Pour son deuxième long-métrage, le réalisateur indien Aditya Suhas
Jambhale aborde pour la seconde fois les troubles qui agitent le
Cachemire depuis 1947. Tandis qu'un maharaja hindou choisit à
l'époque de rattacher le territoire à l’Inde alors que le
Pakistan et la Chine le revendiquent, une guerre indo-pakistanaise
éclate. Divisé entre les trois pays, le Cachemire est représenté
par différentes factions. D'un côté, l'armée indienne. Et de
l'autre, des groupes séparatistes qui réclament l'indépendance
ainsi que des groupes islamistes lourdement armés et soutenus par le
Pakistan. Dans les années 90, une insurrection armée prend le
pouvoir sur les autorités indiennes officielles tandis que de
nombreux Pandits kashmiris partent en exode face à la menace d'être
assassinés. En 2019, c'est carrément l'Autonomie
Spéciale du Jammu-et-Cachemire qui est
remise en question et qui jusque là reconnaissait le droit à cet
ancien État du nord de l'Inde d'avoir sa propre constitution, une
large autonomie financière, un drapeau régional et permettait
notamment à ses résidents permanents d'acheter et de posséder des
terres, de bénéficier d'aides spécifiques ou d'occuper des emplois
publics. Et même si certains aspects des troubles qui agitent le
Cachemire ne sont pas tous clairement définis à travers cet étrange
film hybride qu'est aujourd'hui Baramulla,
l’œuvre réalisée et scénarisée par Aditya Suhas Jambhale
(soutenu à l'écriture par Aditya Dhar) aborde le conflit sous
l'angle du combat mené par les autorités indiennes officielles à
travers notamment le personnage du DSP Ridwaan
Shafi Sayyed
(l'acteur Manav Kaul) nouvellement affecté à Baramulla, une petite
ville appartenant au district du même nom rattaché au territoire du
Jammu-et-Cachemire. Chargé d'enquêter sur de mystérieuses
disparitions d'enfants, il s'installe avec son épouse Gulnaar
(Bhasha Sumbli) et leurs deux enfants, Norrie (Arista Mehta) et Ayaan
(Singh Rohaan) dans une grande demeure qui va se révéler être
lourdement chargée par un passif dramatique qui sera au cœur de ce
récit qui mêle donc histoire politico-religieuse et fantastique.
L'occasion pour Aditya Suhas Jambhale de traiter de l'état du pays à
travers une enquête policière plus ou moins complexe du fait
qu'elle s'inscrive dans un méli-mélo de sous-intrigues qu'il va
falloir rapidement démêler pour que chaque segment s'éclaircisse...
Traités
indépendamment les uns des autres, les thèmes sont nets et précis.
L'on a d'un côté des disparitions d'enfants inexpliquées. Puis
intervient cette famille qui en s'installant dans sa nouvelle demeure
va être témoin d'événements étranges. Survient ensuite la
présence d'un groupe islamiste dirigé par un mystérieux individu
connu sous le nom de Bhaijaan (lequel demeurera d'ailleurs invisible
tout au long du récit) et visant à endoctriner les filles et les
fils de ceux qui vivent dans la région. En toute logique, la
première idée qui traverse l'esprit est que les principaux
responsables sont donc Bahijaan ainsi que Khalid (Ashwini Koul) et
Juneid Shaikh (Shahid Latief), ce dernier étant directement
implémenté dans la communauté de Baramulla. Les principaux
''employés'' d'un réseau terroriste visant à former de jeunes
recrues au djihadisme. Mais là où Baramulla
prend un tournant décisif, c'est lorsque intervient l'élément
surnaturel. Et bien que dans la majorité des cas la présences
d'esprits, de fantômes ou autres ectoplasmes est généralement liée
au principe d'antagonisme, il se pourrait que s'agissant des esprits
des Sapru, famille qui fut au cœur d'un drame terrible des années
en arrière, là même où vivent désormais les Sayyed, ces derniers
jouent un rôle fondamental dans la préservation des enfants que le
groupe islamiste tente de dérober à leurs parents... Sans être un
très grand film, Baramulla
n'en est pas moins intéressant. Mettant notamment en lumière les
conflits qui agitent le pays, le film aborde en outre le fantastique
sous un angle plutôt original. Alors que les débuts sont laborieux,
chargés de tant d'information que l'on prend le risque de s'y noyer,
l'intrigue se met peu à peu en place pour nous délivrer en fin de
récit le combat d'un pays pour sa préservation. L’avènement ici
d'un phénomène d'ordre surnaturel s'ancrant relativement bien au
réalisme que constitue ce témoignage plutôt touchant d'une famille
bouleversée par son propre contexte familial mais aussi par tout ce
qui va tourner autour de l'enquête. Disponible sur Netflix,
Baramulla est
donc plutôt une bonne surprise...
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