Mammuth, c'est l'histoire de Serge Pilardosse, ancien
employé modèle dans un abattoir, qui vient tout juste de prendre sa
retraite (ses collègues de travail lui ayant généreusement offert
un puzzle de deux-milles pièces pour son départ), et auquel il
manque malheureusement un certain nombre de documents pouvant lui
permettre de toucher sa retraite. Poussé par son épouse Catherine à
chevaucher de nouveau sa Munch Mammuth, une superbe moto qu'il a
rangé au garage depuis un grave accident qui a coûté la vie à son
ancienne compagne, le voilà repartit sur les routes.
Durant sa quête de documents administratifs, Serge retrouve
d'anciens employeurs et constate avec stupeur qu'une partie des
entreprises qui l'ont employé n'existent plus ou ont oublié
de le déclarer. Ancien fossoyeur, videur dans une boite de nuit,
forain, ou encore vendangeur, Serge constate que le monde autour de
lui a bien changé. En chemin, il retrouve celle qu'il a aimé
jadis et qui depuis est morte, ainsi que sa nièce Solange, une fille
un peu perdue, artiste, et qui attend le retour de son père parti
depuis plusieurs semaines...
Mammuth est
le quatrième long-métrage, et pas forcément le plus évident de la
filmographie des réalisateurs et scénaristes Benoît
Delépine et Gustave Kervern qui en compte sept à ce jour. Autour de
l'immense Gérard Depardieu qui campe ici le rôle de Serge
Pilardosse, on retrouve avec beaucoup de plaisir l'actrice Yolande
Moreau que le duo de cinéastes employa déjà dans l'excellent
Louise-Michèle
sorti deux ans auparavant en 2008. Autour de leurs deux personnages
gravitent ceux interprétés par l'actrice, plasticienne et poétesse
Miss Ming (en nièce totalement borderline), Bouli Lanners (en
patron-recruteur auquel une secrétaire-fantôme prodigue une
fellation), Albert Delpy (Père de l'actrice Julie Delpy), qui en
compagnie de Depardieu se masturbent mutuellement, Benoît Poelvoorde,
sillonnant les plages armé d'un détecteur de métaux Siné, en ancien
patron viticulteur, Le génial Philippe Nahon en directeur d'hospice
apparemment aussi sénile que ses patients. On a même droit à
l'étonnante présence d'Isabelle Adjani dans le rôle de l'amour
perdu.
Dire
que Mammuth
est atypique serait encore très loin de la vérité. En fait,
l’œuvre du duo est un OVNI. Ou plutôt, comme on à communément
l'habitude de nommer ce genre de films, un OFNI. On retrouve une fois
encore la poésie qui émaille l’œuvre de Benoît Delépine et
Gustave Kervern. Une fois encore, il s'agit d'un road-movie au centre
duquel les héros sont des petites gens, issus de milieux sociaux
inférieurs. De la poésie, oui, mais quelques moments savoureusement
trashs auxquels nous ont habitués les deux réalisateurs depuis
l'émission télévisée Groland.
Gérard Depardieu y est égal à lui-même : se fichant des
apparences, il ne se refuse pas une petite promenade au guidon d'une
pétrolette, vêtu comme un hippie, le cheveu long et surtout, gras
et emmêlé.
Mammuth
est une comédie douce, amère, et même tendre au milieu. Un homme à
la recherche non seulement de documents administratifs, mais aussi et
surtout de son passé. On y découvre les ravages du temps sur lequel
le monde n'a aucune emprise. La totalité des curieuses et, il faut
le dire, angoissantes créations entourant la demeure du personnage
du père de Solange sont l’œuvre de l'actrice Miss Ming elle-même.
Celle-là même qui interprète la nièce de Serge. L'image
granuleuse baigne l'oeuvre d'une nostalgie renvoyant directement aux
années soixante-dix, l'époque justement où le personnage central
passait d'un métier à l'autre en l'espace de quelques mois
seulement. Une esthétique particulière qui tranche singulièrement
avec le noir et blanc de leurs deux premiers longs-métrages. La
musique est signée Gaëtan Roussel. Le budget alloué à Mammuth
fut de deux-millions d'euros et demi et en rapporta un peu plus de
trois millions trois-cent mille...




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