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samedi 16 décembre 2023

Nuit d'or de Serge Moati (1976) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Ainsi, à travers ce cycle, voulait s'exprimer un certain regard pour le cinéma français de l'étrange. Du plus profond de la nuit, cet art et ce goût si particulier pour la poésie et le surnaturel dont l'incommodante saveur fait parfois fuir même les spectateurs les plus endurcis. Dans une approche chronologique non ordonnée, l'invitation semble a priori séduisante mais fera sans aucun doute quelques déçus. Et pour commencer, Nuit d'or de Serge Moati. Oui, cet attentif spectateur de la vie politique qui ''osa'' consacrer un documentaire à l'ancien chef du Front National, ce journaliste et documentariste français, ce conseiller de François Mitterrand mais aussi, et cela est déjà plus surprenant, cet acteur que l'on découvrit notamment à l'âge de treize ans dans Les quatre cents coups de François Truffaut en 1959 ou dans Allons z'enfants d'Yves Boisset vingt-deux ans plus tard. Acteur de cinéma, certes, mais de télévision également. Comme dans la mini-série Sam, le pion de Patrice Martineau en 2002. Auteur de nombreux documentaires dont une bonne partie consacrée à la politique, a également réalisé un certain nombre de téléfilms ainsi que deux longs-métrages cinématographiques. Nuit d'or, donc, ainsi que Des feux mal éteints en 1994. Concernant le premier des deux, l'arrivée de Serge Moati dans le septième s'exprimait en grandes pompes en cette année 1976 qui vit les sorties de La meilleure façon de marcher de Claude Miller, de L'alpagueur de Philippe Labro, du Juge et de l'assassin de Bertrand Tavernier, du formidable Le Locataire de Roman Polanski, de Marie Poupée de Joël Séria ou de Calmos de Bertrand Blier, fils de Bernard Blier que compte justement parmi ses interprètes le long-métrage de Serge Moati. Une œuvre difficile à aborder, il est vrai mais qui au fond, colle assez bien avec l'éternelle ambiguïté que traînait derrière lui l'acteur allemand Klaus Kinski. Ici, l'interprète de cinq des plus grands films et d'un documentaires tous signés de son fascinant compatriote Werner Herzog entre 1972 et 1999 incarne Michel Fournier, membre d'une riche famille laissé pour mort mais revenu pour se venger de ceux qui avaient prévu de le faire assassiner.


Dans une ambiance feutrée, trouble et ''surnaturelle'', Serge Moati convoque pour l'occasion une sacrée brochette d'interprètes. Car outre Klaus Kinski et Bernard Blier (lequel, trois ans avant d'incarner l'inspecteur Morvandieu dans le chef-d’œuvre réalisé par son propre fils, Buffet Froid, interprétait déjà un rôle de flic apparemment inébranlable) l'on retrouve au générique des têtes aussi connues que celles de Charles Vanel, Maurice Ronet, Jean-Luc Bideau chez les hommes et Anny Duperey, Marie Dubois ou Catherine Arditi du côté féminin. Nimbé d'une photographie signée d'André Neau, Nuit d'or s'offre comme une succession de couches de peinture écaillée brisant l'apparente monotonie d'une famille aisée et d'un flic bien sous tous rapports et laissant apparaître une sordide histoire de meurtre. Ou plutôt, de tentative puisque le supposé fantôme de Michel Fournier ne se révélera finalement pas tel que l'on pouvait le supposer mais de retour après que son assassin supposé ait avoué n'avoir pas eu le courage de le tuer. Le mystère d'une œuvre provient, parfois, d'idées saugrenues plus que de l'atmosphère qui s'en dégage. Si dans le cas de Nuit d'or émane un climat pesant, brumeux et à la limite du rêve et plus certainement du cauchemar, la mise en scène, l'interprétation et le scénario restent sans doute les éléments les plus mystérieux de cette histoire qui de nos jours ne passionnera sans doute que les fans de fantastique à la française parmi les plus scrupuleux ! Dans un style théâtrale parfois très pompeux (l'incarnation hystérique de Klaus Kinski), Serge Moati signe une œuvre prédisposée à encadrer une soirée consacrée au cinéma hexagonal dans ce qu'il peut avoir de plus auteurisant. Chiant pour les uns, attractif pour les autres, on ne saisit pas forcément tout ce qu'il est pourtant important de savoir au sujet de ses personnages ou de l'intrigue. Reste que Nuit d'or demeure une expérience très particulière englobant tour à tour rejet et fascination. Ce que l'on a coutume de nommer Objet Filmique Non Identifié...

 

dimanche 23 janvier 2022

Edgar Wallace/Alfred Vohrer : Les mystères de Londres (Die toten Augen von London) (1961) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Les Mystères de Londres (ou Die toten Augen von London dans sa langue d'origine) est le sixième long-métrage du réalisateur allemand Alfred Vohrer et sa première incartade dans l'univers du romancier britannique Edgar Wallace auquel il rendra hommage dans un certain nombre de longs-métrages. Dont celui-ci, donc, qui à l'origine fut un roman édité en 1924 sous le titre The Dark Eyes of London (également sorti sous celui de The Croakers) et connu tout d'abord une adaptation anglaise tournée en 1939 par le réalisateur et scénariste britannique Walter Summers sous le nom du Tueur Aveugle (le titre original reprenant celui de l'ouvrage d'Edgar Wallace)... Londres, sa Tamise, son fog, ses ruelles mal éclairées et... son assassin ! Ou plutôt, SES assassins puisqu'on le découvrira au fil du récit, cette étrange enquête menée par l'inspecteur Larry Holt (l'acteur allemand Joachim Fuchsberger) et le sergent Sunny Harvay (Eddi Arent, une sorte de version de ''Stan Laurel'' en mode germanique) qui vont tour à tour inspecter des lieux aussi inattendus qu'un établissement pour aveugles dirigé par le révérend Dearborn (Dieter Borsche) et parmi lesquels se trouvait à une époque un certain Jacob Farell connu sous le sobriquet de ''Jack l'aveugle''. Ancien membre des ''Yeux noirs de Londres'' dont les adhérents avaient pour habitude de démarcher auprès des habitants de la ville, celui-ci a depuis disparu. Mais va s'avérer n'être pas vraiment loin de l'établissement puisqu'en compagnie d'un certain Lew Norris (l'acteur Bobby Todd), il vit dans les combles de l'édifice et participe à l'étrange manège consistant à kidnapper de riches vieux hommes portant tous des lunettes et retrouvés ensuite noyés dans la Tamise...


C'est de cette enquête dont à chargé l'inspecteur-chef (Fritz Schröder-Jahn) nos deux policiers de Scotland Yard, Sunny Harvay faisant ici office de second à l'humour et à l'attitude mimant à peu de chose près ceux du célèbre acteur et humoriste britannique Stan Laurel qui aux côtés d'Oliver Hardy fit partie du célèbre duo de comiques Laurel et Hardy. Malgré le ton humoristique de ses apparitions à l'écran, l'enquête, elle, est on ne peut plus sérieuse et transportera l'Inspecteur Larry Holt et son second jusqu'à un club de jeu servant de repère à toutes sortes d'individus dont la prostituée Fanny Weldon (l'actrice finalndaise Ann Savo) ou un certain Fred dit ''Le branque'' (Harry Wüstenhagen). Outre la question d'assassinats en série commis sur des hommes ayant pour similitude de tous porter des lunettes, d'être d'origine étrangère et d'avoir un certain âge, Les Mystères de Londres, c'est aussi le récit d'un chantage dont fera les frais le directeur d'un cabinet d'assurances Stephen Judd (Wolfgang Lukschy) et autour duquel se bousculeront les prétendants à l'extorsion de fonds. Dans un Londres plongé sous une épaisse couche de brouillard , généralement filmé de nuit lors de pleines lunes, l’œuvre du réalisateur allemand est véritablement hantée par l'autrichien Adi Berber qui avant de se lancer dans une carrière d'acteur en 1936 avec Burgtheater de Willi Forst fut tout d'abord lutteur professionnel, sport dans lequel il devint en 1937 champion du monde lors d'une compétition se déroulant à Chemnitz en Allemagne...


Figure impressionnante et impressionniste de la criminalité dans l’œuvre ici présente d'Alfred Vohrer, l'acteur stupéfie par sa masse (150 kg), sa taille (plus d'un mètre quatre-vingt dix) et surtout, son visage sinistre rendu encore plus repoussant pat ses globes oculaires complètement blancs. C'est d'ailleurs ainsi que sont décrits tous ceux atteints de cécité. Ou presque. Mais ce qui fait la différence entre ceux qui vivent auprès du révérend et celui qui se fait donc appeler "Jack l'aveugle", c'est l'attitude de ce dernier. Monstre tout de muscles et de graisse enrobé, à la cervelle d'oiseau et aux bras recouverts d'une épaisse couche de poils. Les Mystères de Londres est en cela proche du cinéma d'épouvante typique de l'époque, entre les prolifiques thèmes entourant Jack l'éventreur ou le docteur Jekyll et mister Hyde. Mais également du cinéma noir avec son contingent de ''sales gueules'' et d'escrocs qui dans le cas présent, paraissent parfois plus nombreux que les honnêtes gens. Heureusement, quelques bonnes âmes viennent assurer que la ville de Londres n'est pas définitivement tombée aux mains des brigands. À l'image de la charmante Nora Ward (Karin Baal), l'une des futures victimes d'une étrange machination. À noter que parmi les interprètes de cette coproduction réunissant l'Allemagne, la France, le Danemark, les Pays-Bas, le Mexique et les États-Unis, nous retrouvons à l'écran l'acteur allemand Klaus Kinski dans le rôle d'Edgar Strauss, l'un des collaborateurs de Stephen Judd. L'acteur imprimait déjà de son aura, la pellicule du film. Les Mystères de Londres est une excellente surprise et laisse augurer du meilleur pour la suite puisque dans les années qui viendront, Alfred Vohrer reprendra à son compte plusieurs récits d'Edgar Wallace qu'il transposera à l'écran...

 

mercredi 28 juillet 2021

Location Africa de Steff Gruber (1987) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Après avoir accompagné l'acteur Klaus Kinski et le réalisateur Werner Herzog dans les aventures du personnage de Cobra Verde dans le film du même nom, quoi de plus indispensable que de poursuivre cette exceptionnelle expérience en y ajoutant juste derrière, l'excellent documentaire du réalisateur et photographe suisse Steff Gruber ? Bien avant tout le monde, ce dernier crée le premier fournisseur d'accès à internet suisse, Cultnet au tout début des années quatre-vingt. C'est lors du tournage de son documentaire-fiction Fetish & Dreams en 1982 qu'il fait la connaissance de Werner Herzog avec lequel il collaborera cinq ans plus tard pour donner vie à Location Africa, un documentaire exclusivement consacré aux coulisses du tournage de Cobra Verde. Le formidable témoignage d'une amitié compliquée entre deux hommes, le réalisateur et Klaus Kinski qu'il engagea là pour la cinquième et dernière occasion. Des coulisses à ciel ouvert puisque le documentaire est entièrement tourné au Ghana et s'intéresse en fait surtout à l'une des pièces maîtresses du long-métrage : la séquence d'entraînement d'un millier de figurants de sexe féminin, toutes leurs représentantes incarnant alors les centaines de guerrières amazones qui aux côtés de Cobra Verde auront la charge de défaire l'autorité du roi du Dahomey. La voix-off de Steff Gruber nous explique le cheminement qui l'a amené à tourner avec sa propre caméra ce documentaire. Une caméra portée à l 'épaule par l'un de ses collaborateurs puisque lui-même apparaît à diverses reprises devant l'objectif.


Une attitude qui pourra parfois paraître sinon envahissante, du moins étonnante lorsque l'on prend en compte le fait que le projet tourne tout d'abord autour de ses deux vedettes et du film qu'ils ont la lourde tâche de mener à bien... ''Ils'' puisque comme le veut la légende et comme le confirment les images, Klaus Kinski se voit une fois n'est pas coutume comme le prophète à la place du prophète. S'insinuant un peu trop souvent dans la tâche qui incombe en vérité à Werner Herzog, l'acteur veut décider de tout. Et pas seulement en ce qui concerne sa propre direction d'acteur mais concernant également la manière de filmer. De placer la caméra à tel ou tel endroit. Bizarre d'ailleurs. Car si dans certaines circonstances Klaus Kinski se veut au premier plan de l'image comme la star qu'il revendique être, il laisse parfois tout latitude pour que soient filmées en priorité ces dizaines, ces centaines de figurantes à la peau couleur d'ébène. Ces dernières, justement. Que Steff Gruber filme et questionne à intervalles réguliers. Leur demandant à tour de rôle ce qu'elles pensent du tournage, livrant pour certaines leur rêve illusoire de devenir des stars de cinéma. Avec sa technique toute particulière de filmer, on découvre un Werner Herzog otage de promesses que la production ne semble pas prête à tenir. Une question d'argent bien entendu, qui mènera un millier de figurantes à menacer le réalisateur de refuser de porter leur costume et d'arrêter de tourner l'indispensable séquence d'entraînement des amazones s'il n'accepte pas de leur accorder le double de ce que la production (qui avait tout d'abord décidé de couper la poire en deux) leur avait promis...


Mais un documentaire avec au centre le charismatique interprète allemand ne pouvait en être véritablement un que si on pouvait le voir entrer dans ses légendaires colères. Pour des raisons parfois futiles, cet éternel besoin de reconnaissance qui s'exprime tantôt de manière inquiétante, tantôt de façon infantilisante. D'une durée dépassant à peine les soixante minutes, Location Africa est un documentaire fascinant qui témoigne d'abord des difficultés rencontrées par un cinéaste pourtant rompu à la chose (on sait les expériences passées d'Aguirre, la colère de Dieu et de Fitzcarraldo ô combien éprouvantes), humaniste (puisqu'il prend sur lui de promettre aux figurantes qu'elles toucheront bien l'argent exigé), patient (il faut voir le temps qu'il passe à tenter de faire comprendre à Klaus Kinski ses choix artistiques, au détriment, parfois, de figurants qui perdent patience à brûler sous l'implacable soleil) et très libre dans sa conception du cinéma. Un Werner Herzog que l'on aurait sans doute aimé voir plus souvent à l'image. Seul petit défaut d'un documentaire que tout fan de l'acteur et (ou) du réalisateur se doit d'avoir vu au moins une fois dans sa vie de cinéphile...

 

mardi 27 juillet 2021

Cobra Verde de Werner Herzog (1987) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

L'acteur Klaus Kinski et le réalisateur Werner Herzog ont en commun leurs origines, cinq longs-métrages de fiction (Aguirre, la colère de Dieu en 1972, Nosferatu Fantôme de la Nuit et Woyzeck en 1979, Fitzcarraldo en 1982 et enfin Cobra Verde en 1987), ainsi qu'une poignées de documentaires les mettant en scène tous les deux lors de leurs divers tournages en commun dont les fascinants Burden of Dreams de Les Blank réalisé en 1982 et My Best Fiend signé de Werner Herzog lui-même en 1998. Après avoir écrit il y a de cela quelques années des articles consacrés aux quatre premiers longs-métrages coopératifs entre les deux hommes, il fallait bien que j'aborde enfin le dernier d'entre eux. Cobra Verde fait voir du pays aux deux hommes, à l'équipe technique et aux spectateurs puisque le film partage son intrigue entre le Sertão qui est une région du Brésil située dans l'arrière pays, le Ghana et enfin le Bénin. Werner Herzog et son acteur fétiche quittent le Pérou de Aguirre, la colère de Dieu et Fitzcarraldo, traversent l'océan Atlantique pour se rendre dans des régions particulièrement arides pour donner vie à l'adaptation du roman The Viceroy of Ouidah du romancier britannique Bruce Chatwin sorti au tout début des années quatre-vingt. Égal à lui-même, Klaus Kinski va y incarner un personnage outrancier dans la démesure. Caricatural diront certains mais toujours aussi impressionnant malgré ses soixante ans passés. L'acteur allemand n'est pas l'unique interprète du réalisateur à avoir déjà collaboré avec Werner Herzog. On y retrouve effectivement José Lewgoy et Peter Berling qui tous deux tournèrent dans Fitzcarraldo, le second ayant même tenu le rôle de Don Fernando de Guzman dans Aguirre, la colère de Dieu)...


Le long-métrage situe tout d'abord son action à la fin du dix-neuvième siècle dans le Sertão tandis que l'éleveur Francisco Manoel da Silva (qu'interprète donc Klaus Kinski) perd ses récoltes et son bétail suite à la sécheresse. Devenu plus tard un voleur redouté par les habitants de la région, il est pris sous l'aile de Dom Octávio Coutinho (José Lewgoy), riche propriétaire d'une très vaste plantation de canne à sucre. Après avoir découvert que ses trois filles ont été engrossées par Francisco Manoel da Silva que tout le monde surnomme Cobra Verde, l'un des proches conseille à Dom Octávio Coutinho d'envoyer ce dernier sur les terres d'un certain Bossa Ahadee, roi du Dahomey (campé par Son Altesse l'Omanhene Nana Agyefi Kwame II de Nsein, un petit village du Ghana) afin de négocier l'achat de nombreux esclaves. Mais ce que ne sait pas Francisco Manoel da Silva, c'est que le producteur de sucre l'envoie en fait à la mort. En effet, le roi du Dahomey ne supportant pas que l'homme blanc ou que de quelconques étrangers foulent ses terres, il a pour habitude de les faire tuer par ses soldats. Mais alors que les jours de da Silva semblaient comptés, celui-ci va collaborer auprès du neveu du roi, bien décidé à prendre le pouvoir avec l'aide de l'homme blanc dont il vient de sauver la tête...


Et à Klaus Kinski et Werner Herzog de débarquer maintenant en Afrique, sous une chaleur torride qui se lit sur le visage en sueur de l'acteur qui pourtant, malgré l'étouffante atmosphère, ne se ménage pas. Comme il le fit avec les indigènes du Pérou plus de dix ans en arrière, le réalisateur emploie désormais des centaines d'autochtones de la région, donnant une couleur toute particulière à sa dernière collaboration auprès du colérique Klaus Kinski. Parfois à la limite du documentaire, Cobra Verde est surtout un somptueux voyage en terres africaines que le réalisateur nous fait découvrir à son rythme, sans trop se presser, avec ce sentiment très étrange que nous fait ressentir la partition musicale de l’indécrottable groupe phare du rock choucroute auquel le réalisateur faisait régulièrement appel à l'époque. En effet, sous l'égide de Florian Fricke (disparu maintenant depuis vingt ans à seulement cinquante-six ans), le fondateur du groupe, la musique de Popol Vuh épouse parfaitement les contours visuels de certaines séquences réellement ''trippantes''. Une œuvre mêlant une certaine idée du colonialisme (l'homme blanc prenant possession ici d'une stupéfiante bâtisse et agissant comme l'ambassadeur d'un peuple jusqu'ici abandonné à son triste sort). Plutôt que de clore avec Cobra Verde un cycle de cinq films, Werner Herzog semble davantage mettre un terme à une trilogie au centre de laquelle la nature y exprime toute sa beauté. Sans doute moins impressionnant que Aguirre, la colère de Dieu ou Fitzcarraldo, Cobra Verde souffre en outre d'un doublage en allemand tantôt approximatif, mais plus assurément en inadéquation avec les autochtones du pays. Malgré tout, cette dernière collaboration entre l'acteur et son réalisateur demeure une très belle expérience cinématographique...

 

lundi 8 mars 2021

Schizoid de David Paulsen (1980) - ★★★★☆☆☆☆☆☆



Schizoid ou le genre de titre qui fleure bon la petite production horrifique glauque et paranoïaque à la manière d'un Maniac de William Lustig, d'un Pyromaniac (Don't Go in the House) réalisé par Joseph Ellison ou d'un Cauchemars à Daytona Beach signé de Romano Scavolini. Pourtant, le seul véritable rapport entre ces quatre longs-métrages demeure dans le fait qu'ils soient tous sortis à peu de chose près à la même période (une sortie un peu plus tardive pour le quatrième cependant). Question émotion, le film de David Paulsen ne bousculera pas trop les habitudes de ceux qui se sont nourris à des sources horrifiques beaucoup plus prudentes. De ces serial killers totalement barrés que l'on croisait au détour d'une série télévisée policière telle que Starsky et Hutch, laquelle, reconnaissons-le, nous offrit quelques jolis frissons en la matière. À titre d'exemple, quel cinquantenaire a pu oublier le tueur de chauffeurs de taxi interprété par l'effrayant Richard Lynch dans l'épisode Quadrature ou le ''suceur de sang'' incarné par le glaçant John Saxon dans l'épisode Vampirisme ? En fait, peu je suppose. Par contre, moins nombreux seront peut-être ceux en mesure de se souvenir du Klaus Kinski de Schizoid qu'il est un peu trop facile (et donc malhonnête) d'imaginer en tueur en série dans ce qui demeure un petit film d'épouvante somme toute insignifiant...


En multipliant les caractérisations ambiguës de personnages souvent creux, David Paulsen noie le poisson et pousse forcément le spectateur dans la mauvaise direction. Une manière d'aborder la chose de façon tout à fait superficielle puisque manquant cruellement d'imagination. Et si l'on se tient à cette imagination qui fait défaut, sachez qu'elle s'étend au delà du scénario pour nous proposer des meurtres insipides ne faisant preuve d'aucune originalité. Ritualisant l'acte à l'aide d'une paire de ciseau, le tueur de Schizoid ne risque pas de faire de l'ombre mais plutôt du tort à la vague de gialli qui sévissaient déjà depuis un certain nombre d'années en Italie. Car oui, le tueur, ici, arbore une silhouette telle qu'on en rencontrait à l 'époque de la trilogie animale de Dario Argento, l'un des grands maîtres de ce sous-genre typiquement transalpin que le réalisateur originaire des Pays-Bas tente vainement d'imiter. Schizoid, ennuyeux ? Oui, très certainement. Relativement mal interprété également. Klaus Kinski a beau être d'un charisme presque outrancier, on le préfère nettement plus dans les prestigieux costumes de Don Lope de Aguirre ou de Brian Sweeney Fitzgerald, héros de deux chefs-d’œuvre réalisés de main de maître par son congénère allemand Werner Herzog, que dans celui du psychiatre Pieter Fales. Et dont la fille Alison (Donna Wilkes) détournera l'attention du spectateur moins pour sa plastique somme toute quelconque mais toutefois irréprochable que pour son obsession maladive liée au décès de sa chère maman.


Au générique de Schizoid on retrouve dans le rôle féminin principal l'actrice Donna Wilkes, victime non consentante d'un tueur en série qui reçoit en outre des lettres anonymes. La même qui sept ans auparavant insistait lourdement pour que ''l'étranger'' de l'immense classique du western réalisé par Clint Eastwood (L'Homme des Hautes Plaines) la ''viole'' dans une grange. Dans le rôle de Doug, l'époux de l'héroïne, on retrouve l'acteur Craig Wasson qui, si dans le film de David Paulsen ne brille pas par son interprétation, a cependant été retenu par Brian De Palma pour incarner le rôle de Jake dans son formidable Body Double en 1984. Outre ces deux là, les spectateurs reconnaîtront sans doute l'acteur Richard Herd qui interpréta notamment le rôle de Owen Paris dans la série de science-fiction Star Trek – Voyager, Joe Regalbuto, visage bien connu des amateurs de séries qui joua dans la série Tonnerre Mécanique ou dans NCIS et Esprits Criminels mais aussi parfois sur grand écran (Le Contrat de John Irvin en 1986), ou encore Christopher Lloyd, qui deviendra bientôt célèbre dans le monde entier pour son rôle du Dr. Emmett Brown dans la trilogie de Robert Zemeckis Retour vers le Futur, bien qu'il fut avant cela l'un des formidables interprètes de Vol au Dessus d'un Nid de Coucou de Milos Forman. Malgré un casting quelque peu alléchant, cette production Cannon qu'est Schizoid ne bousculera pas les habitudes des amateurs de slashers, gialli et autres petites productions horrifiques. Un film qui s'oublie aussi rapidement qu'il a été vu...

jeudi 30 août 2018

Les Insatisfaites Poupées Érotiques du Professeur Hichcock de Fernando Di Leo (1971) - ★★★★☆☆☆☆☆☆



Depuis le temps que je rêvais de découvrir ce giallo signé de l'italien Fernando Di Leo, la déception est à la mesure de mon attente. En effet, si l'on excepte l'une de ses traductions dans la langue de Molière, ce long-métrage connu sous divers titres tels que La Clinique sanglante, La Bestia uccide a sangue freddo,ou bien Slaughter Hotel possède une aura culte grâce à cet autre titre en français qu'est Les Insatisfaites Poupées Érotiques du Professeur Hichcock. C'est sous cette appellation que je découvrais donc enfin ce giallo italien mêlant meurtres et érotisme bon enfant dans une clinique privée tenue par le Professeur du titre. Un vieil homme assisté par le docteur Francis Clay sous les traits duquel se cache le charismatique acteur allemand Klaus Kinski.
Tourné en un peu moins de deux semaines, Les Insatisfaites Poupées Érotiques du Professeur Hichcock est typiquement le genre de film qui se résume à son seul titre. Les poupées en questions, ce sont ces infirmières et ces patientes, toutes incarnées par de jolis brins de femmes, dont l'actrice anglaise Margaret Lee, l'italienne Rosalba Neri, ou encore la suisse naturalisée française Monica Strebel. Au milieu de ce harem s'éfeuillant avec une étonnante aisance tout au long du film, on découvre un Klaus Kinski relativement sobre, et surtout très classe.

Il demeure dans Les Insatisfaites Poupées Érotiques du Professeur Hichcock, un climat assez particulier. Entre la musique composée à l'occasion par Silvano Spadaccino et les nombreux bruitages qui viennent émailler une œuvre censément sulfureuse, le film de Fernando Di Leo ne repose en fait que sur peu de chose. Un homme en noir rode la nuit dans les alentours de la clinique afin d'y perpétrer des meurtres à l'arme blanche sur les infirmières et les patientes du professeur. Comme dans tout bon (et tout mauvais) giallo qui se respecte, celui-ci est masqué, et donc impossible à identifier jusqu'à la résolution du mystère qui entoure la série de meurtres. Le film est un prétexte fallacieux pour exhiber à l'écran des femmes dénudées. Certes très jolies, elles n'empêchent cependant pas l'ennui de très vite s'installer. Car en effet, l’œuvre se traîne, chaque scène durant un temps interminable. Les patientes se caressent une fois seules dans leur chambre. Leur porte étant généralement ouverte, la caméra de Fernando Di Leo en profite pour jeter un œil à l'intérieur et nous faire profiter du corps superbe de ses interprètes. Sauf que cela ne suffit pas pour faire de ces Insatisfaites Poupées Érotiques du Professeur Hichcock, le film sulfureux auquel le spectateur aurait pu s'attendre.

La version française a beau nous réserver l'exclusivité d'une scène de saphisme, il est déjà trop tard pour changer d'avis sur ce film pourtant considéré comme une œuvre culte. Les plus courageux auront la surprise d'assister à la fin, à un bain de sang pourtant malheureusement faussement gore. Le tueur, une fois découvert, est en effet pris d'une crise de folie et décime une chambrée complète de jeune femmes avant d'être abattu par la police. Quelle déception ! Bien que n'étant pas vraiment proche du sujet, mieux vaut s'intéresser au cas de La Casa della Paura réalisé par William L. Rose en 1973 (soit deux ans plus tard), œuvre infiniment supérieure au film de Fernando Di Leo. Les Insatisfaites Poupées Érotiques du Professeur Hichcock est donc à réserver aux fans absolus de Gialli qui voudraient compléter leur collection. Les autres passeront leur chemin...

lundi 1 janvier 2018

Androïd de Aaron Liptadt (1982)



Sur une base spatiale, un scientifique, le Dr Daniel, travaille sur la conception d’androïdes lorsqu'il reçoit un appel de ses employeurs qui lui signifient que ses recherches vont cesser. Max 404, l'une des ses créations, est l'homme à tout faire de la station dans laquelle ils vivent seuls. Rien, ou presque, ne différencie l'androïde d'un humain. Il en a l'apparence, possède tout un panel d'émotions et détient même les capacités d'apprendre et de réfléchir. C'est certainement pour cette raison que la révolte a grondé sur Terre parmi ses semblables et qu'ils ont fini par faire régner le désordre. Max passe le temps et écoutant de la musique et en suivant des cours sur la sexualité humaine.

Il joue à un jeu vidéo lorsqu'il reçoit un SOS provenant d'un vaisseau stationnant aux abords de la base. En difficulté, une femmes demande à Max la possibilité d'arrimer et d'entrer dans la station. Troublé par la voix féminine, Max accepte sans même en parler d'abord au Dr Daniel. Lorsqu'il accueille la jeune femme, l'androïde constate qu'elle n'est pas seule et qu'elle est accompagnée par deux hommes...

Androïd est un film de science-fiction de Aaron Liptadt exclusivement confiné à un seul endroit. La station spatiale en question. A effets-spéciaux minimaliste, décor minimaliste. Un petit film sans prétention qui permet surtout de retrouver le grand Klau Kinski dans une œuvre d'une beaucoup plus petite envergure que des films tels que Aguirre, la Colère de Dieu de Werner Herzog.

Ce qui connaissent bien la série Star Trek : la Nouvelle Génération ne seront pas dépaysés et se souviendront sûrement de Data et de sa folle envie d'humanisation. Car en dehors du caractère général du film, l'humanisation est bien au centre de cette histoire. Pour la première fois de son existence, Max va agir sans même passer par celui-ci qui décide de tout. Il va braver l'image du père et (et par là même de Dieu) que représente le Dr Daniel, ce qui va porter un coup fatal à son avenir puisque travaillant sur la conception d'une androïde femelle prénommée Cassandra, celui-ci a pour projet d'en finir avec Max, l'androïde rebelle.

Le véritable héros d'Androïd, ça n'est pas Klaus Kinski, pourtant au générique seule véritable star du casting, mais bien Don Keith Opper qui campe avec conviction Max, l'androïde, un être beaucoup plus humain finalement que tous ceux qui vont apparaître à l'écran durant l'action du film. On regrettera beaucoup le peu de moyens alloués au film et qui auraient permis au cinéaste et aux acteurs de participer à une œuvre d'une bien plus grande ampleur.

Fauché, Androïd, malgré ses faiblesses, prouve qu'avec peu on peu parvenir à un résultat quelque peu convainquant, quand tant d'autres œuvres, et même parfois certains blockbusters, parviennent avec tant de mal à convaincre de leur intérêt...

vendredi 8 septembre 2017

Nosferatu a Venezia de Augusto Caminito (1988) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆



Presque dix ans après la sortie de l'excellent remake du chef-d’œuvre de Friedrich Wilhelm Murnau , Nosferatu (Nosferatu, Phantom der Nacht, réalisé par l'allemand Werner Herzog en 1979), le producteur et réalisateur italien Augusto Caminito décide de mettre en chantier une suite à cette superbe et mortifère novélisation de l'un des plus grands films expressionniste de toute l'histoire du cinéma. Un projet louable mais dangereux. Comment, en effet, prétendre pouvoir élever une œuvre à la hauteur des deux classiques dont elle certifie être la suite ? Une idée forte, des possibilités multiples, mais à l'écran, un résultat catastrophique. En partie responsable de ce titanesque naufrage, Klaus Kinski. Le nosferatu de Werner Herzog lui-même a saccagé le potentiel d'une œuvre qui au final n'est plus qu'un nanar pitoyable dont la potentielle force a été anéantie par le caractère houleux de ce personnage connu pour entrer des rages folles sur les plateaux de tournage. Werner Herzog peut en témoigner. Son excellent documentaire Mein Liebster Feind retraçant ses différentes collaborations avec l'acteur également.
Nosferatu a Venezia est tellement mauvais que, comment dire... qu'on a l'impression parfois que la réalisation a été confiée au cinéaste Lamberto Bava ! Celui qui officiellement a mis la dernière main à une œuvre que plusieurs réalisateurs ont abandonné en raison du comportement instable de la star allemande a eu beau choisir d'habiller son long-métrage avec la dantesque et symphonique partition musicale que Vangelis écrivit et produisit en 1985 (The Mask), rien n'y fait. De même, le compositeur Luigi Ceccarelli tente d'intercaler ses propres composition sans jamais atteindre la grâce et la force de celle du grec.

Fini l'Allemagne. Désormais, Nosferatu traîne son inquiétante silhouette à Venise, durant son célèbre carnaval. Pourchassé par le professeur Paris Catalano, il y a été aperçu près de deux-cent ans plus tôt. Le chasseur de vampires s'étant mis en tête que Nosferatu désirait mettre un terme à son existence, il fera tout pour y parvenir...

Wouaw ! Ça a de la gueule, non ? Non, en effet, ce résumé n'en a pas. Ni le film d'ailleurs. Ni l'ambiance qui, à part en d'infimes circonstances, ne dégage jamais l'atmosphère délétère particulièrement remarquable de l’œuvre de Werner Herzog dont Nosferatu a Venezia se prétend être la suite. Et dire qu'ils s'y sont mis à plusieurs. Les cinéastes Maurizio Lucidi et Pasquale Squitieri tout d'abord, qui abandonnèrent par la suite en raison d'un désaccord avec la production. Puis c'est au tour de Mario Caiano de jeter l'éponge, agressé par Klaus Kinski qui lui jette au visage un miroir, lui hurlant dessus et l'insultant. C'est finalement le producteur du film lui-même, Augusto Caminito, qui termine le boulot. Le chantier, dirais-je. Aidé du cinéaste Luigi Cosi, l'auteur du cultissime Contamination en 1980. Le résultat à l'écran est désastreux. Vangelis a beau être un compositeur brillant, sa musique ne colle pas tout à fait aussi bien que celle de Popol Vuh. Celle de Luigi Ceccarelli encore moins. Ce dernier échoue lamentablement dans sa tentative de coller à l’œuvre du grec sans jamais y parvenir un seul instant. L'un des faits les plus remarquables de ce Nosferatu a Venezia indigeste demeure sans doute dans l'apparence de Klaus Kinsi/Nosferatu. N'ayant probablement pas envie d'abîmer ou de perdre totalement sa belle chevelure blonde, l'acteur refuse catégoriquement de se faire raser le crâne comme dans Nosferatu, Phantom der Nacht. Un traitement capillaire inavoué par Augusto Caminito qui devra pourtant s'en contenter. Au final, celui que l'on n'attendait pas (je parle du film) se révèle n'être rien d'autre qu'un nanar, ponctué d'interminables scènes de carnaval et de danses flamenco. Des passages inutiles mais qui, certainement, firent office de remplissage à un film qui n'éxcède dans sa globalité, pas les quatre-vingt dix sept minutes.

vendredi 1 avril 2016

Fitzcarraldo de Werner Herzog (1982) - ★★★★★★★★★★



Brian Sweeney Fitzgerald dit Fitzcarraldo est passionné par l'opéra et rêve d'en construire un au beau milieu de la forêt amazonienne. Inventeur d'un procédé permettant la fabrication de pains de glace, son métier ne lui rapporte malheureusement pas assez d'argent pour pouvoir mener à bien son projet. C'est pourquoi, avec l'aide financière de sa compagne Molly, propriétaire d'une maison close, il achète une concession de caoutchouc longeant le fleuve Ucayali et appartenant à Don Aquilino, ainsi qu'un bateau à vapeur en piteux état.

Après avoir formé un équipage principalement constitué par des habitants de la région, le bateau retapé par leurs soins, Fitzcarraldo embrasse une dernière fois Molly et part à la conquête de la forêt amazonienne. Mais sur la route, la proximité des indiens Jivaros, des réducteurs de têtes, fait craindre le pire à l'équipage qui prend la fuite. A bord du bateau ne demeurent plus que le chef cuisinier Huerequeque, le capitaine Orinoco Paul et le machiniste Cholo Miguel. Désemparé, Fitzcarraldo s'apprête à tout abandonner lorsque miraculeusement, les indiens Jivaros lui barrent la route et décident de l'accompagner dans ce rêve insensé qui consiste à bâtir un opéra au beau milieu de l'Amazonie...

Le cinéaste Werner Herzog et l'acteur Klaus Kinski se retrouvent ici pour la quatrième fois pour ce qui restera sans aucun doute comme leur plus ambitieuse collaboration. Les deux hommes se retrouvent pour la deuxième fois confrontés à la rage d'un fleuve qu'ils commencent à bien connaître puisqu'en 1972, soit dix ans plus tôt, ils tournèrent ensemble Aguirre, la Colère de Dieu. Fizcarraldo est à l'image de son réalisateur et de son principal interprète. Un projet invraisemblable, une mise en scène à l'ambition démesurée, et surtout, un spectacle extraordinaire mis en scène par un artiste qui aime, et veut le faire savoir, la nature dans ce qu'elle a de plus belle et de plus dangereuse.
Werner Herzog semble avoir été inspiré par un voyage effectué en Bretagne. Ébahi par le spectacle des alignements de pierres de Carnac, il se pose alors une question : comment faire franchir à un bateau, le sommet d'une montagne au cœur d'une nature hostile et dangereuse capable d'anéantir les faibles comme les forts. Mais si Fizcarraldo est une œuvre éblouissante conquérant l'esprit des spectateurs grâce à un visuel et par des scènes à la réalisation insensées, le cinéaste démontre avec force que l'homme n'est jamais rien d'autre qu'un simple mortel qui pour vivre a nécessairement besoin de rêver à travers l'expression artistique.

Outre la magnificence d'un décor dont Werner Herzog s'approprie le temps d'un film quelques milliers d'hectares à la simple vision d'un homme perché au sommet de la canopée, le cinéaste fait également référence aux coutumes et aux légendes qui entourent les peuples indiens qui vivent tout au long du fleuve. On y découvre l'homme blanc exploitant à nouveau, mais ici de manière presque innocente, des sauvages afin de mener à bien son projet. Le spectacle est alors total et compte des scènes totalement folles. Celle où le bateau franchit la colline demeurant sans doute comme la plus démentielle. Au son d'un Caruso dont la voix apparaîtra comme étant des plus émouvante même pour les plus réfractaires, Klaus Kinski interprète un Fitzcarraldo presque schizophrénique dans son comportement. On retrouve le Kinski halluciné mais aussi un acteur qui n'a sans doute jamais été aussi bouleversant.

Ceux qui pensent que l'acteur n'est que l’éternel fou génial jouant presque exclusivement de son faciès halluciné se doivent de découvrir Fitzcarraldo. Lors d'une scène dans laquelle l'acteur exprime tout le désarroi de son personnage face à la seule alternative qui lui reste lorsque tous les hommes du bateau ou presque l'ont abandonné, Klaus Kinsi se fait véritablement émouvant. On comprend mieux alors les raisons qui un jour ont poussé Werner Herzog à le désirer comme interprète principal de plusieurs de ses projets. D'un simple regard l'immense Klaus Kinski dessine les contours d'un homme acculé devant l'échec inévitable qui s'offre à lui. Fitzcarraldo est une œuvre immense récompensée par le prix de la mise en scène au Festival de Cannes en 1982. En complément, il est plus que conseillé aux spectateurs de voir Ennemis Intimes, un documentaire qui retrace les différents collaborations entre Werner Herzog et Klaus Kinski. On y apprend notamment que le tournage de Fitzcarraldo s'avéra parfois extrêmement difficile, et pas simplement à cause des conditions extrêmes dues à la forêt et au fleuve, mais aussi aux perpétuels affrontements verbaux entre les deux hommes...

mercredi 30 mars 2016

Woyzeck de Werner Herzog (1979)



Le soldat Franz Woyzeck est en poste dans une garnison allemande. Père d'un enfant illégitime qu'il a eu avec sa maîtresse, Marie, il est le plus souvent sujet aux moqueries de ses supérieurs qui l'emploient à divers travaux. Barbier officiel d'un capitaine, il participe également aux travaux de recherches médicales menées par un médecin qui lui impose des contraintes alimentaires qui, peu à peu, dérèglent sa manière de penser. Alors qu'un tambour major tourne autour de Marie, Franz commence à avoir des visions inquiétantes. Persuadé que celle qu'il aime le trompe, il commence à délirer, tente de s'en prendre physiquement au tambour major qui l'humilie et prend la terrible décision de tuer Marie alors même qu'il l'a invitée à le suivre près d'un étang...

Woyzeck est la troisième collaboration entre le cinéaste Werner Herzog et l'acteur Klaus Kinski. Alors même que les deux hommes viennent d'achever le tournage de Nosferatu, Fantôme de la nuit, ils n'attendent pas plus de cinq jours pour tourner à nouveau derrière et devant la caméra, ce projet inspiré par la pièce de théâtre du dramaturge, révolutionnaire, médecin et scientifique allemand Georg Büchner, elle-même inspirée d'un fait divers réel lors duquel l'ancien soldat Johann Christian Woyzeck a tué sa maîtresse, la veuve d'un chirurgien. Le frère de Woyzeck recueille ses écrits et les fait publier accompagnés d'une biographie de Johann Christian Woyzeck en 1850. Woyzeck devient alors un classique de la littérature allemande.

Werner Herzog s'attaque donc à l’œuvre d'un homme qui considérait que la lutte entre riches et pauvres était l'unique combat révolutionnaire au monde. Georg Büchner est l'homme qui marquera le plus Werner Herzog dans sa carrière de cinéaste, l'adaptation de la pièce devenant alors très vite une évidence. Klaus Kinski campe donc un homme qui malgré la rigueur de son statut de soldat de garnison va peu à peu sombrer dans la folie. Et le monde qui l'entoure n'est sans doute pas étranger à tout cela. Humiliation, mensonge et désordre physiologique dû au traitement infligé par un médecin qui ne voit en lui qu'un cobaye, le sujet Woyzeck perd pied, entend des voix et commence à percevoir des phénomènes étranges. Il a beau en parler à son seul ami et confidant Andrès, mais rien n'y fait. Woyzeck glisse peu à peu vers le final violent qui va clore le film de Werner Herzog.

Klaus Kinsi campe un personnage troublé, troublant, et relativement attachant. Témoin du désert affectif dont il est affligé et des conséquences d'un comportement empathique qui va lui nuire le long d'une œuvre qui ne dépasse pas les quatre-vingt minutes, le spectateur assiste au quotidien d'un homme sans cesse harcelé par son entourage mais aussi et surtout par ses propres pensées.
Le cinéaste allemand dessine les contours d'un personnage qui n'a, semble-t-il, pas sa place dans un monde dans lequel les faibles n'ont pas droit de cité et sont irrémédiablement écrasés. L'image du bourreau étant ici représentée par le personnage du tambour major (Josef Bierbichler), mais aussi par celle dont aurait dû à l'origine avoir le plus confiance notre héros, Marie (Eva Mattes), autoproclamée putain, mais dont le quotidien peut sensiblement excuser son comportement. Toutes les couches sociales semblent être responsable de cette ignominie qui consiste à humilier les plus faibles d'entre nous puisque dans Woyzeck, on peut soit être officier, soit médecin, et se comporter comme un véritable monstre.

Si dans Nosferatu, Fantôme de la nuit, Klaus Kinski était tout en retenue, Dans Woyzeck, il exprime toute l'absurdité de son personnage à travers une folie contenue et un regard halluciné qui laisse présager le pire à venir. Pantin au service d'un cinéaste qui décidément, possède une manière bien à lui de mettre en scène des récits atypiques, Klaus Kinski explose une fois de plus sur les écrans et éblouie de sa grâce inquiétante la pellicule d'une œuvre qui demeurera comme l'une des plus importante ce sa carrière, ainsi que celle de Werner Herzog. Épaulé par une Eva Mattes tour à tour séductrice et compatissante, Klaus Kinski habite littéralement cette troisième collaboration entre Werner Herzog et lui...

mardi 29 mars 2016

Nosferatu, fantôme de la nuit de Werner Herzog (1979) - ★★★★★★★★★☆



Dans le nord de l'Allemagne, Jonathan Harker, jeune employé d'une étude notaire et époux de Lucy, est chargé d'une importante mission consistant à se rendre en Transylvanie afin de rencontrer le comte Dracula auquel il doit faire signer les papiers d'une vente concernant une demeure située à Wismar. Sur la route, il rencontre les propriétaires d'une auberge qui lui déconseillent vivement d'abandonner l'idée de se rendre au château du comte. Malgré les avertissements et le refus de tous de l'y accompagner, Jonathan fait route à pied et finit par arriver devant l'immense demeure de Dracula. Invité à y pénétrer par le propriétaire lui-même, Jonathan est convié à un dîner, puis à passer la nuit au château.

Lorsque vient le moment de la signature, le comte découvre que l'épouse de son invité est le portrait craché de sa défunte épouse. Totalement obnubilé par l'idée d'aller la retrouver à Wismar, Dracula enferme Jonathan à l'intérieur du château après l'avoir mordu dans le cou et part jusqu'en Allemagne à bord d'un bateau, accompagné de centaines de rats véhiculant la peste afin de faire se propager la maladie dans la ville toute entière une fois arrivé à destination...

Alors que le nazisme a provoqué les ravages que l'on connaît, alors que certains cinéastes allemands de l'après-guerre vont se référer à des cinéastes outre-atlantiques, Werner Herzog, lui, va plutôt aller chercher du côté de ses plus vieux ancêtres cinématographiques. Et parmi eux, l'un des plus illustres représentants de la vague expressionniste allemande, courant artistique né au début du vingtième siècle en Europe et dont l'Allemagne fut le pays le plus fier représentant : Friedrich Wilhelm Murnau. Le cinéaste allemand fut l'auteur de quelques pépites et notamment d'un Nosferatu, eine Symphonie des Grauens en 1922, l'un des chef-d’œuvre de l’expressionnisme allemand. Le film du cinéaste faillit ne jamais sortir, la veuve de l'écrivain dont l’œuvre s'inspire (le roman Dracula de Bram Stoker) ayant gagné un procès à l'issu duquel fut exigée la destruction pure et simple de toute les copies du film. Des détails et certains noms furent finalement changés et quelques copies furent sauvées de la destruction et mises en circulation dans les années trente en France et aux États-Unis.

Cinquante sept ans plus tard, Werner Herzog en signe donc le remake. Nosferatu, fantôme de la nuit est le second projet qui va lier le cinéaste à celui qui devient dès Aguirre, la Colère de Dieu, son acteur fétiche, Klaus Kinski. Dès les premiers instants, filmés au musée des momies de Guanajuato au Mexique, Werner Herzog crée un véritable climat de tension que la musique du désormais fidèle groupe de rock allemand Popol Vuh vient accentuer. Une scène véritablement marquante, comme le seront d'autres, tout au long d'une oeuvre épousant à maintes reprises le visuel du film dont il s'inspire. Aux côtés de Kinski, on découvre l'acteur Bruno Ganz dans le rôle de Jonathan Harker, mais également Isabelle Adjani dans celui de son épouse, plus étonnant, le dessinateur, illustrateur et cinéaste Roland Topor dans celui de Renfield, ainsi que Jacques Dufilho dans le rôle du capitaine du bateau.

Plus qu'au roman de Bram Stoker, Werner se réfère donc au film de Friedrich Wilhelm Murnau, s'appliquant parfois à retourner des scènes telles qu'elles apparaissaient dans l’œuvre originale, permettant ainsi aux frileux demeurant réfractaires face au cinéma muet, d'en découvrir une relecture colorisée et parlée. Et lorsque l'on parle ici de colorisation, il faut garder en tête que l’œuvre toute entière est parcourue d'une ambiance et d'environnements mortifères, obligeant Werner Herzog à opter pour des teintes parfois presque monochromes dans des environnements d'une tristesse absolue. Même la ville de Wismar qui dans l'ombre impressionnante (impressionniste ?) du comte Dracula se vide peu à peu de ses habitants, tour à tour victimes de la peste, l'ambiance devient de plus en plus crépusculaire.

Une poésie morbide se dégage de ce remake dans lequel Klaus Kinski interprète un personnage aux antipodes de celui qu'il a créé en tant qu'acteur: toute la violence et la fureur de ce personnage hors du commun disparaissent au profit d'une interprétation toute en douceur et en délicatesse, Kinski (en tant que Dracula) s'efforçant à contenir toute la rage de son personnage durant des scènes visuellement remarquables. On ne compte pas, en effet les moments de bravoure d'une œuvre qui pourtant laissera de marbre un certain public. Une certaine rusticité parcourt le Nosferatu d'Herzog. L'immobilisme dans lequel sont plongés parfois ses interprètes rappelle d'ailleurs le chef-d’œuvre Cœur de Verre qu'il signa trois ans plus tôt en 1976. Kinski, encore, sublime de son incroyable aura une œuvre presque totalement vouée à son interprétation. Comme son personnage semble draper d'un cape gigantesque rendue plus grande encore par les effets de lumières, la ville de Wismar, l'acteur en tant que tel, finit par absorber le jeu des autres comédiens.

Werner Herzog, signe une très grande œuvre, peut-être pas aussi précise que le film original de Friedrich Wilhelm Murnau, mais en tout cas un très bel hommage à ce dernier, ainsi qu'à l'expressionnisme allemand...

dimanche 27 mars 2016

Aguirre, la Colère de Dieu de Werner Herzog (1972) - ★★★★★★★★★★



Victimes des espagnols, pilleurs du royaume Incas, les indiens ont inventé l'Eldorado, prétendument situé dans les affluents du fleuve Amazone. En décembre 1950, une expédition quitte les sierras péruviennes sous le commandement de Gonsalo Pizarro, chargé de trouver cet Eldorado légendaire. Malheureusement, rien ne se déroulant comme prévu, Gonsalo Pizzaro se voit contraint de stopper les recherches, les membres de l'expédition étant épuisés et à court de vivres. Pizzaro décide un nouveau plan : alors qu'une partie de ses hommes ainsi que la majorité des deux-cent esclaves indiens resteront en arrière avec lui, quarante hommes partiront découvrir à bord de radeaux le fameux Eldorado. De plus, ils seront chargés de ramener des vivres et de repérer les endroits où vivent les peuplades d'indiens hostiles.

Le chef de cette nouvelle expédition sera Don Pedro de Ursua, que sa fiancée Inez de Atienza accompagnera. Il sera secondé par Don Lope de Aguirre, lui-même accompagné par sa fille Florès. Les deux hommes pourront compter sur des hommes de valeur ainsi qu'un certain nombre d'esclaves.
Quatre jours plus tard, et alors que les radeaux sont fin prêts, l'expédition peut enfin commencer. Témoin de cette aventure, le journal retrouvé du moine Gaspar de Carjaval...

Écrit et réalisé par le cinéaste allemand Werner Herzog, Aguirre, la Colère de Dieu n'est cependant pas totalement une fiction puisque le personnage de Lope de Aguirre exista vraiment. Ce fut un célèbre conquistador, connu surtout pour sa grande cruauté et sa rébellion. La fin telle que la décrit le cinéaste est bien différente de la réalité. Afin d'interpréter Aguirre, Werner Herzog fit appel pour la toute première fois à l'acteur Klaus Kinski. Les deux hommes débutèrent ainsi une collaboration qui durera le temps de cinq films.

L’œuvre s'ouvre sur un extraordinaire plan large du Machu Picchu, mont abritant une ancienne cité Inca. Sous une brume épaisse, cette introduction laisse déjà présager des difficultés de tournage que vont avoir à supporter les membres de l'équipe ainsi que les acteurs et seconds rôles pour une partie issus de la tribu indienne des Lauramarca. La manière qu'à Werner Herzog de filmer le tumultueux fleuve Amazone et la forêt environnante apparaît comme presque, amateur, ou tout du moins, partiellement improvisée. La caméra semble tourner sans qu'aucune directive particulière n'ait été au préalable commanditée par le cinéaste lui-même.
Nous sommes donc face à une œuvre sensationnelle dans tout ce que puisse exprimer le terme, et avant tout d'un point de vue émotionnel dont ne semble pas être étrangère la partition musicale envoûtant du groupe de rock progressif allemand Popol Vuh, dont la signification elle-même provient d'un texte mythologique maya écrit en langue Quiché durant l'époque coloniale.

L’œuvre repose donc sur l'interprétation totalement barrée d'un Klaus Kinski claudicant, et trahissant la confiance mise en lui, faisant donc rejoindre son personnage avec le Lope de Aguirre des livres d'histoire. Werner Herzog signe une œuvre qui n'a pour ainsi dire aucun équivalent si ce n'est son formidable Fitzcarraldo qui viendra davantage encore appuyer l'hommage du cinéaste à la nature en général, et à l'Amazonie en particulier.
Bien que le film demeure une véritable merveille bien des années après avoir vu le jour, il est également célèbre en raison des incessants conflits qui ont opposé Werner Herzog à Klaus Kinski et dont certains ont été immortalisés et livrés au public dans l''excellent documentaire consacré aux deux hommes : Ennemis Intimes. La découverte de Aguirre, la Colère de Dieu demeure encore aujourd'hui une expérience extraordinaire aux confins d'une nature profondément belle, mais aussi tragiquement dangereuse. A voir, absolument...
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