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mercredi 8 mai 2024

Les charnelles de Claude Mulot (1974) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Il y a ceux qui passent de la pornographie au cinéma dit classique (Gérard Kikoïne) et ceux qui empruntent le chemin inverse. Claude Mulot fait partie de ceux-ci. Lui qui malgré tout aimait parsemer ses premiers longs-métrages d'un certain nombre de séquences de nudité certes relativement sobres au regard de la tournure que prendra sa carrière dès 1975 allait signer un an auparavant, Les charnelles. Un titre qui sent bon le soft-porn pour amateurs d'érotisme du dimanche soir... Bien avant de réaliser le film culte Le sexe qui parle, découvert un soir, alors que j'étais adolescent, en cachette sur Canal+ et chez ma tante qui dans la famille était seule détentrice du décodeur, ainsi que le très excitant La femme-objet avec LA bombe de l'époque, l'actrice Marilyn Jess, Claude Mulot abordait en 1974 Les charnelles sous un angle assez particulier. Semblant hésiter entre le drame, le thriller et l'érotisme... Et lorsque l'on ne sait pas vraiment sur quel pied danser, le mieux reste sans doute encore de mélanger les genres pour ne pas faire de jaloux. Oisif et officiellement déclaré impuissant par une jeune femme qui tentait de le séduire afin de remporter un concours entre copines sexuellement libérées, Benoît aurait dû paraître beaucoup plus inquiétant que ne l'affiche son apparence physique. Équivalant cinématographique du chanteur français ET homosexuel Hervé Vilard, son interprète Francis Lemonnier fut notamment aperçu dans quatre épisodes de la mythique série télévisée Les chevaliers du ciel en 1968 ou dans quelques bons gros nanars, des comédies franchouillardes aux titres évocateurs tels que Les surdoués de la première compagnie de Michel Gérard ou Le jour se lève et les conneries commencent, lequel permettra à l'acteur et au réalisateur Claude Mulot de se retrouver à nouveau sur un plateau de tournage.


D'ailleurs, si l'on doit comptabiliser les œuvres qu'ils tournèrent ensemble, il serait bon d'ajouter à leur actif La saignée en 1971, Profession: Aventuriers en 1973 ainsi que Le couteau sous la gorge en 1986. Question parité hommes/femmes, le compte, ici, n'y est pas. Six acteurs de sexe masculin pour onze interprètes féminines. Mais au fond, qui s'en plaindrait ? Certainement pas les hommes venus découvrir sur grand écran dès le 20 février 1974 des actrices prêtes à sacrifier leur pudeur en se foutant à poil face caméra ! Plutôt jolies d'ailleurs. Pas un bout de gras qui ne dépasse de silhouettes longilignes. Des poitrines fermes et pas encore gonflées au silicone. Des toisons pubiennes fournies, à une époque où la chasse au moindre poil n'était pas encore l'un des exercices préférés des amateurs ''d'études gynécologiques horizontales''... Patrick Penn (qui de son côté incarne un ersatz de Bernard Campan à moumoute frisée) interprète quant à lui le rôle de Jean-Pierre, jeune voyou qui tentait de lui voler sa voiture mais que le premier prendra étrangement sous son aile. Puis débarque ensuite un contingent... enfin, une section devrais-je écrire, de jolies naïades. Comme l'actrice belge Anne Libert (bien plus jolie ici en brune que lors de ses apparitions peroxydées), la française Barbara Sommers (un nom qui fleure bon le pseudo de film porno et qui pourtant, ben non, est son véritable nom), la chanteuse, comédienne et enseignante artistique Mireille Rivat, la très jolie Karin Meier ou encore la déjà nettement plus connue Katia Tchenko, actrice franco-ukrainienne et l'une des reines du nanar à la française (Mon Curé Chez les Nudistes de Robert Thomas, Les bidasses au pensionnat de Michel Vocoret ou encore Le bahut va craquer de Michel Nerval).


Actrice pour qui montrer ses jolis nénés sur grand écran a toujours été comment dire... un sacerdoce... Ça n'a rien à voir mais de son vrai nom Catherine Kraftschenko et désormais âgée de soixante-seize ans, Katia Tchenko ressemble de plus en plus à l'actrice Anna Gaylor... Mais siiiiiii, c'est elle qui jouait notamment le rôle de la maman ''légèrement'' envahissante de Joëlle Mazart dans la série culte, Pause Café en 1981. Bon, bref, Les charnelles, c'est une bonne grosse dose d'érotisme qui de nos jours ne peut guère plus choquer que ceux que certains jugent d'arriérés de contraindre leur(s) épouse(s) ) à porter le voile ! Francis Lemonnier interprète un Benoît qui durant les quarante-cinq premières minutes observe une attitude de légumineux attendant que l'on vienne le déterrer ! Que ça peut être mou. Cette violence, ce côté sombre et morbide que promet le synopsis tente à se faire désirer plus que de raison. Du moins jusqu'à ce passage où un violeur (qui mérite certainement son sort) se fait rouer de coups par nos deux protagonistes masculins. Putain de changement d'ambiance. Trop longue, la séquence mène immanquablement vers le malaise. Et ensuite ? Re-cul, pour celles mais surtout pour ceux (vu que les mecs ne se désapent jamais) qui n'en auraient jamais assez de voir pointer vers eux les tétons de nos charmantes ''jouvencelles''. Sans le savoir, et plus de vingt ans avant que le phénomène ne prenne de l'ampleur de l'autre côté de l'Atlantique, Claude Mulot inventait le gang-bang avec cette salope...fille qui s'envoie des mecs à la chaîne comme un vrai distributeur de banque dans lequel des types habillés comme des adeptes de Charles Manson attendent de pouvoir à leur tour introduire leur ''carte bancaire'' dans la fente de la jeune femme l'appareil... Si vous voyez ce que je veux dire... mais vous voyez ce que je veux dire, j'en suis certain ! La belle-mère de Benoît est une sacrée vicieuse qui aimait se montrer nue devant son beau-fils. Résultat, les montées de sèves sont quasi impossible chez notre protagoniste qui s'en va donc se défouler d'une toute autre manière. Tourné la même année que le film culte de Dusan Makavejev Sweet Movie (et dans lequel la sensuelle et troublante Carole Laure se faisait un ''gommage du visage'' à l'aide d'un zguègue mou comme une huître avant de plonger dans une bassine remplie de chocolat liquide, miam!) Certains considèrent Les Charnelles comme une œuvre culte et essentielle dans le domaine de l'érotisme ? Ils en ont bien le droit. Mais bon, question scénar', on reste malgré tout sur sa faim. Car à part se ''faire la main'' sur les nombreuses scènes de sexe, y'a quand même pas grand chose à se mettre sous la dent. Érotisme, psychédélisme, j'm'enfoutisme,C'est donc à peu près tout... Ce qui n'est déjà pas si mal au fond...

 

vendredi 1 juillet 2022

Drôles de zèbres de Guy Lux (1977) - ★★☆☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Alors là, attention. Voici l'un de ces monuments du cinéma hexagonal qu'aucun amateur de nanars n'a le droit, ni d'ignorer l'existence, ni même d'être passé à côté. Comme l'indique si bien l'affiche, Drôles de zèbres fut le tout premier long-métrage a être réalisé par le célèbre animateur et créateur d'émissions de divertissement télévisées, Guy Lux. Vu que l'humoriste et actrice Michèle Laroque a récemment (et pour le moment) infligé au public trois longs-métrages de sa création, il n'y a pas de raison pour que celui qui fut notamment à l'origine de l'émission Intervilles n'ait en son temps pas eu le droit de se lancer dans une carrière de cinéaste! Aussi brève fut-elle puisque comme ne le mentionne par contre pas du tout l'affiche, s'il s'agissait bien là de son premier film, rien n'indique qu'il allait également s'agir de son dernier. Notons que dans la longue liste des interprètes secondaires parmi lesquels nous allions retrouver les acteurs Mario David, André Pousse, Katia Tchenko, les humoristes Coluche et Michel Leeb, l'animateur Léon Zitrone (fidèle ami de Guy Lux), deux manquent à l'appel. Et oui, alors qu'Eddy Mitchell et Johnny Hallyday furent conviés à participer à l'aventure Drôles de zèbres, l'un et l'autre refusèrent. Une décision qui reste encore incompréhensible (inutile de préciser que j'ironise). Mais HEUREUSEMENT pour lui, Guy Lux a pu compter sur la généreuse participation de Claude François qui passait par là (véridique) ainsi que celle de Patrick Topaloff dont les plus érudits connaissent déjà le sort tragique que lui a accordé le destin ! Mais les véritables vedettes de ce classique de la comédie pour public décérébré demeurent bien entendu l'actrice Alice Sapritch et les ''acteurs'' Patrick Préjean, Jean-Paul Tribout et Sim ! Pour celles et ceux qui ne connaissent ni l'une ni les autres, le doux frisson de l'incrédulité ne risque pas de glacer leur échine. Tandis que les autres sont d'emblée prévenus que le spectacle sera à la hauteur de l'affiche, de son auteur, du scénario et de son trio d'interprètes principaux : Bref, pathétique !


Au scénario, Guy Lux lui-même. Histoire de compléter le tableau et de ne surtout pas voir en un autre personnage que lui, le responsable du désastre artistique auquel nous nous apprêtons à assister. Pour commencer, la bande originale... Composée par Jean-Pierre Doering, elle demeure d'entrée de jeu dans le contexte et ne contraste pas vraiment dans la carrière d'un compositeur qui pour le cinéma fut notamment chargé d'écrire les partitions musicales de Comment se faire réformer, Ces flics étranges venus d'ailleurs ou Rodriguez au pays des merguez respectivement réalisés par Philippe Clair, Philippe Clair et Philippe Clair. ZE King of the FranchouillarDZe Comedy ! Et pourtant, parmi une filmo/discographie presque exemplaire dans sa constance, Jean-Pierre Doering composera celle de Les égouts du paradis de José Giovanni... Mon dieu, quelle écart de conduite. Quelle faute de goût ! Plus sérieusement, Drôles de zèbres met en scène deux parieurs/chômeurs ayant perdu tout leur argent aux courses. Un univers que connaît bien Guy Lux puisque durant sa carrière nous le découvrirons en pronostiqueur hippique (tout comme son ami Léon Zitrone, lequel ouvre d'ailleurs ici les hostilités en voix off) pour divers journaux télévisés français. Vous sentez déjà cette odeur de Z qui se dégage des images et de la bande musicale ? Pas encore ? Attendez quelque minutes. Deux tout au plus, et ce court moment d'extase que ne pourront comprendre que les fans absolus de séries Z. Trois flics affublés d'une échelle dansant en rythme sur une musique ''pompier''. Rien que l'idée de sa conception donne une idée assez précise de l'ambiance et des motivations de Guy Lux. Sur un plan strictement chauviniste, le réalisateur et scénariste n'est ici très clairement pas venu prendre les places de Michel Audiard ou de Bertand Blier...


Embauchés par un industriel du nom de Napoléon Simfrid (Sim), époux de Gilda Simfrid (Alice Sapritch), Pierre et Jean prennent l'identité de deux espions auxquels est confiée la tâche de foutre un bordel monstre dans un hôtel que leur employeur aimerait racheter à bas prix. Ce que Simfrid ne sait pas encore, c'est que le directeur du dit hôtel, un certain Jardine (Jacques Legras), a inventé une formule chimique permettant d'augmenter les performances des chevaux et ainsi de les faire gagner lors des courses hippiques. De la comédie pas franchement amusante qu'aurait dû se contenter d'être Drôles de zèbres, le film se mue en une expérience de cinéma absolument indigeste et proche du calvaire. Des idées par dizaines, voire par centaines se bousculent au portillon de l'imaginaire d'un Guy Lux qui ne sait pas comment gérer un tel flux. Les personnages prennent le relais les uns après les autres lors d'un récit sans cohésion, souvent incompréhensible, voire même indescriptible. Bref, du grand n'importe quoi convoquant une Katia Tchenko en cliente d'hôtel nymphomane, un Coluche en chef de cuisine, un Claude François et des Claudettes dans leur propre rôle, Pierre Olaf en émir du Chokoweit, Michel Leeb en laveur de carreaux ou Annie Cordy dans la peau de la Baronne Jacinthe de la Tronchembiais, personnage créé dans les années soixante par Sim, que ce dernier interprète également à l'écran. Un lion, une antilope, un zèbre et même un chien doté de la parole... Drôles de zèbres, c'est en moyenne cinq à dix idées par minutes, jetée en pâture sans le moindre soucis de cohésion ou de réalisme. Le film donne le sentiment d'avoir surtout permis à Guy Lux d'y faire interpréter tout ce que le cinéma français de l'époque comptait d'indigence. La seule chose véritablement amusante n'est visible à l'écran qu'en supposant la réaction que purent avoir chacun et chacune au moment d'interpréter ce qui leur venait de droit. Ouais, vraiment un monument. En un film, Guy Lux semble avoir digéré tout le cinéma de Philippe Clair. Un film à réserver aux fans purs et durs de nanars, voire même de séries ultra Z. Une expérience à ne pas mettre devant tous les yeux sous peine de faire un AVC !

 

mardi 23 avril 2019

La Carapate de Gérard Oury (1978) - ★★★★★★★☆☆☆



Certains ne s'en souviennent peut-être pas, mais les deux principaux interprètes de La Carapate ne se sont pas rencontrés pour la première fois dans le film de Claude Zidi en 1978 mais sur le tournage du troisième long-métrage de Pierre Richard, Je sais Rien, mais Je dirai Tout (Victor y incarnait le tout petit rôle d'un ouvrier). Ces deux films seront les seules occasions pour les deux acteurs de jouer ensemble au cinéma. Et pourtant, lorsque Victor Lanoux nous a quitté, Pierre Richard témoignait de son attachement pour un homme qu'il considérait comme un véritable ami, avec lequel il formait un couple, affirmant ainsi : ''Victor et moi partagerons à jamais un territoire commun : la jeunesse.'' Gérard Oury tourne donc La Carapate en 1978, soit douze ans après La Grande Vadrouille, sept après La Folie des Grandeurs, et cinq après Les Aventures de Rabbi Jacob, tous les trois étant principalement interprétés par l'immense Louis de Funès. Mais alors que le cinéaste s'apprête à tourner son nouveau film en 1975 sous le titre Le Crocodile, ce projet à l'origine écrit par sa fille Danièle Thompson et Josy Eisenberg tombe à l'eau en raison des problèmes de santé de Louis de Funès qui une fois de plus, devait être à l'honneur. Ce n'est que trois ans plus tard, en 1978 que Gérard Oury, auteur d'un nouveau script avec sa fille, sort son nouveau film. Désormais, c'est l'acteur Pierre Richard qui tient la vedette aux côtés de Victor Lanoux, ce dernier ayant déjà notamment brillé dans Adieu Poulet de Pierre Granier-Deferre et Dupont Lajoie d'Yves Boisset en 1975, ou dans le dyptique d'Yves Robert en 1976 et 1977, Un Éléphant ça Trompe Énormément et Nous irons tous au Paradis.

Gérard Oury n'y bouscule pas les habitudes d'un Pierre Richard une fois encore opposé à un homme fort. Malgré sa robe et son statut d'avocat, l'acteur est effectivement aux antipodes du personnage incarné par Victor Lanoux. Martial Gaulard, un condamné à mort que Maître Jean-Philippe Duroc était chargé de défendre lors de son procès. Alors que ce dernier apporte en prison un important document à faire signer à son client afin de faire commuer sa peine de mort en prison à perpétuité, c'est l'émeute. Les prisonniers en profitent pour s'échapper. Tout comme Martial qui profite de l'occasion qui lui est offerte pour voler les vêtements de son avocat et s'enfuir. Relégué par les médias, la police confirme ses soupçons envers Jean-Philippe qu'elle pense être à l'origine de la mutinerie. Contraint de prendre la fuite, et recherché par toutes les polices du pays, l'avocat est forcé de suivre son client avec lequel il va vivre toute une série d'aventures devant les mener jusqu'à Paris où la jeunesse française a monté des barricades contre les autorités. C'est là-bas qu'a prévu de rejoindre sa fiancé Bach Yen, Martial le fugitif...

Si on le compare aux succès phénoménaux rencontrés par trois de ses précédents longs-métrages, La Carapate peut faire figure d'enfant pauvre dans la carrière de Gérard Oury, ici, certainement beaucoup moins inspiré. Cependant, il offre à Pierre Richard l'occasion d'endosser le même type d'individu qu'il s'était déjà offert au tout début des années soixante-dix. Face à un Victor Lanoux fascisant mais néanmoins attachant, l'acteur comique incarne un avocat gauchiste. De quoi provoquer des étincelles entre les deux hommes. C'est pourtant avec nuance que le cinéaste pousse ses deux personnages à fuir vers la capitale, leur permettant ainsi de mieux se comprendre et donc de finir par s’apprécier. Le message politique étant réduit ici à son strict minimum, La Carapate est une pure comédie familiale avec son lot de scènes particulièrement drôles. On se souviendra longtemps de la séquence d'ouverture lors de l'émeute, de celle se déroulant dans une ferme, mais encore plus de la séquence durant laquelle nos deux héros simulent un grave accident de voiture afin de se procurer un nouveau véhicule. Le film a beau avoir été réalisé dix ans plus tard, son contexte plonge les personnages en plein affrontements de mai 68. Le duo Pierre Richard/Victor Lanoux fonctionne à merveille et l'on passe un très agréable moment. L'occasion de redécouvrir des seconds rôles dont le visage ne nous est pas inconnu. A l'image de Claude Brosset dans le rôle de Gustave, le mari trompé, de Jean-Pierre Darras dans celui du fraudeur Jacques Panivaux, de Katia Tchenko en prostituée, ou encore d'Alain Doutey en inspecteur de police...
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