Bienvenue sur Cinémart. Ici, vous trouverez des articles consacrés au cinéma et rien qu'au cinéma. Il y en a pour tous les goûts. N'hésitez pas à faire des remarques positives ou non car je cherche sans cesse à améliorer le blog pour votre confort visuel. A bientôt...

Labels


Affichage des articles dont le libellé est Isabelle Adjani. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Isabelle Adjani. Afficher tous les articles

samedi 4 avril 2026

Mammuth de Benoît Delépine et Gustave Kervern (2010) - ★★★★★★★★☆☆



Mammuth, c'est l'histoire de Serge Pilardosse, ancien employé modèle dans un abattoir, qui vient tout juste de prendre sa retraite (ses collègues de travail lui ayant généreusement offert un puzzle de deux-milles pièces pour son départ), et auquel il manque malheureusement un certain nombre de documents pouvant lui permettre de toucher sa retraite. Poussé par son épouse Catherine à chevaucher de nouveau sa Munch Mammuth, une superbe moto qu'il a rangé au garage depuis un grave accident qui a coûté la vie à son ancienne compagne, le voilà repartit sur les routes.

Durant sa quête de documents administratifs, Serge retrouve d'anciens employeurs et constate avec stupeur qu'une partie des entreprises qui l'ont employé n'existent plus ou ont oublié de le déclarer. Ancien fossoyeur, videur dans une boite de nuit, forain, ou encore vendangeur, Serge constate que le monde autour de lui a bien changé. En chemin, il retrouve celle qu'il a aimé jadis et qui depuis est morte, ainsi que sa nièce Solange, une fille un peu perdue, artiste, et qui attend le retour de son père parti depuis plusieurs semaines...

Mammuth est le quatrième long-métrage, et pas forcément le plus évident de la filmographie des réalisateurs et scénaristes Benoît Delépine et Gustave Kervern qui en compte sept à ce jour. Autour de l'immense Gérard Depardieu qui campe ici le rôle de Serge Pilardosse, on retrouve avec beaucoup de plaisir l'actrice Yolande Moreau que le duo de cinéastes employa déjà dans l'excellent Louise-Michèle sorti deux ans auparavant en 2008. Autour de leurs deux personnages gravitent ceux interprétés par l'actrice, plasticienne et poétesse Miss Ming (en nièce totalement borderline), Bouli Lanners (en patron-recruteur auquel une secrétaire-fantôme prodigue une fellation), Albert Delpy (Père de l'actrice Julie Delpy), qui en compagnie de Depardieu se masturbent mutuellement, Benoît Poelvoorde, sillonnant les plages armé d'un détecteur de métaux Siné, en ancien patron viticulteur, Le génial Philippe Nahon en directeur d'hospice apparemment aussi sénile que ses patients. On a même droit à l'étonnante présence d'Isabelle Adjani dans le rôle de l'amour perdu.

Dire que Mammuth est atypique serait encore très loin de la vérité. En fait, l’œuvre du duo est un OVNI. Ou plutôt, comme on à communément l'habitude de nommer ce genre de films, un OFNI. On retrouve une fois encore la poésie qui émaille l’œuvre de Benoît Delépine et Gustave Kervern. Une fois encore, il s'agit d'un road-movie au centre duquel les héros sont des petites gens, issus de milieux sociaux inférieurs. De la poésie, oui, mais quelques moments savoureusement trashs auxquels nous ont habitués les deux réalisateurs depuis l'émission télévisée Groland. Gérard Depardieu y est égal à lui-même : se fichant des apparences, il ne se refuse pas une petite promenade au guidon d'une pétrolette, vêtu comme un hippie, le cheveu long et surtout, gras et emmêlé.

Mammuth est une comédie douce, amère, et même tendre au milieu. Un homme à la recherche non seulement de documents administratifs, mais aussi et surtout de son passé. On y découvre les ravages du temps sur lequel le monde n'a aucune emprise. La totalité des curieuses et, il faut le dire, angoissantes créations entourant la demeure du personnage du père de Solange sont l’œuvre de l'actrice Miss Ming elle-même. Celle-là même qui interprète la nièce de Serge. L'image granuleuse baigne l'oeuvre d'une nostalgie renvoyant directement aux années soixante-dix, l'époque justement où le personnage central passait d'un métier à l'autre en l'espace de quelques mois seulement. Une esthétique particulière qui tranche singulièrement avec le noir et blanc de leurs deux premiers longs-métrages. La musique est signée Gaëtan Roussel. Le budget alloué à Mammuth fut de deux-millions d'euros et demi et en rapporta un peu plus de trois millions trois-cent mille...

mardi 9 septembre 2025

Natacha (presque) hôtesse de l'air de Noémie Saglio (2025) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Et dire que j'ai bien failli passer à côté... Oh, pas à cause de son horrible affiche qui semble être un copier/coller de toutes celles qui se rapportent aux comédies françaises actuelles mais parce que, la pauvre, j'ai cru que l'actrice qui y trône au centre était... Judith Godrèche. Oui, celle qui en mal de reconnaissance et dont la carrière est au point mort s'est affichée dans la presse, les médias et les réseaux sociaux afin de révéler le viol dont elle aurait victime de la part de Jacques Doillon avant de se prendre un retour de bâton sous forme de plainte pour diffamation de la part du cinéaste français. Adios donc à cette pauvre Judith et à son rire de faux-cul et Benvenuto à la charmante Camille Lou dont la carrière au cinéma n'a malheureusement pas été marquée pour l'instant par de grandes œuvres. Habituée des comédies, on l'a notamment découverte dans Pourris gâtés de Nicolas Cuche en 2021, l'infâme Notre tout petit petit mariage de Frédéric Quiring en 2023 ou dans Chasse gardée d'Antonin Fourlon et Frédéric Forestier la même année et dont la suite est prévue pour le 10 décembre prochain. Mis en scène par la réalisatrice et scénariste française Noémie Saglio à laquelle on doit notamment Connasse, princesse des cœurs en 2015 ou Parents d'élèves en 2020, Natacha (presque) hôtesse de l'air est la toute première adaptation sur grand écran de la bande dessinée Natacha du dessinateur belge François Walthéry et du scénariste lui aussi d'origine belge, Gos (de son vrai nom Roland Goossens). Contrairement à la bande dessinée dans laquelle l'héroïne est hôtesse de l'air, le film met en scène une Natacha qui rêve depuis sa plus tendre enfance de voyager à travers le monde et trouve à travers le métier d'hôtesse la possibilité de le concrétiser. Sauf qu'ici, la jeune et charmante femme rate à trois reprises le concours. Notons d'ailleurs que le concours en question n'existe pas du tout et que pour atteindre leur objectifs, les candidates au poste n'ont en réalité d'autre contrainte que celle d'avoir au minimum le Bac ou un diplôme de niveau Bac +2.


Concernant le film de Noémie Saglio, celui-ci est, davantage qu'une comédie, une comédie d'aventures. En effet, alors que par un subterfuge Natacha s'apprête à monter à bord d'un avion réservé à l'attention du Ministre des Affaires culturelles André Molrat (référence évidente à l'ancien écrivain, résistant et homme politique français André Malraux incarné à l'image par l'inépuisable Didier Bourdon), lequel est chargé de veiller sur le transport de la Joconde peinte par Léonard de Vinci entre 1503 et 1506, le célèbre tableau est volé par des malfrats qui prennent en outre en otage Natacha et le steward Walter (Vincent Dedienne). Tandis qu'ils sont jetés hors du véhicule conduit par leurs kidnappeurs en rase campagne, Natacha et Walter se lancent à leur poursuite jusqu'à un petit aérodrome où la jeune femme parvient à reprendre la main sur la Joconde dans le but précis de le rendre au Ministre. Du moins jusqu'à ce qu'elle se rende compte que l'homme est peut-être lui-même au centre du vol du tableau... Dans cette comédie d'aventures bourrées de rebondissements, d'action et de dialogues tantôt drôles, tantôt poussifs, le spectateur aura l'agréable plaisir de découvrir qu'il n'aura pas eu le temps de s'ennuyer. Et ce, grâce au rythme sportif appliqué à l'héroïne interprétée par une Camille Lou craquante, impliquée et non dénuée d'une énergie folle. Accompagnée par un Vincent Dedienne/Walter peu courageux (et c'est peu de le dire), pas très malin et par une galerie de personnages secondaires plutôt sympathique, l'on fait la connaissance des parents de l'héroïne, Madeleine et Roger Malo tout deux respectivement interprétés par Anne Charnier et Philippe Vieux. Et plus tard, de Colette (Elsa Zylberstein), une peintre-faussaire. Le film nous plonge tout d'abord littéralement dans les années 60 grâce à la bande musicale d'Erwann Chandon, des costumes d'isabelle Matthieu ou des décors de Gladys Garot et Stanislas Reydellet pour ensuite téléporter ses héros un quart de siècle plus tard. Noémie Saglio et le scénariste Laurent Turner en profitent pour revenir sur le statut des femmes à l'époque tout en usant de certains anachronismes plutôt amusants et qui trouveront un sens des années, voire des décennies plus tard. Comme l'intervention de l'humoriste et acteur français Baptiste Lecaplain, lequel incarne le personnage de Bernard Fouard-Michel, ou BFM, un complotiste qui vit sur un rafiot et qui évoque notamment la future pilule contraceptive ou les voitures électriques ! Sans être une grande comédie, Natacha (presque) hôtesse de l'air reste un très bon divertissement qui ne souffre d'aucune faiblesse concernant le rythme. Quant aux dialogues, si tous ne font pas forcément mouche l'on se surprend à minima à sourire devant certaines réflexions, ce qui en soit n'est déjà pas si mal face à la sécheresse que représente actuellement la comédie française ! Bref, le long-métrage de Noémie Saglio s'avère être un sympathique divertissement...

 

mardi 31 décembre 2024

Mascarade de Nicolas Bedos (2022) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Je dois l'avouer, cela me coûte de le reconnaître, mais j'ai adoré Mascarade de Nicolas Bedos. Parce que ouais, le bonhomme me sort par les yeux. Du moins lorsque ce ''fils de'', qui me laisse généralement indifférent, laisse planer le doute s'agissant du bord politique qu'il prétend défendre ou lorsqu'il frappe sur tout ce qui bouge avec cette fausse audace des salons parisiens qui voudrait que le fils de l'humoriste Guy Bedos est parvenu à égaler voir surpasser le talent de son géniteur. Bouffi de vanité, auto-satisfait mais se traînant malgré tout un certain nombre de casseroles au cul, à travers son dernier long-métrage en tant que réalisateur, scénariste et compositeur tout de même bien épaulé par la compositrice de musique de film française Anne-Sophie Versnaeyen, Nicolas Bedos semble dès son premier ''tour de manivelle'' préparer sa défense pour des faits supposés d'agressions sexuelles survenus trois ans auparavant, en 2018. Et même plus tard, jusqu'à très récemment, l'année dernière. Parce que Mascarade, sous ses allures de brillant exercice de style français ''à l'américaine' convoquant tout un panel de cinéastes outre-atlantiques prestigieux peut se concevoir comme une œuvre féministe furieusement anti-patriarcale. La morale de l'histoire ? Un pour toutes et tous pourris ! Le UN étant bien évidemment accordé à l'auteur du film lui-même, lequel s'interpose entre ces méchants messieurs qui mettent ici en application ce vieux concept de droit de cuissage au sein d'une couche de la société permissive et bouffie d'orgueil et leurs victimes. Si d'autres bien avant lui s'amusèrent à égratigner les femmes et les hommes de la ''Haute Société'' comme l'espagnol Luis Bunuel (Le Charme discret de la bourgeoisie) ou le français Claude Chabrol (La cérémonie) pour n'en faire que la chair à canon d'idées préconçues et systématisées, armé d'une équipe technique de pointe et de fameux interprètes, Nicolas Bedos installe un véritable jeu de massacre entre des individus parfaitement intégrés et des petites gens à l'ambition dévorante. Une appétence pour l'argent et le confort mais également, un désir de réparation qui prendra le visage de Margot, jeune femme superbe incarnée par l'actrice et mannequin Marine Vacth dont la posture la rapprochera ostensiblement de certains personnages notamment rencontrés chez Roman Polanski à travers diverses incarnations d'Emmanuelle Seigner (Lune de fiel).


L'ambivalence prévaut dans ce récit mêlant une actrice vieillissante sur le retour et son dernier gigolo (Isabelle Adjani et Pierre Niney, tous deux excellents). Entre ce dernier et Margot, également. Amants d'un jour, puis de toujours (vraiment?). Elle, jalouse, envieuse, voleuse, éprise de vengeance et lui, passant de la pommade aux vieilles rombières contre monnaie sonnante et trébuchante, repas chauds et nid douillet ! Viennent se greffer à cette histoire d'arnaque aux sentiments somme toute banale, des personnages pas tout à fait secondaires. Comme l'agent immobilier Simon (François Cluzet) et son épouse Carole (Emmanuelle Devos) ou bien Giulia (l'actrice italienne Laura Morante) jetée à la porte de son propre restaurant par un ancien mari particulièrement violent. D'autres viennent témoigner lors d'un procès des affres d'une histoire très limpide malgré un montage inventif signé d'Anny Danché et des redoutables conséquence qu'elle aura sur chacun des principaux protagonistes. Véritable toile d'araignée où rien n'est jamais irrémédiable et où tout peut arriver et se construire au fil du récit, Nicolas Bedos signe une œuvre percluse d'un cynisme propre aux casquettes d'humoriste et de chantre de la critique acerbe qu'il porte fièrement et en toute situation. Mascarade possède cette faculté consistant à rendre les uns et les autres attachants alors qu'eux-mêmes, et comme Nicolas Bedos, se traînent également des boulets aux pieds. La cruauté avec laquelle le réalisateur et scénariste s'en prend à ses personnages est absolument jouissive. Poussant le spectateur à rire aux éclats même à certains instants du récit les plus cruels. Quand d'autres actions relativisent le message étalé à l'image, renvoyant les victimes à ce même statut de monstres comme lorsque Margot et Adrien, épaulés par Giulia, montent un stratagème afin d'accéder à ce qu'ils pensent leur être dû ! Au final, personne ou presque n'en ressortira indemne. Pas même le spectateur, emporté dans un tourbillon mené de main de maître par un Nicolas Bedos que l'on préférera donc voir diriger de brillants interprètes, comme ici, plutôt de le voir débarquer sur les plateaux de télévision ou à la radio proférer sa morale en carton-pâte...

 

samedi 1 avril 2023

Subway de Luc Besson (1985) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Luc Besson fait partie de ces personnalités que les critiques aiment assaisonner de commentaires peu élogieux. Un peu comme un Patrick Sébastien versant dans le septième art et dont les quolibets qui lui sont infligés ne sont pas toujours justifiés. Pour Christophe Lambert, c'est un peu la même chose... Pas de chance, donc, puisque le réalisateur et l'acteur ont fait ce petit bout de chemin ensemble, ce voyage dans les entrailles de la capitale française, entre thriller souterrain et romance ferroviaire. Se battant parfois en duel pour savoir qui de l'un ou de l'autre est le plus ringard (Le Cinquième Élément, Valérian et la Cité des mille planètes pour Luc Besson, Mortal Kombat de Paul W.S. Anderson et Vercingétorix : la légende du druide roi de Jacques Dorfmann pour Christophe Lambert), l'alchimie semble avoir pourtant fonctionné avec ce Subway qui demeure pour l'un comme pour l'autre, une très agréable surprise. Autour du réalisateur et scénariste (accompagné à l'écriture par Pierre Jolivet, Alain Le Henry, Marc Perrier et Sophie Schmit), on retrouve quelques interprètes de son tout premier long-métrage réalisé deux ans auparavant en les personnes de Jean Bouise et surtout de Jean Reno que l'on retrouvera successivement chez Luc Besson dans Le grand bleu en 1988, Nikita en 1990 et Léon en 1994. Côté musique, on retrouve également le compositeur et multi-instrumentiste Eric Serra qui demeurera toujours fidèle au poste en dehors de Valérian et la Cité des mille planètes dont la partition musicale sera confiée à Alexandre Desplat. Et c'est d'ailleurs tant mieux pour lui tant ce film au faramineux budget de presque deux-cent millions d'euros est une purge ! Luc Besson lui offre d'ailleurs un tout petit rôle dans son second long-métrage puisqu'il y interprète le personnage de Erico, un bassiste. Notons d'ailleurs la présence dans le rôle de l'interprète de la chanson It's Only Mystery (composée par Corine Marienneau, Louis Bertignac et Éric Serra) du chanteur et acteur américain Arthur Simms qui décèdera deux ans après la sortie du film à seulement trente-quatre ans. Côté casting, du beau monde se bouscule autour de Christophe Lambert qui interprète le rôle de Fred, jeune homme au costume trois pièces, aux cheveux en pétard et gris péroxydé, un peu paumé, voleur à ses heures et amoureux de la belle et riche Héléna Kerman (Isabelle Adjani). Jean Réno, donc, qui incarne un batteur, Jean Bouise en chef de station de métro, Jean-Hugues Anglade en voleur sur patins à roulettes, Richard Bohringer en fleuriste, Jean-Pierre Bacri en inspecteur Batman sous les ordres du commissaire Gesberg qui de son côté est interprété par Michel Galabru...


Luc Besson s'empare d'un environnement très particulier, souterrain, digne de figurer au tableau de chasse de certains films d'épouvante parmi lesquels certains s'y déroulent presque dans leur intégralité (Death Line de Gary Sherman en 1972, Creep de Christopher Smith en 2004), mais qui dans le cas présent est au centre d'une étrange ''histoire d'amour'' entre deux individus de monde totalement opposés mais qui paraissent tout deux marginaux. Autre particularité de Subway : la plupart des personnages paraissent tous plus barrés les uns que les autres et parmi lesquels Christophe Lambert/Fred et Isabelle Adjani/Héléna trônent en bonne place. L'un des atouts majeurs du long-métrage repose avant tout sur l'atmosphère qui se dégage des lieux. Un monde ''merveilleux'', tantôt blafard (les célèbres murs concaves recouverts de carrelage blanc) tantôt crépusculaire (les tunnels) et dans lequel Luc Besson promène ses caméras et nous convie à partager non seulement la vie de personnages bigarrés mais également celle beaucoup plus courante des usagers du métro et de celles et ceux qui y travaillent de manière officielle (le service de sécurité) ou officieuse (le pick-pocket). L'exploitation d'un univers ''habité'' par les sans domiciles fixes et autres musiciens vivant de la générosité des usagers dans lequel se croisent un type en costard et une femme de milliardaire en robe à froufrous crée un saisissant et authentique décalage qui permet même aujourd'hui à Subway de conserver son originalité. Si à l'époque l'on pouvait considérer le film de Luc Besson comme esthétiquement novateur, le réalisateur savait déja surtout s'offrir les services d'interprètes à la mode comme il le fera avec plus ou moins bon goût tout au long de sa carrière. Adjani avait quelques années en arrière collaboré auprès d'Andrzej Zulawski, Jean-Paul Rappeneau, Claude Miller ou Jean Becker tandis que Christophe Lambert s'était affiché en homme-singe dans le formidable Greystoke, la légende de Tarzan de Hugh Hudson l'année précédente. Fumerolles, éclairages au néon, faune souterraine, bande-son martelée, univers clos, Luc Besson pour qui Subway était un projet antérieur à son premier film Le dernier combat se préparait sans doute (inconsciemment ou pas) à plonger les protagonistes du Grand bleu dans une autre forme d'abysse. Alors, Subway, brouillon du film générationnel qu'il réalisera trois ans plus tard ? Non, certainement pas. Mais assurément, l'une de ses plus brillantes réussites...

 

mardi 2 mai 2017

Ils ne verront jamais le jour : The Double de Roman Polanski



Il n'y a sans doute rien de pire pour un cinéaste que de voir l'un de ses projets abandonnés. Surtout s'il y a investit de longs mois de travail. L'un des projets avortés les plus célèbres demeure sans doute L'Homme qui tua Don Quichotte de Terry Gilliam qui pour diverses raisons a été écarté alors que Terry Gilliam s'y atèle en 1999 après dix ans de réflexion. En 2002, Keith Fulton et Louis Pepe réalisent ensemble un documentaire, Lost in la Mancha, revenant sur les différentes complications qui survinrent et obligèrent le cinéaste et toute l'équipe à abandonner le projet. Des raisons, reconnaissons-le, tout à fait honorables. Mais ça n'est pas toujours le cas. Comme lorsque le cinéaste, producteur et scénariste franco-polonais Roman Polanski a la très mauvaise idée d'engager ce tâcheron de John Travolta sur son nouveau long-métrage. L'un des plus 'grands' représentants de la SECTE Scientologie demeure en effet le principal responsable de ce que devait être The Double, film qui devait faire suite dans la carrière de Roman Polanski à La Jeune Fille et la Mort et précéder La Neuvième Porte et qui, malheureusement, ne verra jamais le jour...
Après trois jours de tournage seulement, voici que la star américaine est aux abonnés absents. Reparti pour sa mère patrie, l'interprète de quelques dizaines de canulars cinématographiques s'octroie donc le droit d'abandonner son cinéaste, ses partenaires, les producteurs, ainsi que toute l'équipe technique dont une part s'est attelée à la conception de décors pratiquement terminés. Invoquant la maladie de l'un de ses enfants (raison pour abandonner le tournage de The Double, au demeurant, tout à fait honorable), pour connaître les véritables raisons du désistement de Travolta, il faut cependant aller chercher ailleurs. Car en effet, si la STAR américaine est partie, humble et courageuse, sans prévenir quiconque, c'est parce qu'elle désirait se mettre elle-même en scène, et pourquoi pas, réécrire les dialogues, quitte à virer Polanski. De quoi apporter une valeur ajoutée à son personnage.

Pourtant, Roman Polanski garde la tête froide malgré tout. Et même si la volonté des producteurs de faire revenir Travolta des États-Unis afin qu'il honore son contrat (pour un cachet devant lui rapporter la modique somme de 17 millions de dollars) fait chou blanc, le cinéaste franco-polonais trouve une parade en engageant l'acteur Steve Martin. Lorsque Travolta l'apprend, le bonhomme voit rouge et menace de ruiner la carrière d'Isabelle Adjani qui était prévue au casting, vingt ans après participé au tournage du Locataire. Malheureusement, après le départ du vrai scientologue et faux acteur Travolta, le projet prend l'eau et finit par être abandonné.
Le plus ironique dans toute cette histoire est que, si l'on avance dans le temps jusqu'en 2000 et que l'on apprend que Travolta a accepté de tourner dans l'immense four qu'est le navet intersidéral Terre champ de bataille (réalisé par Roger Christian), on comprend mieux les choix artistiques du bonhomme. Entre tourner ce qui aurait peut-être été une fausse suite du remarquable Locataire et l'adaptation de l'un des romans du créateur de la Scientologie,le généreux donateur de la Scientologie a choisi de se fourvoyer auprès de ses maîtres à penser. Au détriment des fans de Roman Polanski qui au fond, ont été épargnés. Épargnés car si le sujet de The Double était prometteur, du moins n’a-t’ont pas eu le malheur d'y voir l'un des plus mauvais acteurs américains y donner la réplique à l'une de nos plus célèbres actrices françaises...

Notez qu'en 2013, le cinéaste  Richard Ayoade a adapté le roman de Dostoevsky dont devait s'inspirer à l'origine le projet échoué de Roman Polanski...

mardi 29 mars 2016

Nosferatu, fantôme de la nuit de Werner Herzog (1979) - ★★★★★★★★★☆



Dans le nord de l'Allemagne, Jonathan Harker, jeune employé d'une étude notaire et époux de Lucy, est chargé d'une importante mission consistant à se rendre en Transylvanie afin de rencontrer le comte Dracula auquel il doit faire signer les papiers d'une vente concernant une demeure située à Wismar. Sur la route, il rencontre les propriétaires d'une auberge qui lui déconseillent vivement d'abandonner l'idée de se rendre au château du comte. Malgré les avertissements et le refus de tous de l'y accompagner, Jonathan fait route à pied et finit par arriver devant l'immense demeure de Dracula. Invité à y pénétrer par le propriétaire lui-même, Jonathan est convié à un dîner, puis à passer la nuit au château.

Lorsque vient le moment de la signature, le comte découvre que l'épouse de son invité est le portrait craché de sa défunte épouse. Totalement obnubilé par l'idée d'aller la retrouver à Wismar, Dracula enferme Jonathan à l'intérieur du château après l'avoir mordu dans le cou et part jusqu'en Allemagne à bord d'un bateau, accompagné de centaines de rats véhiculant la peste afin de faire se propager la maladie dans la ville toute entière une fois arrivé à destination...

Alors que le nazisme a provoqué les ravages que l'on connaît, alors que certains cinéastes allemands de l'après-guerre vont se référer à des cinéastes outre-atlantiques, Werner Herzog, lui, va plutôt aller chercher du côté de ses plus vieux ancêtres cinématographiques. Et parmi eux, l'un des plus illustres représentants de la vague expressionniste allemande, courant artistique né au début du vingtième siècle en Europe et dont l'Allemagne fut le pays le plus fier représentant : Friedrich Wilhelm Murnau. Le cinéaste allemand fut l'auteur de quelques pépites et notamment d'un Nosferatu, eine Symphonie des Grauens en 1922, l'un des chef-d’œuvre de l’expressionnisme allemand. Le film du cinéaste faillit ne jamais sortir, la veuve de l'écrivain dont l’œuvre s'inspire (le roman Dracula de Bram Stoker) ayant gagné un procès à l'issu duquel fut exigée la destruction pure et simple de toute les copies du film. Des détails et certains noms furent finalement changés et quelques copies furent sauvées de la destruction et mises en circulation dans les années trente en France et aux États-Unis.

Cinquante sept ans plus tard, Werner Herzog en signe donc le remake. Nosferatu, fantôme de la nuit est le second projet qui va lier le cinéaste à celui qui devient dès Aguirre, la Colère de Dieu, son acteur fétiche, Klaus Kinski. Dès les premiers instants, filmés au musée des momies de Guanajuato au Mexique, Werner Herzog crée un véritable climat de tension que la musique du désormais fidèle groupe de rock allemand Popol Vuh vient accentuer. Une scène véritablement marquante, comme le seront d'autres, tout au long d'une oeuvre épousant à maintes reprises le visuel du film dont il s'inspire. Aux côtés de Kinski, on découvre l'acteur Bruno Ganz dans le rôle de Jonathan Harker, mais également Isabelle Adjani dans celui de son épouse, plus étonnant, le dessinateur, illustrateur et cinéaste Roland Topor dans celui de Renfield, ainsi que Jacques Dufilho dans le rôle du capitaine du bateau.

Plus qu'au roman de Bram Stoker, Werner se réfère donc au film de Friedrich Wilhelm Murnau, s'appliquant parfois à retourner des scènes telles qu'elles apparaissaient dans l’œuvre originale, permettant ainsi aux frileux demeurant réfractaires face au cinéma muet, d'en découvrir une relecture colorisée et parlée. Et lorsque l'on parle ici de colorisation, il faut garder en tête que l’œuvre toute entière est parcourue d'une ambiance et d'environnements mortifères, obligeant Werner Herzog à opter pour des teintes parfois presque monochromes dans des environnements d'une tristesse absolue. Même la ville de Wismar qui dans l'ombre impressionnante (impressionniste ?) du comte Dracula se vide peu à peu de ses habitants, tour à tour victimes de la peste, l'ambiance devient de plus en plus crépusculaire.

Une poésie morbide se dégage de ce remake dans lequel Klaus Kinski interprète un personnage aux antipodes de celui qu'il a créé en tant qu'acteur: toute la violence et la fureur de ce personnage hors du commun disparaissent au profit d'une interprétation toute en douceur et en délicatesse, Kinski (en tant que Dracula) s'efforçant à contenir toute la rage de son personnage durant des scènes visuellement remarquables. On ne compte pas, en effet les moments de bravoure d'une œuvre qui pourtant laissera de marbre un certain public. Une certaine rusticité parcourt le Nosferatu d'Herzog. L'immobilisme dans lequel sont plongés parfois ses interprètes rappelle d'ailleurs le chef-d’œuvre Cœur de Verre qu'il signa trois ans plus tôt en 1976. Kinski, encore, sublime de son incroyable aura une œuvre presque totalement vouée à son interprétation. Comme son personnage semble draper d'un cape gigantesque rendue plus grande encore par les effets de lumières, la ville de Wismar, l'acteur en tant que tel, finit par absorber le jeu des autres comédiens.

Werner Herzog, signe une très grande œuvre, peut-être pas aussi précise que le film original de Friedrich Wilhelm Murnau, mais en tout cas un très bel hommage à ce dernier, ainsi qu'à l'expressionnisme allemand...

mardi 27 mars 2012

Zulawski en 2 films: Possession (1981), Chamanka (1996)



Lorsque Mark rentre de son voyage professionnel, il est loin de se douter de l'incroyable aventure qu'il va vivre en compagnie de sa femme Anna. Il apprend tout d'abord que cette dernière le trompe depuis un an avec un certain Heinrich, gourou mystique à la "zen-attitude", et qui a tendance à énerver Mark lorsqu'ils font connaissance. Une première rencontre qui va s'avérer brutale pour un Mark déboussolé qui vient de vivre, après le départ de sa femme, de longues semaines de dépression.

En réalité Anna n'a pas vraiment quitté Mark. Elle vit en même temps chez eux afin de s'occuper de leur enfant Bob mais aussi chez son amant Heinrich. Les rapports du couple se dégradent à mesure que Mark cherche à savoir pourquoi sa femme se détache ainsi de lui et de ses responsabilités pour retrouver son amant alors qu'elle-même semble être de plus en plus sous l'emprise de ce dernier. Un amant qui va se révéler être bien diffèrent de celui que l'on pense car Mark découvre qu'Heinrich n'a plus de nouvelles d'Anna depuis des semaines.


Mark engage un détective privé pour savoir où elle se rend lorsqu'elle quitte le cocon familial dans lequel règne désormais un désordre indescriptible. Un lieu de vie qui se désagrège à l'image du profond traumatisme qui engendre haine et violence au sein du couple.

Mark fait ensuite la connaissance de l'institutrice de son fils Bob, Helen, et qui ressemble étrangement à Anna, sorte de pendant angélique et lumineux d'une femme qui ne cesse de s'enlaidir. Car Anna, autrefois mère de famille tout à fait singulière n'est désormais plus que l'ombre d'elle-même, allant jusqu'à s'infliger des mutilations, imitée d'ailleurs très vite par un Mark loin de se douter que le responsable du désastre émotionnel qu'ils sont en train de vivre est dû à un être qui n'a finalement rien d'humain...

Andrzej Zulawski réalise "Possession" en 1981 soit six ans après ce que l'on peut considérer comme son plus grand film "L'important c'est d'aimer". Tout comme dans ce dernier ainsi que dans beaucoup d'autres qui suivront, il analyse à sa façon les travers de personnages qui s'aiment puis se déchirent dans une valse toujours morbide et codée parfois difficile à déchiffrer. On estime souvent que les personnages en font trop, qu'ils sont caricaturaux et c'est peut-être vrai. Mais cette approche particulière du cinéaste renforce finalement le sentiment de malaise face à ceux qui se détruisent et devant lesquels nous restons de simples téléspectateurs allant même jusqu'à agir comme de véritables voyeurs sans jamais pouvoir interagir avec le triste quotidien des héros.


Du drame Zulawski nous transporte peu à peu dans un univers morbide au climat effroyable. L'horreur est omniprésente dans l'existence des personnages et dès lors que l'on découvre le vrai visage de celui qui est à l'origine du traumatisme engendré par la séparation et surtout lorsque l'on pénètre pour la toute première fois dans son repère, on s'attend à chaque plan à ce que le cauchemar prenne le dessus de manière définitive et c'est ce qui arrive très souvent.
Le cinéaste saupoudre son film de scènes hallucinantes telle celle du métro dans laquelle Isabelle Adjani qui incarne les personnages Anna et Helen semble en transe, se tord de douleur comme possédée par on ne sait quelle entité et se voue entièrement à la cause d'un Andrzej Zulawski qui n'en n'a jamais autant demandé à une actrice. On comprends alors pourquoi elle a été couverte de récompenses pour ce rôle.

Si Andrzej Zulawski, à travers une quinzaine de longs métrages livre sa vision toute personnelle de l'Amour, chez lui il est bien souvent destructeur et mène ses personnage dans un tourbillon de folie duquel jamais ils ne parviennent à s'extraire. En 1975 il réalise "l'important c'est d'aimer" que l'on peut considérer comme son meilleur film. Interprété par Romy Schneider, il dégage une force émotionnelle incomparable avec ses autres œuvres. L'actrice y est pour beaucoup et se livre sans concession dans un rôle que très peu d'actrices auraient été capables d'assumer. D'autres "subiront" l'interprétation offerte par ce cinéaste particulier (et très peu considéré par la critique) dans des rôles difficiles, jouant de leur corps mais aussi de leur âme. La très rare Valerie Kaprisky formidable dans "La femme Publique" mais aussi et surtout Sophie Marceau qui tourna plusieurs fois avec Zulawski notamment dans le déjanté "L'amour braque", le troublant "Mes nuits sont plus belles que vos jours" ainsi que dans l'adaptation libre de la vie de Chopin, "La note bleue" dans lequel elle interprète le rôle de Solange, la fille de Georges Sand. 


Le point commun entre tout ces films est la folie permanente qui se dégage de chaque situation donnée, de chacun des personnages à la diction épileptique et parfois schizophrénique face à la gestion de leurs sentiments. On doit parfois tendre l'oreille pour saisir le sens de certaines répliques (L'amour braque) ou encore remplir le vide de celles laissées à l'abandon par la maladie.(Mes nuits sont plus belles que vos jours).Le rythme est un paramètre important dans la mise en image d'histoires qui, si dans un premier temps paraissent quelconques, glissent inexorablement dans un abîme sans fond. Les héros de Zulawski s'aiment puis se repoussent pour enfin se retrouver et se détruire..

Et c'est d'autant plus flagrant dans "Chamanka", film jusqu'au-boutiste, qui plonge littéralement le spectateur dans l'univers torturé de deux êtres qui vont vivre une histoire d'Amour tout aussi bouleversante qu'effroyable. L'actrice Iwona Petry qui interprète le rôle de Wloszka est totalement habitée par son personnage à tel point que l'on se demande très souvent si elle joue ou si elle est naturelle. Le malaise permanent ressentit à la vision de ce jeu de l'amour et de la mort est dû en partie à la froide partition d'Andrzej Korzynski notamment dans la scène finale, très impressionnante. 


Chamanka est l'histoire simple d'un homme et d'une femme qui se cherchent et se repoussent dans une sorte de tourbillon psychologique éprouvant qui va les mener à leur perte. Rien ne nous est épargné dans leurs douloureux rapports. L'amour y est parfois théâtral, souvent bestial mais toujours emprunt d'un mysticisme pas toujours justifié.

Chamanka fait partie de ces films monstres qu'on n'oublie pas et qui marquent les rétines pour longtemps.
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...