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jeudi 29 août 2024

Rosalie de Stéphanie Di Giusto (2024) - ★★★★★★★☆☆☆



Je ne crois pas avoir déjà eu l'occasion de découvrir l'actrice franco-finlandaise Nadia Tereszkiewicz sur un écran de cinéma ou de télévision autrement qu'à travers le démentiel Seules les bêtes de Dominik Moll en 2019 mais après l'avoir également découverte tout récemment dans le formidable Rosalie de Stéphanie Di Giusto, il devient évidemment qu'il va falloir consacrer à la jeune femme plus que les quelques rôles éparses que certains lui ont confié ces dernières années face à un Benoît Magimel toujours aussi magistral, l'actrice de vingt-huit ans incarne le rôle relativement compliqué de celle qui donne son nom au film.. Rosalie, jeune femme charmante, qui se préoccupe très singulièrement de son apparence (et l'on comprendra très rapidement pourquoi) est une fille de la campagne française du milieu du dix-neuvième siècle. Vivant avec son père Paul (Gustave Kervern) qui la destine à épouser le rustre Abel Leduc (Benoît Magimel), propriétaire d'un café dont la fermeture et le rachat semblent être déjà programmés par le notable Barcelin (Benjamin Biolay), Rosalie cache un lourd secret. Promettant amour et vérité à son futur mari lors de leur union à l'église, celui-ci ne va pas tarder à découvrir que sa jeune épouse lui a caché qu'elle est atteinte d’hypertrichose. En clair, Rosalie est dotée d'une pilosité particulièrement abondante pour une personne de sexe féminin. Un duvet recouvre une grande partie de son corps tandis qu'elle est contrainte de se raser le visage et de camoufler sous une épaisse couche de maquillage les signes avant coureurs de cet étonnant symptôme... Les deux principaux interprètes effacent littéralement toute concurrence. Celle qui relie leur personnage respectif à celles et ceux qui croisent leur chemin durant ce récit proche des deux heures. En jeune femme pleine de vie et en homme bourru, Nadia Tereszkiewicz et Benoît Magimel campent un étonnant duo. Un couple hors norme dont chaque personnalité est tout d'abord nourrie de blessures et d'angoisses.


Dans un milieu rural qui ne pardonne à aucun moment la différence, l'intégration de la jeune femme apparaît tout d'abord comme une anomalie, finalement bien acceptée par la communauté (quoique l'excellent Guillaume Gouix dans le rôle de Pierre persiste à se montrer aussi inquiétant qu'ambigu) et ne laissant certains hommes pas tout à fait indifférents. Les caractères les plus inflexibles cédant parfois sous le charme très particulier de cette jeune femme qui pour aider son époux à conserver son bien va se laisser pousser la barbe afin d'attirer la clientèle. Alors que Stéphanie Di Giusto s'amuse consciemment ou non à nous rappeler les origines artistiques de Benjamin Biolay (son doigt posé sur l'une des touches du piano installé dans le bar d'Abel) ou sa filiation avec Anna Biolay qui dans Rosalie incarne l'une de ses employées prénommée Jeanne, laquelle rappelle à notre héroïne que son employeur la traite comme s'il était son père ! Tourné dans les remarquables environnements des Forges des Salles en Centre-Bretagne dans les communes de Perret et Sainte-Brigitte, le long-métrage bénéficie tout d'abord d'une photographie somptueuse signée de Christos Voudouris. Laquelle renvoie à certaines grandes œuvres picturales rendant hommage à la ruralité d'il y a près de deux-cent ans. On pense alors à Léon Lhermitte, à Julien Dupré ou encore à Jean-Alexis Achard... Vient ensuite la partition musicale de la compositrice, chanteuse et pianiste polonaise Hania Rani qui d'emblée donne le ton à ce récit remarquable où s'entremêlent la beauté et la bestialité des sentiments, la cruauté et le rejet, la curiosité aussi, sans que celle-ci ne soit pour autant jamais compromise par un quelconque désir de voyeurisme. Mais ce que l'on observe bien avant toute autre chose est ce formidable duo incarné par deux interprètes de talent. Entre force et fragilité, l'un et l'autre des principales incarnations devenant ainsi interchangeables. Écrit et réalisé par une femme sur la base d'une authentique histoire, il ne pouvait d'ailleurs en être autrement. On sort de l'aventure totalement séduit par ce récit qui entre des mains maîtrisant mal ce genre de sujet aurait pu tourner au ridicule. Plus de quatre-vingt dix ans après Tod Browning et son mythique Freaks, la monstrueuse parade, Stéphanie Di Giusto rend à son tour et de la plus digne des manières, un hommage à la différence...

lundi 25 décembre 2023

Incroyable mais vrai de Quentin Dupieux (2022) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Que peut-il y a voir de pire que d'être dans une salle de cinéma remplie d'adolescents très agités, incapables de se taire durant la projection d'un long-métrage ou passant leur temps à commenter, toutes lumières de leur smartphone déclenchées, les tout derniers articles postés sur les réseaux sociaux ? Être assis à côté d'un type dégageant une forte odeur d’ammoniaque pour avoir oublié le matin même de se laver sous les aisselles ? Qu'un infamant hasard ait justement choisi ce jour là pour vous imposer un siège dont le dossier ne cesse de retomber vers l'arrière ? Ou qu'une pantagruélique septuagénaire ait ce même jour, décidé de venir s'asseoir à côté de vous, les bras chargés de victuailles enfermées dans des sachets dont le bruit deviendra au fil de la projection, aussi invariablement crispant que d'entendre chez soit un voisin faire des trous dans le mur de sa chambre à coups de perceuse ? Ce jour où ma compagne et moi avons décidé de nous dégourdir les jambes jusqu'au CGR de Narbonne, je n'imaginais pas que la plus terrible des séances de cinéma allait m'être imposée. Incroyable mais vrai de Quentin Dupieux venait tout juste de sortir sur les écrans et en bons amateurs du bonhomme, c'est donc frais et dispos que nous avons pris la voiture. Elle, derrière le volant. Moi, à la place du mort. Un peu moins de vingt minutes plus tard, nous arrivions devant la façade du CGR pour constater que comme depuis le début, le milieu et la fin de la pandémie, nous ne serions très certainement pas venus en masse découvrir le nouveau bébé de celui qui se cache également sous le pseudonyme Mr Oizo ! Un cinéma constitué de neuf salles et pourtant, l'écho de nos voix aurait pu se faire entendre de très loin tant l'immense salle d'accueil nous semblait vide. Une toute petite poignée de spectateurs accompagnés de leurs gamins, sans doute venus découvrir le dernier dessin animé à la mode. Quant à nous, c'est avec une joie à peine dissimulée que nous avons découvert une salle rien que pour nous. Un rêve s'accomplissait alors... pour très rapidement se transformer en cauchemar...


Pourquoi ? Tout simplement parce que Quentin Dupieux, allez savoir pourquoi, choisissait alors de tourner son dernier film à l'époque à l'aide d'une caméra vielle d'une quarantaine d'années dont le zoom était cassé ! Bien que ce ''minuscule'' détail n'ait pas affecté l'expérience de ma Douce, la mienne fut pire encore que de découvrir le premier Avatar de James Cameron en 3D dans une image tellement sombre que je m'étais contraint à suivre une bonne partie du récit les lunettes 3D posées entre mes jambes. Mais rien, là, en comparaison avec Incroyable mais vrai dont le titre ne m'avait jamais semblé aussi proche de ce que je vivais personnellement dans cette salle obscure où je ne pouvais même pas raccrocher mon désespoir à celle que je préférais laisser profiter du film. L'auto-focus défaillant de la caméra employée par le réalisateur et scénariste eut pour conséquence la recherche constante d'une mise au point passant du net au flou et du flou au net. Une véritable torture pour la rétine et le cerveau, incapables l'un comme l'autre de laisser faire naturellement les choses et contraints de revoir en permanence comment aborder ce qui se déroulait sous mes yeux. Un comble pour une œuvre qui d'après nous semblait faire partie des plus ambitieuses de leur auteur. À commencer par un casting trois étoiles principalement interprété par Anaïs Demoustier, Léa Drucker ainsi que Benoît Magimel et Alain Chabat. Seconde et antépénultième expérience pour la première, l'unique pour la seconde et le troisième tandis que le dernier, lui, en était déjà à sa troisième participation à une œuvre signée de Quentin Dupieux après Réalité en 2014, Au Poste ! (en voix-off) en 2018 et avant Daaaaaali ! qui devrait très prochainement les réunir ainsi qu'Anaïs Demoustier.


Advienne que pourra en vidéo et lors de ses futurs passages à la télévision mais si Incroyable mais vrai possède effectivement un cachet visuel qui lui est personnel, espérons que d'autres ne revivent pas ce que j'ai ressenti en salle. Concernant le long-métrage lui-même, nous sommes bien chez Quentin Dupieux et son sens de l'absurde. Et même s'il s'est avant cela déjà montré techniquement beaucoup plus ''aventureux'', il aura au moins eu dans le cas présent le mérite de faire une mise à jours avec le concept de voyage et de paradoxe temporels ! C'est pourtant dans un cadre réaliste que le cinéaste installe ses quatre principaux personnages. Le couple formé par Alain et Marie (Alain Chabat et Léa Drucker achètent tout naturellement une demeure de style plutôt moderne (le genre que conçoivent en général pour leurs propres besoins les architectes), laquelle cache un très étonnant secret qui va avoir de très lourdes conséquences sur leur couple. On regretterait presque que le projet ait été mis en scène par Quentin Dupieux dont l'approche minimaliste du septième art empêche le concept d'être traité à la hauteur de son mérite. Ce qui n'enlève évidemment rien aux charmes d'un film qui passe finalement mieux sur un petit écran que sur un (trop) grand. Le principal soucis visuel dû au problème d'auto-focus est ici quasiment réglé et l'inconfort passé laisse la place à une véritable gourmandise due tant au sujet du film que du jeu des interprètes. Léa Drucker/Marie rêve de retrouver l'éclat de sa jeunesse tandis qu'à ses côtés, Alain Chabat/Alain continue de vieillir. Incroyable mais vrai offre également au thème du Portrait de Dorian Gray un petit nettoyage de printemps bienvenu. Et c'est sans compter sur le couple que forment Anaïs Demoustier en cruche un brin nymphomane et Benoît Magimel en nouvel homme ''bio-ionique'' doté d'une verge électronique ayant malgré tout conservé certains travers comme le machisme ! Accompagné d'une bande musicale bucolique cette fois-ci signée d'Andreas E. Beurmann qui réinterprète des airs de Bach, ce qui apparaît comme une stricte fantaisie est en fait beaucoup plus profond. Et si d'apparence Quentin Dupieux semble avoir fait quelques compromis, penser cela serait une erreur. Simplement l'homme et l'artiste ont-il évolué...

 

samedi 9 septembre 2023

La douleur d'Emmanuel Finkiel (2017) - ★★★★★★★★★☆

 


 

La douleur qui s'exprime lors des scènes filmées par Emmanuel Finkiel est aussi forte que celle qu'éprouve son héroïne mais sans doute bien moins que celle que ressenti vers la fin de la seconde guerre mondiale celle qui posa des mots dessus. Marguerite Duras. La douleur est à l'origine un ouvrage paru en 1985 aux éditions P.O.L. La romancière y décrit le calvaire qu'elle vécu après l'arrestation de son époux Robert Antelme qu'elle épousa en 1939 et qui fut donc arrêté par la Gestapo avant d'être envoyé à Buchenwald 1er juin 1944 . Derrière ce nom barbare se cachait l'un des camps de concentration nazi les plus connus, lequel y retenait entre autres prisonniers, des communistes, des homosexuels ou des opposants politiques. Dans l'attente du retour de son époux, Marguerite Duras rédige à l'époque un journal dans lequel elle note son ressenti. Journal qui servira plus tard de matière première à l'écriture de La douleur dont le récit sera le point central d'un recueil portant le même nom. Quarante-deux ans après sa toute première parution dans les librairies, le texte est adapté sur grand écran par Emmanuel Finkiel qui l'année précédente nous avait servi le remarquable Je ne suis pas un salaud avec dans les principaux rôles, les formidables Nicolas Duvauchelle et... Mélanie Thierry à laquelle il offre désormais le rôle-titre de Marguerite Duras qui à l'époque portait donc le nom de son mari Robert Antelme. La douleur portant son sujet sur une très importante période de notre histoire, le film est donc incarné par des personnages eux-mêmes historiques. C'est ainsi que l'on retrouve l'acteur Grégoire Leprince-Ringuet dans la peau de François Mitterand. Homme d'état français qui bien des années plus tard deviendra le président de la République du 21 mai 1981 au 17 mai 1995. Mais alors que nous sommes en 1944, celui-ci se fait appeler François Morland et dirige le réseau de résistance connu sous le nom de Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés. Le charismatique compositeur, interprète et acteur Benjamin Biolay campe quant à lui le personnage de Dionys Mascolo, lequel fait lui-même partie de la résistance auprès de Marguerite et Robert Antelme.


Face à ces valeureux français dont le film exprime finalement assez peu la force de leur engagement dans la résistance, l'on retrouve le cynique Pierre Rabier, membre de la Gestapo que la jeune Marguerite (alors âgée de trente ans) rencontre un jour et qu'interprète l'excellent Benoît Magimel qui l'année précédente incarna le rôle principal d'Antoine Rocard dans le formidable polar d'Olivier Marchal, Carbone. Pendant deux longues heures, Emmanuel Finkiel décrit le douloureux cheminement d'une femme dans l'attente de ses retrouvailles d'avec son mari déporté dans un camp de concentration. Nouant ainsi une étrange relation strictement intéressée des deux côtés avec Pierre Rabier qui, soit dit en passant, est interprété de manière terriblement glaçante par un Benoît Magimel impressionnant par son timbre, sa carrure (l'acteur s'est étonnamment empâté) et cette façon quotidiennement menaçante qui sourd derrière chaque phrase prononcée. Le but étant moins de reconstituer la France de l'Occupation que d'observer la psychologie dégradée d'une femme dans la douleur d'avoir été ''abandonnée'' par celui qu'elle aime, le long-métrage d'Emmanuel Finkiel cueille davantage les spectateurs à travers la remarquable interprétation, générale, mais d'abord celle de l'extraordinaire Mélanie Thierry, le visage grave, suintant le désespoir et l'amertume. Avec La douleur, Emmanuel Finkiel signe un très grand film, parcouru par les écrits de Marguerite Duras elle-même et dont la portée chavire littéralement le spectateur. Du très grand cinéma émotionnel qui sera notamment nominé dans les catégories Meilleure actrice, Meilleur film, meilleure réalisation, meilleure photographie, décors et costumes lors de la 44e cérémonie des César mais sans pour autant recevoir aucun prix. Contrairement au Festival du film de Muret qui en 2017 couronna Emmanuel Finkiel ou le Festival du film de Cabourg qui l'année suivante offrit un Swann d'or bien mérité à Mélanie Thierry pour sa très émouvante interprétation de Marguerite Duras. Une œuvre troublante, éblouissante, touchante, reconstituant avec justesse les états d'âmes de l'une des plus grands romancières françaises du vingtième siècle...

 

samedi 9 juillet 2022

Or de lui - Zaï Zaï Zaï Zaï - Incroyable mais vrai

 


 

Alors que nous nous apprêtons à aller découvrir le dernier long-métrage de Quentin Dupieux, petit retour non pas sur la filmographie de celui qui se cache sous le pseudo de Mr Oizo lorsque l'inspiration musicale lui vient mais sur deux étranges et passionnantes alternatives à ce cinéma de l'absurde dont il nous abreuve depuis ses débuts en 2001 avec Nonfilm. Exit donc Quentin Dupieux. Nous accueillons au sein d'un curieux univers parallèle l'acteur Ramzy Bédia auquel le réalisateur français avait d'ailleurs offert l'un des deux principaux rôles de son décalé Steak en 2007. Mais cette fois-ci, c'est sur François Desagnat et Baptiste Lorber qu'il lui aura fallu compter. Le premier n'a cependant pas confié à Ramzy le rôle principal de sa dernière comédie Zaï Zaï Zaï Zaï. Mais découverte conjointement à la mini-série Or de lui dans lequel l'humoriste et acteur tient cette fois-ci la vedette, le rapport qu'entretiennent l'un et l'autre de ces programmes me contraint à les lier au même article. L'auteur de La beuze en 2003, de Le jeu de la vérité en 2014 ou de Le gendre de ma vie quatre ans plus tard semble avoir choisi d'offrir à sa carrière de réalisateur un virage plus absurde que jamais. Et même inédit puisqu'en dehors des Onze commandements, on ne peut pas dire que la filmographie de Vincent Desagnat fut jusque là, incroyablement originale. Alors que l'on frétille d'impatience de découvrir son prochain projet Raoul et les raouliens, Zaï Zaï Zaï Zaï développe un certain nombre d'idées qui font souvent l'unanimité lorsque l'on évoque le futur proche sous une forme dystopique. Dans un univers où n'existe qu'un seul modèle de véhicule et où Fabrice (Jean-Paul Rouve) va se retrouver traqué par la police, les médias et les réseaux sociaux parce qu'il a oublié sa carte de fidélité au moment de payer ses achats en magasin, François Desagnat se fait le critique d'une société qui n'a jamais été aussi moribonde que ces dernières années. Non dénué d'un certain humour Zaï Zaï Zaï Zaï aborde la chose sous un angle qui ne diffère pas vraiment de ce que l'on a pu découvrir jusque là au cinéma. Il décrit un monde aseptisé, dans lequel être acteur comique ou faire preuve d'un certain humour est pratiquement considéré comme une tare. François Desagnat examine notre société à la loupe et décrit avec justesse les dérives qui découlent de tous les supports médiatiques qui jugent non plus les gens sur ce qu'ils sont réellement mais sur leurs apparences. En découle une œuvre cynique, qui bat l'humour à froid, et dans laquelle Ramzy Bédia incarne l'image de l'époux et du père de substitution tandis que Jean-Paul Rouve le fuyard va de rencontres en rencontres.
 
Zaï Zaï Zaï Zaï
est l'adaptation cinématographique non pas d'un roman, mais de la bande dessinée de Fabcaro, l'auteur du roman Le discours qu'a adapté sur grand écran le réalisateur Laurent Tirard... Zaï Zaï Zaï Zaï est donc proche de l'univers de Quentin Dupieux. Et si j'osais, j'affirmerais que François Desagnat a réussi là où pêche parfois le cinéma de Mr Oizo. Lequel a souvent trop tendance à se reposer sur des scénarii originaux plutôt que sur des mises en scène fainéantes. Zaï Zaï Zaï Zaï réussit le pari de réunir Jean-Paul Rouve, Julie Depardieu, Ramzy Bédia, Yolande Moreau ou Julie Gayet dans une comédie certes absurde, mais ô combien visionnaire. Un casting de sympathiques comédiens parmi lesquels nous retrouvons également Marc Riso (dans le rôle du vigile), lequel interprète justement l'un des personnages principaux de la mini-série Or de lui aux côtés de Ramzy Bédia. Ici, tout semble a priori d'un commun assez terne. Des couples qui s'invitent à dîner, une épouse qui trompe son mari, le VRP d'une petite entreprise humilié par ses collègues et puis, un jour.... la découverte de ce ''pouvoir'' incroyable qui transforme Ramzy Bédia/Joseph en poule aux œufs d'or. Car oui, son personnage se met à chier des étrons d'or ! Des lingots en forme de ''caca''. Le début de la fortune ? Plutôt celui des emmerdes: Certes un nouvel ami (Marc Riso) mais d'abord et surtout, une épouse qui va voir ailleurs (Olivia Côte), découche, le trompe avec Stéphane (Christophe Héraut). Et puis, un marchand d'or pas très net (Vincent Solignac) et son rejeton (Jérome Niel, inquiétant dans le rôle de Gino). C'est donc dans un contexte social relativement classique qu'entre en jeu ce phénomène surprenant : Ramzy Bédia la poule aux œufs d'or ! En 1973, le chilien Alessandro Jodorowsky transformait ses excréments en or. Trois ans plus tard, l'allemand Werner Herzog et ses interprètes sous hypnose tentaient de découvrir le secret du maître verrier Mühlbeck récemment décédé, seul détenteur de la formule de fabrication du verre rubis. Cinquante ans après, Ramzy Bédia endosse le costume de l'alchimiste Joseph qui va découvrir les avantages et les inconvénients de produire des étrons en or. Là encore, le pari est réussi de mêler l'absurde à la réalité. D'autant plus que le ton humoristique est parfois contrebalancé par des séquences dramatiques relativement intenses. […] Deux heures plus tard... 
 
De retour du cinéma en proie à une insupportable céphalée, j'ai envie de gueuler un bon coup sur ce cher vieux Quentin Dupieux qui en lançant Léa Drucker dans une quête personnelle de jeunesse eternelle a fait des choix particulièrement audacieux. Voir inadaptés pour le confort des yeux. Ceux du public, contraint de détourner parfois le regard s'il ne veut pas avoir de terribles maux de tête au sortir de la salle. Que l'image soit surannée au point de nous renvoyer en pleines années soixante-dix comme l'évoque notamment l'imagerie des Boards of Canada, je veux bien. Mais de là à user d'un vieil objectif plus vraiment fiable et nous imposer ainsi durant soixante-quinze minutes une image qui ne parvient jamais à faire le focus sur les personnages ou les décors en arrière plan, c'est à un supplice que nous convie le réalisateur. De même, l'on connaît la prédisposition de Quentin Dupieux à nous offrir sans cesse des univers décalés. Et là encore, le succès de l'entreprise tient tout d'abord de son scénario. Mais à l'image, et quelles que soit sa manière d'aborder le sujet, Incroyable mais vrai apparaît comme le plus sage de ses longs-métrages. Ce qui d'une certaine manière, donne également l'impression qu'il est aussi le plus maitrisé. Celui qui offre aussi le sentiment que pour une fois, l'auteur de Rubber ou de Wrong Cops n'a pas confié son projet aux seules mains de ses interprètes. L'engouement des critiques pour Incroyable mais vrai est presque inimaginable tant le dernier film de Quentin Dupieux semble parfois si éloigné de ses délires habituels. Plus sérieux mais néanmoins parcouru d'idées folles, Incroyable mais vrai mixe voyage dans le temps, le roman d'Oscar Wilde Le portrait de Dorian Gray(ici, un simple miroir), quête de jeunesse éternelle ou de masculinité (Benoît Magimel/Gérard en homme/machine hypersexué) et face à tout ça, impose un Alain Chabat terriblement sobre et bienveillant. On sort de la salle avec le regret d'avoir assisté à cet étonnant récit dans un inconfort visuel total, figé devant l'écran à patienter jusqu'à ce que le film nous délivre ses multiples messages. En attendant Fumer fait tousser, le prochain long-métrage de Quentin Dupieux, on confirmera que le meilleur film ''Dupieuesque'' à être sorti en salle cette année n'est pas le sien mais celui de François Desagnat...

 

mercredi 24 mars 2021

Les Rivières Pourpres 2 : Les Anges de l'Apocalypse d'Olivier Dahan (2004) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Deux choses à noter tout d'abord, qui devraient faire fuir n'importe quel cinéphile normalement constitué d'un point de vue intellectuel : la présence au scénario et à la production via sa société EuropaCorp Distribution de Luc Besson. Vu que l'écrivain Jean-Christophe Grangé galère à donner une suite au scénario qu'il écrivit à l'origine avec Mathieu Kassovitz pour le premier volet sobrement intitulé Les Rivières Pourpres, il demande donc à Luc Besson de l'aider à construire une nouvelle histoire autour du commissaire Pierre Niemans qu'incarne toujours Jean Reno. Vincent cassel ayant disparu des radars, il est ''remplacé'' par Benoît Magimel que l'on pu notamment voir auparavant dans La Haine de Mathieu Kassovitz ou Les Enfants du Siècle de Diane Kurys. S'il na apparemment rien à envier au jeu de Vincent Cassel, son remplacent à cependant beaucoup de mal à convaincre dans la peau d'un personnage qui de toute manière est à l'origine relativement peu intéressant. Reconnaissons tout d'abord qu'avec un titre pareil, il y avait peu de chance pour que Les Rivières Pourpres 2 : Les Anges de l'Apocalypse parviennent ne serait-ce qu'à se hisser à la hauteur d'une œuvre originale qui elle-même n'avait rien d'exceptionnelle. Ça sent quand même le bon gros nanar, non ? Et même si cette séquelle n'en est pas vraiment un, on est très clairement face à un thriller de petite envergure. Ah ! Au fait, c'est le réalisateur Olivier Dahan qui signe la chose...


Le type capable d'avoir signé durant la même carrière de réalisateur, La Môme, biopic sur Edith Piaf dont on ne compte plus les récompenses et Les Seigneurs, une petite comédie légère se déroulant dans l'univers footballistique. Les amateurs de celle que l'on appelait la Môme, de Marion Cotillard, de José Garcia ou de Franck Dubosc auront donc eu droit à des œuvre oscillant entre le brillant et le plutôt pas mal, Les Rivières Pourpres 2 : Les Anges de l'Apocalypse ne faisant malheureusement partie ni de l'une ni de l'autre de ces deux catégories. En fait, cette séquelle s'avère relativement indigente. Nombre de seconds rôles demeurent absolument pas convaincants, surjouant leur rôle. On pense notamment à ces types en robe de bure, ou plus exactement certains représentants de l'église dont Serge Riaboukine qui interprète le Père Vincent est encore sans doute celui qui s'en sort le mieux. Dans des décors tantôt somptueux tantôt sinistres, ceux-ci sont ceux qui s'en sortent encore le mieux même si Olivier Dahan, le décorateur Olivier Raoux et le responsable de la photographie Alex lamarque ont imaginé un cadre austère, voire carrément glauque. Sans doute inspirés par certaines visions décharnées et parfois monochromes de l'excellent Seven de David Fincher, les trois hommes semblent avoir abusivement poussé le curseur du morbide afin d'obtenir un long-métrage le plus macabre possible. Tous les codes y demeurent, entre murs décrépits, couleurs sépias, air saturé de poussières et éclairages malades. Même la pluie s'invite lors du dernier quart...


Au passage, le chanteur Johnny Hallyday est convié à interpréter le rôle d'un ermite borgne plutôt sobre tandis que l'acteur britannique Christopher Lee participe au projet dans le rôle de Heinrich von Garten. Olivier Dahan use des mêmes méthodes. Lorsque les premières fourmis d'impatience se font ressentir, il nous assène à grand coups de cuivres orchestrés par le compositeur britannique Colin Towns, des scènes de courses-poursuites qui finissent par toutes se ressembler. Le comble étant tout de même que la meilleure d'entre elles soit visible lors du premier tiers, les suivantes demeurant alors beaucoup moins saisissantes. Plus d'action et donc beaucoup moins de finesse lors de cette seconde enquête du commissaire Pierre Niemans, la faiblesse du script et de la mise en scène finissent d'achever un projet sorti en France le 18 février 2004 et tout juste encastré entre la sortie du roman de l'américain Dan Brown Da Vinci Code un an auparavant et son adaptation en 2006 par le réalisateur Ron Howard. Maintenant, faut-il y voir une simple coïncidence ? À noter qu'un troisième volet fut envisagé par le producteur Alain Goldman. Prévu pour être intitulé Les Rivières Pourpres 3 : les Armes de l'Ombre et confié au réalisateur Florent-Emilio Siri, il sera finalement remplacé par la série éponyme dont le tournage de la saison 4 semble avoir été envisagée...

 

jeudi 30 janvier 2020

Des Vents Contraires de Jalil Lespert (2011) - ★★★★★★★★☆☆



Trente-cinq ans.... Trente-cinq ans et une maturité exceptionnelle lorsque le réalisateur et scénariste français Jalil Lespert réalise en 2011 le drame Des Vents Contraires avec Benoît Magimel. À tel point que l'on a du mal à imaginer qu'il put être l'auteur l'année dernière du navrant Le Dindon, une comédie ratée que pas même la présence du pourtant sympathique Dany Boon n'est parvenu à faire décoller. C'est à croire que son auteur est plus à l'aise dans le drame que dans l'humour comme le prouve le récit de Des Vents Contraires qui contrairement à ce que pourrait laisser supposer l'intrigue, n'est pas un thriller. Plus que le fond de l'histoire, c'est sans aucun doute sa forme qui rend si émouvant le film de Jalil Lespert. On aura beau dire que le récit n'est jamais vraiment larmoyant, il s'avère cependant difficile à certains égards de ne pas sentir sa gorge se nouer tant le cinéaste a su saisir ce moment très précis où l'émotion l'emporte sur tout le reste...

L'écrivain Paul Anderen n'a plus de nouvelles de sa femme Sarah depuis un an lorsqu'il décide de partir s'installer dans la région de Saint-Malo en compagnie de ses deux enfants Clément et Manon. Il y retrouve son frère aîné Alex qui lui propose un emploi dans son entreprise d’auto-école. C'est lors d'un cours de conduite qu'il fait la connaissance d'un certain Bréhel qui après un grave accident qui n'a pourtant pas coûté la vie ni n'a laissé la moindre séquelle au gamin qu'il a renversé a tout perdu : son permis de conduire, puis sa femme et son boulot. C'est aussi à cette occasion que Paul fait la connaissance de Justine Leblanc qui rêve de quitter ce trou perdu lorsqu'elle aura obtenu son permis et avec laquelle il débute une relation. En dehors de son emploi de moniteur d'auto-école, Paul fait également la connaissance de Samir, un ancien taulard qu'il rencontre un jour à la sortie de l'école alors que celui-ci vient chercher son fils dont son épouse a la garde exclusive. Et puis il y a Josée Combe, la flic, qui s’intéresse de très près à l'écrivain...

Comme l'indique ce court résumé qui je l'espère reflète fidèlement une partie importante de ce qui constitue Des Vents Contraires, on notera que l'essentiel du long-métrage de Jalil Lespert tient à ces rencontres qui jalonnent le parcours de notre héros. Un Paul Anderen remarquablement interprété par l'un de nos meilleurs acteurs français, Benoît Magimel, loin des polars solides auxquels il nous a habitués pour se pencher sur un rôle éminemment plus complexe à développer. Face à lui, des acteurs de valeurs et au fond, un casting plutôt hétéroclites. C'est ainsi que le personnage incarné par Benoît Magimel échange volontiers des dialogues avec la toujours pétillante Isabelle Carré, l'épatant Antoine Duléry, le surprenant Bouli Lanners et peut-être plus encore Ramzy Bedia qui sort de sa zone de confort (la comédie) pour incarner Samir, cet ancien prisonnier qui désire revoir son fils dont il a été privé durant son séjour en prison. Des Vents Contraires évoque la fragilité de son personnage face à la disparition de son épouse (l'actrice Audrey Tautou), incapable de s'en remettre tout à fait, et pourtant, ce qui touche parfois au sublime dans ce drame est d'abord l'humanité des personnages inspirés à l'origine de l'ouvrage éponyme du romancier français Olivier Adam édité deux ans auparavant en 2009. Plus de larmes que de rires dans ce récit très noir sur lequel souffle cependant un vent d'espoir. Celui de la reconstruction à travers les différentes rencontres que fera le héros mais sans doute aussi à la suite d'une réponse tante attendue dont il sera sans doute contraint d'assumer les répercussions psychologiques... Un grand film...

vendredi 16 mars 2018

Sélection de 3 films à voir, à revoir... ou à éviter (6)

Retourner en arrière, remonter dans le passé, de quelques années. Une grosse dizaine à vrai dire, et passer des postérieurs Héros, La Traversée et Carbone au plus ancien Incontrôlable, c'est un peu comme de déguster un met raffiné avant de manger une vulgaire tambouille. Sur les conseils (mal)avisés d'un ami (désolé Christophe), j'ai donc opté pour une œuvre antérieure. Une comédie balourde, loin des rôles dramatiques qu'ont désormais l'habitude d'offrir les cinéastes à un Michael Youn, ma foi, pas aussi mauvais interprète que je l'aurai cru. C'est ainsi donc que l'on reprochera à l'ancien animateur du Morning Live d'avoir assez mal débuté sa carrière d'acteur en enchaînant des œuvres désarmantes de niaiseries. Dont cet Incontrôlable échappant justement à toute forme de raison d'être. Débile, oui. Vulgaire, certainement. Drôle... ? En de TRES rares occasions. A vrai dire, surtout au début, lorsque l'on découvre que le personnage de Georges, scénariste de métier, se réveille un matin avec la voix d'Eddy Murphy. Comprendre, la voix FRANCAISE de l'acteur américain. Et plus spécifiquement celle du film d'animation Shrek. Une situation originale qui n'est pas sans rappeler La Personne aux deux Personnes de Nicolas Charlet et Bruno Lavaine, une comédie là encore, assez faible incarnée par Daniel Auteuil et Alain Chabat. Originale, et grotesque, puisque malgré l'assurance dont fait preuve le nouvel et très collant alter ego du héros, sa voix à de quoi décourager n'importe quel spécimen de la gente féminine confronté au scénariste en mal d'inspiration. Même la jolie Hélène de Fougerolles aura bien du mal à garder son calme dans la peau de Manon, plus vieille amie du héros et en secret, très amoureuse de ce bêta de Georges qui va durant une heure trente, accumuler les bourdes.
Incontrôlable, c'est du lourd(ingue), et même, du très lourd(ingue). Allez, j'avoue, j'ai ri très fort. Une fois. Et un peu plus discrètement, à deux autres occasions. La première fois, lors d'un repas partagé entre Georges et son ami dentiste Roger interprété par Hippolyte Girardot dont on se demande encore ce qu'il est venu foutre dans une telle galère. Ne parlons même pas de Patrick Timsit dans la peau d'un David parfaitement insignifiant, de Régis Laspalès en prêtre (pas le pire personnage du film au demeurant), ou bien entendu, Thierry Lhermitte qui incarne sans doute le personnage le moins décourageant de cette comédie vraiment ratée. On s'en doute assez rapidement mais Michael Youn est doublé par la voix française officielle d'Eddy Murphy, l'acteur d'origine mauritanienne, Med Hondo. Bouffi, l'acteur s'est de plus astreint à un régime particulier à base de kebab qui lui a fait prendre plus de quinze kilos. On est cependant loin des trente kilos que pris l'américain Robert de Niro au tout début des années quatre-vingt pour les besoins du tournage de Raging Bull de Martin Scorsese. Toujours est-il que c'est à cause de ce long-métrage et de quelques autres également que la mauvaise réputation de Michael Youn le précède. Et c'est bien dommage car dorénavant, les cinéastes lui font confiance et lui confient des rôles du plus grande envergure. Que les réfractaires lui laissent alors une chance de leur prouver sa valeur, tout en évitant copieusement, bien sûr, ce furoncle cinématographique... ! ❤❤❤💔💔💔💔💔💔💔

Lorsque l'on s'écrase au sol, l'important, c'est de se remettre en selle. Sur un cheval, une bicyclette. Ou comme ici sur un fauteuil de cinéma. Ne jamais lâcher sa passion pour le cinéma malgré les désagréments que l'on peut rencontrer lorsque l'on est confronté à des contrariétés du même type que le film chroniqué précédemment. Sans Laisser de Trace renoue d'une manière générale avec ce que l'on attend d'un long-métrage en évacuant toute la misère que l'on peut ressentir devant ces heures perdues devant des films qui ne mériteraient même pas que l'on évoque leur titre. Le réalisateur, acteur et scénariste français Grégoire Vigneron mettait en scène en 2010, ce qui devait demeurer jusqu'à aujourd'hui comme son unique long-métrage. Une œuvre qu'il co-écrivit en compagnie d'un autre habitué du septième art, le cinéaste et scénariste Laurent Tirard, auteur dernièrement de l'excellent Le Retour du Héros avec Jean Dujardin et Mélanie Laurent. Sans Laisser de Trace a l'intelligence des thrillers français qui n'essaient jamais de copier leurs homologues américains, scandinaves ou sud-coréens. Valeur sûre du cinéma français, l'immense Benoît Magimel s'implique comme toujours avec force dans le rôle d’Étienne Meunier, PDG d'une entreprise florissante spécialisée dans les produits d'entretien. Un jour, alors qu'il vient de retrouver son ancien ami Patrick Chambon qu'il n'a plus revu depuis vingt ans, Étienne ressent le besoin de lui confier un secret qui le ronge depuis de nombreuses années. En effet, il y a longtemps, Étienne s'est approprié l'invention d'un homme, laquelle a fait depuis sa réussite professionnelle. Sur les conseils de Patrick, et afin de soulager sa conscience, Étienne et celui-ci se rendent chez cet homme bafoué afin de lui avouer l'outrage dont il s'est rendu responsable bien des années auparavant. Mais plutôt que de libérer sa conscience, Étienne va sans le vouloir se retrouver empêtré dans un engrenage dont il aura bien du mal à se sortir...
Un casting impeccable pour un thriller psychologique haletant, dont le scénario écrit avec concision ne souffre d'aucun défaut ni d'aucune sorte de maladresse. Preuve si l'en est que le cinéma français en a sous le coude lorsqu'il s'agit de nous conter des histoires aux multiples ramifications. Sans Laisser de Trace est l'exemple type de long-métrage qui assouvit les pulsions du spectateur avide de récits tout à la fois alambiqués et pourtant parfaitement limpides dans leur constructions. Grégoire Vigneron est un sacré pervers. L'enchaînement d'événements pouvant jouer sur la carrière et la vie privée du héros (un personnage, si l'on réfléchit un instant, qui n'est pourtant pas des plus remarquable moralement), est tel que l'on s'inquiète de la tournure que pourrait prendre son histoire personnelle. D'autant plus que Sans Laisser de Trace accumule les twists avec une régularité diabolique sans jamais empiéter sur le terrain du ridicule. Benoît Magimel y est énorme, comme à son habitude. François-Xavier Demaison incarne un Patrick Chambon inquiétant dans sa manière irraisonnée d'aborder la situation. Si les deux principaux interprètes emportent l'adhésion grâce à leur excellente interprétation, il serait dommage d'oublier Julie Gayet, Jean-Marie Winling, et Dominique Labourier formant à eux trois la compagne et la belle-famille du héros. Ou bien encore Stéphane de Groodt dans le rôle du collant inspecteur Kazinski, Léa Seydoux dans celui de Fleur, fille de François Michelet, incarné lui par l'acteur André Wilms (le très touchant Joseph de l'excellent Ôtez-moi d'un doute de Carine Tardieu). Sans Laisser de Trace n'est pas de ces thriller nerveux reposant sur des courses-poursuites et des séquences de gunfight. Non, le long-métrage de Grégoire Vigneron repose sur un scénario brillant reposant sur le principe des dominos. A voir, donc. Absolument ! ❤❤❤❤❤❤❤💔💔

Pas comme... Truands de Frédéric Schoendoerffer, fils de... Pierre Schoendoerffer. A force de trop vouloir faire dans le glauque, le sexe, la violence et la noirceur, le cinéaste français originaire de Boulogne-Billancourt ridiculise tout ce qu'il entreprend. Benoît Magimel prouve que l'on peut être un excellent acteur et avoir du mal à convaincre sous la direction d'un cinéaste qui, ici présent, paraît s'être laissé pousser des ailes en s'imaginant hypothétiquement être capable de tourner SON King of New-York, mais en réalité, sans jamais avoir dans ses valises cette petite chose que l'on appelle le talent. Du moins, pas cette fois-ci. Truands est grotesque, surenchérissant dans le domaine de l'horreur lorsque son personnage principal surjoué par l'acteur Philippe Caubère pète un câble et torture (avant de tuer) tout ceux qui nuisent à ses projets mégalomaniaques. Si seulement le personnage de Claude Corti s'était contenté de cela. Mais non, car la femme, qui n'aura jamais été aussi peu considérée qu'en la présente occasion, en prend plein le cul comme voudrait être formulée l'expression à la manière des propos orduriers qui parasitent sans cesse le troisième long-métrage de Schoendoerffer fils. L'acteur se croit sur les planches d'un théâtre à l'abandon, évoquant avec férocité quelques personnages de grands films noirs américains sans pour autant convaincre l'amateur de polars. Le scénario de Frédéric Schoendoerffer et Yann Brion croupit sous une montagne de dialogues d'une confondante vulgarité. La voyoucratie sous son aspect le moins 'noble ' pourrait-on envisager...
Aux allures, paraît-il, de docu-fiction (sûrement ces mouvements de caméra imprécis ou ces voix qui parfois disparaissent sous l'épuisante (et donc insupportable) bande-son), Truands déroule une intrigue qui elle, en contrepartie, ne fatiguera certainement pas les amateurs de thrillers psychologiques en recherche de sensations inédites. Schoendoerffer signe une œuvre bas du front. A peine survolée par un Benoît Magimel qui, certainement sans le vouloir, vient avant tout empocher son cachet d'interprète. Une navrante parenthèse avant l'efficace Dealer de Jean Luc Herbulot que je m’apprêtais à regarder juste après. Mais, ça c'est une autre histoire que je vous propose de vous raconter la prochaine fois... ❤❤❤💔💔💔💔💔💔💔

jeudi 8 mars 2018

Carbone d'Olivier Marchal (2017) - ★★★★★★★★☆☆



Après le précédent article consacré à l'excellent polar français de Gela Babluani, Money, le suivant est consacré au dernier long-métrage de l'acteur et réalisateur Olivier Marchal qui jusqu'à maintenant avait réalisé quatre films d'excellente facture dont le très sombre et pessimiste MR 73 avec Daniel Auteuil en 2008 et Les Lyonnais en 2011. Cette fois-ci, aux commandes d'un scénario écrit à quatre mains en compagnie d'Emmanuel Naccache, le cinéaste s'inspire d'une idée d'Ali Hajdi, elle-même inspirée d'un fait-divers ayant eu lieu entre septembre 2008 et juin 2009, lequel pris pour cadre la signature du protocole de Kyoto à l'issu duquel, l'Union Européenne s'engagea à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Un groupe d'escrocs profita alors de cette législation pour monter un réseau d'arnaques de grande ampleur. Longtemps après la French Connexion naissait la Carbone Connexion.

Sobrement intitulé Carbone, le dernier né d'Olivier Marchal est un thriller redoutablement efficace, qui ne fait ni dans la dentelle, ni dans l’œuvre familiale. Ici, tout y transpire la noirceur. L'intrigue tourne tout d'abord autour du personnage incarné par l'excellent Benoît Magimel, déjà présent dans le précédent film chroniqué en ces pages. Antoine Roca, ce PDG d'une entreprise au bord de la faillite, contraint de déposer le bilan. Marié à Dana et beau-fils d'Aron Goldstein, riche et impitoyable homme d'affaire qui le méprise, Antoine doit se refaire s'il veut pouvoir sauver la trentaine d'employés que la fermeture de son usine va mettre sur le carreau. C'est ainsi que son ami et avocat Laurent Melki le met sur une piste qui pourrait lui permettre de se faire beaucoup d'argent : tenter une fraude à la TVA sur les quotas de carbone de grande ampleur. Pour cela, il fait appel à ses deux meilleurs amis, les frères Eric et Simon, les fils de Dolly Wizman, il est aiguillé vers Kamel Dafri, un très dangereux trafiquant de drogue qui accepte de lui prêter cinq millions d'euros, en contrepartie desquels, Antoine et les deux frères devront lui reverser le double dès qu'ils auront réussi leur coût. Mais en choisissant de faire appel à « l'arabe », ils vont plonger tous les trois dans un tourbillon de mort qui fera également des dégâts collatéraux.

Une véritable gifle. Voilà ce qui ressort du dernier long-métrage d'Olivier Marchal. Pas aussi noir que MR 73 mais sans conteste, aussi désespéré, Carbone ne souffre que d'un seul gros défaut qui, fort heureusement, se fera assez vite oublier dès lors que la Broyeuse sera entrée en action. Ce problème qui aurait pu faire chavirer le navire, c'est justement ce coup inspiré de la Carbone Connexion. Les personnages mettent en effet en place tout un réseau bien huilé consistant à profiter de la législation citée plus haut afin de détourner des fonds très importants. Le problème, c'est qu'Olivier Marchal y va un peu trop rapidement, rendant du coup cette phase du récit peu crédible. Un peu trop facile en réalité. Mais dès que la réussite des trois amis intéresse le très gourmand Kamel Dafri (impressionnant Moussa Maaskri), tout est oublié et l'on assiste impuissant à la chute d'Antoine, d'Eric, de Simon et de leurs familles respectives. Gérard Depardieu incarne le monstrueux Aron Goldstein et prouve une fois encore qu'il est non seulement capable d'interpréter des types vraiment affreux, mais qu'il a encore beaucoup de choses à offrir au public.

Le casting est en la matière, tout à fait remarquable. Grâce à la mise en scène concise d'Olivier Marchal et au montage de Julien Perrin et Raphaele Urtin, Laura Smet, Idir Chender, Gringe, la chanteuse Dani et même Michael Youn (qui décidément prouve de plus en plus sa valeur d'interprète) incarnent des personnages déchirés et passionnants. Une fois encore, le paysage cinématographique français peut s’enorgueillir d'avoir en sa possession un véritable joyau du thriller français. Benoït Magimel y est aussi sombre que lumineux. A voir sans modération...

mercredi 7 mars 2018

Money de Gela Babluani (2017) - ★★★★★★★★☆☆



Quand on vous dit que l'argent ne fait pas le bonheur... certains auraient dû en prendre de la graine et envisager ce proverbe comme unique alternative. Money prouve que le pognon n'y contribue même pas. Ou du moins, à l'issue d'un long chemin de croix qui vous abandonnera à votre sort. Seul, sans amis, sans famille, contraint à l'exile. Au lieu d'aller cambrioler une mallette remplie d'argent sale appartenant à un notable, Danis et ses amis Eric et Alexandra auraient mieux fait de regarder Série Noire d'Alain Corneau, l'un des monuments en matière de polar français, en tout cas, depuis sa sortie en 1979, jamais égalé. Money est peut-être l'un des meilleurs descendants du cauchemar paroxystique pour lequel l'immense Patrick Dewaere livra une performance inoubliable. La relève est dorénavant assurée grâce à George Babluani et Vincent Rottiers qui campent ces deux jeunes imbéciles qui croyaient sans doute faire leur bonheur en volant l'argent douteux d'un notable (excellent Louis-Do de Lencquesaing). Money est un thriller aussi noir qu'une nuit sans Lune, aussi violent qu'un raz de marée, et aussi redoutable qu'un uppercut.

Pourtant, le principe est des plus simple : trois jeunes havrais sans avenir certain évoquent l'idée de pénétrer la luxueuse demeure d'un secrétaire d'État à la morale plus que douteuse afin de lui dérober une très grosse somme d'argent. Alors que le long-métrage démarre par un flagrant délit concernant une cargaison de deux tonnes de drogue, il ne s'agit en fait que d'un événement assez rapidement relayé aux oubliettes puisque l'intrigue, se resserrera autour du trio formé par Danis, et les frère et sœur Eric et Alexandra. Le braquage, comme on peut s'en douter, prendra un virage inattendu pour nos trois cambrioleurs inexpérimentés. Le film de Gela Babluani s'inscrit dans une échelle de temps n'excédant pas la dizaine d'heures qui séparent le crépuscule d'une journée de l'aube suivante. Plus la nuit avance, et plus l'avenir proche de nos trois jeunes adultes est incertain. Entre huis-clos et chasse à l'homme au cœur d'une nuit opaque, Money déroule l’implacable scénario que le cinéaste a lui-même écrit.

Il aura fallut cinq semaines à Gela Babluani pour tourner l'un des polars les plus efficaces du moment. La preuve que le cinéma français, en la matière, n'a pas à rougir face à la concurrence américaine, scandinave, japonaise ou sud-coréenne. Aussi discrète soit-elle, la musique du compositeur et pianiste français Jean-Michel Bernard s'intègre parfaitement et participe au climat délétère qui imprime le long-métrage. Le montage, sans être abusivement nerveux, façonne quant à lui un rythme suffisamment enlevé pour que les scènes, les événements, s'enchaînent sans que le spectateur n'ait à aucun moment à souffrir de la moindre lassitude. Les amateurs de thriller reconnaîtront au passage la présence de deux des interprètes de l'efficace Taken que Pierre Morel réalisa il y a de cela dix ans tout rond : le français Olivier Rabourdin qui une fois de plus incarne un personnage aux contours assez troubles, ainsi que l'excellent acteur albanais Arben Bajraktaraj. On notera également la présence des toujours aussi épatants Féodor Atkine et Benoît Magimel. Money demeure donc une totale réussite qui mérite que l'on s'y penche, que l'on soit amateur du genre ou pas.
Allez, juste pour évoquer le(s) « petit(s) truc(s) » qui pourrai(en)t empêcher le film de devenir un classique du polar à la française, je reprocherai juste aux interprètes de réciter leur texte en chuchotant comme s'ils craignaient que les voisins ne les entendent. En intérieur, cela peut se comprendre, mais dehors, à l'écart de tout, cela reste épuisant de devoir tendre l'oreille en permanence pour comprendre ce que chuchotent les personnages. De plus vous pourrez constater la laideur de l'affiche... A part ces menus détails, rien à redire, louez Money, achetez-le, mais surtout, ne le volez pas. Vous risqueriez de connaître un sort similaire à celui de nos trois jeunes héros...

dimanche 22 mai 2016

Seuls Two de Éric Judor et Ramzy Bédia (2007)



Gervais est la risée de son service. Petit policier maladroit et incompétent, il n'a de cesse de traquer Curtis, un cambrioleur plein de malice qui en fait voir de toutes les couleurs à Gervais. Un jour, une fois de plus, Gervais croise la route de son pire ennemi. Cette fois-ci, la course-poursuite semble bien engagée, mais dès que le policier met les pieds sur les Champs-Élysées, il se retrouve tout seul. Il n'y a plus âme qui vive dans les rues de la capitale. Enfin, pas tout à fait puisqu'en dehors de Gervais, il demeure également la présence de Curtis qui une fois de plus a fait des siennes en s'emparant d'un véhicule de formule 1. Malgré l'incongruité de la situation, Gervais garde à l'esprit qu'il lui faut à tout pris mettre la main sur Curtis afin de l'enfermer derrière les barreaux d'une prison alors que celui-là même profite justement des circonstances pour se jouer du policier lancé à ses trousses dans un Paris qui leur appartient désormais totalement...

Éric et Ramzy plongés tout deux dans une comédie pseudo-fantastique, cela a de quoi éveiller les sens. On imagine bien évidemment pas les deux hommes changer de registre, d'autant plus qu'ils sont eux-mêmes les réalisateurs ainsi que les scénaristes auprès de Philippe Lefebvre et Lionel Dutemple. De l'incongruité, on en trouve déjà dans le titre : Seuls Two !!! allez savoir ce qu'il a pu leur passer par la tête ce jour-là. Afin d'obtenir un résultat consistant à promener leur personnage respectif dans un Paris totalement vidé de ses habitants, la ville a bloqué durant le tournage, les automobilistes ainsi que les piétons.

Le cadre de jeu de Seuls Two est un immense bac à sable, un terrain de jeu extraordinairement élargi qui a permis à Éric et Ramzy de s'éclater à loisirs, et le film a tout de même coûté quant à lui la modique somme de dix-huit millions d'euros.

Il m'aura fallut tout de même le voir trois fois dont une seule, intégralement. Pourquoi ? Parce qu'à la toute première vision, l'ennui a été tel qu'au bout d'une demi-heure, et ne supportant pas le vide scénaristique de ce long-métrage, j'ai dû, avec un certain mépris, arrêter le film, remettant ainsi à plus tard le projet d'écrire un article dessus. La seconde fois, m'étant endormi approximativement au même moment, je n'ai pu assister aux élucubrations du duo de comiques. Ça n'est donc qu'après quelques années de patience que j'ai enfin décidé d'y revenir et de le visionner, cette fois-ci, jusqu'au bout. Deux comprimés de vitamine C et une heure trente-quatre après le démarrage de Seuls Two, le constat est là : le film n'est pas si mauvais qu'on le dit. Du moins, qu'une partie du public l'affirme en l'assassinant sans autre forme de procès. Forcément, les personnages incarnés par le duo ne transpirent jamais l'intelligence. En même temps, ça n'est pas ce qu'on leur demande.

Le principal soucis de Seuls Two tient dans sa première demi-heure. Un calvaire. D'un ennui rarement égalé, cette première partie a sans doute fait fuir une partie de ceux qui désormais considèrent le film comme un pur navet. Si l'on s'en tient à cette partie uniquement, effectivement, Seuls Two est triste à mourir. Il y a pourtant dans ce cinéma, quelque chose qui rapproche ce film d'un auteur génial qui lui aussi, malheureusement, rencontre parfois des difficultés avec un public pas forcément rallié à sa cause : Quentin Dupieux. Car Seuls Two est absurde, oui. Surréaliste, bien évidemment. Mais s'il est terriblement inefficace dans sa première partie, le film gagne curieusement en intérêt par la suite et se révèle en réalité un très bon divertissement. Comme quoi, il faut savoir parfois se faire violence et aller jusqu'au bout. Les gags sont en nombre et quelques scènes sont irrésistiblement drôles (la scène du commissariat lorsque Gervais demande à son supérieur (l'acteur Benoît Magimel) de lui laisser une dernière chance). A voir donc...


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