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lundi 24 août 2020

Barnie et ses petites Contrariétés de Bruno Chiche (2001) - ★★★★★★★☆☆☆



Barnie Barnich aime son épouse Lucie. Malgré tout, cela ne l'empêche pas d'avoir une maîtresse et un amant. Il travaille à Londres, et loin de Lucie, il en profite pour retrouver l'un après l'autre Mark et Margot. La situation se complique lorsqu'il reçoit le même jours de la part de son amant, de sa maîtresse et de son épouse, le même cadeau d'anniversaire. Un billet de train pour l'Orient Express à destination de Venise prévu pour le 1er mai prochain. Barnie décide de renvoyer à Margot et Marc le billet qu'ils lui ont respectivement offert mais se trompe de destinataire. Il envoie une lettre écrite à l'attention de Margot, à Marc et une seconde à destination de Marc, à Margot. Ces deux là veulent avoir une explication et se rendent au bureau de Barnie où ils tombent l'un sur l'autre et en profitent pour faire connaissance. Barnie étant reparti à Calais entre temps et fâchés de constater qu'ils ne sont ni l'un, ni l'autre l'unique amour de Barnie, Margot et Marc décident de se rendre ensemble chez leur amant. Mais à leur arrivée, une nouvelle surprise les attend : il découvrent en effet que Barnie est également marié à Lucie et qu'il est le père de la jeune Cécile...

Sur un scénario écrit en collaboration avec Alain Layrac et Fabrice Roger-Lacan, le réalisateur et scénariste français Bruno Chiche signait en 2001 son tout premier long-métrage après une poignée de courts tournés entre 1985 et 1990. Barnie et ses petites Contrariétés met en scène un Fabrice Luchini déjà très volubile à l'époque. Face à Nathalie Baye dans le rôle de Lucie, Marie Gillain dans celui de Margot ou encore l'acteur britannique Hugo Speer dans la peau de l'amant Mark, son personnage tente de se dépêtrer d'une succession de situations dignes de figurer dans une pièce de théâtre. Très à l'aise dans le rôle de Barnie, Fabrice Luchini sera même exploité lors d'une excellent séquence le mettant face à sa bonne et sa mauvaise conscience. Un concept qui aurait pu faire des émules car comment résister à Trois Luchini pour le prix d'un seul ? Barnie et ses petites Contrariétés transpire littéralement la bonne humeur et ce, malgré la gravité de certains sujets, tels que le mensonge et l'infidélité...

Le charme de Nathalie baye et de Marie Gillain, le flegme purement britannique de Hugo Speer, et même l'arrivée comme un (nouveau) cheveu dans la soupe de Serge Hazanavicius dans le rôle de l'amant de Lucie et du professeur d'histoire de Cécile vient rajouter du piment à un film plutôt bien écrit même si Fabrice Luchini se verra offrir dans le futur des lignes de dialogue beaucoup plus ''raffinées''. Barnie et ses petites Contrariétés n'est au fond rien de plus, rien de moins qu'un vaudeville tourné pour le grand écran. Relativement court (moins d'une heure trente), le long-métrage de Bruno Chiche va droit à l'essentiel sans jamais se prendre totalement au sérieux. C'est peut-être aussi la raison pour laquelle le film ne dégage aucune sorte d'émotion. Le mensonge et l'infidélité ne faisant pas le poids face à la verve intarissable de Fabrice Luchini, on en ressort ravis d'avoir une fois encore assisté à une véritable leçon de narration. Au final, Lucie, Margot et Mark ne sont pas les seuls que Fabrice Luchini/Barnie aura su séduire. Les spectateurs eux-même ne peuvent que tomber sous le charme de ce personnage hors du commun, par le ''voyage'' à bord de l'Orient Express et par la mise en scène toute en simplicité de Bruno Chiche. Frais et divertissant...

dimanche 29 décembre 2019

Le Prix à Payer d'Alexandra Leclère (2017) - ★★★★★★★☆☆☆



Lors d'un déjeuner dans son restaurant préféré où il convie son chauffeur Richard, l'homme d'affaire Jean-Pierre Ménard lui confie qu'entre son épouse Odile et lui leurs rapports sexuels se sont espacés pour n'être au final plus qu'un ancien souvenir. Ayant les mêmes problèmes avec sa petite amie Caroline, Richard semble avoir la solution à leur problème commun : couper les vivres à leur compagne respective. Dépensière, Odile vit mal cette situation, elle qui a pour habitude de dépenser chaque jours de grandes sommes d'argent. Accaparée par l'écriture de son premier roman, Caroline espérait le soutien de Richard qui la menace de la virer de l'appartement où il considère l’héberger elle, ainsi que ses deux enfants.Si dans un premier temps les deux hommes finissent par obtenir de ce qu'ils attendaient de leur conjointe, les rapports de couples vont très rapidement se dégrader et personne n'en sortira indemne...

Second long-métrage de la réalisatrice française Alexandra Leclère trois ans après Les Soeurs Fâchées en 2003, l'auteur du Grand Partage en 2015 et de Garde Alternée en 2017 réalisait en 2007 Le Prix à Payer. Une nouvelle fois encore une comédie autour d'un quatuor d'excellents interprètes. Un comité restreint constitué de Christian Clavier, Nathalie Bate, Gérard Lanvin et Géraldine Pailhas à peine perturbé par quelques seconds rôles pour la majeure partie anodins mais d'où surnagent les discrètes prestations de Patrick Chesnais et Anaïs Demoustier qui incarnent respectivement Grégoire, l'amant tardif d'Odile et Justine, la fille du couple Ménard. Le Prix à Payer est une comédie grinçante sur le couple ainsi que la misère affective et sexuelle qui l'étreint lorsque les années passent et que la passion s'est envolée. Apparaissent alors l'indifférence, puis la rancœur, et enfin la haine. Davantage axé sur le pouvoir de l'argent qui entre les mains de ces messieurs semble être un moyen de pression pour obtenir les faveurs de leurs dames que sur les sentiments, le scénario écrit des mains mêmes de la réalisatrice critique avec férocité et sinistres pensées les dégâts causés par un trop grand nombre d'années de vie commune.

La femme est ici asservie, non pas seulement par les désirs sexuels de leur conjoint respectif mais enfermée dans un carcan de femme d'intérieur, elle n'a d'autre objectif que d'obéir sans sourciller. Enfin... il est peut-être exagéré d'évoquer ce terme puisque précisément, et chacune à leur manière, Odile et Caroline vont prendre le taureau par les cornes et se battre. Si Alexandra Leclère n'avait pas elle-même mis en scène cet excellent quatuor adapté de son propre scénario, sans doute Le Prix à Payer aurait-il reçu davantage que les critiques subjectives que lui ont asséné un certains nombres d'individus. Signé par un homme, le long-métrage aurait sans doute été taxé de misogyne bien que le trait soit souvent forcé. Rares sont les occasions de rire à gorge déployée dans le cas qui nous intéresse ici. Et pourtant, la réalisatrice s'en donne à cœur joie et offre à son public des séquences qui auraient pu devenir anthologiques si elles n'avaient pas pour habitude de prendre des atours parfois grossiers. Le Prix à Payer ou, comment l'argent remplace les sentiments. Une sympathique comédie interprétée par d'excellents acteurs...

vendredi 23 novembre 2018

La Machine de François Dupeyron (1994) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Au départ, une excellente idée. A l'arrivée, un résultat plus que mitigé. Voilà pour la rime. Concernant le contenu de La Machine, film de science-fiction à la française, ou comment partir d'un bon sentiment et échouer sur la ligne d'arrivée, va pas falloir s'emballer même si on louera l'honorable tentative de son auteur d'affranchir son pays d'un genre trop peu représenté au moment de sa sortie. Parce que dans le genre qui intéresse ici le cinéaste français François Dupeyron, notre belle nation avait déjà bien du mal à l'époque à rivaliser avec la plus grande puissance mondiale. On se souvient encore du navrant, mais cultissime, Terminus de Pierre-William Glenn avec Johnny Hallyday. Le post-apo involontairement rigolo sorti sept ans plus tôt. Un sous Mad Max, mais au moins égal à toute la vague de nanars post-apocalyptiques qui virent le jours chez nos amis transalpins dans les années quatre-vingt. A l'époque, en France, on avait soit le choix entre passer du bon temps devant Terminus, donc, soit s'enfermer durant quatre vingt-dix minutes dans l'univers sinistre et froid du tout aussi culte mais rigoriste Bunker Palace Hôtel d'Enki Bilal. D'un côté, de l'anticipation crétinisante et jubilatoire, de l'autre, de la hard science-fiction immobile et pseudo-intellectuelle. Et puis voilà que débarque beaucoup plus tard François Dupeyron et son tout petit cortège de stars françaises. Un triangle improbable (ou presque) formé de Gérard Depardieu, que les américains nous piquèrent suffisamment longtemps pour qu'il perde peu à peu de cet immense charisme qui était le sien (l'interprète d'Uranus et de Danton ira notamment se fourvoyer chez ces voleurs d'idées et de talents en jouant le bouffon dans l'infecte 102 Dalmatiens de Kevin Lima), de la superbe Nathalie Baye de La Balance de Bob Swaim, de Rive Droite, Rive Gauche de Philippe Labro ou du très perturbant Préjudice d'Antoine Cuypers, et de Didier Bourdon, un Inconnu fort célèbre, ancien humoriste auprès de Pascal Légitimus et Bernard Campan avec lesquels il signa d'excellentes comédies (Les Trois Frères, Les Rois Mages), et acteur solo avec, entre autres, Bouquet Final de Michel Delgado.

Pas franchement reluisant, La Machine se découvre et se regarde comme une curiosité dans le paysage français. Un psychiatre (Depardieu), face à un psychopathe particulièrement dangereux (Bourdon). Fasciné par l'esprit humain, Marc Lacroix invente une machine devant lui permettre à l'origine de scruter le cerveau humain. Le psy ne trouve rien de mieux que d'expérimenter son invention en utilisant le dit psychopathe. Connectés ensemble à la machine, Marc va obtenir des résultats dépassant largement ses espérances. En effet, son esprit et celui de Michel Zyto, le psychopathe en question vont changer de corps. L'esprit de Marc ayant été transféré dans le corps de Zyto, et vice versa. D'où des conséquences que l'on devine assez rapidement puisque le psychiatre, coincé dans le corps de Zyto, va se retrouver à la place de son patient, enfermé à l’hôpital psychiatrique tandis que son patient, lui, va pouvoir jouir de sa femme, de leur fils et de sa maîtresse...

Enfin, d'une certaine manière puisque le psychopathe de François Dupeyron manquera l'occasion de se refaire une santé, agissant tel qu'il a toujours été mais dans la peau d'un honorable médecin. Les interprètes ont beau avoir du talent, Depardieu et Bourdon sont tout sauf crédibles. Surtout notre Gérard national, très peu habitué à incarner la psychopathie sur grand écran. Résultat : on passe davantage de temps à pouffer de rire alors que le cinéaste cherche visiblement à susciter la peur, ou du moins l'angoisse chez le spectateur. La seule des trois qui parvient encore à demeurer crédible, c'est Nathalie Baye. Pourtant, La Machine n'est pas totalement dénué d'intérêt. On appréciera la photographie de Dietrich Lohmann et la tentative du cinéaste qui adapte là le roman éponyme de l'écrivain français René Belletto. Pour le reste, La Machine est vraiment très moyen...

mardi 24 octobre 2017

Une Etrange Affaire de Pierre Granier-Deferre (1981) - ★★★★★★★★☆☆



Jusqu'où certains seraient-ils prêts à aller pour conserver leur emploi ? C'est à cette question que tente de répondre le cinéaste français Pierre Granier-Deferre auquel ont doit notamment Le Chat, La CageAdieu Poulet, ou encore Noyade Interdite. Imaginez-vous vous réveiller un matin et réaliser que depuis deux ans, le poste que vous occupez n'est pas essentiel à la bonne marche de l'entreprise pour laquelle vous travaillez. Un emploi qui jusqu'à maintenant n'a pas semblé déranger qui que ce soit dans votre entourage, pas même l'ancien directeur qui vient tout juste de mourir. Alors, quand débarque son successeur, tout est remis en question. On évoque une charrette, avec l'éventualité que vous en fassiez partie. Forcément, cela va jouer sur votre moral ainsi que sur celui de vos collègues de travail. Le risque, c'est que cela dépasse les frontières de votre vie professionnelle pour empiéter sut votre vie privée. La rencontre avec le nouveau directeur est brutale. Vous êtes paralysé. Ne savez que répondre lorsqu'il vous interroge sur votre fonction. Lui, est apparemment décidé à faire un grand nettoyage. Se débarrasser du superflu. Qu'êtes-vous donc prêt à sacrifier pour conserver votre emploi ?

Louis Coline travaille dans le service marketing d'un grand magasin à Paris. Marié avec Nina, il mène une vie simple et demeure très proche de sa grand-mère à laquelle il rend régulièrement visite. Depuis deux ans, il bosse à son rythme. Pas vraiment pressé de se rendre au travail, il boit des coups au bar, passe devant le bureau de tous ses collègues pour leur faire un petit coucou et exécute les ordres du responsable de son département, Gérard Doutre. Lorsqu'arrive Bertrand Malair, le nouveau directeur, l'ambiance est froide. Dès le départ, Louis est comme « examiné » par le nouveau patron. L'objectif de ce dernier est clair : les résultats rencontrés ces derniers temps par le magasin ne sont pas suffisants. Louis est-il prêt à une disponibilité de tous les instants ? La réponse est oui...

Une Étrange Affaire, forcément, glace les sangs. Parce que ce récit, basé sur un scénario écrit à six mains par Christopher Frank, Pierre Granier-Deferre et Jean-Marc Roberts et inspiré par le roman Affaires Étranges de ce dernier, nous relate la lente et pénible dégradation morale, physique et intime d'un homme prêt à tout pour conserver son emploi. Cet homme, c'est l'acteur Gérard Lanvin. Son épouse, l'actrice Nathalie Baye. Un couple qui explose devant la vampirisation dont est victime le publicitaire. La cause ? Michel Piccoli, qui dans le rôle de Bertrand Malair, campe un nouveau directeur froid, cynique, envahissant. Pierre Granier-Deferre joue à nous faire peur. Quelques menues phrases proférées par l'homme en costard-cravate nous plongent dans l'ambiance. Cette atmosphère délétère où l'individu est prêt à s’avilir. Lanvin, ce petit employé presque insignifiant durci le ton. Calque son comportement sur celui des deux plus proches collaborateurs de Malair, eux aussi embarqués dans cette étrange histoire dont l'écho résonne plus que jamais de nos jours. Ces deux chiens de garde au comportement tellement curieux qu'ils en deviennent très vite inquiétants, ce sont Jean-Pierre Kalfon, et Jean-François Balmer. Deux interprètes idéaux. Sous ses allures de petite critique sociale, Une Étrange Affaire est un cauchemar de tous les instants qui nous renvoie à nos propres peurs.

Pour l'occasion, le compositeur Philippe Sarde propose une partition musicale sinistre collant parfaitement à l'ambiance de cette œuvre étouffante. Michel Piccoli est comme toujours, magistral. L'acteur dévore littéralement un Gérard Lanvin diminué, mais calquant finalement son comportement sur celui du directeur. Jean-Pierre Kalfon et Jean-François Balmer produisent une interprétation sans faille. D'un côté, le bon copain. De l'autre, l'homme distant, dédaigneux. Un binôme caractérisé par une volonté de se plier à toutes les exigences du boss, quitte à sacrifier jusqu'à leur vie privée et celle des autres.
Le cinéaste ne se contente pas de décrire les changements comportementaux de son héros sur son milieu de travail, mais dans sa vie intime également. L'aliénation d'un individu se sacrifiant sur l'autel de la réussite. Une Étrange Affaire flirte avec l'horreur psychologique. Une œuvre traumatisante qui n'a absolument pas perdu de sa force évocatrice même trente-six ans après sa sortie...

mercredi 18 octobre 2017

Je Vais Craquer de François Leterrier (1980) - ★★★★★★★☆☆☆



Jérôme Ozendron est un jeune cadre, dynamique et ambitieux. Marié à Brigitte, ils sont tous les deux les parents de trois enfants. Jérôme croise un jour la route de Christian, un ancien camarade de fac avec lequel il accepte de passer la soirée après lui avoir présenté sa famille. Au détour d'une rue, Christian lui présente Natacha, une belle blonde qui fréquente les boites de nuit. Jérôme suit Christian et la jeune femme jusqu'au club privé Chez Castel puis Chez Régine. La soirée se termine ensuite dans l'appartement que prête un ami américain à Christian. Alors que ce dernier est très occupé à faire l'amour à la belle Malika, Jérôme se prend un four auprès de Natacha et décide de finalement rentrer chez lui, à cinq heures du matin.
Quelques temps après, il est viré de l'entreprise pour laquelle il travaille depuis de nombreuses années et profite de l'occasion, selon les propos qu'il tient à Brigitte, pour changer de vie. Décidé à mettre à contribution les six mois qui viennent pour écrire enfin le roman dont il rêve, il loue une chambre de bonne afin de travailler dans le silence. Mais comme l'inspiration tarde à venir, Jérôme sort prendre l'air et croise la route de Liliale, une jeune artiste hippie un peu paumée qui va dès lors, ne plus lui laisser le moindre répit. Un jour, et alors qu'il tente par tous les moyens de se débarrasser de la collante Liliane, Jérôme croise à nouveau la route de Natacha. A nouveau, le voici plongeant dans l'univers des boites de nuit, au bras de Natacha et approchant même un producteur de cinéma qui lui propose d'écrire pour lui le scénario d'un film à venir. Pendant ce temps là, Brigitte, reste seule à la maison avec leurs enfants...

« Elle a une sale gueule mais un beau cul...
J'la saute vite fait et j'me casse. »

Elle, c'est l'actrice Anémone. Qui de sa présence dans ce film signé François Leterrier justifie à elle seule l'intérêt que l'on peut porter à Je Vais Craquer. Ce qui n'enlève bien évidemment rien à celui que l'on porter à l'interprétation de Christian Clavier qui en ancien cadre d'entreprise désirant s'intégrer dans un mode de vie qui lui est totalement étranger incarne le beauf dans toute sa splendeur. Lunettes, tenues, coiffure, et surtout, comportement. Tout semble avoir été étudié pour faire du célèbre acteur comique français, LE prototype du Con avec un grand C. A n'en point douter, Je Vais Craquer est bel et bien une comédie. Mais dans cet étalage permanent d'hypocrisie où l'apparence est reine, il demeure un sentiment de malaise. Fort heureusement contrebalancé par les diverses apparitions d'une Anémone qui interprète le personnage de Liliane. Jeune fille plutôt laide ne pouvant compter que sur ses fesses et sa poitrine.
François Leterrier abord le phénomène de rejet tout en gardant en tête que l'on est surtout là pour rire. Clavier et Anémone forment le couple idéal. Une baba-cool glutineuse comme un sparadrap sur une plaie béante. La plaie, c'est bien évidemment Christian Clavier, qui du haut de son nouveau statut de chômeur se cherche une identité propre à l'intégrer dans une société marginale et nocturne qui n'a surtout pas besoin de lui, sauf en cas d'urgence (Natacha voulant se débarrasser de son amant un peu trop collant).

Je Vais Craquer n'est peut-être pas le film auquel l'on se réfère systématiquement dès que l'on aborde le cinéma comique français des années quatre-vingt et pourtant, le film de François Leterrier est dans le genre, assez énorme. Multipliant les situations aussi gênantes que cocasses, le cinéaste y dresse un inventaire éloquent du snobisme parisien de l'époque. Ce monde souterrain, codé, et surtout superficiel qu'il arrive à retranscrire avec une certaine aisance. Bourré de répliques et de scènes cultes, Je Vais Craquer est dans le genre, une perle. Des différentes apparitions d'Anémone comme écrit plus haut, jusqu'aux interventions en voix-off de Christian Clavier, on rit et sourit assez régulièrement. Aux côtés des deux interprètes, on a la joie de retrouver la belle et talentueuse Nathalie Baye, Marc Porel dans le rôle de Christian, Maureen Kerwin dans celui de Natacha, Jean-François Derec en artiste de rue, le belge André Valardy en ancien collègue de travail de Jérôme ainsi que le chanteur Eddy Mitchell dans son propre rôle. Quant à François Leterrier, il allait réaliser l'année suivante une autre comédie française culte : Les babas-Cool, toujours avec Anémone et Christian Clavier... entre autres interprètes...

dimanche 9 juillet 2017

Alibi.com de Philippe Lacheau (2017) - ★★★★★★★☆☆☆



Lorsqu'une équipe fonctionne, on n'en change pas. Celle (presque au complet) des deux volets de Babysitting se retrouve donc sur le tournage de Alibi.com, toujours réalisé par l'acteur, réalisateur et scénariste Philippe Lacheau (qui tient ici également le rôle principal) mais cette fois-ci sans son complice Nicolas Benamou qui lui semble avoir préféré adapter un scénario écrit à quatre mains par les scénaristes Fabrice Roger-Lacan et Frédéric jardin, et réaliser ainsi le film A Fond qui est sorti le 21 décembre 2016. A deux mois d'intervalle avec Alibi.com qui lui est sorti dans les salles le 15 février 2017. Si les deux cinéastes ont pris un chemin différents, leur s films respectif démontrent qu'ils n'ont rien perdu de la source d'inspiration dont il usèrent au moment de tourner Babysitting 1 & 2. Il n'y a en effet guère de différence dans leur manière d'aborder l'humour: des gags explosifs, un rythme qui prend parfois des allures de course folle et un style qui leur appartient et dont certains semble s'être inspirés (l'excellent Five du cinéaste Igor Gotesman). Alibi.com part d'une idée toute bête: un jeune homme ambitieux (mais pas très heureux en amour) crée une entreprise (Alibi.com, donc) dont la spécialité est de proposer des alibis aux infidèles, ou à celles et ceux qui veulent échapper à leur quotidien sans que leur(s) proche(s) soi(en)t au courant. Une entreprise bien rôdée dirigée par Greg (Philippe Lacheau), avec lequel collabore Augustin ( Julien Arruti) et leur nouvel employé, Mehdi (interprété par l'acteur Tarek Boudali), lequel est victime de narcolepsie, ce qui donnera lieu à une scène irrésistiblement drôle filmée à bord d'une voiture. Un décor qui semble convenir à l'univers délirant développé par Philippe Lacheau et Nicolas Benamou depuis leurs débuts sur Babysitting et que le second aura su exploiter jusqu'au bout avec A Fond.
Le trio Lacheau, Boudali, Arruti reformé, ne reste donc plus qu'à trouver le reste du casting. Philippe Lacheau est cette fois-ci parvenu à embaucher celui auquel il avait pensé à l'époque de Babysitting mais qui n'avait pu accepter le rôle de Marc Schaudel puisqu'il tournait déjà Les Trois Frères: le retour: Didier Bourdon. Alors que Gérard Jugnot "récupérait" le rôle à son compte, jouant ainsi aux côtés de Clotilde Courau dans le rôle de Claire, l'épouse de Marc, Didier Bourdon fait cette fois-ci partie du casting pour notre plus grand bonheur, prenant ainsi la relève de Christian Clavier qui, lui, participait au tournage de babysitting 2. Car l'une des spécificités des œuvres de Philippe Lacheau est effectivement d'engager sur le tournage de ses différents longs-métrages, de grands noms du cinéma français, lesquels donnent la réplique à bon nombre d'interprètes peu connus dans le paysage cinématographique français.
Le résultat est détonnant, frais, et finalement homogène. Il n'y a aucun conflit de génération et tous semblent passer un très agréable moment. Alibi.com fait preuve d'un savant savoir-faire dans la mise en place des gags, souvent inédits bien que se rapprochant très nettement de ce que l'on avait l'habitude de voir chez Philippe Lacheau. C'est peut-être d'ailleurs la raison pour laquelle ce dernier long-métrage est un tout petit peu moins amusant que les précédents. Car à force d'user des mêmes cordes, elles risquent de finir par s'user. Par chance, l'univers déployé par le cinéaste demeure encore assez frais pour que l'on se gausse des péripéties de ses personnages. Outre les interprètes principaux (n'oublions surtout pas les présences de Nathalie Baye et d'Elodie Fontan), on a droit à quelques guests fort sympathiques:
On y croise le deuxième prix de Comédie du Conservatoire national supérieur d'art dramatique, Christian Bujeau, le "Youtubeur" Norman Thavaud, l'excellentissime Medi Sadoun, (Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?, Débarquement Immédiat, tout deux réalisés par Philippe de Chaveron), l'humoriste totalement barrée Chantal (La Classe) Ladesou, le génial Philippe (Deschiens) Duquesne, l'actrice-humoriste Michèle Laroque, Kad Merad (que l'on ne présente plus), ainsi que les deux rappeurs La Fouine, et surtout Joey Starr, qui après avoir interprété des rôles de flic, s'amuse à titiller son image de rappeur viril en interprétant cette fois-ci le rôle d'un... mais vous le découvrirez vous-même...!
Enfin, petite mention spéciale pour l'actrice et humoriste belge Nawell Madani qui dans le rôle de la chanteuse pouffe rêvant de célébrité est irrésistible. Au final, Alibi.com est une bonne surprise, dans la veine des œuvres citées plus haut. Ceux qui furent conquis par Babysitting et compagnie aimeront, c'est certain...


mardi 28 février 2017

Juste la Fin du Monde de Xavier Dolan (2016) - ★★★★★★★☆☆☆



Xavier Dolan, un cinéaste que l'on aimerait pouvoir détester. Parce que du haut de ses vingt-sept ans, ce québecois né le 20 mars 1989 a déjà établi une jolie carrière dans l'art qui est le sien. Six longs-métrages, et surtout, un Mommy en 2014 qui a presque remporté tous les suffrages. Alors, bien évidemment, on ne pouvait l'attendre qu'au tournant avec son dernier né, Juste la Fin du Monde. Pas celle que l'on nous avait promise en 2012, mais celle d'une prophétie qui devrait toucher le cadre ultra restreint d'une cellule familiale. 'Ça n'est pas la fin du monde' comme diraient certains, et pourtant, quelque part, loin de chez lui, Louis va devoir annoncer à des proches qu'il n'a pas vu depuis douze ans, l'impensable : sa mort prochaine.
Juste la Fin du Monde, c'est d'abord le récit d'une castration affective et intellectuelle. Entre un fils qui a réussi, loin de chez lui, un auteur à succès qui recouvre la mémoire de ses proches en parcourant des milliers de kilomètres pour les rejoindre, et ces derniers, pour lesquels le temps semble s'être arrêté le jour de son départ douze ans auparavant. Une mère(Nathalie Baye que l'on avait déjà pu découvrir dans le superbe Préjudices), peinture vivante dans l'art de l'excentricité, grimée jusqu'aux ongles. Une sœur (Léa Seydoux) vouée toute entière à ce frère disparu. L'autre frangin, lui, incapable de combler les vides, les remplissant d'un orgueil qui étouffe, lui et les siens. Comme Catherine, son épouse, brimée, part lumineuse et maladroite d'un compagnon qui n'avouera jamais ses blessures.


Le dernier long-métrage de Xavier Dolan laisse songeur. On hésite entre crier au génie et soupirer de désespoir de ne pas avoir été autant séduit qu'en 2014. Il y a des instants d'émotion intense. La caméra sachant quel angle choisir pour obtenir ce moment de grâce qui passe dans le regard de ses personnages. Comment résister à cet échange silencieux entre Marion Cotillard et Gaspar Ulliel qui paraissent durant un instant ressentir les émois d'un premier amour ? Curieusement, et à plusieurs reprises, certains semblent avoir des prédispositions avec l'omniscience. Mais Xavier Dolan trompe son monde. Tout ce qui nous semble prendre forme de manière concrète n'est que le fruit d'une construction de notre propre esprit. L'histoire est beaucoup plus simple qu'il n'y paraît puisque le cinéaste québecois a suffisamment confiance en son public pour ne pas avoir à en révéler trop sur les messages que tentent de faire passer les protagonistes.

Si Gaspard Ulliel est forcément émouvant dans le rôle de cet homme venu dire au revoir à ses proches, les autres interprètes n'en sont pas moins formidables. Tout aurait dû me pousser à renier le désir de découvrir Juste la Fin du Monde. Ce cinéaste au succès 'presque trop rapide', et surtout, une Marion Cotillard jamais véritablement appréciée depuis la gloire post-Môme. Elle demeure pourtant ici bouleversante. Vincent Cassel demeure la clé d'une énigme qui ne connaîtra sans doute pas le dénouement que l'on attendait. Toute la force de ce cinéma étant de préserver jusqu'au bout un fil d’Ariane dont l'intérêt premier s'effiloche pour devenir secondaire.
Juste la Fin du Monde n'est malheureusement pas parfait. Il demeure des carences que le québecois a manqué de combler. Son œuvre fait l'effet d'un sparadrap que l'on applique et que l'on retire sans cesse. Les instants de fulgurance existent, mais il est vrai que l'on s'ennuie devant des scènes vides de contexte et trop uniformes. On ne pourra cependant pas lui reprocher ses qualités de réalisateur, scénariste et monteur. Quand dans bon nombre de longs-métrages il demeure évident que les acteurs portent à eux seuls l’œuvre qu'ils interprètent, sans le concours et le talent de Dolan, Juste la Fin du Monde aurait sans doute arboré un visage bien morne. Une note spéciale pour la superbe partition musicale de Gabriel Yared...

vendredi 3 février 2017

En toute Innocence d'Alain Jessua (1987) - ★★★★★★★☆☆☆



Paul et son fils Thomas sont les heureux propriétaires d'une entreprise d'architectes prospère. Le père est également propriétaire d'une luxueuse demeure et le fils est l'époux de la très belle Catherine. Un jour, alors que Paul prend sa voiture afin de retrouver Thomas à Genève, il s'aperçoit en chemin qu'il a oublié quelque chose. Lorsqu'il arrive dans la propriété familiale, il surprend sa belle-fille dans les bras de Didier, l'un de ses proches collaborateurs. Furieux, Paul reprend la route mais en chemin, il est victime d'un grave accident qui le cloue dans un fauteuil roulant et le plonge dans le mutisme. De retour quelques jours après avoir passé quelques temps à l’hôpital, il est victime d'un étrange accident dû à une défaillance du moteur de son fauteuil roulant. Catherine quant à elle perd définitivement la confiance et l'amitié de son beau-père.
Entre Paul et sa belle-fille, le torchon brûle. Catherine tente de se faire pardonner mais rien n'y fait. Il a décidé de lui faire la guerre ? Catherine est prête à prendre les armes. Entre le beau-père et la belle-fille rien ne va plus. Thomas voit bien qu'entre eux il se passe quelque chose. Bientôt, lasse d'être ignorée, puis épiée par Paul, Catherine décide de passer à l'action et d'éliminer son beau-père...

En toute Innocence est le huitième et avant dernier long-métrage du cinéaste et producteur Alain Jessua qui jusqu'à maintenant à réalisé son dernier film il y a vingt ans avec Les Couleurs du Diable. Principalement interprété par Michel Serrault et Nathalie Baye, les deux acteurs sont entourés par François Dunoyer, Suzanne Flon, Philippe Caroit ou encore Bernard Fresson. L’œuvre d'Alain Jessua tourne autour de ce secret de famille que l'on découvre durant les premières minutes. Un adultère que le patriarche préfère taire en simulant son mustisme plutôt que de prendre le risque de le révéler autour de lui et ainsi blesser son fils.
Alain Jessua développe une intrigue digne du cinéma d'Alfred Hitchcock. Un drame se déroulant dans le cadre exclusif d'une immense demeure entourée d'un parc et d'un lac dans lequel son héros a failli perdre la vie durant un étrange accident. On peut se demander dans quelle mesure celui-ci a été perpétré par quelqu'un durant le sommeil de Paul. Le vieil homme gène-t-il quelqu'un depuis qu'il a assisté à l'adultère de sa belle-fille ? C'est bien évidemment une question que l'on se pose durant le temps que se déroule l'histoire de En toute Innocence. Didier (Philippe Caroit), l'amant est un suspect tout désigné. Avant que les soupçons ne se portent directement sur Catherine (Nathalie Baye). Pourtant, tout mettra bien plus de temps dans l'esprit de la jeune femme, rendue « folle » par le comportement de plus en plus éloigné de son beau-père qu'elle avoue pourtant au début beaucoup aimer.

Il y a peut-être également un détail insidieux qui s'insinue dans ce récit scénarisé par Luc Béraud, Alain Jessua et Dominique Roulet à partir du roman Suicide à l'amiable d'André Lay. En effet, si Paul éprouve de la répulsion envers Catherine, on se demande parfois s'il ne ressent pas davantage d'attirance pour elle. Un sentiment qui semble prendre forme lors de la scène tragique se déroulant dans la salle de bain durant le dernier quart d'heure. Si En toute Innocence a des allures de téléfilm, il n'en reste pas moins un excellent thriller de la part d'Alain Jessua, de plus très bien interprété par son principal duo et ses rôles secondaires...

dimanche 22 janvier 2017

Beau-Père de Bertrand Blier (1981) - ★★★★★★★★☆☆



Rémi vit avec son épouse Martine, et sa belle-fille Marion. Lorsque Martine meurt dans un accident de voiture, Rémi doit annoncer à Marion que sa mère est morte. Puis l'adolescente âgée de 14 doit choisir alors d'aller vivre avec son père Charly, ou de rester avec Rémi, son beau-père. Vivant avec ce dernier depuis les huit dernières années, Marion désire continuer à vivre ainsi. Mais Charly ne lui laissant pas le choix, la jeune fille est forcée de quitter l'appartement de Rémi et d'aller s'installer chez son père. Mais un jour, elle fugue et revient chez son beau-père les bras chargés de bagages. Marion et Rémi n'ont rien dans la vie en dehors de l'attachement qu'ils éprouvent l'un pour l'autre. Elle est collégienne, lui, un petit pianiste minable qui travaille dans un piano-bar. Bientôt Rémi perd son boulot. Marion, elle, est beaucoup moins studieuse depuis que ses pensées se dirigent toutes vers son beau-père. Car oui, l'adolescente est amoureuse de ce dernier. Rémi a beau repousser les avances de sa belle-fille, il ne peut nier sa propre attirance pour elle...

Deux ans après avoir tourné le monumental Buffet Froid, le cinéaste français Bertrand Blier tourne Beau-Père en 1981. Il retrouve pour la troisième fois l'un de ses acteurs fétiches, Patrick Dewaere, mais cette-fois ci, sans son acolyte Gérard Depardieu. Pour ce nouveau film, l'auteur des Valseuses et de Calmos semble avoir envie de revenir sur un sujet qu'il avait partiellement traité avec Préparez vos Mouchoirs. Si pour ce dernier, le sujet de l'amour entre un adulte et un enfant ne servait qu'à l'aboutissement de son personnage féminin dans son désir d'être mère, cette fois-ci, nous y sommes en plein dedans. Comme trois ans en arrière, c'est une absence, un manque qui paraît être l'objet de ce désir interdit que le cinéaste va, une fois encore, traiter avec la plus grande des sensibilités.

Face à Patrick Dewaere, la toute jeune Ariel Besse qui a l'époque n'a que quinze ans, soit un de plus seulement que celui de Marion, son personnage. Entre cette année 1981 et l'année suivante, la jeune actrice ne tournera que trois films (celui-ci, ainsi que On s'en Fout... Nous on s'Aime et Mora) puis... plus rien. Pourtant, Ariel Besse donne une interprétation tout à fait remarquable de son personnage d'adolescente confrontée à la mort de sa mère et s'attachant plus que de raison à son beau-père. Aux côtés de ce formidable duo, on retrouve l'acteur Maurice Ronet, dans le rôle du père biologique, Maurice Risch et Geneviève Mnich dans ceux du couple d'amis de Rémi, ainsi que Nathalie Baye, Nicole Garcia, et Macha Méril pour des rôles moins importants et pourtant, d'une importance fondamentale.

Fondamentale puisque c'est à travers leur regard que l'on saisit l'essence même de cette histoire d'amour qui ne pourra choquer que les biens pensants de tous poils. Les personnages de Simone, Nicolas, et de Charlotte (pourtant eux-même parents de très jeunes enfants), tout en comprenant, mais sans jamais juger, ce qui se trame entre Rémi et Marion, « autorisent », du moins dans cette fiction, une relation « contre-nature » entre une gamine à peine formée et son beau-père. Patrick Dewaere est bouleversant dans sa manière d'aborder ce rôle difficile. Jamais vulgaire, jamais voyeuriste, la caméra se déplace avec lenteur, épousant chaque mot prononcé par le duo Dewaere-Besse. Alors même qu'un tel sujet demeurerait insensé de nos jours au cinéma, Bertrand Blier nous conte une histoire belle et tragique à la fois. Deux âmes perdues qui s'aiment en secret, dans le péché et le mensonge. Bien moins cynique qu'à son habitude (Buffet Froid en est un modèle), le cinéaste signe une fois encore un grand film. Moins immédiat que certaines de ses œuvres, mais à la force d'évocation puissante et sublimée par, ne l'oublions pas, la superbe partition musicale de Philippe Sarde (Le Locataire)...

lundi 17 octobre 2016

Préjudice de Antoine Cuypers (2015) - ★★★★★★★★★☆



Préjudice, du cinéaste français Antoine Cuypers. S'il ne m'avait pas été conseillé par l'ami Mike, sans doute n'aurais-je pas entendu parler de ce long-métrage avant longtemps. Un film s'articulant autour d'un repas de famille ne pouvait que m'évoquer des œuvres aussi passionnantes que Cuisine et Dépendances, Un Air de Famille ou Le Prénom. Et pourtant, le spectacle auquel je m'apprêtais à assister allait nettement dépasser le simple cadre de la comédie familiale.
Il y a des œuvres qui méritent qu'on ne les juge surtout pas après seulement quelques minutes. Préjudice fait partie de ces longs-métrages qui mettent en place ses personnages et l'environnement qui servira de cadre pour le reste du récit. Des premières minutes hésitantes. Qui est donc ce drôle de type, passionné par l'Autriche, et pas franchement engageant qui s'entraîne à courir dans sa chambre ? Si le casting de Préjudice est constitué d'un peu moins d'une dizaine d'interprètes, son intrigue s'articule surtout autour de Cédric, et de sa mère. La demeure, nous le découvrirons aisément, est le berceau d'une rancœur tenace qui va littéralement exploser lors d'un repas familiale durant lequel, Caroline, la sœur de Cédric, va annoncer qu'elle attend un enfant de Gaëtan, le beau-fils.

La grande force de Préjudice est de nous plonger, nous spectateurs, au cœur d'un drame dont nous ignorons tout des origines. En nous jetant en pleine figure cette mère et ce fils sans même connaître leur passif, il provoque en nous des réactions légitimes qui vont pourtant s'effilocher au fil de l'intrigue. Qui sommes-nous donc pour juger cette mère castratrice, cette sœur dénigrant son frère et ce père qui fuit devant ses responsabilités ?
Si l'on se place d'abord en toute logique du côté de ce fils, pieds et points liés qui n'a semble-t-il jamais eu les mêmes droits que ses frère et sœur, le récit nous délivre peu à peu un discours différent, et l'on se rend compte alors que tout les jugements que nous pouvions avoir jusque là étaient faussés pas cette absence volontaire d'informations.

Si Préjudice arbore en premier lieu les allures d'une comédie française légère, il sombre peu à peu dans l'horreur d'une cellule familiale s’autodétruisant de l'intérieur. Devant le refus d'être assistée par une quelconque institution médicale, la mère de famille se condamne ainsi que ses proches à vivre l'enfer auprès d'un enfant auquel elle a sans doute donné le plus mais qui, lui, devant la peur de celle-ci, et devant son refus de le laisser vivre son rêve (qui est de partir faire un voyage en Autriche), est persuadé d'être le moins aimé de tous.

Avec une vérité glaçante, Antoine Cuypers fait de ce repas familiale sinistre, un document d'une intensité dramatique qui ne cesse de grimper vers des hauteurs insoupçonnées. Si la réalisation est largement à la hauteur de nos espérances, le film repose également sur une interprétation sans faille de la totalité des acteurs et actrices. Bien que différents, les portraits demeurent aussi saisissants que ceux mis en avant par le cinéaste Jaco Van Dormael dans Le Tout Nouveau Testament (ceux qui ont été marqués par ce film comprendront ce que je veux dire). De la belle-fille et le beau-fils (respectivement Cathy Min Jung et Eric Caravaca), forcément en retrait par rapport aux événements, en passant par le père (l'acteur et chanteur belge Arno, admirable de retenue), jusqu'au duo formé par la mère et le fils Cédric (la formidable Nathalie Baye et l'extraordinaire composition de Thomas Blanchard), Préjudice est une œuvre essentielle, accompagnée d'une superbe en anxyogène partition musicale signée fant de Kanter et Francesco Pastacaldi, et qui nous en apprend beaucoup sur les autres et sur nous-mêmes également. Un chef-d’œuvre...

mardi 20 mars 2012

Le Retour De Martin Guerre de Daniel Vigne (1981)



Artigat, dans le comté de Foix en l'année 1542. Le jeune Martin Guerre épouse Bertrande de Rols. Une fois les festivités terminées, le curé du village bénit les jeunes mariés ainsi que leur couche afin qu'il aient des enfants. Pourtant, après plusieurs tentatives, Martin semble montrer les signes d'une malédiction qui l’empêche de procréer. C'est pourquoi certains villageois vont s'employer à exorciser le mal, et d'autres à moquer son incapacité à donner un enfant à sa bien aimée. Les rapports entre Bertrande et Martin se dégradent. A tel point qu'un jour ce dernier décide de quitter le village. 


Huit années plus tard, et alors que la vie a doucement repris son cours, un homme se présente à l'entrée du village. Il s'agit de Martin. Le jeune garçon est devenu un vigoureux jeune homme, transformé par la guerre. Il est reconnu par tous ceux qui l'ont connu, à commencer par son oncle Pierre, Augustin et même sa fidèle épouse Bertrande. Accueilli comme un roi, Martin offre aux membres de sa famille les cadeaux qu'il a achetés. Il a appris à lire. Et à écrire aussi. Il raconte qu'il a fait la guerre durant son absence. Alors qu'il a visité l'Espagne et est monté jusqu'à Paris, c'est l'envie de tous les revoir

Il reprend son travail. Le village tout entier reconnaît que depuis qu'il est revenu, les terres n'ont jamais autant rapporté. Entre Bertrande et lui, tout va pour le mieux. Il se montre beaucoup plus entreprenant que par le passé. Son oncle est content du travail qu'il abat et sa nouvelle intégration se déroule sous les meilleurs hospices. Du moins jusqu'au jour où des vagabonds passent la nuit dans la grange du village. Alors que le curé et Martin leur apportent de quoi boire et manger, ce dernier se dérobe à leur compagnie comme s'il s'était retrouvé face au diable. L'un des vagabonds demande alors au curé l'identité de l'homme qui vient de les quitter. Celui-ci lui affirme qu'il s'agit de Martin Guerre. Le voyageur contredit le curé en affirmant avoir croisé le vrai Martin à la guerre de Saint Quentin. L'homme qui se fait passer pour le fils des Guerre s’appellerait, lui, Arnaud De Tihl.


Martin hypnotise les villageois, leur racontant les aventures qu'il a vécu durant sa longue absence. Mais le soir même, alors qu'il attire Bertrande dans une région du village qu'elle craint, son mari est pris à parti par deux hommes masqués, les deux vagabonds, qui le reconnaissent comme étant Arnaud De Tihl. Pendant ce temps là, Antoine, le cousin de Martin, fait part des événements du matin à Pierre, l'oncle de Martin. Ce dernier choisit de ne pas tenir compte des faits mais le jour où Martin lui demande de le payer pour ce qu'ont rapporté ses terres durant ses huit ans d'absence, ce dernier se met en colère. Les deux hommes ne s'entendent pas, Martin menaçant de faire appel à la justice si jamais son oncle refuse de le payer. Ils finissent par se battre.

Les hommes du village doutent de plus en plus. Pierre propose alors un marché à Martin qui tombe dans le piège. Persuadé de trouver son dû dans le coffre à grain de la grange, Martin est attaqué par deux hommes du village, mais c'est Bertrande qui s'interpose entre Martin et la serpe que Pierre s'apprete à lui enfoncer dans le torse.

Le juge Rieux arrive au village afin d'éclaircir toute cette affaire. Martin est emmené, pieds et poings liés. Le juge demande aux villageois de se scinder en deux groupes. D'un côté, ceux qui croient en l'identité de Martin, et de l'autre, ceux qui doutent. Il y a aussi ceux du village qui restent indécis et comme de chaque camp le nombre d'opposants et de partisans est égal, le juge Rieux déclare qu'il n'y a aucune raison de penser que Martin n'est pas celui qu'il affirme être et ordonne le non lieu. Il condamne même Pierre à payer une forte somme à Martin en dédommagement.
Le lendemain matin, Pierre et quelques villageois débarquent dans la chambre de Martin muni d'un document dans lequel Bertrande affirme que l'homme qui vit à ses côtés n'est pas celui qu'il prétend être. Martin est cette fois-ci arrêté.


Débute alors un procès durant lequel le juge Rieux passe en revue les éléments à charge et à décharge. Les témoins se succèdent, ceux qui témoignent en faveur de Martin tout comme ceux qui affirment qu'il n'est pas celui qu'il prétend être...

L'intérêt principal de ce film mis en scène par Daniel Vigne ("Une Femme Ou Deux") est l'identité du personnage campé par Gérard Depardieu ("Danton", "Jean De Florette", "Buffet Froid"). Si lors de son retour au village le spectateur ne doute pas de ce que trame ce homme mystérieux, certains indices ainsi que son comportement laissent présager que les doutes qui s'installent dans l'esprit de certains habitants sont fondés. Seulement voilà, lorsque Martin réapparait au début du film, il est capable de reconnaître chacun des villageois et de le nommer par son prénom. Son charisme lui donne la possibilité de tous les hypnotiser, même sa femme Bertrande (Nathalie Baye), qui de toute manière semble capable de faire l'impasse quelle que soit l'identité de l'homme qui partage sa vie tant celui-ci paraît lui apporter davantage que le jeune garçon qui a quitté le village huit années plus tôt. Sur la fidélité de cette dernière, on peut en revanche émettre quelques doutes, surtout lorsque Martin jette un regard soupçonneux envers l'un des habitants qui ressemble étrangement à son fils.

C'est finalement l'arrivée du juge Rieux (Maurice Jacquemont ("J'ai Épousé Une Ombre") qui va permettre d'élever les débats et surtout d'en savoir un peu plus sur le mystère qui entoure toute cette affaire. Malgré tout, le procès s'enlise et l'on se demande si finalement la vérité sur cette histoire va être mise à jour. C'est alors que le procès arrive à son terme qu'entre en scène Bernard-Pierre Donnadieu ("L'Homme Qui Voulait Savoir"). La ressemblance entre ce dernier et Gérard Depardieu se révèle troublante. Surtout lorsque l'homme se prétend être le véritable Martin Guerre. Froid et estropié, on comprend assez vite que pour certains, dont Bertrande elle-même, l'intérêt principal de voir le second en la personne de Martin est sa profonde empathie, et qui semble faire défaut au premier.


L'interprétation des principaux acteurs est juste. La grande austérité des décors ainsi que la partition musicale signée Michel Portal participent à l'envoutement que dégage cette œuvre adaptée du roman de Natalie Zemon Davis, lui-même inspiré d'une histoire vraie. Il est à noté également qu'un remake américain fut tourné en 1993 par Jon Amiel avec Richard Gere et Jodie Foster dans les rôles principaux.
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