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mardi 13 mai 2025

Est-ce bien raisonnable de Georges Lautner (1981) -★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

On ne reviendra jamais assez sur la richesse des dialogues des œuvres écrites ou réalisées par le dialoguiste Michel Audiard. Un apport considérable dont certains cinéastes se sont empressés de copier le style sans pour autant jamais être parvenus à l'égaler. Si sa collaboration avec Jean-Marie Poiré peut sembler ici étonnante, il faut savoir que les deux hommes n'en furent pas à leur coup d'essai puisque ce dernier, bien avant d'écrire et de réaliser sa toute première comédie Les petits câlins en 1978 débuta dix ans en arrière en participant l'élaboration de scénarii et l'adaptation d'une bonne partie des films réalisés par Michel Audiard lui-même. Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages en 1968, Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais... elle cause! En 1978, Le cri du cormoran, le soir au-dessus des jonques en 1971 ou encore Comment réussir... quand on est con et pleurnichard ! Autant dire qu'on pouvait attendre beaucoup de la part du duo et notamment de celui qui plus tard sera l'auteur du Père Noël est une ordure en 1982, de Mes meilleurs copains en 1989 et quatre ans plus tard du premier des quatre volets de la franchise Les visiteurs. N'étant ni l'un ni l'autre chargé de la mise en scène de Est-ce bien raisonnable ?, la charge revient au cinéaste Georges Lautner qui avant de signer cette œuvre nettement plus anecdotique réalisa quelques classiques du cinéma français comme, Le septième juré en 1962, Les tontons flingueurs en 1963 ou encore Ne nous fâchons pas et La grande sauterelle tout deux signés en 1966. Alors, un tiercé gagnant, Est-ce bien raisonnable ? Et bien en fait, pas vraiment. On peut dire sans rougir que le niveau a malheureusement et drastiquement baissé depuis les débuts de leur collaboration. Et si ce n'était l'étonnante rencontre entre Gérard Lanvin qui allait connaître très bientôt une rapide ascension et Miou-Miou que Georges Lautner avait déjà engagé sur les plateaux de Quelques messieurs trop tranquilles, Pas de problème ! et On aura tout vu en 1973, 1975 et 1976 et à laquelle Bertrand Blier avait offert le rôle de Marie-Ange dans son film culte Les valseuses en 1974, Est-ce bien raisonnable ? n'aurait quasiment aucun intérêt.


La faute à un scénario relativement faiblard qui partait pourtant sur de bonnes bases. En effet, après s'être introduit dans le bureau d'un célèbre juge lors de son évasion d'un palais de justice, la présence en ces lieux de Gérard Louvier (Gérard Lanvin) cause un quiproquo lorsque Julie Boucher (Miou-Miou le confond avec le juge Simon. La jeune journaliste est montée à Paris afin de rencontrer ce dernier pour lui demander de l'aider dans son enquête s'agissant d'une sinistre affaire. Louvier profite de l'occasion pour monter à bord de la voiture de la jeune femme et ainsi échapper à la justice. Direction Nice où Julie retrouve son compagnon Daniel qu'incarne à l'écran Henri Guybet. Un homme quelque peu jaloux qui tend moins la main pour faire l’aumône que pour gifler la jeune femme qui s'énerve après l'avoir surpris au lit avec une autre... Viennent se greffer au récit, l'ancien amant éperdument amoureux, dépressif, interprété par Jean-Pierre Darroussin, Michel Galabru dans le rôle d'un huissier, Julien Guiomar dans celui de Raymon Volfoni, un complice de Louvier, mais également Renée Saint-Cyr dans le rôle d'une Veuve, actrice qui n'est autre que la mère de Georges Lautner ! Si les premières minutes sont plutôt plaisantes, au fil du récit cela se gâte. Le scénario tourne en boucle et surtout, la vervehabituelle de Michel Audiard est souvent absente.Mis en scène avec mollesse de la part du réalisateur, laquelle déteint sur une grande partie de l'interprétation, Est-ce bien raisonnable ? est non seulement une œuvre mineure dans la carrière de son auteur et de ses interprètes mais aussi dans la vaste étendue des comédies qui furent avant, pendant et après, réalisées sur notre territoire. Le pire, c'est que le film aurait pu se contenter de ne pas excéder les quatre-vingt ou quatre-vingt dix minutes mais il frôle presque les deux heures. De quoi, dans le meilleur des cas, s'ennuyer ferme et dans le pire, faire une sévère indigestion. Bref, pas de quoi sauter au plafond. Tout juste de quoi rattraper quelques heures de sommeil.

 

vendredi 12 janvier 2024

Tendre Dracula (La grande trouille) de Pierre Grunstein (1974) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆

 


 

C'est horrible à dire mais qu'est-ce que l'on aura surtout retenu de la florissante carrière de l'acteur français Bernard Menez ? Cette très fumante séquence du Chaud lapin de Pascal Thomas lors de laquelle il chia, sans le savoir, sur une pelle tenue par deux jeunes garnements près d'un buisson avant d'inspecter les lieux pour découvrir que le fruit de son labeur avait disparu. Sur un C.V, cela peut faire désordre lorsque l'on est un tant soit peu ambitieux mais peut vous ouvrir grandes les portes du temple du Nanar où a un peu trop systématiquement sa place Bernard Menez. Il est des œuvres telles que Tendre Dracula qui font travailler l'imaginaire bien avant qu'elles ne fussent offertes à la boulimie des cinéphages. Si les parodies sont une monnaie courante dans le septième art, il en est certaines qui forcément touchent plus précisément le public hexagonal. Et même si Plus moche que Frankenstein tu meurs d'Armando Crispino est bien originaire d'Italie, la seule présence du très populaire Aldo Maccione dans nos contrées poussa sans doute certains chauvins d'origine française à se l'approprier. Il demeure pourtant quelques exemples de parodies fantastiques bien de chez nous dont Les Charlots contre Dracula de Jean-Pierre Desagnat demeure encore aujourd'hui comme l'un des plus ''brillants'' exemples. Vampirisme encore à l'évocation de Dracula père et fils d'Edouard Molinaro qui deux ans après Tendre Dracula allait confronter l'immense Christopher Lee à Bernard Menez. Mais avant cela, c'est donc à un autre très grand interprète britannique que l'acteur français allait se frotter dans cette chose parfaitement incongrue signée de Pierre Grunstein dont le métier de réalisateur allait stopper à l'issue de ce seul long-métrage pour se consacrer à la production d'un certain nombre d'excellents films (L'aile ou la cuisse, La course à l'échalotte, Uranus ou encore le diptyque Jean de Florette et Manon des sources). Surtout connu pour sa carrière dans le cinéma d'épouvante, l'acteur Peter Cushing interpréta notamment à plusieurs reprises le personnages du professeur Abraham Van Helsing, célèbre chasseur de vampires souvent confronté à son ami, l'acteur Christopher Lee, lequel incarnait de son côté le fameux Dracula ! Tendre Dracula apparaît comme un caillou dans une chaussure dans une carrière souvent exemplaire car si même le film de Pierre Grunstein réunit quelques sympathiques interprètes hexagonaux à l'image de Miou-Miou ou de Julien Guiomar, il n'est pas honteux de reconnaître que de visionner le film jusqu'à son terme n'est pas vraiment une partie de plaisir.


Également exploité en salle sous le titre La grande trouille, Tendre Dracula se permet quelques incartades dans des domaines parfois inattendus qui n'arrangent rien à l'affaire. Comme ces quelques passages qui transforment le film en comédie musicale. La même année, Miou-Miou venait de tourner Les valseuses de Bertrand Blier avec Gérard Depardieu et Patrick Dewaere et auprès desquels la jeune actrice se désapa très facilement. On ne s'étonnera donc pas de la voir ici exhiber sa très belle silhouette dénudée tout au long du long-métrage, suivie de très près par Nathalie Courval qui juste avant avait joué auprès de Claude Brasseur, Guy Marchand et Robert Castel dans Attention les yeux ! de Gérard Pirès et dans lequel elle interprétait la compagne d'un réalisateur contraint d'adapter La chartreuse de Parme en une version pornographique. Julien Guiomar se fait relativement discret (du moins lorsqu'il n'est pas à l'image) dans le rôle d'un producteur contraignant deux de ses employés ainsi que deux jeunes et jolies femmes à se rendre chez un acteur spécialisé dans le cinéma d'horreur afin de le convaincre de bien vouloir continuer sa carrière dans le genre qui le rendit célèbre malgré ses réticences. Écrit par Justin Lenoir et notamment produit par Claude Berri et Christian Fechner, Tendre Dracula est un grand fourre-tout souvent indigeste, entre comédie musicale, érotisme, gore, épouvante et comédie dont nous ne retiendrons qu'un ou deux plans vraiment superbes, un Bernard Menez hurlant de douleur lorsque l'actrice italienne Alida Valli lui grave à la jambe gauche et jusqu'au sang son prénom ou un Peter Cushing doublé en français par le génial Jean Rochefort. Comme dans tout bon ou mauvais film de vampire, nos quatre personnages sont accueillis au sein d'une bâtisse qui possède un certain charme (la salle de bain, les longs couloirs), lesquels vont subir toutes sortes de maltraitances dont certaines auront comme issue quelques plans gore plutôt sympathiques. Mais pas de quoi se pâmer d'admiration devant cette piètre comédie d'épouvante qui n'ameutera au fond que les plus curieux ou les fans absolus de films de vampires qui voudraient compléter leur collection...

 

mardi 2 janvier 2024

L'aile ou la cuisse de Claude Zidi (1976) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Durant sa longue carrière, le réalisateur Claude Zidi aura fait jouer les Charlots, Pierre Richard, Jean-Paul Belmondo, Daniel Auteuil, Gérard Depardieu ou Thierry Lhermitte mais également Louis de Funès et Coluche. Ces derniers n'auront eu l'occasion de tourner ensemble qu'une seule fois, dans L'aile ou la cuisse, en 1976. Deux ans plus tard, Louis de Funès retrouvera Claude Zidi sur le tournage de La zizanie aux côtés d'Annie Girardot tandis que Coluche était déjà apparu lors d'un tout petit rôle dans Le grand bazar en 1973 avant de réapparaître en 1980 et 1983 dans les rôles principaux de Michel Clément dans Inspecteur Labavure aux côtés de Gérard Depardieu et de Michel Bernardin dans Banzaï aux côtés de Valérie Mairesse. Sans compter sa petite participation au Rois du gag deux ans plus tard dans lequel il interprétera le rôle de Georges Khoprseri. L'aile ou la cuisse est dans la carrière de Louis de Funès et de Coluche l'une des comédies les plus réussies et dont l'efficacité se démontre chaque fois qu'elle est diffusée sur le petit écran. À l'époque, l'un et l'autre sont de véritables stars. Le premier est l'acteur comique le plus apprécié dans notre pays tandis que Coluche est l'humoriste le plus populaire. L'aile ou la cuisse, c'est d'abord pour Claude Zidi, un rêve qui s'exauce enfin. Le réalisateur rêvait en effet de tourner avec l'acteur qui depuis déjà pal mal d'années enchaîne les succès. Et parmi ces derniers, la franchise du Gendarme à Saint-Tropez de Jean Girault, les trois volets de Fantomas d'André Hunebelle, ou encore Le corniaud, La grande vadrouille, La folie des grandeurs et Les aventures de Rabbi Jacob tous les quatre signés de Gérard Oury entre 1965 et 1973. Le film met principalement en scène un critique culinaire particulièrement redouté par les restaurateurs qui craignent de retrouver dans son célèbre guide gastronomique des critiques assassines les concernant. Bien qu'il s'agisse là d'une pure comédie, le réalisateur, ses assistants Hélène Bernardin et Jean-Jacques Beineix ainsi que le scénariste Michel Fabre n'en ont pas moins l'intention d'évoquer des sujets qui à l'époque préoccupent déjà une partie des français. Plus anecdotique puisque ne concernant que les professionnels de la restauration, le fameux guide portant le nom de son propriétaire fait évidemment référence au célèbre Guide Michelin, surnommé Guide Rouge, créé au début du siècle dernier par la société de pneumatiques du même nom, lequel dresse une liste des restaurants et des hôtels en donnant une série d'indications sur leurs qualités, distribuant ainsi les fameuses Étoiles Michelin aux plus méritants.


Plus proche du français moyen se pose ici la question de la malbouffe incarnée par l'industriel Jacques Tricatel, homme qui sans vergogne propose une nourriture industrielle à l'attention des restoroutes. Un combat acharné va donc opposer ce dernier à Charles Duchemin jusqu'à vouloir éliminer le principal dénonciateur d'un procédé de transformation ici, forcément, caricatural. Mais L'aile ou la cuisse, c'est aussi et peut-être avant tout, le portrait d'un homme autoritaire convaincu que son propre fils (Coluche dans le rôle de Gérard Duchemin) reprendra la main lorsque lui-même prendra sa retraite. Comédie jouissive percluse de scènes cultes (les diverses séquences de restaurants dont certaines permirent à l'équipe technique et aux interprètes de tourner dans de luxueux établissement, à l'image du Ritz, notamment), le film de Claude Zidi peut se montrer parfois cruel avec ses personnages. Et notamment lors de la scène montrant le père et le fils s'expliquer sur l'avenir de ce dernier dans l'arène d'un cirque. Car le rêve de Gérard n'est pas de reprendre le flambeau des mains de son père mais bien de travailler au sein d'une équipe d'artistes composées de funambules, de jongleurs, de trapézistes ou comme lui, de clowns. Face à Louis de Funès et Coluche, le formidable Julien Guiomar incarne Jacques Tricatel tandis que la fidèle Claude Gensac qui à de nombreuses reprises incarna l'épouse de Louis de Funès dans un certain nombre de longs-métrages interprète ici sa secrétaire Marguerite. Se blessant après avoir fait une chute, celle-ci sera d'ailleurs remplacée par une autre Marguerite cette fois-ci incarnée par l'actrice suédoise Ann Zacharias. Au fil du récit, d'autres interprètes viendront s'y greffer. Comme Raymond Bussières, acteur à la dantesque carrière et que Claude Zidi avait déjà débauché pour Les sous-doués en 1980. Ou comme l'acteur italien Vittorio Caprioli qui en restaurateur revanchard fera payer à Charles Duchemin le prix du ''papier'' qu'il écrivit à propos de son établissement. Quant aux membres du cirque dont fait partie Gérard, ils se constituent des présences d'Alain Chevestrier (dit Bouboule), de Freddy et Bibi Cantarelli, de Gérard Boucaron , mais également des plus connus Martin Lamotte, Gérard Lanvin et Marie-Anne Chazel. Notons qu’apparaît également dans son propre rôle, l'animateur et journaliste Philippe Bouvard tandis que la présence d'un médecin sur le plateau de tournage sera imposé puisque Louis de Funès venait d'être la victime d'un infarctus. L'on retrouve enfin à la bande originale l'éternel compositeur Vladimir Cosma qui signe une nouvelle fois, une remarquable partition. Bref, L'aile ou la cuisse demeure classique de la comédie française...

 

jeudi 30 juin 2022

Ils sont fous ces sorciers de Georges Lautner (1978) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Georges Lautner... ce grand, cet immense bonhomme qui se cacha derrière des œuvres aussi fondamentales pour le cinéma dramatique, policier ou comique français que Le septième juré en 1961, Les tontons flingueurs en 1963, Les seins de glace en 1974, Le professionnel en 1981 ou La maison assassinée semble avoir régulièrement cédé au chants des sirènes de la médiocrité. Lui avec lequel ont collaboré, Mireille Darc, Bernard Blier, Paul Meurisse, Lino Ventura, Francis Blanche, Michel Serrault, Louis de Funès, Alain Delon et Jean-Paul Belmondo s'est laissé aller à quelques légèreté en plus de quarante ans de carrière et autant de longs-métrages. Quelques défaillances techniques qu'on ne lui reprochera pas forcément et dont certaines, cependant, ont carrément flirté avec le nanar. Et parmi celles-ci, Ils sont fous ces sorciers dont le titre à lui seul reflète cette folle appréhension que l'on ressent devant une œuvre supposée dégager ce même parfum âcre qu'exhalent les pires comédies franchouillardes des années soixante-dix. Mais si, vous savez, celles qui commettaient toutes l'erreur d'inviter sur leurs plateaux de tournage les mêmes figures d'un cinéma irrémédiablement rance dont on ne peut encore aujourd'hui goûter la saveur si particulière qu'après quelques verres dans le nez : Alice Sapritch, Patrick Prejean, Sim, Paul Préboist, Henri Tisot, Luis Rego, Jacky Sardou et j'en oublie beaucoup volontairement... Encarté entre un Delon (Mort d'un pourri en 1977) et trois Belmondo (Flic ou Voyou en 1978, Le guignolo en 1980 et Le professionnel l'année suivante), Ils sont fous ces sorciers met en scène Jean Lefebvre, Henry Guybet, Renée Saint-Cyr, Daniel Ceccaldi, Catherine Lachens et l'inénarrable Julien Guiomar dans une comédie dont les dialogues sont aussi légers que la mise en scène et l'interprétation. Une comédie presque... fantastique puisque les deux héros de ce récit, Julien Picard et Henri Berger, se retrouvent à l'île Maurice. L'un pour le travail, l'autre pour son plaisir. Alors que les deux hommes se lient d'amitié et finissent ensemble un soir accoudés au zinc d'un bar en compagnie de Marie-Louise Précy-Lamont (Renée Saint-Cyr), une envie pressente d'uriner les pousse à s’exécuter au plus vite mais les deux hommes ne s'aperçoivent pas qu'ils sont en train de se soulager au pied d'un Totem ! Furieux, les dieux lancent alors sur Julien et Henri une malédiction qui les poursuivra jusqu'à leur retour dans la métropole...


Toute l'absurdité du propos délivre alors son message à base de phénomènes inexplicables. Julien ne renvoie plus aucun reflet dans les miroirs et un poil long et dru lui pousse sur tout le corps quand vient la nuit. Henri, lui, n'est pas mieux loti puisque au même moment, ce sont deux énormes crocs qui surgissent d'entre ses lèvres. Les deux hommes ont deux points en communs. Il n'apparaissent plus sur les photos et peuvent communiquer à distance par transmission de pensée. Ne manquerait plus au tableau qu'Aldo Maccione débarque au beau milieu du récit, histoire de boucler cette bouffonnerie sans queue ni tête. Sans réel scénario non plus puisque dès lors nous n'aurons plus droit qu'à une succession de phénomènes parmi lesquels, un Henry Guybet lévitant à l'horizontale et un Jean Lefebvre à la verticale. Accompagné de ses fameux éclats de rire, Henry Guybet parvient sans mal à communiquer sa joie de vivre. Heureusement car il n'y a là, pas matière à s'esclaffer autrement que par dépit. Albert Kantoff n'étant pas Michel Audiard, on se contente de dialogues superflus, revus à la baisse et indignes du cinéma de Georges Lautner. Ce qui sauve peut-être le film du naufrage tient moins de l'expression désabusée de Jean Lefebvre et les interminables séances de rires de Henry Guybet que les présences de Renée Saint-Cyr, Catherine Lachens (allez savoir pourquoi mais cette actrice m'a toujours foutu le trouillomètre à zéro) ainsi que celle de Julien Guilomar, cet immense et indispensable second rôle du cinéma français qui nous régala notamment dans les rôles de Jacques Tricatel dans L'aile ou la cuisse et Le commissaire Bloret dans Les ripoux, tout deux réalisés par Claude Zidi ou dans celui de Camille dans L'incorrigible de Philippe de Broca. Des rôles taillés à sa mesure. Dans Ils sont fous ces sorciers, aussi stupide que puisse apparaître la dernière partie, voir celui qui incarne le patron de Jean Lefebvre se plier en quatre pour son subalterne à tout de même quelque chose d'irrésistiblement savoureux. Pour le reste, on a vraiment l'impression que Georges Lautner a tout entreprit pour saborder le projet. Jusqu'à même faire appel au pourtant talentueux Philippe Sarde pour la musique, lequel signe une bande originale nanardesque...

 

mercredi 14 avril 2021

Les Ringards de Robert Pourel (1978) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Alice Sapritch, Patrick Prejean, Sim, Henri Genès, Jacques Balutin, Henri Tisot, Paul Préboist, Jacky Sardou et la liste est encore longue... Moi qui pensais que la présence d'un ou de plusieurs d'entre eux était nécessaire pour qu'une comédie se voit octroyer le cachet de ''Comédie franchouillarde'', c'était sans me douter des ressources inépuisables dont le cinéma français était doté dans les années soixante-dix/quatre-vingt, ne s'arrêtant justement pas à cette viande faisandée synonyme de poilade pour décérébrés mais allant au contraire jusqu'à puiser chez des interprètes d'un tout autre niveau. Si tant est que l'on puisse trouver un intérêt à cette purge nanardesco-zédifiante signée de Robert Pourel, auteur de Cours après moi... que je t'attrape en 1976 avec Jean-Pierre Marielle et Annie Girardot, c'est peut-être dans sa capacité à réunir autour d'un même thème, différentes niveaux d'interprètes, allant de l'honorable artisan du septième art (Georges Wilson dans le rôle du commissaire Garmiche ou Julien Guiomar dans celui de Jeannot Bidart dit ''la Presse''), au pire (Gilbert François dans le rôle de l'inspecteur Benoît, Marthe Villalonga dans celui d'Albina, la directrice du cours de danse), en passant par quelques acteurs dont la valeur reste encore à évaluer de nos jours (Aldo Maccione dans la peau d'Aldo Rimoldi, Charles Gérard dans celle de Charlot dit ''l'empereur)...


Tout ou presque tient dans le seul titre de ce long-métrage datant de 1978. imaginez donc : à l'époque sortaient sur les écrans, Les Bronzés de Patrice Leconte, La Carapate de Gérard Oury et...donc... Les Ringards de Robert Pourel. Autant dire qu'en cette seule année pouvait sortir sur grand écran l’œuvre culte réunissant pour la première fois au cinéma la troupe du Splendid et cette engeance ni faite, ni à faire. Si l'on peut se demander ce que Georges Wilson ou Julien Guiomar sont venus faire dans cette galère, la question se pose sans doute encore davantage lorsque se présente à l'écran la sublime Mireille Darc. Une filmographie parmi laquelle, plusieurs Georges Lautner, Yves Robert, Jacques Deray, et puis... ce furoncle, cette excroissance cinématographique dont il est certain que seuls les amateurs de nanars y trouveront leur compte. C'est sans doute bien grâce à la présence de la ''Grande Sauterelle'' si ces trois ringards, que le réalisateur semble beaucoup de plaisir à mettre en scène, parviennent à maintenir le cap consistant à retenir le public et certainement pas grâce aux dialogues du réalisateur et de Jean Lacroix, d'une confondante bêtise. Tellement crétins qu'ils hypnotisent sans pour autant parvenir à générer le moindre rire. C'est donc avec effarement que l'on assiste aux aventures de ce trio de malfaiteurs lamentables, pourtant considérés comme de dangereux criminels par le commissaire Garmiche, et dont le projet commun est de mettre la main sur une forte somme d'argent transportée par fourgon aux abords du circuit du Castelet. S'ensuit une succession de séquences terriblement navrantes durant lesquelles aucun des interprètes ne semble pourtant mal à l'aise. Vu la prose qu'ils eurent à réciter, on peut s'étonner qu'ils n'eurent pas le reflex de refuser leur rôle. Du moins, pour certains peu habitués à jouer dans ce genre de navet...


Seule l'intelligence (ou la perfidie) de Robert Pourel, au moment même où l'envie de tout envoyer valdinguer se présente, parvient à retenir l'attention des spectateurs. À ce moment très précis où Mireille Darc débarque avec pour seule tenue, un bikini. Grand moment d'émotion qui semble avoir figé le temps... Superbe créature... Vénus venue sauver du naufrage une production qui prend l'eau dès ses premiers instants. Ou presque à vrai dire : lorsque à la suite de la séquence pré-générique, le film nous assène l'une des nombreuses compositions de Francis Lai et dont la musique, ici, n'élève absolument pas le sujet. La question se pose : a-t-on le droit de rire ? Doit-on en avoir honte ? Car j'avoue, oui, avoir ri, une fois, lorsque Charles Gérard apparaît à l'écran une perruque blonde vissée sur la tête. Une faute de goût, j'avoue. Un mauvais reflex. Le genre d'attitude incontrôlable qui se rencontre parfois lorsque l'on voit un type tomber parterre après avoir glissé sur une plaque de verglas mais dont on s'inquiète de l'état quelques secondes plus tard. Bref, pas de quoi être fier ni se vanter. Par conscience ''professionnelle'' et puisqu'il faut aller jusqu'au bout si l'on veut pouvoir prétendre être en droit d'écrire un article, j'ai regardé Les Ringards jusqu'à la dernière seconde. Et si, très honnêtement, le film n'est pas aussi mauvais que certaines comédies interprétées par les actrices et acteurs cités en début d'article, c'est peine perdue que d'espérer y voir autre chose qu'une infâme comédie franchouillarde section Z...

 

mardi 26 novembre 2019

Bon Baisers... à Lundi de Michel Audiard (1974) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Excellent dialoguiste, Michel Audiard n'a cependant jamais été un réalisateur très convainquant. Ce que confirmait en 1974 son dernier long-métrage Bon Baisers... à Lundi. Réalisation, dialogue et scénario (adapté du roman d'Alain-Yves Beaujour, Le Principe d'Archimède), Michel Audiard se charge de trois des départements les plus importants de ce long-métrage qui réunit un casting en or autour de trois braqueurs du dimanche. Trois bras cassés qui décident un vendredi soir, veille du week-end, de se rendre chez un grand ponte du show-business afin de lui soutirer une grande somme d'argent. Ces trois individus, ce sont Henri-Pierre (Jean Carmet), Bob ((Jean-Jacques Moreau) et Dimitri (Jacques Canselier). Le roi du show-business, lui, c'est Frankie Strong (Bernard Blier), connu dans la profession sous le nom du ''Lion''. Ayant préparé bien à l'avance leur coup, Henri-Pierre s'attend à débarquer avec ses deux complices dans un appartement où est très régulièrement organisée une partouze. Sauf qu'en se trompant d'un étage, les trois hommes se retrouvent dans une situation à laquelle ils ne s'attendaient pas. Non seulement, la soirée va prendre une tournure inattendue, mais ils vont en perdre peu à peu le contrôle...

Outre les interprètes déjà cités, Bon Baisers... à Lundi est l'occasion de retrouver Maria Pacôme dans le rôle de Myrette, l'épouse de Frankie Strong, Évelyne Buyle dans celui de Zaza sur laquelle le ''Lion'' fonde tous ses espoirs de future vedette de la chanson française, et plus tard, Mario David dans la peau de Jacky Arouni, l'amant de l'ancienne star et protégée de Frankie Strong Esmeralda (interprétée par Betty Mars), Julien Guiomar dans celui de l'époux trompé, André Pousse en automobiliste très énervé et Michel Bouquet en alcoolique et ancien camarade de Henri-Pierre rencontré au détour d'un bistrot. Participant à l'écriture du scénario, on retrouve Jacques Audiard, le fils du dialoguiste et réalisateur qui débutait ici sa carrière dans le monde du cinéma avant de devenir deux décennies plus tard l'un des réalisateurs français les plus respectés (au hasard, Sur mes Lèvres en 2001, Un Prophète en 2009 ou encore Dheepan en 2015).

Bon Baisers... à Lundi n'est pas un mauvais film. Bien au contraire, on y retrouve le cynisme et l'exceptionnelle qualité des dialogues de Michel Audiard. Surtout durant la première et la dernière partie du long-métrage. Cependant, le film souffre d'une baisse de régime conséquente en son centre, à tel point que l'on est en droit de se demander dans quelles proportions le réalisateur, scénariste et dialoguiste a perdu de son inspiration. La confrontation entre les braqueurs, admirablement menés par un Jean Carmet philosophe, et Bernard Blier suivi par une ''cours des miracle'' surréaliste est absolument jubilatoire. Les répliques fusent sous forme de duels linguistiques remarquables. Du moins, jusqu'à ce que l'ensemble des personnages ne quittent l'appartement du ''Lion'', Michel Audiard les envoyant faire une virée dans un bar ouvert tard dans la nuit, transformant ainsi Bon Baisers... à Lundi en une comédie potache, franchouillarde, du plus mauvais goût (la scène de la danse espagnole). N'y aurait plus manqué que la présence de Sim, de Henri Genès, de Pierre Doris ou d'Alice Sapritch pour se croire devant un film de Philippe Clair, de Michel Gérard ou de Max Pécas !!! Heureusement, la fin rehausse sensiblement le niveau. Mais en comparaison de comédies sorties la même année, dont on retiendra surtout et forcément Les Valseuses de Bertrand Blier, fils spirituel de Michel Audiard, Bon Baisers... à Lundi peine à convaincre dans son intégralité. Une œuvre portée par son interprétation, ses dialogues, mais néanmoins gâchée par une mise en scène parfois en dessous de tout...

samedi 4 août 2018

La Moutarde me Monte au Nez de Claude Zidi (1974) - ★★★★★★★☆☆☆



La Moutarde me Monte au Nez de claude Zidi est la première des deux comédies qui réunirent le cinéaste ainsi que Pierre Richard et Jane Birkin sur grand écran en 1974, puis l'année suivante avec La Course à l'Échalote. Un diptyque culinaire ? Non, car contrairement aux titre de ces deux classiques de la comédie françaises tout d'abord incarnées par l'un des deux plus grands comiques de l'époque (l'autre demeurant Louis de Funès), le sujet de ce premier long-métrage dont certaines séquences furent tournées au collège Mignet ainsi qu'au lycée du Sacré Cœur à Aix-en-Provence tourne autour du professeur de mathématiques Pierre Dubois, fiancé à la prof de sport Danielle (l'actrice Danielle Minazzoli), lequel va se retrouver dans une histoire rocambolesque à laquelle participera également bien malgré elle l'actrice anglaise Jackie Logan. Connu pour ses capacités de correcteur, trois élèves vont faire à leur professeur de mathématiques une mauvaise plaisanterie en permutant trois dossiers de plus ou moins grande importance. Ce qui va entraîner Pierre Dubois et l'actrice Jackie Logan dans des mésaventures dont ils se seraient bien passés...

Sur un scénario écrit en collaboration avec Michel Fabre, Claude Zidi propose une comédie légère qui tient surtout sur l'épatant duo constitué par les deux principaux interprètes après avoir tourné ses quatre premiers longs-métrages aux côtés des fameux Charlots. Le quartet abandonné, c'est coup sur coup deux longs-métrages qu'il signe en compagnie de Jane Birkin et Pierre Richard. La première a déjà prouvé sa valeur d'interprète depuis de nombreuses années puisqu'on a déjà notamment pu la découvrir dans le Blow-Up de Michelangelo Antonioni, dans La Piscine de Jacques Deray, et qu'elle irait bientôt se frotter à Jacques Ruffio (Sept Morts sur Ordonnance), John Guillermin (Mort sur le Nil) ou encore Patrice Leconte (Circulez y'a rien à Voir). Pour cette première incartade dans le cinéma de Claude Zidi, la chanteuse et actrice d'origine britannique incarne Jackie Logan, actrice elle-même, sur le tournage d'un western réalisé par Claudio, un irrésistible metteur en scène interprété par l'acteur et réalisateur italien Vittorio Caprioli. Pierre Richard est quant à lui ce petit professeur de mathématiques un brin maladroit, fiancé à la prof de sport donc, et fils du Docteur Hubert Durois, admirablement incarné par le drôlissime Claude Piéplu. Pierre est également l'ami de Patrick, lui, campé par Henri Guybet, un personnage lui-même neveu d'Albert Renaudin, le directeur d'un journal savoureusement interprété par le toujours excellent Julien Guiomar. Au détour d'une route, le spectateur aura en outre l'occasion de découvrir le comédien et humoriste Jean-Marie Proslier dans la peau d'un automobiliste homosexuel affublé d'une chevelure bleue !!!

Jane Birkin et Pierre Richard sont excellents et forment un duo relativement attachant. La bande-son du film est assurée par l'un des plus grands compositeurs de musiques de films de l'époque, le violoniste et chef-d'orchestre français d'origine roumaine, Vladimir Cosma. Produit par Christian Fechner qui n'est autre que le frère du Charlot Jean-Guy Fechner, on peut entendre Pierre Richard lui faire un clin d’œil lorsque son personnage demande à l'une de ses élèves portant le même nom de venir au tableau. Comme à son habitude, l'acteur français saute dans tous les sens avec un sens du burlesque qui n'appartient qu'à lui. Jane Birkin n'est pas en reste puisqu'on la voit mettre à mal une bonne quinzaine de cow-boys lors du tournage d'une scène d'action située dans un saloon. La Moutarde me Monte au Nez est le prétexte à un amoncellement de quiproquos, et plus étonnant, à une nouvelle relation entre Pierre et Jackie. Quarante-quatre ans après sa sortie, le film de Claude Zidi demeure toujours plaisant à redécouvrir. L'une des meilleures comédies sorties en cette année 1974...
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