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dimanche 19 juillet 2026

Evil Dead Burn de Sébastien Vaniček (2026) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Après la trilogie de Sam Raimi réalisée entre 1981 et 1992, le remake signé de Fede Álvarez en 2013, la série produite entre 2015 et 2018 intitulée Ash vs. Evil Dead, le décevant Evil Dead Rise de Lee Cronin en 2023 et avant le retour de la franchise prévue pour 2028 avec Evil Dead Wrath de Francis Galluppi, le sixième opus est sorti il y a une dizaine de jours sur les écrans français. Après que la direction du remake ait été confiée à un cinéaste d'origine uruguayenne et le suivant à un irlandais, cette fois-ci, Sam Rami a fait appel à un français. Auteur du très remarqué Vermines en 2023, le réalisateur et scénariste Sébastien Vaniček a donc accepté la lourde tâche de reprendre les rênes d'une saga légendaires dont on espère d'ailleurs qu'un jour son créateur réalisera un nouveau segment. Peut-être reprendra-t-il le récit là où il l'interrompit en 1992 avec Evil Dead 3 : L'Armée des ténèbres mais toujours est-il qu'aujourd'hui, l'américain n'assure une fois de plus que le rôle de producteur... Si Evil Dead Rise n'était franchement pas terrible au point que l'on pouvait presque espérer que la franchise s'arrête là, l'arrivée hier sur les écrans de cinéma de Evil Dead Burn était pourtant très attendue. D'autant plus qu'en mettant en avant un cinéaste hexagonal, le film a des chances de toucher la fibre patriotique de certains spectateurs avides de renouveau dans le domaine du cinéma d'horreur français. Et même si le film est une œuvre collectivement produite et interprétée par des artistes venus de différents continents, Sébastien Vaniček y imprime sa patte tout en imposant dans le rôle principal d'Alice, l'actrice suisse de trente-quatre ans Souheila Yacoub ainsi que les néo-zélandais Hunter Doohan, Tandi Wright et Luciane Buchanan et les australiens Maude Davey et George Pullar... Suivant des séquences pré et post-générique, Evil Dead Burn nous présente Alice dont l'époux Will (George Pullar) est récemment décédé dans un grave accident de voiture. Accueillie par sa belle-famille pour les obsèques, la jeune femme est mal à l'aise. Surtout vis à vis du beau-père Edgar (Erroll Shand) qui ne l'a jamais vraiment appréciée. Notamment idéalisé par sa belle-mère Susan (Tandi Wright), Will était pourtant un homme très violent. Une tare qui semble d'ailleurs être de famille puisque Edgar se montre également très agressif envers Alice mais aussi envers sa famille que complètent son fils Joseph (Hunter Doohan) et l'épouse de ce dernier, Thya (Luciane Buchanan)... Bien qu'il soit relativement facile de critiquer le scénario pour sa pauvreté, ce que réussissent très bien à démontrer Sébastien Vaniček et le scénariste Florent Bernard est le rapport ténu qui existe entre les événements fantastiques qui vont se produire et la violence intrafamiliale qui existe chez cette famille depuis plusieurs générations...


Du moins depuis celle qui concerne Edgar puisque au détour d'une simple photo et de quelques discussion entre les divers personnages l'on comprend également que le script tente le pari osé de lier les protagonistes avec le plus emblématique personnage de la saga, Ash Williams. Une photo témoigne donc de la filiation entre le héros des trois premiers longs-métrages et de la série, perpétuant ainsi la lignée familiale puisque après avoir découvert le père de Ash dans Ash vs Evil Dead, voici que l'on découvre désormais une partie importante de sa descendance... Evil Dead Burn traite de divers sujets. À commencer par le deuil, la famille (ici tout à fait dysfonctionnelle) pour se diriger ensuite vers le fantastique, l'horreur et l'épouvante dans un contexte démoniaque qui rejoint donc l'évocation de la violence qui semble irrésolument toucher les membres masculins de la famille... Pour ne rien changer à la grande tradition de la saga et pour ne surtout pas déroger à l'immuable règle qui régit la série de longs-métrages depuis ses origines, Evil Dead Burn se montre extrêmement généreux en terme d'hémoglobine. Du gore qui tâche, qui gicle, des morceaux de corps qui valdinguent dans toutes les pièces et des traumatismes corporels qui repoussent de très loin tout ce que l'on a pu voir depuis les origines de la saga en 1981 ! Il est même probable que les habitués du genre risquent à une ou deux occasions de faire la grimace devant certaines séquences quand d'autres, moins coutumiers du genre détourneront probablement le regard à diverses occasions. La caméra de Sébastien Vaniček déborde d'une énergie salvatrice. Entre un découpage ultra nerveux qui n'empêche cependant pas la pleine lisibilité et un plan-séquence aux trois-quarts du récit qui montre le brio du cinéaste en matière de mise en scène et de direction d'acteurs, le film est absolument jouissif. Crade mais néanmoins doté d'un humour noir parfois assez féroce, ce retour à la campagne de la franchise après un détour plus ''urbain'' prouve que Sam Raimi a eu raison de confier ce volet à Sébastien Vaniček. Notons que le cinéaste a de nouveau confié la bande-musicale au duo de compositeurs français Double Danger...

lundi 27 mai 2024

Making of de Cédric Khan (2024) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

La mise en abyme au cinéma est un exercice de style auquel se sont laissés aller un certain nombre de cinéastes et dont le français Michel Hazanavicius fut l'un des derniers représentants puisqu'en 2022 il signa le remake du film culte du réalisateur japonais Shin'ichirō Ueda, Ne coupez pas ! Lequel était sorti cinq avant que l'auteur de La classe américaine, de The Artist ou des Infidèles ne signe donc une adaptation plus sobrement intitulée Coupez !Que l'on apprécie le concept d'origine ou non, que l'on soit systématiquement réfractaire au cinéma hexagonal (oui, oui, ce genre d'individus existe réellement) et pour finir, que l'on soit d'accord ou non avec moi, le remake de Michel Hazanavicius est très nettement supérieur à l'original. Bien que le côté bricolé peut raisonnablement être perçu comme une valeur ajoutée (le Evil Dead de Sam Raimi demeure sans doute l'un des meilleurs exemples), la ligne directrice du réalisateur français, lequel a semble-t-il laissé un champ de liberté un peu moins important à ses interprètes, permet une lecture beaucoup plus claire et précise de son œuvre que celle de Shin'ichirō Ueda. Mais le sujet n'étant pas là, revenons-en au film qui nous préoccupe ici. Cédric Khan, auteur de Roberto Succo en 2001, de Fête de famille en 2019 ou du Procès Goldman l'année passée est très rapidement retourné derrière sa caméra pour nous offrir une comédie dramatique absolument remarquable. Signe de ses prévisibles qualités, la présence à l'image du pensionnaire de la Comédie Française Denis Podalydès qui derrière ce titre éminemment pompeux cache un comédien véritablement talentueux. Comme son titre l'indique, le dernier long-métrage de Cédric Khan tourne autour d'un projet cinématographique qui va s'avérer particulièrement houleux. Entre désaccord artistique lors duquel le réalisateur d'un drame social (Denis Podalydès dans le rôle de Simon) va tenter de justifier le choix du scénario face à deux représentants des producteurs, brouille entre la star du film (incarnée par un Jonathan Cohen au sommet de son art) et sa partenaire Nadia (Souheila Yacoub), budget coupé et autres problèmes liés au tournage, Making of a cette très étonnante particularité d'aborder une thématique récurrente du cinéma français de ces dix ou vingt dernières années sous le prisme de la mise en abîme.


Et ici, Cédric Khan justifie le concept à travers le choix de Simon de faire appel au jeune Joseph (excellent Stefan Crepon) qui jusque là agissait en tant que simple figurant et auquel il va confier la lourde tâche de réaliser le making-of de son long-métrage. Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas le sens de cet anglicisme, le concept est relativement simple puisqu'il s'agit d'un documentaire vidéo relatant les diverses étapes du tournage d'un long-métrage... Concernant le film de Cédric Khan, celui-ci brille non seulement par son humour mais également par sa mise en scène. En effet, Making of s'inscrit dans la grande mode des drames sociaux à la française dont s'est notamment et ponctuellement fait la spécialité le réalisateur Stéphane Brisé avec La loi du marché en 2015 ou En guerre en 2018. Dans le cas de Making of, il s'agit pour Simon de mettre en scène les ouvriers d'une usine qui a fermé ses portes et de revenir justement sur le combat qu'il menèrent contre leur ancienne direction. Contrairement à ce que désire le réalisateur, les producteurs espèrent une fin heureuse au récit de ses personnages, allant ainsi à contre-courant des événements qui se produisirent et auxquels Simon veut se tenir. Perdant plus d'un million de financement, des tensions commencent à se faire sentir au sein de l'équipe de tournage et parmi certains acteurs. Cédric Khan signe une œuvre entièrement acquise à la cause du cinéma. Avec ses bons et ses mauvais côtés. Mais là où Making of sort du lot est dans sa mise en scène ''extra lucide'', dominée par le cas de cette usine qui a fermé ses portes et par ses employés que Simon choisi de prendre comme principaux interprètes de son nouveau long-métrage. Cédric Khan met en parallèle les événements passés à ceux qui justement sont en train de parasiter le bon déroulement du tournage. Ensuite, en dehors de quelques ''Coupez !'' signifiant la fin du tournage d'une scène, le réalisateur français fait se confondre la fiction et la réalité, tant et si bien qu'il plonge les spectateur au cœur même des préoccupations de ses ouvriers mis à la porte de leur usine. Rarement l'on aura perçu une comédie dramatique comme pouvant pleinement revendiquer ces deux genres théoriquement antinomiques que sont l'humour et le drame. Car au delà de la tragédie qui vise à juxtaposer le sujet même du film de Cédric Khan à celui de Simon, Making of filme avec brio le combat d'hommes et de femmes proprement abandonnés par leur direction après des années de bons et loyaux services. Bref, un excellent film à découvrir de toute urgence...

 

vendredi 4 février 2022

Climax de Gaspar Noé (2018) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

La carrière de Gaspar Noé pourrait se résumer en une ligne partant d'un point A et se dirigeant vers un point...X. De Enter the Void à Love. Du meilleur au pire et, en chemin, disséminé par ordre de croissance selon les goûts de chacun, le reste de sa filmographie. Ces deux là, chacun à leur façon, sont éreintants. Le premier pour ses immenses qualités visuelles et narratives mais surtout, pour son expérience sensitive hors du commun. Comme si son auteur nous conviait alors à nous replonger une nouvelle fois dans le ventre de notre génitrice, baignant dans le liquide amniotique tout en nous nourrissant de son placenta. Le second, pour cette autre forme de sidération qui n'a cette fois-ci plus rien de commun avec celle de Enter the Void duquel il aura fallut prendre du temps pour s'extraire de son univers bien après que la projection fut achevée. Non, celle de Love fut du genre désagréable. Film de cul concernant (consternant?) des actes de pénétration non simulés, si l'on ne pouvait pas reprocher au quatrième long-métrage de l'auteur de Irréversible (et de sa récente Inversion Intégrale) d'être aussi minable que la purge signée de Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi et intitulée Baise-moi, dans la catégorie porno-grand public, Love se posait comme une œuvre moins excitante que n'importe quel film érotique du dimanche soir sur M6, n'importe quel porno des rayons X de nos feux vidéoclubs ou n'importe quel cours d'éducation sexuelle. Pas aussi froid que la mort mais dénué de toute émotion, ébranlant ainsi le fan du réalisateur qui pour la première fois ratait le coche. Alors, finis les Seul contre tous ? Les Irréversible ? Les Enter the Void ? C'est à se demander si Gaspar Noé n'avait pas atteint là les limites de son cinéma. Une œuvre qui eu tendance à évoluer avec une telle fulgurance en matière de mise en scène qu'il n'a peut-être désormais plus rien à nous dire...


Ce que laissera d'ailleurs supposer plus tard le moyen (dans tous les sens du terme) métrage Lux Æterna dont les fondations ne tiennent que sur son aspect visuel et certainement pas sur son écriture et sur l'interprétation de ses deux principales interprètes (Béatrice Dalle et Charlotte Gainsbourg). Climax, ce fut un rêve. Celui d'un Enter the Void en mode 2.0. une expérience forcément sensorielle elle aussi. Ce qu'il fut d'ailleurs. Une heure et trente-cinq minutes environ situant l'action dans un établissement, entre piste de danse, couloirs glauques baignés d'une lumière verte, salles de bain, chambres à coucher et local électrique ! Des danseurs réunis pour une ultime répétition et dont les membres, qui après avoir absorbé de la sangria à laquelle fut ajoutée une drogue (que l'on suppose être du LSD), vont littéralement péter les plombs. Techniquement, rien à redire. Gaspar Noé fait le taff et offre entre une succession de mini-séquences en forme d'entretiens, quelques plans-séquence qui ont de la gueule. Une fois encore, le film souffre ici d'un manque flagrant d'écriture. Mais ce qui pouvait être encore envisageable par le passé (sauf concernant Love, je le répète) finit de nous dérouter. Qui donc professait que l'on sortait de l'expérience essorés fut un menteur. Tout au plus avons-nous suivi jusqu'à leur triste sort, cette bande de danseurs constituée d'homme et de femmes, de blancs et de noirs, d'hétéros, d'homos et de bisexuels...


Au départ, franchement, ça le fait. Non pas ces interviews qui servent à peine à présenter des personnages qui de toute manière demeureront insuffisamment caractérisés, mais plutôt lorsqu'ensuite, Gaspar Noé ''se lance'' sur la piste, armé de sa caméra, au dessus des danseurs qui s'agitent pour commencer sur le titre culte du compositeur et musicien français Marc Cerrone, Supernature. Osez dire que vous n'avez pas immédiatement tapé du pied lorsque a retentit le beat de ce fameux track disco ! L'une des richesses de Climax, c'est sa bande originale. Encore faut-il aimer la house, la techno ou l'electro. Petite entorse à la règle, les Rolling Stones viendront faire le ménage en fin de métrage avec leur très belle chanson Angie. Mais d'ici là, on aura tout d'abord droit à tout un tas de discussions sur le sexe, avec en toile de fond, tout de même, un brin de religion et l'évocation de ce drapeau français dont la présence dérangera très rapidement quelques danseurs avec ce que cela peut supposer de discours. Puis tout dégénère finalement assez vite. Chacun y va de son verre de sangria ''augmentée''. On appréciera Gaspar Noé qui promène sa caméra dans tous les recoins, jusqu'aux plus glauques, suivant tour à tour une partie des personnages. Et le spectateur assiste alors à un déluge de cruauté. De celles qui naissent notament de la meute. Tabassage en règle, visage enflammé sous les rires d'une ''spectatrice'' en délire. Soumission, viol... Si l'on est loin de la terrible séquence du tunnel de Irréversible, Gaspar Noé reprend certains principes comme lors de l'ouverture de ce même film dans sa version d'origine de 2002 où sa caméra tanguait alors qu'elle nous proposait une petite visite d'un club gay particulièrement sordide ! Si Gaspar Noé s'impose une fois de plus en virtuose de la caméra, on sort pourtant de l'expérience avec une certaine indifférence. Du moins, l'expérience n'a absolument rien de comparable avec celles des œuvres citées au dessus (excepté pour.... enfin, vous avez compris). Un son énorme, des teintes qui marquent des secteurs plus ou moins risqués (excellente idée au demeurant) des beaux gosses et de jolies filles mais au final, une grosse déception. Et même pas droit à un petit verre de sangria durant la projection...

 

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