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jeudi 19 février 2026

Possession : le remake de Parker Finn (202?)

 


 

Cela ressemble à une très mauvaise blague et pourtant, oui, il va bien y avoir un remake du film culte du cinéaste polonais Andrzej Żuławski, Possession ! À l'heure actuelle, l'ancien compagnon de Sophie Marceau doit se retourner dans sa tombe. Quant à ses fans, la société de production de Robert Pattinson Icki Eneo Arlo les empêche sans doute de dormir depuis cette annonce qui au mieux aurait pu être une mauvaise blague mais qui au pire semble rapidement se préciser. Ce que l'on sait ? Que Margaret Qualley et Callum Turner devraient reprendre les rôles principaux incarnés à l'époque par Isabelle Adjani et Sam Neill. Bon ben, je ne connais ni d'Eve ni d'Adam ces deux acteurs américains mais à voir leur tronche, j'ai un peu peur que l'on se retrouve devant un film du type Cinquante Nuances de Grey. Un film basé sur la hype dont bénéficia le roman d'origine que je n'ai de toute manière pas lu vu que c'est pas trop ma came de suivre le mouvement ou certaines recommandations ! Après, Possession nouvelle version devrait être réalisé par Parker Finn. L'auteur des deux Smile. Deux sympathiques films d'horreur mais qui ne justifient pas forcément que lui soit confié le remake d'un film tel que celui de Zulawski. Et pourquoi ne pas enchaîner ensuite en confiant la mise en scène de celui de L'important c'est d'aimer à Jordan Peel ? De La Femme publique à David Charhon ou encore celui de L'Amour braque à Michèle Laroque avec dans les rôles principaux Muriel Robin, Michaël Youn et Samy Naceri en lieu et place de Sophie Marceau, Tcheky Karyo et Francis Huster ? Tu vois, Gros (pas toi cher lecteur, mais Robert Pattinson), j'aurais pu encore garder mon calme si j'avais entendu parler d'un remake de Szamanka vu que le long-métrage est pour le coup un vrai film d'horreur dans le sens littéral du terme. Car bien que celui-ci comme tous les autres longs-métrages de Zulawski soit dans mes petits papiers, il aurait été moins ridicule de confier l'antépénultième film du polonais que l'un de ses meilleurs, intouchable, ''indéflorable'', inviolable. On sait ensuite qu’après une longue bataille, c'est finalement Paramount Pictures qui a remporté le ''gros lot'' de produire le film. Chose plus ou moins rassurante : Possession n'en est apparemment qu'à sa phase de développement. Écriture du script et composition du casting définitif sont donc d'actualité mais il n'est pas interdit d'espérer que le film n'ira pas à terme. Évidemment, si le récit repose sur le script d'Andrzej Żuławski et Frederic Tuten, sa modernisation sera probablement l'un des points les plus sensibles pour les fans du cinéaste qui désirent tout comme votre serviteur que l’œuvre d'origine ne soit pas entachée par l'existence d'un miteux remake ! Concernant le contexte, difficile d'imaginer que l'on puisse retrouver la force des décors bétonnés, froids et démoralisant de Berlin-Ouest où fut tourné le film de 1981. Et que penser des séquences emblématiques que l'on pourrait au mieux espérer ne pas voir réadaptées pour mieux conserver le souvenir des originales ? La scène du métro, le repère de la bête, les conflits entre Anna et Mark au restaurant où dans la rue... Bref, je me connais, tout en me rongeant les sangs dans l'espoir que le projet tombe à l'eau, je ne pourrai sans doute pas éviter la projection lors de sa sortie si jamais il arrive à terme. Histoire de confirmer définitivement et une bonne fois pour toute que le génie d'Andrzej Żuławski est inégalable...

 

mercredi 2 février 2022

La fidélité d'Andrzej Zulawski (2000) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

S'essayer à l'exercice ''Zulawskien'' est un acte périlleux lorsque l'on n'est pas coutumier du fait. Si la galaxie du réalisateur, scénariste et écrivain polonais a brillé de mille feux, elle a sans doute aussi plongé une certaine partie du public dans l'obscurité. Une œuvre toute entière vouée à la vie, l'amour, la passion, mais aussi, la mort, la maladie, l'absence. Ces mille feux qui illuminèrent son œuvre se sont nommés tour à tour Romy Schneider, Isabelle Adjani, Valérie Kaprisky, Marie-France Pisier mais aussi et surtout Sophie Marceau avec laquelle Andrzej Zulawski entretint une relation longue de dix-sept ans durant laquelle l'actrice donna naissance à un fils et à l'issue de laquelle le réalisateur éprouva le besoin d'écrire deux ouvrages relatifs à leur rupture. Des hommes, aussi, ont parcouru l'existence du polonais. Des acteurs. Parmi lesquels, bien sûr, Francis Huster, Lambert Wilson, Sam Neill, Fabio Testi et même, le chanteur Jacques Dutronc par deux fois. En 2000, Andrzej Zulawski revenait au cinéma quatre ans après le cauchemardesque Szamanka, œuvre franco-helvetico-polonaise interprétée par Bogusław Linda mais aussi et surtout par Iwona Petry, l'antithèse du glamour. L'amour et la mort incarnée dans un tourbillon d'images chocs et au final tétanisant qui, si le film ne demeure pas le meilleur de son auteur, marquait un cap définitif dans cette thématique trouble que Andrzej Zulawski n'a jamais cessé d'exploiter. Qui aurait prévu que quinze ans plus tard le réalisateur donnerait un dernier coup de manivelle à une carrière on ne peut plus homogène et qu'une année plus tard un cancer l'emporterait ?


Sophie Marceau, héroïne typique et sublime de l'univers ''Zulawskien'' qui pour la quatrième fois de sa carrière venait briser l'image idyllique de l'une des plus belles actrices française. Après L'amour Braque, Mes nuits sont plus belles que vos jours et La note bleue. La relation entre l'actrice et le réalisateur est à l'image du choix qu'entreprend alors en 1984 Sophie Marceau qui contre l'avis de sa famille choisit de vivre avec Andrzej Zulawski malgré leur importante différence d'âge. Il y a certainement dans La fidélité, une part autobiographique dans la relation qu'entretient le personnage de Clélia qu'interprète l'actrice avec Clève qu'incarne quant à lui Pascal Greggory. On le sait, ou pas, Sophie Marceau trompa le réalisateur polonais comme semble être en mesure de le faire la jeune femme ici avec le photographe Nemo (Guillaume Canet). Andrzej Zulawski répare cette erreur ici mais ''s'accorde'' tout de même un funeste destin. Ou quand l'amour, suivi d'une infidélité charnelle ou plus simplement sentimentale peut mener à la mort. Les fans du cinéaste reconnaîtront son style si particulier. Des acteurs comme en transe, débitant des lignes de dialogue épileptiques, pièces d'un puzzle qu'il n'est pas toujours aisé à remettre dans l'ordre. Si Sophie Marceau reprend peu ou prou la suite des Mary, des Blanche ou des Solange, on reconnaîtra dans le personnage qu'interprète Pascal Greggory, les Lucas et Léon qu'incarna à chaque fois Francis Huster et dans La femme publique et dans L'amour braque...


La fidélité ne situe pas son action dans le monde du cinéma mais dans ceux de la presse à scandale et de la photographie. Guillaume Canet, en amant ''rêvé'' mais jamais vraiment exaucé dénote quelque peu dans ce conglomérat de seconds rôle déjantés et décadents dont fait ici notamment partie l'actrice française Édith Scob. L'acteur a beau encourager à sa manière la folie qui imprime parfois le long-métrage, il paraît forcer le trait... Un euphémisme si l'on tient compte du fait qu'en général, l'univers de Zulawski est bondé de personnages outranciers et que certains verront sans doute comme caricaturaux. La fidélité souffre d'un problème majeur que constitue sa trop longue durée. Plus de deux heures et quarante-cinq minutes pour exposer trois personnages au cœur d'une intrigue classique mais qui, mise entre les mains du polonais, frise forcément l'hystérie. Trop long et donc, souvent ennuyeux. D'autant plus que cet avant dernier long-métrage d'Andrzej Zulawski n'apporte rien de vraiment neuf en comparaison des quelques chefs-d’œuvre qu'il réalisa durant sa carrière. Cependant, le film n'en est pas moins dénué de séquences troublantes, voire même émouvantes. Pascal Greggory y est déchirant et la relation entre Clélia et sa mère qu'interprète l'actrice Magali Noël apparaît parfois aussi magnifiquement déprimante et mortifère que celle qu'entretinrent les personnages de L'amour Braque, Mes nuits sont plus belles que vos jours et plus encore L'important c'est d'aimer. À réserver aux fans exclusifs du réalisateur polonais. Quant à ceux qui voudraient découvrir son univers, on leur conseillera de débuter en douceur en remontant le temps jusqu'en 1975, lorsque la sublime Romy Schneider prêta ses traits au personnage de Nadine Chevalier dans L'important c'est d'aimer...

 

dimanche 2 mai 2021

Boris Godounov d'Andrzej Zulawski (1989) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

L'action de Boris Godounov démarre alors qu'une représentation de l'opéra portant son nom s'apprête à débuter à Saint Petersbourg. Mais alors que le public s'installe et que l'orchestre se prépare à jouer, le spectacle est transposé à l’extérieur des murs de l'enceinte. En se libérant des contraintes imposées par les lieux, Andrzej Zulawski s'autorise toutes les folies. Car avec cette vision personnelle de l'opéra Boris Godounov composé à l'origine par le russe Modeste Moussorgski, c'est toute la démesure de l'auteur de L'amour Braque, de La femme publique ou de Possession qui s'exprime ici. Scénarisé par les propres soins du réalisateur lui-même, notons que le violoniste et chef d’orchestre russe Mstislav Rostropovitch désapprouva les bruitages qui furent ensuite ajoutés par dessus l'interprétation musicale de l'orchestre du National Symphony Orchestra de Washington. Pour Andrzej Zulawski, il est tout d'abord important de faire comprendre au public son intention de mettre en avant le fait qu'il ait choisi de mettre en scène la toute première représentation de l'opéra qui eu lieu en 1872. Ensuite, un détail qui pourra certes paraître anodin démontre tout le génie du réalisateur polonais, lequel fait directement entrer les spectateurs au cœur de l'intrigue lorsque est déchiré le décor de fond de l'opéra pour y laisser pénétrer derrière lui sa caméra. En se débarrassant de certaines contingences, Andrzej Zulawski nous livre une œuvre vivante et ce, malgré l'atmosphère d'agonie qui y règne...


En effet, car si Boris Godounov ne revêt sans doute pas l'apparence du biopic rêvé par les historiens, c'est qu'il ne s'attarde que sur une courte période de son existence. Celle qui le voit couronné Tsar avant que la folie ne l'emporte. Soupçonné d'avoir organisé l'assassinat de Dimitri Ivanovitch, né le 19 octobre et mort le 15 mai 1591 à l'âge de huit ans, Boris Godounov aurait donc fait assassiner le jeune enfant que lui et les autorités craignaient de voir prendre le pouvoir et monter sur le trône, poussé dans cette voie par les contestataires de l'autorité du Tsar en place. Spectacle visuel souvent stupéfiant, l’œuvre toute entière d'Andrzej Zulawski fut ponctuée de moments de grâce hystérique qui dans le cas présent se multiplient. Et même si l'on est encore très loin du délirant Diabeł qu'il signa en 1972 et dont la théâtralité était à son comble, Boris Godounov devrait non seulement satisfaire les amateurs d'opéra pas trop regardant sur l'Histoire avec un grand H, mais également celles et ceux pour qui cette dernière est tout sauf une passion et le personnage central, un individu dont seul le nom parle. Faudra-t-il cependant être un féru d'opéra pour digérer les quasi deux heures que dure cet incroyable projet mis en scène par le réalisateur polonais et disponible dans une version restaurée produite un quart de siècle après sa sortie officielle ? Réponse, non : car même si son approche opératique empêchera sans doute une partie de son public d'arriver jusqu'à l'extase d'un Sanatorium pod Klepsydrą (La Clepsydre), chef-d’œuvre absolu signé en 1973 par son homologue polonais Wojciech Has, Andrzej Zulawski signe un spectacle total...


brillamment mis en scène, sa caméra n'ayant aucune peine à virevolter comme cela est de coutume chez le cinéaste. Malgré les reproches fait à l'encontre du long-métrage par Mstislav Rostropovitch (chose que l'on peut comprendre si l'on se met un instant à la place du chef d’orchestre), Boris Godounov s'avère un voyage extraordinaire sur le plan visuel autant que sur le plan musical. En effet, les costumes de Magdalena Biernawska-Teslawska et le travail abattu par le département leur étant consacré est absolument remarquable. Tout comme les décors, les maquillages ou la photographie de Pierre-Laurent Chénieux. Fidèle au cinéaste polonais depuis Possession en 1981, la monteuse française Marie-Sophie Dubus (Le Vampire de Düsseldorf de Robert Hossein en 1965, Les Fugitifs et Le Jaguar de Francis Veber en 1986 et 1996) effectue un travail lui aussi remarquable et qui donne littéralement le vertige. Cependant, et même si cela ne gênera sans doute en rien les néophytes qui découvrent ici l'univers de Modeste Moussorgski et de son célèbre opéra, il faut savoir qu'Andrzej Zulawski semble n'avoir retenu qu'une partie de l’œuvre du compositeur, ce qui pour les puristes, risque d'avoir du mal à passer. Ce qui par contre est visible à l'écran et s’avérera déjà beaucoup plus gênant pour le plus gros des spectateurs se situe au niveau des doublages. En effet, si les chants demeurent formidables, il est clair qu'entre ceux-ci et ceux qui les interprètent, les voix et les lèvres posent un grave problème de synchronisation. Ce qui pour une partie de l’œuvre, quelle que soit son importance, gâche un peu le tableau. Et puisque l'on parle de tableaux, évoquons ceux qui traversent littéralement le récit... cet aspect que renforcent des images absolument éblouissantes de couleurs, des décors fantastiques donnant à l'ensemble l'apparence d'une succession d’œuvres picturales du plus bel effet. Quant à l'acteur principal, le chanteur d'opéra italien Ruggero Raimondi, son charisme envoûte littéralement le cadre et les spectateurs. Foisonnant de figurants et de décors dantesques, Boris Godounov n'est peut-être pas l'opéra rêvé mais permettra sans doute aux néophytes d'introduire le genre sans trop de difficultés...

 

dimanche 29 mars 2015

La Troisième Partie de la Nuit de Andrzej Zulawski (1971)



Pologne 1940. Michal voit son épouse, leur fils et sa belle-mère mourir sous ses yeux et ceux de son père sans qu'il puisse rien y faire, caché à l'orée d'une forêt. Les responsables de ce massacres sont allemands. Alors qu'il venait tout juste de revenir chez eux après avoir été guérit du typhus, Michal quitte leur propriété et arrive en ville où il est pourchassé par une police collaborant avec l'ennemi nazi. Blessé et réfugié dans un immeuble, il monte jusqu'au dernier étage avant de s'écrouler sur le sol. Il entend alors des pas puis une fusillade. Un innocent vient de faire les frais de celui que la police pourchassait.

Une jeune femme enceinte sort en hurlant de son appartement et crie à l'erreur. On vient de tuer son époux. Ramenée chez elle par l'occupant, Michal la retrouve dès que ses poursuivants ont quitté l'immeuble. Marta est désemparée et bientôt les premières contractions se font ressentir. La jeune femme accouche sur son lit, aidée par Micha qui finit par s'évanouir des suites de sa blessure à l'épaule. Lorsqu'il reprend des forces, Marta le bande. Reprenant peu à peu des forces, Michal s'engage dans la résistance sous le nom de « grizzly ». L'ancien assureur prend un emploi dans un cabinet afin de nourrir des poux infectés par le virus du typhus afin de trouver un remède.

Michal attend avec impatience que le chef de la résistance, « aveugle »', lui confie une mission. Lorsque ce jour arrive, on lui ordonne de se rendre dans un hôpital et d'en faire évader un homme qui n'est autre que l'époux de Marta qu'il croyait mort...

Tout premier long-métrage d'Andrzej Zulawski, La Troisième Partie de la Nuit se situe bien dans la lignée de sa filmographie à venir. Déjà, ses thèmes de prédilections, l'amour et la mort, transpire dans cette œuvre qui malgré quelques moments de pure violence et d'hystérie n'apporte rien de véritablement passionnant dans une carrière qui connaîtra des hauts et beaucoup de bas, surtout pour les nombreux allergiques au cinéma du polonais.
 
Filmé dans une Cracovie sinistrée, Zulawski se nourrit de ses propres doutes et de l'expérience de son père durant la seconde guerre mondiale puisqu'en effet, ce dernier à lui-même servit de cobaye afin d'endiguer le typhus qui faisait des ravages à l'époque. Le fait est que le premier long-métrage du cinéaste ne parviendra à convaincre que ses fans purs et durs. Comme cela sera très souvent le cas, les acteurs et actrices théâtralisent chacune de leurs interventions. La scène est comme très souvent chez Zulawski d'une froideur stupéfiante. Décors sombres, crasseux, marqués par une guerre impitoyable, L'austérité de La Troisième Partie de la Nuit est notamment appuyée par la partition musicale de celui qui composera la bande-son de quelques œuvres importantes du cinéaste (Possession, Mes nuits sont plus belles que vos jours).

La Troisième Partie de la Nuit divise, c'est certain. Entre ceux qui ne trouveront pas davantage matière à réfléchir sur ces litanies mystiques dont nous abreuve chaque fois les personnages d'Andrzej Zulawski et les assidus qui lui trouveront des excuses parfois peut-être justifiées, le premier film du cinéaste polonais possède déjà les éléments qui définiront son empreinte plus tard. On peut ou pas adhérer. Et même si l'on est loin d'atteindre le degré d'intensité émotionnelle de L'Important c'est d'Aimer ou du sentiment d'horreur qui nait après la vision d'un film tel que Chamanka, La Troisième Partie de la Nuit demeure une œuvre essentielle puisqu'elle a ouvert la voie à un cinéma transgressif dans lequel l'amour et la mort sont indissociables...


dimanche 20 avril 2014

Le Diable de Andrzej Zulawski (1972)



Note : La mouture visionnée ici est basée sur une version polonaise sous-titrée en français sur laquelle a été superposée en direct la voix d'une traductrice russe. Il se peut donc que la vision de l’œuvre ait été quelque peu altérée par cette déconcertante combinaison...

En 1793, un étrange personnage pénètre un cloître polonais afin d'en libérer le prisonnier Jakub avant que l'armée prussienne ne débarque. Curieusement, l'étranger semble connaître d'avance les événements qui vont survenir dans les minutes qui viennent. En effet, l'ennemi ne tarde pas à arriver et c'est à un massacre auquel assistent les nonnes, l'une d'entre elles étant sauvée in-extremis par l'étranger. Fuyant l'horreur sur le dos d'un cheval, Jakub et la nonne se réfugient dans la forêt où les retrouve l'étrange.

Jakub ne sait rien de cet homme qui l'a sauvé, sauf qu'il semble être doté d'omniscience. Alors, Jakub accepte de faire tout ce que lui conseille cet étrange guide. Il retrouve sa fiancée mais pour découvrir qu'elle va bientôt épouser un autre homme. Il retourne dans la demeure familiale mais trouve son père mort, depuis deux semaines, d'une balle dans la tête. Sa sœur, bouleversée, doit épouser un homme. Jakub, toujours grâce à l'étranger qui lui a sauvé la vie, découvre que sa mère est toujours en vie et qu'elle vent ses charmes pour subvenir à son existence.

Partout où se rend Jakub, c'est la décadence et la déchéance. La Pologne dépérit...

Un an après La Troisième Partie de la Nuit, Andrzej Zulawski tourne Le Diable. Une œuvre qui d'un point de vue sensoriel en met plein la vue et les oreilles. Ce n'est certes pas ce film qui réconciliera les anti-Zulawski avec le cinéaste mais il faut l'avouer, son œuvre possède une force visuelle et auditive bluffante qui mettra sans doute mal à l'aise ceux qui ne sont pas coutumiers de ce genre de mise en scène.

Tout dans Le Diable transpire la folie. Il n'y a pas un plan où ne se libèrent une certaine cacophonie verbale et la danse vertigineuse d'actrices et d'acteurs sous l'effet d'une transe organisée par on ne sait quel procédé. Andrzej Zulawski semble, comme à ce qui deviendra son habitude, filmer dans l'urgence. Pas un instant de repos. Juste une volonté de donner le vertige aux spectateurs avec une caméra qui tourne aussi bien sur elle-même qu'autour des personnages.

Les acteurs semblent au moins autant en transe que ceux du très étrange Coeur de Verre de Werner Herzog et certains passage sont dignes des plus impressionnantes scènes de l'extraordinaire Les Diables de Ken Russel.

N'en déplaise à ceux que rebute ce genre de cinéma, il exerce malgré toute l'horreur qu'il peut générer dans l'esprit des plus émotifs en matière de mise en scène et de montage, une certaine attraction. Des moqueries sans doute aussi pour tous ceux qui traduiront par des termes comme « pitreries » ou « singeries », les agissement en perpétuelle agitation des actrices et acteurs du film.

Malgorazata Braunek (sœur de Jakub) rappellera aux fans de Zulawski la traumatisante Iwona Petry du non moins terrifiant Chamanka réalisé en 1996. Quand à cet étranger dont on ne sait finalement pas grand chose, il personnifie le malin, qui de son instrument libéré du cloître dans lequel il était enfermé, va semer mort et désolation. La bande-son (signée par...?) , elle mélange, elle, expérimentations sonores et krautrock pour un résultat assez déconcertant. Une belle réussite...


mercredi 21 novembre 2012

Mes Nuit Sont Plus Belles Que Vos Jours de Andrzej Zulawski (1989)



Lucas est ingénieur. Il a inventé un nouveau langage informatique qui lui ouvre les portes de la célébrité mais il apprend en même temps lors d'un examen cérébral que ses jours sont comptés. Il est atteint d'un mal étrange qui lui fait perdre la notion des mots. Alors il ressasse sans cesse, de peur que ces derniers ne lui échappent. Attablé à la terrasse d'un café, il fait la connaissance de Blanche. Cette jeune femme fait la couverture des magazines. Elle, est déjà célèbre. En effet, Blanche à la troublante particularité de lire dans l'esprit des gens. Elle doit prochainement se rendre à Biarritz pour une représentation qui doit la consacrer. Elle est accompagnée pour cela de François, un hypnotiseur. C'est grâce à lui qu'elle parvient à un état de transe lui permettant d'explorer l'âme de son prochain. Mais pour l'instant, Blanche et Lucas en sont encore à faire connaissance. C'est devant une dispute violente dont sont les acteurs un homme et une femme qu'ils démarrent une bien curieuse conversation. Lucas montre les premiers signes de la maladie. Blanche, elle, a l'air d'une jeune femme bien malheureuse. Chacun a vécu un drame durant son enfance, et c'est peut-être pour cela qu'il se sentent déjà si proches. Lucas invite la jeune femme à dîner mais ses propos incohérents contrarient Blanche qui fuit l'ingénieur et part retrouver François dans la chambre d’hôtel qu'il partage avec un amant. 

Le lendemain matin, Michel l'associé de Lucas trouve l'ingénieur assis au beau milieu d''une rue jouxtant le bar où Blanche et lui se sont rencontrés. Puis c'est au tour de celle-ci de retrouver Lucas, toujours assis sur le pavé. Elle lui annonce qu'elle s'en va pour Biarritz. Un fois de retour chez lui, et contre l'avis de Michel qui lui conseille d'aller voir son médecin, Lucas prend la décision de partir rejoindre Blanche...

Quatre ans après L'Amour Braque, Andrzej Zulawski nous conte une nouvelle fois la rencontre entre deux être fragiles que tout sépare. A part peut-être le drame qu'ils ont vécu chacun de leur côté durant leur plus tendre enfance et qui semble être le point de départ du mal qui les ronge. Le cinéaste complexifie ici le langage de ses personnages. Épileptiques dans L'Amour Braque, il s'auréolent d'une étrange poésie dans Mes Nuits Sont Plus Belles Que Vos Jours. Il est parfois, et même très souvent, difficile de saisir le sens des phrases et leur réelle signification. De fait, on se retrouve dans le même brouillard que Lucas (interprété par Jacques Dutronc), à tenter de mettre de l'ordre dans les labyrinthiques dialogues de Andrzej Zulawski qui adapte ici le roman éponyme de Raphaëlle Billetdoux.

Sophie Marceau accepte ici d’interpréter le rôle de Blanche. C'est la seconde fois qu'elle joue pour Andrzej Zulawski, alors son compagnon dans la vie. Légèrement en deçà de son éblouissante interprétation de Marie dans L'Amour Braque, elle est cette jeune femme flouée par le souvenir douloureux d'un père qui maltraitait sa mère devant ses yeux de gamine effrayée. C'est d'ailleurs ces terribles images qui nous ne nous sont pas épargnées qui servent d'amorce à l'incroyable talent dont elle est pourvue. Zulawski, qui a l'habitude de prendre le taureau par les cornes, aménage à ce propos des séances d'hypnose en public particulièrement humiliantes pour ceux qui se prêtent au jeu. S'il tente toujours avec plus ou moins de bonheur d'extraire ce qu'il y a de meilleur dans le vécu de ses personnages, il aime aussi à les triturer dans tous les sens, insistant sur ce que leur existence à de plus sombre.

Mes Nuits Sont Plus Belles Que Vos Jours arbore les atours d'un film sur l'amour suprême. Peut-être le plus beau puisque spontané, invincible quoique éphémère. Il est vécu dans l'urgence. Lucas n'a pas le temps, de prendre son temps. Marie non plus, même si son cas demeure beaucoup moins passionnant pour le spectateur. Il y a aussi, au delà de l'aspect charnel et philosophique de leur relation, des entractes dignes de ce qu'étaient capables de nous servir fut un temps certains cinéastes américains (Terry Gilliam en tête). Des personnages pittoresques comme ce nain et ce lapin, sortis tout droit d'un film de David Lynch. Ou bien encore ce réceptionniste (François Chaumette) qui échange à loisirs de bon mots avec Lucas.
Mes Nuits Sont Plus Belles Que Vos Jours n'est peut-être pas la plus belle ni la plus réussie des œuvres d'Andrzej Zulawski, mais elle a le mérite d'exister et prouve s'il était besoin que ce cinéaste décidément anticonformiste reste fidèle à la vision toute personnelle qu'il a de l'amour. On notera la performance de Jacques Dutronc qui n'aura jamais plus qu'ici semblé aussi fragile.

samedi 17 novembre 2012

L'Important C'Est D'Aimer de Andrzej Zulawski (1975)


Nadine Chevalier, une actrice ratée, est obligée d'accepter des rôles dans des œuvres érotiques particulièrement malsaines afin de subvenir à ses besoins. Alors qu'elle tourne une scène difficile dans un énième film, elle croise l'objectif du photographe Servais Mont qui la mitraille en cachette. Découvert par l'équipe de tournage, celui-ci est poursuivi et sommé de donner la pellicule de son appareil-photos. Troublé par la beauté de Nadine, Servais décide de se rendre jusqu'à son domicile afin de lui proposer de poser pour la couverture d'un magazine. La jeune femme vit avec Jacques, un excentrique qui fuit les réalités du quotidien en se plongeant dans son unique passion, le cinéma. C'est grâce à lui si Nadine est encore en vie. Lessivée, la jeune femme a trente ans mais en paraît vingt de plus. Le cinéma ne lui offre plus aucun rôle important en dehors du porno.

Jacques et Nadine s'aiment et Servais le sait. Mais ce dernier n'accepte pas facilement de baisser les bras et revoit la jeune femme chaque fois qu'il en a l'occasion. Nadine n'est pas non plus indifférente au charme du photographe mais par respect pour Jacques, elle repousse Servais. Alors, en secret, le photographe demande à un ami de bien vouloir accepter Nadine dans sa nouvelle pièce de théâtre. Il espère ainsi voir la jeune femme rebondir vers une nouvelle carrière de comédienne. Dans l'ombre, il suit les répétitions, se faisant tout petit, cachant à Nadine qu'il en est l'instigateur. Mais pour pouvoir faire engager celle-ci, il lui a fallut accepter de photographier des scènes d'orgie pour le compte d'un certain Mazelli. Mais Servais en a assez de travailler pour cet homme et décide de lui faire savoir. Jacques quand à lui prend une décision radicale qui va bouleverser l'existence de Nadine et Servais...

Andrzej Zulawski ne tourne pas de films d'amour commode. Elles n'ont rien de simple et ses héroïnes ont toutes été marquées par la vie. Entre prostituée (L'Amour Braque), mannequin de charme (La Femme Publique) ou comme ici actrice de films pornographiques, les personnages féminins du cinéastes ont une image de l'amour plutôt contradictoire avec ce qui leur tombe dessus. Mais L'Important C'est D'Aimer n'est pas qu'un simple film d'amour entre un homme et une femme. Il témoigne aussi de celui pour le théâtre et le cinéma (comme ce fut déjà le cas pour La Femme Publique). L'oeuvre du cinéaste fait mal car ce qu'il y a de beau dans cette histoire est systématiquement mis à mal. On rêve de voir Nadine (la sublime Romy Schneider) tomber dans les bras de Servais (Fabio Testi), seul capable de la sortir de sa condition. Tout comme l'intrusion de ce photographe devient gênante dès lors que l'attachant Jacques (Jacques Dutronc) entre en scène. Romy Schneider est mise à nue, démaquillée, elle ne fait pas l'âge qu'on lui donne dans le film mais on lui découvre un visage sincère et sans fard. Et lorsqu'elle maquille ses yeux, le rimmel coule plus tard en rigoles sombres sur ses joues. 
 
Fabio Testi joue le rôle de ce photographe qui d'abord par intérêt pour l'argent va accepter de violer l'intimité d'un tournage de film pornographique, avant de tomber amoureux de Nadine. Tout en retenue, il partage (ainsi que Nadine) des regards d'une intensité folle, bercés par l'inoubliable partition de Georges Delerue. Jacques Dutronc (que l'on retrouvera quatorze ans plus tard aux côtés de Sophie Marceau dans le très troublant Mes Nuits Sont lus Belles Que Vos Jours) campe un très curieux personnage qui fredonne à tue-tête de petits airs, sautille sur place et collectionne les photographies de ses stars de cinéma préférées. Curieusement, l'acteur-chanteur parvient avec difficulté à convaincre dès sa première apparition. C'est au fil de l'histoire que son personnage devient concret et que Jacques Dutronc révèle un vrai talent d'acteur.

Si L'Important C'est D'Aimer n'est pas aussi démesuré que certaines œuvres de Zulawski, il montre déjà les obsessions du cinéaste qui ne peut s'empêcher de mêler l'amour à la mort. Comme s'ils étaient indivisibles. Si ici aussi, l'histoire est menée par un trio d'acteurs principaux, il ne faut pas oublier la prestation du fameux acteur allemand Klaus Kinski qui explose encore une fois par sa seule présence. Son charisme et son interprétation parfois outrancière trouvent ici matière à s'exprimer. L'Important C'est D'Aimer est peut-être le meilleur film d'Andrzej Zulawski. Du moins, le plus émouvant et l'un des plus classiques dans sa manière d'aborder un sujet dont s'est fait le chantre le cinéaste d'origine polonaise.

mercredi 14 novembre 2012

La Femme Publique de Andrzej Zulawski (1984)

 
Vingt-quatre heure, c'est ce qu'il aura fallut pour digérer cette Femme Publique. En l’occurrence, Valérie Kapriski. Jeune actrice qui ne jouera en trente ans qu'une vingtaine de rôle (L'année Des Méduses, La Gitane). Le film d'Andrzej Zulawski ressemble beaucoup au suivant, L'Amour Braque, mais lui est légèrement inférieur. La Femme Publique est pourtant lui-même un film coup de poing. Il refroidit l’œsophage et brûle la langue, donne des aigreurs d'estomac et la migraine. Il en assomme beaucoup et en subjugue quelques-uns. L'histoire, simple, est agrémentée de tellement d'épreuves visuelles et sonores qu'il nous arrive de nous perdre dans les méandres d'un scénario pas si léger que cela finalement. Le personnage de Lucas Kesling (interprété par le fameux Francis Huster) pourrait bien être le pendant fictionnel d'Andrzej Zulawski. Une façon pour le cinéaste d'exprimer par procuration des frustrations et autres obsessions personnelles récurrentes.

Une œuvre adaptée du roman de Dominique Garnier mais aussi très librement inspirée des Possédés de Dostoïevski.

Lucas Kesling est cinéaste et prépare son projet le plus important et le plus ambitieux. Adapter Les Possédés de Dostoïevski à l'écran. Et pour cela, il lui faut trouver une jeune femme belle et talentueuse. Il jette son dévolu sur Ethel, actrice inexpérimentée qui gagne sa vie en posant nue pour des photographes libidineux. Valérie Kapriski, considérée comme une actrice sans talent apparaît pourtant ici aussi naturelle qu'aurait pu l'être Sophie Marceau si son compagnon d'alors lui avait confié le rôle d'Ethel. Et puis, connaissant la rigueur de Zulawski, on peut supposer que ce que l'actrice transmet à l'écran est la réplique exacte de ce qu'à voulu le cinéaste. Si plusieurs scènes paraissent aux yeux de certains comme interprétées avec médiocrité par Kapriski, il ne faut pas oublier que son personnage est au départ celui d'une actrice sans talent, avec son lot de souffrances. Perdue entre une mère dépressive et alcoolique et un père violent qui a quitté le cocon familial.

Alors évidemment, si on s'amuse à la comparer aux deux hommes qui l'entourent (et même à la majorité des seconds rôles, ce qui pourrait nuire à son image de vedette), Valérie Kapriski a bien du mal à se hisser à leur hauteur. Francis Huster est magistral et Lambert Wilson extraordinaire. Ces deux hommes là se livrent un duel permanent issu d'une profonde et ancienne blessure que l'on nomme adultère. Lucas kesling est un monstre froid, sans véritable émotion, qui dirige son équipe d'une main d'acier et utilise Ethel comme bon lui semble, l’appâtant avec ce rôle tant convoité pour lequel elle s'est présentée à un casting. Après avoir fait montre d'un talent pourtant plus que mitigé, Kesling décide de l'engager. Certainement plus pour son corps que pour ses capacités d'actrices. Il tient Ethel sous son joug puisque cette dernière, ayant besoin de gagner beaucoup d'argent et rêvant de devenir actrice (même si elle réalise à un moment qu'elle n'est pas faite pour ce métier) s'accroche à son rôle. Milan Mliska (Lambert Wilson) lui, est plus nuancé, même si son comportement révèle un homme aussi fragile que violent. Atteint de troubles psychiques graves, il rencontre la jeune Ethel qui va alors interpréter son meilleur rôle. Celui du double d'Elena, la compagne de Milan que Kesling et lui vont bizarrement affirmer avoir renvoyée dans son pays d'origine, la Tchécoslovaquie. Cette femme là, c'est aussi celle est à l'origine de trouble qui lie les deux hommes. Une situation qui ne se dégage pas avec l'arrivée d'Ethel puisqu'à cause d'elle, ils vont à nouveau se battre dans un duel féroce.

Francis Huster et Lambert Wilson composent deux personnages saisissants. Ils s'avilissent pour les biens d'une œuvre étouffante, malsaine, épileptique mais aussi parfois très belle et émouvante. Zulawski à une façon bien à lui de raconter des histoires. Elles se veulent toutes d'amour mais finissent toujours mal. Il résout une fois de plus le caractère difficile de ces relations non par une séparation mais par la mort. C'est peut-être la plus radicale des manières,mais c'est aussi très certainement la seule que le cinéaste accepte de faire vivre à ses personnages. 
On notera, avec humour, que cette solution radicale proposée par Andrzej Zulaski n'a pas crevé l'écran puisque Sophie Marceau, qui fut longtemps sa compagne, est toujours en vie.

Mention spéciale pour le toujours barré mais excellent Jean-Paul Farré.

dimanche 11 novembre 2012

L'Amour Braque de Andreï Zulawski (1985)

Mickey et sa troupe de gangsters déjantés braquent une banque avant de filer tout droit vers une gare où les attend un train pour Paris. Là, le jeune homme hystérique fait la connaissance d'un jeune immigré perdu et prénommé Léon. Les deux hommes sympathisent et partent ensemble retrouver Marie, une jolie prostituée que Mickey rêve de prendre pour femme. Entourée d'une bande de vieux bourgeois, Marie est libérée de son entrave par Mickey qui lui offre le fruit du hold-up. Pour Léon, c'est le choc. Le jeune homme tombe immédiatement sous le charme de Marie qui ne reste pas, elle-même indifférente au jeune homme.
Les trois nouveaux amis s'échappent et filent tout droit retrouver la bande et le père de Mickey dans une boite de nuit afin de fêter les fiançailles de ce dernier et de Marie. Mais alors que la fête bat son plein, des hommes armés débarquent et font feu sur la bande. Le père de Mickey est touché et meurt.

Par la suite, Marie, Léon et Mickey se perdent de vue. La jeune femme est vite rattrapée par ceux dont elle avait été libérée, Mickey part à sa recherche, et Léon quand à lui, part s'installer dans l'appartement de sa cousine Aglaë.

Andrzej Zulawski offre avec L'Amour Braque, l'un de ses plus beaux rôle à Sophie Marceau. L'un de ses plus complexe également car interpréter une prostituée anéantie par la mort de sa mère, et qui calque désormais son existence à celle de sa chère maman brûlée vive par un quatuor de frangins dérangés n'est pas des plus évident. Pas des plus reposant non plus car sous la houlette de Zulawski, l'actrice mène son personnage sur un train d'enfer. L'Amour Braque est un défouloir où romantisme et guerre des gangs se mêlent dans un vertigineux tourbillon de violence agencé de manière chaotique. Un aspect qui s'exprime dans le geste et la parole. Il faut souvent tendre l'oreille pour saisir le sens de chaque phrase prononcée.

L'hystérie collective semble s'être abattue sur des interprètes recouverts d'une chape de plomb, les mettant ainsi à l'abri de la moindre émotion. Les rires succèdent aux pleurs, les personnages se voilant la face derrière un masque de clown triste. Andrzej Zulawski aime comme toujours filmer la Citée vidée de ses habitants, abandonnée aux mains de ses plus violents représentants. A vive allure, il présente des rues silencieuses où sont plantées des structures modernes, froides et impersonnelles. Il n'y a guère que dans les quartiers chauds de la capitale que l'on peut encore espérer voir fleurir un semblant d'humanité mais c'est encore là que le danger est le plus présent.
Il y a aussi cette campagne, refuge de Marie et Léon, et qui représente le seul endroit où il peuvent espérer échapper à leur destin mais ce dernier les rattrape très vite.

Librement inspiré par L'Idiot de Dostoïevski

Comme dans une grande majorité de ses œuvres, le film de Zulawski est emprunt d'un pessimisme extrême qui baigne ses personnages dans un melting-pot de souffrance, d'espoir, de résurrection, d'amour, de vie et de mort. Il règne ici une impression de mal-être ponctué de notes d'humour et d'érotisme maladif. Sophie Marceau (que certains s'amusent à conspuer, revenant sans cesse sur son jeu irritant) fait des merveilles et fait le grand pas vers un cinéma beaucoup plus mature que par le passé. Tchéky Karyo est magistral dans le rôle de Mickey, ce gangster au cœur tendre qui cherche l'amour auprès d'une Marie qui tombe sous le charme du jeune immigré Léon. Un Léon interprété par Francis Huster qui fait l'impasse sur son physique de jeune premier et qui n'hésite pas un seul instant à se mettre à nu pour interpréter son personnage. L'Amour Braque demeure, dans la filmographie de Andrzej Zulawski, l'un de ses trois ou quatre meilleures œuvres...


mardi 27 mars 2012

Zulawski en 2 films: Possession (1981), Chamanka (1996)



Lorsque Mark rentre de son voyage professionnel, il est loin de se douter de l'incroyable aventure qu'il va vivre en compagnie de sa femme Anna. Il apprend tout d'abord que cette dernière le trompe depuis un an avec un certain Heinrich, gourou mystique à la "zen-attitude", et qui a tendance à énerver Mark lorsqu'ils font connaissance. Une première rencontre qui va s'avérer brutale pour un Mark déboussolé qui vient de vivre, après le départ de sa femme, de longues semaines de dépression.

En réalité Anna n'a pas vraiment quitté Mark. Elle vit en même temps chez eux afin de s'occuper de leur enfant Bob mais aussi chez son amant Heinrich. Les rapports du couple se dégradent à mesure que Mark cherche à savoir pourquoi sa femme se détache ainsi de lui et de ses responsabilités pour retrouver son amant alors qu'elle-même semble être de plus en plus sous l'emprise de ce dernier. Un amant qui va se révéler être bien diffèrent de celui que l'on pense car Mark découvre qu'Heinrich n'a plus de nouvelles d'Anna depuis des semaines.


Mark engage un détective privé pour savoir où elle se rend lorsqu'elle quitte le cocon familial dans lequel règne désormais un désordre indescriptible. Un lieu de vie qui se désagrège à l'image du profond traumatisme qui engendre haine et violence au sein du couple.

Mark fait ensuite la connaissance de l'institutrice de son fils Bob, Helen, et qui ressemble étrangement à Anna, sorte de pendant angélique et lumineux d'une femme qui ne cesse de s'enlaidir. Car Anna, autrefois mère de famille tout à fait singulière n'est désormais plus que l'ombre d'elle-même, allant jusqu'à s'infliger des mutilations, imitée d'ailleurs très vite par un Mark loin de se douter que le responsable du désastre émotionnel qu'ils sont en train de vivre est dû à un être qui n'a finalement rien d'humain...

Andrzej Zulawski réalise "Possession" en 1981 soit six ans après ce que l'on peut considérer comme son plus grand film "L'important c'est d'aimer". Tout comme dans ce dernier ainsi que dans beaucoup d'autres qui suivront, il analyse à sa façon les travers de personnages qui s'aiment puis se déchirent dans une valse toujours morbide et codée parfois difficile à déchiffrer. On estime souvent que les personnages en font trop, qu'ils sont caricaturaux et c'est peut-être vrai. Mais cette approche particulière du cinéaste renforce finalement le sentiment de malaise face à ceux qui se détruisent et devant lesquels nous restons de simples téléspectateurs allant même jusqu'à agir comme de véritables voyeurs sans jamais pouvoir interagir avec le triste quotidien des héros.


Du drame Zulawski nous transporte peu à peu dans un univers morbide au climat effroyable. L'horreur est omniprésente dans l'existence des personnages et dès lors que l'on découvre le vrai visage de celui qui est à l'origine du traumatisme engendré par la séparation et surtout lorsque l'on pénètre pour la toute première fois dans son repère, on s'attend à chaque plan à ce que le cauchemar prenne le dessus de manière définitive et c'est ce qui arrive très souvent.
Le cinéaste saupoudre son film de scènes hallucinantes telle celle du métro dans laquelle Isabelle Adjani qui incarne les personnages Anna et Helen semble en transe, se tord de douleur comme possédée par on ne sait quelle entité et se voue entièrement à la cause d'un Andrzej Zulawski qui n'en n'a jamais autant demandé à une actrice. On comprends alors pourquoi elle a été couverte de récompenses pour ce rôle.

Si Andrzej Zulawski, à travers une quinzaine de longs métrages livre sa vision toute personnelle de l'Amour, chez lui il est bien souvent destructeur et mène ses personnage dans un tourbillon de folie duquel jamais ils ne parviennent à s'extraire. En 1975 il réalise "l'important c'est d'aimer" que l'on peut considérer comme son meilleur film. Interprété par Romy Schneider, il dégage une force émotionnelle incomparable avec ses autres œuvres. L'actrice y est pour beaucoup et se livre sans concession dans un rôle que très peu d'actrices auraient été capables d'assumer. D'autres "subiront" l'interprétation offerte par ce cinéaste particulier (et très peu considéré par la critique) dans des rôles difficiles, jouant de leur corps mais aussi de leur âme. La très rare Valerie Kaprisky formidable dans "La femme Publique" mais aussi et surtout Sophie Marceau qui tourna plusieurs fois avec Zulawski notamment dans le déjanté "L'amour braque", le troublant "Mes nuits sont plus belles que vos jours" ainsi que dans l'adaptation libre de la vie de Chopin, "La note bleue" dans lequel elle interprète le rôle de Solange, la fille de Georges Sand. 


Le point commun entre tout ces films est la folie permanente qui se dégage de chaque situation donnée, de chacun des personnages à la diction épileptique et parfois schizophrénique face à la gestion de leurs sentiments. On doit parfois tendre l'oreille pour saisir le sens de certaines répliques (L'amour braque) ou encore remplir le vide de celles laissées à l'abandon par la maladie.(Mes nuits sont plus belles que vos jours).Le rythme est un paramètre important dans la mise en image d'histoires qui, si dans un premier temps paraissent quelconques, glissent inexorablement dans un abîme sans fond. Les héros de Zulawski s'aiment puis se repoussent pour enfin se retrouver et se détruire..

Et c'est d'autant plus flagrant dans "Chamanka", film jusqu'au-boutiste, qui plonge littéralement le spectateur dans l'univers torturé de deux êtres qui vont vivre une histoire d'Amour tout aussi bouleversante qu'effroyable. L'actrice Iwona Petry qui interprète le rôle de Wloszka est totalement habitée par son personnage à tel point que l'on se demande très souvent si elle joue ou si elle est naturelle. Le malaise permanent ressentit à la vision de ce jeu de l'amour et de la mort est dû en partie à la froide partition d'Andrzej Korzynski notamment dans la scène finale, très impressionnante. 


Chamanka est l'histoire simple d'un homme et d'une femme qui se cherchent et se repoussent dans une sorte de tourbillon psychologique éprouvant qui va les mener à leur perte. Rien ne nous est épargné dans leurs douloureux rapports. L'amour y est parfois théâtral, souvent bestial mais toujours emprunt d'un mysticisme pas toujours justifié.

Chamanka fait partie de ces films monstres qu'on n'oublie pas et qui marquent les rétines pour longtemps.
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