Bienvenue sur Cinémart. Ici, vous trouverez des articles consacrés au cinéma et rien qu'au cinéma. Il y en a pour tous les goûts. N'hésitez pas à faire des remarques positives ou non car je cherche sans cesse à améliorer le blog pour votre confort visuel. A bientôt...

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vendredi 29 août 2025

Discount de Louis-Julien Petit (2014) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Après avoir notamment travaillé comme assistant-réalisateur aux côtés de Dany Boon sur Bienvenue chez les Ch'tis en 2007, de Quentin Tarantino sut Inglourious Basterds en 2009 ou encore de Christopher Nolan sur Inception deux ans plus tard, le réalisateur et scénariste français Louis-Julien Petit s'est lui-même lancé dans la mise en scène de longs-métrages dès 2013 avec le drame Anna et Otto. Avant de réunir à nouveau les actrices Corinne Masiero et Sarah Suco en 2018 dans les invisibles, le cinéaste les a tout d'abord engagées sur le tournage de Discount, une comédie sociale prenant pour cadre un supermarché et une partie de ses employés au moment même où la direction a pris la décision de faire installer des caisses en libre-service. Ce qui en langage ''inhumain'' coïncide avec le licenciement prochain de plusieurs salariés. Écrit par le scénariste Samuel Doux (lequel retravaillera aux côtés de Louis-Julien Petit sur le téléfilm Carole Matthieu en 2016) sur une idée du réalisateur, Discount s'intéresse donc à une poignée de travailleurs qui plutôt que de se lancer dans une grève illimitée comme cela est généralement le cas dans ce genre de long-métrage décident d'arrondir leurs fins de mois avant la date fatidique de leur licenciement. Comment ? En volant au sein même du supermarché qui les emploie des denrées dont la date limite est proche de l'échéance ainsi que des produits écartés par leurs propres soins de la mise en rayon. Mais alors que certains d'entre eux se montrent tout d'abord frileux, lorsque l'argent commence à rentrer, ce qui paraissait tout d'abord ressembler à un moyen de se remplir les poches et de faire payer à leur entreprise le sort qui allait leur être accordé va se transformer en véritable entreprise de solidarité entre collègues et au profit de clients triés sur le volet... Louis-Julien Petit signe avec Discount une comédie dramatique sociale plutôt réaliste. Un groupe de personnages interprétés par Corinne Masiero et Sarah Suco, donc, lesquelles interprètent les rôles des caissières Christiane et Emma, mais également par Olivier Barthelemy qui incarne, lui, leur collègue Gilles. L'instigateur du projet de détournement de marchandises...


Acteur que l'on redécouvrira notamment en 2018 dans la sympathique comédie Chacun pour tous de Vianney Lebasque ou dans le très inutilement controversé Vaincre ou mourir de Paul Mignot et Vincent Mottez en 2023. Autre acteur que l'on ne présente plus, Pascal Demolon interprète celui d'Alfred, lui aussi employé du supermarché, et que l'on a pu voir chez Xavier Gélin, Jan Kounen, Guillaume Nicloux, Tonie Marshall, Kheiron (dans l'infâme Brutus vs César) ou encore chez Albéric Saint-Martin dans le récent De mauvaise foi... Face à ce petit régiment de résistants qui acceptent logiquement mal leur sort, Zabou Breitman incarne Sofia Benhaoui, la directrice du supermarché. Une femme dénuée d'émotions qui ne vit qu'à travers sa carrière et demeure détachée vis à vis du ressenti de ses employés ainsi que sur le plan relationnel. Mais Discount ne met pas simplement à mal le concept de remplacement de l'humain par des machines automatisées conduisant ainsi à la mise au chômage des employés mais s'intéresse également au phénomène du Hard-Discount qui permet à des hommes et des femmes de pouvoir se nourrir à moindres frais et selon leurs moyens. Une entreprise hors-la-loi, risquée, mais finalement bénéfique... Les principaux interprètes forment un groupe soudé relativement attachant. D'autant plus que le réalisateur et son scénariste ne se contentent pas que de faire évoluer leurs personnages au sein du supermarché ou à travers le plan qu'ils ont en tête mais les font vivre au delà de leurs activités professionnelles. C'est ainsi que l'on découvre que Gilles vit auprès d'un père atteint de cécité ou qu'Emma élève seule et dans une grande difficulté, sa fille. Discount est dont l'occasion d'un spectacle parfois dramatique mais non dénué d'un certain humour. Notamment lorsque intervient le personnage d'Alfred. Bref, à choisir entre Le grand partage Alexandre Leclère qui vit le jour en toute fin d'année 2015 et le long-métrage de Louis-Julien Petit qui apparu sur les écrans français en janvier de la même année, dans le domaine de la comédie sociale le choix, à l' époque, devait impérativement se porter sur ce dernier...

 

samedi 19 août 2023

Mon chat et moi : La grande aventure de Rroû de Guillaume Maidatchevsky (2023) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Avec son affiche emprunte de naïveté, son titre promettant une grande et belle aventure entre une gamine et son compagnon à quatre pattes, Mon chat et moi : La grande aventure de Rroû a tout l'air de marcher sur les traces du roman de Cécile Aubry, Belle et Sébastien. Ici, le chien de montagne des Pyrénées est malgré tout remplacé par un chaton de gouttière séparé de ses frères et sœurs à seulement quelques mois et dont la mère disparaît dans de tragiques circonstances lors d'une chute de plusieurs étages d'un immeuble de la capitale. Adopté par la jeune Clémence et par ses parents qui ont prochainement l'intention de lui annoncer leur intention de se séparer, le jeune Rroû va grandir entre Paris et la demeure secondaire de ses nouveaux maîtres située à la campagne des montagnes vosgiennes. Là où habite également la ''sorcière'' Madeleine, une voisine vivant dans la nature auprès de son chien Furio que sa maîtresse surnomme Rambo ! Un mâtin de Naples aussi bougon que peut l'être Madeleine. Si a priori Mon chat et moi : La grande aventure de Rroû semble être exclusivement réservé aux jeunes enfants accompagnés de leurs parents, il existe une seconde catégorie de spectateurs qui pourrait s'avérer sensible à cette histoire entre une jeune fille qui va être le témoin de la séparation de ses parents et un petit chaton qui va passer de l'existence citadine à la vie à la campagne, y découvrir un attrait certain pour une jeune chatte blanche abandonnée et être confronté à de jeunes ''voyous'' de son espèce : les ailurophiles. Derrière ce barbarisme qui pourrait sembler s'apparenter à de la paraphilie se cache une véritable passion pour nos amis les chats. Ces petites bêtes toutes plus indépendantes que n'importe quel autre animal et que l'on aime caresser et auprès desquelles l'on adore se blottir même contre leur consentement. Celles et ceux qui dévorent des yeux les vidéos projetant divers représentants de l'espèce féline dans diverses situations ne pourront demeurer insensibles face à Rroû dont l'attitude est représentative de celle de ses congénères. Le petit chat de gouttière ronronnera, sautillera, jouera avec sa jeune maîtresse mais prendra également des risques en se frottant, de loin, à des adultes mal intentionnés. Trois chats dont l'un portera les vestiges physiques d'un ancien affrontement. Des voyous poilus et à quatre pattes mis en scène dans une décharge de voitures histoire d'accentuer leur caractère de bêtes sauvages.


La mise en scène, justement... Si le titre est trompeur puisque la grande aventure promise et invoquée est en réalité inexistante et que le récit se concentre en grande partie sur Rroû et moins sur Clémence, derrière son apparent statut de film réservé au jeune public se trouve un vrai souci en matière de réalisation, de cadrage et de montage. Si la mise en scène de Guillaume Maidatchevsky demeure l'un des piliers du long-métrage, la dresseuse d'animaux Muriel Bec et les divers coachs animaliers exécutent un travail essentiel auquel on ajoutera la photographie de Daniel Meyer et la bande musicale de Julien Jaouen. Majoritairement filmé à hauteur de chat, on imagine aisément le nombre d'heures de répétitions qu'il a fallut mettre en place afin de capter les quelques moments de véritable magie qui pénètrent littéralement ce récit pourtant simpliste. Tout ou presque demeure donc dans le visuel, ponctué de moments de grâce comme lorsque Guillaume Maidatchevsky filme Rroû et la petite chatte blanche dans la forêt sous une lumière éclatante ou lorsque le film se mue en film d'action/thriller animalier lors de la course-poursuite qui les confronte à trois félins adultes ! Capucine Sainson-Fabresse interprète Clémence tandis que Lucie Laurent et Nicolas Casar Umbdenstock incarnent ses parents, Isa et Fred. Dans le rôle de Madeleine, le spectateur ne sera pas surpris de retrouver l'actrice Corinne Masiero, habituée aux rôles de marginales et qui un mois avant la sortie de La marginale de Frank Cimière se fait ici déjà traiter de ''sorcière''. L'actrice y dévoile une certaine sensibilité qu'elle n'accorde tout d'abord qu'aux animaux avant de prendre temporairement sous son aile la jeune Clémence lors d'une dernière partie émouvante. Sans les prouesses techniques dont fait preuve Mon chat et moi : La grande aventure de Rroû et sans l'engouement dont font l'objet nos amis les chats, sans doute le film n'aurait-il pas eu le même retentissement émotionnel. L'histoire est simple, voire simpliste, bien qu'elle repose sur l'ouvrage Rroû de Maurice Genevoix. Cependant, la magie opère presque immédiatement. Amoureux des chats, ce film est avant tout fait pour vous. Quant aux autres, leur sensibilité aura bien du mal à se dérober face à cette petite boule de poil terriblement craquante...

 

mardi 15 août 2023

La marginale de Frank Cimière (2023) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Cinq ans après avoir incarné dans Les invisibles de Louis-Julien Petit le rôle de Manu, la directrice du centre d'accueil pour sans domicile fixe L'envol, l'actrice Corinne Masiero renoue avec l'univers des marginaux en interprétant celui de Michèle dans La marginale de Franck Cimière. L'actrice qui elle-même a connu la rue durant une partie de son existence y interprète le rôle d'une clocharde quelque peu acariâtre, antipathique, vivant à l'aéroport d'Orly. Dotée d'un caddy rempli des vestiges malodorants de son passé, elle attend chaque jour le retour de son fils qui vit depuis des années à Lisbonne. Un jour, elle parvient a dérober quatre-cent mille euros déposés par des transporteurs de fonds et laissés sans surveillance dans un local de l'aéroport et propose à Théo, un technicien de surface déficient mental, de la conduire à bord de sa petite voiture sans permis jusqu'au Portugal afin d'y retrouver son fils Rafael. Après avoir reçu l'accord de sa ''tatie'' (l'actrice Karina Marimon) qui le croit passer quelques jours chez son ami et collègue Alain (Mickaël Launay), Théo charge les affaires de Michèle à l'arrière de son véhicule et les voilà tous les deux partis sur les routes de France à destination de Lisbonne ! Le personnage de Théo est interprété par l'acteur Vincent Chalambert, artiste atteint d'autisme dont la carrière a débuté en 2018 dans Chacun pour tous de Vianney Lebasque. La marginale est le dernier exemple de Road Movie à la française dont le concept repose généralement sur le principe du voyage à bord d'un véhicule. Deux ans après Opération Portugal, Frank Cimière met en scène un duo invraisemblable de ''marginaux''. Deux individus lancés sur les routes de l'hexagone dont le charme tient autant de leur parcours personnel que de leur caractère totalement opposé. Elle, se montre particulièrement hostile vis à vis de son prochain tandis que lui, fait preuve d'une générosité et d'une naïveté qui les confronteront à nombres de problèmes en chemin. Le visage usé par les expériences qui la minèrent durant une partie de son existence, Corinne Masiero est la candidate idéale pour incarner le rôle de Michèle, personnage physiquement et intellectuellement ingrat qui ne fait rien pour attirer la sympathie tandis que le handicap de Vincent Chalambert sert parfaitement celui de Théo.


Si la première ne nous étonne jamais vraiment dans l'incarnation de cette sans domicile fixe dont on peut même très vite soupçonner le rapport qui existe entre sa situation sociale et son désir de reprendre contact avec son fils, la véritable surprise du long-métrage se situe autour du personnage de Théo, embarqué à bord d'une voiture sans permis qui au même titre que nos deux héros va elle-même connaître quelques embûches. Le film multiplie les rencontres dont le but unique est de renforcer les différences qui existent entre Michèle et Théo tout en donnant naissance à une véritable relation. La scénariste Eurydice Da Silva dit s'être inspirée pour cela d'un authentique fait-divers survenu il y a cinq ans en arrière au mois de décembre 2018 à l'aéroport de Roissy où un SDF d'une cinquantaine d'années emporta avec lui la somme de 500 000 euros contenue dans deux des sacs de la société de transports de fonds Loomis déposés dans un sas de sécurité de l'aéroport. C'est là que s'arrête la transposition du fait-divers puisque le voyage de Michèle et Théo vers le Portugal est lui, le fruit de l'imagination de la scénariste et du réalisateur. Traité sous le ton de la comédie, La marginale n'arrachera cependant aucun rire ou presque au spectateur qui assiste parfois médusé à cette aventure pleine de bons sentiments, qui ne juge jamais strictement ses personnages comme de simples bêtes de foire. Le handicap et la marginalisation servent ici la trame et deviennent donc secondaires. Parmi les interprètes qui orbitent autour de nos deux héros, notons la présence de l'actrice Karina Marimon qui interprète le rôle de la Tatie et que l'on a pu notamment découvrir dans le premier long-métrage de Louis-Julien Petit mais également dans Monsieur Batignole de Gérard Jugnot en 2002, dans Radin ! de Dany Boon en 2016 ou dans le sympathique Une belle équipe de Mohamed Hamidi trois ans plus tard. Pierre Azéma qui ici interprète l'ex époux de Michèle Fernando, il a jusqu'ici majoritairement consacré sa carrière au petit écran. C'est notamment lui qui interprète de manière ponctuelle le rôle de Daniel Rochemont dans la série télévisée Ici tout commence sur TF1. Au final, La marginale est une agréable surprise qui met en avant des personnages non-conformistes qui, s'ils ne nous bouleversent pas totalement, s'avèrent malgré tout quelque peu attachants...

 

dimanche 20 septembre 2020

Effacer l'Historique de Gustave Kervern et Benoît Delépine (2020) - ★★★★★★★★☆☆





Samedi 19 Septembre 2020, Cinéma des Corbières à Sigean. Cinq spectateurs, pas un de plus pour découvrir le dernier long-métrage de Gustave Kervern et Benoît Delépine. Est-ce le mauvais temps qui a découragé les gens à venir en masse ? Ou bien le port du masque obligatoire même si dans un si petit cinéma, les gérants y sont plutôt cool ? Peut-être est-ce plus simplement le manque de communication sur la toile car peu d'informations, voire aucunes, n'a filtré sur sa diffusion dans cette charmante petite ville qu'est Sigean. Il fallait pour le savoir, être passé devant le cinéma ou avoir été mis au courant par une personne au courant de l'événement. Effacer l'Historique est le neuvième long-métrage du duo formé par Gustave Kervern et Benoît Delépine qui se sont d'abord fait connaître sur la chaîne Canal+ avant de débuter leur carrière cinématographique en 2004 avec leur premier long-métrage Aaltra (Benoît Delépine ayant en réalité fait ses premières armes aux côtés de Christophe Smith huit ans auparavant avec le court-métrage À l'Arrachée). Seize ans plus tard, rien n'a vraiment changé. Ou plutôt, si. Car si le fond est toujours le même, la forme a pris une ampleur incroyable dans la maîtrise de ces deux maîtres es cynisme. Avec une rigueur ''militaire'' (une expression qui devrait forcément leur déplaire), Gustave Kervern et Benoît Delépine démontent les maux de notre société avec aujourd'hui en toile de fond, la technologie dans son ensemble, et plus précisément certains outils comme les téléphones portables et les réseaux sociaux. En matière de social, justement, les deux hommes en profitent notamment pour s'attaquer également de front à l'administration...





Toujours aussi mordants et cyniques, Gustave Kervern et Benoît Delépine plongent le spectateur dans un univers comparable à ceux proposés par les cinq saisons de la série britannique Black Mirror. Mais plutôt que de projeter leurs personnages dans un futur proche, les deux réalisateurs et scénaristes envisagent leur film sous un paysage actuel dans lequel la technologie a pris une place si importante qu'elle emprisonne ceux qui la consomment. C'est dans ce contexte (sur)réaliste qu'interviennent les trois anciens gilets jaunes Marie, Christine et Bertrand, trois amis respectivement interprétés par Blanche Gardin, Corrine Masiero et Denis Podalydès. Trois individus qui vont régler leurs comptes avec cette put.... de technologie dont ils sont malgré eux devenus esclaves. En effet, après une soirée trop arrosée dans un bar lors de laquelle elle a couché avec un ''Saxetapeur'' (excellent Vincent Lacoste) qui a filmé leur rapport, elle est menacé par le jeune homme de mettre en ligne la vidéo si elle refuse de lui donner dix-milles euros. Bertrand, père d'une adolescente harcelée et filmée par certains de ses camarades à l'école fait tout ce qu'il peut pour faire retirer la vidéo de facebook. Mais après des dizaines de relances par courrier, il n'a toujours obtenu aucune réponse. Quant à Christine, chauffeur VTC, elle se désespère de ne recevoir de ses clients que des mauvaises appréciations. En guerre contre ceux qui minent leur existence, les trois amis se lancent à leur assaut...


Gustave Kervern et Benoît Delépine signent sans doute leur film le plus abouti. Bien que la plupart des sujets abordés soient à l'origine d'une comédie particulièrement amère, on s'étonne de rire aux éclats à certains moments clés du long-métrage. L'interprétation du trio de tête y est évidemment pour beaucoup mais le script lui-même également. Totalement absurde mais reflétant l'inquiétante dictature des réseaux sociaux et leur monopole sur les données personnelles, en un peu plus de cent-cinq minutes seulement Effacer l'Historique propose un catalogue effarant de situations aussi glaçantes que réalistes même si elles sont en général enrobées sous des dehors de comédie bouffonne. Effacer l'Historique est non seulement l'occasion de découvrir un trio d'interprètes étonnants mais également des seconds rôles savoureux. Vincent Lacoste donc, mais aussi Benoît Poelvoorde en livreur ''Alimazone'', Bouli Lanners dans le rôle de ''Dieu'', un hacker vivant au sommet d'une éolienne, Philippe Rebbot dans le rôle de l'individu ayant toutes les clés pour profiter du système ou encore l'écrivain Michel Houellebecq pour un passage en forme de clin d’œil dans lequel il incarne un homme suicidaire. Humour noir, cynisme, bourré d'idées géniales et de répliques déjà cultes, l’œuvre de Gustave Kervern et Benoît Delépine n'oublie cependant pas de faire passer un message d'espoir et s'autorise, après la dérision, le désespoir et la noirceur, une jolie touche de poésie. LE chef-d’œuvre du duo ? Et pourquoi pas, tiens...

vendredi 27 mars 2020

Lucky d'Olivier Van Hoofstadt (2020) - ★★★★★★★☆☆☆



Inutile de jeter un œil sur la fiche technique de Lucky pour se douter que le réalisateur et scénariste belge Olivier Van Hoofstadt se cache derrière. À dire vrai, avec son dernier long-métrage, le cinéaste propose une sorte de mixture entre son insurpassable comédie culte Dikkenek de 2006 et le film d'action Go Fast qu'il réalisa deux ans plus tard. En réalité, Olivier Van Hoofstadt n'emprunte à ce dernier que quelques rares éléments mais balance à la gueule des spectateurs une comédie absurde et délirante mais malheureusement pas tout aussi convaincante que son premier long-métrage. Ce qui n'empêche pas Lucky d'être relativement ambitieux en se penchant sur le cas de Willy et de son pote Tony. Le premier a perdu son chien et vient d'être licencié. Effet boule de neige : il risque de surcroît de perdre son logement. Tony est père d'un jeune adolescent mais divorcé de son ex, il lui doit plusieurs mois de pension alimentaire. Étant comme son meilleur ami sans le sou, les deux hommes sont dans la galère. Un jour, une idée lumineuse brille dans l'esprit de Willy. Lors d'une exhibition canine lui vient celle de voler un chien de détection appartenant à la brigade des stupéfiants. Persuadé de pouvoir grâce à son aide détecter des planques de drogue dans leur quartier, Willy appelle son nouveau compagnon Lucky. Mais alors que les deux amis s'attendaient à tomber sur de petites marchandises de cannabis, il mettent à jour plus d'une tonne de résine enfermée dans un garage. C'est là qu'intervient Caroline Jamar, flic ripoux et ambitieuse qui espère prendre prochainement la place du commissaire Daran qui a prévu de bientôt prendre sa retraite. Mais afin de l'appuyer pour qu'elle puisse passer commissaire, Daran exige la somme de trois-cent mille euros...

Ambitieux, le dernier long-métrage d'Olivier Van Hoofstadt l'est, puisque constitué d'un casting aussi hétéroclite qu'impressionnant dans le nombre de vedettes. C'est ainsi que l'on retrouve au générique de Lucky l'acteur Michael Youn qui depuis le début de l'année a tourné dans deux films dont Divorce Club qu'il a lui-même réalisé. Un rôle à la hauteur du personnage qui l'a rendu célèbre entre la fin du vingtième siècle et le début du suivant. Abandonnant pour un temps les rôles plus sérieux qu'on lui a vu interpréter ces dernières années il incarne dans le cas présent le rôle de Tony, un pauvre benêt travaillant dans un garage pour le compte de Monsieur Roger (l'irrésistible et éternel Daniel Prévost) qui a bien du mal à ''intégrer'' tout ce qu'on lui dit. Alban Ivanov, qui depuis le milieu de la décennie précédente fait décidément partie du paysage français (pas moins de dix longs-métrages en quatre ans dont Le Grand Bain de Gilles Lellouche en 2018, Hors Normes de Olivier Nakache et Éric Toledano en 2019 ou encore Une Belle Équipe de Mohamed Hamidi cette année) incarne quant à lui le rôle un peu plus modeste de Willy. L'actrice et humoriste Florence Foresti interprète le personnage de Caroline Jamar tandis que Sarah Suco (Les Invisibles de Louis-Julien Petit), qui au même titre qu'Alban Ivanov s'avère très présente sur grand écran depuis quelques années.

Si les gags de Lucky ne décollent pas toujours et s'avèrent amusants sans être véritablement drôles, Olivier Van Hoofstadt peut tout de même également compter sur quelques secondes rôles et incarnations relativement réjouissantes. On pense bien évidemment à Daniel Prévost dont le visage, idée fort amusante, s'étale sur le côté de sa camionnette, à François Berléand qui campe le personnage de Daran, ce commissaire aussi corrompu que Caroline Jamar, à l'acteur franco-suisse Yoann Blanc qui excelle dans le rôle de l'inspecteur de l'IGS obsédé par la gente féminine (les photos que renferme son portable en sont une preuve flagrante) et notamment par Jamar qu'il tente de faire ''tomber'', à l'excellente Corinne Masiero (que Sarah Suco croisa d'ailleurs sur le tournage des Invisibles) dans son rôle de bisexuelle sadomasochiste, ou encore le toujours impayable Estéban que l'on retrouve dans la peau de Narcos, le nom de son personnage ne laissant alors pas la place à la moindre ambiguïté. Lucky est surtout parcouru d'une foule de petits détails amusants (le patron du bar proxénète) qui viennent ponctuer une comédie ayant malheureusement parfois du mal à convaincre. L'humour belge y transpire cependant à chaque réplique et c'est aux amateurs de comédies (légèrement) trash que le film semble dédié. Ne boudons pas notre plaisir et notre bonheur...

lundi 14 janvier 2019

Les Invisibles de Louis-Julien Petit (2019) - ★★★★★★★★★☆




Poussés par l'irrépressible envie de nous dégourdir les jambes, épuisés par des séances de No Life justifiées par un froid et par un vent de plus de cent kilomètres/heure, c'est motivés que nous avons décidé hier matin de nous offrir une séance de cinéma. C'est sous l'impulsion d'Anna qu'elle et moi avons opté pour le dernier long-métrage du cinéaste français Louis-Julien Petit qui après Discount et Carole Matthieu semble confirmer sa vision d'un cinéma dit « social » s'ouvrant sur le quotidien des petites gens dont les derniers auxquels il a choisit d'offrir la parole incarnent à merveille ceux que l'on dit invisibles. Parce qu''elles incarnent tout ce que leurs congénères redoutent un jour de devenir, les héroïnes des Invisibles revêtent une forme d'honorabilité et de pudeur que l'on avait peut-être trop tendance à oublier. Derrière l'image de ces laissées pour compte trop souvent décrites comme des êtres sales et malodorants, l’œuvre de Louis-julien Petit est tout d'abord un très bel hommage à ces femmes qui comme l’héroïne incarnée par l'actrice Audrey Lamy sacrifient jusqu'à leur propre existence pour sauver celle d'âmes en perdition. Aux côtés de la formidable Corinne Masiero, qui connaît bien le sujet pour avoir connu la rue, la drogue et la prostitution avant de devenir actrice, ainsi que Noémie Lvovsky, la sœur d'Alexandra Lamy interprète l'une de ces femmes qui consacrent au quotidien une part immense de leur temps aux autres. A ces femmes marginalisées, sans emplois, sans toit et généralement oubliées de leurs concitoyens.

Et ces femmes justement, qui plutôt que d'être incarnées par des actrices grimées sont interprétées par de véritables Sans Domiciles Fixes que le cinéaste met en lumière de manière aussi généreuse qu'authentique. Si hier encore, la plupart d'entre nous seraient sans doute passés devant elles en feignant de ne pas avoir remarqué leur présence, aujourd'hui, et pas seulement grâce à Louis-julien Petit mais d'abord à ces « Invisibles » dont la présence à l'écran submerge le spectateur d'émotion, sans doute aurons-nous un regard différent pour ces femmes, mais aussi ces hommes qui vivent dans la rue. Jamais larmoyant, et pourtant parfois terriblement éprouvant, Les Invisibles est un modèle du genre qui évite de culpabiliser le spectateur. Le film dresse tout d'abord un état des lieux de la condition de ces femmes face à une administration aussi lente qu'inefficace. Après que la décision de fermer le centre d'accueil de jour pour femmes SDF « L'Envol » ait été prise, celles qui se démènent pour aider les autres prennent une décision radicale : désormais, et ce, dans le plus grand secret, ce dernier les accueillera également de nuit. Maintenant qu'il ne reste plus que trois mois avant que la justice intervienne, Audrey, Manu et Hélène vont tout tenter pour réinsérer dans la vie active une quinzaine de femmes que la société à choisi d'abandonner.

Louis-Julien Petit, plutôt que d'opter pour un misérabilisme un peu trop facile, choisit de traiter son sujet sous la forme d'une comédie dramatique. Si Les Invisibles est souvent l'occasion de grands moments d'émotion, le cinéaste n'oublie cependant pas d'y injecter une forte dose d'humour qui dans ce contexte tragique fait beaucoup de bien. Non seulement aux spectateurs, mais également à ces femmes qui sans le soutien de cette « famille » improvisée ne parviendraient sans doute jamais à se sortir de la merde dans laquelle elles vivent depuis des années. Marquées par la rue, le froid, l'alcool, la drogue et parfois la prostitution, le visage de ces SDF à lui seul évoque les épreuves qu'elles ont enduré. Mais heureusement, Les Invisibles change de ton en permanence. Après avoir beaucoup ri à l'évocation des surnoms pris par chacun d'entre elles (je vous laisse la surprise de les découvrir), on est bouleversé de les voir ensuite chassées à cinq heures du matin et dans le froid du camp de fortune où elles tentaient jusqu'ici de survivre. L’œuvre de Louis-Julien Petit est un ping-pong d'émotions admirablement incarné par cet épatant mélange d'actrices professionnelles et d'anonymes extraites du trottoir le temps d'un hommage. Nous ne sommes pas prêts d'oublier Adolpha Van Meerhaeghe, Marianne Garcia, Marie-Christine Descheemaker et leurs compagnes. Louis-Julien Petit réalise une œuvre d'une grande humanité qui permet d'aborder ces femmes sous un angle nouveau, loin de l'indifférence et de la mythologie crasse qu'elles inspirent en général. Un film beau, drôle, et émouvant. Une très belle expérience de cinéma...

lundi 10 septembre 2018

L'Hermine de Christian Vincent (2015) - ★★★★★★★★☆☆




Hier soir France 2 consacrait son émission Un jour, un Destin à l'acteur Fabrice Luchini. Mais avant cela, la chaîne proposait l'une de ses dernières incarnations au cinéma avec L'Hermine de Christian Vincent, l'auteur de l'excellent La Séparation avec Daniel Auteuil, ou même La Discrète, lequel était déjà incarné par Fabrice Luchini, auquel le cinéaste opposait l'actrice Judith Henry. Un an avant que le réalisateur et scénariste Bruno Dumont ne prenne tout le monde à revers en utilisant ce maître es éloquence dans un rôle où ses qualités d'interprète étaient mises à mal, Christian Vincent propose aux spectateurs de prendre place dans un tribunal où va se jouer le procès d'un homme (Martial Beclin, incarné par Victor Pontecorvo), accusé d'avoir porté des coups sur sa petite fille de sept mois, la menant tout droit à la mort. Face à lui, son épouse (Incroyable Candy Ming dans la peau de Jessica Marton), un public, des témoins (à charge et à décharge), des jurés, et surtout, un président d'assises à la très mauvaise réputation qui de surcroît, semble de très mauvaise humeur pour cette première journée d'audience. Parmi les jurés se trouve Ditte Lorensen-Côtelet. Pour le président Michel Racine, cette jeune femme d'une quarantaine d'années n'est pas une inconnue puisque quelques années en arrière, elle fut celle qui lui sauva la vie après qu'il fut emmené d'urgence à l’hôpital à la suite d'un grave accident. Michel n'a jamais oublié cette belle danoise naturalisée française depuis vingt ans. Entre le procès qui devra déterminer la culpabilité ou l'innocence de Martial Beclin et la flamme ravivée d'un amour qui ne s'est jamais concrétisé entre eux, Michel va devoir composer entre l'éloquence due à son rang de président de cours d'assises et ses sentiments qui n'ont jamais vraiment cessé d'exister envers Ditte...

Vingt-cinq ans après La Discrète, Christian Vincent et Fabrice Luchini se retrouvent donc à nouveau pour une œuvre qui rassure sur la capacité du cinéaste à faire transpirer une certaine émotion entre les individus parcourant son cinéma, la puissance de son écriture (il est également l'auteur du scénario original), et l'interprétation exceptionnelle de son principal interprète. L'Hermine possède les contours d'un docu-fiction sans l'aspect rébarbatif du procédé. C'est donc dans l'univers très particulier d'un tribunal des assises que pénètre la caméra du cinéaste, conviant à l'occasion une brochette d'interprètes exceptionnels, lesquels vont littéralement donner vie et corps à leur personnage respectif. Aux côtés de l'immense Fabrice Luchini, des valeurs sûres qui montent peu à peu. Dans le rôle de Jourd'hui, l'avocat de la défense, l'acteur Michaël Abiteboul. D'abord excessivement distant (certains jurés lui reprocheront d'ailleurs de passer davantage de temps au téléphone qu'assis près de son client), son personnage ne s'exprimera véritablement qu'à une unique occasion, mais alors, quel moment ! Vient ensuite Corinne Masiero, qui dans la peau d'un juré brut de décoffrage fait montre d'une capacité à s'adapter à tout type de rôle, ses origines douaisiennes, dans le Nord, l'ayant sans doute beaucoup aidée.

Mais celle qui demeure peut-être parmi les plus convaincants des interprètes reste encore l'actrice Candy Ming, dont le visage si particulier collera finalement parfaitement au rôle que lui confiera Christian Vincent. Dans la peau de l'épouse de l'accusé, elle incarne à la perfection cette mère de famille d'un milieu social très modeste. Une interprétation sublimée en partie par la présence au casting de plusieurs seconds rôles incarnés par des acteurs amateurs. En effet, il est difficile alors de distinguer pour qui ne connaîtrait pas encore Candy Ming, qui d'elle et des témoins qui passent à la barre sont professionnels ou non. N'oublions pas non plus l'actrice danoise Sidse Babett Knudsen qui dans le rôle de Ditte, incarne la femme fantasmée par un Fabrice Luchini au sommet de son art. Une fois encore, et vingt-cinq ans plus tard, Christian Vincent oppose à l'acteur une alter ego à la féminité extrêmement touchante. De ces histoires d'amour presque aussi innocentes que bouleversante dont l'issue n'est jamais déterminée avant la fin.

Christian Vincent opte donc pour le réalisme. Un choix fort judicieux qui ne pouvait qu'être mis à contribution par un Fabrice Luchini épatant, face auquel le cinéaste oppose un myriade d'excellents interprètes. L'Hermine a beau sembler parfois modeste dans la forme, il n'en demeure pas moins que le film de Christian Vincent est une réussite totale...

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