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lundi 16 octobre 2023

Invitación a un Asesinato de José Manuel Cravioto (2023) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Dans la grande famille des Whodunit, il est bon de séparer le bon grain de l'ivraie pour ne pas être immédiatement révulsé par les pires représentants du genre. Il y a les classiques qui majoritairement se situent dans une tranche chronologique allant de 1974 avec Le crime de l'Orient Express de Sidney Lumet à 1982 avec Meurtre au soleil de Guy Hamilton. Lesquels furent précédés et suivis de dizaines d'autres longs-métrages dont la majorité demeure anecdotique. Depuis quelques années, la mode des Whodunit semble être revenue sur le devant de la scène puisque entre remakes et récits inédits, les films du genre pullulent désormais au cinéma et sur les sites de streaming légaux. En 2017, l'acteur, réalisateur et scénariste britannique Kenneth Branagh réalisa sa propre version du crime de l'Orient Express puis celle de Mort sur le Nil en 2022 avant de revenir cette année avec la toute nouvelle adaptation du roman d'Agatha Christie La fête du potiron sous le titre Mystère à Venise. Le genre semble ne pas devoir s’essouffler puisque le Mexique lui aussi s'y est notamment intéressé cette année 2023 avec Invitación a un Asesinato de José Manuel Cravioto. Le dernier long-métrage du réalisateur mexicain semble vouloir défier les pays anglo-saxons sur leur ''territoire'' avec ce qui s'avère être un pur produit sorti de l'imagination de deux scénaristes en mal d'inspiration. En effet, Javier Durán PérezAnton et Goenechea ont conçu un script dont l'objet semble être effectivement de côtoyer les grands noms du Whodunit. Et pourtant, malgré les quatre mains qui se sont attelées à l'écriture du scénario, malgré les nombreux exemples qui auraient pu servir à ces trois là de source plus ou moins importante d'inspiration, leur adaptation d'un ouvrage écrit par Carmen Posadas n'est pas à la mesure de ce que les fans du genre étaient en droit de s'attendre. En contrepartie, Invitación a un Asesinato révèle inconsciemment toute l'importance que revêt la caractérisation des différents protagonistes d'une œuvre de ce type. Preuve que sans un minimum d'effort de la part du réalisateur dans ce domaine, le film perd très rapidement tout ou partie de son intérêt.


Bien que se rapprochant au départ du concept de l'excellent Glass Onion: A Knives Out Mystery de Rian Johnson sorti l'année dernière, l'idée de convier une poignée d'amis afin de les réunir lors d'une soirée lors de laquelle va avoir lieu un meurtre est au fond peu crédible. À moins qu'il ne s'agisse d'une volonté plus ou moins clair de se suicider par procuration, il faut qu'Olivia (l'actrice Maribel Verdú) soit vraiment stupide pour qu'elle se livre ainsi à celles et ceux qui pourraient dans un futur très proche vouloir attenter à son existence ! Trop empressé à voir débuter l'enquête d'un lieutenant un peu gauche ''supporté'' et même, ''épaulé'' par la sœur de la victime, Agatha (un hommage à...?), José Manuel Cravioto pose relativement mal les bases du Whodunit et l'on se perd ainsi dans les circonvolutions d'un scénario alambiqué non pas grâce à l'ingéniosité d'un script écrit aux petits oignons mais parce que le réalisateur n'offre pas aux spectateurs le temps nécessaire pour s'accoutumer à chacun des protagonistes ainsi qu'à leur personnalité. Et que dire d'Agatha, créatrice de podcasts criminels populaires qui s'improvise ici en pseudo Miss Marple. Si le bon Whodunit est celui qui ne permet jamais au spectateur d'interférer avec les théories avancées par l'enquêteur quel qu'il soit, ici, on remet sans cesse en doute les éléments apportés par Agatha. Le film n'excédant que de très peu les quatre-vingt dix minutes et l'héroïne/détective choisissant de réunir l'ensemble des invités après seulement trois quart-d'heure, il devient difficile soit-même d'analyser le moindre élément de preuve. Principe qui en général participe de l'intérêt de ce genre de production. Il n'y a rien ou presque dans Invitación a un Asesinato qui retienne véritablement l'attention. Au point qu'il est possible de se laisser divertir par l'intervention d'un élément extérieur au long-métrage. Preuve que le film ne passionne guère et ne nous retient ni par le jeu d'acteurs, ni par la réalisation et sans doute moins encore par l'environnement dans lequel ces derniers évoluent. Avec le dernier film de José Manuel Cravioto, le Whodunit tombe malheureusement en disgrâce. Disponible sur Netflix...

 

dimanche 27 mars 2016

Aguirre, la Colère de Dieu de Werner Herzog (1972) - ★★★★★★★★★★



Victimes des espagnols, pilleurs du royaume Incas, les indiens ont inventé l'Eldorado, prétendument situé dans les affluents du fleuve Amazone. En décembre 1950, une expédition quitte les sierras péruviennes sous le commandement de Gonsalo Pizarro, chargé de trouver cet Eldorado légendaire. Malheureusement, rien ne se déroulant comme prévu, Gonsalo Pizzaro se voit contraint de stopper les recherches, les membres de l'expédition étant épuisés et à court de vivres. Pizzaro décide un nouveau plan : alors qu'une partie de ses hommes ainsi que la majorité des deux-cent esclaves indiens resteront en arrière avec lui, quarante hommes partiront découvrir à bord de radeaux le fameux Eldorado. De plus, ils seront chargés de ramener des vivres et de repérer les endroits où vivent les peuplades d'indiens hostiles.

Le chef de cette nouvelle expédition sera Don Pedro de Ursua, que sa fiancée Inez de Atienza accompagnera. Il sera secondé par Don Lope de Aguirre, lui-même accompagné par sa fille Florès. Les deux hommes pourront compter sur des hommes de valeur ainsi qu'un certain nombre d'esclaves.
Quatre jours plus tard, et alors que les radeaux sont fin prêts, l'expédition peut enfin commencer. Témoin de cette aventure, le journal retrouvé du moine Gaspar de Carjaval...

Écrit et réalisé par le cinéaste allemand Werner Herzog, Aguirre, la Colère de Dieu n'est cependant pas totalement une fiction puisque le personnage de Lope de Aguirre exista vraiment. Ce fut un célèbre conquistador, connu surtout pour sa grande cruauté et sa rébellion. La fin telle que la décrit le cinéaste est bien différente de la réalité. Afin d'interpréter Aguirre, Werner Herzog fit appel pour la toute première fois à l'acteur Klaus Kinski. Les deux hommes débutèrent ainsi une collaboration qui durera le temps de cinq films.

L’œuvre s'ouvre sur un extraordinaire plan large du Machu Picchu, mont abritant une ancienne cité Inca. Sous une brume épaisse, cette introduction laisse déjà présager des difficultés de tournage que vont avoir à supporter les membres de l'équipe ainsi que les acteurs et seconds rôles pour une partie issus de la tribu indienne des Lauramarca. La manière qu'à Werner Herzog de filmer le tumultueux fleuve Amazone et la forêt environnante apparaît comme presque, amateur, ou tout du moins, partiellement improvisée. La caméra semble tourner sans qu'aucune directive particulière n'ait été au préalable commanditée par le cinéaste lui-même.
Nous sommes donc face à une œuvre sensationnelle dans tout ce que puisse exprimer le terme, et avant tout d'un point de vue émotionnel dont ne semble pas être étrangère la partition musicale envoûtant du groupe de rock progressif allemand Popol Vuh, dont la signification elle-même provient d'un texte mythologique maya écrit en langue Quiché durant l'époque coloniale.

L’œuvre repose donc sur l'interprétation totalement barrée d'un Klaus Kinski claudicant, et trahissant la confiance mise en lui, faisant donc rejoindre son personnage avec le Lope de Aguirre des livres d'histoire. Werner Herzog signe une œuvre qui n'a pour ainsi dire aucun équivalent si ce n'est son formidable Fitzcarraldo qui viendra davantage encore appuyer l'hommage du cinéaste à la nature en général, et à l'Amazonie en particulier.
Bien que le film demeure une véritable merveille bien des années après avoir vu le jour, il est également célèbre en raison des incessants conflits qui ont opposé Werner Herzog à Klaus Kinski et dont certains ont été immortalisés et livrés au public dans l''excellent documentaire consacré aux deux hommes : Ennemis Intimes. La découverte de Aguirre, la Colère de Dieu demeure encore aujourd'hui une expérience extraordinaire aux confins d'une nature profondément belle, mais aussi tragiquement dangereuse. A voir, absolument...
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