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vendredi 3 avril 2026

La Criatura d'Eloy de la Iglesia (1977) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Six ans après avoir traité du voyeurisme avec El Techo de Cristal et cinq après avoir indirectement évoqué le cannibalisme sous couvert d'une spirale meurtrière avec La Semana del Asesino, le réalisateur et scénariste espagnol Eloy de la Iglesia se pencha en 1977 sur un sujet tout aussi dérangeant à travers l'évolution délétère d'un couple qui depuis plusieurs années cherche à avoir un enfant. Cristina (l'actrice et chanteuse espagnole Ana Belén) et Marcos (Juan Diego) ont beau consulter des spécialistes depuis des années, rien n'y fait. Jusqu'au jour où ''miraculeusement'', la jeune femme est enfin enceinte. Mais alors que le couple s'arrête à une station-essence afin de faire le plein, en s'approchant d'un chien Cristina est agressée par l'animal. Choquée, celle-ci fait une fausse couche et les espoirs du couple sont alors réduits à néant. Sur les conseils de leur ami, le professeur Celanova (Ramón Repáraz), Marcos emmène son épouse passer quelques jours à la mer. Là-bas, ils sont régulièrement suivis par un chien ressemblant étonnamment à celui qui attaqua la jeune femme. Mais plutôt que de se montrer apeurée, Cristina demande à Marcos de faire monter l'animal à l'arrière de leur voiture le jour où ils décident de rentrer chez eux... Plutôt que de s'attaquer frontalement au sujet extrêmement délicat d'une déviance d'ordre sexuel liant ''intimement'' l'héroïne et la ''créature'' du titre, Eloy de la Iglesia cherche davantage à décrire le lent délitement du couple à travers ce troisième ''protagoniste'' représenté par cet animal qui peu à peu va prendre une place prépondérante et s'intercaler entre l'homme et sa femme. Détaillant au fil du récit deux individus dont l'union se révèle, au fond, progressivement dysfonctionnelle, et ce dans une Espagne Post-Franco (le cinéaste engageant le personnage de Marcos dans une voie politique), Eloy de la Iglesia emploie de manière intelligente quelques procédés dont il a l'habitude. Et notamment celui de l'ellipse. Permettant ainsi au scénario d'Enrique Barreiro de voir le jour sous un prisme beaucoup moins gratuit que le thème ne le voudrait même si le jeu que jouera Cristina avec Marcos montrera des signes de perversité appuyés par les incessants sourires narquois de la jeune femme... Rien ne va plus entre les deux époux. Ici, le chien prend de plus en plus de place tandis que celle de Marcos s'amenuise peu à peu. Un grand nombre de séquences prêtent ainsi à l'animal une importance de plus en plus considérable au sein du foyer.


Eloy de la Iglesia a beau apporter de l'eau au moulin de Cristina lorsque celle-ci se confie à Bruno (le chien auquel elle choisi donc de donner le prénom que le couple avait prévu de donner à l'enfant qui devait naître quelques semaines plus tôt) sur l'ambition de Marcos, qui selon elle, ne l'a épousée que par intérêt, le réalisateur semble pourtant plus proche moralement de ce dernier puisque rien ne vient véritablement étayer les propos de la jeune femme tandis que lui se dévoile sous les oripeaux du fervent chrétien, consultant régulièrement un prêtre incarné par Manuel Pereiro et surtout comme un homme très amoureux, fidèle, et ce même si un soir d'ivresse il se laisse attirer entre les bras de sa très insistante partenaire qui à ses côtés anime une très populaire émission de télévision... Œuvre parfois touchante, La Criatura aurait pu n'être qu'un drame classique sur la fin du couple entre un homme et son épouse minés par leur incapacité à devenir parents mais Eloy de la Iglesia offre en outre une vision terriblement ambiguë des relations entre la jeune femme et son chien. Un second ''couple'' se forme ainsi entre eux, que pas même une femelle offerte par Marcos ne viendra séparer. Le réalisateur espagnol confond alors volontairement les rapports Homme/Femme avec ceux que devraient entretenir cette dernière avec son animal de compagnie. Et c'est bien ici l'usage justement de l'ellipse qui cultive l'idée que la relation qu'entretient Cristina avec Bruno a dépassé de loin le cadre de la normalité. Jusqu'à cette conclusion que le cinéaste espagnol laisse au spectateur tout le loisir d'examiner et d'admettre. Une manière fort pertinente d'évoquer l'amour interdit entre une femme et son chien sans voir les foudres de la censure s'abattre sur l’œuvre d'un cinéaste décidément anticonformiste...

 

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