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samedi 30 mai 2026

Dark Places (Le manoir des fantasmes) de Don Sharp (1970) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Dark Places ou Le manoir des fantasmes conserve le charme des productions britanniques fantastiques des années soixante-dix. L'on y retrouve d'ailleurs l'un des acteurs emblématiques du cinéma d'horreur et d'épouvante en la personne de Christopher Lee qui y incarne le rôle du Docteur Ian Mandeville qui sous des apparences de respectabilité s'avère n'être que l'avare prétendant d'un magot planqué dans une demeure délabrée dont va prendre possession un certain Edward Foster. Héritier d'une maison de campagne auparavant détenue par Andrew Marr, ce dernier est devenu fou après avoir tué ses deux enfants ainsi que son épouse Victoria (l'actrice Jean Marsh). Notons que l'un des enfants d'Andrew Marr, Jessica, est interprété par Jennifer Thanisch qui fut surtout connue pour avoir incarné entre 1978 et 1979 le rôle d'Annie dans l'adaptation télévisuelle du roman pour enfants Le club des Cinq de la romancière britannique Enid Blyton. Quant à Jane Birkin, après avoir rencontré Serge Gainsbourg quelques années auparavant sur le tournage de Slogan de Pierre Grimblat ou après être apparue dans la palme d'or du festival de Cannes 1967 Blow-Up de Michelangelo Antonioni, voici qu'elle interprétait dans Dark Places le rôle de l'amante d'Andrew Marr. Féminicide, infanticide, dédoublement de personnalité, appât du gain, il y a de quoi passer un très agréable moment devant ce long-métrage atypique mettant en scène un héritier qui peu à peu va s'immerger dans le passé de l'ancien propriétaire de la demeure tout en perdant la tête au fil du récit. Car en plus d'incarner le rôle d'Edward Foster, l'acteur Robert Hardy va également assurer celui d'Andrew Marr. Seule différence physique entre les deux personnages, la moustache que porte le second...


L'un comme l'autre souffrant de troubles psychiatriques, Edward ne va pas tarder à entendre des voix dans la demeure qu'il vient d'acquérir. Il va notamment faire connaissance avec la séduisante Sarah qui n'est autre que la sœur du docteur Ian Mandeville. Ces deux là partagent le projet commun de mettre la main sur l'argent caché dans la demeure. C'est donc la raison pour laquelle la jeune femme joue de ses charmes auprès d'Edward afin de le séduire et de découvrir où se trouve l'argent. L'actrice Joan Collins (la série Dynastie) interprète le rôle de Sarah. Jeune et très belle femme qui sait comment s'y prendre avec les hommes. On apprendra de la bouche de son frère et du notaire Prescott (l'acteur britannico-tchèque Herbert Lom) qu'elle est une femme facile. Une aptitude à se laisser convaincre de finir dans le lit des hommes qui, au mieux, est ici une qualité puisque convenant parfaitement à l'ambitieux projet dans lequel son frère et elle se sont lancés. Si Dark Places demeure tout d'abord timide en terme d'effets, le long-métrage nous laisse ensuite supposer que l'on est face à une œuvre fantastique placée sous le signe des esprits. Pourtant, le seul véritable que l'on y croisera n'aura bien entendu rien à voir avec une éventuelle apparition fantomatique mais plutôt celle d'un trouble psychiatrique se déclarant au contact de cette demeure et notamment d'un tableau à l'effigie d'Andrew Marr. Peu anxiogène, constitué d'une somme importante de flash-back qui confondent et entremêlent parfois passé et présent (le montage accentuant l'aspect schizophrénique du scénario de Don Sharp et de James Hannah Jr.), le film est tout de même nourri de quelques séquences intéressantes lors desquelles on constate la perte quasi totale de repères de la part d'un Edward Foster dont même l'apparence physique change au rythme des visions sonores qui l'assaillent. Notons également qu'aucun personnage ne semble véritablement avoir grâce aux yeux du réalisateur et scénariste. Pas tous pourris mais tout de même porteurs de certains gênes particulièrement disgracieux. Entre les fous et les escrocs, c'est la foire d'empoigne. Sympathique...

 

samedi 28 mars 2026

Gremlins 2 : la Nouvelle Génération de Joe Dante (1990) - ★★★★★★☆☆☆☆



Après le succès rencontré par Gremlins lors de sa sortie en salle en 1984, on aurait pu croire que Joe Dante allait directement se pencher sur une séquelle mais il attendra finalement six ans pour réaliser Gremlins 2 : la Nouvelle Génération. Basé sur les créatures créées par le scénariste Chris Columbus, c'est dormais Charles S. Haas qui est en charge d'écrire le scénario de cette suite qui ne se situe désormais plus dans la ville imaginaire de Kingston Falls mais à New York, fief du promoteur immobilier Daniel Clamp au centre duquel trône un gigantesque building où travaillent désormais William Petltzer et sa petite amie Kate Beringer. Terminée la carrière de petits employés de banque. Désormais, Kate est guide dans la tour Clamp tandis que Billy est designer (dans le premier long-métrage était évoquée sa passion pour le dessin).Si les petites querelles de village sont derrière eux, le monde du travail dans lequel ils sont désormais plongés ne les a cependant pas libéré d'un certain poids. C'est la course à la réussite et en la matière, Joe Dante nous décrit un univers où la compassion et l'amitié sont très largement reléguées en arrière-plan.
A la suite du décès de Mr Wing incarné à l'écran par l'acteur Keye Luke, surtout célèbre pour avoir interprété Maître Po dans l'excellente série Kung Fu, c'est un employé de la société Clamp qui met la main sur le toujours très attachant mogwaï Gizmo et l'emporte avec lui jusqu'au laboratoire scientifique de l'immense tour afin de le confier aux « bons soins » du docteur Catheter, incarné par l'acteur britannique Christopher Lee. Du casting original, il ne reste plus grand monde. A part nos deux héros incarnés par Zach Galligan et Phoebe Cates, et le couple formé par Jackie Joseph et Dick Miller qui interprètent respectivement les rôles de Sheila et Murray Futterman venus rendre visite à Billy et Kate, Joe Dante a fait le ménage.

L'occasion pour le cinéaste d'intégrer au récit des personnages hauts en couleur et pas toujours très sympathiques. En premier lieu, un John Glover charismatique incarnant le promoteur immobilier Daniel Clamp mais qui à mesure que le récit avancera, se révélera finalement plus attachant qu'il n'y paraissait au premier abord. Mais les véritables héros de cette séquelle demeurent évidemment les gremlins qui une fois de plus vont faire des ravages mais à une échelle beaucoup plus importante que dans le premier volet. Une fois encore, deux des trois règles ne seront pas respectées et Gizmo, qui donnera naissance à de nombreux petits, ne pourra pas faire grand chose face à l'invasion de créatures qui déjà, sous leur forme initiale de Mogwaïs se révéleront particulièrement agités. Co-produit par Warner Bros et Amblin Entertainment, Gremlins 2 : la Nouvelle Génération est un échec cuisant puisqu'avec un budget initial de cinquante millions de dollars, il n'en rapporte sur le territoire américain qu'un peu plus de quarante et un. Et alors que le premier avait remporté cinq Saturn Awards, la séquelle est nominée six fois mais n'en remporte aucun.

Comme lors du premier Gremlin, la suite est l'occasion de nombreuses références cinématographiques parmi lesquelles Rambo 2 : la Mission, Le Fantôme de l'Opéra, Sos Fantômes ou encore L'Aventure Intérieure qui est lui-même un film réalisé par Joe Dante et produit par Amblin Entertainement. Surfant sur le succès du film sorti six ans auparavant, Joe Dante nous refait le coup de la scène située dans un cinéma. Toujours plus loin, toujours plus grand, toujours plus fou semble vouloir nous dire le cinéaste avec cette suite sur laquelle l'équipe responsable des effets-spéciaux et notamment de la conception des gremlins s'en est donnée à cœur joie. Des dizaines et des dizaines de petites créatures magnifiquement conçues, dépassant très largement celles du premier volet. Le récit file à toute allure à un tel point qu'il ne nous laisse pratiquement pas le temps de souffler. Gremlins 2 : la Nouvelle Génération est une immense farce, bariolée, féroce, mais qui d'un point de vue scénaristique manque d'une réelle profondeur. Ôtées toutes les séquence montrant les gremlins se défoulant sur les employés de la société Clamp et sur ses différentes structures, il ne reste en effet pas grand chose à tirer de cette suite visant davantage le jeune public contrairement à un premier épisode qui pouvait encore intéresser les parents. Pas mauvais en soit, Gremlins 2 : la Nouvelle Génération est cependant inférieur à son aîné. Un spectacle divertissant, sans plus...

samedi 1 mars 2025

La Maison qui Tue de Peter Duffell (1971) - ★★☆☆☆☆☆☆☆☆



La Maison qui tue de... Tin ! Tin ! Tin ! (onomatopée bien connue des amateurs de petits, moyens, et grands frissons)... l'auteur de Psychose. Comme ne l'indique pas directement cette courte affirmation présente sur l'affiche française de ce film (qui n'a rien de commun avec le visuel présenté ci-dessus) en réalité signé du cinéaste Peter Duffell, The House That Dripped Blood dans sa version originale n'a donc pas été réalisé par Robert Bloch, qui demeure bien, par contre, l'auteur du roman à l'origine du chef-d’œuvre du britannique Alfred Hitchcock. Comme quoi, un simple mot de deux lettres (ici, « de ») peut trahir la volonté de faire du fric sur le nom d'une célébrité. Mais n'enterrons pas tout de suite l’œuvre de Peter Duffell, surtout qu'au générique, outre des interprètes aux patronymes inhabituels (Denholm Elliot, Nyree Dawn Porter, ou encore Jon Pertwee), on retrouve deux immenses acteurs hélas, depuis disparus : les britanniques Christopher Lee et Peter Cushing. Pas le genre de petite monnaie dont on cherche à se débarrasser dans les magasins. Plutôt des pièces d'or dont il vaut mieux respecter la valeur.

Soit dit en passant, La Maison qui tue est quand même un gros navet. Stars de la Hammer ou pas, la Amicus récupère nos deux glorieux interprètes et leur file entre les mains la responsabilité d'incarner des personnages dans une séries de sketches pitoyables qu'ils partageront avec d'autres acteurs nettement moins prestigieux mais dont le faciès parlera sans doute à certains d'entre nous.

Le récit tourne autour d'un inspecteur mandaté par Scotland Yard afin d'enquêter sur la disparition d'un acteur. Les quatre sketches ont pour cadre une demeure qui, on l'apprendra bien plus tard, s'identifie à ses locataires. Pour une anthologie d'épouvante, on reste froid devant l'indigence de la mise en scène, servie par des décors terriblement laids et sommaires noyés dans des lumières crues qui donnent à l'ensemble l'allure d'un théâtre grand-guignol plutôt navrant. Il faut s'armer d'un courage sans borne pour supporter les cent minutes et quelques que dure La Maison qui tue. Un titre alléchant pour un long-métrage qui s'étire à l'infini. Avec un tel patronyme, certains durent fantasmer à l'idée d'observer un ouvrage abordant les mêmes terres angoissantes qu'un Burnt Offerings hautement anxiogène. Mais ici, point de maison dévorant l'âme de ses locataires. Juste des personnages vivant des situations vues mille fois auparavant mais, ici, avec nettement moins de classe et de moyens.

La Amicus propose à ce point une telle accumulation de poncifs éculés que l'on ne peut que raisonnablement penser que la concurrente de la prestigieuse Hammer l'a forcément fait exprès. Comme une version parodique de très mauvais goût et surtout, très ennuyeuse des films à sketches britanniques qui émaillaient la filmographie de la célèbre société de production britannique fondée par William Hinds et Enrique Carreras en 1934. Comment vous expliquer le peu d'intérêt qu'évoque La Maison qui tue sinon qu'il est comparable au vide qui sépare notre planète du prochain système solaire... Le néant absolu en terme de mise en scène pour un cinéaste qui signait en cette année 1971, son second long-métrage dix ans après le premier. Pauvre Christopher Lee, pauvre Peter Cushing... qu'allaient faire dans cette galère ces deux grands Messieurs de l'horreur britannique ? Et dire que sur Amazon le film est vendu à l'hypnotique prix de 20 euros, dans une édition (Bach Films) habituée à proposer d'immondes nanars, chacun pour une poignée de centimes seulement (on comprend la gêne des revendeurs qui n'oseraient tout de même pas revendre ces infamies plus chers que leur valeurs artistique)... Au mieux, la jaquette vous fera hurler de rire. Au pire, ben, si vous l'achetez, vous pourrez toujours caler le pied d'un meuble avec le boitier. Quant à la galette argentée, un bon conseil : Jouez au frisbee avec le cd de cette Maison qui PUE !...



lundi 15 janvier 2024

Dracula père et fils d'Édouard Molinaro (1976) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Après qu'il ait tourné récemment auprès de Peter Cushing dans le pathétique Tendre Dracula de Pierre Grunstein, l'acteur Bernard Menez retrouve cette fois-ci en cette année 1976 un autre grand interprète britannique spécialisé dans le cinéma d'épouvante. L'une des plus grandes stars de la société de production Hammer Films Christopher Lee accepte effectivement de rendosser une nouvelle fois le costume de celui qui le rendit célèbre de part le monde : Dracula. Il s'agira d'ailleurs pour lui de la dernière occasion de se fondre dans la peau du vampire des Carpates même si de son propre aveu, Christopher Lee ne cessera jamais d'affirmer qu'il ne s'agissait pas à cette dernière occasion d'interpréter l'une des plus fameuses créatures du bestiaire fantastique mais plutôt l'un de ses alter ego. Si l'on se réfère aux différents sites référençant la carrière de l'acteur britannique, il semblerait pourtant que Dracula est bien le nom tout à fait officiel du personnage qu'il interprétera donc à cette ultime occasion. Réalisé par Édouard Molinaro et conjointement écrit aux côtés de Jean-Marie Poiré et d'Alain Godard sur la base d'un roman de Patrick Cauvin d'abord édité sous le titre Paris Vampire en 1970, Dracula père et fils n'est pas le premier long-métrage du genre à mettre en scène un supposé fils du célèbre vampire puisque Robert Siodmak signa en 1943 un Son of Dracula explicite mais quelque peu trompeur tandis qu'entre 1972 et 1979 sera édité chez Marvel et en soixante-dix volumes le Comic Book Tomb of Dracula dans lequel apparaîtra le personnage de Janus, fils de Dracula et de Domini. Dans le cas de Dracula père et fils, pas de Janus ou de Domini mais un certain Ferdinand Poitevin, né de Hermine Poitevin (la réalisatrice et scénariste française Catherine Breillat) et donc de Dracula qui neuf mois après avoir mordu son épouse se voit donc offrir un fils. Les années passent et tandis que Hermine est morte depuis des années, partie en fumée à cause de son propre enfant, le régime communiste s'empare du château du comte Dracula, les forçant lui et Ferdinand à fuir pour rejoindre l'autre côté du Rideau de Fer. Séparés durant un temps, le premier part faire carrière comme vampire au cinéma tandis que Ferdinand va se réfugier en France, pris sous l'aile de Khaleb (Mustapha Dali) qu'il rencontre pour la première fois lors d'une ratonnade !


Comparé à Tendre Dracula, le long-métrage réalisé par Édouard Molinaro plane très au dessus de l'engeance signée par Pierre Grunstein deux ans auparavant. La partition musicale est l’œuvre du célèbre compositeur franco-roumain Vladimir Cosma dont on ne compte plus les excellentes bandes originales notamment signées à l'époque pour Gérard Oury ou Claude Zidi. Contrairement à ce que l'on aurait pu craindre, le duo formé par Christopher Lee et Bernard Menez fonctionne plutôt bien. L'un incarnant le ''Prince des ténèbres'' avec tout le charisme qu'on lui connaît tandis que le second apparaît sous les traits d'un vampire un peu gauche, timide, mais aussi délicieusement blafard que son père. L'une des bonnes idées du film est d'avoir choisi une temporalité très contemporaine puisqu'elle s'inscrit dans l'époque où fut réalisé le film. Durant une bonne partie du long-métrage, Édouard Molinaro semble s'intéresser davantage à l'acteur français qu'au britannique. Lequel disparaît durant un temps avant de réapparaître sous les traits d'un populaire interprète de films d'horreur auquel sera offert l'opportunité de tourner une publicité pour un dentifrice ! L'occasion de faire la connaissance de Nicole qui sous les traits de la charmante Marie-Hélène Breillat (sœur aînée de Catherine Breillat) séduira involontairement et le père,et le fils avant de tomber sous le ''charme'' de ce dernier. Le concept du sosie de l'épouse disparue sera d'ailleurs repris dans une autre parodie de Dracula signée par Jean-Pierre Desagnat en 1980, Les Charlots contre Dracula. Si l'on pouvait déplorer la présence de Bernard Menez au générique après le calamiteux Tendre Dracula, la présence à la mise en scène du réalisateur Édouard Molinaro change tout. Plutôt brillamment dirigé, l'acteur français s'en sort relativement bien face au monstre sacré du cinéma d'épouvante britannique que représente Christopher Lee. On s'en doute, Dracula père et fils n'est pas le meilleur film dans lequel celui-ci a pu accepter de porter de fausses dents mais le résultat est très honnête et permet de passer un agréable moment. Notons en outre parmi les seconds rôles, l'apparition de Gérard Jugnot dans le rôle du responsable de l'usine employant Ferdinand...

 

vendredi 17 juin 2022

The Mummy (La malédiction des pharaons) de Terence Fisher (1959) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Si morts-vivants, vampires, démons et loups-garous sont régulièrement mis en scène au cinéma, la momie, elle, n'a malheureusement pas autant les faveurs des cinéastes. Pourtant mise en scène dans un certain nombre de longs-métrage, elle ne sera en réalité l'héroïne que d'une quinzaine d'entre eux, majoritairement horrifiques, et parmi lesquels l'un des plus importants demeure The Mummy que tourna en 1932 le réalisateur allemand Karl Freund. La créature y était interprétée par l'immense Boris Karloff et fut la première incartade dans l'univers de cette créature du bestiaire fantastique de la part de la société de production et de distribution américaine Universal Pictures ! Celle-ci produisit cinq autres longs-métrages entre 1940 et 1955 dont trois furent interprétés par l'acteur Lon Chaney Jr., tandis que le dernier intitulé Abbott and Costello Meet the Mummy sera une comédie horrifique réalisée par Charles Lamont et interprétée par le célèbre duo de comiques les ''Deux Nigauds'' composé de Bud Abbott et Lou Costello. Quatre ans plus tard, ce sera au tour de la société britannique Hammer Film Productions de s'approprier le mythe avec une série de quatre longs-métrages qui mettra douze années pour se clore avec Blood from the Mummy's Tomb de Seth Holt. À noter que ce dernier sera l'adaptation du roman de Bram Stocker (Dracula), The Jewel of Seven Stars datant de l'année 1903. Mais le premier des quatre films consacrés à la momie auxquel la Hammer accorda son intérêt fut réalisé en 1959 par Terence Fisher et n'est autre qu'un remake de l'original datant de 1932. Le réalisateur prend alors un très gros risque sachant que The Mummy est un classique du fantastique américain. Ce qui ne semble guère le gêner puisque le britannique ira jusqu'à reprendre le titre tel quel alors que dans notre pays, si l'original fut simplement traduit sous le titre de La momie, son remake vit le jour chez nous sous celui de La malédiction des pharaons. Pas d'amalgames possibles, donc...


Dans cette nouvelle version, pas de Boris Karloff mais un Christopher Lee, forcément méconnaissable dans la peau de la créature mais également dans celle de Kharis, condamné à être momifié pour l'éternité après avoir tenté de ressusciter la femme qu'il aimait, la princesse Ananka (l'actrice Yvonne Furneaux, qui incarne également l'épouse du héros John Banning, Isobel). Kharis, qui n'est pas une personnalité historique de l’Égypte antique mais un personnage de fiction non pas créé à l'occasion du film mais à celle de The Mummy's Hand, le second long-métrage de la période Universal Pictures, lequel réapparaîtra d'ailleurs dans les films à venir, The Mummy version Hammer le voyant intervenir pour la dernière fois. Aux côtés de Christopher Lee, nous retrouvons l'irremplaçable Peter Cushing, fidèle collaborateur du cinéaste britannique qui incarne ici l'archéologue John Banning, mais également Eddie Byrne dans le rôle de l'inspecteur Mulrooney ou Felix Aylmer dans celui du père de l'archéologue, Stephen. Le récit situe son action à la fin du dix-neuvième siècle en Égypte. Là-bas, John Banning, son père et son oncle Joseph Whemple (Raymond Huntley) mettent à jour le tombeau de la princesse Ananka, une prêtresse du temple de Karnak morte depuis quatre millénaires. Malheureusement pour les trois hommes, un individu malveillant (l'acteur George Pastell) va jeter sur eux une malédiction en réveillant la momie Kharis, laquelle aura désormais pour but de tuer ceux qui dérangèrent la Princesse dans son sommeil éternel...


Il y a les pros et les anti. Ceux qui préfèrent l'original (dont votre serviteur fait partie) et ceux qui préfèrent la mise en scène de Terence Fisher à celle de Karl Freund. En réalité, les deux œuvres n'ont rien de vraiment comparables et il faut surtout les traiter avec tout le respect qui leur est dû et prendre compte des époques durant lesquelles l'un et l'autre des deux films furent tournés. Si Chirstopher Lee, affublé de ses bandelettes dont le principal atout visuel est qu'elles sont imprégnées de boue, fut un immense interprète de l'âge d'or du cinéma d'épouvante et de la Hammer en particulier, il semble moins convainquant dans la peau de cette créature (il est d'ailleurs impossible de l’identifier autrement que par son regard) en raison d'une démarche un peu... ridicule... mais fort heureusement rattrapée par quelques irruptions à travers quelques fenêtres plutôt convaincantes. La malédiction des pharaons a le culot d'avoir moins bien vieilli que l'original alors qu'il lui est postérieur de plus d'un quart de siècle ! Le plus significatif demeure ces longues, trop longues séquences situées en Égypte à l'époque où Karhis régnait. Décors qui sonnent faux et ne rendent pas le même faste absolument remarquable que le sublime Cleopatre de Joseph L. Mankiewicz et ses quarante-quatre millions de dollars de budget. En même temps, avec ses cent vingt-cinq mille livres sterling de budget (qui à l'époque équivalaient à environ cent-cinquante mille dollars), le film de Terence Fisher avait peu de chance de nous offrir autre chose que les affreux décors de carton-pâte égyptiens. Une somme cependant plus importante que celle allouée à The Curse of Frankenstein en 1957 (65 000 livres sterling) ou à Horror Of Dracula en 1958 (81 000), deux films réalisés quelques années en arrière par Terence Fisher lui-même. Preuve que la Hammer comptait bien sur ce nouveau personnage du bestiaire fantastique désormais intégré parmi nombre d'autres d'entre elles dans le paysage cinématographique horrifique britannique. Malgré la présence d'illustres interprètes, d'un réalisateur réputé, d'une Yvonne Furnaux au regard envoûtant (sœur de Catherine Deneuve dans l'angoissant Repulsion de Roman Polansi en 1965), du compositeur et pianiste britannique Franz Reizenstein ou des fidèles Bernard Robinson aux décors et Jack Asher à la photographie, The Mummy version 1959 est malheureusement une déception...

 

mardi 14 juin 2022

To the Devil a Daughter de Peter Sykes (1976) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Trois ans après que l'acteur Christopher Lee ait incarné le grand ordonnateur du culte païen du chef-d’œuvre de Robin Hardy The Wicker Man, le britannique accepta d’interpréter le rôle du Père Michael Rayner, un suppôt de Satan qui prévoit d'offrir à son idole la jeune Catherine, fille d'un certain Henry Beddows qui par peur qu'elle lui soit enlevée la confie à son ami John Verney. Ostracisé par l'église, le père Michael Rayner n'en est pas moins suivi par de fidèles adorateurs du culte des Enfants du Seigneur qui pour lui vont tout entreprendre afin de mettre la main sur la jeune fille pour laquelle ils ont un projet insensé en commun : en faire le réceptacle du démon Astaroth, grand-duc et trésorier de l'Enfer... Christopher Lee ayant rencontré des difficultés avec la production à l'issue du tournage de The Wicker Man, on pouvait supposer que le plus célèbre des Dracula avait pris toutes ses précautions pour celui de To the Devil a Daughter de Peter Sykes. Mais quelle ne fut pas la désillusion de l'acteur et de son ami romancier Dennis Wheatley dont le roman éponyme servi de terreau d'origine au long-métrage que de découvrir que le scénario de Christopher Wicking allait prendre de grandes libertés avec l'histoire originale ! Il s'agissait là encore d'une trahison de la part de la production, la Hammer Film (dont il s'agirait de l'avant dernière production) faisant preuve d'une indifférence aussi notable que la British Lion Film Corporation sur le tournage de The Wicker Man. Nous retrouvons donc Christopher Lee dans un rôle sensiblement différent puisqu'il incarne désormais un homme répudié par l’église, adorateur du Diable soutenu par un petit ''comité'' de fidèles adorateurs. To the Devil a Daughter réuni un joli casting parmi lequel nous retrouvons notamment l'acteur américain Richard Widmark, lequel regrettera finalement d'avoir participé au tournage. Il incarne John Verney, le protecteur de Catherine qu'interprète quant à elle la toute jeune actrice allemande Nastassia kinski qui n'est autre que la fille de l'acteur fétiche du cinéaste Werner Herzog, Klaus Kinski...


Quant au père de la jeune fille, il est incarné par l'acteur Denholm Elliott et le personnage d'Anna Fountain par l'actrice Honor Blackman. C'est le second rôle au cinéma de Nastassia Kinski qui physiquement figurerait presque comme l'ancêtre de la regrettée Zoë Lund dans le film culte L'ange de la vengeance que réalisera Abel Ferrara cinq ans plus tard. D'un magnétisme qui ne cessera de se confirmer durant tout le récit (et même durant la carrière de celle qui interpréta l'envoûtante Irena Gallier dans Cat People de Paul Schrader en 1982), la jeune actrice n'a que quatorze ans lorsqu'elle interprète le rôle de Catherine pour lequel elle acceptera de se dénuder, regrettant plus tard ce choix. Un qui par contre n'aura pas à en faire autant est Christopher Lee lors de la séquence de sabbat puisqu'une doublure prendra sa place au moment de se dévêtir. Il est compliqué d'aborder To the Devil a Daughter sans parler des problème que revêtent le scénario et la mise en scène. Malgré le potentiel du récit, on ne retrouve notamment pas cette angoisse permanente qui parasitait pour le grand bonheur des amateurs de frissons, le chef-d’œuvre de Roman Polanski, Rosemary's Baby. En effet, le film de Peter Sykes (co-réalisé par Don Sharp), auteur quatre ans auparavant de Demons of the Mind dans lequel un père séquestrait ses deux enfants avec lesquels il allait entreprendre des actes incestueux et de possession satanique, souffre d'une trop grande légèreté. L'on a le sentiment qu'une fois le script en main, les interprètes ont souffert d'un manque de direction. Il ne se passe effectivement pas grand chose durant la quasi totalité du récit. Nastassia Kinski a beau dégager un charme fou et Christopher Lee être toujours doté d'un charisme inquiétant, l'intrigue ne décolle jamais vraiment. C'est d'autant plus dommage que la jeune actrice allemande y est par contre relativement convaincante, surtout lorsqu'elle est en proie au maléfice jeté par le personnage qu'interprète Christopher Lee. Même l'outrance de la séquence d'orgie semble inefficace est n'être présente que pour augmenter le potentiel d'une œuvre qui malheureusement est loin d'atteindre ses objectifs. On appréciera cependant les plongées/contre-plongée et les déformations de l'image dues à l'emploi de courtes focales. Un procédé couramment utilisé à l'époque qui malgré son archaïsme continue de faire son petit effet...

 

vendredi 6 août 2021

Destruction planète Terre de John Hayes (1977) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆

 

Une affiche pompée sur l'album Oxygène de de J-M Jarre




 

Décidément, c'est pas ma veine. En voulant me laver l'esprit des quelques purges qui l'on pollué ces derniers jours, je m'étais dit qu'un petit film de science-fiction mâtiné de catastrophe aurait pu arranger les choses et mettre un peu d'ordre dans ma tête. Mais je n'avais pas prévu qu'en matière de catastrophe, il fallait dans le cas présent comprendre catastrophique. Parce que c'est bien ce qu'est Destruction planète Terre de John Hayes, l'auteur entre autre du sympathique mais néanmoins très curieux Dream no Evil en 1970 ou de l'indéfendable The Garden of the Dead deux ans plus tard. Sorti sous le titre original de End of the World en 1979, Destruction planète Terre est si mauvais que durant un moment, j'ai bien cru qu'il s'agissait d'une production Eurociné avant de constater après moult recherches qu'il n'en était rien. Difficile d'évoquer l’œuvre de John Hayes sans avoir l'irrépressible envie d'en dire du mal. Et ce, même si le sujet au départ a de quoi intéresser les amateurs de science-fiction en général et d'invasion extraterrestre en particulier. Car il s'agit bien de cela dans Destruction planète Terre, comme l’évoqueront quelques courtes séquences à effets-spéciaux en fin de long-métrage. Des visuels aussi pauvres que ceux qui évoquent les origines extraterrestres d'un père et de six bonnes sœurs dont les corps sont investis par des entités particulièrement hostiles venues d'une autre planète.Quand on pense que le premier volet de la franchise Star Wars a vu le jour la même année, on se demande comment un réalisateur a pu pondre une telle engeance d'un point de vue mise en scène et des effets-spéciaux. C'est laid à rendre dépressif n'importe quel exalté. Laid, mais aussi sombre. Comme un examen coloscopique pratiqué sans lumière, à tâtons et dans l'obscurité la plus totale...


C'est dire si l'on n'y voit pas grand chose. Tout ce que l'on peut déjà dire sur l'histoire, c'est qu'elle met en scène un professeur de recherches (Kirk Scott dans le rôle d'Andrew Boran ainsi que son épouse Sylvia qu'interprète l'actrice Sue Lyon) auquel est confiée une tournée de conférences dans le pays par le Gouvernement et qui après avoir été le témoin d'étranges signaux décide en chemin de mener sa propre enquête. Il atterri alors dans ce qui s'apparente à un monastère où vivent un prêtre et si nonnes mais qui cache en réalité des extraterrestres belliqueux... Rien que pour l'idée de ces femmes vouant leur existence à Dieu faire office de ''seconde peau'' à des créatures venues de l'espace, Destruction planète Terre mérite d'être jugé non pas comme un navet mais plutôt comme un nanar. Non seulement le film est laid et la moitié des scènes visuellement insoutenables (dans le sens où l'obscurité est telle que l'on peut éventuellement finir par éprouver des maux de tête), mais le récit est d'un insondable ennui. Techniquement, le film est à la ramasse. Très nettement plus kitsch qu'un épisode de la série (pourtant géniale) Cosmos 199, la présence du célèbre acteur britannique Christopher Lee n'inverse malheureusement pas la vapeur. Jamais nous n'éprouvons le moindre sentiment de satisfaction devant cette œuvre atrocement laide et tout sauf distrayante. Pour être tout à fait honnête, dire que Destruction planète Terre mérite sa place dans ce grand fourre-tout qu'est le genre Nanar est faux car le plaisir y est totalement absent. Autant dire que passer à côté, c'est s'épargner la perte d'un temps très précieux...

vendredi 30 juillet 2021

The Curse of Frankenstein de terence Fisher (1957) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Allez, on quitte l'univers de la science-fiction (quoique...) mais l'on reste dans celui de Terence Fisher et dans celui de l'épouvante et de l'horreur. Ces films qui font claquer des dents, provoquent des insomnies ou de terribles cauchemars. Qui vous glacent les sangs et accélèrent votre rythme cardiaque... du moins, en théorie. Parce que dans la pratique, ça arrive quand même assez rarement. Terence Fisher toujours, donc. Finis les extraterrestres ridicules... !!! Ah mince ! Je viens tout juste de percuter que j'ai déjà quitté l'univers des étoiles récemment avec l'excellent The Two Faces of Dr. Jekyll de 1959. Bon, c'est pas grave. On va faire avec et ne surtout pas reculer parce que là, on aborde pas n'importe quelle créature du bestiaire fantastique mais l'une des deux ou trois parmi les plus emblématiques. Car aux côtés du mythe de Dracula, celui du docteur Frankenstein et du roman de Mary Shelley Frankenstein ou le Prométhée moderne qui parut pour la première fois au tout début de l'année 1818 fait partie des poids lourds qui ont été et continuent d'être adaptés au cinéma et à la télévision. Le réalisateur britannique Terence Fisher s'est coltiné à lui tout seul la réalisation de cinq longs-métrages mettant en scène ''Dieu'' et sa créature/puzzle. Le premier d'entre eux s'intitule The Curse of Frankenstein, fort curieusement transformé en Frankenstein s'est échappé dans notre pays, comme si nous avions loupé avant lui, un épisode fantôme des aventures du Baron Victor Frankenstein dont le projet, aussi fascinant que morbide, est de créer l'homme parfait à partir de différentes parties de corps humains appartenant à différents individus. Le corps d'un bandit découvert pendu à une potence, les mains d'un sculpteur ainsi que le cerveau d'une sommité intellectuelle...


Et parce qu'il faut obligatoirement passer par l’œuvre originale si l'on veut aborder avec un tant soit peu de crédibilité l'univers de Mary Shelley, les débuts de ce qui deviendra au fil du temps une pentalogie démarre de manière relativement classique. Le fan du roman en particulier et l'amateur de cinéma d'horreur et d'épouvante en général sont donc en terrain conquis. Avant toute chose, une bonne nouvelle. Peter Cushing, l'un des interprètes fétiches du réalisateur sera au rendez-vous sur les cinq longs-métrages. Mauvaise nouvelle en revanche : Christopher Lee n'apparaîtra que dans ce premier film, enchaînant dès l'année suivante sur le tournage de Horror of Dracula dans lequel il incarnera pour la première mais pas la dernière fois le personnage aux dents longues et pointues qui le rendra mondialement célèbre. Dans le cas présent, la créature ne s'offre qu'une partie congrue puisque The Curse of Frankenstein est surtout centré sur l'interprétation de Peter Cushing. Démarrant par la rencontre entre un prêtre et le Baron Frankenstein enfermé dans une cellule, le film est un long flash-back revenant sur les événements qui ont mené à l'arrestation de Victor Frankenstein. Pour la toute première fois, le mythe apparaît sur grand écran en couleurs. Ce qui n'en fait malheureusement pas un sommet du genre puisque le réalisateur James Whale mis la barre très haute vingt-six ans auparavant avec son chef-d’œuvre sobrement intitulé Frankenstein...


The Curse of Frankenstein décrit la folie d'un homme qui rêvait de devenir Dieu à la place de Dieu et qui accouche en fin de compte d'une créature monstrueuse parfaitement ingérable et meurtrière. Loin d'atteindre l'acteur Boris Karloff dans son interprétation de la créature, Christopher Lee fait ce qu'il peut avec les moyens du bord et un maquillage nettement moins marquant. Heureusement, le film est porté par l'interprétation de Peter Cushing qui déploie des trésors d'imagination afin de rendre crédible cet homme aussi fou que génial qu'est le docteur Frankenstein. Décors baroques, laboratoire encombré de fioles et de substances chimiques, quelques fonds en matte painting, le spectateur n'échappera pas à la présence d'une touche féminine en la personne d'Elizabeth (l'actrice Hazel Court que l'on retrouvera à plusieurs reprises chez Terence Fisher mais également chez Roger Corman) et de la gouvernante Justine qu'interprète l'actrice Valerie Gaunt. Également aux côtés du scientifique, son assistant Paul Krempe qu'incarne Robert Urquhart et auquel le scénario offre un temps de présence ainsi qu'une importance plus grands que ceux de la créature elle-même. Le directeur de la photographie Jack Asher offre un visuel pour l'époque remarquable, d'autant plus que la Hammer Film Productions qui produit le long-métrage a choisi de confier à Terence Fisher le projet, lequel aura alors en charge la délicate mission de réaliser le tout premier long-métrage de la société entièrement en couleur. Aujourd'hui non dénué d'un certain charme désuet, The Curse of Frankenstein est dans les grandes lignes relativement classique et respectueux de l'ouvrage de Mary Shelley même si le scénario prend certaines libertés concernant des personnages et plusieurs situations issus du roman. Terence Fisher n'attendra pas bien longtemps avant de remettre le couvert puisque dès l'année suivante il réalisera le second volet de sa pentalogie, le bien nommé The Revenge of Frankenstein...

 

The Two Faces of Dr Jekyll de Terence Fisher (1959) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

En 1964, le réalisateur britannique Terence Fisher adapte à son tour le livre de Robert Louis Stevenson Strange Case of Dr Jekyll and Mr Hyde (L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde). L'un des plus célèbres et des plus fameux romans fantastiques qui depuis le début du siècle dernier fascine les réalisateurs du monde entier. Entre films d'épouvante et d'horreur, comédies ou parodies, ce double personnage a été trituré de toutes les manières possibles. Dans le cas de The Two Faces of Dr Jekyll, Terence Fisher inverse une constante qui voulait que jusqu'à maintenant, le séduisant docteur Jekyll se transforma en un hideux monsieur Hyde. Une chose ne change pas cependant. Le caractère nocif de ce dernier, un être abjecte qui bien que dans cette version il puisse arborer les traits d'un gentleman n'en est pas moins un individu extrêmement dangereux. Dans cette adaptation d'une rare noirceur, c'est l'acteur canadien Paul Massie qui incarne le double rôle du docteur Henry Jekyll et d'Edward Hyde, et dont la ressemblance avec un autre acteur de même origine est assez troublante (Michael Sarrazin que l'on a notamment pu découvrir dans l'excellent téléfilm fleuve Frankenstein: The True Story de Jack Smight en 1973). Rien à voir ici ou si peu entre les deux hommes donc, Paul Massie incarne un docteur Jekyll dont la profession aurait dû le rendre fascinant mais dont l'attitude envers son épouse et ses proches le rend plutôt inintéressant, fade et ennuyeux. Laid, également, puisque plutôt que d'arborer un visage sympathique ou gracieux, Paul Massie/ Henry Jekyll est affublé d'une fausse barbe et de faux sourcils qui lui offrent une apparence particulièrement hideuse (renforcée dans la version française par un doublage qui le rend antipathique!)...


En matière d'artifices, c'est tout ce à quoi le spectateur aura droit. Pas d'effets-spéciaux donc. Pas de transformation aussi saisissante qu'ait pu être celle de l'acteur américain Fredric March dans la version de 1931 signée du réalisateur américain d'origine arménienne Rouben Mamoulian. Une économie de moyens et de temps qui permettent au réalisateur et ses interprètes de se concentrer sur l'intrigue et notamment sur l'image renvoyée par le scénario de Wolf Mankowitz sur une ville de Londres particulièrement décadente. Car en effet, au delà du simple sujet de la double personnalité (l'une bonne, l'autre mauvaise) dont le docteur tente de prouver l'existence, Terence Fisher explore une capitale dont les rues sont investies par des mendiants et des voleurs et où les petites gens se retrouvent pour boire jusqu'à plus soif et danser dans une maison des plaisirs ou travaillent à la chaîne des femmes de petite vertu. Pas la moindre trace ici d'aristocratie. Ce quartier de Londres qui pourrait tout aussi bien figurer le tristement célèbre district de Withechapel où eurent lieu les crimes atroces perpétrés par le tueur connu sous le nom de Jack l'éventreur en 1988 laisse planer une ombre perpétuellement menaçante. Le réalisateur insiste tant bien que mal sur le pessimisme ambiant et l'affaissement généralisé de la moralité en faisant des quelques personnages qui auraient pu inverser la vapeur, des êtres que la morale réprouve...


Dans The Two Faces of Dr Jekyll, il est difficile de trouver un quelconque personnage attachant, qu'il soit secondaire ou non. De l'épouse même du docteur (Kitty Jekyll qu'interprète l'actrice britannique Dawn Addams, en passant par son amant Paul Allen qu'incarne un Christopher Lee qui dépense sans compter l'argent de son meilleur ami tout en le trahissant avec sa propre épouse, jusqu'aux prostituées, conducteurs d'attelage et client du Sphinx, cette maison des plaisirs où l'on découvrira le temps d'une scène le tout jeune Oliver Reed dans l'un de ses premiers rôles au cinéma). Terence Fisher en rajoute une dernière couche en évoquant indirectement l'addiction aux drogues puisque dans sa version, le docteur Jekyll ne boit pas le sérum qu'il a mis au point mais se l'injecte directement dans les veines avec toutes les conséquences que cela peut induire. The Two Faces of Dr Jekyll est une excellente adaptation du roman de Robert Louis Stevenson. Sans doute l'une des meilleurs, du moins, l'une des plus sombres et pessimistes. Paul Massie y impose son inquiétant charisme et surtout, un sinistre sourire qui exprime à lui seul toute l’ambiguïté du personnage de monsieur Hyde. Terence Fisher injecte en outre quelques séquences divertissantes qui permettent de faire baisser la température (ou de la faire monter, c'est selon), entre la danse lascive d'une charmeuse de serpent que s'arrachent les grands de ce monde (l'actrice Norma Maria dont les traits auront tout de même un peu de mal à coller avec l'image d’icône de sensualité que lui prête le récit) et le spectacle façon ''Crazy Girls'' du célèbre cabaret de Paris, le Crazy Horse...

 

mercredi 28 juillet 2021

La nuit de la grande chaleur de Terence Fisher (1967) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Petit cycle consacré au réalisateur britannique Terence Fisher versant dans le cas présent dans la science-fiction horrifique. On commence avec La nuit de la grande chaleur (Night of the Big Heat) dont le titre français n'a absolument rien à voir avec la nuit du même nom qui eu lieu il y a de cela dix ans en arrière à la Cinémathèque de Paris٭. Une nuit qui fut consacrée au cinéma pornographique lors de laquelle trois longs-métrages furent projetés. Non, ici on demeurera plus raisonnable avec un genre qui ne demande plus vraiment que l'on confirme avant d'entrer dans une salle de cinéma son âge à l'aide d'une pièce d'identité. En dehors du désagréable sentiment d'être atteint d'acouphène, La nuit de la grande chaleur n'apportera pas grand chose de positif à l'amateur de science-fiction et (ou) d'épouvante tant le long-métrage de Terence Fisher s'avère d'un ennui sidérant. En effet, il ne s'y passe pas grand chose. L'action, si tant est que l'on puisse appeler cela ainsi, se déroule dans la campagne écossaise et plus précisément sur l'île de Fara. C'est là que de curieux phénomènes se produisent. Des sons désagréables y résonnent à intervalles réguliers tandis qu'une chaleur étouffante s'impose alors que l'on y est en hiver. L'intrigue tourne autour d'un auberge où se retrouvent réunis le scientifique Godfrey Hanson (Christopher Lee), le docteur Vernon Stone (Peter Cushing), le couple formé par Frankie et Jeff Callum (respectivement interprétés par Sarah Lawson et Patrick Allen), ainsi que la maîtresse de ce dernier, Angela Roberts (Jane Merrow)...


La situation rend fou les hommes et provoque parfois des attitudes inattendues. Comme la tentative de viol d'Ezra Mason (l'acteur Kenneth Cope) sur la personne d'Angela. Mais bientôt Godfrey Hanson révèle la raison de sa présence à l'auberge : La chaleur écrasante ne semblerait pas être le fruit d'un phénomène naturel mais d'une espèce d'extraterrestres qui pour survivre sur notre planète auraient besoin de chaleur. Pas grand chose à retenir de cette Nuit de la grande chaleur si ce n'est le rôle de garce interprété par Jane Merrow qui donne lieu à une drôle de relation entre elle et son amant Jeff Callum. Du genre : ''suis-moi, je te fuis. Fuis-moi, je te suis''. Pas de quoi sauter au plafond à vrai dire et le viol semble être finalement la seule véritable scène un brin ''sexy'' du long-métrage. Basé sur le roman de l'écrivain John Lymington publié en 1959, La nuit de la grande chaleur est un sous-Envahisseurs qui aurait oublié de prendre partie pour une quelconque approche de cette paranoïa ambiante que l'on rencontra en outre et justement dans la célèbre série télévisée incarnée par Roy Thinnes entre 1967 et 1968 ou plus tard dans le chef-d’œuvre de Philip Kaufman, Invasion of the Body Snatchers en 1978...


Pas d'extraterrestres se camouflant sous l'apparence tout à fait anodine d'hommes et de femmes dont seul le petit doigt révèle leurs origines mais sous celle de créatures particulièrement laides (oui, dans le sens péjoratif du terme!) auquel le scénario offre une fin, sinon ridicule, du moins pas davantage que celle qu'offrait le roman de H.G.Wells dans lequel ses belliqueux envahisseurs mourraient tous au contact de microbes terrestres. Ici, la conclusion est certes moins ''fine'' mais peu tout de même s'envisager (les rires des spectateurs étant alors de mise). Pour du Terence Fisher, celui-là même qui tourna bon nombre de classiques de l'épouvante, La nuit de la grande chaleur est une véritable verrue dans sa filmographie. Chiant comme la mort, dénué d'effets-spéciaux crédibles (une fois conquis les aliens ressemblent à des vessies de porcs translucides, pouah!), il n'y a guère que l'interprétation et les environnements pour ne pas totalement gâcher la pellicule. Il n'empêche que La nuit de la grande chaleur est d'un inconfort total. Le genre de production que l'on quitte rapidement ou dont on attend courageusement le générique de fin en trépignant d'impatience... à noter que le public se rua ''en masse'' à hauteur d'un demi-million de spectateurs, rien qu'à Paris à l'époque de sa sortie au cinéma !!! Pour une raison simple : il sorti sur les écrans augmenté de séquences pornographiques.٭ Comme quoi, ce qui peut sembler n'avoir aucun rapport peut en avoir tout de même un peu...

 

lundi 12 juillet 2021

The City of the Dead de John Llewellyn Moxey (1960) - ★★★★★★☆☆☆☆

 



Remplacez l'employée d'une banque qui vient de dérober la modique somme de quarante-mille dollars par une jeune étudiante passionnée de sciences occultes. Un motel planté au bord d'une route par l'hôtel d'une petite communauté rurale plongée dans une brume permanente. Un complexe œdipien par une malédiction jetée sur tout un village par une sorcière voilà plus de trois-cent ans. Un meurtre par un sacrifice et l'enquête d'une sœur par celle d'un frère et vous obtenez une étrange alternative surnaturelle du chef-d’œuvre réalisé par le britannique Alfred Hitchcock la même année en 1960, (Psychose). C'en est même parfois troublant. À tel point que l'on se demande si certains des aspects du long-métrage n'ont pas fuité durant son tournage tant The City of the Dead de John Llewellyn Moxey paraît être construit de la même manière tout en abordant un sujet radicalement différent. Exit Norman Bates qui ici est remplacé par Elizabeth Selwyn, une sorcière qui en 1692 fut brûlée sur le bûcher pour sorcellerie mais qui eut le temps de jeter un sort sur tous les habitants de Whitewood. Là où va justement se rendre l'étudiante Nan Barlow (l'actrice Venetia Stevenson) qui pour son mémoire et sur les conseils du professeur Alan Driscoll (Christopher Lee) se rend dans cette étrange petite ville afin d'y faire des recherches sur les sciences occultes pour son mémoire. Très vite accueillie par des habitants au comportement fort étrange, la jeune femme s'installe à l'hôtel le soir de la chandeleur, date qui coïncide avec un événement auquel les habitants de Whitewood sont contraints de participer depuis qu'une sorcière les maudit plus de trois-cent ans auparavant...


Dans un noir et blanc brumeux, au cœur d'un village ancestral où de vieilles demeures centenaires tiennent encore sur leurs fondations, John Llewellyn Moxey réalise une œuvre relativement curieuse qui comme Psychose déploie son intrigue à travers différents étapes similaires au long-métrage d'Alfred Hitchcock. Un mimétisme qui se retrouve même jusque dans le plan final comme pourront le constater les spectateurs. Nous sommes pourtant bien loin des qualités de l’œuvre du célèbre réalisateur britannique. Sorti quelques mois seulement après Psychose, The City of the Dead (qu'il ne faut surtout pas confondre avec l’œuvre du réalisateur italien Lucio Fulci, Frayeurs, et dont le titre en anglais est City of the Living Dead) n'en est qu'une pâle figure sabbatique qui pourtant, mérite un certain intérêt de la part des amateurs d'horreur, d'épouvante, de fantastique en général et d’œuvres portées sur la sorcellerie en particulier. Entre un cimetière aux crucifix bancals duquel sort une brume permanente, la gérante d'un hôtel (l'actrice Patricia Jessel dans un double rôle) dont la ressemblance avec une sorcière brûlée voilà trois-cent ans n'est pas anodine, l'ombre d'habitants reflétée par les phares des voitures, un étrange auto-stoppeur qui disparaît aussi subitement qu'il est apparu, des cérémonies sacrificielles, un révérend aveugle (interprété par l'acteur Norman Macowan qui renvoie ici directement vers le gardien d'angoissant La sentinelle des maudits de Michael Winner, sorti sur les écrans en 1977) et quelques autres petits détails fort alléchants, The City of the Dead possède autant de qualités qu'il a de défauts. Visuellement, cela va du pire au meilleur, et l'on ne retiendra que les jeux de lumières et d'ombres parfois saisissants plutôt que l'indigence d'un noir et blanc dont les contrastes sont insuffisamment prononcés...


L'acteur britannique Christopher Lee incarne donc l'un de ses innombrables personnages au cinéma. Ici, un professeur d'histoire versé dans les sciences-occultes. Visage émacié, silhouette menaçante, le célèbre vampire du Cauchemar de Dracula n'est pas très loin mais l'acteur n'usera pas ici de ses prothèses pour saigner ses proies. Dans le cas présent, il est moins question de vierges victimes d'exsanguination que de jeunes proies livrées à des rite sacrificiels devant permettre à tout un village de survivre au delà de la mort. Pas de vampirisme, ou alors sous une forme inédite, mais plutôt un récit surnaturel tournant notamment autour de la vie éternelle. Visages hystériques et grimaçant filmés en gros plans et lumière rase afin d'accentuer les traits. Ambiance lugubre. Sourires inquiétants. Hurlements. Curées. John Llewellyn Moxey sait s'y prendre pour nous filer certains frissons comme il le prouve à certaines occasions tout comme d'autres séquences peuvent laisser dubitatif. Quelques passages font en effet regretter que la totalité de The City of the Dead ne parvienne pas à maintenir un niveau de qualité constant. Le film se verra donc comme une curiosité et pour ses quelques fulgurances visuelles plus que pour son récit écrit par George Baxt d'après un scénario de Milton Subotsky...

 

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