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samedi 7 février 2026

Elle l'Adore de Jeanne Herry (2014) - ★★★★★★★☆☆☆



Premier long-métrage de la réalisatrice française Jeanne Herry (qui n'est autre que la fille de Miou-Miou et Julienc Clerc), offre l'occasion de découvrir un duo formé autour de Sandrine Kiberlain et Laurent Lafitte. Non pas un couple, mais un chanteur populaire et sa plus grande fan. Deux personnages merveilleusement caractérisés. A ce duo, on pourra ajouté celui que forment Pascal Demolon et Olivia Côte. Cette fois-ci, un vrai couple. Flics tous les deux. Lui est capitaine, elle, adjudante. Si Antoine est fidèle, Coline, elle, a le feu au cul. Folle amoureuse de celui qui en plus d'être son compagnon est aussi avec lequel elle forme un duo de policiers, Coline est pourtant incapable de se tenir à carreau et dès que l'occasion se présente, elle trompe Antoine. Ils vont tous les deux se lancer dans une affaire concernant la petite amie de Vincent Lacroix, star de la chanteuse française qui pour sa famille, ses amis, ainsi que pour la police, a mystérieusement disparue. Mais pas pour les spectateurs qui découvrent assez rapidement qu'après une nouvelle crise de jalousie durant laquelle sa compagne meurt accidentellement, la star va tout faire pour se débarrasser du cadavre. Pour cela, il décide de faire appel à sa plus grande fan, Muriel Bayen. Esthéticienne, elle ne loupe jamais un concert. Et même si Vincent ne la connaît pas vraiment, c'est elle qu'il choisit afin de l'aider à se débarrasser du corps. Mais rien ne va se dérouler comme il l'a prévu...

Pour un premier film, la cinéaste Jeanne Herry réalise un thriller efficace, rondement mené, et magistralement incarné par son principal quatuor. La vie rêvée d'une star de la chanson qui va être bouleversée. Et celle de sa plus grande fan également qui voit sous un nouveau jour sa relation avec son idole qui jusque là n'était qu'un fantasme prenant vie lors des concerts et des innombrables documents collectés par la jeune femme dans une chambre entièrement dévouée au chanteur. Une esthéticienne pleine de vie, s'inventant parfois des histoires fausses pour amuser la galerie. Mythomane, Muriel ? Oui, sans doute, un brin. Ce qui lui portera forcément préjudice le moment venu...

Et puis, en parallèle, il y a ce couple qui s'aime et se déchire. Un point de vue assez particulier puisque l'on ne sait jamais vraiment s'il faut rire ou pleurer. Alors, Elle l'Adore, comédie ? Thriller ? Ou les deux ? Je pencherais plutôt pour la deuxième proposition. Peut-être l'humour m'at-il échappé ? Le long-métrage de Jeanne Herry est une proposition intéressante qui évite d'aborder son sujet sous un angle par trop médiatique. La réalisatrice s'attache davantage à démontrer l'ascendance d'une star de la chanson sur sa plus grande fan. Un artiste bien sous tout rapport et dont la vie bascule tout à coup. Un tourbillon qui emportera une Sandrine Kiberlain toujours aussi convaincante et un Laurent Laffite se décomposant au grès d'un récit ingénieux.

Jeanne Herry sème sur la route qu'empruntent ses personnages, de petites graines qui toutes, offrent d'intéressantes situations. En passant d'un couple à l'autre, la réalisatrice tisse un scénario aussi parfaitement pensé que reproduit à l'écran. C'est d'autant plus marquant qu'il s'agit de son premier long-métrage. Sans faire preuve à aucun moment du moindre prosélytisme, Jeanne Herry ne juge jamais ses personnages. L'attitude de Vincent n'est que le fruit de l'immense désarroi qui l'étreint. Du moins pouvons-nous percevoir le personnage ainsi. Formidable, Sandrine Kiberlain a remporté le Valois de la meilleure actrice au Festival du film Francophone d’Angoulême l'année de sa sortie...

jeudi 7 août 2025

L'accident de piano de Quentin Dupieux (2025) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

En un seul plan, celui d'un piano accroché à une grue qui s'écrase au sol, c'est toute l'absurdité du cinéma de Quentin Dupieux qui s'exprime. Nous sommes en terre conquise et ses fans sont déjà aux anges. Ses détracteurs pourraient y voir un bon gros ''foutage de gueule'' comme ils ont l'habitude de considérer son œuvre et pourtant, L'accident de piano est peut-être parmi ses quinze longs-métrages, celui qui donne à voir un film qui dans sa forme demeure parmi les plus ''conventionnels''. Moins délirant qu'à son habitude (quoique) et nettement plus généreux lorsqu'il s'agit de donner la parole à ses interprètes, c'est sans doute aussi avant tout grâce à la présence de l'actrice Adèle Exarchopoulos que L'accident de piano prend toute sa force. Après avoir été couronnée dans de nombreux festivals pour son rôle dans La vie d'Adèle d'Abdellatif Kechiche et après avoir obtenu le rôle de la meilleure actrice aux César 2025 pour celui de Jacqueline dans L'amour ouf de Gilles Lellouche, Adèle Exarchopoulos apparaît pour la troisième fois dans une œuvre signée de Quentin Dupieux après Mandibules en 2020 et Fumer fait tousser en 2022. Aux côtés de Jérôme Commandeur, elle incarne le rôle de Magalie Moreau. Jeune femme visiblement instable, caractérielle et très exigeante vis à vis de son assistant personnel qui la suit partout. Et notamment jusqu'à ce chalet qu'il a acheté sur demande de celle que l'on découvre bientôt comme étant une célèbre influenceuse. Sans cesse suivie par un type en scooter qui rêve d'être pris en photo à ses côtés, Magalie porte une minerve et un plâtre au bras droit. Si l'on devine très rapidement qu'il existe un rapport entre sa nouvelle condition physique et la chute du piano, on ne sait toujours pas dans quelles conditions a eu lieu l'accident. Il en est pourtant une qui sait très exactement comment se sont déroulés les événements : la journaliste Simone Herzog. Qui de l'aveu du pilote d’hélicoptère qui a transporté l'influenceuse après l'accident sait lui aussi comment s'est déroulé l'accident. Magalie, qui n'a jamais accepté la moindre entrevue se voit désormais contrainte d'accueillir Simone et de répondre à ses questions. À défaut de quoi, la journaliste balancera tout ce qu'elle sait de l'accident aux autorités... Dans le rôle de Simone Herzog l'on retrouve l'actrice Sandrine Kiberlain.


Personnage qui de son propre aveu ne cherche pas à faire du mal à Magalie mais rêve d'être la première à l'interviewer ! C'est là tout le paradoxe de L'accident de piano, réalisé, écrit, photographié, monté et mis en musique (avec le soutien de l'auteur, compositeur, interprète et pianiste canadien Chilly Gonzales) par Quentin Dupieux. D'un côté, une star des réseaux sociaux lancée dans une aventure sociale périlleuse la poussant à aller toujours plus loin dans le tournage de petites vidéos où elle se met sans cesse en danger (Magalie est atteinte d'une Insensibilité Congénitale à la Douleur ou ICD) et de l'autre, une journaliste qui semble vivre dans l'anonymat et que l'on soupçonne très rapidement de vouloir faire le buzz grâce à l'interview de l'influenceuse. Quant à Jérôme Commandeur, il interprète Patrick, individu relativement ''coulant'', acceptant tous les caprices de la star qui ne consomme que des yaourts d'une marque bien précise. Pourtant, Quentin Dupieux n'envisage pas sa vedette des réseaux sociaux sous le prisme habituel de ces jeunes femmes superficielles qui les inondent. Bourré d'un humour se fixant parfois comme objectif de faire se poiler le cinéphile de base (comme lorsque notre jeune héroïne demande qui est Steven Spielberg avant se voir répondre de la part de sa coiffeuse (interprétée par l'actrice Clara Choï) : ''Un mec qui faisait des films avant'' !), L'accident de piano maîtrise l'art de l'absurde et de la méchanceté avec une jubilation devenue rare. S'attaquant au phénomène des réseaux sociaux, de ceux qui l'habitent en tant ''qu'ouvrier'' jusqu'à ceux qui s'en nourrissent, Quentin Dupieux signe là l'un de ses meilleurs films. Une œuvre qui forcément nous parle, en cette époque où l'on assiste à toutes les dérives et où la starification n'a absolument plus la même saveur et la même portée qu'en des temps reculés. Si tous les interprètes sont excellents (notons la présence de Karim Leklou dans le rôle de Roméo, le propriétaire de la mobylette, fan de Magalie), L'accident de piano est évidemment porté par une Adèle Exarchopoulos incroyable. Difficile de ne pas garder en mémoire ce look improbable qui la rend méconnaissable ou ce petit rire dément qui précède généralement chacune de ses interventions. Bref, du grand Quentin Dupieux dont on attend le prochain long-métrage intitulé Signaux qui actuellement est dans sa phase de post-production...

 

vendredi 8 novembre 2024

La petite Vadrouille de Bruno Podalydès (2024) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Près de dix ans après avoir tourné Comme un avion, le réalisateur, scénariste et acteur Bruno Podalydès semble vouloir ostensiblement reprendre le concept dans une version ''augmentée'' même si l'on remarque assez vite que La peite vadrouille manque parfois de cette inspiration qui à l'époque fut l'une des principales qualités de ce récit dans lequel il s'était lui-même mis en scène dans le premier rôle. Cette fois-ci, ça n'est plus à lui qu'il offre le rôle principal mais à une bande d'interprètes hétéroclites parmi lesquels l'on retrouve notamment Sandrine Kiberlain, Daniel Auteuil, son frère Denis Podalydès, Isabelle Candelier ou encore Florence Muller. Une œuvre emplie de poésie et d'innocence malgré un sujet tournant autour d'une rencontre romantique virant à l'escroquerie. Franck Pauilahc (Daniel Auteuil) est le PDG d'une grande entreprise qui demande à l'une de ses employées, Justine (Sandrine Kiberlain), de lui organiser un week-end en amoureux pour la modique somme de quatorze-mille euros. S'empressant d'en parler à son mari Albin (Denis Podalydès), celui-ci évoque l'idée de se mettre dans la poche la moitié du budget tout en proposant à quelques amis dans le besoin de se partager le reste en participant à une escroquerie dont sera la victime le pauvre chef d'entreprise. Lorsque le jour J arrive, quelle n'est pas la déconvenue du couple lorsqu'il découvre que celle qui doit partager avec Franck ce week-end en amoureux n'est autre que Justine ! Épaulés par Jocelyn (Bruno Podalydès), le frère d'Albin et accessoirement capitaine de la Pénichette, de Sandra et Rosine (Isabelle Candelier et Florence Muller) ou du jeune mousse Ifus (Dimitri Doré), Justine et et son mari vont proposer à Franck de traverser un canal à bord d'une péniche. Et alors que le PDG tentera de séduire la jeune femme, Albin et ses complices tenteront de lui soutirer un maximum d'argent... Pour son dernier long-métrage, Bruno Podalydès reste non seulement fidèle à certains interprètes mais aussi à son style si particulier. La petite vadrouille est une comédie farfelue et parfois poétique, naïve même diront certains, réunissant un panel d'interprètes qui malgré les générations qui les séparent créent au sein du casting une véritable homogénéité. Et ce, malgré le bordel ambiant qui règne au sein de cette organisation ''criminelle'' peu habituée à ce genre de manigances.


Pauvre Daniel Auteuil qui endosse ponctuellement le costume du ringard, celui que l'on n'avait sans doute pas revu depuis l'improbable La personne aux deux personnes de Nicolas et Bruno en 2008. Naïf mais touchant, il incarne donc un PDG naviguant sur les eaux troubles d'une arnaque dont les auteurs vont scrupuleusement lui vider les poches. Le film étant bourré d'idées géniales bricolées avec les moyens du bord par une équipe de bras cassés, on rit beaucoup devant les péripéties de cette bande d'escrocs amateurs. Sandrine Kiberlain n'a ici jamais parue aussi fraîche et pimpante. Presque belle finalement, dans son apparat de ''séductrice'' qui n'a franchement pas l'air d'avoir envie de jouer le jeu et se comporte comme ces mendiants qui dans les grandes villes s'inventent une histoire miséreuse pour vous soutirer quelques euros. Très drôles furent Isabelle Candelier et Florence Muller, la première se grimant notamment en artiste-peintre vendant une abominable croûte à trois mille euros (!!!) ou se relookant façon ''diseuse de bonne aventure''. Tout est bon pour vider les poches d'une bonhomme qui ne compte pas son argent. La seconde, elle, incarne tout d'abord une influenceuse qui sur internet propose ses services lors de très courtes séances de psychanalyse ou d'hypnose tandis qu'une fois embarquée à bord de la Pénichette, elle endosse le costume de l'employée un peu gauche et au regard perpétuellement inquiet ! Une grande partie du long-métrage ayant été tournée sur le canal du Nivernais, La petite vadrouille et une comédie d'aventures lancée au rythme de neuf kilomètres par heures. Une lenteur qui malheureusement se ressent au bout d'un certain temps. Car si certaines séquences s'avèrent véritablement amusante dans leur absurdité et dans l'attitude de ses personnages, le dernier long-métrage de Bruno Podalydès semble parfois inachevé. Le film ressemble au fond à ces spectacles donnés en Province, réunissant de petites troupes d'interprètes méconnues qui de villes en villages tentent de gagner leur vie en donnant des spectacles avec tout le ''talent'' qui les caractérise. Bref, si l'on aime le cinéma de Bruno Podalydès, il y a de grandes chances pour que l'on apprécie celui-ci. Les autres, eux, trouveront peut-être qu'il lui manque un peu de finition...

 

mardi 4 septembre 2018

Amoureux de ma Femme de Daniel Auteuil (2018) - ★★★★☆☆☆☆☆☆



Auteur d'une dizaine de pièces de théâtre, l'écrivain français Florian Zeller offrait en 2016 à l'acteur Daniel Auteuil, l'un des quatre rôles de sa dixième pièce intitulée L'Envers du Décor. Deux ans plus tard, c'est au tour de ce dernier de rendre hommage à l'auteur en consacrant une adaptation cinématographique de la pièce sous le titre Amoureux de ma Femme. Daniel Auteuil, après avoir mis lui-même en scène la pièce de théâtre, s'offre la double casquette de réalisateur et acteur. Il fait en effet partie du carré d'interprètes dont il ne reste que le seul des quatre comédiens à avoir foulé les planches deux ans auparavant. Isabelle Gélinas, François-Eric Gendro et, Pauline Lefèvre ont désormais laissé la place Gérard Depardieu, ce vieux compagnon de route rencontré il y a longtemps sur le tournage de Jean de Florette de Claude Berri, Sandrine Kiberlain, ainsi que l'actrice espagnole Adriana Ugarte, premier rôle de l'avant dernier long-métrage du cinéaste Pedro Almodovar. En ce sens, Amoureux de ma Femme possède un charme indéniable. Quatre interprètes pour un long-métrage qui aurait du tout emporter sur son chemin mais qui au final termine en demi-teinte, l'esprit théâtral y demeurant peut-être un peu trop appuyé.
L’œuvre de Daniel Auteuil est donc d'un intérêt relatif même certaines idées continuent à faire leur chemin à travers la transposition au cinéma d'une pièce tenant essentiellement sur l'incarnation des comédiens et non plus sur des dialogues qui en comparaison d'autres adaptations cinématographiques fait pâle figure.

Amoureux de ma Femme laisse un curieux sentiment d'inachevé, et ce, dès les premiers instants. L’œuvre de Daniel Auteuil semble hésiter entre la volonté de s'affranchir de ses origines théâtrales et les difficultés qu'elle rencontre justement lorsqu'elle tente de s'en éloigner. Chaque interprète incarne une personnalité bien différente des autres. L'éditeur parisien Daniel (Daniel Auteuil) personnifie ce retour à l'enfance dès lors qu'il est confronté à la jeune et jolie Emma (Adriana Ugarte), la trentaine, pétillante, en couple avec Patrick (Gérard Depardieu), ce bon vivant aimant la bonne bouffe et le bon vin mais prêt à faire quelques sacrifices pour celle qu'il aime. Sans oublier celle qui termine le carré, en la personne d'Isabelle (Sandrine Kiberlain), toujours prête à sourire en façade mais capable de juger les autres sur d'odieux stéréotypes.

Daniel Auteuil concentre une bonne partie de son œuvre autour d'un dîner à quatre, l'occasion pour Daniel et Isabelle de faire la connaissance d'Emma, la nouvelle compagne de Patrick. Mais rien n'est moins simple que de se préparer à accueillir chez soit celle qui a pris la place de la meilleure amie d'Isabelle dans le cœur de Patrick. Amoureux de ma Femme mêle de manière parfois ingénieuse le présent et les pensées qui circulent dans le crâne de Daniel, lequel n'est pas insensible à la beauté de la jeune espagnole qui dès le départ, se démarque des autres puisqu'elle est la seule à n'avoir pas choisi de s'habiller en noir pour la soirée. L'occasion pour Isabelle de lui prêter de malhonnêtes intentions. Quelques astucieux dialogues et comportements laissent envisager un côté beaucoup moins reluisant que son apparence chez cette jeune femme. Et pourtant, là où le film de Daniel Auteuil gagne son pari, c'est dans cette incertitude qui perdure et interroge le spectateur sur le fondement des a priori bâtis sur des apparences parfois trompeuses.
Il manque à Amoureux de ma Femme la verve des meilleurs œuvres du genre. Basé sur les dialogues particulièrement creux de Florian Zeller, le film n'avait dès le départ, aucune chance de faire de l'ombre à la concurrence. Quant à l'histoire d'amour, laquelle tente de raccorder les personnages et les spectateurs, il est difficile d'y croire ou du moins, d'y adhérer. Daniel Auteui signe un brouillon de film qui aurait mérité d'être revu et corrigé de la première à la dernière ligne de dialogue. Une déception de la part d'un immense acteur qui a manqué le coche malgré un casting en or...

vendredi 31 août 2018

Rien sur Robert de Pascal Bonitzer (1999) - ★★★★★★★☆☆☆



Réalisé en 1999, Rien sur Robert est le second long-métrage du cinéaste français Pascal Bonitzer et fait partie du club très fermé des films qui titillent autant la curiosité qu'ils dérangeant par leur approche peu commune de l'affectif. Récit d'une et de plusieurs rencontres. Entre le critique Didier Temple, engoncé dans une relation tumultueuse avec l'insatisfaite Juliette Sauvage, et la jeune Aurélie Coquille, une gamine un peu perdue, 'séquestrée' par un beau-père qu'elle déteste. Pascal Bonitzer laisse déjà entrapercevoir l'état d'esprit de ses principaux protagonistes à travers leur patronyme respectif. Exemple : Juliette, qui, oui, est sauvage. Jusque dans l'absolu liberté des mots qu'elle choisit consciencieusement de proférer lorsqu'elle fait état auprès de l'homme qu'elle aime, des rapports sexuels qu'elle entretient avec son amant rencontré un jour dans un parc et qui depuis lui ouvre les portes d'un plaisir que Didier lui a toujours refusé. Sandrine Kiberlain, lumineuse, tantôt insatiable, tantôt aigrie, éprouvant autant de plaisir à se faire... 'enculer' par son nouvel amant que de décrire avec un luxe de détails ses rapports sexuels à un Didier aussi médusé que contrit. 
 
Didier, justement. Abordons ce personnage, l'individu central d'un récit kafkaïen dans lequel s'invitent les personnages d'un roman déjanté. Lors de sa rencontre avec le Lord Ariel Chatwick-West admirablement interprété par l'immense Michel Piccoli, ce dernier semble avoir avant tout le monde, saisi cet homme s'octroyant le droit de critiquer une œuvre sans l'avoir vue. En somme, l'apogée du narcissisme pour un critique habituellement salué et dénudé lors d'un dîner particulièrement glaçant se terminant dans la chambre de la jeune et jolie Aurélie, laquelle servira d'exutoire à un Didier en mal d'amour et de reconnaissance.

Rien sur Robert bat régulièrement le froid tout en refusant sa place à la chaleur. Point d'émotion à l'horizon, mais une écriture des plus efficace servie sur un plateau au bénéfice d'un casting en or : Fabrice Luchini et Sandrine Kiberlain en tête de gondole, suivis de près par une Valentina Cervi troublante et magnifique. À ses côtés, Michel Piccoli, posant en empereur de la connaissance contre lequel, aucun disciple n'ose s'insurger des propos parfois démesurés. Denis Podalydès est convié à la fête dans un rôle malheureusement ténu. Laurent Lucas a lui, par contre, beaucoup plus de chance et offre aux spectateurs la douceur de son timbre, doublé d'un charme excentrique.

L’œuvre de Pascal Bonitzer convie le spectateur à s'enfoncer dans l'univers opaque des arts représentés à diverses occasions. Cinéma, télévision, peinture et littérature sont l'occasion de traverser un miroir renvoyant une image peu flatteuse, parcourue d'ombres humaines inquiétantes. Plus dramatique que comique, Rien sur Robert charme sous certains aspects (les relations ambiguës qu'entretient Didier avec sa compagne Juliette et avec la jeune Aurélie), trouble à diverses occasions (le dîner et l'étrange demeure du Lord Ariel Chatwick-West), et ne laisse jamais le spectateur sur la paille lorsqu'il s'agit de lui asséner des coups de poing à l'âme. Étrange sensation d'attirance envers une œuvre parfois profondément dépressive, mais dont l'admirable écriture de Pascal Bonitzer permet la digestion facile de certaines séquences sinistres. Seule faiblesse au tableau. La petite baisse de régime durant la seconde moitié du film qui abandonne alors quelque peu le côté surréaliste du récit pour développer une suite plus classique. Il n'empêche que Rien sur Robert est une excellente surprise. A voir, absolument...

dimanche 20 mars 2016

Comme un Avion de Bruno Podalydès (2015)




Michel est infographiste, marié à Rachelle et passionné par l'Aéropostale. Il travaille pour le compte de Rémi auquel il doit rendre un projet de maquette en trois dimensions. Lors d'une réunion, les deux hommes ainsi que leur collaborateurs jettent au hasard de leurs recherches sur Internet des exemples de palindromes. Tous, sauf Michel qui plus tard en trouvera un : Kayak. Mais plus important est la ressemblance de cette embarcation avec le fuselage des avions auxquels il voue une véritable passion.
Michel décide donc d'en acheter un sans en dire un mot à Rachelle. Recevant l'objet en kit, il le monte seul, puis l'installe sur le toit de leur demeure et s'entraîne dans le vide à pagayer. Michel prend quelques jours de congés puis, accompagné par Rachelle, il prépare une traversée de plusieurs dizaines de kilomètres le long d'une rivière. Après s'être dit au revoir, les époux partent chacun de leur côté, Michel parcourant le lit de la rivière. Quatre kilomètres après le départ, il décide de s'arrêter pour la nuit à venir. Il rencontre la jeune Mila qui lui conseille de demander à Lætitia afin de trouver un emplacement pour installer sa tente.

Michel qui ne pensait rester dans le coin que l'espace d'une nuit va être irrémédiablement ramené vers la propriété de Lætitia, se rapprochant peu à peu de celle-ci, et sympathisant avec les habitués du coin...

Dernier long-métrage en date de Bruno Podalydès, Comme un Avion ne décevra pas les amateurs de l'univers si particulier du cinéaste. Ceux qui n'en sont pas coutumiers, du moins, une partie d'entre eux (les plus impatients), risquent de ne pas tenir plus de quinze ou vingt minutes d'un film qui s'ouvre sur une ambiance des plus monotone, assez représentative du quotidien de notre héros interprété par le cinéaste lui-même. Ce serait une erreur impardonnable lorsque l'on sait combien l’œuvre recèle par la suite de moments extrêmement plaisants.

Comme un Avion est traversé par une poésie presque permanente et par une succession de scènes aussi bluffantes de simplicité que d'ingéniosité. On y découvre des personnages attachants campés par des acteurs formidables dont Agnès Jaoui n'est pas des moindre. Si le personnage de Michel n'est pas au premier abord des plus attachant ni des plus convivial, il exerce pourtant autour de lui une attraction qui rend le sourire à des être déchirés soit par la mort d'un conjoint, soit par une séparation. On retrouve l'éternel frangin du cinéaste, Denis Podalydès, la jolie Vimala Pons dans le rôle de Mila, le toujours savoureux Michel Vuillermoz dans celui de Christophe, le « peintre » atteint de poliomyélite, mais aussi Pierre Arditi en pêcheur grincheux.

Comme un clin d’œil aux palindromes, la musique du Prélude en do mineur BWV 847 de Bach accompagne le rêve où Michel se voit piloter sa maquette d'avion. Est-ce un hasard ? parce-que les 9 premières notes de la mélodie de ce prélude ( DO MIb RE MIb DO MId RE MIb DO) sonnent comme aussi un palindrome).  
Comme un Avion sent la campagne. Le vent souffle sur les draps séchant au soleil. A la terrasse de Lætitia, on boit le pastis frais, arrosé de glaçons. L'univers de ses personnages demeure hors du temps. Il y fait tellement vivre que l'on se prend à rêver d'y avoir la place si privilégiée de Miche. Les débuts moroses du début laissent peu à peu la place à l'humour et au surréalisme. Le film fourmille de petites scènes irrésistiblement drôles (la tente Quechua se refermant et réintégrant toute seule son fourreau pour ne citer qu'elle). On en ressort heureux d'avoir assisté à un tel spectacle. Ici, pas de grands effets. Rien que de grandes idées servies par un cinéaste et des interprètes talentueux...


mardi 25 février 2014

La Trilogie de Jeanne Labrune: C'est Le Bouquet



A sept heures du matin, Catherine décroche le téléphone. A l'autre bout du fil, c'est Kirsch, un vieil ami qu'elle n'a pas vu depuis de nombreuses années. Quinze ans qu'il ne se sont pas vus, mais Kirsch a choisit de reprendre contact après avoir assisté à une séance cinéma consacrée à Buster Keaton. Catherine est en colère d'avoir été dérangée si tôt dans la matinée. Elle décide d'en parler à son compagnon Raphaël, lequel finit par se prendre une volée de reproches. Très énervé, Raphaël se rend à son travail et s'en prend alors à son patron, Stéphane, directeur d'une start-up, qui le vire après s'être pris une série de critiques de la part de son employé.

Kirsch revient à l'assaut et dépose un bouquet de fleurs chez les voisins de Catherine et Raphaël qui hésitent à lire le petit mot qui l'accompagne. Ils ouvrent l'enveloppe et décident finalement de déposer le bouquet devant la porte de Catherine et Raphaël en omettant volontairement d'y replacer le petit mot. Plus tard, Catherine fait route vers le restaurant Les Fleurs du Mekong. Perdue et affolée, elle bouscule un vieil homme auprès duquel elle entame une conversation. Pressée, Catherine se fait offrir par Robert une carte sur laquelle et inscrit son numéro de téléphone, histoire de se reparler plus tard. Elle finit par retrouver Raphaël dans un restaurant asiatique situé dans une ruelle mal éclairée. Pas cher mais bonne, la cuisine de l'établissement se hisse à la hauteur des possibilités financière du nouveau chômeur.

Quelque temps plus tard, Raphaël appelle Stéphane afin de savoir si ce dernier est près à le réengager auprès de lui. Devant le refus de son ancien patron, Raphaël lui fait croire qu'il n'aurait de toute manière pas accepté de retravailler pour lui d'autant plus que la concurrence est déjà prête à l'engager. Stéphane, furibond, se confie à sa secrétaire, Edith, qui parallèlement est une excellente amie de Raphaël. La jeune femme complimente celui-ci, en, rajoutant quelque peu sur ses compétences, et file ensuite lui confier l'envie de son patron de voir Raphaël réintégrer l'entreprise..

C'est Le Bouquet ! est le second volet d'une trilogie initiée avec Ça Ira Mieux Demain en 2000 et achevée en 2004 avec le troisième volet Cause Toujours. Réalisé en 2001, C'est Le Bouquet !met en scène Jean-Pierre Darroussin (qui participe aux trois projets), Sandrine Kimberlain, Dominique Blanc, Maurice Benichou ou encore Jean-Claude Brialy et Dominique Besnehard. Le film est une succession de scénettes filmées majoritairement dans un immeuble parisien entre la loge du concierge, l'appartement de Raphaël et Catherine, et celui de leurs voisins les plus proches. L’œuvre est plus proche de la pièce de théâtre filmée que d'un véritable film.

On a tout d'abord des difficultés à suivre le cheminement des personnages. Le fil conducteur de leurs aventure est parfois si fragile et labyrinthique que l'on a du mal à cerner les intentions de la cinéaste Jeanne Labrune. Les premières qui opposent Jean-Pierre Darroussin et Dominique Blanc demandent un effort intense. On hésite entre le désir d'aller plus en profondeur dans l'histoire et celui d'évoquer la fatigue, histoire de donner une fin à l'agonie que revêt le trop farfelu personnage interprété par Dominique Blanc.

Mais, mieux vaut s'armer de courage car la récompense ne tarde pas à venir. Original, intriguant et finalement attachant, le scénario finit par s'éclaircir et c'est ainsi que l'on finit par saisir le fond de l'histoire (même si la fin laisse une curieuse impression). On retiendra également la sublime musique de Philip Glass avec des extraits tirés de deux opéras (Satygraha et Akhnaten). Deux superbes œuvres qui trouvent pourtant une drôle de place dans ce film. Un décalage qui colle finalement assez bien au contenu de C'est Le Bouquet !..

mardi 29 octobre 2013

9 Mois Ferme de Albert Dupontel



Le juge d'instruction Ariane Felder est en plein travail lorsque ses collègues débarquent dans son bureau. Fêtant la nouvelle année, ils lui proposent de les rejoindre dans la salle des festivités. L'un des convives lui tend un verre. Ariane, qui n'a pas l'habitude de boire, l'avale. Puis elle en boit un second. Puis un troisième. Lorsqu'elle quitte le palais de justice, elle est ivre. En témoignent les caméras de sécurité installées à peu près partout dans le quartier. Environ six mois plus tard, Ariane ressent des douleurs au ventre. Elle se rend donc chez son gynécologue qui lui fait une échographie. Ô surprise, Ariane est enceinte! De six mois et deux semaines selon son médecin. C'est impossible crie-t-elle. En effet, la jeune femme est célibataire, vit seule et n'a pas de petit ami. Mais la juge doit se rendre à l'évidence : elle attend un bébé. Elle demande à un ami, le docteur Toulate, médecin légiste, de pratiquer des tests de paternité à partir d'un prélèvement effectué (violemment) sur son confrère, le juge de Bernard, un homme collant qui l'avait faite boire durant la fête du nouvel an.

Mais les résultats sont négatifs. En revanche, le docteur Toulate trouve une corrélation entre l'ADN d'Ariane et celui de Bob Nolan. Un cambrioleur, assassin d'un vieil homme auquel il aurait arraché les yeux avant de les manger. Le père du bébé, c'est lui. Lors d'une confrontation entre Ariane et Bob, ce dernier reconnaît sur un portrait de la juge accroché au mur, celle avec laquelle il a fait l'amour un soir très tard, dans un local à poubelles. Bob, spécialiste du crochetage de serrure arrive sans mal à s'introduire chez Ariane un soir. Une chance pour le bébé dont la future maman s'apprête à avorter de manière peu habituelle. Bob affirme être innocent du meurtre horrible dont on l'accuse. Et comme Ariane et connue pour être une brillante juge d'instruction, il compte sur elle pour revoir le dossier du cambrioleur et enfin l'innocenter. En échange, il lui promet de ne rien divulguer à personne de la nuit très spéciale qu'ils ont partagée en tout début d'année...

9 Mois Ferme est le cinquième long-métrage d'Albert Dupontel. L'ancien humoriste continue son grand œuvre cinématographique, jalonné de quelques perles particulièrement noires (Bernie). Son dernier film ne déroge pas à la règle malgré la présence d'une Sandrine Kimberlain que l'on aurait été loin d'imaginer dans un tel film avant de l'y voir laisser éclater tout son talent. 9 Mois Ferme est un vrai retour aux sources. En réalité, depuis son tout premier film, il n'avait pas réussi à faire mieux. Ni aussi bien. Et même si son dernier bébé n'est pas aussi sulfureux, il contient assez de bonnes idées pour en faire une œuvre terriblement attachante. Et dire que le film a faillit ne pas se faire. Dupontel voulait une petite brune dans le rôle d'Ariane. Il a trouvé en Sandrine Kimberlain l’interprète idéale, à contre-courant du cinéma dans lequel elle baigne habituellement. 
 

Toute la folie du propos repose sur l'antinomie qui oppose des personnages qui n'ont vraiment rien de semblable. Et pourtant, un événement va les réunir. Quelques passages à vide ne parviennent cependant pas à noyer l'intérêt grandissant. Quelques idées absolument géniales nées de l'esprit fertile de Dupontel jaillissent comme un bonheur dont le spectateur savoure chaque apparition. Voir Jean Dujardin (qui rappelons-le interpréta le rôle principal du film MUET The Artist) traduire pour les spectateurs sourds et muets les informations est à mourir de rire. Tout comme les sous-titres relatant des événements extérieurs ou bien les témoignages concernant l'affaire du globophage (le serial killer Charles Meatson, référence évidente au célèbre gourou et meurtrier Charles Manson). L'acteur-cinéaste en fait des tonnes et on aime ça. Dupontel fait du Dupontel et c'est tout ce qu'on lui demande. C'est un peu trash mais jamais vulgaire. Le duo fonctionne à merveille (tout comme la présence du génial Nicolas Marié) et l'on espère très vite revoir Albert Dupontel devant et derrière la caméra.

Le titre de son prochain film ? Adieu Les Cons. Tout un programme...
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