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mardi 26 août 2025

Avant-première : L'homme qui a vu l'ours qui a vu l'homme de Pierre Richard (2025) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

L'acteur, réalisateur et scénariste français Pierre Richard ne s'était pas installé derrière une caméra depuis presque trente ans (en dehors du court-métrage SOS Siné Mensuel: Pierre Richard en 2022). Vingt-huit, pour être plus précis. Depuis qu'il s'était notamment mis en scène aux côtés de Véronique Genest, Carol Sihol, Daniel Russo, Isabelle Candelier ou encore Daniel Prévost dans Droit dans le mur. En cette soirée du 25 août 2025, il fallait donc avoir prévu d'acheter par avance sa place de cinéma tant le public qui afflua dans les quatre salles réservées à la projection de son nouveau long-métrage projeté en avant-première au cinéma CGR de Narbonne furent combles. Pour une raison très simple : la présence avant et après la séance de Pierre Richard en chair et en os. Un événement précédé par son passage dans le hall principal du multiplex, tout d'abord accueilli par un orchestre de tambours, puis par un public immédiatement acquis à la cause de l'un de nos plus grands acteurs. Que dis-je, un cinéaste, complet, qui multiplia durant sa carrière les rôles sur grand écran. Une carrière essentiellement vouée à la comédie, débutée comme bien d'autres avant et après lui par de petits rôles, très secondaires comme celui d'un agent de police dans Un idiot à Paris de Serge Korber en 1967 avant d'interpréter le rôle très remarquable de Colibert dans le classique d'Yves Robert l'année suivante, Alexandre le bienheureux... Dès le tout début des années soixante-dix, Pierre Richard passe alors derrière la caméra avec Le distrait. Comédie qu'il réalise, écrit et incarne. Très vite il se démarque par une approche fantaisiste, parfois proche du mime où son talent de ''gaffeur'' s'y exprime volontiers. Après cette savoureuse critique du monde de la publicité dans laquelle il s'amuse des codes propres au métier pour les détourner, Pierre Richard signe Les malheurs d'Alfred deux ans plus tard. Mais c'est surtout avec Je sais rien, mais je dirai tout que le cinéaste peaufine certains très de son caractère. Si tout comme dans Le distrait le personnage qu'il interprète s'appelle Pierre, ça n'est alors sans doute pas le fruit du hasard. Dans ce troisième long-métrage, Pierre Richard se montre féroce, acerbe et donc très critique envers la société. Et notamment vis à vis de la bourgeoisie dont il est lui-même issu à l'origine. Qui ne souvient pas du fameux dîner réunissant les membres d'une famille constituée de représentants de l'armée, de l'église ou d'une grande entreprise dont Pierre Richard se pose comme antithèse n'observera sans doute pas le rapport qu’entretient son troisième long-métrage avec L'homme qui a vu l'ours qui a vu l'homme.


Sans présager de la suite de sa carrière d'auteur puisque comme il le témoigna lui-même lors de cette avant-première, rien ne permet d'affirmer qu'il reviendra derrière la caméra, le huitième long-métrage de Pierre Richard pourrait bien être le dernier. Cela n'était pas arrivé depuis des décennies mais quatre salles furent donc réservées à la seule diffusion de sa dernière comédie devant l'incroyable affluence du public de tous âges qui est venu non seulement découvrir le film mais voir aussi et surtout en chair et en os l'un des plus attachants acteurs français. De sept à soixante-dix sept ans, comme le veut l'expression, le public est venu honorer Pierre Richard à grand renforts d'applaudissement. Soutenu avec grâce par une canne qui semble le suivre désormais partout, il a donc passé les portes du cinéma devant une foule particulièrement attentive à sa présence jusqu'à ce qu'il rejoigne l'un des symboles du film : une ''poupée' grandeur nature de l'ours du titre... La ferveur fut telle que pas un seul siège n'est resté libre. Pierre Richard ainsi que le jeune et talentueux Timi-Joy Marbot nous firent alors l'honneur de leur présence devant l'écran avant que les lumières ne s'éteignent et que ne soit lancée la projection. Après l'émotion d'avoir pu découvrir pour la toute première fois l'immense acteur à quelques mètres devant nous, L'homme qui a vu l'ours qui a vu l'homme a déroulé ses quatre-vingt huit minutes. Et au sortir de cette aventure pleine de surprises, de cocasseries, teintée d'émotion et de réparties dont Pierre Richard, l'auteur, eut toujours le secret, il n'est pas difficile de considérer L'homme qui a vu l'ours qui a vu l'homme comme faisant partie de ses tout meilleurs films en tant que réalisateur et scénariste. Un script auquel a d'ailleurs collaboré Anne-Sophie Rivière qui débute ici dans l'écriture...


Côté casting, outre la vedette et son jeune partenaire, Pierre Richard a essentiellement et volontairement opté pour des interprètes du cru. Parmi les rôles secondaires, en dehors de Louis-Do de Lencquesaing (qui incarne Christos, le fils de Grégoire), Gustave Kervern (dans le rôle de nanosh, le père du jeune Michel) ou d'Anny Duperey, l'on retrouve donc des acteurs du sud et du sud-ouest. Et ce, pour une raison simple : Pierre Richard voulait absolument avoir dans son film des acteurs et donc des personnages ''authentiques'' et pas simplement des parisiens qui n'auraient fait que mimer l'accent de la région où se situe l'action. Parmi ces derniers, l'on retrouve ainsi Patrick Ligardes, Jean-Claude Baudracco et même, un petit nouveau dans le milieu du cinéma. Un certain... Henri Forgues ! L'homme qui a vu l'ours qui a vu l'homme nous conte la relation entre un vieil homme qui a tout plaqué pour venir vivre dans le sud de la France et d'un jeune garçon atteint du Syndrome d'Asperger. Mais plutôt que de nous offrir une œuvre larmoyante, le duo ainsi que les seconds rôles nous offrent une comédie pleine de fantaisie. De ce point de vue là, on peut dire que Pierre Richard a chargé la mule. N'étant finalement pas essentiellement tourné autour de la rencontre entre un homme et un ours comme le titre pourrait le laisser entendre mais autour d'un florilège de personnages pittoresques (dont un fan de Johnny Hallyday qui tente de reconquérir son territoire amoureux auprès d'une épouse lassée de sa passion pour le chanteur), l'on retrouve le Pierre Richard de ses premières œuvres. Car derrière l'immense tendresse et le regard intense que porte l'acteur, scénariste et réalisateur sur ses acteurs et ses personnages, derrière la poésie et la folie douce des dialogues et des situations l'on retrouve un Pierre Richard taquin. Surtout lorsqu'il s'en prend encore une fois à la bourgeoisie ou plus encore à la Gendarmerie... Particulièrement inspiré, bourré de situations et de dialogues savoureux et souvent burlesques, L'homme qui a vu l'ours qui a vu l'homme a, d'après les nombreux rires qui se sont fait entendre durant la projection, remporté tous les suffrages. Une fois le générique de fin arrivé à terme, Pierre Richard et Timi-Joy Marbot sont réapparus devant l'écran pour une séance questions/réponses pleine d'humour. Puis tous les deux ont ensuite quitté la place. La salle, enfin, s'est vidée pour ne plus laisser qu'un grand vide mais nos têtes pleine d'images...

 

vendredi 15 mars 2024

Dany Boon - De l'autre côté du lit (2008) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Après avoir évoqué le sympathique mais pas extraordinaire Le code a changé de Danièle Thompson, poursuivons le cycle consacré à Dany Boon avec De l'autre côté du lit de la réalisatrice, scénariste et actrice française Pascale Pouzadoux. Laquelle signera en outre deux ans plus tard en 2011, l'infâme comédie La croisière avec Charlotte de Turckheim, Antoine Duléry, Line Renaud et Marilou Berry... Si cela peut vous aider à vous faire une opinion sur ce que peut receler d'indigent De l'autre côté du lit......... Car sur une échelle des qualités, nous descendons encore d'un pallier en comparaison de Bienvenue chez les Ch'tis qui douze mois plus tôt attirera plus de vingt millions de spectateurs dans les salles rien que dans notre pays. L'un des rares intérêts du second long-métrage de Pascale Pouzadoux demeure dans cet étonnant et franchement improbable couple qu'elle bâtit ici autour de Dany Boon et de la toujours délicieuse et pétillante Sophie Marceau. Il est sans doute cruel de revenir sur cette séquence gênante dont Sophie Marceau fut victime à l'époque de La boum me semble-t-il et lors de laquelle un journaliste assez peu délicat l'avait jugée de très mauvaise actrice, mais lorsque l'on assiste à sa prestation dans la comédie de Pascale Pouzadoux, on pourrait presque copier/coller la remarque désobligeante du dit journaliste pour en faire le symbole de son incarnation du personnage d'Ariane Marsiac. Bien que sa beauté permette qu'on lui pardonne presque tout (j'entends une voix robotisée prononcer : ''Mode macho activated !''), l'actrice alors âgée de quarante-deux ans en fait des caisses, surjouant, caricaturant, bouffant littéralement son compagnon de fiction Dany Boon qui, le pauvre se contentera presque des restes. Le contraste est d'ailleurs relativement saisissant et peu crédible lorsque l'on sait que le personnage qu'il interprète, Hugo Marsiac, est le PDG d'une grande entreprise alors qu'une fois l'étrange contrat signé avec sa femme, on le découvre quelque peu apathique ! Adapté par la réalisatrice elle-même à partir du roman éponyme de la journaliste et romancière Alix Girod de l'Ain, De l'autre côté du lit est typique des légions de comédies qui jusqu'à aujourd'hui gangrènent le septième art.


Formatée pour plaire à un public peu exigeant, tout y est d'une ''propreté'' exaspérante. Même lorsqu'il s'agit d'aborder le sujet de l'adultère. Complètement ringard, le film est peuplé de symboles qui vont en ce sens. Pourquoi infliger notamment à Dany Boon/Hugo la conduite d'une petite voiture entièrement rose ou le faire débarquer à l'école de ses deux enfants en pyjama ? Comme si la pauvreté des dialogues pouvait être palliée par quelques subterfuges d'ordre décoratifs ou vestimentaires....... Pascale Pouzadoux en profite d'ailleurs pour faire un clin d’œil au première long-métrage réalisé deux ans auparavant par son principal interprète masculin. En effet, alors que le personnage qu'il incarnait auprès de Michèle Laroque dans La maison du bonheur en 2006 était confronté à deux artisans du bâtiments particulièrement incompétents (excellents Laurent Gamelon et Zinedine Soualem), Pascale Pouzadoux nous refait le coup mais de manière très poussive. Aux côtés de Sophie Marceau et de Dany Boon l'on retrouve quelques acteurs bien connus du cinéma français, tel Roland Giraud qui n'était plus apparu sur grand écran depuis 18 ans après de Coline Serreau (suite de 3 hommes et un couffin) en 2003. L'on comprendra qu'après l'odieux assassinat de sa fille Géraldine Giraud à l'âge de trente-six ans le 1er novembre 2004 il ait désiré se retirer un temps des plateaux de cinéma. Il interprète ici le bras-droit de Hugo, Adolphe Nicard. Quant à Antoine Duléry, il deviendra un interprète régulier de la réalisatrice dès l'année 2003 avec Toutes les filles sont folles. Ici, il incarne le rôle de Maurice Cantuis, le conseiller du couple. Dans ce récit où les personnages interprétés par Sophie Marceau et Dany Boon vont tenter de régler leurs problèmes de couple en inter-changeant leurs fonctions, nous retiendrons qu'agir en esprit survitaminé n'est pas forcément un atout et qu'être plus posé peut au contraire se révéler une aubaine. Dans cette comédie où s'affrontent une Sophie Marceau surexcitée et un Dany Boon parfois léthargique, c'est peut-être finalement ce dernier qui l'emporte. Quant à elle, Pascale Pouzadoux signe une œuvre divertissante mais pas forcément drôle et dont les répliques font rarement mouche. Un comble pour un film qui se veut être une comédie...

 

samedi 16 décembre 2023

Nuit d'or de Serge Moati (1976) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Ainsi, à travers ce cycle, voulait s'exprimer un certain regard pour le cinéma français de l'étrange. Du plus profond de la nuit, cet art et ce goût si particulier pour la poésie et le surnaturel dont l'incommodante saveur fait parfois fuir même les spectateurs les plus endurcis. Dans une approche chronologique non ordonnée, l'invitation semble a priori séduisante mais fera sans aucun doute quelques déçus. Et pour commencer, Nuit d'or de Serge Moati. Oui, cet attentif spectateur de la vie politique qui ''osa'' consacrer un documentaire à l'ancien chef du Front National, ce journaliste et documentariste français, ce conseiller de François Mitterrand mais aussi, et cela est déjà plus surprenant, cet acteur que l'on découvrit notamment à l'âge de treize ans dans Les quatre cents coups de François Truffaut en 1959 ou dans Allons z'enfants d'Yves Boisset vingt-deux ans plus tard. Acteur de cinéma, certes, mais de télévision également. Comme dans la mini-série Sam, le pion de Patrice Martineau en 2002. Auteur de nombreux documentaires dont une bonne partie consacrée à la politique, a également réalisé un certain nombre de téléfilms ainsi que deux longs-métrages cinématographiques. Nuit d'or, donc, ainsi que Des feux mal éteints en 1994. Concernant le premier des deux, l'arrivée de Serge Moati dans le septième s'exprimait en grandes pompes en cette année 1976 qui vit les sorties de La meilleure façon de marcher de Claude Miller, de L'alpagueur de Philippe Labro, du Juge et de l'assassin de Bertrand Tavernier, du formidable Le Locataire de Roman Polanski, de Marie Poupée de Joël Séria ou de Calmos de Bertrand Blier, fils de Bernard Blier que compte justement parmi ses interprètes le long-métrage de Serge Moati. Une œuvre difficile à aborder, il est vrai mais qui au fond, colle assez bien avec l'éternelle ambiguïté que traînait derrière lui l'acteur allemand Klaus Kinski. Ici, l'interprète de cinq des plus grands films et d'un documentaires tous signés de son fascinant compatriote Werner Herzog entre 1972 et 1999 incarne Michel Fournier, membre d'une riche famille laissé pour mort mais revenu pour se venger de ceux qui avaient prévu de le faire assassiner.


Dans une ambiance feutrée, trouble et ''surnaturelle'', Serge Moati convoque pour l'occasion une sacrée brochette d'interprètes. Car outre Klaus Kinski et Bernard Blier (lequel, trois ans avant d'incarner l'inspecteur Morvandieu dans le chef-d’œuvre réalisé par son propre fils, Buffet Froid, interprétait déjà un rôle de flic apparemment inébranlable) l'on retrouve au générique des têtes aussi connues que celles de Charles Vanel, Maurice Ronet, Jean-Luc Bideau chez les hommes et Anny Duperey, Marie Dubois ou Catherine Arditi du côté féminin. Nimbé d'une photographie signée d'André Neau, Nuit d'or s'offre comme une succession de couches de peinture écaillée brisant l'apparente monotonie d'une famille aisée et d'un flic bien sous tous rapports et laissant apparaître une sordide histoire de meurtre. Ou plutôt, de tentative puisque le supposé fantôme de Michel Fournier ne se révélera finalement pas tel que l'on pouvait le supposer mais de retour après que son assassin supposé ait avoué n'avoir pas eu le courage de le tuer. Le mystère d'une œuvre provient, parfois, d'idées saugrenues plus que de l'atmosphère qui s'en dégage. Si dans le cas de Nuit d'or émane un climat pesant, brumeux et à la limite du rêve et plus certainement du cauchemar, la mise en scène, l'interprétation et le scénario restent sans doute les éléments les plus mystérieux de cette histoire qui de nos jours ne passionnera sans doute que les fans de fantastique à la française parmi les plus scrupuleux ! Dans un style théâtrale parfois très pompeux (l'incarnation hystérique de Klaus Kinski), Serge Moati signe une œuvre prédisposée à encadrer une soirée consacrée au cinéma hexagonal dans ce qu'il peut avoir de plus auteurisant. Chiant pour les uns, attractif pour les autres, on ne saisit pas forcément tout ce qu'il est pourtant important de savoir au sujet de ses personnages ou de l'intrigue. Reste que Nuit d'or demeure une expérience très particulière englobant tour à tour rejet et fascination. Ce que l'on a coutume de nommer Objet Filmique Non Identifié...

 

samedi 11 septembre 2021

Meurtres à domicile de Marc Lobet (1982) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Un collectionneur d'art, un vieil homme amateur de ''littérature'' érotique, une inspectrice de police, un sculpteur de nus, un éleveurs d'oiseaux, une femme s'adonnant à la magie noire ou un nettoyeur de cadavres. Voilà quelques exemples de locataires vivant dans un immeuble cossu de la capitale française. Une faune bigarrée qui rappellera sans doute à certains spectateurs celle de l'excellent Delicatessen que Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro réaliseront neuf ans plus tard, au point que l'on se demande si les deux hommes ne se sont pas quelque peu inspirés du second long-métrage du réalisateur Marc Lobet pour constituer les étranges locataires de l'immeuble où se déroulera l'intrigue de leur film de science-fiction dystopique et post-apocalyptique. L’œuvre de Marc Lobet, elle, penche plutôt du côté du thriller même si ses curieux personnages et l'étonnante partition musicale que l'on entend en arrière-plan donnent à Meurtres à domicile de drôles d'allures de film fantasmagorique. Alors que Max Queyrat (Bernard Giraudeau) a convié la plupart des habitants de l'immeuble a la première représentation de la pièce de Shakespeare Othello dans laquelle il tient le premier rôle, quelqu'un a profité de leur absence pour tuer l'un des locataires resté sur place. Chargée par son supérieur d'enquêter sur la mort de l'homme, Aurélia Maudru (Anny Duperey) réalise rapidement que plusieurs de ses voisins eurent un mobile pour tuer le vieil homme retrouvé poignardé dans sa bibliothèque. Et parmi eux, Madame Vianna (Marie-Ange Dutheil) sur laquelle sera retrouvée une forte somme d'argent ayant appartenu à la victime, Raoul Queyrat (Iswig Stéphane) que sa jeune compagne Pauline (Eva Ionesco) semble vouloir protéger, laquelle posa elle-même pour l'un des magazines érotiques dont entra en possession le mort. Ou encore le propriétaire de l'immeuble, Julius Zepernick (Daniel Emilfork), intéressé par une vieille mappe-monde appartenant à la victime qui ne voulait pas lui vendre et qui pourtant trône désormais dans son appartement...


Autant dire que Meurtres à domicile ouvre la voie à une enquête difficile qui malheureusement pour le spectateur, ne sortira pas vraiment des sentiers battus et qui, mise à part les curieux ''phénomènes'' qui pullulent au sein de cet immeuble bourgeois, reste d'un classicisme relativement décevant. Bien qu'il ait apparemment bénéficié d'une sortie nationale en octobre 1982, ce long-métrage adapté du roman Hôtel meublé de l'écrivain belge Thomas Owen par le réalisateur lui-même ainsi que par Jean Van Hamme déroule une intrigue classique. Une enquête policière finalement à peine digne de n'importe quelle série télévisée hexagonale. À côté de son inspectrice Aurélia Maudru qu'interprète pourtant avec une certaine vigueur l'actrice Annt Duperey, le commissaire Maigret version Bruno Cremer s'en sort nettement mieux. Sur un ton ironique et absurde, l’œuvre de Marc Lobet se situe presque entièrement dans l'immeuble, offrant ainsi à Meurtres à domicile son contexte de huis-clos que dérangent à peine quelques séquences tournées en extérieur. Si l'identité du tueur n'est pas connue dès le début du récit, un peu de jugeote et de réflexion permettront à comprendre très rapidement lequel des locataires est directement impliqué dans l'assassinat du vieil homme. Long-métrage franco-belge, on sent bien les origines de Meurtres à domicile dont l'humour à froid est une habitude chez nos voisins. Malgré une galerie de portraits intéressante, la sauce ne prend pas vraiment. La faute non pas à l'interprétation (un très beau parterre d'intervenants au demeurant) mais plutôt à un scénario qui se contente du minimum syndical et nuit donc très fortement à l'intérêt général d'un film lorgnant du côté d'Agatha Christie mais sans jamais en avoir la richesse narrative...

 

lundi 2 septembre 2019

Just a Gigolo d'Olivier Baroux (2019) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Just a Gigolo ou l'histoire d'un... gigolo prénommé Alex qui après 28 années de fidélité apportées à une richissime vieille dame est remplacé du jour au lendemain par un plus jeune que lui et se retrouve à dormir dans une maison de poupée rose-bonbon sur le terrain jouxtant l'immense demeure d'une bourgeoise qui entretient son ami Daniel. Pratiquement à la rue, Alex décide de renouer avec sa sœur Sarah qu'il n'a pas revu depuis des années et qui depuis est divorcée et a un fils qui se prénomme Hugo. Un jour, Alex propose à Sarah d'accompagner Hugo jusqu'à l'école et y tente de faire la connaissance avec la grand-mère de la jeune Eva dont est amoureux Hugo. Samantha Hirsch est une femme riche qu'il est difficile d'approcher. C'est donc en se servant de son neveu qu'Alex va tenter de nouer le contact avec elle...

Dixième long-métrage d'Olivier Baroux réalisateur, Just a Gigolo est une fois encore une comédie, et une fois encore interprétée par son fidèle ami Kad Merad qu'il rencontre en 1991 sur la radio parisienne OUI FM avant d'intégrer entre autre la chaîne Comédie où ils animeront ensemble La Grosse Émission créée par l'ancien Nul, Dominique Farrugia. La carrière de cinéaste d'Olivier Baroux oscillant entre excellence (L'Italien en 2010) et désastre artistique (Mais qui a re-tué Pamela Rose ? En 2012), Just a Gigolo maintient une certaine moyenne même si en comparaison des poids lourds en matière de comédie, son dernier film est carrément à la ramasse. Ici, tout est sur un ton léger et une écriture sans éclats particuliers. Quelques séquences qui auraient pu tendre au statut de scènes cultes si elles n'étaient pas noyées dans une mare où les stéréotypes font bon ménage avec la niaiserie.

L'un des atouts de cette petite comédie familiale Olivier Baroux et Kad Merad mais d'abord inspirée par le film américain réalisé par le cinéaste Ken Marino en 2017, How to be a Latin Lover, demeure sans doute dans la découverte du jeune Léopold Moati qui incarne un Hugo surdoué très attachant. Quant à l'actrice Anne Charrier qui incarne la sœur du héros, on la vit auprès du Kad Merad réalisateur dans la comédie Marseille sortie trois ans auparavant. Just a Gigolo est également l'occasion de retrouver l'actrice Anny Duperey dans le rôle de Samantha Hirsch, l'acteur Pascal Elbé dans celui de Daniel, ou encore Thierry Lhermitte qui fait ici une courte apparition dans la peau d'un vieux Gigolo, ainsi que Guy Lecluse et Lionel Abelanski dans celles des frères Serge et Gilles. Si tout y est déjà couru d'avance en matière d'humour et donc de réaction de la part des spectateurs, Just a Gigolo est pourtant une comédie qui se laisse regarder sans réel déplaisir. On retiendra malheureusement une fois de plus le jeu plus qu'approximatif de Kad Merad qui, dès lors que lui est demandé d'exprimer certaines émotions, est peu crédible. Une comédie dans la moyenne de celles dont la qualité a malheureusement tendance à se généraliser (celles d'exception se faisant rares). Vite vue, vite oubliée...

mercredi 17 avril 2019

Les Compères de Francis Veber (1983) - ★★★★★★★★★☆



Il s'en passe des choses dans cette seconde aventure du réalisateur et scénariste Francis Veber offerte au duo formé par Gérard Depardieu et Pierre Richard. Bien différents des personnages qu'ils incarneront trois ans plus tard tout en conservant malgré tout le nom de leur personnage respectif, les deux interprètes des Compères s'avèrent être un mélange entre ceux qu'ils furent dans La Chèvre et ceux qu'il deviendront quelques années plus tard dans Les Fugitifs. Après avoir incarné le détective Campana dans le premier volet de la trilogie Veber/Depardieu/Richard et avant son rôle d'ancien braqueur récemment libéré dans le dernier, Gérard Depardieu campe cette fois-ci le journaliste Jean Lucas, lequel profite de son séjour à Nice pour rechercher Tristan, un adolescent de dix-sept qui s'est enfui du domicile familiale et que la mère (interprétée par l'actrice Anny Duperey) fait passer pour le propre fils du journaliste afin qu'il accepte de l'aider à retrouver son enfant. Un mensonge qu'elle tente également de faire gober à François Pignon, un instituteur au chômage, dépressif, et qui n'a actuellement rien de mieux à faire que de se lancer lui aussi à la recherche de celui qu'il croit désormais être son fils...

Si Gérard Depardieu conserve à peu de choses près le même tempérament à travers chacun des segments de la trilogie, le personnage qu'interprète Pierre Richard est lui, plus nuancé. Convaincu d'être le chef des opérations devant mener à la localisation d'une jeune fille de PDG kidnappée dans La Chèvre, il passait dans Les Fugitifs pour un pauvre bougre avec lequel la vie n'était pas particulièrement tendre (veuf, sans emploi, et père d'une petite fille muette qui lui sera enlevée par les services sociaux, avouez que l'on peut rêver mieux comme existence...). Avec Les Compères, Francis Veber mixe les deux personnages alors même que celui des Fugitifs fait encore partie du futur (le film ne sera en effet tourné que trois ans plus tard). En milieu de parcours, l'acteur campe donc un individu dépressif convaincu d'être le père d'un jeune fugueur. C'est donc ainsi que l'on remarque la lente transformation de François Pignon, passant du type pleurant parce qu'un serveur a oublié une fois encore d'ajouter de la crème dans son café, au gars près à en découdre avec un chef de bande particulièrement dangereux. Ce dernier, incarné par le rouquin Patrick Blondel (ça ne s'invente pas) exhibe effectivement très régulièrement son couteau à cran d'arrêt. Le rôle de père lui donne donc des ailes et le voir se sentir assez fort pour se confronter à une bande de blousons noirs est relativement jouissif et rappelle, toutes proportions gardées, la prétention du personnage qu'il interprétait parfois dans La Chèvre (on se souvient notamment de la séquence à l'aéroport d'Orly l'opposant à l'excellent Michel Fortin...).

Parmi les seconds rôles, nous retrouvons notamment les acteurs Michel Aumont, père ''officiel'' du jeune Tristan incarné par Stéphane Bierry. Maurice Barrier, dans le rôle d'un propriétaire d’hôtel particulièrement antipathique (acteur qui apparaîtra également dans celui du commissaire Duroc dans Les Fugitifs). Quant à Philippe Khorsand et Jean-Jacques Scheffer, est-ce le fruit du hasard ? Toujours est-il que leur double rôle d'hommes de main de Rossi, un mafieux, rappelle ostensiblement celui qu'interprétèrent Maurice Barrier et Jean Chaulnier dans Le Grand Blond avec une Chaussure Noire (Chaperon et Poucet), ainsi que Henry Guibet et Hervé Sand dans la suite elle-même réalisée par Yves Robert, Le Retour du Grand Blond (Charmant et Prince). S'agirait-il d'un hommage appuyé ? Comme le premier et le troisième, ce second volet de la trilogie Veber/Depardieu/Richard est une excellente surprise, bourrée de répliques cultes et de séquences jubilatoires (Maurice Barrier recevant la visite des multiples ''père'' de Tristan, la scène de la station-service, celles de la patinoire, etc...). Trente ans après, Les Compères n'a pas perdu de son charme et demeure l'une des toutes meilleures comédies françaises des années quatre-vingt dont se sont évidemment emparés les américains puisqu'un remake fut réalisé par Ivan Reitman en 1997 sous le titre Drôles de Pères (Father's Day) avec dans les principaux rôles, Robin Williams et Billy Crystal. Inutile de préciser que la version de Francis Veber demeure la meilleure...

dimanche 17 juin 2018

Un Éléphant ça Trompe Énormément d'Yves Robert (1976) - ★★★★★★★☆☆☆



Jean Rochefort, Claude Brasseur, Guy Bedos, Victor Lanoux. Quatre grand acteurs français, et pourtant, je ne sais pas si tel est le cas de beaucoup de spectateurs, mais malgré l'immense talent de chacun, le film me renvoie surtout systématiquement aux fugaces apparitions de Christophe Bourseiller, qui bien avant d'être journaliste et écrivain, montait déjà sur les planches. Ou plutôt, traînait sur les plateaux de tournage. Dès l'âge de quatre ans d'ailleurs, sur celui de La Guerre des Boutons, déjà réalisé par Yves Robert. Ensuite, Godard, à trois reprises, puis de nouveau Yves Robert avec le diptyque dont j'évoquerai ici pour commencer, le premier volet, Un Éléphant ça Trompe Énormément. Le genre de classique de la comédie française indémodable cadrant son objectif sur quatre amis de longue date. Une chronique irrésistible commentée en voix off par un Jean Rochefort qui sans les images, paraîtrait beaucoup plus à son aise que son personnage ne le montre en réalité. Christophe Bourseiller donc, l'inoubliable documentaliste vouant un culte à l'inactivité, à l'absolu liberté de ne rien faire, le quatrième comparse du quatuor incarné à ses côtés par Patrick Bruel, Laurent Gamelon et Fabrice Luchini dans P.R.O.F.S, c'est ici ce gamin qui déclare sa flamme à l'épouse d’Étienne Dorsay (Jean Rochefort), incarnée à l'écran par Danièle Delorme, lui avouant être tombé amoureux de ses seins. Mais attention, surtout le gauche ! Aussi vif qu'un adolescent sous perfusion de valium, Christophe Bourseiller fait de chacune de ses interactions avec l'actrice, une scène définitivement culte ! On regrette de ne pas l'y voir incarner un personnage plus important, du moins, plus présent à l'écran. Quoique. Peut-être sont-ce ces instantanés d'une durée insuffisamment longue qui font justement le sel de ses apparitions.
Ce qui bien entendu n'évacue pas les autres interprètes qui, chacun à leur manière, vont apporter leur pierre à l'édifice. Et pour commencer, Jean Rochefort. Presque le personnage principal, se détachant quelque peu des trois autres, se fabriquant un portrait fort séduisant mais qui à l'image lui fait quelque peu défaut. Marié de longue date à Marthe, il est 'victime' ce que l'on a communément l'habitude d'appeler un 'coup de foudre'. Et ce coup de foudre, c'est Charlotte, une belle jeune femme, grande, élancée, incarnée par l'actrice Anny Duperey. Un bouleversement dans l'existence habituellement bien ordonnée d’Étienne, car cette femme, le mari heureux va chercher à la revoir...

Ensuite, nous retrouvons l'acteur humoriste Guy Bedos qui dans la peau de Simon est littéralement étouffé par sa mère, elle-même incarnée par Marthe Villalonga. Née en 1932 à Fort-de-l'Eau en Algérie, cette actrice célèbre pour avoir de nombreux seconds rôles n'est l’aînée de Guy Bedos que de deux ans, lui étant né en 1934. Et pourtant, le peu de différence qui sépare les deux interprètes demeure invisible. Ils campent tous les deux un formidable duo mère-fils, sans cesse tiraillé par les rapports beaucoup trop 'serrés' qu'ils entretiennent. Le troisième bon copain d’Étienne, c'est Bouly, incarné par Victor Lanoux. Contrairement à son ami qui va bientôt entamer sa première relation adultère, Bouly est un habitué de la chose. Ce qui mettra malheureusement son couple en péril. Enfin, il y a Daniel, interprété par Claude Brasseur. Le plus mystérieux des quatre hommes. On sait peu de choses sur le bonhomme, du moins jusqu'à ce que nous soit révélée son homosexualité. Comme le désirait l'acteur, qui contre l'avis de son agent accepta le rôle, il ne voulait surtout pas faire de Daniel, une image trop caricaturale de l'homosexuel. Le film bénéficiant ainsi d'un personnage conservant un certain mystère.

C'est la sixième fois qu'Yves Robert fait appel aux services de Vladimir Cosma pour composer la bande originale du film après, entre autres, Clérambard en 1969, et salut l'Artiste en 1973. Un Éléphant ça Trompe Énormément est une comédie joyeuse, traversée de moments plus délicats. C'est la troisième fois que le cinéaste écrit à quatre mains le scénario en compagnie du romancier, chansonnier, scénariste et dialoguiste (entre autres casquettes) Jean-Loup Dabadie. On peut affirmer sans risques que des œuvres telles que Le Cœur des Hommes et ses suites ne sont autre que les descendantes directes de Un Éléphant ça Trompe Énormément et de sa suite Nous Irons tous au Paradis qu'Yves Robert réalisera l'année suivante. À noter que le cinéaste américain Gene Wilder réalisera un remake en 1984 sous le titre La Fille en Rouge.
Au final, Un Éléphant ça Trompe Énormément demeure après toutes ces années comme l'une des meilleures comédies françaises de ce milieu des années soixante-dix. Les scènes plaçant Danièle Dselorme face à un Christophe Bourseiller amoureux sont irrésistiblement drôles, tout comme certains passages avec Jean Rochefort (la rencontre en pleine forêt et à cheval entre son personnage et celui incarné par Anny Duperey), la scène durant laquelle Simon-Guy Bedos reçoit l'un de ses patients dans son cabinet, ou encore celle où Claude Brasseur simule la cécité dans un restaurant afin de redonner le sourire à un Victor Lanoux plaqué par sa femme. Un classique indémodable, à revoir sans conditions...
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