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mercredi 20 novembre 2019

Une Intime Conviction d'Antoine Raimbault (2019) - ★★★★★★★★☆☆



Que l'on apprécie le bonhomme ou que l'on mette en cause la pertinence de la surmédiatisation d'un avocat (regardez donc ce qu'est devenu Gilbert Collard), il faut avouer qu'Eric Dupont-Moretti fascine. Son bagou et son caractère sont légendaires et il n'a pas volé son surnom de ''acquitator''. Alors, lorsque 6 février 2019 sort sur les écrans le premier long-métrage du réalisateur français Antoine Raimbault, on se demande dans quelle mesure l'acteur Olivier Gourmet parviendra à revêtir la robe de cet avocat au charisme tout aussi impressionnant que sa verve. Une Intime Conviction revient sur une affaire absolument remarquable dans ce sens où un homme s'est vu non seulement soupçonné d'avoir assassiné son épouse sans que son corps ne soit jamais retrouvé, mais a été la victime de l'amant supposé de celle-ci. Un individu qui s'est acharné à faire d'un père de famille le meurtrier de son épouse, employant des méthodes peu scrupuleuses telles que la subornation de témoins...
Cette affaire que relate le long-métrage d'Antoine Raimbault, c'est celle de Suzanne Viguier, qui le 27 février 2000 disparaît purement et simplement. Une affaire qui a fait grand bruit et qui fut sur-médiatisée. Alors qu'à l'issue du premier procès l'accusé Jacques Viguier fut acquitté, lors du procès en appel, c'est l'avocat pénaliste Eric Dupont-Moretti qui devait prendre en charge le dossier de l'accusé.

C'est ce second procès que choisit de nous exposer le réalisateur français qui pour son premier long-métrage fait preuve d'une maîtrise absolue du sujet. D'un scénario qu'il a écrit en compagnie d'Isabelle Lazard et Karim Dridi, Antoine Raimbault en extrait tout le pouvoir d'attraction d'un tribunal en effervescence, là-même où l'on juge, où l'on acquitte, où l'on condamne des hommes et des femmes. Entre témoignages, mensonges, écoutes téléphoniques, dissimulations, Une Intime Conviction décortique cette hallucinante affaire opposant des avocats, un accusé, la partie civile, des témoins plus ou moins moraux (l'actrice India Hair et l'acteur Philippe Uchan y incarnant respectivement la baby-sitter Séverine Lacoste et le supposé amant de la disparue Olivier Durandet, deux témoins plus que douteux) et un public venu en masse assister au ''spectacle''.

Si tous les personnages évoluant lors du récit ont réellement existé, Antoine Raimbault fait une entorse à la réalité en incluant celui de Nora. Personnage fictif donc, que le réalisateur place comme l'un des jurés du premier procès et à laquelle la fille même de l'accusé (incarné par le toujours excellent Laurent Lucas) demande de l'aide. Si les crimino-cinéphiles en herbes trouveront peut-être la chose étonnante, l'implication de ce personnage imaginaire donne une ampleur remarquable à ce récit qui alors est porté à bout de bras par le formidable duo composé de Marina Foïs qui décidément, se montre une nouvelle fois magnifique, et surtout Olivier Gourmet, égal à lui-même, incarnant ici le difficile rôle du célèbre avocat. Si le timbre est différent et que l'acteur aurait mérité de prendre des kilos supplémentaires afin de coller encore davantage au personnage, après un petit temps d'adaptation, Olivier fait parfaitement illusion. Que l'on connaisse ou non l'issue du procès à l'avance, Une Intime Conviction repose avant tout sur la sobriété de sa mise en scène et surtout sur la brillante interprétation des actrices et acteurs secondaires (Laurent Lucas, Jean Benguigui, François Caron, Philippe Dormoy, etc...). Antoine Raimbault, en s'appuyant sur un fait-divers particulièrement étonnant, réalise un excellent premier film. Qui par delà le réalisme n'empêche pas son œuvre d'être tout à fait divertissante. Un premier essai plus que convainquant...

mardi 19 novembre 2019

Ceux qui Travaillent d'Antoine Russbach (2018) - ★★★★★★★★☆☆



Parce qu'il a pris une décision qui aurait pu mettre en péril l'avenir de la compagnie de fret maritime pour laquelle il travaille depuis de nombreuses années, l'un de ses cadres supérieurs se voit notifié son licenciement pur et simple. Pour Franck, c'est tout un monde qui s’effondre. Coupable d'avoir demandé au capitaine d'un navire de fret de se débarrasser en pleine mer d'un clandestin malade qui s'est introduit dans les cales, l'information fuit de telle manière qu'il ne parvient même pas à obtenir un emploi de la part de la concurrence. D'abord incapable d'avouer à ses proches qu'il n'a plus d'emploi, Franck cache derrière le masque de l'inflexibilité le désarroi qui le taraude...

L'acteur Olivier Gourmet est cet homme qui, arraché au monde du travail pour avoir fait le mauvais choix va heureusement pouvoir compter sur ses proches. Son épouse d'abord, puis ses enfants. Le film du scénariste et réalisateur suisse Antoine Russbach dresse le sinistre portrait du capitalisme. Du monde du travail et de ses impératifs. Car comme on le découvrira plus tard, Franck est victime en réalité de son ancienneté. En coûtant donc beaucoup plus cher à ses employeurs que n'importe quel autre employé, c'est donc pour de fausses raisons qu'il est mis à la porte. Le cinéaste éprouve le scénario qu'il a écrit lui-même à quatre mains en compagnie d'Emmanuel Marre. En résulte une œuvre d'une très grande maîtrise et surtout, d'une fascinante sobriété.

Presque une austérité, que l'on doit bien sûr à la magistrale interprétation d'Olivier Gourmet qui tout en retenue incarne un personnage acceptant presque sans broncher son nouveau statut. Antoine Russbach montre qu'en matière d'entreprises, rien ne repose jamais sur la morale mais sur les profits qu'elles peuvent récolter. Personnage véritablement ambigu, une très pertinente scène de questionnaire réalisée par une psychologue du travail permet d'en apprendre davantage sur cet homme qui parle peu, montre rarement ses émotions et qui au final, est dans un premier temps le reflet de l'entreprise pour laquelle il a sacrifié une partie de son existence.
À sujet délicat, approche délicate. Sombre mais jamais véritablement austère, Ceux qui Travaillent est de ces œuvres indispensables qui à l'image de La loi du Marché et En Guerre, tout deux réalisés par Stéphane Brizé et interprétés par l'immense Vincent Lindon, décortiquent avec un sens aigu du réalisme et une intelligence rare le cynisme d'un monde dans lequel nous vivons tous. Une œuvre qui a le mérite de nous ouvrir les yeux. Imparable !

jeudi 25 avril 2019

Les tueurs qui inspirent le 7ème art : Christophe Fauviau - Terre Battue de Stéphane Demoustier (2014)



Le cas Terre Battue est un peu particulier puisqu'ici, le réalisateur français Stéphane Demoustier ne se penche pas sur le récit macabre d'un tueur en série ou d'un tueur de masse, ni d'un quelconque déséquilibré, sociopathe, psychopathe, schizophrène, j'en passe et des meilleures... Ici, pas de préméditation, pas de viol, ni de meurtre au couteau. Pas d'acharnement sur la victime ni de démembrement. Pas de cadavre péché dans une rivière ou découvert ligoté dans une chambre. Pas d'enquête policière particulièrement longue non plus. Le film de Stéphane Demoustier n'a rien de commun avec la plupart des long-métrages inspirés de fait-divers réels. D'ailleurs, le cinéaste l'aborde sous un angle radicalement différent, préférant faire curieusement de son plus jeune interprète (Charles Mérienne, dans le rôle d'Ugo) le véritable coupable contrairement au fait-divers qui mettait en cause un certain Christophe Fauviau, père d'un fils et d'une fille qu'il coachait au tennis. Mais afin d'assurer leur succès sur le terrain, cet homme connu pour être dépressif ''s'amusait'' à glisser dans la boisson des adversaires de ses deux enfants du Temesta, une molécule traitant l'anxiété et l'angoisse. En ''empoisonnant'' plusieurs d'entre eux, Christophe Fauviau a causé le décès de l'un d'eux, Alexandre Lagardère, qui trouva la mort à bord de son véhicule. Découvert la veille par l'un des demi-finalistes du championnat de tennis auquel participait le fils de l'incriminé en train de manipuler sa propre bouteille, celui-ci a averti les autorités, ce qui a permis à l'arrestation de Christophe Fauviau qui fut reconnu coupable de 27 empoisonnements. Il se retrouva condamné à 8 ans de prison le 9 mars 2006...

Bien que les similitudes entre Terre Battue et le fait-divers soient très nettement visibles lors du dernier acte, Stéphane Demoustier semble moins s'intéresser à l'événement qu'au témoignage d'un homme qui se retrouve au chômage, et dont le couple explose (son épouse incarnée par l’actrice Valeria Bruni Tedeschi choisit de le quitter). Le sort s'acharne sur cet individu parfaitement interprété par l'acteur Olivier Gourmet, lequel est souvent sujet à ce genre d'interprétation. Un individu qui ne se laisse pas aller mais qui au contraire choisit d'aller de l'avant. Est-ce alors un transfert qui le pousse à diriger son fils vers une section de sport-étude ? D'un côté, il y a ce père déchu de son statut de chef d'entreprise, passionné par son métier, et du jour au lendemain sans emploi. De l'autre, il y a Ugo, le fils prodige au cœur inusable. Que les spécialistes verraient bien se diriger vers l'athlétisme mais qui pourtant rêve de faire une carrière dans le tennis. Mais avoir un cœur en béton ne suffit pas toujours. Il faut avoir la force de se battre contre ses adversaires, quitte à user de subterfuges malhonnêtes comme c'est le cas ici.

Entre ces deux être, une Laura, épouse de Jérôme, perdue, qui ose enfin affronter son courage et abandonner celui qu'elle aime. Et toujours Jérôme qui se relève. Pour son fils. Jusqu'à cet acte de sacrifice pourtant inutile. Terre Battue est un combat pour la vie filmé dans le plus simple appareil. Pas un docu-fiction, mais un cinéma sans chichis, qui va droit à l'essentiel au risque de perdre ceux qui n'attendent que du sensationnel. Une mention spéciale pour Olivier Gourmet, toujours aussi impérial et touchant. Pour le jeune Charles Mérienne également. Sans oublier Valeria Bruni Tedeschi, mais aussi et surtout tous ces seconds rôles qui dans cette histoire ont leur importance. De l'indispensable Vimala Pons (Les Garçons Sauvages, Comme un Avion, Vincent n'a pas d’Écailles, etc...) à l'excellent Jean-Yves Berteloot, dans le rôle du directeur du centre d'entraînement...

mercredi 7 février 2018

Wolfzeit de Michael Haneke (2002)) - ★★★★★★☆☆☆☆



En exploitant un cadre de fin du monde avec son septième long-métrage, le cinéaste autrichien Michael Haneke persévère pourtant dans son aptitude à sonder l'âme humaine. Après les excellents La Pianiste et avant Caché, il plonge ses protagonistes dans un monde dévasté par un fléau dont l'origine demeure inconnue des spectateurs. C'est là qu'interviennent des interprètes aussi divers qu'Isabelle Huppert, Maurice Bénichou, Patrice Chéreau, Béatrice Dalle, Serge Riaboukine ou encore Olivier Gourmet. Plus proche d'un Malévil signé Christian de Chalonge et adapté d'un roman de Robert Merle que d'un blockbuster américain reposant presque exclusivement sur ses effets visuel, Wolfzeit (chez nous, Le Temps du Loup) n'est pas que l'adaptation d'un scénario écrit par Michael Haneke lui-même mais s'inspire en fait davantage de La Völuspá (La Prophétie de la Voyante),un poème de la mythologie nordique dont l'auteur demeure inconnu.
Le spectateur aura beau chercher dès le générique d'ouverture le nom d'un quelconque compositeur, le film est à ce titre, d'une sécheresse exemplaire puisque Wolfzeit ne contient pas la moindre source musicale. C'est peut-être l'une des raisons pour lesquelles l’œuvre de l'autrichien n'a pas reçu l'accueil escompté. Pour celle-ci, mais également pour l'économie de moyens en terme d'action, le long-métrage reposant exclusivement sur l'interprétation.

Tourné sous la forme d'un huis-clos, il connecte dans un monde où l'homme bataille en permanence pour sa survie, des individus de toutes espèces réunis dans une gare de campagne dans l'attente d'un train qui ne viendra peut-être jamais. C'est là qu'ils sont rejoints par Anne et ses deux enfants après que l'époux de la jeune femme ait été tué alors que la famille tentait de rejoindre leur refuge situé en pleine campagne. A ce titre, l'ouverture de Wolfzeit reflète une certaine vision post-apocalyptique de l'un des plus traumatisants long-métrages de l'autrichien, Funny Games sorti six ans plus tôt en 1997. Où la vision toute personnelle de Michael Haneke d'un genre devenu à la mode depuis quelques années, le Home-invasion. De l'état d'urgence de sauver sa propre existence ainsi que celle de ses deux enfants, Anne parcourt en leur compagnie une campagne française que l'on situera à la périphérie de la capitale, jusqu'à trouver un refuge dominé par un Olivier Gourmet incarnant Koslowski, sorte de “général“ décidant arme au poing de la façon d'organiser la survie d'une “communauté“ sans cesse grandissante.

L’austérité dominant le projet comme cela est souvent le cas chez Michael Haneke, Wolfzeit souffre peut-être d'un rythme un peu faible en comparaison de ses travaux passés et à venir. L'oeuvre n'étant pas à la réjouissance d'un spectacle visuellement chargé en terme d'effets-spéciaux (à tel point que le cinéaste fait l'économie de maquillages en tuant un cheval pour de vrai), son œuvre est d'un point de vue divertissement, plutôt hermétique. Afin de signifier un univers chaotique, pessimiste et post-apocalyptique sans pour autant faire appel aux décors d'une cité intégralement détruite par un fléau, le cinéaste tourne son film dans les municipalités de Frankenau-Unterpullendorf et de Ebenfurth en Autriche. Choisissant la campagne plutôt que la ville, le cinéaste plonge une très grande partie du long-métrage dans une nuit profonde, sans étoiles et sans Lune, éclairée par quelques rares feux de camp lorsque ses interprètes ne sont pas simplement plongés dans une obscurité presque totale. Même la journée est parfois voilée. Une brume épaisse enveloppe le cadre, noyant tout ce qui autour du champ d'action des interprètes pourrait nous rappeler un quelconque signe d'une civilisation passée.
Si le casting demeure solide malgré les réserves émises plus tard par Michael Haneke sur certains de ses choix, aucun interprète ne se trouve réellement hissé au premier plan. Au regard de l'oeuvre toute entière de l'autrichien, Wolfzeit se révèle en effet parmi ses films les moins forts. Il n'en demeure pas moins une expérience de cinéma post-apocalyptique franco-germano-autrichien intéressante. Pour amateurs avertis...

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