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jeudi 14 mars 2024

Dany Boon - Le code a changé de Danièle Thompson (2009) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Un an après le phénoménal succès rencontré par son second long-métrage en tant que réalisateur, scénariste et interprète, Dany Boon choisit de mettre de côté sa carrière d'auteur pour se laisser porter par d'autres cinéastes que lui. Et notamment à travers Le code a changé de Danièle Thompson. Film dans lequel il se frotte à diverses générations d'interprètes parmi lesquels Pierre Arditi, Karin Viard, Emmanuelle Seigner, Patrick Chesnais ou encore Marina Foïs... Au vu du pedigree de la réalisatrice, on part confiant en espérant qu'elle parviendra à se hisser à la hauteur de son célèbre papa Gérard Oury. Sachant que Danièle Thompson participa elle-même à l'écriture de plusieurs comédies dont celles de La grande vadrouille en 1966, La folie des grandeurs en 1971, Les aventures de Rabbi Jacob en 1973 ou de La caparate cinq ans plus tard. Autant dire que Le code a changé, son quatrième long-métrage en tant que réalisatrice risque de proposer un spectacle aux dialogues aussi dignes d'intérêt que ceux des œuvres signées de Francis Veber, celles dont Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui furent les auteurs ou encore de l'excellent Prénom de Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte... Hein, quoi ? Ah, on me dit expressément de raviser mon jugement puisque Danièle Thompson fut également scénariste sur La Vengeance du serpent à plumes et Vanille fraise tout deux signés de son père en 1984 et 1989. Bref, autant dire que l'on n'est jamais sûr de rien et que ce qui peut paraître alléchant au premier abord peut être tout à fait indigeste au final ! Ne nous précipitons pas et voyons voir de quoi retourne Le code a changé. Première bonne chose, la réalisatrice s'est entourée d'une brochette d'interprètes hétéroclite plutôt attrayante. Quant au scénario, elle l'a écrit elle-même en compagnie de son fils, l'acteur, scénariste et réalisateur franco-américain Christopher Thompson auquel sa mère offrira dans le cas présent l'un des dix principaux rôles de cette comédie collégiale où chacun aura droit à sa part du gâteau en matière de dialogues. Au centre de ce petit groupe d'amis qui se retrouvent deux ans de suite au 21 juin lors d'un dîner l'on retrouve Karin Viard et Dany Boon, lesquels incarnent le couple formé par Marie-Laurence et Piotr Claverne. Elle est avocate et lui au chômage.


Ils convient donc en cette soirée estivale, leurs amis Mélanie et Patrick Carcassonne, Sarah et Lucas Mattei, Juliette et son compagnon Erwann ou encore le cuisiniste Jean-Louis Mauzard et la prof de flamenco Manuela. Alors que chacun se prépare à venir sonner à la porte de leurs hôtes, en voiture, les langues se délient. Certains traînent de force leur compagne à la soirée tandis que le père de Marie-Laurence et Juliette que cette dernière maudit (et (qu'incarne Pierre Arditi) doit débarquer plus tard dans la soirée. Bon autant le dire tout de suite, Le code a changé n'a pas l'ampleur du Dîner de cons de Francis Veber, de Cuisine et dépendances de Philippe Muyl, d'Un air de famille de Cédric Klapisch ou de Carnage de Roman Polanski (pour voir plus loin que le seul territoire français). Preuve que les réunions de famille ou entre amis ne sont pas forcément synonymes de grandes comédies où les bons mots fusent toutes les cinq ou dix secondes. Pourtant peu avares en la matière, ce qui différencie le quatrième long-métrage de Danièle Thompson des quelques grands exemples cités ici est la qualité des dialogues. Entre adultères, mensonges, cruauté et cynisme, Le code a changé se déroule non pas au présent (ou si peu) mais remonte un an en arrière sous forme de flash-back. L'occasion pour les dix convives de se livrer à des joutes verbales sur les thèmes du couple et du travail. Patrick Bruel campe un médecin qui ment à ses patients, Christopher Thompson incarne un Lucas méprisant envers Sarah qu'il se complaît à humilier et qu'interprète Emmanuelle Seigner. Laurent Stocker est Jean-Louis, l'ancien amant de Marie-Laurence pour laquelle il continue d'éprouver de l'attirance alors qu'elle l'a jeté hors de son lit. Patrick Chesnais est ce sexagénaire qui vit au bras de Juliette, laquelle recherche probablement chez lui le père avec lequel elle ne désire pourtant plus entrer en contact. Bref, la galerie de portraits est relativement savoureuse même si là encore, la finesse des dialogues n'est pas toujours au rendez-vous. Académique, Le code a changé a bien du mal à réellement décoller et à se détacher de la concurrence. Reste une petite comédie plutôt sympatoche mais très rapidement oubliable...

 

mercredi 7 décembre 2022

Irréprochable de Sébastien Marnier (2006) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

En 2005 sortait sur les écrans Le Couperet de Costa-Gavras dans lequel un homme, interprété par José Garcia, perdait le fil de la raison en éliminant systématiquement tous les concurrents qui briguaient le même poste de manager que lui dans l'entreprise Arcadia. Inspiré par l'ouvrage éponyme signé de l'écrivain et scénariste américain Donald E. Westlake publié en 1997, le film fut une brillante réussite. On ne sait si Sébastien Marnier fut conscient d'être l'auteur d'un script très proche de celui du Couperet au moment de l'écriture du scénario de Irréprochable ou s'il a délibérément repris le concept au moment de tourner son film mais toujours est-il que les deux longs-métrages cultivent de troublantes similitudes. Au point que l'on pourrait presque considérer le second comme un plagiat du premier. Cependant, les qualités de Irréprochable sont telles que l'on préférera y voir tout un jeu de coïncidences plutôt que le détournement d'un excellent thriller à la française. À l'époque, Sébastien Marnier est presque un inconnu puisqu'il n'a à son actif que deux courts-métrages (Le grand avoir en 2002 et Le beau Jacques l'année suivante) et ne reviendra donc à la mise en scène que douze ans plus tard avec Irréprochable. Je ne sais pas ce qu'en pense la plupart des cinéphages/philes mais Marina Foïs demeurait pour moi jusque là, un épineux problème. Révélée au beau milieu des années quatre-vingt dix pour sa participation au sein de la troupe d'humoristes Les Robins des Bois, la jeune femme faisait montre d'un réel talent comique. Une aptitude qu'elle a su également transmettre sur grand écran. Drôle dans la plupart des comédies qu'elle incarne, je dois avouer avoir généralement eu beaucoup plus de difficultés à la cerner dans ses rôles dramatiques. Sans doute parce qu'à chacune de ses apparitions dans des drames ou des thrillers, j'avais toujours en tête le personnage de Sophie Pétoncule qu'elle avait régulièrement incarné lors de ses passages télévisés aux côtés de ses camarades Pierre-François Martin-Laval, Maurice Barthélemy, Jean-Paul Rouve, Pascal Vincent et l'autre représentante féminine de la troupe des Robins des Bois, Élise Larnicol...


Il me semblait que certaines critiques, hissant un peu trop haute la performance de l'actrice dans le Darling de Christine Carrière, j'avais abandonné l'idée de la retrouver autre part que dans le genre qui avait lancé sa carrière. Peut-être devrais-je un jour m'y recoller ? Toujours est-il que Irréprochable a marqué, chez moi, une réelle surprise. Débarrassé de la tenace image de Sophie Pétoncule, voilà que je trouve Marina Foïs brillante. Dans un tout autre genre que celui de la comédie. Dans un rôle équivalent à celui que tenait justement José Garcia dans Le couperet. Celui d'une femme qui elle aussi est sans emploi et survit comme elle peut en ne bénéficiant que du RSA. Sauf qu'ici l'on est bien face à un personnage qui d'emblée est parfaitement lucide des manigances dont elle fait preuve tout en étant quelque peu psychologiquement dérangée. Marina Foïs ne force pas le trait et c'est avec un déconcertant naturel qu'elle impose un personnage trouble, mythomane et dont les ressources semblent inépuisables lorsqu'il s'agit de manipuler son entourage. Accentué par la musique du duo de musiques électroniques français Zombie Zombie, le récit est convainquant, parfois même glaçant et Marina Foïs aussi ambiguë que le personnage interprété par l'acteur Sergi López dans Harry un ami qui vous veut du bien de Dominik Moll. Plus le récit avance et plus l'on sent l'étau se resserrer devant l'inquiétante personnalité de l'héroïne. Autour d'elle orbitent des seconds rôles eux aussi particulièrement probants : Benjamin Biolay dans le rôle de Gilles Lenquin, l'amant de Constance Beauvau qu'interprète donc Marina Foïs. Jérémie Elkaïm dans celui de Philippe Ferrand, l'un des collaborateurs de l'agence dans laquelle la jeune femme espère obtenir un poste. Ou encore Joséphine Japy qui interprète Audrey Pailleron, la nouvelle employée de la dite agence autour de laquelle Constance va rôder avant d'entrer en contact avec elle pour le malheur de la pauvre jeune femme. Dérangeante, malfaisante, crispante et parfois terrifiante Marina Foïs porte le film à bout de bras et offre à son réalisateur Sébastien Marnier l'incarnation idéale du personnage qu'il créa aux côtés du documentariste et scénariste Samuel Doux...

vendredi 12 août 2022

L'année du requin de Ludovic et Zoran Boukherma (2022) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Je ne roule pas sur l'or (petit postier sans la moindre envergure) ni ne suis masochiste. Mais alors, qu'est-ce qui peut bien me pousser à franchir parfois la porte d'une salle obscure quand je sais que le film qui y sera projeté aura probablement plus de chances d'être un navet qu'un chef-d’œuvre ? Plaisir malsain de jeter l'argent par les fenêtres ou simple envie de pointer le majeur devant ceux qui dénigrent avant d'avoir vu ? Non mais sans déconner ! Jean-Pascal Zadi était demeuré jusque là un inconnu. Du moins, en ce qui me concerne. Et pourtant, ce curieux sosie d'un Eddie Murphy qui se serait fait arnaquer par un prothésiste dentaire du dimanche tourne ses propres longs-métrages depuis dix-sept ans. Né à Bondy, et donc pas très loin de la ville qui m'a vu naître, le bonhomme multiplie les casquettes de réalisateur, producteur, rappeur et donc, acteur. En 2020, il réalise le surestimé Tout simplement noir dont le titre et l'affiche donnent une image assez précise de son contenu. En 2022, il trône au beau milieu de celle du nouveau long-métrage des jumeaux Ludovic et Zoran Boukherma. Auteurs en 2020 de la très sympathique comédie horrifique Teddy, les deux frangins reviennent donc cette année avec L'année du requin dans lequel apparaissent également, et SURTOUT, Marina Foïs et Kad Merad qui, fruit du hasard ou non, se croisèrent notamment à la fin du siècle dernier sur la ''regrettée'' chaîne Comédie. Si Teddy mettait au centre de l'intrigue un adolescent atteint de lycanthropie, les frères Boukherma semblent cette fois-ci être attirés par un autre mythe du cinéma fantastique et d'épouvante puisque comme paraissent l'indiquer le titre et le synopsis, un requin géant menace les vacanciers de La Pointe, un village du sud de l'hexagone. Si le film prend encore une fois la forme d'une comédie horrifique, les deux réalisateurs témoignèrent cependant de leur volonté de respecter certains codes propres aux genres horreur et épouvante avec, sans doute, en ligne de mire, la volonté de rendre hommage aux Dents de la mer d'un certain... Steven Spielberg...


Marina Foïs passe ici de la comédie et du drame au cinéma d'horreur et d'épouvante humoristique et ce, pour la seconde fois puisque l'année dernière on a pu la voir dans le très saignant et drôlatique Barbaque de et avec Fabrice Eboué ! Kad Merad, lui, accumule les interprétations (souvent trop) légères sur grand écran, dans une grande majorité de comédies qui ne le sont pas moins, souvent fidèle envers son ancien complice Olivier Barroux pour lequel il a jusqu'à maintenant accepté de tenir la vedette dans six de ses longs-métrages. Narré par Ludovic Torrent (au visage duquel on serait tenté de vouloir jeter un seau d'eau glacée tant son phrasé ''mou du genou'' épuise à la longue), le récit démarre par la mort d'un touriste qui au beau milieu de la mer est emporté sous les flots, laissant derrière lui une eau gorgée de sang. Avec ses références et son mélange des genres, forcément, L'année du requin intrigue. Mais déçoit également. On aimerait pourtant pouvoir se satisfaire de cette histoire toute bête d'un petit bled du sud de notre pays où s'entrechoquent meurtres sanglants perpétrés par un requin, une fliquette qui avant de prendre sa retraite veux mener son enquête jusqu'au bout, accents girondins et des seconds rôles plus ou moins intéressants. Le soleil de plomb ne semble pas avoir écrasé que les seuls personnages primaires et secondaires dont la diction a la lourdeur de celle du touriste qui s'exprime tout juste après avoir fait sa sieste. La mise en scène toute en apesanteur estivale imprime au récit un rythme de saison qui n'a pas davantage d'intérêt que la lente narration de Ludovic Torrent. On sent pourtant malgré tout pointer la volonté d'injecter un peu de cynisme à l'ensemble. Et sans doute de folie bizarre et décalée jusque dans l'accumulation de cadrages en plongée/contre-plongée dont l'efficience reste encore mal définie...


Au bout de trois quarts-d'heure environ, L'année du requin prend une tournure tout à fait inattendue. Voire surprenante. On passe de la comédie horrifique au drame. Une rupture de ton bienvenue où interviennent les réseaux sociaux, lesquels s'acharnent alors sur notre pauvre héroïne, incapable de prévoir et d'empêcher une nouvelle victime. La bande musicale d'Amaury Chabauty se fait plus pesante, plus douloureuse. Ludovic et Zoran Boukherma évoquent avec justesse l'implication des réseaux sociaux formant un tribunal populaire dans lequel tout le monde peut s'exprimer. Sans être glaçant, cet aspect renforce le côté dramatique d'un récit où à contrario, les deux jumeaux invoquent trop timidement cette vérole que l'on nomme Wokisme quand d'autres n'ont jamais peur de s'attaquer à cette bien-pensance qui semble désormais se généraliser sur notre territoire (Barbaque de Fabrice Eboué, donc, mais aussi le délicieusement trash Oranges sanguines de Jean-Christophe Meurisse). Le personnage qu'interprète Marina Foïs (celui de Maja, ais-je oublié de préciser) y quitte enfin sa forme amorphique et de cette chrysalide dont elle se libère naît une femme beaucoup plus fragile qu'il n'y paraissait jusque là. De la comédie vaguement horrifique dont les frères Boukherma avaient accouché, L'année du requin se mue quelque part en un drame jamais vraiment bouleversant mais parfois touchant. Le film repose presque exclusivement sur les épaules de Marina Foïs puisque la totalité des acteurs qui l'accompagnent, de Kad Merad et Jean-Pascal Zadi jusqu'aux seconds rôles, demeurent quasiment insignifiants. Quelques rares effets gore également, dont certains amuseront ceux qui dénicheront immédiatement la supercherie (le nez dans le sable). Ça n'est pas une surprise, mais Kad Merad a toujours autant de difficulté à jouer sur le thème du drame quant Marina Foïs y arrive quant à elle sans trop forcer. Bref, si L'année du requin demeure moins surprenant que le précédent long-métrage de Ludovic et Zoran Boukherma et s'il reste forcément moins impressionnant que celui de Steven Spielberg, vu le nombre de purges qui furent produites au hasard Outre-Atlantique sur le sujet les décennies suivantes, le cinéma français peut se vanter cette année de s'être doté de cette curiosité...

 

samedi 5 mars 2022

A table ! Barbaque - ★★★★★★★★☆☆ de Fabrice Eboué & Fresh - ★★★★★★★☆☆☆ de Mimi Cave

 


 

Aujourd'hui, deux films pour le prix d'un seul ! D'un côté, Barbaque de l'acteur et humoriste français Fabrice Eboué. De l'autre, Fresh de l'américaine Mimi Cave. Un homme et une femme pour deux visions pratiquement similaires du cannibalisme. Ou plutôt, de l'anthropophagie puisque si le premier n'est pas spécifique à l'homme (tout animal se nourrissant d'un individu de son espèce pouvant être décrit ainsi), la seconde lui est propre. Si dans certaines cultures nous différencierons l'endocannibalisme de l'exocannibalisme (le premier agissant sur la consommation de viande humaine au sein d'un même groupe social tandis que le second se réfère à son ingestion envers des individus provenant de groupes différents), les deux réalisateurs s'intéressent ici davantage aux implications financières que permet parfois d'obtenir cette pratique qui dans les cas présents, permet de gagner beaucoup d'argent. Ici, même si la question de la déviance se pose dans Fresh puisque ses consommateurs savent ce qu'ils ont en bouche, avec Barbaque, c'est déjà une tout autre histoire. En effet, chez Fabrice Eboué (qui interprète en outre l'un des deux principaux personnages aux côté de l'ancienne membre de la troupe Les Robins des Bois, Marina Foïs), il est surtout question de survie. Propriétaires d'une boucherie à l'agonie, victimes des exactions d'une bande de Vegans agressifs (le véganisme dont l'éthique repose en partie sur le refus d'exploiter les animaux pour leur viande) qui s'en prendront tout d'abord à leur commerce, Sophie et Vincent vont faire le commerce de viande humaine après que la première ait mis en vente par accident un végan que Vincent à renversé plut tôt en voiture et qu'il vient de transformer en jambon afin de s'en débarrasser. Steve (Sebastian Stan), lui, fait le commerce de viande humaine pour une raison simple : l'argent. Ce chirurgien-plasticien, marié et propriétaire d'une luxueuse demeure dans laquelle il enferme de jeunes victimes qu'il engraisse, propose à de riches clients de s'offrir des ''colis'' d'un genre très particulier et renfermant diverses parties de corps humains qu'ils pourront cuisiner à leur guise. La principale différence entre Barbaque et Fresh se situe au niveau de la conscience ou de l'ignorance des consommateurs. Dans le premier cas, celles et ceux qui se bousculent à l'entrée de la boucherie ne savent pas ce qu'ils achètent. Du moins croient-ils acquérir une viande porcine originaire d'Iran !!!
Alors que dans le cas de Fresh, les clients savent très exactement de quoi retournent les mets fins et délicats dont les approvisionne Steve contre d'importantes sommes d'argent. Sur un ton où se mêlent ruptures de ton et cynisme, l'un et l'autre des réalisateurs se jouent en outre de la tournure que prend parfois notre société. De cet hygiénisme crasse et liberticide de plus en plus prégnant dont sont à l'origine une poignée d’irréductibles mais qui semble devoir toucher toutes les couches de la société. Barbaque offre une solution finale et définitive qui ne devrait logiquement pas déplaire aux végans puisque est éludée la question animale et qu'y est évoquée l'idée de guérir le mal par le mal en exploitant non plus nos animaux d'élevage mais ceux-là même qui mettent en jeu leur intégration physique ! Surtout, Fabrice Eboué s'offre une porte d'entrée qu'il défonce avec un luxe de cruauté qui ravira les spécistes tout en choquant sans doute les pro-végans les plus radicaux. L'acteur-réalisateur définit une frontière qui demeure au fond très fragile entre végans radicaux et modérés en la personne du gendre dont l'opinion forcée est très rapidement contrecarrée par une attitude extrémiste qui fait froid dans le dos. Par son esthétisme tour à tour clinique et chaleureux, Fresh se dresse en porte-drapeau d'un nouveau mode de consommation dont les réseaux semblent ne pas devoir s'étendre au delà des sphères où la haute société dévore les petites gens. Produit de luxe de ce côté-ci de l'Atlantique, de part chez nous, il signifie sans doute cette nécessité de survivre en cas de famine comme cela peut arriver dans certains cas de crises. L'intervention de Christophe Hondelatte à la manière de l'excellente émission Faites entrer l'accusé est un pur régal et le film absolument jouissif dans son absence presque totale de morale. L'anti-véganisme de Fabrice Eboué transpire à grosses gouttes pour le plaisir des mangeurs de viande et pour le désarroi des végans et des antispécistes. Sur un ton beaucoup moins survolté, au message déjà moins clair et au caractère moins frontal, Mimi Cave signe une œuvre plutôt classe où la gastronomie tient une place importante si tant est qu'elle puisse être d'un goût douteux. À choisir entre l'un et l'autre, Barbaque est plus direct et irrévérencieux tandis que Fresh laisse un goût de déjà-vu. De ces films de séquestration auquel la réalisatrice ajoute le thème de l'anthropophagie. Mais au fond, pourquoi choisir et ne pas... déguster les deux ?

 

samedi 5 septembre 2020

Serial Lover de James Huth (1998) - ★★★★★★☆☆☆☆



Premier long-métrage du réalisateur et scénariste français James Huth, Serial Lover est un ovni cinématographique qui vit le jour sur grand écran en 1998. L'auteur de Brice de Nice (et de sa séquelle Brice 3 ''parce que le 2, je l'ai cassé !'') ou de Rendez-vous chez les Malawas l'an passé nous offrait il y a plus de vingt ans un spectacle hors du commun, parfois cadré comme du Jean-Pierre Jeunet/Marc Caro période Delicatessen, à l'humour noir et grinçant comme du Gustave Kervern/Benoît Delépine et à l'enrobage ultra coloré et donc tout aussi cheap qu'une vieille affiche publicitaire américaine des années cinquante nous vantant les mérites d'une bouteille de lait ou d'une cuisine. C'est dans ce contexte où passent de vieux standards surannés à l'image du Only You des Platters que l'actrice Michèle Laroque, ancienne transfuge de l'émission La Classe présentée par Fabrice sur FR3 dans les années quatre-vingt et qui fit ses tout premiers pas au cinéma quinze ans plus tôt, interprète le rôle de Claire Doste, éditrice de romans policier pour les Éditions Dangereuses qu'elle convie sur une idée de sa sœur Alice ses quatre anciens petits amis afin de choisir lequel parmi eux, elle prendra pour futur époux. Mais alors que la soirée débute à peu près normalement entre la jeune femme, Charles, Hakim, Sacha et Chichi, un terrible accident va tout remettre en question. Alors qu'elle prépare la suite du dîner dans la cuisine, Claire plante malencontreusement le couteau qu'elle a dans les mains entre les omoplates de Sacha qui meurt quelques instants plus tard...

Cachant le corps dans le réfrigérateur, la jeune femme tente de sauver les apparences auprès de ses trois autres convives. Malheureusement pour elle, la suite des événements vont confirmer que, décidément, ça n'est pas sa soirée. Alors qu'elle pensait pouvoir tranquillement fêter ses trente-cinq avec ses anciens compagnons, Claire va passer les pires heures de son existence : non seulement les morts vont s'enchaîner, mais de plus, elle recevra à plusieurs reprises la visite des inspecteurs Eric Cellier et Bruno Helgen qui enquêtent sur une série de cambriolages ainsi que celle des cambrioleurs en questions Giuseppe et Pino. Et pour corser le tout, des dizaines de personnes vont s'inviter à la fête, n'arrangeant pas les affaires de Claire qui cherche à faire disparaître le corps de ses amants... Sur un scénario écrit par le réalisateur lui-même ainsi que par Romain Berthomieu (K-Roof en 2002), Serial Lover est donc une comédie noire qui malgré les apparences n'est pas tirée d'une pièce de théâtre ou d'une bande-dessinée. Et pourtant, le lieu quasi-unique (outre la cage d'escalier de l'immeuble) demeurant l'appartement de l'héroïne et l'esthétique ultra coloré des décors et de certains personnages font du premier long-métrage de James Huth une sorte de BD live totalement déjantée qui ne se retient absolument pas lorsqu'il s'agit notamment d'évoquer la mort des divers amants de l'héroïne interprétés par les savoureux Michel Vuillermoz, Zinedine Soualem, Gilles Privat et Antoine Basler...

Avec une énergie folle que n'épargnent malheureusement pas quelques micro ventres mous durant la première moitié du long-métrage, James Huth s'amuse à mélanger comédie noire et enquête policière dans un contexte de fête pré-apocalyptique qui à la fin fera de l'appartement de Claire Doste, le décor idéal d'une œuvre sur la fin du monde. Car le réalisateur ne ménage ni ses personnages, ni les décors éminemment kitsch qui participent à l'étrangeté de l’œuvre. Si dans un premier temps Serial Lover s'avère parfois vidé de toute substance, le film trouve heureusement son rythme de croisière durant la seconde moitié. Et si Michel Vuillermoz et les autres finissent malheureusement par disparaître du récit, d'autres viennent prendre la relève. En effet, parmi les fêtards venus s'amuser à la fête organisée par la sœur de l'héroïne interprétée par Élise Tielrooy, on retrouve notamment Isabelle Nanty, Philippe Vieux et Patrick Ligardes dans le rôles des cambrioleurs mais aussi et surtout, une grande partie des Robins des Bois en les personnes de Jean-Paul Rouve, Pierre-François Martin-Laval, Marina Foïs et Maurice Barthelemy, Élise Larnicol et Pascal Vincent manquant à l'appel. Quant aux deux inspecteurs chargés de mettre la main sur les cambrioleurs qui sévissent actuellement dans le quartier, ils sont interprétés par les excellents Albert Dupontel et Didier Bénureau. À vrai dire, c'est en réfléchissant sur l'humour de chacun des interprètes conviés à la fête que l'on peu même sans avoir encore découvert Serial Lover se faire une petite idée de son contenu...

Le long-métrage de James Huth n'est certes, pas inoubliable. Il n'y a même aucune raison de lui octroyer un quelconque statut d’œuvre culte. Seulement voilà, malgré des défauts d'écriture qui parfois se révèlent gênants, on passe un moment plutôt agréable. Entre le charme de Michèle Laroque et d'Elise Tielrooy, le cynisme d'Albert Dupontel, la présence des Robins des Bois, des cadrages parfois très originaux (certaines contre plongées donnent le vertige) et quelques idées de scénario franchement revigorantes à l'image du cadavre jeté par la fenêtre atterrissant dans une benne à ordures ou Philippe Vieux et Patrick Ligardes réinterprétant a cappella le célèbre standard des Platters ''Only You'', Serial Lover est une comédie noire originale, visuellement soignée accompagnée par la musique de Bruno Coulais, entre rêveries et Cha-cha-cha...

mercredi 20 novembre 2019

Une Intime Conviction d'Antoine Raimbault (2019) - ★★★★★★★★☆☆



Que l'on apprécie le bonhomme ou que l'on mette en cause la pertinence de la surmédiatisation d'un avocat (regardez donc ce qu'est devenu Gilbert Collard), il faut avouer qu'Eric Dupont-Moretti fascine. Son bagou et son caractère sont légendaires et il n'a pas volé son surnom de ''acquitator''. Alors, lorsque 6 février 2019 sort sur les écrans le premier long-métrage du réalisateur français Antoine Raimbault, on se demande dans quelle mesure l'acteur Olivier Gourmet parviendra à revêtir la robe de cet avocat au charisme tout aussi impressionnant que sa verve. Une Intime Conviction revient sur une affaire absolument remarquable dans ce sens où un homme s'est vu non seulement soupçonné d'avoir assassiné son épouse sans que son corps ne soit jamais retrouvé, mais a été la victime de l'amant supposé de celle-ci. Un individu qui s'est acharné à faire d'un père de famille le meurtrier de son épouse, employant des méthodes peu scrupuleuses telles que la subornation de témoins...
Cette affaire que relate le long-métrage d'Antoine Raimbault, c'est celle de Suzanne Viguier, qui le 27 février 2000 disparaît purement et simplement. Une affaire qui a fait grand bruit et qui fut sur-médiatisée. Alors qu'à l'issue du premier procès l'accusé Jacques Viguier fut acquitté, lors du procès en appel, c'est l'avocat pénaliste Eric Dupont-Moretti qui devait prendre en charge le dossier de l'accusé.

C'est ce second procès que choisit de nous exposer le réalisateur français qui pour son premier long-métrage fait preuve d'une maîtrise absolue du sujet. D'un scénario qu'il a écrit en compagnie d'Isabelle Lazard et Karim Dridi, Antoine Raimbault en extrait tout le pouvoir d'attraction d'un tribunal en effervescence, là-même où l'on juge, où l'on acquitte, où l'on condamne des hommes et des femmes. Entre témoignages, mensonges, écoutes téléphoniques, dissimulations, Une Intime Conviction décortique cette hallucinante affaire opposant des avocats, un accusé, la partie civile, des témoins plus ou moins moraux (l'actrice India Hair et l'acteur Philippe Uchan y incarnant respectivement la baby-sitter Séverine Lacoste et le supposé amant de la disparue Olivier Durandet, deux témoins plus que douteux) et un public venu en masse assister au ''spectacle''.

Si tous les personnages évoluant lors du récit ont réellement existé, Antoine Raimbault fait une entorse à la réalité en incluant celui de Nora. Personnage fictif donc, que le réalisateur place comme l'un des jurés du premier procès et à laquelle la fille même de l'accusé (incarné par le toujours excellent Laurent Lucas) demande de l'aide. Si les crimino-cinéphiles en herbes trouveront peut-être la chose étonnante, l'implication de ce personnage imaginaire donne une ampleur remarquable à ce récit qui alors est porté à bout de bras par le formidable duo composé de Marina Foïs qui décidément, se montre une nouvelle fois magnifique, et surtout Olivier Gourmet, égal à lui-même, incarnant ici le difficile rôle du célèbre avocat. Si le timbre est différent et que l'acteur aurait mérité de prendre des kilos supplémentaires afin de coller encore davantage au personnage, après un petit temps d'adaptation, Olivier fait parfaitement illusion. Que l'on connaisse ou non l'issue du procès à l'avance, Une Intime Conviction repose avant tout sur la sobriété de sa mise en scène et surtout sur la brillante interprétation des actrices et acteurs secondaires (Laurent Lucas, Jean Benguigui, François Caron, Philippe Dormoy, etc...). Antoine Raimbault, en s'appuyant sur un fait-divers particulièrement étonnant, réalise un excellent premier film. Qui par delà le réalisme n'empêche pas son œuvre d'être tout à fait divertissante. Un premier essai plus que convainquant...

lundi 20 mai 2019

La Personne aux deux Personnes de Nicolas Charlet et Bruno Lavaine (2008) - ★★★★★★★☆☆☆



Voilà bien une œuvre totalement déconcertante. Chef-d’œuvre absolu de l'absurde ou nanar intersidéral, le public n'a plus qu'à faire son choix... difficile... à assumer si on lui prête des qualités mais un peu trop facile si on l'enterre sans même y avoir réfléchi un seul instant. Réalisé par le duo Nicolas et Bruno (Nicolas Charlet et Bruno Lavaine). Deux cinéastes aux visions atypiques qui n'ont pas choisi de donner dans la comédie classique. Résultat : rejet d'une partie du public et de la presse. Sorti l'année suivant un autre OFNI, Steak de Quentin Dupieux, La Personne aux deux Personnes est un hommage à l'excellente émission culte Message à caractère informatif diffusée sur Canal+ en 1998 et dont le principe était de détourner de vieux films d'entreprise sur un ton humoristique. Et devinez quoi : les auteurs en étaient déjà le duo formé par Nicolas Charlet et Bruno Lavaine. C'est donc dans ce même esprit que les deux hommes revenaient en 2008, soit dix ans tout rond après leur passage à la télévision, avec cette comédie on ne peut plus étonnante puisque ses deux principaux interprètes n'en forment en réalité qu'un seul...

Daniel Auteuil et Alain Chabat se retrouvent effectivement dans le même corps, celui du premier, après que le second, en chanteur démodé, l'ait percuté de plein fouet avec sa voiture. Gilles Gabriel, dont tout le monde a oublié sa fugitive carrière de chanteur bien qu'il produise un album tous les six ans décède des suites de cet accident mais son esprit est projeté dans le corps de Jean-Claude Ranu, insignifiant comptable de la COGIP, entreprise fictive créée à l'origine à l'attention de l'émission Message à caractère informatif à une différence près : les deux réalisateurs n'usent désormais quasiment plus de documents d'archives (en dehors de quelques rares séquences) mais plongent leurs deux héros dans une reconstitution assez fidèle de leur univers morne, individualiste et démodé. Le pauvre Daniel Auteuil qui dans la peau de Jean-Claude Ranu incarne l'un des employés de la COGIP en fait directement les frais : coiffé et vêtu de la manière la plus ringarde qui soit, son personnage évolue dans un univers trop grand pour lui. Comparé à ceux qui travaillent à ses côtés, il paraît effacé, remisé qu'il est dans un local transformé à l'occasion en bureau. L'arrivée de Gilles Gabriel/Alain Chabat est pour lui l'occasion de changer la donne, se rendre indispensable pour l'entreprise au risque d'être ridicule...

Pourtant, on ne sait pour quelle raison, la méthode fonctionne. Et c'est là, en partie, que l’œuvre de Nicolas Charlet et Bruno Lavaine se permet un écart avec la plupart des comédies. Faire bénéficier à leurs personnages d'une aura absolument peu crédible dans un contexte professionnel moribond. La Personne aux deux Personnes est amusant, et même parfois très drôle, mais peut se révéler aussi de temps en temps déprimant. Voire dérangeant, Daniel Auteuil incarnant un individu absolument ringard, Alain Chabat demeurant en outre un chanteur lui aussi obsolète. C'est pourtant ce duo d'une autre époque, totalement largué qui va se battre pour conquérir le cœur d'une Marina Foïs dans la peau d'une supérieure hiérarchique revêche que l'actrice tient d'une manière très particulière. Je le répète, La Personne aux deux Personnes est une œuvre atypique. Bizarre, surprenante, drôle et cafardeuse, tout à fait dans l'esprit des travaux passés de ses auteurs. A voir !

jeudi 28 février 2019

Gaspard va au Mariage d'Antony Cordier (2017) - ★★★★★★★★☆☆





A l'origine, le synopsis de Gaspard va au Mariage a tout du long-métrage qui risque de nous emmener vers un même chemin que, au hasard, Un Air de Famille de Cédric Klapisch, Cuisine et Dépendances de Philippe muyl, Le Sens de la Fête d'Eric Toledano et Olivier Nakache ou encore Une Petite Zone de Turbulences d'Alfred Lot pour ne citer que les premiers qui m'inspirent. Pourtant, pas grand-chose à voir entre ces quelques exemples et le troisième long-métrage d'Antony Cordier qui après Douches Froides en 2005 et Happy Few en 2010 signe donc en 2017 ce Gaspard va au Mariage au titre, pas franchement séduisant. Si certains considèrent sans doute davantage à tort qu'à raison le film d'Antony Cordier comme une 'inspiration trop évidente du cinéma indépendant américain', il faudra sans doute plutôt considérer Gaspard va au Mariage comme étant une œuvre plus proche de certains longs-métrages d'Outre-Manche que d'Outre-Atlantique.

Mais qui est donc ce Gaspard qui porte de son seul prénom, le titre du film à lui seul ? Un jeune homme de vingt-cinq ans qui n'a pas revu les siens depuis un certain nombre d'années, mais qui après sa rencontre avec Laura, une jeune femme croisée dans des circonstances particulières, va se rendre accompagnée de l'inconnue au futur mariage de son père. Alors qu'elle avait prévu de monter jusqu'à Biarritz en train, Laura accepte finalement le curieux marché que lui propose Gaspard : contre cinquante euros journaliers, elle accepte de se faire passer pour la petite amie du jeune homme. Allez savoir pourquoi d'ailleurs, puisque l'une des particularités du long-métrage d'Antony Cordier est de ne jamais aller là où on s'attend à le voir diriger ses personnages.

Gaspard va au Mariage, c'est la rencontre d'une famille pour le moins fantasque. Un père divorcé, propriétaire d'un zoo condamné à la fermeture, un frère qui déteste Gaspard pour avoir quitté les siens mais aussi pour lui avoir abandonné la responsabilité d'un poste au zoo pour lequel il n'estime pas être à sa place. Et puis, il y a Coline, la cadette, dont l'étrange attitude désarçonne de bout en bout. Au milieu de cette famille un brin déjantée, il y a Laura, donc, qui aura du mal à se faire accepter par la sœur de Gaspard (amoureuse de son propre frère), Peggy, future élue de Max, le père des trois enfants, et puis ce zoo aux diverses espèces d'animaux, et dont certains sont victimes d'attaques de la part de trois chiens rendus à la vie sauvage.

Gaspard va au Mariage est vraiment une excellente surprise. Et comme je le disais plus haut, qui sort des sentiers battus. Autour du talentueux Félix Moati, on retrouve l'impeccable casting formé autour de Lætitia Dosch, Christa Théret et Marina Foïs pour les interprètes féminines et Johan Heldenbergh, Guillaume Gouix ou encore Vincent Deniard pour les acteurs masculins. Entre drame et comédie, le film d'Antony Cordier réserve quelques séquences dont l'érotisme torride ne verse jamais dans l'étalage gratuit de corps entremêlés. Ici, tout passe par l'odorat. De l'intimité de Laura, jusqu'au désagréable parfum que dégage la fourrure que porte en permanence sur ses épaule la jeune Coline. Tourné en partie au parc zoologique du Reynou, le film d'Antony Cordier bénéficie en outre de décors superbes (la demeure familiale), ainsi que d'une photographie magnifique signée Nicolas Gaurin. On ne rit jamais à gorge déployée et l'on ne verse aucune larme. Pourtant, on sort de Gaspard va au Mariage avec le sentiment d'avoir assisté à un vrai bon spectacle. Déjanté, mais pas trop. Des personnages inattendus mais attachants. Un cadre inhabituel. De quoi nous changer des dizaines de clones qui sortent chaque année...

dimanche 24 février 2019

Le Grand Bain de Gilles Lellouche (2018) - ★★★★★★★★☆☆




Un prix, un seul pour Le Grand Bain de Gilles Lellouche aux Césars. Alors, bien entendu, je n'ai pas vu le Shéhérazade de Jean-Bernard Marlin, le Jusqu'à la Garde de Xavier Legrand ou Les Frères Sisters de Jacques Audiard, mais à part ce dernier, la cérémonie des Césars semble s'être définitivement tournée vers une forme d’œuvre caritative mettant en avant les critiques sociales avant le divertissement. Entre un divorce qui se déroule dans des conditions délicates et la rencontre entre une jeune fille des quartiers populaires de Marseille et un ex-taulard de 17 ans, on aurait peut-être aimé que la divine comédie dramatique de Gilles Lelouche reparte avec davantage de statuettes que la seule offerte au savoureux Philippe Katerine (meilleur acteur dans un second rôle).
Les petits maux de chacun semblent avoir en effet beaucoup moins touché le jury. Des affres humaines qui touchent pourtant des millions d'âmes dans l'hexagone et plus encore de part le monde et à laquelle le réalisateur parfois sous-évalué (Narco est bien meilleur que certains l'affirment) Gilles Lellouche apporte une solution originale.

C'est dans le grand bain d'une piscine municipale que Bertrand, Laurent, Marcus, Simon, Thierry, Basile, Avanish, et plus tard John, vont retrouver le goût de vivre. Tous plus ou moins dépressifs ou en passe de le devenir, ils vont tous ensemble, sous l'impulsion de l'ancienne nageuse Delphine, former la première équipe de natation synchronisée masculine de France. Raillés par leurs collègues de travail respectifs, par certains de leurs amis, et même par l'équipe de water-polo masculine, les sept membres de l'équipe vont découvrir bientôt que cette discipline habituellement réservée aux femmes possède son propre championnat du monde situé en Norvège. C'est d'abord avec l'aide de Delphine, puis plus tard de l’entraîneuse paraplégique de l'équipe de water-polo, Amanda, que les sept hommes vont s'entraîner d'arrache-pied afin de monter jusqu'en Norvège et ainsi participer au championnat du monde de natation synchronisée masculine...

Je l'évoquais déjà l'année dernière : parmi les innombrables déceptions que le cinéma comique français produit chaque années, quelques long-métrages parvinrent à s'extraire du lot. En 2018, nous avions notamment eu droit aux excellents Le Retour du Héros de Laurent Tirard, à Tout le Monde Debout de Frank Dubosc, ou encore au Brillantissime de Michèle Laroque (pour ce dernier, évidemment, JE PLAI-SAN-TE... quoique, certains semblent avoir MIRACULEUSEMENT aimé cette abominable engeance). Et puis donc, ce Grand Bain, bébé presque exclusif d'un Gilles Lellouche qui n'y participera pas en tant qu'acteur mais qui sera non seulement derrière la caméra, mais également derrière l'écriture du scénario (assisté de Ahmed Hamidi et Julien Lambroschini) et des dialogues.

Le Grand Bain, c'est le genre de film qui vous met la banane, vous donne la pêche. On s'y fend la poire, sans se prendre le melon et sans avoir honte de rougir comme une tomate devant l'émotion que le réalisateur a ajouté à cette merveilleuse comédie qui tort le coup à toutes ces mauvaises pensées qui trahissent parfois notre bien-être. L’œuvre de Gilles Lellouche est un régime alimentaire à destination de l'âme. Après avoir vu Matthieu Amalric (le chômeur dépressif puis vendeur de meubles), Guillaume Canet (le directeur d'une aciérie et fils d'une mère sénile), Philippe Katerine (employé à la piscine municipale), Benoît Poelvoorde (le pisciniste), Jean-Hugues Anglade (le musicien raté) et les autres s'engueuler, partager leurs angoisses, un pétard, leurs espoirs et enfin la victoire, l'espoir renaît. Mieux qu'un anti-dépresseur, qu'une batterie de calmants, que l'alcool ou la drogue, le film est un bain de jouvence dans lequel des acteurs venus de bords différents forment un groupe soudé et convaincant.

Parmi lesquels on n'oubliera pas de noter la présence féminine de Virginie Efira, dans le rôle de Delphine, et de Leïla Bekhti dans celui d'Amanda. Le Grand Bain est drôle, original, ponctué de quelques savoureux échanges verbaux (Claire/Marina Foïs réglant ses comptes avec sa sœur Clem/Mélanie Doutey entre les rayons d'un supermarché), mais aussi, parfois, très émouvant (Delphine témoignant de son expérience douloureuse). On n'oubliera pas non plus la présence de l'increvable Claire Nadeau dans le rôle (plus amusant que dramatique) de la mère sénile de Laurent/Guillaume Canet.  Deux heures (ou presque) de Cinéma...

vendredi 28 juillet 2017

Un Ticket pour l'Espace de Eric Lartigau (2006) - ★★★★★★★☆☆☆



Bien que Kaddour Merad et Olivier Baroux (duo plus communément appelé chez nous Kad et Olivier ou, Kad et O) aient décidé de se lancer dans une carrière commune dès mars 1992, ces deux comédiens humoristes et réalisateurs ne sont apparus ensemble au cinéma qu'à partir de 2003 avec l'adaptation de leur série consacrée à une enquête criminelle humoristique tentant de répondre à la question suivante : Mais qui a tué Pamela Rose ? Ils tourneront ensuite indépendamment l'un de l'autre quelques longs-métrages mais se retrouveront sur les tournages Rien que du Bonheur de Denis Parent ainsi que Iznogoud de Patrick Braoudé. Le cinéaste Eric Lartigau, celui-là même qui réalisa leur première véritable collaboration au cinéma avec Mais qui a tué Pamela Rose ? retrouve les deux complices pour Un Ticket pour l'Espace en 2006. Film tournant autour d'un sujet qui déjà, à l'époque, pose la question de l'intérêt du public pour l'aventure spatiale. En effet, ce dernier semblant se désintéresser peu à peu pour le sujet, les scénaristes Kad Merad, Olivier Baroux et Julien Rappeneau imaginent l'histoire un peu folle d'un concours organisé par le gouvernement afin de captiver la population. La marche à suivre est on ne peut plus simple. Il s'agit en effet de gratter un ticket (le fameux ticket pour l'espace du titre) et d'y découvrir trois fusées.

Deux gagnants sont invités à participer au grand voyage qui les transportera à bord d'une station orbitale européenne. Deux individus lambda. Ou presque puisque outre la présence de Stéphane Cardoux, père de famille un peu mythomane que l'épouse vient de quitter avec leur enfant, la fusée décollera avec à son bord un dangereux criminel ivre de vengeance. Bien entendu, le scénario ne se contente pas du voyage vers l'espace mais nous présente d'abord ses principaux interprètes. Du colonel Romain Beaulieu dont l'arrivée caricaturale sur la base rappelle sensiblement l'approche parodique de la précédente collaboration entre le duo d'humoristes et le cinéaste Eric Lartigau, jusqu'à Marina Foïs qui en invitée surprise se présente comme une jeune femme amoureuse un peu gauche. Avant le départ, fort logiquement, sont imposés de nombreux testes physiques et psychologiques. On retrouve là, déjà, l'humour si particulier de Kad et O et que chacun absorbera avec plus ou moins de facilité.

Entre le clan des 'pour' et des 'contre', le combat peut commencer. D'un côté, ceux qui adoubent les deux acteurs-humoristes et leur humour parfois totalement absurde. Ça ne vole pas toujours très haut, c'est parfois lourdingue (mais sans jamais être vulgaire), mais c'est aussi, il faut le savoir et l'accepter, leur marque de fabrique. Soit l'on aime, soit l'on déteste. La complicité des personnages de Mais qui a tué Pamela Rose ? est ici mise à rude épreuve puisque nos deux héros (toujours Kad et O) interprètes des rôles à l'opposé l'un de l'autre. D'un côté, un loser, de l'autre, un colonel à la carrière exemplaire. Un Ticket pour l'Espace accumule de nombreux gags, certes, pas toujours très fins, mais dans l'ensemble, le film d'Eric Lartigau demeure d'une très bonne facture dans le paysage humoristique français, au regard de la concurrence qui sortira elle-même quelques rejetons pas toujours convaincants (entre des Bronzés 3, Amis pour la Vie sortant beaucoup trop tard, et une Doublure qui ne retrouvera jamais la grâce et l'écriture du Dîner de Cons). Les 'anti' devraient donc relativiser un peu et prendre le film pour ce qu'il est : une vaste succession de gags sans réel scénario mais qui permet aux amateurs de comédies françaises de passer un très agréable moment de détente en compagnie d'un casting d'actrices et d'acteurs de diverses générations : on aura en effet le plaisir d'y croiser la route de Guillaume Canet, André Dussollier, Pierre-François Martin-Laval, ou encore Thierry Frémont. Une bonne surprise...

samedi 25 juin 2016

La Tour 2 Contrôle Infernale de Eric Judor (2016)



Quinze ans après les aventures rocambolesques d'Eric et Ramzy, La Tour 2 Contrôle Infernale revient sur les origines des défaillances intellectuelles des deux zigotos. Mais contrairement au premier volet, cette fois-ci, les deux personnages principaux ne sont plus les laveurs de carreaux mais leurs géniteurs, pilotes pour l'aviation française, et qui lors d'un test de centrifugeuse à l’École de l'Air de Salon de Provence, vont perdre totalement la boule. Alors qu'ils étaient pressentis pour faire partie d'une mission de la plus haute importance, les voici désormais relégués comme bagagistes à l'aéroport d'Aurly-Ouest.

Ernest Krakenkrick et Bachir Bouzouk, c'est leur nom, vont être les témoins d'un bien curieux événement. En effet, alors que les départs d'avions sont tous retardés ou supprimés, ils constatent avec effroi qu'un groupe de terroristes menés par un certain colonel Janouniou, qui n'est autre qu'un ancien militaire ayant officié sur la base aérienne de Salon de Provence, se sont emparés des commandes de la tour de contrôle de Aurly-Ouest. Alors que le groupe, nommé Moustachious, tente de négocier avec le ministre de l'intérieur, Ernest et Bachir mettent tout en œuvre pour reprendre le contrôle de l'aéroport. Ils pourront compter pour cela, sur l'aide de Jean-Peter McCalloway, qui n'est autre que le futur géniteur de John MacCalloway dont le fils de Bachir, Ramzy, tombera amoureux lors des aventures se déroulant dans La Tour Montparnasse Infernale...

Le cinéaste Charles Nemes, auteur du premier volet, n'étant plus de la partie, c'est cette fois-ci Eric Judor qui est aux commandes de La Tour 2 Contrôle Infernale. Endossant donc en compagnie de Ramzy Bédia les costumes des père respectifs des deux héros du premier volet, les deux acteurs retrouvent pour cette suite quelques-uns des interprètes de La Tour Montparnasse Infernale. Serge Riaboukine, dans le rôle de l'un des hommes de main du chef du gang Moustachious et jumeau de De Fursac, le méchant du premier volet, ainsi que l'actrice Marina Foïs dans celui de la conseillère du Ministre, enceinte et future mère d'un bébé qui sera donc la fille de celle-ci dans le premier volet.


Autant le dire tout de suite, La Tour 2 Contrôle Infernale est bien moins amusant que La Tour Montparnasse Infernale. C'est toujours aussi lourd, mais alors qu'auparavant les gags demeuraient malgré tout plutôt drôles, désormais, on sourit sans jamais vraiment rire aux éclats. Et c'est bien dommage car aux commandes du scénario, les auteurs Éric Judor, Ramzy Bédia et Nicolas Orzeckowski font preuve d'une grande imagination en terme de situations comiques. Sauf que la sauce ne prend pas vraiment. Ça se regarde sans trop d'ennui, mais on assiste plus au spectacle comme à une succession de gags plus ou moins inégaux qu'à un récit. Ce qui dénote le peu d'intérêt qu'offre le film. Plus encore qu'Eric Judor et Ramzy Bédia, c'est surtout le musicien/chanteur et désormais acteur Philippe Katerine qui sort du lot. A tel point que l'on a l'impression que le film a été essentiellement conçu autour de son personnage. En dehors de son personnage, La Tour 2 Contrôle Infernale demeure malheureusement assez plat...
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