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lundi 14 juillet 2025

I Love You de Marco Ferreri (1985) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Cinéaste italien à être passé maître dans l'art de la provocation et pour certains dans celui du mauvais goût, Marco Ferreri abordera les thèmes de l'anthropophagie, du sadomasochisme, du suicide collectif, de l'automutilation, de la folie humaine sous toutes ses formes et autres joyeusetés, faisant souvent scandale comme lors de la projection de La grande bouffe au festival de Cannes en 1973 où une partie du public les sifflera lui et son œuvre. Auteur de quelques chefs-d’œuvre comme le formidable Le Mari de la femme à barbe dans lequel Ugo Tognazzi y rencontrait une Annie Girardot atteinte d'hypertrichose, Marco Ferreri n'a pas connu que le bonheur de voir ses films être hissés au panthéon du septième art puisque I Love You fut de manière presque générale descendu par la presse. Tout d'abord affligé de remarques acerbes lors de son passage à Cannes (qui depuis un certain temps est devenu le Festival des Cons!) en 1986 lors de sa présentation en compétition, il est vrai que pour son vingt-cinquième long-métrage (téléfilms compris mais œuvres collaboratives exclues), Marco Ferreri réalise un long-métrage plutôt faible, évoquant la curieuse emprise d'un porte-clés en forme de tête de poupée sur son nouveau propriétaire qui lors d'une balade trouve l'objet sur le sol... Notre héros prénommé Michel est-il devenu fou ? La réponse semble être oui, du moins jusqu'à ce qu'il fasse la connaissance de Pierre (l'acteur Marc Berman), ''heureux'' propriétaire lui aussi d'une tête de poupée dont la seule différence est la couleur des yeux. Objets de fantasme devenus indispensables pour l'un comme pour l'autre des deux hommes, ils ont a particularité de prononcer la phrase ''I Love You'' lorsque l'on siffle. Incarné par Christophe Lambert qui vient tout de même d'enchaîner avec Greystoke, la légende de Tarzan de Hugh Hudson, Subway de Luc Besson et Highlander de Russell Mulcahy, pour l'acteur la prise de risque de tourner pour ce projet apparemment fou du cinéaste italien est énorme. L'on retrouve le regard et le rire si particulier de l'acteur franco-américain dont la présence à l'écran est renforcée par celle de l'acteur et chanteur Eddy Mitchell qui incarne Yves, ami et voisin un brin collant de Michel, mais aussi celles d'Agnès Soral, Flora Barillaro, Laurence Le Guellan, Laura Manszky ou de Jeanne Marine dont les personnages de femmes tombent toutes ou presque systématiquement et de manière incompréhensible sous le charme du jeune homme.


Un individu pourtant très peu entreprenant, voire même distant, ne s'exprimant que lorsque cela lui semble vraiment nécessaire, Christophe Lambert apparaît donc dans un rôle quasi autiste, ne réservant sa parole qu'en de rares occasions et majoritairement à l'attention de ce petit objet qu'il conserve précieusement, avec lequel il dort ou part travailler. Une complicité entre l'homme et cet objet qui répète sans cesse la même petite phrase. I Love You mêle ainsi la solitude de son principal personnage, véhiculant une profonde tristesse dans un univers dont la froideur est parfaitement retranscrite à l'image. Malgré un sujet qui tourne autour de la paraphilie et connaissant l'amour de Marco Ferreri pour la provocation, le long-métrage demeure relativement sobre. En dehors d'une séquence lors de laquelle Michel se masturbe devant son écran de télévision sur lequel il vient de fixer la petite tête de poupée, I Love You a peu de chance de retourner les estomacs des plus fragiles. Tout au plus le film emmerdera prodigieusement ceux qui n'auront pas détecté ces pointes de poésie ou de mélancolie qui traversent pourtant cette œuvre pas toujours facile d'accès. L'on reprochera sans doute au réalisateur et à ses interprètes leur approche expérimentale du sujet et ce que l'on peut déceler comme part d'improvisation dans le jeu et les dialogues. Le scénario, en outre peu inspiré et pourtant écrit en collaboration entre Marco Ferreri, Enrico Oldoini et Didier Kaminka, contraint ses interprètes à tourner en rond sans que le récit n'évolue réellement. L'ennui du spectateur devenant ainsi sans doute la projection de celui que vivent ses personnages. L'on notera tout de même le choix des décors de Jean-Pierre Kohut-Svelko avec lequel collabora le cinéaste polonais Andrzej Żuławski dix ans plus tôt sur le bouleversant L'important c'est d'aimer. Ce même goût pour les lieux austères qui laissent augurer une vision monotone dans la vie des personnages. Un univers ''zulawskien'' qui transmet au spectateur une certaine froideur que pas même le chaleureux timbre de voix de Christophe Lambert ne parvient à lui transmettre. Bref, I Love You est un curieux film, dont le contexte évolue peu et plutôt timidement. Une œuvre mineure dans la carrière de son auteur et dans laquelle l'on assiste à quelques intéressantes apparitions (Anémone, Jean Reno) mais qui mérite tout de même d'être découverte... avant d'être rapidement oubliée...

 

mercredi 3 janvier 2024

La totale de Claude Zidi (1991) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

En 1994, le réalisateur James Cameron signait True Lies. Un film d'action mâtiné de comédie et d'espionnage dans lequel il offrit le rôle principal à l'acteur Arnold Schwarzenegger qu'il avait déjà dirigé dans Terminator en 1984 et dans sa suite sept ans plus tard. Et bien que le réalisateur et scénariste américain ait écrit lui-même le script de son long-métrage, l'idée originale, il la due au cinéaste français Claude Zidi. En effet, l'existence de True Lies aurait sans doute été remise en question si en 1991 n'était pas sorti sur les écrans de cinéma, La totale !. Une comédie d'espionnage cette fois-ci incarnée par Thierry Lhermitte, lequel était déjà apparu dans l'univers de Claude Zidi dans les deux premiers volets de la trilogie Les ripoux en 1984 et 1990 ainsi que dans Les rois du gag en 1985. Deux ans après Ripoux contre ripoux dans lequel l'acteur partageait la vedette aux côtés de Philippe Noiret, Grace de Capitani, Line Renaud, Michel Aumont, Jean Benguigui, Guy Marchand et Jean-Pierre Castaldi, Thierry Lhermitte endosse le costume de François Voisin que les membres de sa famille croient être un employé des télécoms. Le concept semble reposer sur un principe simple : Qu'au sein d'une même famille, tout le monde peut avoir ses petits secrets... Car comme le spectateur le découvrira tout d'abord dès les premières secondes, le héros de ce récit est en fait un espion qui sous couverture travaille pour Braquet (le chanteur, musicien, compositeur et acteur François Hadji-Lazaro disparu cette année), le chef des services secrets. Épaulé par son collègue Albert Grelleau, un inventeur de génie spécialisé dans les nouvelles technologies qu'incarne le fameux Eddy Mitchell, François cache à sa famille la véritable nature de sa fonction. Mais alors que son épouse Hélène (Miou-Miou) rêve d'une existence plus... '''mouvementée'', celui que tout le monde croit effectuer un métier monotone est actuellement chargé d'espionner le trafiquant d'armes Sarkis (l'acteur Jean Benguigui). Un métier à risque donc, auquel vont venir se greffer des événements dont François se serait bien passé. Non content de découvrir que son fils Julien (Sagamore Stévenin) vole de l'argent dans le manteau de son ami Albert, qu'il ne va plus à l'école depuis un mois et qu'il passe tout son temps dans un hangar à chanter du rap, François découvre en outre qu'Hélène, laquelle rêve d'aventure, entretient des rapports avec un certain Simon qui se prétend être un espion au service de la nation.


Incarné par l'humoriste et acteur Michel Boujenah, celui-ci se présente comme un homme à l'existence périlleuse alors même que le récit le décrira comme un individu mythomane jouant un rôle pour attirer des femmes de type ''bourgeoises et propres sur elles'' dans son lit. Comme souvent chez Claude Zidi depuis quelques années, La totale ! se joue des frontières strictes de la comédie pour s'employer à fréquenter des univers à priori incompatibles mais qui permettent d'intéresser le public à des courants qu'il n'aurait peut-être pas envisagé d'observer. Pourtant, tout aussi pris par l'idée d'inscrire son œuvre dans la comédie d'espionnage, Claude Zidi n'oublie pas que l'humour est la forme primaire de son art et nous propose donc une comédie aux dialogues souvent savoureux. Car face au sérieux de Thierry Lhermitte/François Voisin dont le personnage conserve toute la rigueur qu'exige son métier d'espion, le réalisateur gratifie par contre Eddy Mitchell de lignes de dialogue aux petits oignons. La relative rigueur qu'impliquent les différentes filatures est donc contrebalancée par ce personnage cynique qui à l'époque colle souvent à la peau de l'ancien membre du groupe de rock, Les chaussettes noires ! On pense bien sûr à Je vais craquer de François Leterrier dans lequel, en 1980, il interprétait son propre rôle, à Coup de torchon de Bertrand Tavernier l'année suivante où il jouait celui de Nono ou encore du satirique Promotion canapé de Didier Kaminka en 1990 et dans lequel il enfilait le costume d'un délégué de la CGT. Certains, et même beaucoup, préfèrent le remake de James Cameron et ils en ont bien le droit. Comme l'on peut tout à fait lui préférer cette version plus ''légère'' sans être taxé de chauvinisme. S'agissant d'ailleurs des origines réelles ayant inspiré le français ou l'américain, il faut savoir qu'à la base, le script de La totale ! et donc celui de True Lies ressemblerait étonnamment au scénario qu'aurait écrit et proposé en 1981 aux chaînes de télévisions françaises, le scénariste Lucien Lambert. Ce dernier engagera d'ailleurs un procès pour contrefaçon qu'il remportera en cours d'appel au début des années 2000...

 

mardi 24 octobre 2023

La galette du roi de Jean-Michel Ribes (1986) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

 

Huitième réalisation de Jean-Michel Ribes, La galette du roi précède de deux ans la série télévisée Palace que les cinquantenaires et plus connaissent forcément. L'une des particularités du cinéma du réalisateur et scénariste français est le foisonnement d'interprètes qui apparaissent généralement dans chacun de ses films. Jean-Michel Ribes aura surtout œuvré pour le petit écran mais les amateurs des salles obscures auront malgré tout eu l'opportunité de découvrir certaines de ses œuvres au cinéma à l'image des sympathiques Musée haut, musée bas en 2005 et de Brèves de comptoir en 2014. La galette du roi est le second véritable long-métrage de Jean-Michel Ribes qui débuta dans la mise en scène sept ans auparavant en tournant son premier film Rien ne va plus qu'il écrivit en compagnie de l'acteur Philippe Khorsand que l'on retrouve justement ici dans le rôle de l'un des trois gardes du corps chargés de protéger le roi du surgelé Victor Harris (Roger Hanin) et du réalisateur Laurent Heynemann auquel on doit notamment d'avoir mis en scène l'excellent Les mois d'avril sont meurtrier en 1987. Sur le ton de la comédie, La galette du roi met en scène une tribu importante de personnages majoritairement installés sur l'île imaginaire de Corsalina où vit principalement le roi Arnold III qu'incarne Jean Rochefort. Sa fille Maria-Helena (l'actrice Pauline Laffont) doit prochainement épouser Jérémie Harris (Christophe Bourseiller), le fils de Victor Harris. Les pères de l'un et l'autre des futurs jeunes époux supposent alors pouvoir bénéficier de la dot qu'apportera leur union. Car si le roi de Corsalina et celui du surgelé se montrent empressés, c'est parce qu'ils ont le couteau sous la gorge. En effet, le premier est redevable d'une très forte somme d'argent qu'il doit rembourser au mafioso Jo Longo (Eddy Mitchell) tandis que le second est pressé par les banques de rembourser ses dettes. Afin de protéger l'arrivée de Victor Harris sur l'île, trois hommes sont engagés : Léo (Pierre-Loup Rajot), Clermont (Philippe Khorsand) et celui que l'on surnomme L'élégant (Jean-Pierre Bacri).


L'arrivée sur l'île du prince Utte de Danemark risque en revanche de remettre en cause les épousailles de Maria-Héléna et Jérémie. En effet, l'homme est très amoureux de la jeune femme qui elle-même ne semble pas indifférente aux ''charmes'' du scandinave. Un danois interprété par Jacques Villeret qui trois ans après avoir incarné le personnage de Reichsminister Ludwig von Apfelstrudel dans Papy fait de la résistance de Jean-Marie Poiré est une nouvelle fois grimé en un improbable personnage. On ne croit évidemment pas à cette amourette entre ce petit bonhomme excentrique et légèrement bedonnant et cette Marilyn ''Made in France'' mais cela participe de cet univers totalement bancal que viennent de créer Jean-Michel Ribes, Philippe Khorsand et Laurent Heynemann. Le réalisateur et scénariste en profite pour intégrer au récit quelques interprètes qu'il retrouvera deux ans plus tard dans la série Palace. C'est ainsi que l'on découvre donc Philippe Khorsand qui en 1988 et 1989 et sous le nom de Monsieur Lox aura la tâche ô combien difficile d'assurer la direction du palace tandis que Laurent Spielvogel qui dans La galette du roi incarne le rôle de Chanterelle interprétera celui du maître de Rang Gontran dans la série télévisée. Il demeure difficile d'évaluer très objectivement les qualités artistiques du second long-métrage de Jean-Michel Ribes tant il se fond dans un univers volontairement absurde. Certains bons mots côtoient donc la comédie dans ce qu'elle peut avoir parfois de plus nanardesque. Dans l'ensemble, La galette du roi se regarde avec l'esprit du circonspect qui se demande ce qui lui est passé par la tête de se lancer dans une telle projection. Surtout, le film a bien mal vieilli. Mais si l'on scrute dans le détail, certains passages peuvent, au mieux, s'avérer amusants. À l'image d'Eddy Mitchell et de son personnage de mafieux un brin précieux qui ne se déplace jamais sans son peigne, de Jacques Villeret et de son improbable chevelure ''dorée'' ou encore de Claude Piéplu et sa célébrissime voix. On sent bien que les interprètes ont pris du plaisir à se réunir autour d'un projet totalement délirant. Mais cela suffit-il à faire de La galette du roi une comédie réussie ? Pas vraiment car rire ou sourire y est devenu une denrée si rare que l'occasion de faire travailler ses zygomatiques y sera quasiment absente...

 

mercredi 18 octobre 2023

Wahou ! de Bruno Podalydès (2023) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Visiter un appartement ou une très belle demeure, c'est parfois comme aller consulter son généraliste ou un psychiatre. C'est du moins ce qu'évoque le dernier long-métrage de Bruno Podalydès, frère de Denis, lequel est une nouvelle fois convié à participer à cette aventure quelque peu hors du commun. La branche familiale s'est depuis quelques années étoffées puisque après que Jean Podalydès ait débuté sa carrière en 1994 dans le court-métrage Voilà, Nino est quant à lui apparu pour la première fois dans Bancs publics (Versailles rive droite) en 2009. L'un et l'autre ont donc rejoint père et oncle le temps de quelques scènes captées lors de ce qui reste pour son auteur une fantaisie et pour son producteur un pur moment de divertissement. Il est vrai qu'à l'issue de la projection, Wahou ! laisse une impression très particulière. S'il s'agit bien d'une fiction, la comédie de Bruno Podalydès semble avoir surtout été tournée dans la bonne humeur entre actrices et acteurs particulièrement courtois et attachés les uns aux autres. De cette interjection qui semble susciter l'enthousiasme de celles et ceux qui l'emploient se dégage une certaine ironie. La rivalité qui existe entre l'assurance du propriétaire sûr d'être dans son bon droit d'afficher une certaine arrogance et la retenue dont font preuve la plupart des futurs acheteurs dont le comportement est celui de visiteurs de musées n'est ici pas toujours assumée. Ce qui laisse pour certains personnages tout loisir d'exprimer leur mécontentement et ainsi afficher à leur tour le mépris pour celui ou celle qui veut vendre son bien. Wahou ! est une collection de vignettes, de scénettes mettant en scènes vendeurs et acheteurs. Partageant l'action entre une superbe demeure appartenant au couple interprété par Sabine Azéma et Eddy Mitchell et un appartement tout neuf mais dont les travaux seront véritablement achevés dans quelques mois, Bruno Podalydès convie une armada d'actrices et d'acteurs qui pour une partie d'entre eux ont déjà tourné avec lui. Le spectateur retrouvera la légèreté et la poésie typique de son cinéma et notamment celui de l'excellent Comme un avion pour ne citer que l'un de ses derniers films. Citons tout d'abord Karin Viard qui en 2018 interpréta la Marquise de Grand-Air dans Bécassine !, Sabine Azéma que l'on découvrit dans Le mystère de la chambre jaune en 2003 et Le parfum de la dame en noir deux ans plus tard. Agnès Jaoui qui incarna le rôle de Laëtitia dans Comme un avion en 2015, Claude Perron qui elle aussi participa au tournage de Bécassine !


Ou encore Florence Muller (excellente en infirmière dépressive), Isabelle Candelier (magistrale dans le rôle de l'hypothétique acheteuse) et Patrick Ligardes (dans celui de son irascible époux) qui tous les trois sont des réguliers de l'univers de Bruno Podalydès. Quelques nouvelles têtes apparaissent également comme Roschdy Zem, Félix Moati ou Manu Payet. Wahou ! n'étant évidemment pas parfait, le niveau des séquences n'est pas toujours très élevé. On appréciera moins certains passages malgré tout rehaussé par un nouveau venu (Roschdy Zem apportant un peu de sel lors d'une séquence un peu plate). En vieux bougon, Eddy Mitchell est irrésistible tandis que Florence Muller et Isabelle Candelier rehaussent à elles seules certaines scènes. Entre l'engouement de l'une pour la superbe propriété du couple Ramatuelle et l'émouvante détresse de l'autre, l'homme et la femme dans leur globalité passent par différentes étapes émotionnelles que Bruno Podalydès pointe avec justesse. Quelques séquences plus inhabituelles se détachent comme celle lorsque Denis Podalydès visite à son tour l'appartement. Pas un mot mais quelques amusantes expressions faciales. Un petit tour et puis s'en va devant l'air hébété de Karin Viard qui aux côtés de Bruno Podalydès incarnent le duo d'agents immobiliers Catherine Bourbialle et Oracio Sanchez (à noter que ce dernier est accompagné de près par le stagiaire Jim qu'interprète Victor Lefebvre). Bref, Wahou ! est, sous ses allures de petite comédie sans prétention au budget ultra light (le film fut financé à hauteur d'un million et deux-cent mille euros!), un pur moment de plaisir. Une galerie de personnages hauts en couleurs servis par de talentueux interprètes pour une satire innocente dans l'univers de l'immobilier et de ceux qui gravitent autour...

 

vendredi 9 juin 2023

Un petit Miracle de (2023) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Dans la série des comédies qui sentent la naphtaline, je voudrais le premier long-métrage réalisé par Sophie Boudre, Un petit miracle. L'avantage avec ce genre de produit formaté pour les publics ayant peu d'exigence, c'est que l'on sait très exactement ce à quoi vont nous convier le récit et ses protagonistes. Autant dire que de gueuler comme un charretier à la fin de la projection ne servirait à rien. Car c'est davantage le spectateur qui devra se remettre en question par rapport à ses choix artistique plutôt qu'à la réalisatrice française de venir s'excuser pour n'avoir offert au public hexagonal que l'épreuve type tirée d'un seul et même moule. Celui de Maison de retraite de Thomas Gilou, des Vieux fourneaux (surtout le 2) de Christophe Duthuron ou l'infâme diptyque de Fabrice Bracq, Joyeuse retraite 1 & 2. Le genre de spectacle éminemment rance qui sent le vêtement enfermé dans un placard et qui a pris l'humidité. De prime abord, on pourrait penser que le long-métrage de Sophie Boudre n'est à conseiller qu'à celles et ceux qui trouvèrent des qualités aux purges de Michèle Laroque (Brillantissime, Chacun chez soi et Alors on danse) en espérant tout de même que celle-ci n'ajoutera pas prochainement une nouvelle plaie au cinéma comique français. Car il est vrai que Un petit miracle est léger. Si léger que l'on peine à croire que le film s'est offert une sortie en salle le 25 janvier dernier. Notamment produit par Orange Studio, cette petite comédie légère n'apporte pas le sang neuf que mériterait notre cinéma qui d'un point de vue humoristique s'avère de plus en plus exsangue. On ne s'étonnera pas de trouver au générique Alice Pol qui du haut de sa joliesse et de sa fraîcheur est typiquement le genre d'actrice qui évolue dans ce type de cinéma lisse, sans aspérités ni le moindre relief. L'histoire se déroule dans un petit village de notre beau pays, la France. Un incendie se déclare à l'intérieur même de l'unique petite école et voilà que l'institutrice Juliette (Alice Pol, donc) et ses élèves se retrouvent ''à la rue''. Grâce à l'aide du maire incarné par l'humoriste Régis Laspalès, la jeune femmes et ses charmantes petites têtes blondes (rien à voir avec la racail... Enfin, j'me comprends) incorporent une maison de retraite dirigée par Antoine (Jonathan Zaccaï), lequel est assisté par Noémie (Emilie Gavois-Kahn)...


L'établissement rencontre actuellement des problèmes depuis que les enfants d'un patient retrouvé mort consécutivement à une crise cardiaque ont décidé de porter plainte contre son directeur. Juliette et Antoine vont faire contre mauvaise fortune bon cœur et après des débuts difficiles, les rapports entre le directeur de la maison de retraite et l'institutrice vont s'améliorer. Tout comme les élèves de cette dernières vont devenir très rapidement indispensables aux yeux des pensionnaires. Bon, que dire si ce n'est que Un petit miracle déroule son intrigue avec le calme d'une belle journée de printemps sans le moindre souffle de vent ni la moindre menace d'un orage. Chacun fait le taf avec le minimum de professionnalisme requis. Pour une fois que les gamins ne sont pas portés au pinacle et nous épargnent leur habituelle et abondante créativité en matière d'arrogance, on ne va pas trop se plaindre. Quant aux vieux, on s'amusera peut-être tout de même de les voir se livrer à l'exercice périlleux des rencontres amoureuses nocturnes, lorsque le soleil se couche et que nos mamies et papy ne se doutent pas que le directeur veille à ce que les ébats qu'il suppose avoir été responsables de la mort de l'un de ses patients ne se reproduisent pas. Pour compléter le tableau, citons parmi la vieille garde le chanteur Eddy Mitchell dans le rôle d'Edouard. Beaucoup moins cynique qu'il ne le fut dans les années quatre-vingt et quatre-vingt dix lors desquelles il multiplia les seconds rôles (Coup de torchon, de Bertrand Tavernier, Promotion canapé, de Didier Kaminka ou La Totale !, de Claude Zidi pour ne citer que ces quelques exemples), son personnage n'apparaît absolument pas indispensable. Notons la participation de Michel Crémadès dont le nom ne parlera pas forcément à tout le monde mais qui lui, fut également un acteur de seconds rôles indiscutablement attachant lors de ces deux mêmes décennies. (Les ripoux et Ripoux contre ripoux de Claude Zidi). Mais c'est l'actrice Anne-Marie Ponsot dont nous nous souviendrons tout d'abord, laquelle incarne la touchante Madeleine. Concernant le film lui-même, les premiers peuvent être rassurés : ils pourront ronfler sans prendre le risque d'être réveillés en sursaut. Les autres, au mieux, seront séduits par les jolies ritournelles mélodiques du compositeur Emmanuel Rambaldi ou par la simplicité de la mise en scène, de l'interprétation et du propos. Bref, une comédie française un peu mièvre mais pas catastrophique non plus. Faites votre choix...

vendredi 3 juillet 2020

L'Oncle Charles d'Étienne Chatiliez (2012) - ★★★★☆☆☆☆☆☆



Après avoir objectivement réalisé quatre sympathiques comédies entre 1988 et 2001, le réalisateur français Étienne Chatiliez semble avoir été victime d'une malédiction qui malheureusement s'éternise jusqu'à ce jour. En effet, après La Vie est un Long Fleuve Tranquille, Tatie Danielle, Le Bonheur est dans le Pré et Tanguy, tous les longs-métrages qui leur ont succédé semblent avoir été frappés par un mal qui s'appelle ''Le manque d'inspiration''. Avec une constance qui mériterait presque le respect de la part des spectateurs si elle n'était pas synonyme de naufrage artistique, aucun des films qui ont suivi n'est parvenu à relever la barre. Le cauchemar semble avoir véritablement commencé avec La Confiance Règne et ses un peu moins de cinq-cent milles entrées ne parvenant même pas à rembourser son financement de départ s'élevant à hauteur de douze millions d'euros. Suivront Agathe Cléry, L'Oncle Charles et Tanguy, le Retour. Trois bides pour trois navets... ou presque... l'absence de la scénariste Florence Quentin à partir du quatrième long-métrage serait-elle responsable de ces bévues répétées ? Tanguy auquel elle n'a pas participé aurait pourtant tendance à démontrer le contraire. Nous ne reviendrons pas sur les scénarii pourtant originaux, mais adaptés avec une telle mollesse et une telle absence d'ambition de la part du réalisateur que le résultat désastreux s'est très vite fait ressentir lors de leur sortie sur les écrans de cinéma, mais évoquerons dans le cas présent, l'avant-dernier long-métrage d'Étienne Chatiliez...

Sorti il y a maintenant huit ans, en 2012, L'Oncle Charles n'est peut-être pas la première erreur de parcours du français mais elle concrétise les craintes que pouvaient avoir ses fans le concernant. Après l'étonnant désastre que fut Agathe Cléry pourtant suivi par un cortège de gags finalement tous plus lourds et inefficients les uns que les autres, L'Oncle Charles vient enfoncer le clou même si ce septième long-métrage révèle quelques légers sursauts d'éveil laissant espérer que tout n'est pas définitivement terminé (une inquiétude que la suite des aventures de Tanguy entérinera malheureusement définitivement). Au centre de cette intrigue parsemée de gags qui font d'une manière générale, chou blanc, un vieil homme et une famille de ''substitution''. En réalité, des escrocs qui en veulent à sa fortune. Dans le rôle-titre, l'acteur-chanteur Eddy Mitchell. Habituellement excellent sur grand écran, Étienne Chatiliez ne parvient à aucun moment à lui offrir des dialogues à sa hauteur. Nous sommes effectivement loin du minuscule rôle qu'il interprèta dans Je Vais Craquer de François Leterrier en 1980, du Nono de Coup de Torchon de Bertrand Tavernier l'année suivante ou dix ans plus tard de l'Albert Grelleau de La Totale ! de Claude Zidi.

Pourtant servi par un casting royal parmi lequel on retrouve notamment Alexandra Lamy, Valérie Bonneton et Arnaud Ducret (sans oublier le clin d’œil à Patrick Bouchitey), L'Oncle Charles n'est vraiment pas amusant. Ce qui ne l'empêche cependant pas d'être relativement divertissant puisque l'accumulation de situations et la surenchère de dialogues viennent pallier à l'absence de séquences véritablement hilarantes. Surtout, comme un virus qui se propage à vitesse grand V, le bouche à oreille semble avoir fait énormément de tort au film puisqu'à ce jour, L'Oncle Charles est des huit longs-métrages, celui qui a attiré le moins de monde en salle avec un peu moins de trois-cent mille spectateurs. Un signe qui ne trompe pas. Ou en tout cas, pas tout le monde puisque sept ans plus tard, Étienne Chatiliez profitera de la renommée de Tanguy pour une suite absolument indigeste. L'Oncle Charles a quant à lui marqué une étape supplémentaire dans la lente et douloureuse dégringolades d'un réalisateur qui pourtant nous offrit quelques-unes des plus savoureuses comédies des années 80/90...

lundi 10 septembre 2018

Les Vieux Fourneaux de Christophe Duthuron (2018) - ★★★★★★★★☆☆




Lorsque l'on entre dans une salle de cinéma, c'est dans la nature humaine de choisir un film en fonction du nom du réalisateur, des interprètes, ou bien même de l'histoire. Concernant Les Vieux Fourneaux (inspiré de la bande dessinée franco-belge du même nom de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet), il devient très vite évident que le choix du spectateur s'est tout d'abord porté sur le noms des acteurs. Et même si le récit tourne autour de trois vieux compagnons, le spectateur pourra élargir son champ d'intérêt non pas seulement autour de Pierre Richard, d'Eddy Mitchell ou de Roland Girault, mais également de Myriam Boyer et de Henri Guybet. L’œuvre de Christophe Duthuron, dont il s'agit ici de la première réalisation pour le grand écran, même s'il est avant tout centré sur ses trois principaux personnages, peut être vu comme un hommage à une partie de la vieille garde du cinéma français à une époque où le jeunisme est roi. Lequel sera ici uniquement incarné par l'actrice Alice Pol qui dans le cadre, se fond plutôt bien. Ici, il ne faudra chercher d'originalité que dans la réunion de trois acteurs qui n'avaient jamais joué ensemble. Car tout commence comme dans bon nombre de longs-métrages.
Un enterrement. Celui de Lucette, épouse d'Antoine. C'est l'occasion ou jamais pour Mimile et Pierrot de retrouver celui qu'il avaient perdu de vue depuis des années. L'occasion également de sortir Mimile de sa maison de retraite et d'écarter pour un moment le réactionnaire Pierrot de sa routine de délinquant à la petite semaine s'en prenant au système en bouchant notamment les serrures des institutions capitalistes !


Malgré l'âge de ses interprètes, Les Vieux Fourneaux est un souffle d'air relativement frais qui ne fait pas l'impasse sur une catégorie des spectateurs en ne visant que les plus jeunes d'entre eux. La preuve que même les anciens ont encore des choses à raconter même s'ils n'ont plus rien à prouver depuis longtemps. A commencer par Pierre Richard qui retrouve le personnage qu'il se façonna durant le courant des années soixante-dix. Celui du Distrait, de Je sais rien, Mais je dirai Tout... un doux rêveur. Un gaffeur. Mais réactionnaire avant tout, n'hésitant jamais à dire ce qu'il pense des institutions, surtout lorsqu'il s'agit des politiques, de l'Armée, ou de l’Église. Le cheveu fou, le regard myope, et cette éternelle capacité à s'agiter comme si les années n'avaient pas de prise sur lui, il mène la danse avec brio, nous replongeant très loin en arrière. Le Pierre Richard que l'on aime et qui s'était peut-être un peu effacé au bénéfice d'une interprétation non moins excellente (le superbe Un Profil pour Deux de Stéphane Robelin).

A ses côtés, Eddy Mitchell. Le chanteur. L'acteur, surtout. Qui oserait oublier le Nono de Coup de Torchon de Bertrand Tavernier, Albert Grelleau de La Totale de Claude Zidi, Gérard Tilier, de Le Bonheur est dans le Prè d’Étienne Chatiliez, ou encore (oserais-je), Frank du cultissime nanar Frankenstein 90 d'Alain Jessua ? Mais aussi, qui a vraiment envie de se rappeler du navrant L'Oncle Charles, signé lui aussi par Étienne Chatiliez ? Ici, il incarne le personnage de Mimile, un individu que l'on considérerait presque d'anecdotique en comparaison de ses deux compagnons, certains critiques ayant fait l'amalgame entre son interprétation forcément moins volubile que celle de Pierre Richard ou Roland Girault, et la mollesse de son personnage. Une évidence pourtant si l'on considère qu'Eddy Mitchell y incarne un personnage ayant moins bien vieilli que ses deux comparses.


 Et puis, en face de ces deux excellents interprètes, Roland Girault. Le Pierre de Trois Hommes et un Couffin de Coline Serreau, ou le personnage principal de La Vie dissolue de Gérard Floque de Georges Lautner pour ne citer que ces seuls exemples. Un acteur rare. N'apparaissant plus que très ponctuellement sur grand écran.

Les Vieux Fourneaux n'est pas qu'un prétexte pour réunir ces trois monolithes du septième art. C'est également l'occasion pour Christophe Duthuron de nous offrir une comédie émouvante, et surtout largement plus poétique que celles dont nous abreuve un cinéma français qui en la matière s’appauvrit dangereusement depuis quelques années malgré quelques coups d'éclats (Tout le Monde Debout de et avec Franck Dubosc, Le retour du Héros de Laurent Tirard tous deux sortis cette année). Le cinéaste possède cette capacité d'offrir aux spectateurs, autant d'occasions de rire que de verser des larmes. Et c'est là, alors, que le scénario entre en jeu. Car ce qui n'aurait pu être qu'un road movie pour club du troisième âge se transforme en un conte magnifiquement mis en images (quelques merveilleux effets visuels accompagnent le sujet), et surtout interprété par quelques seconds rôles au moins aussi importants que les trois cités plus haut. Henri Guybet, dans la peau de Garan-Servier, un drôle de personnage libidineux, sénile, mais ô combien attachant. Puis celle que l'on regrettera de n'avoir pas vu plus longtemps à l'écran : l'actrice Myriam Boyer, qui dans le rôle de Berthe, portera en partie sur ses épaules la douloureuse responsabilité d'une tragédie qui aura marqué tout un village avant d'émouvoir une salle de cinéma toute entière... Un petit bijou de tendresse où le rire et l'émotion se mêlent merveilleusement bien...



vendredi 15 juin 2018

Ville à Vendre de Jean-Pierre Mocky (1991)



A moussin, petite ville minière, c'est la fête. Tous les habitants sont réunis autour des administrés. Et notamment la pharmacienne Delphine Martinet qui promet de faire des révélations importantes lors d'un communiqué. Mais avant d'avoir pu s'adresser à ses concitoyens, elle est victime d'un malaise. Le Docteur Picoud propose au maire Rousselot de ramener Delphine chez elle. Mais alors qu'ils se trouvent à bord de la voiture du médecin, ils sont victimes d'un accident lors duquel la vieille femme meurt.

Un accident qui apparaît étrange aux yeux d'Orphée, un ancien informaticien qui a fermé sa société et a plié bagages pour prendre la route. Le Capitaine de gendarmerie Montier est chargé d'enquêter sur la mort suspecte de Delphine mais devant la vacuité du personnage, Orphée décide de mener sa propre enquête, accompagné par Elvire, une proche amie de la victime. C'est alors qu'en décidant d'exhumer le corps de Delphine enterrée tout récemment, les deux « enquêteurs » constatent que le cercueil est vide. De plus, de coups de téléphones étranges sont passés par une personnes qui affirme être Delphine.

De nouveaux meurtres vont bientôt secouer la ville de Moussin...

En 1991, Jean-Pierre Mocky réalise pas moins de quatre films dont cette Ville à Vendre très curieuse. A vouloir en faire tant, le cinéaste en a oublié l'essentiel : soigner son œuvre. Car même si la distribution est de haute volée (Tom Novembre, Michel Serrault, Richard Bohringer, Féodor Atkine, Daniel Prevost, Michel Constantin, Darry Cowl, Bernadette Lafont, Dominique Lavanant, Philippe Léotard, Jacqueline Maillan, Valérie Mairesse, Eddy Mitchell) la direction et la mise en cène font peur à voir.

Ou bien s'agit-il simplement d'un problème d’accoutumance envers le cinéma de ce cinéaste français à part. Des moyens trop peu importants et un casting d'actrices et d'acteurs secondaires qui frise l'embauche à la foire du trône. Jean-Pierre Mocky a en effet l'habitude de débaucher des personnages au physique assez particulier. Histoire de donner leur chance à des individus qui n'auraient sinon sans doute aucune chance de se voir immortaliser sur pellicule ailleurs.

L'ambiance du film elle-même est des plus étranges. Ville imaginaire plantée dans un cadre sinistre et prête à s'écrouler sous sa propre masse, elle abrite une population massive de chômeurs qui s'accommode sans soucis des indemnités qu'elle touche.

Malgré les défauts du film, qui sont nombreux (interprétation limite, mise en scène faiblarde et scénario alambiqué), il faut avouer qu'à mesure que l'histoire déroule son fil, on finit par s'habituer au style particulier de Jean-Pierre Mocky. On finit même par oublier les défauts récurrents de son œuvre. Et ce, grâce sans doute aux acteurs qui font tout pour que tienne la route cette histoire dont la vérité éclatera évidemment à la toute fin. Jean-Peirre Mocky à fait mieux dans sa carrière. Il a fait pire aussi. C'est pourquoi Ville à Vendre mérite tout de même que l'on s'y attarde, ne serait-ce que pour l'incongruité de son histoire et le cynisme permanent dans lequel le film baigne...




jeudi 3 mai 2018

Sélection de 3 films à voir, à revoir... ou à éviter (12)

Alors que la France connaît une grève générale d'ampleur nationale, Marc Roux, cadre ambitieux d'une entreprise et Vincent Disse (notez le jeu de mots foireux !), individu insaisissable, décident de faire route ensemble vers l'Italie, et plus précisément vers la ville de Rome où doit avoir lieu la signature d'un contrat très important pour la carrière à venir du premier. C'est donc sur le mode du covoiturage, très à la mode depuis quelques années que démarrent les aventures de ce duo antinomique formé par les acteurs français Patrick Timsit et Charles Berling. Une variation sur L'Emmerdeur d'Edouard Molinaro relativement pauvre en terme d'écriture et d'interprétation, ou sur celui du Boulet d'Alain Berbérian. Patrick Timsit qui s'était déjà intéressé au sujet à travers le personnage de François Pignon créé et mis en scène par l'auteur du scénario original Francis Veber dans le remake daté de 2008 campe cette fois-ci le rôle du partenaire agacé par la présence d'un individu ne partageant que très modestement ses différents points de vue.
Charles Berling est donc cet être difficile à cerner. Qui semble se ficher d'à peu près tout ce qui préoccupe principalement le héros incarné par Patrick Timsit. S'ensuit donc une série de séquences qui auraient normalement dû générer le rire mais qui au final parvient tout juste péniblement à retenir l'attention des spectateurs. Comédie en forme de Road-movie campagnard, Par suite d'un arrêt de travail... est plus triste que réellement amusant. On attend de pouvoir autant s'amuser que les acteurs, jouant aux cabotins l'un envers l'autre, mais l'une des principales faiblesses du récit demeure dans cette triste impression que l'on a que les deux interprètes jouent pour eux sans penser que derrière, des spectateurs attendent sans doute d'être emmenés dans leurs péripéties. A vrai dire, le film de l'écrivain et réalisateur français Frédéric Andréi (son second après Paris, Minuit en 1986) ne fait qu'emprunter la même voie que des longs-métrages tels que Trafic d'Influence de Dominique Farrugia (1998) et Fallait pas ! (1996) de (et avec) Gérard Jugnot, avec, cependant, beaucoup moins de bonheur même si, déjà, ces deux exemples n'avaient rien de remarquable.
Au final, et comme dans la généralité des cas abordés par ce type de comédies, Par suite d'un arrêt de travail... repose avant tout sur l'antagonisme de ses deux principaux personnages. Manquant cruellement de profondeur et de gags réellement drôles, le film se regarde sans véritable déplaisir même s'il ne laissera pas de souvenirs impérissables...

La Horde est l’œuvre d'un binôme de cinéastes formé par Yannick Dahan et Benjamin Rocher. Si le premier n'a réalisé que cette collaboration en matière de long-métrage cinéma, le second, lui, après cette première tentative en 2009, persévérera quatre ans plus tard sur un sujet similaire mais beaucoup plus original (en réalisant le premier segment du diptyque Goal of the Dead dont la seconde partie à été confiée à Thierry Poiraud). Pour un premier film, nous ne nous appesantirons pas sur son flagrant manque d'originalité. Car oui, le film, comme beaucoup d'autres avant lui, emprunte une foule d'idées à plusieurs films de genre. Le [rec] des espagnols Paco Plaza et Jaume Balagueró, le français Banlieue 13 de Pierre Morel, ou encore le plus lointain The Raid de Gareth Evans.
Amateurs de finesse, la porte de sortie se situe sur votre droite. La Horde est bourrin, vulgaire, et ne s'adressera qu'aux amateurs de gore, d'action effrénée et de scénarios bas du front. A tel point qu'une partie du public aura presque le reflex d'abandonner les personnages à mi-course vue la pauvreté de l'ensemble. Pourtant, je ne sais par quel fruit du hasard, le film parvient à augmenter sa vitesse d'un cran au dessus et offre une dernière demi-heure dont le principal argument est de déployer une armada de scènes d'horreurs, agrémentant même la chose d'un nouveau personnages particulièrement gratiné.Accompagnant un trio principal de personnages interprétés par Claude Perron, Jean-Pierre Martins et Eriq Ebouaney, l'acteur Yves Pignot, celui-là même qui joua sur les planches du Feydaux, du Guitry ou encore du Marivaux ou joua dans de nombreux films pour le cinéma et la télévision incarne ici le personnage de René, un bon gros raciste, pantagruélique, marqué par la guerre, et surtout grand amateur de haches puisqu'il s'agit de son arme de prédilection. On pourrait presque l'imaginer sous le masque de Leatherface mais dans une version à visage découvert et ayant abandonné la tronçonneuse pour la hache ! En terme d'horreur, La Horde est tout sauf avare. Ça pisse à tous les étages d'un immeuble assiégé par une horde (celle du titre) d'infectés, et même si de très nombreuses scène frôlent le ridicule par leur incohérence, on passe finalement un très agréable moment.
Détail fort amusant que les plus attentifs auront certainement distingué lors de la mort de Greco, le gitan incarné par l'acteur Jo Prestia en mode 'infecté', le sort accordé à cet individu fort peu recommandable semble faire écho à celui auquel le personnage du Ténia échappa lors de l'éprouvante scène située dans la boite gay du traumatisant Irréversible de Gaspar Noé. Sans doute l'une des meilleures idées qu'eurent Yannick Dahan et Benjamin Rocher lors du tournage de ce petit film d'horreur à la française...

Pour finir, une devinette : quels rapports entretient True Lies du cinéaste américain James Cameron (Terminator 1&2, Abyss, Avatar) avec le film qui clôt cet article ? Quel rapport peut-il y avoir entre un film d'action interprété par l'hyper bodybuildé Arnold Schwarzenegger et une comédie essentiellement interprétée par nos acteurs locaux Thierry Lhermitte, Miou-Miou, Eddy Mitchell (savoureux comme à son habitude) et Michel Boujenah ? Et bien, le premier est le remake du second. Et oui, une fois encore, les américains nous 'piquaient' une idée de scénario pour l'adapter à leur sauce. Mais c'est sans chauvinisme aucun qu'il est bon de préciser que l’œuvre de Claude Zidi y est mille fois supérieure, et ce, grâce notamment à l'interprétation d'un quatuor d'acteurs impeccables : Miou-Miou en maîtresse de maison soignée, Thierry Lhermitte et Eddy Mitchell en faux agents des Telecom mais véritables agents secrets, et Michel Boujenah en mythomane et séducteur assez lourd.
Si l'action est présente, c'est pourtant l 'humour qui domine ici le récit. Le scénario de Didier Kaminka, Simon Michaël et Claude Zidi est aux petits oignons et fait la part belle aux répliques humoristiques dont le chanteur et acteur Eddy Mitchell semble être le principal bénéficiaire puisque ses dialogues sont parmi les plus drôles du film. La Totale mêle la comédie à un brin d'action. l'émulsion fonctionne à merveille et les interprètes semblent beaucoup s'amuser des péripéties qui les opposent à des personnages secondaires notamment interprétés par Jean Benguigui, François Hadji-Lazaro (d'abord connu pour avoir été le leader du groupe de rock français alternatif Les Garçons Bouchers), ou encore Sagamore Stévenin, le fils d'un certain...Jean-François...
Si j'osais, j'affirmerais que le film est une TOTALE réussite dans le domaine visé. On s'amuse beaucoup, et l'on attend avec ferveur chacune des interventions d'Eddy Mitchell auquel les cinéastes ont décidément pris l'habitude d'offrir des répliques cinglantes. Un bonheur que d'entendre par exemple son personnage relancer son ami et collègue François Voisin sur l'hypothétique orientation sexuelle de son fils Julien...

mercredi 18 octobre 2017

Je Vais Craquer de François Leterrier (1980) - ★★★★★★★☆☆☆



Jérôme Ozendron est un jeune cadre, dynamique et ambitieux. Marié à Brigitte, ils sont tous les deux les parents de trois enfants. Jérôme croise un jour la route de Christian, un ancien camarade de fac avec lequel il accepte de passer la soirée après lui avoir présenté sa famille. Au détour d'une rue, Christian lui présente Natacha, une belle blonde qui fréquente les boites de nuit. Jérôme suit Christian et la jeune femme jusqu'au club privé Chez Castel puis Chez Régine. La soirée se termine ensuite dans l'appartement que prête un ami américain à Christian. Alors que ce dernier est très occupé à faire l'amour à la belle Malika, Jérôme se prend un four auprès de Natacha et décide de finalement rentrer chez lui, à cinq heures du matin.
Quelques temps après, il est viré de l'entreprise pour laquelle il travaille depuis de nombreuses années et profite de l'occasion, selon les propos qu'il tient à Brigitte, pour changer de vie. Décidé à mettre à contribution les six mois qui viennent pour écrire enfin le roman dont il rêve, il loue une chambre de bonne afin de travailler dans le silence. Mais comme l'inspiration tarde à venir, Jérôme sort prendre l'air et croise la route de Liliale, une jeune artiste hippie un peu paumée qui va dès lors, ne plus lui laisser le moindre répit. Un jour, et alors qu'il tente par tous les moyens de se débarrasser de la collante Liliane, Jérôme croise à nouveau la route de Natacha. A nouveau, le voici plongeant dans l'univers des boites de nuit, au bras de Natacha et approchant même un producteur de cinéma qui lui propose d'écrire pour lui le scénario d'un film à venir. Pendant ce temps là, Brigitte, reste seule à la maison avec leurs enfants...

« Elle a une sale gueule mais un beau cul...
J'la saute vite fait et j'me casse. »

Elle, c'est l'actrice Anémone. Qui de sa présence dans ce film signé François Leterrier justifie à elle seule l'intérêt que l'on peut porter à Je Vais Craquer. Ce qui n'enlève bien évidemment rien à celui que l'on porter à l'interprétation de Christian Clavier qui en ancien cadre d'entreprise désirant s'intégrer dans un mode de vie qui lui est totalement étranger incarne le beauf dans toute sa splendeur. Lunettes, tenues, coiffure, et surtout, comportement. Tout semble avoir été étudié pour faire du célèbre acteur comique français, LE prototype du Con avec un grand C. A n'en point douter, Je Vais Craquer est bel et bien une comédie. Mais dans cet étalage permanent d'hypocrisie où l'apparence est reine, il demeure un sentiment de malaise. Fort heureusement contrebalancé par les diverses apparitions d'une Anémone qui interprète le personnage de Liliane. Jeune fille plutôt laide ne pouvant compter que sur ses fesses et sa poitrine.
François Leterrier abord le phénomène de rejet tout en gardant en tête que l'on est surtout là pour rire. Clavier et Anémone forment le couple idéal. Une baba-cool glutineuse comme un sparadrap sur une plaie béante. La plaie, c'est bien évidemment Christian Clavier, qui du haut de son nouveau statut de chômeur se cherche une identité propre à l'intégrer dans une société marginale et nocturne qui n'a surtout pas besoin de lui, sauf en cas d'urgence (Natacha voulant se débarrasser de son amant un peu trop collant).

Je Vais Craquer n'est peut-être pas le film auquel l'on se réfère systématiquement dès que l'on aborde le cinéma comique français des années quatre-vingt et pourtant, le film de François Leterrier est dans le genre, assez énorme. Multipliant les situations aussi gênantes que cocasses, le cinéaste y dresse un inventaire éloquent du snobisme parisien de l'époque. Ce monde souterrain, codé, et surtout superficiel qu'il arrive à retranscrire avec une certaine aisance. Bourré de répliques et de scènes cultes, Je Vais Craquer est dans le genre, une perle. Des différentes apparitions d'Anémone comme écrit plus haut, jusqu'aux interventions en voix-off de Christian Clavier, on rit et sourit assez régulièrement. Aux côtés des deux interprètes, on a la joie de retrouver la belle et talentueuse Nathalie Baye, Marc Porel dans le rôle de Christian, Maureen Kerwin dans celui de Natacha, Jean-François Derec en artiste de rue, le belge André Valardy en ancien collègue de travail de Jérôme ainsi que le chanteur Eddy Mitchell dans son propre rôle. Quant à François Leterrier, il allait réaliser l'année suivante une autre comédie française culte : Les babas-Cool, toujours avec Anémone et Christian Clavier... entre autres interprètes...

dimanche 9 septembre 2012

Ciné Fast-Food: Frankenstein 90 de Alain Jessua (1984)




Le Docteur Victor Frankenstein rêve de reprendre le flambeau laissé par ses ancêtres et qui consiste à donner vie à un homme crée à partir de diverses parties du corps humain. Prélevant bras, jambes et torses dans le laboratoire où officie sa compagne Élisabeth, c'est l'inspecteur chargé d'enquêter sur la disparitions des membres qui lui fournit une tête. Celle de Frank, la créature à laquelle Victor finit par donner vie dans le laboratoire secret qu'il a construit derrière l'un des murs de la cave de sa demeure. Frank s'exprime avec aisance. Particulièrement laid, il est incapable de contrôler sa force, ce qui provoque des ravages dans l'entourage de Victor. Témoin des rapports intimes entre Victor et Élisabeth, Frank espère lui aussi trouver sa promise. Il tente de serrer dans ses bras la femme de ménage de Victor mais lui brise les reins. Amoureux d'Élisabeth, il l'enlève et l'emmène jusqu'au cœur de la forêt et la viole. Victor décide alors de lui créer une compagne parfaite. Elle s'appellera Adélaïde. Et effectivement, il s'agit d'une jeune femme au physique remarquable. Malgré tout Frank demeure toujours amoureux d'Élisabeth...


L'œuvre toute entière d'Alain Jessua est parcourue d'un étrange pessimisme. "Traitement De Choc" voit Annie Girardot aux prises avec un médecin pratiquant de curieuses expériences sur de jeunes portugais dans l'institut de thalassothérapie dont il est le propriétaire. "Armaguedon" oppose le mégalomane louis Carrier (Jean Yanne) au psychanalyste Michel Ambrose (Alain Delon). Ce dernier tente de nuire au projet fou de Carrier dont l'intention est de faire exploser une bombe lors d'une émission de télévision. "Les Chiens" démontre déjà à l'époque l'insécurité latente des cités-dortoirs et dénigre la pratique de la self-défense à travers le portrait d'un jeune médecin tout juste installé dans une banlieue parisienne où "sévissent" des maîtres-chiens. Quand à "Paradis Pour Tous", ce film dresse le portrait d'Alain Durieux, handicapé après avoir tenté de se suicider, et devenu le cobaye d'un médecin ayant inventé un traitement annihilant les états dépressifs. 
 

Alors quand sort dans les salles "Frankenstein 90", le film déroute. On n'y retrouve pas la patte si particulière du cinéaste. Souvent critiquée en raison d'une interprétation mollassonne, l'œuvre est achevée par la presse. D'autant plus qu'Alain Jessua s'attaque tout de même à l'un des grands classiques littéraires du fantastique (Frankenstein de Mary Shelley) et à deux des plus flamboyantes adaptations cinématographiques signées James Whale ("Frankenstein" et "The Bride Of Frankenstein"). L'interprétation elle-même fait défaut. Le pourtant si talentueux Jean Rochefort peine à convaincre dans son rôle de médecin fou (aspect de sa personnalité totalement ignoré dans ce film). Eddy Mitchell, si drôle habituellement, ressemble à un pantin qu'un cerveau électronique ne parvient même pas à rendre un tant soit peu crédible. Quand au reste de la distribution, elle n'aide pas davantage l'histoire à s'étoffer. Fiona Gélin est peut-être séduisante mais son personnage n'aide qu'à apporter une raison valable à l'arrivée d'une Adélaïde-Herma Vos potiche et sans consistance. Tout juste Ged Marlon aurait-il mérité un rôle plus important (et plus long) que celui de pseudo Columbo cynique qui lui est offert.


La partition musicale (signée Armando Trovajoli) n'est pas en reste puisqu'elle compense l'éventuel aspect dramatique en apportant une touche d'insouciance au sujet abordé. Dominique Colladant et Reiko Kruk peuvent en revanche s'estimer satisfait du travail accompli sur les effets-spéciaux puisque les différents membres humains et le maquillage appliqué sur le visage d'Eddy Mitchell sont plutôt réussis.

En fait, "Frankenstein 90" s'apparente plutôt à une parodie maladroitement mise en scène des classiques précédemment évoqués qu'à une production revendiquant un certain sérieux. Il suffit juste de jeter un œil à l'affiche du film pour s'en convaincre...

Voir aussi: Kamikaze
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