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lundi 8 juin 2026

Nuremberg de James Vanderbilt (2026) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

À l'issue de la seconde guerre mondiale, les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et l'Union soviétique signent l'Accord de Londres, lequel établit un tribunal militaire international autorisé à poursuivre les criminels de guerre notamment pour crime contre l'humanité. Tandis que le procès auquel devront faire face de hauts responsables du régime nazi parmi lesquels se trouve le numéro 2 et bras droit d'Adolf Hitler, Hermann Göring, s'apprête à s'ouvrir, le psychiatre Douglas Kelley est dépêché en 1945 à la prison de Mondorf-les-Bains au Luxembourg afin d'expertiser l'état mental de hauts dignitaires nazis qui y furent enfermés après leur arrestation. Commandant en chef de la Luftwaffe entre 1935 et 1945, Reichsmarschall à partir de 1940, successeur officiel d’Hitler mais aussi signataire l'année suivante d’un ordre demandant la mise en œuvre de la Solution Finale visant à exterminer le peuple juif présent sur le territoire européen, Hermann Göring fait évidemment l'objet de toutes les attentions de la part de Douglas Kelley. Le long-métrage de James Vanderbilt n'est pas le premier à traiter du sujet puisque parmi les quelques tentatives à avoir vu le jour, l'on peut citer Judgment at Nuremberg de Stanley Kramer en 1961 avec Spencer Tracy, Burt Lancaster, Maximilian Schell, Marlene Dietrich, Judy Garland et Montgomery Clift ou le téléfilm québécois en deux partie intitulé Nuremberg et réalisé cette fois-ci par Yves Simoneau en 2000, avec Alec Baldwin, Brian Cox, Christopher Plummer ou encore Jill Hennessy dans les rôles principaux... Sorti le 28 janvier dernier en France, le Nuremberg de James Vanderbilt est une œuvre ambitieuse qui relate notamment la complexité des relations que développa le psychiatre Douglas Kelley ici incarné par l'acteur égypto-américain Rami Malek (la série Mr. Robot et le biopic consacré au groupe américain Queen, Bohemian Rhapsody) avec Hermann Göring, interprété quant à lui par Russell Crowe qui pour se fondre dans son personnage accepta de prendre du poids (lequel sera évalué aux environs de 125 kilos), d'observer les caractéristiques physiques et comportementales de l'ancien officier nazi, d'en apprendre davantage sur les faits historiques et enfin d'apprendre l'allemand afin d'apporter de la crédibilité à son incarnation... Pour autant, le long-métrage ne se présente non pas sous l'angle exclusif du procès de Nuremberg à l'issue duquel douze des vingt-deux prévenus furent exécutés par pendaison mais décrit très précisément la relation entre Hermann Göring et Douglas Kelley...


Des rapports qui apparaissent quelque peu ambigus, générant un certain malaise pouvant même bizarrement créer chez le spectateur une certaine forme d'empathie vis à vis du criminel de guerre. Le choix d'explorer dans cette première partie les relations entre les deux hommes rappelle une œuvre traitant d'un parti-pris similaire qui en 2021 concernait les transcriptions d'authentiques conversations ayant eu lieu entre le tueur en série américain Ted Bundy et l'agent spécial du FBI Bill Hagmaier. No Man of God d'Amber Sealey mettait déjà en lumière l'humanité d'un homme considéré alors de monstrueux après qu'il ait été reconnu coupable de plusieurs dizaines de meurtres. Alors, que penser d'un individu qui participa à l'élaboration d'un schéma visant à exterminer plusieurs millions de personnes ? Sur ce point, Nuremberg parvient à rendre ''attachant'' un personnage ô combien monstrueux lui aussi. Mais dont l'arrogance est beaucoup moins prégnante à l'image qu'elle ne l'était du temps de son vivant. Le scénario de James Vanderbilt, lequel repose sur The Nazi and the Psychiatrist de Jack El-Hai dans lequel l'écrivain revenait sur la relation entre le nazi et le psychiatre, explore effectivement la part d'humanité chez un Hermann Göring formidablement interprété par Russell Crowe et questionné par un Douglas Kelley lui aussi parfaitement incarné par Rami Malek même si ses différents ''tics'' faciaux dont il est affublé donnent la sensation qu'il n'a toujours pas intégré l'idée qu'il s'est enfin débarrassé des prothèses dentaires qu'il portait sur le tournage de Bohemian Rhapsody ! Qu'il s'agisse des alliés ou des nazis, chaque acteur est à sa place et gère parfaitement ses responsabilités. Notons malgré tout que parmi eux se dégage la courte mais néanmoins très émouvante présence de l'acteur britannique Leo Woodall qui dans le rôle du sergent Howie Triest apportera notamment sur un quai de gare et auprès de Douglas Kelley, un très émouvant témoignage. Belle reconstitution, mise en scène honorable bien que très conventionnelle, et musique passe-partout signée de Brian Tyler mais qui se fond parfaitement dans le décor. Bref, pas un chef-d’œuvre et sans doute encore moins le témoignage le plus bouleversant s'agissant de cette période sombre de notre histoire (en dehors du court et authentique document projeté lors du procès et ici ''imposé'' aux spectateurs dans toute son atrocité) mais une intéressante expérience de cinéma tout de même...


 

samedi 8 mars 2025

Bug de William Friedkin (2006)



Agnés est serveuse dans un bar et vit dans un vieil hôtel miteux. Lorsque la nuit vient, elle doit faire face à ses mauvais démons. Elle craint le retour de son ex-mari Jerry Goss qui après avoir purgé une peine de prison vient d'être libéré sur parole et risque donc de bientôt refaire surface. Agnés doit aussi vivre avec le souvenir du fils qu'ils ont eu ensemble et qui a disparu dix ans plus tôt dans une grande surface. Lorsque sa meilleure amie R.C lui présente Peter, un homme étrange mais auquel elle va très vite s'attacher, elle est loin de se douter de l'effroyable aventure qu' ils vont bientôt vivre ensemble.Peter est un homme simple, effacé, fragile qui semble voir ce que les autres ignorent. Il s'installe peu à peu dans la vie d'Agnés qui attend toujours avec autant de crainte le retour de Jerry. Ce dernier d'ailleurs ne se fait pas longtemps attendre et débarque le lendemain même de la rencontre entre Agnés et Peter. Toujours aussi violent, Jerry s'impose et décide de revenir plus tard lorsqu'il aura réglé une affaire urgente. C'est durant cette période de répit qu'Agnés et Peter vont se découvrir. On apprends la tragédie qui mine l'existence d'Agnés depuis dix ans et la fuite de Peter qui affirme être recherché par l'Armée depuis qu'il l'a désertée. En effet, il affirme à sa nouvelle amie qu'il a servi de cobaye pour des expériences scientifiques. 

Une nuit, alors que le couple vient de faire l'amour, Peter est piqué par un insecte. Ce détail va être le début d'une lente descente aux enfers. Alors qu'il est devenu pour Agnés un ami devenu indispensable, Peter commence à délirer. Il se croit porteur d'un insecte qui se nourrit de son sang. La chambre est peu à peu investie par une multitude de parasites que Peter est tout d'abord le seul à voir. Agnés, qui dans sa peur de se retrouver seule se raccroche à Peter, finit elle aussi par voir son univers envahi par une horde d'insectes. La chambre se transforme peu à peu pour devenir un lieu aseptisé. Bombes insecticides et pièges à moustiques encombrent rapidement l'univers du couple qui finit par se sentir traqué. La meilleure amie d'Agnés devient une ennemie à fuir après que cette dernière ait parlé au médecin de Peter lancé à sa recherche. D'après lui, Jerry est responsable de l'enlèvement de leur propre enfant. Et tout cela dans un but précis fomenté par l'Armée. Le couple s'enferme alors dans la chambre sans plus jamais en sortir. Il se coupe du monde, mais ce qui ressemble à une machiavélique machination organisée par l'Armée est peut-être tout autre...

William Friedkin est l'immense cinéaste que l'on connaît à travers des œuvres aussi diverses que L'Exorciste, French Connection ou encore The Sorcerer. La découverte il y a quelques années de Cruising avec un Al Pacino fantastique plongeant dans l'univers gay et lancé à la recherche d'un serial killer ne s'attaquant qu'au milieu homosexuel fut une expérience incroyable. Sordide et poisseux ce film pourtant interprété par un acteur grand public révélait à lui seul l'univers si particulier du cinéaste. William Friedkin n'a jamais été du genre à se reposer sur ses lauriers, toujours capable de prendre des risques en matière de choix cinématographiques que peu oseraient prendre. Bug est une expérience du même acabit. Un grand film de la malade demeurant indéniablement un cran au dessus de ce que le cinéma américain a majoritairement l'habitude de nous proposer.

Se penchant sur le délicat sujet de la schizophrénie le film trompe son monde durant une bonne partie de l'aventure. Alors que Peter est semble-t-il la victime d'une effroyable machination orchestrée par l'armée on comprends plus loin que la vérité est ailleurs. Agnés quand à elle tombe dans le piège du faux-semblant que Peter lui tend innocemment. A mesure que le couple s'enfonce dans la dépression et la paranoïa, leur univers devient aseptisé et clos et finit par ressembler à un lieu dont les frontière demeurent infranchissables pour d'autres individus qu'eux-mêmes. Friedkin filme Ashley Judd et Michael Shannon de manière pudique et déviante à la fois. La scène qui reflète le mieux cette antinomie est sans doute celle où ils font l'amour. A part David Lynch avec Lost Highway, Friedkin est sans doute celui qui a su le mieux rendre l'accouplement entre un homme et une femme aussi troublant. Bug mêle tour à tour le sensuel à la violence, les plans soft à la rage d'une conclusion pessimiste, l'humilité à l'inhumain ainsi que toute une palette de sentiments qui renouvellent à une vitesse folle le sujet qui est ici traité. On pense se retrouver face à un drame existentiel avant de tomber en plein faux complot pour aller titiller un temps la science-fiction à travers un décor final étouffant pour plonger définitivement dans l'horreur. Un excellent film, des acteurs solides et une mise en scène efficace.


lundi 9 mai 2022

Knives Out (A couteaux tirés) de Rian Johnson (2019) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Lorsque l'on évoque le Whodunit au cinéma, on pense tout d'abord à sa variante littéraire et notamment à la romancière britannique Agatha Christie même si cette dernière n'est pas la seule à avoir écrit tout un ensemble d'ouvrages reposant sur des énigmes policières. Si les plus célèbres détectives du Whodunit demeurent Hercule Poirot et Miss Jane Marple, d'autres ont su retenir l'attention des amateurs d'enquêtes policières où l'humour est omniprésent mais où s'emberlificotent toute une série d'indices et de suspects qui laissent au spectateur l'occasion de d'incriminer tel ou tel personnage avant que l'enquêteur ne lui révèle en toute fin d'intrigue le véritable nom du tueur. Sur grand écran, le genre remonte à des décennies et là encore, ce sont les adaptations d'Agatha Christie dont on nous continuons de nous souvenir non seulement pour leur diabolique mise en scène, leur passionnante intrigue mais aussi leur impressionnant florilège d'interprètes. Le Crime de l'Orient-Express de Sidney Lumet en 1974. Mort sur le Nil de John Guillermin en 1978. Le miroir se brisa en 1980 et Meurtre au soleil deux ans plus tard, tous deux réalisés par Guy Hamilton. Mais si Agatha fut une source d'inspiration intarissable, d'autres n'ont pas eu besoin de ses talents pour produire d'authentiques perles du Whodunit. Un seul exemple ? Un cadavre au dessert réalisé par Robert Moore en 1976 et scénarisé par Neil Simon. Si le film n'entretient que de très loin une parenté avec l'univers de la romancière britannique, deux personnages feront cependant références aux deux plus célèbres détectives qu'elle créa de sa plume. Si tout un tas de longs-métrages ont repris depuis les codes du Whodunit avec plus ou moins de bonheur, les classiques du genre ont depuis refait leur apparition sur grand écran grâce (ou à cause) au réalisateur et acteur britannique Kenneth Branagh. En effet, le célèbre détective Hercule Poirot à célébré son retour sur grand écran à travers les remakes du Crime de l'Orient-Express en 2017 et Mort sur le Nil en 2022. La France elle aussi s'est essayée au genre par l'entremise de la comédie pure avec Mystère à Saint-tropez de Nicolas Benamou, lequel possède deux... ''privilèges''. Celui d'être tout d'abord la pire comédie à avoir vu le jour l'année dernière et ensuite, celui d'être probablement le pire Whodunit de l'histoire du cinéma. Une réputation typiquement française que semble avoir pourtant racheté cette année le réalisateur Nicolas Pleskof grâce à son Murder Party interprété par une intéressante galerie d'acteurs parmi lesquels Eddy Mitchell, Miou-Miou, Alice Pol ou encore Pascale Arbillot, Gustave Kervern et Zabou Breitman...


Mais l'une des grosses surprises pour les amateurs du genre fut l'arrivée en salle fin 2019 de l'excellent Knives Out de Rian Johnson (auteur entre autres de l'excellent film de science-fiction Looper en 2012). Sorti chez nous le 27 novembre de cette année là, le film est non seulement un superbe hommage au genre Whodunit mais également l'un des meilleurs représentants de sa catégorie. Hercule Poirot et Miss Marple sont ici remplacés par Benoît Blanc, un détective privé engagé on ne sait par qui afin d'enquêter sur le suicide supposé d'un richissime romancier qui se serait lui-même tranché la gorge. Le film réunit une très intéressante brochette d'interprètes parmi lesquels Daniel Craig qui interprète le détective, Christopher Plummer dans le rôle de la victime Harlan Thrombey, Jamie Lee Curtis dans celui de sa fille Linda Drysdale, Don Johnson dans celui de son époux, Michael Shannon dans la peau du frère Walter ou encore Ana de Armas qui incarne Marta Cabrera, l'infirmière de l'écrivain et principal personnage de l'intrigue. Tourné dans le Massachusetts et essentiellement dans une authentique demeure de style néo-gothique située près de Boston, les décors sont l’œuvre du chef-décorateur David Crank qui œuvra notamment sur les tournages de Hannibal de Ridley Scott en 2001 et de The Tree of Life de Terrence Malik dix ans plus tard. Le caractère faussement léger du détective Benoît Blanc fait évidemment directement référence à ceux d'Agatha Christie mais démontrera en toute fin de métrage sa propension à dénouer le nœud de l'affaire. Une conclusion absolument magistrale qui ne démérite en rien face aux classiques du genre. L'une des originalités du long-métrage demeure dans le fait qu'une partie de la vérité nous est révélée presque d'emblée. Mais c'est sans compter sur l'ingéniosité de l'écriture et de la mise en scène qui nous offrent au final une machination particulièrement diabolique. Volontairement surjoué par une partie du casting (Daniel Craig et Jamie Lee Curtis en font notamment des tonnes), Knives Out est une œuvre brillante, ponctuée d'innombrables dialogues écrits aux petits oignons, entre joutes verbales et guerres intestines au cœur d'une famille dont les rancœurs s'exaltent à mesure que les esprits s'échauffent et que soit révélée la vérité. Notons que la diffusion prochaine d'une séquelle est prévue cette année sur la plateforme Netflix, avec, toujours dans le rôle du détective Benoît Blanc l'acteur Daniel Craig et que Rian Johnson a déjà prévu un troisième volet pour l'année 2025...

 

jeudi 17 mars 2022

La forme de l'eau de Guillermo Del Toro (2017) - ★★★★★★★★★☆

 


 

Alors qu'en 2015 sortait sur les écrans le très beau Crimson Peak auquel il manquait sans doute un soupçon d'émotion (non pas de celle qu'éprouvaient les personnages mais de celle qu'auraient dû ressentir les spectateurs) que les superbes visuels ne parvenaient pas toujours à combler, le réalisateur mexicain Guillermo Del Toro ne perdit pas son temps et proposa deux ans plus tard l'une de ses œuvres les plus réussies. La forme de l'eau reste en effet parmi l'un des films les plus marquants de leurs auteur. Digérant le cinéma fantastico-poétique de certains grands cinéastes au titre desquels les français Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro ne sont sans doute pas étrangers. Le réalisateur prenait le risque de se noyer (sans mauvais jeu de mots) dans un récit éminemment sirupeux mais, ô miracle, la machine fonctionne à merveille. Dans une certaine mesure, le long-métrage prend la forme d'une succession d'hommages à quelques classiques du cinéma dont le duo de réalisateurs hexagonaux peuvent se montrer fiers. Il y a en effet dans ce conte que l'on rapprochera sans doute tout d'abord de La belle et la Bête (conte célébré dans le monde entier et dont les premières traces remontent au deuxième siècle après J-C à travers Les métamorphoses du philosophe algérien Apulée), passion entre une femme et un monstre, l'exploitation d'une créature célèbre qui vit le jour pour la première fois sur grand écran le 5 mars 1954 à travers L'Étrange Créature du lac noir de Jack Arnold. L'action semble d'ailleurs se situer quelques années après puisqu'en pleine conquête de l'espace, les soviétique ont récemment envoyé en orbite la chienne Laïka ! L'occasion pour les États-Unis de prendre leur revanche en exploitant les capacités respiratoires de la créature que le colonel Richard Strikland vient de ramener d'une rivière située en Amérique du sud...


Une créature humanoïde et amphibienne capable de rester dans et hors de l'eau. Enfermée dans l'une des pièces d'un laboratoire gouvernemental situé à Baltimore, une femme de ménage muette prénommée Élisa va très rapidement se rapprocher de la créature et faire tout son possible pour qu'alors, le tyrannique colonel ne parviennent pas à faire de la bête, un spécimen sur lequel pratiquer des expériences. Partant d'un postulat relativement classique, les qualités visuelles de La forme de l'eau sautent immédiatement aux yeux. Déjà conquis par les exigences esthétiques d'un Guillermo Del Toro sachant s'entourer des meilleurs artisans, les spectateurs retrouvent l'ampleur visuelle de son Labyrinthe de Pan ou de Crimson Peak, justement. Mais cependant, l'on rapprochera davantage son dixième long-métrage de l’œuvre commune des deux réalisateurs français cités plus haut. De Delicatessen et La cité des enfants perdus jusqu'au Fabuleux Destin d'Amélie Poulain que Jean-Pierre Jeunet réalisera cette fois-ci en solo, tout ou presque dans La forme de l'eau transpire l'univers des deux français. En résulte une œuvre visuellement éblouissante. Dont les teintes de verts dominent sur le reste. Une quasi-déliquescence qui semble autant emprunter au cinéma de Jeunet et Caro qu'à un jeu vidéo qui à l'époque de sa sortie marqua les esprits : Bioshock, qui au milieu des années 2000 fut conçu par les développeurs de chez 2K Boston/2K Australia. L'emploi de vieux airs signés d'Andy Williams ou de Carmen Miranda confortant ici l'impression que le jeu a pour tout ou partie été une source d'inspiration majeure. Une musique qui sera cependant accompagnée par la bande originale signée du français Alexandre Desplat et qui...


''Incapable de percevoir ta forme, je te trouve tout autour de moi...''

 

 

...comme par hasard, débute sur un air d'accordéon rappelant furieusement l'esprit parisien du Fabuleux Destin d'Amélie Poulain dont la musique avait, elle, été composée en son temps par un autre français, Yann Tiersen. Outre le récit d'une rencontre entre une jeune femme muette et une créature amphibienne, La forme de l'eau est aussi sous certains aspects, un film d'espionnage où les russes tentent d'éliminer la créature qui permettrait théoriquement à leurs principaux rivaux de mettre un coup d'accélérateur à leurs projets spatiaux ! Michael Shannen incarne le véritable monstre du film. Ce que l'on a communément l'habitude de nommer dans un film sous le nom de ''grand méchant''. Sinistre, impitoyable et insensible, il est l'antithèse de la fragile héroïne et se conçoit comme la nouvelle version du monstrueux Capitaine Vidal, formidablement interprété par Sergi López dans Le labyrinthe de Pan. Complot scientifico-militaire, espionnage, thriller, fantastique, romance, on trouve de tout dans La forme de l'eau. Des claquettes, un peu de comédie musicale, des thèmes sociaux comme le ségrégationnisme ou de l'héroïsme pur. De la direction artistique de Paul D. Austerberry, des décors de Nigel Churcher, des costumes de Luis Sequeira, de la photographie, sublime, de Fan Laustsen, de la mise en scène de Guillermo Del Toro, de la bande-son jusqu'à l'interprétation de Sally Hawkins, Michael Shannon, Richard Jenkins (formidable dans le rôle du voisin de la jeune muette), Octavia Spencer, Michael Stuhlbarg ou bien même de Doug Jones dans le costume de la créature, tout respire l'amour du cinéma bien fait. Avec La forme de l'eau, Le labyrinthe de Pan trouvait onze ans après, son égal. La preuve que le réalisateur mexicain en avait encore sous la botte. Chose qu'il semble avoir une fois de plus confirmé cette année avec son dernier long-métrage, Nightmare Alley...

 

jeudi 3 septembre 2020

Cecil B. Demented de John Waters (2000) - ★★★★★★★☆☆☆



Vingt ans que Cecil B. Demented de John Waters est sorti sur les écrans. Si en 2000, on pouvait encore considérer à l'aune d'une carrière riche d'une quinzaine de courts et longs-métrages le onzième bébé de l'un des maître de la comédie trash américaine comme l'un de ses meilleurs, certaines de ses saveurs passées semblent avoir pris de profondes rides. Et pas forcément celles que l'on trouve au coin des lèvres à force de (sou)rire mais plutôt celles qui s'imposent par dépit comme le lit d'une rivière asséchée passant entre deux globes oculaires. Ouais, franchement, il y a de quoi faire la gueule aujourd'hui devant ce produit mal fagoté. Cette formule dont use en général John Waters pour réaliser ses films et qui avait tout l'air de fonctionner lorsque plus jeune, nous n'étions pas encore formés à l'analyse objective de son contenu. Adolescent, ou jeune adulte, lorsque l'on est passionné, on peut avoir pour habitude d'ignorer, inconsciemment ou pas, ce qui fait défaut. Surtout qu'en ce qui concerne John Waters, comme un Russ Meyer ou un Herschell Gordon Lewis antérieurs, on était près à lui pardonner le moindre écart de route. Des écarts dont il abusait pour le bonheur et l'avidité de spectateurs aimant l’irrévérence et les kilos superflus de l'iconique Divine...

Égérie de John Waters et membre d'un groupe de fidèles acquis à la cause du cinéaste, elle/il s'en est allé(e) un 7 mars 1988. D'autres depuis ont pris la relève sans jamais l'occulter. Il y eut Amy Locane, Tracy Lord, Ricky Lake ou la très étrange et très rare Kim McGuire dans Cry Baby en 1990, Kathleen Turner dans Serial Mother en 1994 ou Christina Ricci dans Pecker en 1998. Et puis, en 2000 donc, il y eut Melanie Griffith, ses premiers pas dans le domaine de la chirurgie esthétique (signes qui apparaissent à l'écran), que l'on n'attendait certainement pas voir évoluer dans l'univers de John Waters. Un réalisateur qui aura quand même pris le temps de s'assagir même si quelques saillies trash viennent rappeler qu'il fut notamment l'auteur du cultissime Pink Flamingos vingt-huit ans auparavant. Encore désirable, l'actrice de quarante-trois ans accepte carrément de participer à une œuvre éminemment critique envers un certain cinéma. Celui du tout Hollywood auquel John Waters oppose l'underground de Baltimore, ville chérie du réalisateur qui sert de décor à chacun de ses longs-métrages. Melanie Griffith écorne donc avec fraîcheur et fausse naïveté le cinéma dont elle participe pourtant à l'élaboration. Entouré par un casting constitué de très rares ''figures'' du septième art en dehors de la star, de son ''mentor'' Stephen Dorff/Cecil et de la future vedette du cinéma Michael Shannon (L'excellent Take Shelter de Jeff Nichols en 2011), Melanie Griffith n'aura pas eu d'autre occasion de tutoyer l'ancienne ''ménagerie'' du réalisateur qu'à travers une courte séquence l'opposant à l'actrice Mink Stole dont la particularité est d'être apparue dans tous les films de John Waters...

Le principe consiste dans Cecil B. Demented à mettre à mal le cinéma hollywoodien et tout ce qu'il représente. Dès le générique, le spectateur est plongé dans le bain. Les références (peu élogieuses) y sont nombreuses et l'écriture apparaît pour l'instant relativement pertinente. Sur une bande-son signée de Basil et Zoë Poledouris, entre hip-hop et trash metal, le onzième long-métrage enchaîne les séquences sans véritable temps mort. Si le concept s'établit autour de l'enlèvement d'une star de cinéma par un réalisateur underground bien décidé à la faire tourner dans une œuvre à l'opposé du cinéma hollywoodien, le film montre malheureusement ses limites en milieu de course. Le principal défaut de Cecil B. Demented se situe au niveau de l'écriture. Car qu'on le veuille ou non, depuis quelques années, le réalisateur a passé un cap et ne peut plus se permettre simplement de jeter ça et là des idées délirantes sans y apporter un minimum de soin. Il n'empêche, le film reste délirant. Et concernant les saillies évoquées plus haut, le plaisir de retrouver le John Waters ''roi du trash'' est là, même si en de moindres proportions que par le passé. Melanie Griffith joue si bien, qu'elle ira même jusqu'à jeter des regards vers la caméra. Action innocente ou volontaire. Elle seule (et peut-être John Waters) détient la vérité. Cecil B. Demented n'atteint donc pas le sommet de la pyramide dans la carrière de John Waters mais il allait demeurer comme le dernier véritable vent de fraîcheur de John Waters avant le désastreux A Dirty Shame en 2004...

mercredi 29 avril 2020

The Quarry de Scott Teems (2020) - ★★★★★★★★☆☆



Sans la présence de l'acteur Michael Shannon, ce second long-métrage du réalisateur Scott Teems onze ans après That Evening Sun aurait pu passer tout à fait inaperçu. Une indifférence que n'aurait pas mérité The Quarry tant son sujet, la mise en scène et l'interprétation méritent que l'on s'y attarde le temps de ses quatre-vingt dix-huit minutes. Autant de temps qu'il en faut pour construire une histoire apparemment simple mais suffisamment solide pour que le spectateur conserve toute sa patience devant une œuvre qui a tendance à imprimer un rythme excessivement lent. De quoi, sans doute, faire tenir le scénario du réalisateur et d'Andrew Brotzman sur la durée. Car il faut bien le reconnaître, Scott Teems se complaît à étirer le récit jusqu'au point de rupture. Celui qui mène au découragement de spectateurs habitués sans doute à davantage d'action. Des cascades, The Quarry se refuse à tout débordement au point qu'aucune ne viendra gripper la lente tension qui peu à peu va s'installer au cœur d'une petite localité du Texas où sont implantés bon nombre de mexicains. C'est là que débarque un bien curieux personnage qui plus tôt, a assassiné un homme avant de cacher son corps dans une carrière. Un pasteur qui malgré le peu d'impression positive qu'il laisse d'abord auprès des villageois va parvenir à se faire accepter.

Alors qu'à l'église, les paroissiens vont se faire de plus en plus nombreux à assister aux messes, lorsque deux frères dérobent la voiture du pasteur, l'histoire bifurque vers un récit où le mystère entourant ce personnage ne va cesser de grandir...Cet homme d'église dont le comportement trouble va interroger le caractère méfiant du shérif Moore (Michael Shannon) semble en effet cacher un lourd secret directement lié à un élément découvert chez l'un des voleurs. Valentin (l'acteur Bobby Soto) et son jeune frère sont rapidement soupçonnés d'être responsables de la mort de celui dont le cadavre sera découvert enterré dans la carrière. Se pose alors la question des scrupules. Ce remord qui étreint de plus en plus au fil de l'intrigue, le pasteur David Martin qui se sait, lui, responsable de la mort de l'homme et qui va devoir vivre avec l'idée que l'on condamne injustement un autre que lui. L'ambiance de The Quarry se veut de plus en plus pesante. Parallèlement à l'enquête policière que le spectateur sait prendre une mauvaise direction, on assiste peu à peu à la lente agonie d'un pasteur revendiquant une foi en Dieu de plus en plus affirmée.

Shea Whigham incarne à merveille cet homme de dieu usurpateur d'identité déchiré entre ferveur, scrupules et cette nécessité de conserver une certaine opacité pour que ne soit jamais découverte sa véritable identité. The Quarry baigne dans un culte religieux parfois quasi mystique tout en évitant scrupuleusement de dresser le portrait d'une communauté prête à à sacrifier l'un des leurs au nom de la foi. Les soupçons des uns et des autres n'étant jamais clairement établis autrement qu'à travers le personnage incarné par Michael Shannon, il devient difficile alors d'évaluer dans quelles mesures et dans quelle direction les événements vont bifurquer. On oublie très rapidement le rythme léthargique imposé par la mise en scène de Scott Teems pour se laisser porter par une angoisse sans cesse grandissante. La rédemption du héros y connaît des limites que son instinct de survie n'ose pas franchir. La sobriété de The Quarry est exemplaire et le dénouement d'un pessimisme absolu...

vendredi 10 juin 2016

Midnight Special de Jeff Nichols (2016)



Roy Tomlin et Lucas sont en cavale. A l'arrière de leur chevrolet, le fils de Roy, Alton. Afin de préserver l'existence de son enfant, le père de famille a quitté ses amis, et surtout la communauté dirigée par Calvin Meyer dans laquelle il vivait en compagnie des siens. Le FBI et l'Agence nationale de la sécurité  mettent tout en œuvre pour mettre la main sur Alton, en commençant par interroger les membres du Third Heaven Ranch qui depuis des mois abrite de nombreuses armes. Le mot d'ordre étant le silence, les autorités n'obtiennent aucune information.

Si Roy, Lucas et Alton ont pris la route, c'est non seulement parce qu'il fuient l'emprise de plus en plus pesante de Calvin meyer et de ses disciples, mais aussi et surtout parce qu'ils ont un but bien précis : se rendre à un endroit bien précis, le vendredi 6 mars, soit , dans quelques jours. Si les deux hommes et l'enfant ont à leurs trousses l'armée, le FBI et la NSA, d'autres également se sont lancés à leur poursuite. Des hommes de la secte du Third Heaven ranch qui n'hésiteront pas à s'en prendre à Roy et Lucas pour ramener auprès de leur gourou l'enfant disparu...

C'est un autre film de science-fiction qui aurait dû apparaître en dernière parution de ce blog, mais devant la qualité de Midnight Special et le désir de partager avec celles et ceux qui n'en auraient jamais entendu parler, un avis très tranché sur le contenu de cette œuvre, mon sang n'a fait qu'un tour. D'abord, il faut savoir que le cinéaste signe ici son cinquième long-métrage et qu'il a déjà signé cinq ans en arrière l'excellent Take Shelter. Ensuite, Midnight Special est déjà auréolé d'une excellente réputation puisque comparé au choix à Rencontre du Troisième Type, ou bien à E.T, les deux films étant les œuvres du célèbre cinéaste Steven Spielberg.
N'ayant jamais été spécialement fan du premier (je sais, c'est pas bien!) ni forcément très ému par le second (quoique), j'ai regardé Midnight Special avec un regard presque neuf, tout juste entaché par la vision d'Infini de Shane Abbess, ce bel écrin à purin qui, je vous le promets, va très vite trouver sa place sur Cinémart.

Au choix, la science-fiction peut s'avérer des plus indigeste (voir les reboot de la pourtant excellente saga Star Trek à l'attention évidente du plus grand nombre), comme elle peut demeurer rigide auprès du grand public lorsqu'il s'agit de hard-S-F (2001, Solaris (le vrai, pas le cloone), Stalker, etc...). Midnight Special n'entre dans aucune de ces cases. Non seulement, le scénario de Jeff Nichols parvient à rendre crédible et réaliste son long-métrage, mais il parviendra peut-être même à faire réfléchir ceux qui habituellement se marrent devant ce genre de récit.
Avec finalement pas grand chose en terme d'effets-spéciaux, le film tient majoritairement sur ses jambes grâce au jeu convainquant des différents interprètes. De Michael Shannon à Adam Driver en passant par Kirsten Dunst et Joel Edgerton, actrices et acteurs sont prodigieux. Jusqu'à même Jaeden Lieberher qui nous change de ces éternels personnages d'enfants investis par des pouvoirs les rendant définitivement peu crédibles.

C'est sans doute la sincérité du jeu du casting tout entier, et la sensibilité qui règne au sein de Midnight Special qui en font une œuvre majeure dans le domaine de la science-fiction. Jeff Nichols profite de son sujet pour aborder également des sujets aussi divers que la famille, la religion et la différence avec une homogénéité parfois déconcertante de facilité. On y éprouve de l'angoisse (pour ses personnages), de ce rejet terrible que l'on ressent chaque fois que l'on découvre des hommes en tenue de camouflage, arme au poing, et une émotion pure lorsqu'enfin le but recherché est atteint de manière aussi belle et gracieuse, loin des effets tape à l’œil qui de nos jours parasitent le septième art. Pour ne rien gâcher à l'ensemble, la partition musicale de David Wingo apporte un plus indéniable. Un chef-d’œuvre...

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