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jeudi 13 juin 2024

Halloween : Resurrection de Rick Rosenthal (2002) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 




''Que jamais tu ne repose en paix...''. C'est quasiment sur ces mots que se termine le dernier volet de la franchise Halloween avant que Michael Myers ne revienne sous l'impulsion de Rob Zombie en 2007 sous forme de remake. Une sentence à laquelle répondra le célèbre tueur au masque blanc à l'effigie de William Shatner en ouvrant une dernière fois les yeux dans le tout dernier plan le montrant allongé sur la table d'une morgue. Pourtant aucun autre épisode ne viendra confirmer son retour à la vie puisque entre Halloween : Resurrection et le remake sobrement intitulé Halloween de 2007, nul n'osa reprendre le flambeau. Il faut dire qu'avec ce huitième long-métrage consacré au croquemitaine de Haddonfield réalisé par Rick Rosenthal, ce dernier a réussi l'impensable : proposer une œuvre encore plus indigeste que l'avait été l'infâme Halloween 6 : La Malédiction de Michael Myers de Joe Chappelle. Alors qu'à l'époque la mode est aux émissions de télé-réalité également fort judicieusement appelée ''télé-poubelle'', plus de vingt ans après avoir réalisé le second volet de la franchise simplement intitulé Halloween II, Rick Rosenthal inscrit ce huitième opus dans cette mode consistant à enfermer de jeunes gens dans un environnement pour une durée plus ou moins longue afin de permettre aux spectateurs ''d'étudier'' leur comportement à l'écran. Et en terme d'analyse, on parle là bien évidemment de profiter des excès de langage, voire de bagarres au sein du groupe qui pourraient naître des dissensions. Après une première partie fort intéressante se situant dans un institut psychiatrique ayant accueilli Laurie Strode (toujours incarnée par Jamie Lee Curtis) duquel l'héroïne parvient à s'échapper, le réalisateur et les scénaristes Larry Brand et Sean Hood marquent un grand coup lors d'une séquence la montrant assassinée par son frère Michael. La suite, malheureusement, sera d'un tout autre ordre puisque situant l'action dans la demeure ayant servi de cadre aux événements de 1978. Désormais abandonnée et totalement délabrée, la demeure des Strode va être le théâtre d'une émission diffusée sur les réseaux sociaux et à laquelle vont participer une petite poignée de protagonistes. Bill Woodlake, Donna Chang, Jen Dantzig, Jim Morgan, Rudy Grimes et Sara Moyer rejoignent le réalisateur de l'émission Freddie Harris (incarné par le rappeur Busta Rhymes) et son assistante, Nora Winston. Après un court briefing et l'installation de plusieurs caméras dans des lieux stratégiques de la demeure, les six jeunes candidats arrivent afin de l'explorer et de découvrir les raisons pour lesquelles Michael est devenu un tueur.


Bien entendu, l 'intrigue s'inscrit au moment même où les festivités d'Halloween débutent. L'occasion pour Michael Myers de réapparaître et d'assassiner l'un après l'autre les membres de l'équipe de tournage, les créateurs de l'émission ainsi que les six candidats. Un concept intéressant. L'angle choisit est en effet pour l'époque quelque peu original mais son traitement est malheureusement des plus pauvre. Rien en réalité ne différencie vraiment Halloween : Resurrection du plus banal des slashers. Même pas l'environnement, étonnamment nu malgré la confirmation que le mobilier d’origine est demeuré en l'état. Le réalisateur jongle entre l'action mettant en scène les six candidats et la projection sur Internet d'images parasitées à laquelle assistent les invités d'une fête d'Halloween se situant dans ce qui semble être la bibliothèque de leur hôte ! L'une des spécification du cinéma d'horreur est l'absence quasi systématique de caractérisation des personnages. Et c'est encore plus vrai lorsqu'il s'agit des slashers. En général, nous avons droit à des adolescents ou de jeunes adultes très bas du front, amateurs de petites culottes, d'herbe, de résine de cannabis ou d'alcool. Bref, une belle brochette d'étudiants ayant pour coutume de régner par la terreur au fond des classes ou étant à contrario parmi les élèves les plus populaires (ou pour être précis, les meilleurs sportifs de leur université). S’insère en général dans ce type de groupe une tête pensante qui a souvent la particularité d'être le ou la seul(e) survivant(e) du récit. Ceux qui évoluent dans Halloween : Resurrection semblent certes moins portés sur ce type de ''récréations'', ce qui n'en fait pas pour autant des protagonistes plus captivants. Ici, l'absence de caractérisation étant poussée à son paroxysme, il devient très rapidement illusoire de ressentir le moindre stress pour l'un ou l'autre tant leur sort nous indiffère. Et pour un film qui veut s'inscrire dans les genres horreur et épouvante, l’œuvre de Rick Rosenthal est redoutablement inefficace ! Quand bien même le concept de caméra embarquée, fixée par le biais d'un harnais sur la tête des participants, pouvait avoir un certain intérêt, surtout à l'époque de la sortie du film, le résultat n'en est pas pour autant satisfaisant. Bref, Rick Rosenthal conclu la franchise de la pire des manières. Heureusement, Rob Zombie viendra par la suite remettre un peu d'ordre dans ce fatras d'ineptie avec son remake Halloween et sa suite directe, Halloween 2...

 

mercredi 12 juin 2024

Halloween, 20 ans après de Steve Miner (1998) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Avec l'infâme Halloween 6 : La Malédiction de Michael Myers sorti en 1995, le réalisateur Joe Chappelle aurait pu signer la fin de la franchise consacrée à l'un des plus célèbres croquemitaines du cinéma d'horreur, Michael Myers. Pourtant, entre ce sixième chapitre et le suivant intitulé Halloween, 20 ans après, l'attente aura été moins longue qu'entre le troisième et le quatrième, le cinquième et le sixième, ou même bien plus tard entre le Halloween : Resurrection de 2002 et le premier volet de la trilogie réalisée par David Gordon Green en 2018 sobrement intitulé Halloween. Mis en scène par Steve Miner auquel on doit le très sympathique House mais aussi l'immonde Day of the Dead, Halloween, 20 ans après marque les débuts de l'acteur Josh Harnett dont le look et l'attitude ne changeront pas d'un iota lorsque la même année Robert Rodriguez le dirigera dans The Faculty mais marque aussi et surtout le grand retour de Jamie Lee Curtis dans le rôle légendaire de Laurie Strode après une absence longue de dix-sept ans ! Malheureusement, le long-métrage offrira également l'occasion de constater la disparition du docteur Samuel Loomis incarné pour l'éternité par le formidable Donald Pleasence depuis les débuts de la franchise. Si la voix de ce personnage au moins aussi important que Laurie Strode et Michael Myers résonne dans ce septième long-métrage de la saga, ce n'est pas celle de Donald Pleasence que nous aurons l'occasion d'entendre au tout début de l'intrigue mais celle de l'américain Tom Kane, acteur surtout connu pour avoir prêté sa voix dans un certain nombre de dessins animés ainsi que pour divers personnages de l'univers Star Wars... Alors que Jamie Lee Curtis avait expressément demandé que son personnage soit tué dans un accident à l'issue de sa dernière apparition à l'écran afin de ne plus être contrainte de l'interpréter, la voici qui pourtant réapparaît vingt ans plus tard, plus obsédée par son frère que jamais, d'autant plus que la fête d'Halloween se profile. Se cachant depuis toutes ces années sous une fausse identité, Laurie Strode, qui désormais se fait appeler Keri Tate, est mère d'un fils prénommé John qu'incarne donc le jeune Josh Hartnett. N'excédant pas les quatre-vingt sept minutes, Halloween, 20 ans après s'avère un épisode particulièrement nerveux, bien meilleur que le précédent opus et même que certains qui leur furent antérieurs.


Cet épisode échappe enfin à l'univers lié à la petite communauté de Haddonfield où avaient un peu trop tendance à se retrouver tous les personnages des anciens épisodes. Désormais, l'intrigue se déroule en Caroline du Nord où elle endosse le rôle de directrice d'un pensionnat privé du nom d'Académie de la Haute École où elle vit avec son fils. Laurie a beau vivre à des centaines de kilomètres de Haddonfield, cela ne l'empêche pas de craindre un éventuel retour de Michael dans sa vie et par extension dans celle de John. Toujours soucieuse de son bien-être, celle-ci décide pour une fois de lâcher du lest afin de lui permettre de partir pour le week-end avec ses camarades. Mais John a prévu tout autre chose en compagnie de sa petite amie Molly Cartwell (Michelle Williams) et de deux autres de leurs camarades. Ceux-ci ont en effet décidé de demeurer au pensionnant pour le week-end. Mauvaise idée puisque le frère de Laurie, Michael, va justement choisir ce jour là pour réapparaître. Avec Halloween, 20 ans après, le réalisateur Steve Miner ainsi que les scénaristes : Matt Greenberg et Robert Zappia décident non pas de remettre les pendules à zéro mais plutôt à l'heure, faisant ainsi fi de tout ou presque des événements qui purent se dérouler jusque là lors des précédents épisodes. Mais comment faire ? C'est bien simple : En faisant apparaître en préambule le personnage de Marion Chambers Whittington, assistante du docteur Samuel Loomis qui n'était plus reparue à l'image depuis l'issue du second épisode et qui possède dans ce septième volet, le dossier concernant Jamie Strode. Des informations confidentielles qui vont donc permettre à Michael de retrouver la trace de sa sœur. De retour sur le devant de la scène, Laurie Strode n'est donc plus la mère de Jamie Lloyd qui par conséquent ne semble jamais avoir existé. Si Halloween, 20 ans après parvient à donner un coup de fouet à la franchise et ainsi à la rajeunir, la bande son empreinte de lyrisme étonne pourtant beaucoup. Et si le célèbre thème de John Carpenter est une fois encore au rendez-vous, son orchestration démontre combien le minimalisme de la composition originale collait parfaitement au caractère de l’œuvre séminale. On l'attendait depuis longtemps cet affrontement viril entre Laurie et Michael. Nous voici donc récompensés. Le film est bien rythmé, sans temps morts et nantis de meurtres exaltant notre goût du sang. Quand au final, particulièrement brutal, il ne pouvait être envisagé autrement... Bref, un opus très réussi...

 

samedi 25 novembre 2023

Un fauteuil pour deux (Trading Places) de John Landis (1983) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Ahhhhh les années quatre-vingt. Riche décennie qui vit émerger chez nous le duo Début de soirée, Jean-Pierre Mader, Rose Laurens, Jeanne Mas, Julie Piétri, Images, Gold et tant d'autres artistes tandis que de l'autre côté de La Manche, Depeche Mode et The Cure commençaient déjà à faire partie de ceux qui allaient révolutionner le monde de la pop-music avec, d'un côté, la New Wave et de l'autre, la Cold Wave. En 1983, tandis que les professeurs de français se succédaient à mon chevet pour tenter de m'imposer la littérature classique française, je découvrais tardivement Stephen King et dévorais presque littéralement Simetierre avant de rattraper mon retard en me procurant tout ce qu'il avait écrit jusque là. Riches, oui, furent les années quatre-vingt. Et peut-être même davantage en matière de cinéma puisque énumérer les œuvres qui depuis sont devenues des classiques ou mieux, des films cultes reviendrait à abandonner sa propre existence pour plusieurs jours le temps de dresser une liste véritablement exhaustive des œuvres qui marquèrent notre jeunesse. Pauvres adolescents d'aujourd'hui, nourris aux Smartphones, aux réseaux sociaux et aux blockbusters super-héroïques... S'il savaient à côté de quoi ils sont passés, ils feraient un procès à leur géniteurs pour ne pas avoir été conçus des décennies en arrière. Parce que les années quatre-vingt, ça ne fut pas qu'une question d'art qu'il s'agisse du quatrième, du cinquième ou du septième évoqués ici. Ce fut aussi et surtout, une ambiance et une philosophie de vie qui sont l'une et l'autre parties depuis en fumée. Si aujourd'hui entrer dans une salle de cinéma ressemble à un voyage dans le désert du Sahara tant l'on se sent dans un cas comme dans l'autre terriblement seul, à l'époque, c'était autre chose. Pas de pouffe explorant les réseaux sociaux durant la projection ou de groupes d'attardés parlant plus fort que les personnages à l'écran mais des salles bien remplies. Et encore fallait-il tout de même bien choisir le cinéma et la séance pour quiconque ne supportait pas le moindre souffle sur sa nuque (Parole de sociopathe!). David Lynch, David Cronenberg, John McTiernan, James Cameron, John Carpenter Arnold Schwarzenegger, Bruce Willis, etc...


Des noms qui d'un côté attiraient ceux qui aimaient qu'on leur triture les méninges et de l'autre, sans doute les plus nombreux, qui vouaient une passion pour l'action, le fantastique, la science-fiction ou l'horreur ! Un cinéma qui à l'époque semblait nettement plus procédurier que de nos jours puisque je me souviendrais toujours qu'au guichet d'un cinéma parisien l'on m'avait interdit l'accès à la salle projetant The Last Horror Film de David Winters avec le mythique couple Caroline Munroe/Joe Spinell que l'on retrouvait deux ans après le film culte de William Lustig, Maniac ! Un cinéma beaucoup moins populaire que ne le fut celui de Steven Spielberg, Joe Dante ou... John Landis dont il est question ici. Ces trois se retrouvèrent d'ailleurs cette même année aux commandes de l'anthologie Twilight Zone: The Movie en compagnie de l'australien George Miller (la franchise Mad Max). John Landis, donc. Le genre de réalisateur à la carrière absolument exemplaire. Mais si j'avoue ne pas connaître sa filmographie par cœur, sont demeurées dans mes souvenirs quelques œuvres parmi les plus formidablement cultes qui soient. The Blues Brothers en 1980, Un prince à New York sept ans plus tard et entre les deux, Trading Places qui chez nous vit le jour sous le titre, Un fauteuil pour deux. Lequel était incarné par au moins trois acteurs parmi les plus ''addictifs'' de cette époque malheureusement révolue. Dan Aykroyd que l'on retrouvera notamment l'année suivante dans le premier volet de la franchise Ghostbusters dans le rôle du Dr Raymond Stantz et acteur fidèle de John Landis puisqu'avant cela il interpréta l'un des deux principaux rôles de The Blues Brothers avant de réapparaître dans Twilight Zone: The Movie ou dans Into the Night (Série noire pour une nuit blanche). À ses côtés, Eddie Murphy que je ne ferai l'insulte à personne de présenter. Véritable star qui enchaîne alors les gros succès en salle, tels 48h de Walter Hill en 1982 ou Le flic de Beverly Hills de Martin Brest en 1984 mais qui fera l'erreur de réaliser lui-même l'épouvantable Les nuits de Harlem (seule occasion qui m'ait été donnée de quitter la séance bien avant la fin).


Pour la touche féminine, nous retrouvons Jamie Lee Curtis, fille des stars du cinéma Janet Leigh et Tony Curtis et que John Carpenter lança en 1978 sur les rails du cinéma avec Halloween après quelques passages à la télévision (et notamment dans l'épisode numéro trois de la sixième saison de Columbo intitulé The Bye-Bye Sky High I.Q. Murder Case (Les surdoués)). Un fauteuil pour deux est la rencontre relativement brutale de deux hommes et de deux univers diamétralement opposés. D'un côté, la rue. Celle du clochard Billy Ray Valentine. Un individu particulièrement prédisposé à la fourberie qui un jour croise la route de Louis Winthorpe III, directeur général de la société de courtage Duke & Duke Commodity Brokers et dont les frères et supérieurs hiérarchiques Mortimer et Randolph Duke vont se servir lors d'un pari parfaitement insensé : en effet, Louis (Dan Aykroyd) va se retrouver déchu de ses fonctions tandis que Billy Ray (Eddie Murphy) prendra sa place au sein de la société. Et ce, pour des raisons clairement invoquées par les deux frères comme les spectateurs auront l'occasion de le découvrir. Un fauteuil pour deux est un concentré de bonheur. Une œuvre à la puissance comique rarement égalée et un concept parfaitement intégré. Sur la base d'un scénario écrit par Timothy Harris et Herschel Weingrod, John Landis signe une œuvre à l'attention du grand public, jamais méchante malgré la cruauté dont est victime l'ancien directeur général de la part des frères Duke. Redécouvrir Un fauteuil pour deux aujourd'hui, c'est constater combien le genre s'est appauvri même si quelques miracles ont parfois lieu. L'action se situant à Philadelphie, le long-métrage de John Landis est une véritable carte postale des lieux tels qu'ils étaient représentés à l'époque. Une véritable fourmilière avec ses commerces, son métro, ses gosses qui jouent dans les rues des quartiers pauvres, ses SDF, mais aussi ses lieux chics et celles et ceux qui font ''tourner la boutique''.


Un fauteuil pour deux n'est pas qu'un long échange entre deux formidable acteurs sur la base de dialogues certes finement ciselés (notons en outre la présence de Ralph Bellamy et Don Ameche dans les rôles des frères Randolphe et Mortimer Duke, de Denholm Elliot dans celui du majordome Coleman ainsi que celle de la sexy Jamie Lee Curtis dans celui de la prostituée Ophelia) mais dresse également le portrait de deux mondes plus ou moins retranchés dans leurs fondations. Jusqu'à ce qu'interviennent nos deux scénaristes qui imaginent alors que d'un simple geste le monde peut, d'un côté, littéralement vaciller et de l'autre, donner à un ''invisible'', toutes ses chances de remonter la pente. Alors, fiction ou réalité ? Que l'on soit du côté de l'ancien directeur général ou du nouveau, il est étonnant (amusant?) de voir combien les personnalités des deux héros restent telles qu'elles furent jusque là quelle que soit leur nouvelle condition. John Landis semble vouloir s'en tenir aux personnalités originelles de l'un et de l'autre. Billy Ray personnifiant la bienveillance tandis que Louis, lui, demeure en partie l'être ''hostile'' qu'il semble avoir toujours été. Et pourtant aussi différents que soient l'un et l'autre, Un fauteuil pour deux délivre un message plutôt optimiste selon lequel, dans l'adversité, il est capable de concevoir que deux hommes qui n'ont aucune chance d'être proches peuvent s'allier face à deux vils représentants de la Haute Société afin qu'éclate la vérité. Le film témoigne également d'une certitude : qu'il est bien plus aisé de s'acclimater à sa condition de nouveau riche que de survivre en tant que nouveau mendiant. Le long-métrage de John Landis se positionne lors de sa sortie en bonne place puisqu'il sera le quatrième plus gros succès de l'année 1983 sur le territoire américain, derrière l'épisode 6 de Star Wars, l'excellent Tendres passions et le film musical Flashdance mais également devant Wargames, le James Bond Octopussy, le génial Scarface de Brian De Palma ou les séquelles Superman 3, Les dents de la mer 3 et Psychose 2. Financé à hauteur de quinze millions de dollars, le film en rapportera le sextuple avec pas moins de quatre-vingt dix millions engrangés...

 

samedi 25 mars 2023

Freaky Friday de Mark Waters (2003) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Aussi invraisemblable que puisse paraître le concept, le thème du passage d'un corps à un autre est assez courant au cinéma. Surtout dans la comédie française ou étrangère. Qu'il s'agisse d'une femme se glissant dans la peau d'un homme ou l'inverse (Si j'étais un homme d'Audrey Dana), que tous les membres d'une même famille soient touchés par le même phénomène (Le sens de la famille de Jean-Patrick Benes) ou, plus original, que l'esprit d'un homme vienne se loger dans le corps d'un inconnu et se confronte ainsi à celui de son propriétaire (La personnes aux deux personnes de Nicolas Charlet et Bruno Lavaine), la thématique est en proie à toute une série d'événements plus ou moins drôles et incongrus. Aux États-Unis, on a vu le réalisateur John Woo employer une alternative nettement plus crédible envisagée à travers une double intervention chirurgicale dans Volte/face mais pour rester dans un registre léger, évoquons plutôt Freaky Friday : Dans la peau de ma mère de Mark Waters sorti voilà vingt ans sur grand écran. Remake de Un vendredi dingue, dingue, dingue de Gary Nelson sorti trente et un ans plus tôt et lui-même adapté du roman Freaky Friday de la romancière Mary Rodgers, l’œuvre de Mark Waters est donc l'une des variations sur un même thème dont on peut également noter l'existence de Mon père c'est moi que réalisa Rod Daniel en 1987 ou Un vendredi de folie de Melanie Mayron, un téléfilm qui fut diffusé pour la première fois sur ABC en 1995. Freaky Friday : Dans la peau de ma mère est donc à ce jour la dernière adaptation du roman de Mary Rodgers. Notamment produit par Walt Disney Pictures à hauteur de vingt-six millions de dollars, ce long-métrage aux allures de téléfilm lisse et sans la moindre aspérité se révèle au final beaucoup moins dispensable qu'il n'y paraît. Une petite gourmandise très agréable à regarder, un pécher mignon que l'on ose à peine divulguer à son entourage de peur d'être raillé. Et pourtant, l'essentiel est là : le film est drôle, souvent l'on rit, sans retenue, et même si dans l'ensemble la mise en scène, l'interprétation et l'ensemble de l'aspect technique n'ont rien de vertigineux, force est de reconnaître que l'ensemble touche au but. Sachant que le comique de gestuelle ou de situation ne me touchent pas vraiment, c'est avec un a priori pourtant très important que je me suis lancé dans l'aventure de la famille Coleman, de la mère (Jamie Lee Curtis dans le rôle de Tess) et de la fille ( Lindsay Lohan dans celui d'Anna) en particulier...


Les personnalités de l'une et de l'autre ne s'accordant que très rarement, Mark Waters joue sur les différences de caractère et d'attitude entre la mère et la fille. Et à ce jeu là, forcément, Jamie Lee Curtis l'emporte haut la main même si l'interprétation de Lindsay Lohan demeure brillante et crédible. Anna est un peu rebelle, guitariste dans un groupe de rock formé autour de plusieurs camarades de classe et amoureuse du beau Jake (l'acteur Chad Michael Murray). Tess est psychiatre, un chouïa rigide et s'apprête à épouser le nouvel homme de sa vie Ryan (Mark Hammon). Les séquences les plus percutantes demeurent bien entendu celles lors desquelles Jamie Lee Curtis adopte le comportement de celle qui est censée être sa fille (refus d'embrasser le futur époux de sa mère, changement de look, confrontation avec l'infecte professeur d'histoire d'Anna). Moins drôles mais tout aussi convaincantes demeurent les séquences lors desquelles Lindsay Lohan se doit d'adopter à son tour l'attitude de celle qui en théorie est sa mère. Le couple fonctionne à merveille et cet humour basé sur la gestuelle consistant à lourdement cabotiner n'est ici en rien une gêne. Bien au contraire. Jamie Lee Curtis, en adoptant un comportement d'adolescente est à l'origine de nombreux rires. Production Disney oblige, Freaky Friday : Dans la peau de ma mère est englué de bons sentiments et ne fera de tort ni n'incommodera personne. Léger et absolument pas subversif, le long-métrage de Mark Waters est donc un excellent divertissement pour les petits mais aussi pour les grands, à partager en famille ou entre amis et pourquoi pas, à découvrir seul chez soi. Une œuvre qui ne bouscule pas les conventions mais qui s'avère suffisamment fraîche pour que l'on s'attarde sur le récit et sur ses personnages...

 

vendredi 23 décembre 2022

Halloween II de Rick Rosenthal (1981) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

William Shatner is back ! Oups ! Je voulais dire, Michael Myers is back et il n'est pas content. Et pas mort non plus, donc, malgré les six balles qu'il a reçu dans le buffet à la fin du précédent volet de la franchise Halloween. Toujours affublé de son sinistre masque blanc à l'effigie du plus ancien (enfin, pas vraiment) capitaine du vaisseau Enterprise de la franchise Star Trek, le voilà qui continue à arpenter les rues d'Haddonfield, toujours à la recherche de Laurie Strode qu'interprète une fois encore l'actrice Jamie Lee Curtis alors âgée de vingt-trois ans... J'ai beau être en admiration devant la très grande majorité des œuvres signées de John Carpenter, je continue malgré tout à admettre mon rejet vis à vis de son troisième long-métrage après le très moyen Dark Star en 1974 et le génial Assaut deux ans plus tard. Alors je sais, je sais. Halloween est majoritairement apprécié, voire adulé par les fans purs et durs. Ça n'est pourtant pas la peine de me jeter des tomates pourries, de vouloir me guillotiner sur la place publique ou vomir telle ou telle insanité puisque de toute manière, rien ne pourra me faire changer d'avis sur cette œuvre que j'ai toujours, et que je continuerai quoi qu'il arrive, à juger d'ennuyeuse... Évaluant que le second opus avait peu de chance d'être aussi soporifique que ne l'était l’œuvre de John Carpenter (ici à la production et à l'écriture), il m'aura tout de même fallut attendre quarante et une année pour ressentir le besoin de découvir cette séquelle désormais signée de Rick Rosenthal, lequel a depuis vogué entre, clips vidéos, téléfilms (Les oiseaux 2), séries télévisées (Demain à la une) et longs-métrages cinématographiques (American Dreamer). Halloween II démarre là où les événements du premier prirent fin. Autant dire que l'on peut tout aussi bien se farcir les deux volets à la suite sans que l'on ait véritablement l'impression que trois années d'interruption les séparent !


En amoureux de cinéma d'épouvante en général et sans doute de celui de George Romero en particulier, Rick Rosenthal offre plusieurs clins d’œil au premier long-métrage du réalisateur originaire de Pittsburgh, La nuit des morts-vivants. Car ne l'oublions pas : comme l'indique le titre du film, le récit se déroule la nuit d'Halloween est il s'avère donc logique que les foyers accueillent cette nuit là sur leurs petits écrans de télévision ce classique de l'horreur et de l'épouvante datant de 1968. il apparaît même que les programmateurs n'ont laissé d'autre choix aux spectateurs que d'assister à la projection de ce seul long-métrage puisqu'à l’hôpital où chez l'habitant, c'est le même programme qui est proposé. Les plus vicieux s'amuseront d'ailleurs peut-être à vérifier si l'échelle de temps est respectée entre la projection de La nuit des morts-vivants qui intervient à plusieurs reprises durant le récit et les aventures se situant au cœur d'Haddonfield ! En France l'on remarquera surtout un doublage du classique de George Romero qui n'a plus rien de commun avec celui que l'on connaissait jusque là. Un détail... Concernant Halloween II à proprement parler, c'est l'occasion de redécouvrir Laurie Strode et Michael Myers mais aussi et surtout le Docteur Loomis, toujours incarné par le génial Donald Pleasence. Dans cette seconde mouture, la jeune héroïne est emmenée d'urgence dans un hôpital entre les murs duquel se déroulera la majorité du récit. Dehors, la ville se soulève et les habitants d'Haddonfield semblent être mus par l'esprit collectif de la vengeance...



Celle et ceux qui découvrirent Halloween Kills de David Gordon Green en 2021 sont en terrain connu puisque ce dernier n'est autre qu'un reboot des secondes aventures de Laurie Strode et de Michael Myers. Si les choses entre l’œuvre originale de 1978 et celle de 1981 n'ont pas fondamentalement évoluées, Rick Rosenthal gratifie par contre les amateurs de slashers d'un Bodycount nettement plus important que trois ans auparavant puisqu'il double le nombre de cadavres. Des meurtres souvent originaux même si certaines situations se montreront forcément invraisemblables comme le démontreront certaines séquences. Jamie Lee Curtis est sous-employée durant les deux tiers du long-métrage puisque allongée dans un lit d’hôpital. Elle demeurera figée pendant la première heure avant de subitement sortir de sa catatonie ! Halloween II introduit le personnage de Jimmy (l'acteur Lance Guest), un adolescent étonnamment préoccupé par la sécurité de Laurie mais qui se montrera relativement inquiétant à certaines occasions. Ponctué de séquences de dialogues parfois relativement ''Soap'', Halloween II bénéficie de quelques sympathiques trouvailles comme lorsque Michael Myers surgit subitement dans le cadre pour être ensuite filmé derrière son épaule gauche. Le réalisateur reprend quelques idées de l’œuvre originale comme lorsque le boogeyman sort lentement de l'obscurité. Un effet toujours aussi efficace. Dans l'ensemble, le film se tient mais paraît à vrai dire se rapprocher davantage du principal concurrent de la franchise (le Vendredi 13 de Sean S. Cunningham et ses suites) que du film de John Carpenter dans le traitement des meurtres. À noter l'esprit parfois ''Giallesque'' de certaines séquences, comme ce flash-back assez piteux intervenant au milieu du récit ou ce plan relativement esthétique filmant en plongée et en noir et rouge le cadavre d'un infirmière vidée de son sang et d'un homme étalé à ses côtés dans une mare écarlate. Il faudra attendre 1988 et le réalisateur Dwight H. Little pour retrouver les principaux protagonistes de la franchise avec... Halloween IV. Car comme les fans le savent très bien le troisième volet Halloween 3 : Le Sang du sorcier réalisé par Tommy Lee Wallace n'a absolument rien à voir avec les autres épisodes si ce n'est son titre et la présence de John Carpenter à la production...

 

samedi 5 novembre 2022

Halloween Ends de David Gordon Green (2022) - ★★★★★★★☆☆☆

 

 


 

Alors qu'il est en plein tournage d'une suite supposée directe de L'exorciste réalisée par William Friedkin en 1973, David Gordon Green signe en 2022 ce qui s'apparente à l'ultime retour de l'un des plus célèbres boggeymen du l'histoire du cinéma, Michael Myers. C'est en tout cas ainsi que l'envisage le réalisateur américain qui de toute manière vient de perdre les droits de la franchise au profit de Malek Akkad, fils du célèbre producteur syrien Moustapha Akkad qui produisit en autres longs-métrages les huit premiers films Halloween réalisés entre 1978 et 2002. Pour cette dernière aventure intitulée Halloween Ends, David Gordon Green reprend un principe qui aurait pu et même dû être envisagé à l'issue du quatrième volet puisque à la fin de celui-ci, le personnage de Jamie Lloyd qu'interprétait alors l'actrice Danielle Harris semblait devoir reprendre le flambeau après que Michael Myers soit tombé au fond d'un puits de mine. Si l'actrice réapparaissait bien dans son rôle dans le cinquième long-métrage, Michael Myers également... À l'issue de Halloween Kills sorti l'année passée, on pouvait se demander dans quelle direction allaient se diriger les événements dans l'ultime volet de la trilogie réalisée par David Gordon Green. Le réalisateur ne tarde pas à apporter une réponse franche puisque dès l'entame l'on fait la connaissance d'un nouveau personnage du nom de Corey Cunningham. Incarné par l'acteur canadien Rohan Campbell, celui-ci ouvre les hostilités en tuant accidentellement un gamin dont les parents lui avaient confié la charge durant quelques heures. Arrêté, puis emprisonné après avoir été condamné à passer quatre ans derrière les barreaux, Corey revient dans la ville de Haddonfield où furent perpétrés nombre de massacres de la part de Michael Myers. Un monstre qui depuis a cessé de nuire de manière directe mais qui a laissé un profond traumatisme parmi les habitants de la petite localité. Là, le jeune homme qui travaille dans une casse auprès de son père Ronald (l'acteur Rick Moose) rencontre des difficultés pour s'intégrer. D'autant plus qu'en ville, certains se souviennent de lui et du meurtre qu'il a involontairement commis quatre ans auparavant. Il y fait également la connaissance de Laurie Strode (éternelle héroïne de la franchise, toujours interprétée par l'actrice Jamie Lee Curtis) et de sa petite-fille Allyson (Andi Marichak) qui a survécu aux précédentes attaques de Michael Myers...


Théoriquement (tout cela dépend de ce qu'aura l'intention de faire des droits de la franchise Malek Akkad), Halloween Ends devrait donc être le dernier volet consacré au tueur masqué et armé d'un couteau de cuisine. Si la fin ne convainc pas la totalité du public, alors comment le prochain réalisateur devra-t-il s'y prendre pour qu'une fois pour toute la ville d'Haddonfield soit définitivement débarrassée de son sinistre boogeyman ? Pour ce troisième opus, David Gordon Green ne se contente pas de reprendre la recette ultra classique du tueur semant la mort sur son chemin. Et même si le bodycount est plutôt satisfaisant et les meurtres parfois très saignants, le réalisateur américain semble davantage s'intéresser aux traumatismes engendrés par la série de meurtres commis précédemment. Mort mais hantant la population, le fantôme de Michael Myers va prendre tout d'abord forme de manière tout à fait inattendue. Cette approche d'une localité dont les habitants ne se sont toujours pas remis des décès de leur proches et amis revêtant alors le visage apparemment innocent du jeune Corey Cunningham. Un gamin psychologiquement perturbé, marginalisé, entretenant une relation ambiguë avec l'une des survivantes du précédent opus, que le réalisateur va utiliser comme second couteau et comme miroir d'un tueur qui reviendra de toute façon, qu'on le veuille ou non. De cette manière de faire réapparaître le célèbre tueur portant un masque de William Shatner blafard et inexpressif l'on peut douter de la véracité. Comme si Halloween Ends explorait l'éventualité d'un retour à la vie du boogeyman par l'entremise d'une psyché profondément atteinte à l'image d'une ville marquée par l'horreur. Et plus intimement lié à ce jeune garçon, Corey, qui plus que le tueur innocent réapparaissant après quatre ans d'enfermement va se révéler être comme une catharsis des pulsions qui couvent à Haddonfield...


Corey peut être envisagé comme une vision moderne du Arnold Cunningham de Christine, le chef-d’œuvre inviolable signé par John Carpenter en 1983. Corey ne travaille-t-il pas dans une casse quand Arnold, lui, traînait et trouvait dans l'une d'elles les pièces lui permettant de réparer sa Plymouth Fury de 1957 ? Les deux garçons, marginaux l'un comme l'autre n'entretiennent-ils pas une relation nouvelle avec une jeune femme ? Ne portent-ils pas le même nom ? L'approche des deux réalisateurs de l'univers et de leur principal personnage n'est-elle pas commune, sombre et désespérée ? Encore que de comparer l'un et l'autre des longs-métrages peut apparaître abusif si l'on tient compte du fait que se cache dans cette comparaison, d'un côté un chef-d’œuvre et de l'autre, un film d'horreur honnêtement exécuté. Car Halloween Ends est sans doute le meilleur des trois volets signés de David Gordon Green. La rencontre entre Corey et Allyson est touchante et le climat particulièrement délétère. Comme une fin du monde (ou la fin D'UN monde) annoncée ! Le désespoir transpire à chaque coin de rue malgré le sourire de Jamie Lee Curtis/Laurie Strode. Le réalisateur contient ses seconds rôles dans une charge qui ne dépasse pas la simple parole et évite au dernier volet de la trilogie de se muer en un ersatz de The Purge de James DeMonaco. On regretterait presque que David Gordon Green en est terminé avec Michael Myers...

lundi 9 mai 2022

Knives Out (A couteaux tirés) de Rian Johnson (2019) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Lorsque l'on évoque le Whodunit au cinéma, on pense tout d'abord à sa variante littéraire et notamment à la romancière britannique Agatha Christie même si cette dernière n'est pas la seule à avoir écrit tout un ensemble d'ouvrages reposant sur des énigmes policières. Si les plus célèbres détectives du Whodunit demeurent Hercule Poirot et Miss Jane Marple, d'autres ont su retenir l'attention des amateurs d'enquêtes policières où l'humour est omniprésent mais où s'emberlificotent toute une série d'indices et de suspects qui laissent au spectateur l'occasion de d'incriminer tel ou tel personnage avant que l'enquêteur ne lui révèle en toute fin d'intrigue le véritable nom du tueur. Sur grand écran, le genre remonte à des décennies et là encore, ce sont les adaptations d'Agatha Christie dont on nous continuons de nous souvenir non seulement pour leur diabolique mise en scène, leur passionnante intrigue mais aussi leur impressionnant florilège d'interprètes. Le Crime de l'Orient-Express de Sidney Lumet en 1974. Mort sur le Nil de John Guillermin en 1978. Le miroir se brisa en 1980 et Meurtre au soleil deux ans plus tard, tous deux réalisés par Guy Hamilton. Mais si Agatha fut une source d'inspiration intarissable, d'autres n'ont pas eu besoin de ses talents pour produire d'authentiques perles du Whodunit. Un seul exemple ? Un cadavre au dessert réalisé par Robert Moore en 1976 et scénarisé par Neil Simon. Si le film n'entretient que de très loin une parenté avec l'univers de la romancière britannique, deux personnages feront cependant références aux deux plus célèbres détectives qu'elle créa de sa plume. Si tout un tas de longs-métrages ont repris depuis les codes du Whodunit avec plus ou moins de bonheur, les classiques du genre ont depuis refait leur apparition sur grand écran grâce (ou à cause) au réalisateur et acteur britannique Kenneth Branagh. En effet, le célèbre détective Hercule Poirot à célébré son retour sur grand écran à travers les remakes du Crime de l'Orient-Express en 2017 et Mort sur le Nil en 2022. La France elle aussi s'est essayée au genre par l'entremise de la comédie pure avec Mystère à Saint-tropez de Nicolas Benamou, lequel possède deux... ''privilèges''. Celui d'être tout d'abord la pire comédie à avoir vu le jour l'année dernière et ensuite, celui d'être probablement le pire Whodunit de l'histoire du cinéma. Une réputation typiquement française que semble avoir pourtant racheté cette année le réalisateur Nicolas Pleskof grâce à son Murder Party interprété par une intéressante galerie d'acteurs parmi lesquels Eddy Mitchell, Miou-Miou, Alice Pol ou encore Pascale Arbillot, Gustave Kervern et Zabou Breitman...


Mais l'une des grosses surprises pour les amateurs du genre fut l'arrivée en salle fin 2019 de l'excellent Knives Out de Rian Johnson (auteur entre autres de l'excellent film de science-fiction Looper en 2012). Sorti chez nous le 27 novembre de cette année là, le film est non seulement un superbe hommage au genre Whodunit mais également l'un des meilleurs représentants de sa catégorie. Hercule Poirot et Miss Marple sont ici remplacés par Benoît Blanc, un détective privé engagé on ne sait par qui afin d'enquêter sur le suicide supposé d'un richissime romancier qui se serait lui-même tranché la gorge. Le film réunit une très intéressante brochette d'interprètes parmi lesquels Daniel Craig qui interprète le détective, Christopher Plummer dans le rôle de la victime Harlan Thrombey, Jamie Lee Curtis dans celui de sa fille Linda Drysdale, Don Johnson dans celui de son époux, Michael Shannon dans la peau du frère Walter ou encore Ana de Armas qui incarne Marta Cabrera, l'infirmière de l'écrivain et principal personnage de l'intrigue. Tourné dans le Massachusetts et essentiellement dans une authentique demeure de style néo-gothique située près de Boston, les décors sont l’œuvre du chef-décorateur David Crank qui œuvra notamment sur les tournages de Hannibal de Ridley Scott en 2001 et de The Tree of Life de Terrence Malik dix ans plus tard. Le caractère faussement léger du détective Benoît Blanc fait évidemment directement référence à ceux d'Agatha Christie mais démontrera en toute fin de métrage sa propension à dénouer le nœud de l'affaire. Une conclusion absolument magistrale qui ne démérite en rien face aux classiques du genre. L'une des originalités du long-métrage demeure dans le fait qu'une partie de la vérité nous est révélée presque d'emblée. Mais c'est sans compter sur l'ingéniosité de l'écriture et de la mise en scène qui nous offrent au final une machination particulièrement diabolique. Volontairement surjoué par une partie du casting (Daniel Craig et Jamie Lee Curtis en font notamment des tonnes), Knives Out est une œuvre brillante, ponctuée d'innombrables dialogues écrits aux petits oignons, entre joutes verbales et guerres intestines au cœur d'une famille dont les rancœurs s'exaltent à mesure que les esprits s'échauffent et que soit révélée la vérité. Notons que la diffusion prochaine d'une séquelle est prévue cette année sur la plateforme Netflix, avec, toujours dans le rôle du détective Benoît Blanc l'acteur Daniel Craig et que Rian Johnson a déjà prévu un troisième volet pour l'année 2025...

 

mercredi 20 octobre 2021

Halloween Kills de David Gordon Green (2021) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Après un premier volet carrément revigorant et un troisième qui sortira probablement l'année prochaine avant que son auteur n’entame une nouvelle trilogie tournant autour du classique de William Friedkin L'exorciste, le second volet de la nouvelle trilogie Halloween réalisé par David Gordon Green est enfin disponible depuis peu. En fait, depuis le 20 octobre, soit aujourd'hui. Et vues les qualités du premier, l'attente aura été longue. Plus longue que celle dont les spectateurs devront apparemment faire preuve en attendant le troisième épisode prévu donc pour l'année prochaine sous le titre Halloween Ends. Mais d'ici là, évoquons Halloween Kills, celui-là même qui fut deux jours auparavant proposé en avant-première et qui désormais débarque dans nos salles de cinéma préférées. Toujours réalisé par le réalisateur américain, auteur entre autre de Stronger en 2017 avec dans le rôle principal Jake ''Donnie Darko'' Gyllenhaal, Halloween Kills situe son action juste après les événements du premier volet de la nouvelle trilogie. Laurie Strode (toujours incarnée par Jamie Lee Curtis) débarque en sang à l’hôpital après un générique en forme d'hommage à l’œuvre de John Carpenter. On y retrouve d'ailleurs son célèbre thème musical réinterprété. Persuadée que Michael Myers (James Jude Courtney) est en train de partir en fumée dans l'incendie d'une maison d'Haddonfield, celui-ci parvient une fois de plus à s'en tirer. Devenu plus immortel qu'un zombie puisque même une grave blessure à la tête ne semble pas être en mesure d'en finir une bonne fois pour toute, il va errer durant presque deux heures dans les rues de la ville, semant la mort autour de lui...


Et c'est en partie en cela que Halloween Kills déçoit. Non pas ses meurtres, nombreux et parfois généreux en terme d'hémoglobine accomplis par un James Jude Courtney qui tente de se rapprocher au mieux au Michael Myers original incarné par Nick Castle, mais le peu d'investissement de David Gordon Green et de ses scénaristes Danny McBride et Scott Teems qui se contentent de faire traverser de long en large les rues de la ville à un tueur qui imite à outrance les mimiques de celui qui déjà fit des ravages en 1978 crève l'écran. L'originalité, les trois hommes la cherchent ailleurs. Dans l'implication d'une ville toute entière qui ce soir décide qu'il est enfin temps d'en finir avec le plus terrifiant des boogeymen. Égorgements, décapitations, utilisation d'une scie circulaire ou plus simplement de couteaux ou de ses propres mains, Michael Myers fait rarement preuve d'imagination. Même lorsqu'il s'en prend à Cameron Elam (Dylan Arnold) qu'il tue un peu à la manière du meurtrier de Haute Tension d'Alexandra Aja mais sans jamais aller aussi loin dans le gore (la séquence de l'escalier). En convoquant toute une ville à s'armer et à traquer le célèbre tueur à l'effigie d'un William Shatner psychopathe et blafard, David Gordon Green sème quelque peu le trouble dans l'esprit du spectateur qui se perd parfois dans un récit brouillon qui veut absolument passer des uns aux autres des personnages et du passé au présent sans faire toutefois systématiquement preuve de cohésion...


Si David Gordon Green paraît se laisser influencer par la culture Woke, on le remerciera de nier cette évidence lors de deux doubles meurtres remettant les choses à plat façon doigt d'honneur à cette bien-pensance qui se généralise aujourd'hui à travers tous les types de médias et que certains tentent d'étendre au septième art. Mais heureusement persistent des réfractaires dont Michael Myers est peut-être l'étendard. À moins qu'il s'agisse de l'inverse puisqu'en tuant hétéros, gays, noirs et blancs sans distinction de couleur ou de préférences sexuelles, il met tout le monde sur un même plan. Et tant mieux d'ailleurs ! Halloween Kills ressemble à une mini guerre civile à l'échelle d'une communauté qui choisi de se faire justice elle-même en traquant un tueur qui ne s'avérera pas toujours être le bon. Où quand l’hôpital se transforme en une foire d'empoigne, chacun cherchant à mettre la main sur Michael avant ses congénères. Symbole de cette sauvagerie qui s'empare désormais des services d'urgence ? Question caractérisation, on est aux abonnés absents. Chacun y affirmant son besoin de vengeance dans un état de fureur parfois assourdissant (Laurie Strode, blessée, mais hurlant dans sa chambre d’hôpital). Alors, quand les morts commencent à se compter sur davantage que les doigts d'une seule main, le destin du spectateur ne repose plus que sur l'étalage de séquences moyennement gore. Si Halloween Ends promet la fin de la saga et donc logiquement la mort de Michael Myers, on se demande comment vont s'y prendre les scénaristes pour tuer celui qu'il ont transformé en un individu indestructible. Seul l'avenir nous le dira...

 

lundi 7 janvier 2019

Halloween de David Gordon Green (2018) - ★★★★★★★☆☆☆



N'ayant jamais été fan du premier Halloween pour lequel la plupart de ceux qui l'ont découvert à l'époque ou bien plus tard s'accordent à dire qu'il s'agit d'un classique du slasher et du film d'horreur tout court, j'ai bien failli passer à côté de ce qui désormais semble être la suite officielle du film sorti en 1978 sur les écrans. Intouchable, intemporel, culte. Mais combien pour dire que l'original est ennuyeux ? Dénué de scénario ? Et au final, tout sauf effrayant ? Pas grand monde, hein ? Parce qu'il faut être culotté pour oser s'attaquer à l'un des premiers films du genre, même s'il n'a pas été le tout premier à voir le jour. Même si l'immense cinéaste qui est derrière la chose se nomme John Carpenter. Et puis, Rob Zombie est tombé dans la marmite en 2007 et deux ans plus tard en signant un excellent remake (Halloween) et une séquelle profondément navrante. Mais c'est bien l’œuvre signée par le leader du groupe White Zombie et non pas celle de John Carpenter qui m'a donné envie de voir la suite désormais officielle du Halloween de 1978. Et pour le coup, la surprise fut plutôt bonne.

2018 signe le grand retour de Jamie Lee Curtis dans le rôle de Laurie Strode. Quarante ans après les événements de 1978, la star a bien vieilli. Le visage marqué par ce que son personnage a enduré quatre décennies plus tôt, Laurie est désormais prête à en finir avec celui qui la hante depuis toujours. Mère et grand-mère, alcoolique notoire, divorcée et vivant en un lieu isolé bâtit pour se préserver du retour éventuel de l'un des plus célèbres boogeymen de l'histoire du cinéma, Laurie est donc bien l'héroïne de cet ultime (?) épisode produit par Malek Akkad, Jason Blum et Bill Block ainsi que par John Carpenter et Jamie Lee Curtis eux-mêmes.

Tout commence pourtant assez mal. Deux journalistes enquêtant sur la personnalité de Michael Myers se voient offrir l'opportunité de le rencontrer. Mais alors, on croit rêver devant une séquence absurde, mélange de cirque Barnum et de la série de 1967, Le Prisonnier, de George Markstein et Patrick McGoohan. Une vision un peu décadente du milieu psychiatrique où les fous sont enchaînés à même le sol, dans une pièce ouverte sur le ciel, et dans une posture abracadabrantesque ! Une ouverture un peu foireuse du mythe que la suite parviendra à rattraper à travers ce qui demeure, reconnaissons-le, comme l'un des slashers les plus réjouissants de la décennie. Entre le charme des années soixante-dix et le caractère brutal des années 2000. Beaucoup plus convainquant que l'original, le Halloween signé par David Gordon Green ménage d’excellentes séquences de terreur, filmant de plain-pied le tueur masqué et ses victimes. Michael Myers au grand jour, puis dans l'angoissante obscurité d'une demeure dont l'éclairage est activé grâce à un détecteur de mouvements. 1...2...3... soleil ! Le jeu est macabre, mais les meurtres jouissifs. Bien moins crapoteux que chez certains de ses confrères, mais leur nombre suffit à contenter l'amateur d'horreur et d'épouvante.

Jamie Lee Curtis y est brillante, psychologiquement fragile, physiquement résistante, mais aussi émouvante (ses pleurs lors du dîner de retrouvailles au restaurant sont véritablement convaincants). Le cinéaste crée un réel climat d'angoisse. Les ombres et lumières sont utilisées à juste titre et il n'est pas rare d'y éprouver une certaine tension même lorsque les crimes tardent à être exécutés par un Michael Myers charismatique (bravo pour la patine du masque le rendant toujours plus vivant). Si David Gordon Green nous accorde tout d'abord la vision d'un Michael Myers sans son masque, on aurait sans doute aimé, tout comme ce psychopathe de docteur Ranbir Sartain, l'entendre enfin ouvrir la bouche pour s'adresser à son éternelle proie Laurie Strode. Maintenant que la boucle est bouclée, reste à espérer que cette cuvée 2018 sera la dernière. Autant rester sur cette excellente conclusion. A noter la présence au générique de Nick Castle qui fut rien moins que la silhouette de Michael Myers dans l’œuvre originale. J'en vois déjà certains verser une larme d'émotion...

lundi 12 novembre 2018

Halloween, la Nuit des Masques de John Carpenter (1978) - ★★★★★☆☆☆☆☆




J'avais jusqu'ici presque honte d'avouer que je n'avais jamais vu le classique de John Carpenter Halloween, erreur que j'ai réparé hier soir. Et à statut d’œuvre culte, il fallait bien que je propose à ma tendre moitié de me suivre dans cette aventure qui, j'en étais persuadé, allait être palpitante. Pourtant, au sortir de la projection, mon palpitant, justement, allait connaître une baisse de régime, un ralentissement pire qu'un embouteillage en période de vacances estivales. Si je ne me suis pas endormi, c'était tout comme. Et comme si j'avais honteusement ressenti le besoin de ne pas être isolé dans cette galère, j'ai jeté un œil à Anna pour voir si elle aussi s'était assoupie. Et effectivement, c'est en milieu de parcours que je l'ai surprise les yeux clos. Il faut dire que du haut de son statut, on pouvait s'attendre à ce que Halloween donne l'impression d'avoir carrément réinventé un genre à lui tout seul. Peut-être l'ai-je découvert bien trop tard. Peut-être l'aurai-je vu avec l’œil du fan absolu qui le vit pour la première fois quarante ans plus tôt. A vrai dire, je me suis surtout retrouvé dans la position du psychiatre Sam Loomis poirotant devant la baraque de Michael Myers.

J'ai bien compris qu'avec ce film, on touchait à quelque chose de justement... intouchable. Et pourtant, il fallait bien qu'un jour quelqu'un mette les mains dans le cambouis (à défaut d'hémoglobine, vous savez, cette matière gluante et cuivrée qui manque cruellement au long-métrage de John Carpenter) et faire comprendre aux nouvelles futures générations de fans de film d'épouvante et d'horreur qu'elles devront aller voir ailleurs si elles veulent réellement avoir peur ou se "salir les mains". Je m'étais dis que ça me changerait de la trop longue saga des Vendredi 13 et des dizaines d'ersatz insipides que ces deux franchises ont généré, mais rien à faire. L'ennui s'est très rapidement installé et ne m'a pas quitté avant le dernier quart-d'heure. Loin derrière le séminal Black Christmas de Bob Clark (daté de 1974), de The Burning de Tony Maylam ou de l'excellent The Prowler de Joseph Zito, Halloween n'est en fait qu'une pâle copie, peut-être en avance sur les autres, oui, mais une pâle copie du genre slasher.

Le principal soucis, outre le fait qu'il manque un minimum d'hémoglobine pour contenter les amateur de boucherie et de scènes flippantes pour ceux qui aiment frissonner, c'est l'absence de réel scénario. Pas un brin d'histoire, si ce ne sont les raisons pour lesquelles un gamin revient quinze ans plus tard après avoir été interné à la suite du meurtre de sa sœur. De plus, le film est farci d'invraisemblances. Même si l'on nous explique un peu grossièrement que le tueur a eu le temps d'apprendre à conduire des voitures pendant son internement, le voir s'échapper à bord d'un véhicule au début du film alors qu'il est resté demeuré enfermé dans un hôpital psychiatrique dès ses six ans, rend la chose peu banale. Beaucoup plus tard, lorsque Sam Loomis croise la route du shérif Leigh Brackett, le docteur précise confirme la présence du tueur masqué et son inquiétude, ce qui pourtant ne l'empêche d'arborer une certaine insouciance. Et je ne vous parle même pas du passage en voiture de l’héroïne et de l'une de ses amies durant lequel la nuit prend la relève de manière trop abrupte. Des détails ? Si vous voulez...

Alors que Halloween 3 m'avait fait une forte impression (dû à l'absence du tueur emblématique de la saga?), ce premier jet, qui n'a bien entendu aucun rapport m'a laissé de marbre. Pourtant, force est de constater qu'à plusieurs reprises, quelques menus détails m'ont empêché de définitivement décrocher. La discussion entre le shérif et le psychiatre dans la demeure délabrée de Michael Myers. La présence de Jamie Lee Curtis dans la peau de Laurie Strode. Ou bien encore certaines apparitions du tueur en arrière-plan. Une manière parfois stylisée de le voir surgir discrètement derrière une fenêtre ou à l'embrasure d'une porte. Ah ! Et puis bien entendu, l'entêtante partition musicale intégralement composée par John Carpenter lui-même. Quant au casting : irréprochable. Avec un Donald Pleasence toujours aussi « présent » et un Nick Castle sous le masque d'un tueur glaçant et dénué de la moindre émotion. A noter que le masque, acheté dans un magasin de farces et attrapes était censé représenter le visage de l'acteur William « Capitaine Kirk » Shatner !!!

Au final, Halloween fut une très grosse déception. Un tout petit slasher, ennuyeux, jamais effrayant, sans la moindre goutte de sang (à part une gorge très discrètement tranchée), nantie d'incohérences, dont le scénario fut aux abonnés absents mais dont la partition musicale résonne encore dans mon esprit. Un classique ? oui, sans doute, mais qui a très mal vieilli...

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