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samedi 5 novembre 2022

Halloween Ends de David Gordon Green (2022) - ★★★★★★★☆☆☆

 

 


 

Alors qu'il est en plein tournage d'une suite supposée directe de L'exorciste réalisée par William Friedkin en 1973, David Gordon Green signe en 2022 ce qui s'apparente à l'ultime retour de l'un des plus célèbres boggeymen du l'histoire du cinéma, Michael Myers. C'est en tout cas ainsi que l'envisage le réalisateur américain qui de toute manière vient de perdre les droits de la franchise au profit de Malek Akkad, fils du célèbre producteur syrien Moustapha Akkad qui produisit en autres longs-métrages les huit premiers films Halloween réalisés entre 1978 et 2002. Pour cette dernière aventure intitulée Halloween Ends, David Gordon Green reprend un principe qui aurait pu et même dû être envisagé à l'issue du quatrième volet puisque à la fin de celui-ci, le personnage de Jamie Lloyd qu'interprétait alors l'actrice Danielle Harris semblait devoir reprendre le flambeau après que Michael Myers soit tombé au fond d'un puits de mine. Si l'actrice réapparaissait bien dans son rôle dans le cinquième long-métrage, Michael Myers également... À l'issue de Halloween Kills sorti l'année passée, on pouvait se demander dans quelle direction allaient se diriger les événements dans l'ultime volet de la trilogie réalisée par David Gordon Green. Le réalisateur ne tarde pas à apporter une réponse franche puisque dès l'entame l'on fait la connaissance d'un nouveau personnage du nom de Corey Cunningham. Incarné par l'acteur canadien Rohan Campbell, celui-ci ouvre les hostilités en tuant accidentellement un gamin dont les parents lui avaient confié la charge durant quelques heures. Arrêté, puis emprisonné après avoir été condamné à passer quatre ans derrière les barreaux, Corey revient dans la ville de Haddonfield où furent perpétrés nombre de massacres de la part de Michael Myers. Un monstre qui depuis a cessé de nuire de manière directe mais qui a laissé un profond traumatisme parmi les habitants de la petite localité. Là, le jeune homme qui travaille dans une casse auprès de son père Ronald (l'acteur Rick Moose) rencontre des difficultés pour s'intégrer. D'autant plus qu'en ville, certains se souviennent de lui et du meurtre qu'il a involontairement commis quatre ans auparavant. Il y fait également la connaissance de Laurie Strode (éternelle héroïne de la franchise, toujours interprétée par l'actrice Jamie Lee Curtis) et de sa petite-fille Allyson (Andi Marichak) qui a survécu aux précédentes attaques de Michael Myers...


Théoriquement (tout cela dépend de ce qu'aura l'intention de faire des droits de la franchise Malek Akkad), Halloween Ends devrait donc être le dernier volet consacré au tueur masqué et armé d'un couteau de cuisine. Si la fin ne convainc pas la totalité du public, alors comment le prochain réalisateur devra-t-il s'y prendre pour qu'une fois pour toute la ville d'Haddonfield soit définitivement débarrassée de son sinistre boogeyman ? Pour ce troisième opus, David Gordon Green ne se contente pas de reprendre la recette ultra classique du tueur semant la mort sur son chemin. Et même si le bodycount est plutôt satisfaisant et les meurtres parfois très saignants, le réalisateur américain semble davantage s'intéresser aux traumatismes engendrés par la série de meurtres commis précédemment. Mort mais hantant la population, le fantôme de Michael Myers va prendre tout d'abord forme de manière tout à fait inattendue. Cette approche d'une localité dont les habitants ne se sont toujours pas remis des décès de leur proches et amis revêtant alors le visage apparemment innocent du jeune Corey Cunningham. Un gamin psychologiquement perturbé, marginalisé, entretenant une relation ambiguë avec l'une des survivantes du précédent opus, que le réalisateur va utiliser comme second couteau et comme miroir d'un tueur qui reviendra de toute façon, qu'on le veuille ou non. De cette manière de faire réapparaître le célèbre tueur portant un masque de William Shatner blafard et inexpressif l'on peut douter de la véracité. Comme si Halloween Ends explorait l'éventualité d'un retour à la vie du boogeyman par l'entremise d'une psyché profondément atteinte à l'image d'une ville marquée par l'horreur. Et plus intimement lié à ce jeune garçon, Corey, qui plus que le tueur innocent réapparaissant après quatre ans d'enfermement va se révéler être comme une catharsis des pulsions qui couvent à Haddonfield...


Corey peut être envisagé comme une vision moderne du Arnold Cunningham de Christine, le chef-d’œuvre inviolable signé par John Carpenter en 1983. Corey ne travaille-t-il pas dans une casse quand Arnold, lui, traînait et trouvait dans l'une d'elles les pièces lui permettant de réparer sa Plymouth Fury de 1957 ? Les deux garçons, marginaux l'un comme l'autre n'entretiennent-ils pas une relation nouvelle avec une jeune femme ? Ne portent-ils pas le même nom ? L'approche des deux réalisateurs de l'univers et de leur principal personnage n'est-elle pas commune, sombre et désespérée ? Encore que de comparer l'un et l'autre des longs-métrages peut apparaître abusif si l'on tient compte du fait que se cache dans cette comparaison, d'un côté un chef-d’œuvre et de l'autre, un film d'horreur honnêtement exécuté. Car Halloween Ends est sans doute le meilleur des trois volets signés de David Gordon Green. La rencontre entre Corey et Allyson est touchante et le climat particulièrement délétère. Comme une fin du monde (ou la fin D'UN monde) annoncée ! Le désespoir transpire à chaque coin de rue malgré le sourire de Jamie Lee Curtis/Laurie Strode. Le réalisateur contient ses seconds rôles dans une charge qui ne dépasse pas la simple parole et évite au dernier volet de la trilogie de se muer en un ersatz de The Purge de James DeMonaco. On regretterait presque que David Gordon Green en est terminé avec Michael Myers...

mercredi 20 octobre 2021

Halloween Kills de David Gordon Green (2021) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Après un premier volet carrément revigorant et un troisième qui sortira probablement l'année prochaine avant que son auteur n’entame une nouvelle trilogie tournant autour du classique de William Friedkin L'exorciste, le second volet de la nouvelle trilogie Halloween réalisé par David Gordon Green est enfin disponible depuis peu. En fait, depuis le 20 octobre, soit aujourd'hui. Et vues les qualités du premier, l'attente aura été longue. Plus longue que celle dont les spectateurs devront apparemment faire preuve en attendant le troisième épisode prévu donc pour l'année prochaine sous le titre Halloween Ends. Mais d'ici là, évoquons Halloween Kills, celui-là même qui fut deux jours auparavant proposé en avant-première et qui désormais débarque dans nos salles de cinéma préférées. Toujours réalisé par le réalisateur américain, auteur entre autre de Stronger en 2017 avec dans le rôle principal Jake ''Donnie Darko'' Gyllenhaal, Halloween Kills situe son action juste après les événements du premier volet de la nouvelle trilogie. Laurie Strode (toujours incarnée par Jamie Lee Curtis) débarque en sang à l’hôpital après un générique en forme d'hommage à l’œuvre de John Carpenter. On y retrouve d'ailleurs son célèbre thème musical réinterprété. Persuadée que Michael Myers (James Jude Courtney) est en train de partir en fumée dans l'incendie d'une maison d'Haddonfield, celui-ci parvient une fois de plus à s'en tirer. Devenu plus immortel qu'un zombie puisque même une grave blessure à la tête ne semble pas être en mesure d'en finir une bonne fois pour toute, il va errer durant presque deux heures dans les rues de la ville, semant la mort autour de lui...


Et c'est en partie en cela que Halloween Kills déçoit. Non pas ses meurtres, nombreux et parfois généreux en terme d'hémoglobine accomplis par un James Jude Courtney qui tente de se rapprocher au mieux au Michael Myers original incarné par Nick Castle, mais le peu d'investissement de David Gordon Green et de ses scénaristes Danny McBride et Scott Teems qui se contentent de faire traverser de long en large les rues de la ville à un tueur qui imite à outrance les mimiques de celui qui déjà fit des ravages en 1978 crève l'écran. L'originalité, les trois hommes la cherchent ailleurs. Dans l'implication d'une ville toute entière qui ce soir décide qu'il est enfin temps d'en finir avec le plus terrifiant des boogeymen. Égorgements, décapitations, utilisation d'une scie circulaire ou plus simplement de couteaux ou de ses propres mains, Michael Myers fait rarement preuve d'imagination. Même lorsqu'il s'en prend à Cameron Elam (Dylan Arnold) qu'il tue un peu à la manière du meurtrier de Haute Tension d'Alexandra Aja mais sans jamais aller aussi loin dans le gore (la séquence de l'escalier). En convoquant toute une ville à s'armer et à traquer le célèbre tueur à l'effigie d'un William Shatner psychopathe et blafard, David Gordon Green sème quelque peu le trouble dans l'esprit du spectateur qui se perd parfois dans un récit brouillon qui veut absolument passer des uns aux autres des personnages et du passé au présent sans faire toutefois systématiquement preuve de cohésion...


Si David Gordon Green paraît se laisser influencer par la culture Woke, on le remerciera de nier cette évidence lors de deux doubles meurtres remettant les choses à plat façon doigt d'honneur à cette bien-pensance qui se généralise aujourd'hui à travers tous les types de médias et que certains tentent d'étendre au septième art. Mais heureusement persistent des réfractaires dont Michael Myers est peut-être l'étendard. À moins qu'il s'agisse de l'inverse puisqu'en tuant hétéros, gays, noirs et blancs sans distinction de couleur ou de préférences sexuelles, il met tout le monde sur un même plan. Et tant mieux d'ailleurs ! Halloween Kills ressemble à une mini guerre civile à l'échelle d'une communauté qui choisi de se faire justice elle-même en traquant un tueur qui ne s'avérera pas toujours être le bon. Où quand l’hôpital se transforme en une foire d'empoigne, chacun cherchant à mettre la main sur Michael avant ses congénères. Symbole de cette sauvagerie qui s'empare désormais des services d'urgence ? Question caractérisation, on est aux abonnés absents. Chacun y affirmant son besoin de vengeance dans un état de fureur parfois assourdissant (Laurie Strode, blessée, mais hurlant dans sa chambre d’hôpital). Alors, quand les morts commencent à se compter sur davantage que les doigts d'une seule main, le destin du spectateur ne repose plus que sur l'étalage de séquences moyennement gore. Si Halloween Ends promet la fin de la saga et donc logiquement la mort de Michael Myers, on se demande comment vont s'y prendre les scénaristes pour tuer celui qu'il ont transformé en un individu indestructible. Seul l'avenir nous le dira...

 

jeudi 22 août 2019

Assimilate de John Murlowski (2019) - ★★★★★★★☆☆☆



Zach Henderson et Randy Foster sont deux amis d'enfance qui ont décidé de partager le quotidien de leur petite bourgade en créant une série de films qu'ils mettent en ligne. Armés de micro-caméras placées sur le col de leur chemise, ils vont très vite remarquer que certains de leurs voisins agissent de manière inhabituelle. En effet, ces derniers semblent perdre toute émotion au point que les deux garçons se demandent très rapidement s'ils n'ont pas été ''remplacés'' par de parfaites copies. Ce que semblent confirmer certains éléments. Bientôt rejoints par leur amie Kayla Shepard dont le père a adopté un comportement étrange et dont la mère n'a plus donné signe de vie depuis le matin même, Zach et Randy vont constater que leur petite localité est le théâtre d'une assimilation par d'étranges créatures venues d'ailleurs...

Des spores venus de l'espace volant au grès du vent. Les habitants d'une petite ville agissant de manière incohérente depuis qu'ils sont remplacés peu à peu par des répliques leur étant en tout point semblables. Trois héros cherchant à mettre à jour une invasion extraterrestres... Si Assimilate évoque indéniablement l'un des chefs-d’œuvre de la science-fiction des années cinquante L'Invasion des Profanateurs de Sépultures de Don Siegel ou l'un de ses trois remakes dont l'excellent Invasion of the Body Snatchers que réalisa le cinéaste Philip Kaufman en 1978, ça n'est sans doute pas le fruit du hasard. En effet, de nombreux détails rappellent ostensiblement ces classiques de la science-fiction paranoïaque sans jamais vraiment s'en cacher : les habitants transportant dans le cas présent des caisses renfermant des organismes étrangers figurants les cosses de L'Invasion des Profanateurs de Sépultures, le dernier long-métrage de John Murlowski poussant le mimétisme jusqu'à évoquer un mode de communication entre créatures similaire à ceux de Philip Kaufman.

Démarrant sous les pires augures en mode found footage prépubère, Assimilate prend fort heureusement une forme différente après vingt premières minutes indigestes. Bien qu'il n'atteigne jamais les qualités des classiques dont il s'inspire, John Murlowski parvient à ménager un réel suspens et surtout, un réel intérêt pour cette petite communauté aux prises avec un organisme hostile. Afin de se démarquer des autres, ce petit long-métrage constitué par une équipe jeune et dynamique compte sur la participation des acteurs Joel Courtney, Calum Worthy et Andi Matichak qui sont les héros de ce long-métrage de science-fiction qui apporte malgré quelques défauts (les effets-spéciaux ne sont pas toujours convaincants) son lot de surprises et qui n'a pas trop à rougir de la comparaison.

On appréciera l'atmosphère particulièrement paranoïaque de certaines séquences, une autorité peu encline à écouter les propos alarmistes de vidéastes amateurs, la scène située dans la salle de bain des parents de la jeune Kayla, l'invasion d'une demeure littéralement renversée par des ersatz en mode ''Night of the Living Dead'', ou encore la sinistre scène du bûcher. Évidemment, comparé aux films de Don Siegel et Philip Kaufman et dans une moindre mesure à ceux réalisés plus tard par Abel Ferrara (Body Snatchers, l'Invasion Continue, en 1993) et par Oliver Hirschbiegel (The Invasion, en 2007), Assimilate pourra paraître bien faible au regard de son approche télévisuelle. Il n'empêche que le film de John Murlowski est une honnête petite production et un hommage à quelques grands classiques de la science-fiction...

lundi 7 janvier 2019

Halloween de David Gordon Green (2018) - ★★★★★★★☆☆☆



N'ayant jamais été fan du premier Halloween pour lequel la plupart de ceux qui l'ont découvert à l'époque ou bien plus tard s'accordent à dire qu'il s'agit d'un classique du slasher et du film d'horreur tout court, j'ai bien failli passer à côté de ce qui désormais semble être la suite officielle du film sorti en 1978 sur les écrans. Intouchable, intemporel, culte. Mais combien pour dire que l'original est ennuyeux ? Dénué de scénario ? Et au final, tout sauf effrayant ? Pas grand monde, hein ? Parce qu'il faut être culotté pour oser s'attaquer à l'un des premiers films du genre, même s'il n'a pas été le tout premier à voir le jour. Même si l'immense cinéaste qui est derrière la chose se nomme John Carpenter. Et puis, Rob Zombie est tombé dans la marmite en 2007 et deux ans plus tard en signant un excellent remake (Halloween) et une séquelle profondément navrante. Mais c'est bien l’œuvre signée par le leader du groupe White Zombie et non pas celle de John Carpenter qui m'a donné envie de voir la suite désormais officielle du Halloween de 1978. Et pour le coup, la surprise fut plutôt bonne.

2018 signe le grand retour de Jamie Lee Curtis dans le rôle de Laurie Strode. Quarante ans après les événements de 1978, la star a bien vieilli. Le visage marqué par ce que son personnage a enduré quatre décennies plus tôt, Laurie est désormais prête à en finir avec celui qui la hante depuis toujours. Mère et grand-mère, alcoolique notoire, divorcée et vivant en un lieu isolé bâtit pour se préserver du retour éventuel de l'un des plus célèbres boogeymen de l'histoire du cinéma, Laurie est donc bien l'héroïne de cet ultime (?) épisode produit par Malek Akkad, Jason Blum et Bill Block ainsi que par John Carpenter et Jamie Lee Curtis eux-mêmes.

Tout commence pourtant assez mal. Deux journalistes enquêtant sur la personnalité de Michael Myers se voient offrir l'opportunité de le rencontrer. Mais alors, on croit rêver devant une séquence absurde, mélange de cirque Barnum et de la série de 1967, Le Prisonnier, de George Markstein et Patrick McGoohan. Une vision un peu décadente du milieu psychiatrique où les fous sont enchaînés à même le sol, dans une pièce ouverte sur le ciel, et dans une posture abracadabrantesque ! Une ouverture un peu foireuse du mythe que la suite parviendra à rattraper à travers ce qui demeure, reconnaissons-le, comme l'un des slashers les plus réjouissants de la décennie. Entre le charme des années soixante-dix et le caractère brutal des années 2000. Beaucoup plus convainquant que l'original, le Halloween signé par David Gordon Green ménage d’excellentes séquences de terreur, filmant de plain-pied le tueur masqué et ses victimes. Michael Myers au grand jour, puis dans l'angoissante obscurité d'une demeure dont l'éclairage est activé grâce à un détecteur de mouvements. 1...2...3... soleil ! Le jeu est macabre, mais les meurtres jouissifs. Bien moins crapoteux que chez certains de ses confrères, mais leur nombre suffit à contenter l'amateur d'horreur et d'épouvante.

Jamie Lee Curtis y est brillante, psychologiquement fragile, physiquement résistante, mais aussi émouvante (ses pleurs lors du dîner de retrouvailles au restaurant sont véritablement convaincants). Le cinéaste crée un réel climat d'angoisse. Les ombres et lumières sont utilisées à juste titre et il n'est pas rare d'y éprouver une certaine tension même lorsque les crimes tardent à être exécutés par un Michael Myers charismatique (bravo pour la patine du masque le rendant toujours plus vivant). Si David Gordon Green nous accorde tout d'abord la vision d'un Michael Myers sans son masque, on aurait sans doute aimé, tout comme ce psychopathe de docteur Ranbir Sartain, l'entendre enfin ouvrir la bouche pour s'adresser à son éternelle proie Laurie Strode. Maintenant que la boucle est bouclée, reste à espérer que cette cuvée 2018 sera la dernière. Autant rester sur cette excellente conclusion. A noter la présence au générique de Nick Castle qui fut rien moins que la silhouette de Michael Myers dans l’œuvre originale. J'en vois déjà certains verser une larme d'émotion...
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