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lundi 13 juin 2022

The Horror of Frankenstein de Terence Fisher (1970) - ★★★★★★★☆☆☆



 

Peter Cushing ayant été l'une des grandes stars de la Hammer Film Production, on peut se demander pourquoi il ne fut pas contacté par les producteurs afin de participer à ce qui aurait alors été sa sixième incarnation du Docteur Victor Frankenstein sur grand écran avec The Horror of Frankenstein. Pourtant, la raison est simple : faire de son remplaçant temporaire Ralph Bates, l'une des nouvelles stars de la Hammer. N'ayant tourné jusque là que dans des séries télévisées, en 1970, le jeune acteur débute à la Hammer avec Une messe pour Dracula de Peter Sasdy et poursuivra sa courte carrière pour la célèbre firme la même année avec le film dont il est question dans cet article mais aussi plus tard avec Lust for a Vampire et Fear in the Night de Jimmy Sangster en 1971 et 1972, Dr. Jekyll & Sister Hyde de Roy Ward Baker en 1971 et Evil Baby de Peter Sasdy en 1975. Et puis, c'est tout. À côté de ces quelques incarnations, on verra Ralph Bates dans un certain nombre de séries télévisées comme les cultissimes Thriller (Angoisse) ou Tales of the Unexpected (Bizarre, bizarre). Mais franchement, hein ! Qui se souvient de lui ? Ou même simplement de son nom ? Son passage dans la mythologie de Frankenstein aura donc été de courte durée puisque pour le septième et ultime volet de la franchise britannique, nous aurons le plaisir de retrouver Peter Cushing. Mais d'ici là, évoquons plutôt ces Horreurs de Frankenstein qui ont également abandonné derrière elles le réalisateur Terence Fisher (qui cette fois-ci, n'a fort heureusement pas été victime d'un accident de voiture). On doit The Horror of Frankenstein au réalisateur Jimmy Sangster qui fera de Ralph Bates l'un des acteurs favoris de sa courte carrière de cinéaste puisque le bonhomme ne réalisera en tout et pour tout que quatre longs-métrages dont trois seront interprétés par celui dont la Hammer voulait faire, je le répète, l'une des nouvelles stars de la société...


C'est avec un certain intérêt mâtiné de circonspection que l'on se plongera dans ces nouvelles aventures du docteur Victor Frankenstein malheureusement libérée de ses deux légendes de la Hammer. Dur donc pour Jimmy Sangster et Ralph Bates de prendre la suite et de tenter de faire au moins aussi bien que Terence Fisher et Peter Cushing à défaut de pouvoir les faire oublier. Ce qui paraît en revanche très intéressant lorsque l'on examine le pedigree de Jimmy Sangster est de constater que le bonhomme a produit un nombre important de scripts parmi lesquels plusieurs des Frankenstein abordés dans les récents articles. Le scénariste et réalisateur n'est donc pas un inconnu et ayant écrit lui-même le scénario de The Horror of Frankenstein, c'est avec un certain optimisme que l'on se lancera dans sa projection... Le film débute sous le sceau du jeunisme et ne cessera de l'être d'ailleurs jusqu'à la fin. Vingt-sept années séparent Ralph Bates de Peter Cushing. Il était donc délicat de poursuivre les aventures du baron Frankenstein sans que l'illogisme ne vienne mettre son grain de sel dans le développement du personnage. C'est sans doute pourquoi, et peut-être même par la seule volonté des producteurs, que Jimmy Sangster fait le ménage et décide de tout reprendre à zéro. En effet, il y expose un Victor Frankenstein jeune, étudiant les sciences à l'université. Arrogant, narcissique et psychopathe (il ira jusqu'à provoquer la mort de son propre père qui contrecarrait ses projets scientifiques), on le découvre motivé très jeune par la recherche sur la vie et la mort. Au décès de son père, il quitte l'université et s'installe dans le luxueux manoir familial dans la cave duquel il va installer son laboratoire...


Mais Ralph Bates n'est pas seul au générique et se présentent notamment à ses côtés l'actrice Kate O'Mara dans le rôle de la domestique et maîtresse du jeune homme, Alys, Veronica Carlson dans celui d'Elzabeth Heiss, une ancienne camarade de classe de Frankenstein secrètement amoureuse de lui. quant à Stephen Turner il incarne Stephan, un ancien étudiant devenu cuisinier pour le compte du jeune baron. La liste se rallonge et l'on notera également la présence de Dennis Price dans le rôle du fossoyeur qui fournira à Victor Frankenstein la matière première à ses horribles expériences. Malgré l'absence des deux icônes du fantastiques que sont Peter Cushing et Terence Fisher, The Horror of Frankenstein s'avère être une excellente alternative. Alors que le cycle commençait à tourner en rond, reprendre les choses dès le début s'avère finalement payant et s'il ne parvient pas tout à fait à faire oublier la brillante incarnation du célèbre acteur britannique, Ralph Bates s'en sort parfaitement et interprète un baron immoral délicieusement détestable. La créature est plutôt réussies bien qu'un peu de fond de teint aurait sans doute permis de cacher la différence de coloration entre le latex appliqué sur le front et la peau du visage de l'acteur David Prowse (le futur de Dark Vador dans la trilogie originale Star Wars !) qui l'incarne. Un Frankenstein qui fait peau neuve, de jolies interprètes féminines dotées d'atouts physiques indéniables, des effets-spéciaux rares mais plutôt bien fichus pour l'époque et le charme typique des productions Hammer Film semblent n'avoir cependant pas convaincu le public qui ne s'est malheureusement pas déplacé en masse dans les salles à l'époque de sa sortie. Des qualités qui entrent sans doute moins en jeu qu'une certaine lassitude, à moins que l'absence de Cushing et Fisher ai rendus frileux les amateurs de fantastique, d'horreur et d'épouvante. Il faudra atteindre quatre ans avant que l'un et l'autre ne reprennent leur poste respectifs pour tourner ensemble ce qui allait demeurer le tout dernier long-métrage de la Hammer consacré au mythe de Frankenstein : Frankenstein and the Monster from Hell...

 

Frankenstein must be Destroyed de Terence Fisher (1969) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Frankenstein must be Destroyed... C'est le titre du cinquième long-métrage qu'a consacré la société de production britannique Hammer Films Productions au mythe de Frankenstein. Un film traduit en France sous le titre, Le retour de Frankenstein. Une traduction pas vraiment fidèle du titre original qui signifie quant à lui : ''Frankenstein doit mourir''. Quelque peu violent, non ? Et peut-être sans doute beaucoup moins vendeur que la promesse de retrouver la célèbre créature décharnée qui fut absente du précédent long-métrage réalisé en 1967 par Terence Fisher même si une fois de plus il est nécessaire de préciser que le nom de Frankenstein se rapporte non pas au monstre mais bien à son créateur. On ne change pas un concept qui fonctionne à plein régime et une fois encore, le docteur Victor Frankenstein est à nouveau contraint de fuir et se réfugie cette fois-ci dans une pension familiale tenue par Anna Splengler (l'actrice Veronica Carlson), laquelle est fiancée à Karl (Simon Ward) qui pour subvenir aux besoins médicaux de sa belle-mère vient de dérober des stupéfiants. Malheureusement pour lui et sa petite amie, le docteur Frankenstein s'est aperçu du larcin et décide de faire chanter le jeune homme afin qu'il accepte de l'aider à faire sortir le docteur Frederick Brandt de l’hôpital psychiatrique dans lequel il est retenu prisonnier. En effet, ce dernier étant devenu fou, il s'est retrouvé interné sans aucun espoir de guérir. Mais c'était sans compter sur Victor Frankenstein qui, ne sachant plus où donner de la tête (à moins que le problème ne vienne plus simplement des scénaristes Bert Batt et Anthony Nelson Key), et après être passé par différentes étapes entre reconstitutions de puzzles humains et transferts d'âmes d'un corps à un autre a cette fois-ci décidé de transplanter le cerveau de son ami et assistant dans le corps d'un autre homme...


Pris au piège par un Victor Frankenstein qui n'aura jamais paru aussi méprisable (et méprisant) que dans ce retour de Frankenstein, Karl va commettre l'irréparable en poignardant un garde de l’hôpital psychiatrique et collaborer avec le scientifique sur ses expériences de transplantation. Terence Fisher durcit le ton et la caractérisation. Si malgré ses agissements, le docteur Frankenstein était tout de même apparu jusqu'ici comme relativement ''sympathique'' (quoique particulièrement orgueilleux), dans ce cinquième long-métrage qu'incarne encore et toujours Peter Cushing, son personnage se montre particulièrement odieux. Des premiers signes de radicalisation transpirent à travers les menaces faites à l'encontre de ses hôtes mais deviennent pires encore lorsque celui-ci se met à commettre l'irréparable au moment de violer la pauvre et innocente Anna. Victor Frankenstein aurait-il une vie sexuelle ? Aurait-il dans son existence d'autres préoccupations que ses expériences ? Mais ne nous emballons pas. La séquence demeure ''anecdotique'' et ne se répétera plus. Non, l'essentiel est toujours bien présent et les actes de chirurgie (boucherie?) toujours au rendez-vous. On a droit à quelques têtes coupées et à une intervention qui s’achèvera par une trépanation peu sanglante mais néanmoins inconfortable (l'on devenir la longue tige de métal s'enfonçant dans le cerveau de ce pauvre Frederick Brandt. Un personnage interprété par l'acteur George Pravda qui jusque là n'était intervenu dans aucun des autres récits inspirés par l’œuvre de la romancière Mary Shelley...


La séquence d'ouverture s'avère quant à elle très étonnante et semble s'inspirer d'un autre mythe du cinéma d'épouvante ayant pourtant réellement existé : Jack l'éventreur. Ruelles insalubres, obscurité menaçantes, on se croirait à Withechappel à la fin du dix-neuvième siècle. Une entrée en matière qui s'explique peut-être par la sortie quelques années en arrière de Sherlock Holmes contre Jack l'Éventreur, l'une des itérations du fait-divers s'hybridant avec le personnage créé par l'écrivain britannique Arthur Conan Doyle un an environ avant que ne soient perpétrés cinq meurtres atroces sur de pauvres prostituée de l'un des plus infâmes districts de Londres. Les créatures de Frankenstein semblent désormais avoir abandonné toute idée de laideur (ici, l'acteur qui incarne la créature porte une cicatrice tout autour du crâne et rien d'autre), ce qui n'empêche pas le film de revenir quelque peu à l'esprit d'origine même si ici, les éclairs et les machines ''infernales'' semblent surtout avoir laissé la place aux instruments chirurgicaux. Le retour de Frankenstein est une bonne surprise, tournant autour d'un trio principal, entre drame, horreur, épouvante et fantastique. À noter que le prochain volet intitulé The Horror of Frankenstein ne sera pas réalisé par Terence Fisher mais par Jimmy Sangler. Le public n'aura d'ailleurs pas à patienter bien longtemps puisqu'il sortira un an seulement après Le retour de Frankenstein... Une autre différence d'ampleur par rapport aux autres volets de la franchise est à d'ailleurs à noter. Patience, patience, vous saurez laquelle dans le prochain article du cycle consacré aux Frankenstein de la Hammer...

 

dimanche 12 juin 2022

Frankenstein Created Woman de Terence Fisher (1967) - ★★★★★★★☆☆☆

 

 


 

Après avoir été contraint de s'éloigner du mythe de Frankenstein à la suite d'un accident de voiture au profit de son ancien assistant Freddie Francis, le réalisateur britannique Terence Fisher a durant la dizaine d'années qui a suivi la sortie de The Revenge of Frankenstein eut le temps de réaliser une quinzaine de longs-métrages pratiquement tous dévolus aux genres fantastique, horreur et épouvante. En 1967, il reprend les rennes du cycle consacré à l'une des plus célèbres créatures du bestiaire fantastique et met une nouvelle fois en scène l'acteur Peter Cushing dans le rôle du docteur Victor Frankenstein dans Frankenstein Created Woman. Si les trois précédents longs-métrages avaient fait la preuve par l'image qu'il n'est pas toujours aisé d'être créatif en terme d'écriture et de renouveler ainsi une thématique aussi vieille que le cinéma puisse l'être, ce quatrième film d'une série qui en comptera sept au final est sans doute l'une des propositions les plus intéressantes et originales d'entre toutes. L'usage du nom de Frankenstein reposant logiquement sur le personnage du fameux docteur et non pas sur celui de la créature comme nombre de personnes semblent continuer de faire l'erreur, c'est avec plus ou moins de complaisance que son nom est rattaché à telle ou telle œuvre n'ayant plus autant d’accointances avec le matériau d'origine, soit le roman Frankenstein ou le Prométhée moderne écrit au dix-neuvième siècle par la britannique Mary Shelley. Écrit par le fidèle scénariste de Terence Fisher, Anthony Hinds, le scénario de Frankenstein Created Woman apporte un certain renouveau puisque la présence de la fameuse créature accompagnant généralement le docteur Victor Frankenstein est désormais plus ou moins évoquée à travers le personnage de Christina Kleve, fille d'aubergiste défigurée et handicapée par une paralysie du bras droit et par un pied bot. De quoi alimenter les discussions de trois jeunes nantis qui viennent régulièrement se saouler à l'auberge et harceler la jeune femme. Incarnés par Peter Blythe, Barry Warren et Derek Fowlds, Anton, Karl et Johann vont bientôt être au centre d'une vengeance orchestrée par une créature d'un nouveau type...


Non plus dotée d'un monstrueux faciès et d'une démarche de momie (Comme cela était notamment d'usage dans le précédent long-métrage The Evil of Frankenstein), mais d'une beauté remarquable due à la magnifique actrice allemande Susan Denberg. Laquelle fera une carrière au cinéma étonnamment courte puisqu'en dehors du film de Terence Fisher et du thriller de Robert Gist An American Dream l'année précédente, la jeune femme ne tournera que dans une minuscule poignée de séries télévisées dont un épisode de la série originale Star Trek en 1966 ! Exit donc l'horrible créature de Frankenstein. Ce qui ne manque par contre pas dans ce nouveau récit est la présence d'individus particulièrement veules et immoraux. Victor Frankenstein est désormais assisté du docteur Hertz (l'acteur Thorley Walters) avec lequel il vient de mettre au point une expérience dans laquelle il a mis sa propre existence en jeu. Également assisté par le jeune Hans (interprété par Robert Morris), lequel n'a rien à voir avec le Hans des deux précédents longs-métrages, ce dernier va se retrouver accusé du meurtre de l'aubergiste Kleve. Le père de Christina dont il est amoureux et qu'il avait menacé de mort lors d'un conflit entre lui, Anton et ses deux amis. Bien entendu innocent (l'aubergiste sera en réalité battu à mort part les trois jeunes gens), Hans sera exécuté par décapitation (comme son père), engendrant ainsi des commentaires selon lesquels l'hérédité criminelle du père et du fils serait entrée en jeu. Par désespoir amoureux, Christina se jettera ensuite dans une rivière tumultueuse pour y mourir noyée. C'est alors qu'interviennent les docteurs Frankenstein et Hertz. Après avoir récupéré la tête tranchée de Hans et le corps encore trempé de Christina, les deux hommes peuvent enfin se lancer dans le projet qu'ils ont mis au point quelques temps auparavant...


C'est donc ainsi que l'on découvre dans ce nouvel opus que Frankenstein est moins intéressé par l'ambition de donner vie à un être reconstitué à partir des membres de différents individus que par l'idée de transférer l'esprit d'un mort dans le corps d'un second. Sans le vouloir (à moins que...), Terence Fisher et son scénariste mettent au point en 1967, ce qui demeure sans doute le tout premier cas de transsexualité, ou plutôt de transidentité sur grand écran. En effet, car si la créature revêt la beauté de Susan Denberg, son crâne, lui, semble être le foyer d'une double personnalité. La sienne, mais également celle de Hans qui à la suite de l'opération effectuée par les deux docteurs va commander à la jeune femme le triple meurtre de ceux qui ont causé la mort de l'aubergiste et la condamnation du jeune assistant à l’échafaud. Frankenstein Created Woman est une excellente surprise. Le cadre est pratiquement identique à ce que l'on a l'habitude de voir, entre auberge (ou le monde se bouscule par contre beaucoup moins que dans les épisodes précédents) et laboratoire où ont lieu les différentes expériences du docteur Frankenstein. Le film se montre parfois très cruel et à ce titre, deux séquences retiendront l'attention. Celle qui ouvre les hostilités et qui montre Hans, alors tout jeune, assistant à la décapitation de son père. Ou plus tard, lorsque dans et autour de l'auberge, Terence Fisher multiplie les séquences d'humiliation envers la jeune Christina qui, il est vrai, est affublée de tares multiples. Mais c'est avant que la jeune ne s'éveille de la mort pour arborer une beauté qui attirera dans ses griffes, les trois vrais monstres de ce récit. Bien que changeant radicalement d'approche, Frankenstein Created Woman reste une très bonne surprise. Et même s'il fait des infidélités au roman d'origine, on appréciera cette incartade plus ''cérébrale'' que ''viandarde'' qui renouvelle la thématique du mythe. Après La Nuit de la grande chaleur en 1967 et Les vierges de Satan l'année suivante, Terence Fisher reviendra en 1969 avec le cinquième opus de la saga, Frankenstein Must Be Destroyed...

 

samedi 11 juin 2022

The Evil of Frankenstein de Freddie Francis (1964) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

On aurait pu croire qu'après l'échec du précédent volet intitulé The Revenge of Frankenstein le réalisateur britannique Terence Fisher avait été mis de côté au profit de son compatriote Freddie Francis (Meurtre par procuration, They Came from Beyond Space, Le jardin des tortures, La chair du Diable) pour la réalisation du troisième film de la Hammer consacré à Frankenstein, mais c'est un accident de voiture qui éloigna durant un moment des plateaux de tournage l'auteur des deux premiers longs-métrages du cycle produits par la Hammer Film Productions ! The Evil of Frankenstein est donc le troisième volet des sept que constituera celui-ci et l'on y retrouve une fois encore l'acteur Peter Cushing dans le rôle principal de ce médecin un peu fou et se prenant pour Dieu en tentant de donner vie à un homme reconstitué à partir des membres de plusieurs individus. Et une fois encore, le voici contraint de fuir la ville pour cette fois-ci se réfugier dans le château qui depuis des générations appartient à sa famille. Accompagné pour la seconde fois par le docteur Hans Kleve (désormais interprété en lieu et place de Francis Matthews par Sandor Eles), quelle n'est pas sa surprise lorsqu'il constate qu'un étranger (le bourgmestre du village) s'y est installé avec son épouse, se servant dans sa penderie, sa boite à bijoux et dormant dans son propre lit ! Découvert par un officier de police qui l'a suivi jusque là, le docteur Frankenstein n'a pas le temps de régler ses comptes avec l'intrus qu'il doit une nouvelle fois prendre ses jambes à son cou pour se réfugier dans une grotte où, miracle, le corps de sa précédente créature est conservé dans un bloc de glace. Là, il y fait la connaissance d'une mendiante sourde et muette. Tout ce petit monde se retrouve ensuite finalement réuni au château où la créature est décongelée puis ramenée une nouvelle fois à la vie...


Dans ce troisième long-métrage consacré aux expériences du docteur Victor Frankenstein, contrairement au principe qui veut que ce dernier améliore à chaque fois sa technique afin de parvenir à donner vie à une créature en parfaite état, celle-ci paraîtra bien mal fagotée en comparaison de celle qui apparaissait dans The Revenge of Frankenstein de Terence Fisher. Sans être un retour aux sources, avec son front démesuré et son teint de cire, elle renvoie au Frankenstein que James Whale réalisa en 1931 et qui voyait le célèbre Boris Karloff interpréter la dite créature. Sauf que depuis, trois décennies se sont écoulées et que l'effet spécial de maquillage appliqué sur le visage de l'acteur Kiwi Kingston (une carrière constituée de trois rôles en tout et pour tout. Trois longs-métrages tous réalisés par Freddie Francis) apparaît totalement raté. Voire nanardesque. Pire encore que le masque que portera l'acteur italien Aldo Maccione dans l'infâme Plus moche que Frankenstein tu meurs d'Armando Crispino onze ans plus tard. Et pourtant, ce ne fut pas faute d'avoir étudié plusieurs centaine de croquis afin de trouver l'apparence ''idéale'' de la créature ! L'action se déroule donc quelques années plus tard après le second volet, entre les murs du château et un petit village où se sont installés des forains parmi lesquels, un certain Zoltan (un drôle de nom qui servira, coïncidence ou non, de titre à Zoltan, le chien sanglant de Dracula d'Albert Band en 1978)...


Un hypnotiseur interprété par l'acteur Peter Woodthorpe qui dans le cas présent incarne un Zoltan parfaitement immonde qui ferait presque de l'ombre à la quasi totalité du reste du casting. L'idée nouvelle et originale dans ce The Evil of Frankenstein est l'utilisation de l'hypnose. Zoltan utilise en effet ses capacités sur la créature en l'envoyant perpétrer des méfaits au village d'à coté. Vols, meurtres, celle-ci commet des pillages et tue le bourgmestre ainsi que le chef de la police. Le film bénéficie d'une assez bonne ambiance, surtout lorsque interviennent diverses intempéries. Le scénario d'Anthony Hinds fait cependant l'impasse sur la dernière partie du précédent long-métrage et The Evil of Frankenstein fait donc figure de fausse séquelle. Malgré tout, et ce sous la pression des producteurs, le film parvient tout de même à s'aligner sur les deux précédents volets et parvient à relancer un concept pourtant usé jusqu'à la corde. Il faudra cependant attendre trois ans et le retour de Terence Fisher aux commandes du quatrième opus presque dix ans après le second (entre temps, il aura lui-même mis en scène une quinzaine de longs-métrages dont Le chien des Baskerville en 1959, Les Deux Visages du Dr Jekyll en 1960 ou The Earth Dies Screaming en 1964) pour découvrir en 1967, Frankenstein Created Woman...

 

The Revenge of Frankenstein de Terence Fisher (1958) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 


En 1957 sortait sur les écrans de cinéma The Curse of Frankenstein du réalisateur britannique Terence Fisher, l'un des cinéastes les plus célèbres et productifs de la firme Hammer Film Production pour laquelle il signa d'ailleurs et notamment cinq des sept longs-métrages consacrés au cycle de Frankenstein. The Curse of Frankenstein sera en outre le premier de la firme à être réalisé en couleur. Le film sera un succès et l'année suivante, Terence Fisher mettra à nouveau en scène le célèbre docteur Frankenstein dans une séquelle étonnante intitulée The Revenge of Frankenstein qui par contre, n'attirera pas autant de monde dans les salles obscures britanniques. Le rôle-titre sera à nouveau interprété par l'immense Peter Cuhsing, seul ''survivant'' du premier volet échappant de justesse à la mort lors de sa condamnation à la guillotine. Alors que le bourreau qui devait lui trancher la tête collabore avec l'assistant de Victor Frankenstein prénommé Karl (l'acteur Michael Gwynn) en décapitant un prêtre et en faisant prendre à son cadavre la place qui devait être celle du célèbre docteur dans son cercueil, Frankenstein prend la fuite et nous le retrouvons trois ans plus tard à Carlsbrück sous une nouvelle identité (celle pas très inspirée de Victor Stein). Médecin à succès ayant ''volé'' la moitié de la clientèle de la plupart de ses confrères, ceux-ci se réunissent lors d'un conseil de l'ordre des médecins afin d'agir contre lui. Parmi eux se trouve un certain Hans Kleve (l'acteur Francis Matthews) qui va se charger de se rapprocher du docteur Frankenstein pour finalement collaborer avec lui sur son nouveau projet. Lequel ne diffère pas de ceux qu'il entreprit par le passé puisque Victor Stein profite du vivier d'indigents dont il s'occupe dans un centre d'accueil pour les pauvres afin de les opérer et de prélever sur eux, des parties de corps qui lui serviront de base afin de créer une nouvelle créature...


Dans cette seconde aventure, le réalisateur et les scénaristes Jimmy Sangster, Hurford Janes et George Baxt rebattent les cartes et tentent une mise à jour plutôt risquée. La belle de service Margaret Conrad (interprétée par l'actrice Eunice Gayson) ne prend pas la place d'Elizabeth qui dans le premier volet était fiancée à Victor Frankenstein mais semble bizarrement attirée par la nouvelle créature qui bientôt fera son apparition. Robert Urquhart qui interprétait le rôle de Paul Krempe est donc désormais remplacé par l'acteur Francis Matthews et Michael Gwynn fait son apparition dans celui de Karl, l'assistant du scientifique. Affublé d'une bosse et d'une paralysie du bras droit (un classique dans les productions Hammer Film Productions), celui-ci se portera volontaire pour être le sujet des nouvelles expériences menées par Stein et Hans Kleve. Alors qu'une année en arrière le célèbre acteur britannique Christopher Lee était parvenu à incarner une créature parfaitement hideuse, celle de The Revenge of Frankenstein paraît étonnamment humaine. Visage sain (pour l'instant), ce nouvel exemplaire de ''puzzle'' humain est doté de la parole et se montre plutôt calme et courtois. Le contraste est saisissant si l'on met côte à côte les deux créatures. Cependant, cette seconde mouture apparaît bien faible d'un point de vue scénaristique. Doté de séquences plutôt remarquables comme celle situant son action dans un cimetière où deux fossoyeurs pensent déterrer le cadavre du baron Frankenstein où celles mettant en scène le centre d'accueil et lors desquelles l'on sentirait presque la pestilence se dégager de ces corps affaiblis...


Il manque cependant à The Revenge of Frankenstein l'aspect contradictoire auquel le spectateur pourrait prétendre de la part de telle ou telle tiers personne naviguant dans les eaux troubles des expériences menées par ce survivant de l’échafaud se prenant pour Dieu qu'est le docteur Victor Frankenstein. Tout le potentiel du film, de ses personnages, mais moins de son médiocre scénario, est gâché par une mise en scène faiblarde et surtout indigne de Terence Fisher. Cette séquelle paraît bien triste en comparaison de la précédente. Bien fade malgré quelques fulgurances malheureusement trop rares pour ne pas être noyées sous un flot de séquences inintéressantes. De l'originalité, aussi, qui naît parfois, pour retomber dans le cycle habituel. On pense notamment à cette machine/cerveau plutôt ingénieuse et contrôlant une paire d'yeux et un bras fraîchement coupé. Ou à la révolte des indigents contre leur (mal)saint protecteur. Et que dire du climax final lors duquel.... mais j'en dis trop. Si l'on peut comprendre que le film ait été mal accueilli dans son pays, il n'en demeure pas moins très honorable bien que très en dessous de son prédécesseur. Le mythe mettra quelques années à s'en remettre puisque le troisième volet intitulé The Evil of Frankenstein et cette fois-ci réalisé par Freddie Francis ne verra le jour qu'en 1964, soit six ans plus tard...

 

vendredi 30 juillet 2021

The Curse of Frankenstein de terence Fisher (1957) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Allez, on quitte l'univers de la science-fiction (quoique...) mais l'on reste dans celui de Terence Fisher et dans celui de l'épouvante et de l'horreur. Ces films qui font claquer des dents, provoquent des insomnies ou de terribles cauchemars. Qui vous glacent les sangs et accélèrent votre rythme cardiaque... du moins, en théorie. Parce que dans la pratique, ça arrive quand même assez rarement. Terence Fisher toujours, donc. Finis les extraterrestres ridicules... !!! Ah mince ! Je viens tout juste de percuter que j'ai déjà quitté l'univers des étoiles récemment avec l'excellent The Two Faces of Dr. Jekyll de 1959. Bon, c'est pas grave. On va faire avec et ne surtout pas reculer parce que là, on aborde pas n'importe quelle créature du bestiaire fantastique mais l'une des deux ou trois parmi les plus emblématiques. Car aux côtés du mythe de Dracula, celui du docteur Frankenstein et du roman de Mary Shelley Frankenstein ou le Prométhée moderne qui parut pour la première fois au tout début de l'année 1818 fait partie des poids lourds qui ont été et continuent d'être adaptés au cinéma et à la télévision. Le réalisateur britannique Terence Fisher s'est coltiné à lui tout seul la réalisation de cinq longs-métrages mettant en scène ''Dieu'' et sa créature/puzzle. Le premier d'entre eux s'intitule The Curse of Frankenstein, fort curieusement transformé en Frankenstein s'est échappé dans notre pays, comme si nous avions loupé avant lui, un épisode fantôme des aventures du Baron Victor Frankenstein dont le projet, aussi fascinant que morbide, est de créer l'homme parfait à partir de différentes parties de corps humains appartenant à différents individus. Le corps d'un bandit découvert pendu à une potence, les mains d'un sculpteur ainsi que le cerveau d'une sommité intellectuelle...


Et parce qu'il faut obligatoirement passer par l’œuvre originale si l'on veut aborder avec un tant soit peu de crédibilité l'univers de Mary Shelley, les débuts de ce qui deviendra au fil du temps une pentalogie démarre de manière relativement classique. Le fan du roman en particulier et l'amateur de cinéma d'horreur et d'épouvante en général sont donc en terrain conquis. Avant toute chose, une bonne nouvelle. Peter Cushing, l'un des interprètes fétiches du réalisateur sera au rendez-vous sur les cinq longs-métrages. Mauvaise nouvelle en revanche : Christopher Lee n'apparaîtra que dans ce premier film, enchaînant dès l'année suivante sur le tournage de Horror of Dracula dans lequel il incarnera pour la première mais pas la dernière fois le personnage aux dents longues et pointues qui le rendra mondialement célèbre. Dans le cas présent, la créature ne s'offre qu'une partie congrue puisque The Curse of Frankenstein est surtout centré sur l'interprétation de Peter Cushing. Démarrant par la rencontre entre un prêtre et le Baron Frankenstein enfermé dans une cellule, le film est un long flash-back revenant sur les événements qui ont mené à l'arrestation de Victor Frankenstein. Pour la toute première fois, le mythe apparaît sur grand écran en couleurs. Ce qui n'en fait malheureusement pas un sommet du genre puisque le réalisateur James Whale mis la barre très haute vingt-six ans auparavant avec son chef-d’œuvre sobrement intitulé Frankenstein...


The Curse of Frankenstein décrit la folie d'un homme qui rêvait de devenir Dieu à la place de Dieu et qui accouche en fin de compte d'une créature monstrueuse parfaitement ingérable et meurtrière. Loin d'atteindre l'acteur Boris Karloff dans son interprétation de la créature, Christopher Lee fait ce qu'il peut avec les moyens du bord et un maquillage nettement moins marquant. Heureusement, le film est porté par l'interprétation de Peter Cushing qui déploie des trésors d'imagination afin de rendre crédible cet homme aussi fou que génial qu'est le docteur Frankenstein. Décors baroques, laboratoire encombré de fioles et de substances chimiques, quelques fonds en matte painting, le spectateur n'échappera pas à la présence d'une touche féminine en la personne d'Elizabeth (l'actrice Hazel Court que l'on retrouvera à plusieurs reprises chez Terence Fisher mais également chez Roger Corman) et de la gouvernante Justine qu'interprète l'actrice Valerie Gaunt. Également aux côtés du scientifique, son assistant Paul Krempe qu'incarne Robert Urquhart et auquel le scénario offre un temps de présence ainsi qu'une importance plus grands que ceux de la créature elle-même. Le directeur de la photographie Jack Asher offre un visuel pour l'époque remarquable, d'autant plus que la Hammer Film Productions qui produit le long-métrage a choisi de confier à Terence Fisher le projet, lequel aura alors en charge la délicate mission de réaliser le tout premier long-métrage de la société entièrement en couleur. Aujourd'hui non dénué d'un certain charme désuet, The Curse of Frankenstein est dans les grandes lignes relativement classique et respectueux de l'ouvrage de Mary Shelley même si le scénario prend certaines libertés concernant des personnages et plusieurs situations issus du roman. Terence Fisher n'attendra pas bien longtemps avant de remettre le couvert puisque dès l'année suivante il réalisera le second volet de sa pentalogie, le bien nommé The Revenge of Frankenstein...

 

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