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mardi 23 juin 2026

Le Fils de Saul (Saul Fia) de László Nemes (2015) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

On se souvient encore très bien de La zone d'intérêt (The Zone of Interest) de Jonathan Glazer, véritable électrochoc britannico-américano-polonais qui en 2023 marqua très fortement les esprits en décrivant le quotidien de l'officier allemand SS Rudolf Höss et de sa famille qui en 1943 vivaient dans la zone d'intérêt du Camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau. Un quotidien d'apparence très normal si ce n'est qu'il révélait en arrière-plan une réalité monstrueuse. L'extermination systématique et majoritaire des juifs d'Europe et d'autres détenus parmi lesquels des prisonniers de guerre soviétiques, des opposants politiques, des homosexuels et autres ''indésirables''... Le long-métrage était marqué par le bruit de fond permanent des fours crématoires ou par les hurlements des prisonniers menés à la mort. Des séquences ne fonctionnant pourtant qu'à travers l'usage de la suggestion. Plus frontal s'avère Le Fils de Saul (Saul Fia) du réalisateur hongrois originaire de Budapest László Nemes qui avec son premier long-métrage signe en 2015 une œuvre nettement moins équivoque en plongeant directement le héros du récit dans le camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz. Se déroulant sur une période de deux jours, le long-métrage nous conte donc la vie du prisonnier juif hongrois Saul Ausländer. ''Bénéficiant'' d'un statut de ''privilégié'' (d'où l'importance, ici, des guillemets) puisque évitant les chambres à gaz et donc la mort en ayant incorporé un Sonderkommando, une unité de travail majoritairement constituée de prisonniers juifs contraints de participer au mécanisme de Solution Finale visant à exterminer le peuple juif... Saul Ausländer qu'interprète l'acteur et poète hongrois Géza Röhrig se présente donc comme un homme robuste et en bonne santé qui fut sélectionné lors de son arrivée au camp d'Auschwitz. ''Chance'' que n'eurent pas des centaines de milliers d'hommes et de femmes qui furent gazés dès leur arrivée. Le fils de Saul démarre d'ailleurs au Krematorium. Cette zone à part du camp où les membres du Sonderkommando vivent à l'écart des autres prisonniers pour ne pas éveiller de soupçons quant aux ''activités'' qui s'y déroulent. Dès lors, László Nemes plonge le spectateur dans le quotidien épouvantable de ces hommes bénéficiant du privilège de pouvoir vivre encore un certain temps.Un sursis, certes, mais il faut voir dans quelles circonstances. Conditionnés par leur bourreaux, ils mènent eux-mêmes les prisonniers jusqu'aux vestiaires où ces derniers sont contraints de se déshabiller avant d'être retranchés dans les douches de sinistre réputation. Sans prendre de pincettes tout en laissant travailler l'imaginaire du spectateur, le cinéaste hongrois suggère l'horreur qui est en train de se dérouler derrière les lourdes portes en métal qui séparent les vestiaires où patientent les membres du Sonderkommando des douche à proprement parler où son envoyés par le toit des granulés de Zyklon B...


Au contact de l'air, ce puissant pesticide libère alors un gaz extrêmement toxique qui tue toutes celles et ceux qui entrent à son contact. Bien évidemment, László Nemes nous évite la vision de ces hommes et de ces femmes entièrement nus agonisant mais ces dizaines, ces centaines de hurlements qui en arrière-plan accompagnent l'image des membres du Sonderkommando qui attendent que tout soit fini est aussi difficile à supporter que le bruit obsédant accompagnant de la première minute à la dernière le récit de La zone d'intérêt huit ans plus tard. Filmant majoritairement son acteur principal de dos, le réalisateur resserre en permanence le cadre, enfermant le spectateur comme témoin direct des horreurs qui se déroulent dans ce camp de la mort. Mais le récit porte un espoir, si ténu soit-il : parmi les corps inertes des dernières victimes à avoir été gazées se trouve un jeune garçon que Saul croit être son fils. Encore en vie, le jeune enfant respire difficilement. Malheureusement, après qu'un officier nazi l'ait étouffé en constatant qu'il n'avait aucune chance de survivre, Saul n'a alors plus qu'une idée en tête : éviter au corps de son fils d'être envoyé à la crémation et lui offrir un enterrement digne. Et pour cela, l'homme va devoir trouver parmi les prisonniers, un rabbin afin d'effectuer un enterrement rituel... En réalité, une véritable course contre la montre, la caméra enfermant de plus en plus le personnage et par contraction les spectateurs dans un cadre visuel mortifère. Horreur absolue des conditions de vie des membres du Sonderkommando. Chargés d'envoyer les prisonniers à la mort, de les dépouiller de leurs biens, de déplacer ensuite leur cadavre jusqu'au crématorium, avec, toujours cette idée du jour qui viendra où ils seront remplacés et eux-mêmes exécutés. Véritable cauchemar parfois insoutenable, Le fils de Saul reste l'un des témoignages visuels parmi les plus saisissants et les plus inconfortables concernant le sort des prisonniers du camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz-Birkenau. Refusant ainsi au spectateur d'échapper à la vérité en lui exposant de manière frontale et plus ou moins directe les horreurs commises durant la Seconde Guerre Mondiale. Une question de survie pour son héros mais un véritable chemin de croix émotionnel pour le spectateur confronté enfin à la réalité. Un choc !


 

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