Podalydès mais aussi toutes celles et ceux qui interprètent des seconds voire, des troisièmes rôles. Entre théâtre et voyeurisme façon Le Loft (Guillaume Canet/Antoine et plusieurs membres de son équipe son dissimulés derrière des glaces sans teint et soufflent les répliques à ceux qui parfois les oublient), La belle époque nous conte une jolie histoire où l'amour est au centre des débats. Ou comment retrouver la flamme lorsqu'elle s'est éteinte et mieux comprendre ce qui poussé le couple à se quitter. Daniel Auteuil est touchant, conquis par cette jeune femme, belle, au point d'en oublier que tout n'est qu'artifice. Derrière les manettes de producteur et scénariste, Guillaume Canet/Antoine s'érige en un dieu qui cependant, perdra parfois le contrôle de la situation. Amusant, parfois cynique (le spectacle démarre de manière très frontale même si le scénario calmera le jeu par la suite). On retiendra moins les décors que la performance des interprètes qui tous se valent. On sera moins séduits par ce retour en arrière de quatre décennies que le jeu de séduction entre Doria Tillier et Daniel Auteuil. Car les vraies vedettes, ce sont eux. Et certainement moins Guillaume Canet qui tente de se racheter une conduite auprès de sa belle. Et encore moins encore Denis Podalydès qui dans le rôle de l'amant de Marianne ou Pierre Arditi qui dans celui d'un fils profite de la situation pour revivre quelques moments forts auprès de son père, s'avèrent quelque peu en retrait. Quant à Fanny Ardant, si elle brille souvent par son absence (malgré quelques tacles ponctuels absolument jouissifs), l'actrice nous réserve en compagnie de Daniel Auteuil un final chargé en émotions. Bref, La belle époque est de ces films qui surprennent par leur intensité et leur intelligence. Des personnages attachants, une mise en scène brillante et un scénario intelligent. De quoi passer deux heures de pur délice...

 

mardi 10 novembre 2020

Bécassine de Bruno Podalydès (2018) - ★★★★★★★☆☆☆




Nous n'attendions pas vraiment le dernier long-métrage de Bruno Podalydès au tournant, lui qui ne nous a jamais déçu jusqu'ici. De son avant dernier film Comme un Avion sorti trois ans auparavant, nous avions conservé un excellent souvenir. Une œuvre fantaisiste brillant par sa simplicité, qui avait su nous charmer. Affirmer que nous n'avons pas ressenti la moindre appréhension devant le titre de son dernier bébé serait mentir. Bécassine, cette bande dessinée créée par l'écrivain(e) Jacqueline Rivière et le dessinateur Émile-Joseph-Porphyre Pinchon il y a plus d'un siècle avait de quoi nous interloquer. Son physique ingrat, et son importante niaiserie font donc de ce personnage un peu vieillot, le sujet du nouveau film de Bruno Podalydès qui une fois encore, confie l'un des rôles à son frère Denis. Le personnage de Bécassine est quant à lui confié à l'actrice Émeline Bayart dont la carrière au cinéma compte une quinzaine de longs-métrages. Davantage habituée des planches de théâtre où elle officie très régulièrement depuis le début du siècle, l'actrice incarne donc ce personnage haut en couleur immédiatement identifiable grâce au costume qu'elle porte en permanence : une robe verte, ainsi qu'un tablier et une coiffe de couleur blanche.
Le récit débute alors que Bécassine n'est qu'une très jeune enfant. Vivant avec père et mère dans une ferme bretonne, elle s'ennuie très vite. Elle peut malgré tout compter sur la gentillesse de son seul véritable « ami », l'oncle Corentin (Michel Vuillermoz). Le rêve de Bécassine est de monter sur Paris. C'est lorsqu'elle atteint l'âge adulte qu'elle décide de prendre son baluchon et de monter vers la capitale. Mais en chemin, elle croise la route de la Marquise de Grand-Air et de son prétendant Adelbert Proey-Minans. Alors qu'ils viennent de congédier la nourrisse de leur petite Loulotte (qui sera interprétée plus tard par la jeune Maya Compagnie), la jeune (rebelle et garçon manqué) Marie Quillouch (Vimala Pons qui incarnait déjà un rôle important dans le précédent long-métrage de Bruno Podalydès), la marquise propose à Bécassine de les accompagner jusqu'au Château et de s'occuper de la petite...

Voici donc comment débute à peu de chose près l'aventure de l'héroïne de bande dessinée, et ce qui frappe tout d'abord, c'est le soin apporté aux décors. Œuvre du décorateur français Wouter Zoon, lequel a travaillé pour des cinéastes aussi divers que François Ozon, Pascal Bonitzer et Ari Kaurismäki, le travail accompli est remarquable. Il n'est pas rare que l'on ressente l'impression d'être placé devant des œuvres picturales auxquelles aurait donné vie Wouter Zoon par on ne sait quel miracle. Ensuite, plus que l'humour (qui ne génère finalement que des rires très sporadiques), c'est la poésie qui se dégage de l’œuvre de Bruno Podalydès qui maintient un certain intérêt. Sans elle, il est à craindre que le film n'aurait sans doute pas eu le même charme. C'est même avec un certain dédain que l'on assiste aux premières scènes d'un film dont on se demande pour l'instant où il veut en venir. Ça n'est d'ailleurs pas du côté du scénario qu'il faudra rechercher l'intérêt de Bécassine ! mais plutôt de celui de ces quelques moments de magie dont Bruno Podalydès parsème son long-métrage. Chaque personnage a droit à son portrait haut en couleur et caricatural. D'un côté, les bourgeois campés par Denis Podalydès et Karin Viard, de l'autre, les domestiques incarnés par Josiane Balasko, Isabelle Candelier, Jean-Noël Brouté et Philippe Uchan. Entre eux, une Émeline Bayart qui au sortir de son personnage passablement stupide, révèle son talent de comédienne, ainsi qu'un Bruno Podalydès s'offrant le rôle de Rastaquoueros, ce marchand de rêve ambigu dont l'acteur-réalisateur préfère ne pas définitivement ranger au rayon des escrocs.

Un visuel enchanteur et des moments de grâce qui font oublier la maigreur du scénario, et une interprétation touchante, notamment de la part de Émeline Bayart qui auprès de la jeune Maya Compagnie campe une Bécassine proche de la jeune Loulotte. Bécassine ! est typiquement le,genre de long-métrage à l'attention des familles. Il comblera les parents ainsi que les enfants. Si Bruno Podalydès ne réalise pas là, son meilleur film, il aura au moins réussi à s'approprier l'univers de Jacqueline Rivière et de Émile-Joseph-Porphyre Pinchon pour en faire une sympathique adaptation. A noter l'excellente partition musicale notamment constituée d'oeuvres signées de Max Richter, Mozart, Bach, Chopin ou encore Stavros Xarhakos...

dimanche 20 septembre 2020

Effacer l'Historique de Gustave Kervern et Benoît Delépine (2020) - ★★★★★★★★☆☆





Samedi 19 Septembre 2020, Cinéma des Corbières à Sigean. Cinq spectateurs, pas un de plus pour découvrir le dernier long-métrage de Gustave Kervern et Benoît Delépine. Est-ce le mauvais temps qui a découragé les gens à venir en masse ? Ou bien le port du masque obligatoire même si dans un si petit cinéma, les gérants y sont plutôt cool ? Peut-être est-ce plus simplement le manque de communication sur la toile car peu d'informations, voire aucunes, n'a filtré sur sa diffusion dans cette charmante petite ville qu'est Sigean. Il fallait pour le savoir, être passé devant le cinéma ou avoir été mis au courant par une personne au courant de l'événement. Effacer l'Historique est le neuvième long-métrage du duo formé par Gustave Kervern et Benoît Delépine qui se sont d'abord fait connaître sur la chaîne Canal+ avant de débuter leur carrière cinématographique en 2004 avec leur premier long-métrage Aaltra (Benoît Delépine ayant en réalité fait ses premières armes aux côtés de Christophe Smith huit ans auparavant avec le court-métrage À l'Arrachée). Seize ans plus tard, rien n'a vraiment changé. Ou plutôt, si. Car si le fond est toujours le même, la forme a pris une ampleur incroyable dans la maîtrise de ces deux maîtres es cynisme. Avec une rigueur ''militaire'' (une expression qui devrait forcément leur déplaire), Gustave Kervern et Benoît Delépine démontent les maux de notre société avec aujourd'hui en toile de fond, la technologie dans son ensemble, et plus précisément certains outils comme les téléphones portables et les réseaux sociaux. En matière de social, justement, les deux hommes en profitent notamment pour s'attaquer également de front à l'administration...





Toujours aussi mordants et cyniques, Gustave Kervern et Benoît Delépine plongent le spectateur dans un univers comparable à ceux proposés par les cinq saisons de la série britannique Black Mirror. Mais plutôt que de projeter leurs personnages dans un futur proche, les deux réalisateurs et scénaristes envisagent leur film sous un paysage actuel dans lequel la technologie a pris une place si importante qu'elle emprisonne ceux qui la consomment. C'est dans ce contexte (sur)réaliste qu'interviennent les trois anciens gilets jaunes Marie, Christine et Bertrand, trois amis respectivement interprétés par Blanche Gardin, Corrine Masiero et Denis Podalydès. Trois individus qui vont régler leurs comptes avec cette put.... de technologie dont ils sont malgré eux devenus esclaves. En effet, après une soirée trop arrosée dans un bar lors de laquelle elle a couché avec un ''Saxetapeur'' (excellent Vincent Lacoste) qui a filmé leur rapport, elle est menacé par le jeune homme de mettre en ligne la vidéo si elle refuse de lui donner dix-milles euros. Bertrand, père d'une adolescente harcelée et filmée par certains de ses camarades à l'école fait tout ce qu'il peut pour faire retirer la vidéo de facebook. Mais après des dizaines de relances par courrier, il n'a toujours obtenu aucune réponse. Quant à Christine, chauffeur VTC, elle se désespère de ne recevoir de ses clients que des mauvaises appréciations. En guerre contre ceux qui minent leur existence, les trois amis se lancent à leur assaut...


Gustave Kervern et Benoît Delépine signent sans doute leur film le plus abouti. Bien que la plupart des sujets abordés soient à l'origine d'une comédie particulièrement amère, on s'étonne de rire aux éclats à certains moments clés du long-métrage. L'interprétation du trio de tête y est évidemment pour beaucoup mais le script lui-même également. Totalement absurde mais reflétant l'inquiétante dictature des réseaux sociaux et leur monopole sur les données personnelles, en un peu plus de cent-cinq minutes seulement Effacer l'Historique propose un catalogue effarant de situations aussi glaçantes que réalistes même si elles sont en général enrobées sous des dehors de comédie bouffonne. Effacer l'Historique est non seulement l'occasion de découvrir un trio d'interprètes étonnants mais également des seconds rôles savoureux. Vincent Lacoste donc, mais aussi Benoît Poelvoorde en livreur ''Alimazone'', Bouli Lanners dans le rôle de ''Dieu'', un hacker vivant au sommet d'une éolienne, Philippe Rebbot dans le rôle de l'individu ayant toutes les clés pour profiter du système ou encore l'écrivain Michel Houellebecq pour un passage en forme de clin d’œil dans lequel il incarne un homme suicidaire. Humour noir, cynisme, bourré d'idées géniales et de répliques déjà cultes, l’œuvre de Gustave Kervern et Benoît Delépine n'oublie cependant pas de faire passer un message d'espoir et s'autorise, après la dérision, le désespoir et la noirceur, une jolie touche de poésie. LE chef-d’œuvre du duo ? Et pourquoi pas, tiens...

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