On se souvient encore très bien de La zone d'intérêt
(The Zone of Interest)
de Jonathan Glazer, véritable électrochoc
britannico-américano-polonais qui en 2023 marqua très fortement les
esprits en décrivant le quotidien de l'officier allemand SS Rudolf
Höss et de sa famille qui en 1943 vivaient dans la zone d'intérêt
du Camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau. Un quotidien
d'apparence très normal si ce n'est qu'il révélait en arrière-plan
une réalité monstrueuse. L'extermination systématique et
majoritaire des juifs d'Europe et d'autres détenus parmi lesquels
des prisonniers de guerre soviétiques, des opposants politiques, des
homosexuels et autres ''indésirables''... Le long-métrage était
marqué par le bruit de fond permanent des fours crématoires ou par
les hurlements des prisonniers menés à la mort. Des séquences ne
fonctionnant pourtant qu'à travers l'usage de la suggestion. Plus
frontal s'avère Le Fils de Saul
(Saul Fia)
du réalisateur hongrois originaire de Budapest László Nemes qui
avec son premier long-métrage signe en 2015 une œuvre nettement
moins équivoque en plongeant directement le héros du récit dans
le camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz. Se
déroulant sur une période de deux jours, le long-métrage nous
conte donc la vie du prisonnier juif hongrois Saul Ausländer.
''Bénéficiant'' d'un statut de ''privilégié'' (d'où
l'importance, ici, des guillemets) puisque évitant les chambres à
gaz et donc la mort en ayant incorporé un Sonderkommando, une unité
de travail majoritairement constituée de prisonniers juifs
contraints de participer au mécanisme de Solution Finale visant
à exterminer le peuple juif... Saul Ausländer qu'interprète
l'acteur et poète hongrois Géza Röhrig se présente donc comme un
homme robuste et en bonne santé qui fut sélectionné lors de son
arrivée au camp d'Auschwitz. ''Chance'' que n'eurent pas des
centaines de milliers d'hommes et de femmes qui furent gazés dès
leur arrivée. Le fils de Saul
démarre d'ailleurs au Krematorium. Cette zone à part du camp où
les membres du Sonderkommando vivent à l'écart des autres
prisonniers pour ne pas éveiller de soupçons quant aux
''activités'' qui s'y déroulent. Dès lors, László Nemes plonge
le spectateur dans le quotidien épouvantable de ces hommes
bénéficiant du privilège de pouvoir vivre encore un certain
temps.Un sursis, certes, mais il faut voir dans quelles
circonstances. Conditionnés par leur bourreaux, ils mènent
eux-mêmes les prisonniers jusqu'aux vestiaires où ces derniers sont
contraints de se déshabiller avant d'être retranchés dans les
douches de sinistre réputation. Sans prendre de pincettes tout en
laissant travailler l'imaginaire du spectateur, le cinéaste hongrois
suggère l'horreur qui est en train de se dérouler derrière les
lourdes portes en métal qui séparent les vestiaires où patientent
les membres du Sonderkommando des douche à proprement parler où son
envoyés par le toit des granulés de Zyklon B...
Au
contact de l'air, ce puissant pesticide libère alors un gaz
extrêmement toxique qui tue toutes celles et ceux qui entrent à son
contact. Bien évidemment, László Nemes nous évite la vision de
ces hommes et de ces femmes entièrement nus agonisant mais ces
dizaines, ces centaines de hurlements qui en arrière-plan
accompagnent l'image des membres du Sonderkommando qui attendent que
tout soit fini est aussi difficile à supporter que le bruit obsédant
accompagnant de la première minute à la dernière le récit de La
zone d'intérêt
huit ans plus tard. Filmant majoritairement son acteur principal de
dos, le réalisateur resserre en permanence le cadre, enfermant le
spectateur comme témoin direct des horreurs qui se déroulent dans
ce camp de la mort. Mais le récit porte un espoir, si ténu
soit-il : parmi les corps inertes des dernières victimes à
avoir été gazées se trouve un jeune garçon que Saul croit être
son fils. Encore en vie, le jeune enfant respire difficilement.
Malheureusement, après qu'un officier nazi l'ait étouffé en
constatant qu'il n'avait aucune chance de survivre, Saul n'a alors
plus qu'une idée en tête : éviter au corps de son fils d'être
envoyé à la crémation et lui offrir un enterrement digne. Et pour
cela, l'homme va devoir trouver parmi les prisonniers, un rabbin afin
d'effectuer un enterrement rituel... En réalité, une véritable
course contre la montre, la caméra enfermant de plus en plus le
personnage et par contraction les spectateurs dans un cadre visuel
mortifère. Horreur absolue des conditions de vie des membres du
Sonderkommando. Chargés d'envoyer les prisonniers à la mort, de les
dépouiller de leurs biens, de déplacer ensuite leur cadavre
jusqu'au crématorium, avec, toujours cette idée du jour qui viendra
où ils seront remplacés et eux-mêmes exécutés. Véritable
cauchemar parfois insoutenable, Le fils de Saul
reste
l'un des témoignages visuels parmi les plus saisissants et les plus
inconfortables concernant le sort des prisonniers du camp de
concentration et d'extermination d'Auschwitz-Birkenau. Refusant ainsi
au spectateur d'échapper à la vérité en lui exposant de manière
frontale et plus ou moins directe les horreurs commises durant la
Seconde Guerre Mondiale. Une question de survie pour son héros mais
un véritable chemin de croix émotionnel pour le spectateur
confronté enfin à la réalité. Un choc !
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