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jeudi 30 juillet 2026

Les K d'or de Jérémy Ferrari (2026) ★★★★★★★☆☆☆

 


 

 

De son vrai nom Jérémy Larzillière,Jérémy Ferrari s'est fait connaître du grand public grâce à l'émission de Laurent Ruquier On n'demande qu'à en rire diffusée entre septembre 2010 et juillet 2014. Il aura sur se démarquer des autres humoristes grâce à sa causticité et un certaine prédisposition pour l'humour noir qu'il exerce à l'époque en traitant de sujets divers, tels l’extrémisme religieux, le handicap, le racisme ou la misogynie. Dès 2002, il enchaîne les spectacles sur scène seul ou à plusieurs, participe à un certain nombre d'émissions télévisées, écrit même pour d'autres humoristes, joue dans plusieurs téléfilms et séries télévisées et réalise son tout premier long-métrage en 2026 avec Les K d'or ! Film qu'il écrit en collaboration avec Saïd Belktibia (Ghettotube en 2015, 365 jours au Mali en 2021) et Clément Peny (Les bracelets rouges en 2020, Les survivants et Maestro en 2022). Après une bande-annonce plutôt moyenne qui décrit relativement mal le potentiel du film, Les K d'or sort en salle le 11 mars 2026. Après avoir réalisé le thriller Roqya dans lequel il confia l'un des principaux rôles à Jérémy Ferrari, Saïd Belktibia émet en compagnie de l'humoriste l'idée d'une comédie mettant en scène un protagoniste dont la mère assure que son père est l'ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi. Tandis que Saïd Belktibia avait au départ conçu l'idée de le mettre lui-même en scène, il propose finalement à Jérémy Ferrari de le réaliser à sa place. Envisageant de faire interpréter à l'humoriste Guillaume Bats l'un des trois principaux personnages, sa mort prématurée force son ami Jérémy Ferrari à revoir le script tout en incluant toujours un protagoniste affublé d'un handicap. Le rôle de Ryan sera finalement proposé à Eric Judor, la moitié du duo qu'il incarna avec Ramzy Bédia au temps de leur collaboration. Quant au personnage féminin de Zoulika, il est confié à l'actrice et humoriste Laura Felpin. Celle-ci incarne une jeune femme imprévisible et spontanée, ancienne radicalisée et qui vient tout juste de sortir d'un centre de réinsertion civique. Le concept de Les K d'or est simple : tandis que Noé (Jérémy Ferrari) compte bien retrouver l'or caché de celui que sa mère affirme être Mouammar Kadhafi, il entre en contact avec Zoulika qui d'après elle connaît un contact en Libye capable de le mettre en relation avec un certain Barberousse (Fred Testot)...


Mais avant de rencontrer l'homme en question, il va s'agir pour Noé et ses deux comparses de passer la douane mauritanienne avec une très forte somme d'argent. D'où la présence au sein du petit groupe de Ryan, jeune influenceur malvoyant auquel il va confier la garde de Tribord, un ''chien d'aveugle'' à trois pattes au dos duquel est fixé un harnais renfermant la somme de cinquante-mille euros ! De plus, Ryan a organisé cette année là un Marathon des Sables se déroulant justement au Sahel. De quoi faciliter le voyage sur place du trio... Considérant le ton habituel de Jérémy Ferrari en matière d'humour, fans et détracteurs continueront de s'écharper devant cette comédie qui reste tout à fait dans l'esprit provocateur de l'humoriste. Certains trouvant sans doute qu'il va encore une fois toujours trop loin tandis que les autres continueront de penser qu'il demeure actuellement l'un des rares à oser s'attaquer dans notre pays à des sujets qui frisent le politiquement incorrect. Alors, s'il est vrai que le premier long-métrage de Jérémy Ferrari n'est pas toujours très fin, Les K d'or est une véritable bouffée d'air frais dans un monde qui de plus en plus enferme la parole pour ne plus laisser s'exprimer que la bien-pensance. Sous ses allures de comédie parfois un peu beauf, l'humoriste, acteur, scénariste et réalisateur crie tout haut ce que certains n'osent même plus ne serait-ce que méditer intérieurement de peur qu'on ne lise dans leur pensées. Jérémy atomise le handicap (à travers Ryan mais également Virginie, la femme sans bras interprétée par Céline Groussard). Les réseaux sociaux (véhicule à mensonges pour influenceurs en mal de reconnaissance). Le terrorisme, la société dans sa globalité ou encore la cupidité... Notons enfin que Jérémy Ferrari a lui-même opté pour le collectif Hip-Hop Chinese Man originaire d'Aix-en-Provence qui pour la toute première fois participait ici à la conception d'une bande originale. En écoutant leur discographie, l'humoriste y a retrouvé tout ce qui lui semblait transpirer l'univers de son film. Matteo Di Stefano ainsi que le compositeur Matteo Locasciulli ont ainsi produit une très intéressante bande-son entre rap et musique orientale...

vendredi 13 février 2026

Classe moyenne d'Anthony Cordier (2025) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

En France, les comédies noires sont suffisamment rares pour faire l'objet de toute notre attention. Tandis que l'on attend le nouveau long-métrage de Jean-Christophe Meurisse qui en 2021 et 2024 a signé coup sur coup de joyaux de cynisme à travers Oranges sanguines et Les pistolets en plastique, en septembre 2025 il fallait se tourner vers le cinéma d'Anthony Cordier qui avec Classe moyenne allait comme on s'en doute traiter des différences de classes sociales. Mais dans le cas de cette comédie écrite aux côtés de Jean-Alain Laban, de Steven Mitz et de Julie Peyr, pas question de prendre parti pour les uns ou pour les autres membres des deux familles qui vont s'affronter dans ce véritable jeu de massacre. D'un côté, les Trousselard/De Préville. Une famille de bourgeois de classe supérieure définie à travers son langage châtié, son niveau de vie (la demeure où se déroule l'intrigue n'étant que la résidence secondaire du couple et de leur fille), ses références culturelles ou encore ses différentes professions. Philippe étant un très grand avocat, Laurence, une actrice célèbre et leur fille Garance ayant pour objectif de suivre les traces de sa mère. Du côté des Azizi, l'on descend d'un cran social pour se retrouver face à une famille de type classe ouvrière. Au service des Trousselard/De Préville qui se trouvent donc être leurs employeurs, Nadine et Tony vivent grassement de leur ''générosité'' en profitant d'une habitation mitoyenne à longueur d'année alors qu'il ne travaillent vraiment pour eux que trois mois par an. Autant de temps à devoir se plier à leurs exigences. Comme de déboucher une canalisation. Acte qui va contribuer à concentrer toutes les frustrations de Tony et de son épouse qui vivent avec leur fille Marylou. Du côté des Trousselard/De Préville l'on retrouve Laurent Lafitte et Elodie Bouchez, ici parents de Noée Abita qui incarne donc leur fille Garance. Face à eux, Ramzy Bedia et Laure Calamy incarnent alors ce coupe d'employés engagés au black pour un salaire n'égalant même pas celui du SMIC ! Accompagnés de leur fille Marylou qu'interprète la jeune Mahia Zrouki, ils vont mener une guerre face à ce couple qui l'exploite depuis plus de six ans...


Pas une seule fiche de salaire mais des mandats que Nadine a scrupuleusement conservé durant toutes ces années. Au cas où... Notons enfin la présence de l'acteur Sami Outalbali qui dans le rôle de Mehdi El Glaoui, le nouveau petit ami de garance, va se porter volontaire pour négocier auprès des Azizi une somme d'argent qui devrait éviter aux Trousselard/De Préville de se retrouver au tribunal. Car le problème est bien là. Alors que Tony a débarqué ivre un soir chez ses employeurs afin de leur dire leurs quatre vérités, ces derniers ont décidé de les virer lui et sa petite famille. Pourtant, rien ne sera aussi simple et les deux familles vont se battre chacune pour leurs ''droits''... Classe moyenne est une farce. Plus ou moins jouissive d'ailleurs. Dans un contexte de mépris de classe qui vaut autant pour les uns que pour les autres des personnages qui évoluent au sein des tensions, Anthony Cordier semble n'avoir pas voulu choisir vers quel bord se pencher. Les deux familles placées au premier plan de ce récit parfois ubuesque peuvent être vues comme vivant en symbiose. En une harmonie qui peut tout d'abord être vue comme parfaite (les Trousselard/De Préville n'ayant pas à se salir les mains en effectuant les tâches ingrates tandis que les Azizi profitent gratuitement d'une habitation pour laquelle ils ne payent donc aucun loyer), le long-métrage montre surtout que les apparences sont trompeuses et que même si d'emblée et de part leur position sociale les Trousselard/De Préville peuvent être vus comme des ogres dévorant les petites gens, les Azizi ont assez de jugeote et de clairvoyance pour avoir prévu très en amont ce qui pouvait advenir d'eux au moindre problème rencontré avec leurs employeurs... Ici, chaque interprète est à sa place au point que l'on n'imagine mal que Laurent Lafitte et Ramzy Bédia ou Élodie Bouchez et Laure Calamy aient pu échanger leur rôle. L'on appréciera le jeu d'acteur de toutes et tous et le soin apporté aux dialogues. Et si même l'on aurait pu espérer que le jeu de massacre aille encore plus loin dans la folie et la dérision, Classe moyenne reste un excellent exemple de comédie noire à la française...

 

mercredi 10 décembre 2025

Vibraciones de Miguel Martí et Alberto Ros (2014) - ★★★★★★★☆☆☆ & Behind d'Angel Gómez Hernández (2016) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Nous retrouvons pour la troisième fois l'actrice espagnole Macarena Gómez pour un duo de courts-métrages réalisés en 2014 et 2016 et pour commencer l'on s'éloigne drastiquement des climats pesants et épouvantables des précédents pour un peu plus de légèreté. Ça n'était pourtant pas forcément gagné d'avance puisque les réalisateurs Miguel Martí et Alberto Ros signent avec Vibraciones l'adaptation quelque peu délirante d'un certain type de faits-divers qui pullulent dans les affaires criminelles et judiciaires. Les deux hommes traitent sur la base d'un scénario écrit par le second d'un couple qui fête son anniversaire de mariage et durant lequel l'épouse, incarnée par Macarena Gómez reçoit en cadeau un vibromasseur. Un sex-toy à leds et qui tourne sur sa base. Un cadeau qui semble cependant déplaire à la jeune femme mais que son époux Ivan (Juan Carlos Vellido) lui a offert afin de mettre selon lui, ''un peu de piment'' dans leur vie sexuelle. Fin du dîner, Cris laisse son mari seul à table avec la cravate qu'elle lui a offerte ! La nuit venue, à trois heure et quarante minutes, Ivan se réveille et constate que Cris n'est plus dans le lit. En penchant l'oreille, il entend cependant sa femme pousser ses râles de plaisir dans la salle de bain. Satisfait de voir qu'elle a finalement accepter de profiter de son cadeau, l'époux se rendort jusqu'au petit matin... Alors que tout semble être rentré dans l'ordre, Vibraciones prend une nouvelle tournure lorsque les relations entre les deux personnages sont quasiment rompus. Macarena Gómez et Juan Carlos Vellido incarnent un couple en rupture et séparé par un amant d'un nouveau genre : un vibromasseur !!! Introduit en outre par le mari lui-même ! Un comble. D'autant plus que l'objet va réellement prendre le titre d'amant puisque la jeune femme s’absentera le soir sans donner de raisons particulières et se comportera de manière fort violente dès qu'Ivan tentera de lui enlever des mains son précieux ''compagnon''. Traité sous le ton de l'humour noir, Vibraciones va droit au but en seulement douze minutes. Pas le temps de tergiverser sur les ravages du couple ou sur la caractérisation des personnages que les deux réalisateurs mettent en scène avec suffisamment de talent pour que l'on n'ait pas à regretté qu'ils aient pris le temps d'approfondir leur psychologie afin de les rendre ou non attachants. Le principal intérêt étant ici de s'être emparé du sujet du triangle amoureux et de l'affaire criminelle pour les détourner sur un ton hautement cocasse. Une réussite...





Passons maintenant à Behind du réalisateur et scénariste espagnol Angel Gómez Hernández. Un drame de quinze minutes mettant une fois de plus en scène l'actrice Macarena Gómez qui cette fois-ci est d'abord confrontée à un ex-mari qui veut absolument récupérer la garde de leur fille et l'emmener vivre avec lui et sa nouvelle compagne en Allemagne. On ne sait pas grand chose sur cet ancien couple ni pour quelle raison Arianne et Samuel (Javier Botet) se sont séparés. Mais un détail vient plus ou moins apporter une réponse à cette question. Même si cela n'est pas très clairement visible à l'écran, la jeune femme serait alcoolique et n'aurait jamais vraiment cessé de boire. L'intrigue prend une tournure inhabituelle lorsque apparaît à l'écran Leonor, une vieille dame incarnée par l'actrice Lone Fleming et qui affirme qu'un homme suit Arianne de très près. Après que celle-ci lui ait confié un vieil appareil censé prendre en photo la silhouette de celui qu'elle prétend suivre la jeune femme, Arianne rentre chez elle. Le soir-même, elle sent une présence. Persuadée que quelqu'un veut s'en prendre à sa fille, elle décide d'utiliser l'appareil-photo... Tandis que Behind démarre comme un drame familial classique opposant une femme et son ex-mari s'agissant de la garde de leur fille, le court-métrage d'Angel Gómez Hernández vire ensuite au cauchemar en reprenant certains codes du cinéma d'épouvante propre au film de fantômes. Tout en tendant à faire passer son héroïne pour une paranoïaque qui imagine des faits que rien ne vient véritablement corroborer. Qui d'autre à part elle a par exemple aperçu la vieille dame ? Behind tourne également autour de l'obsession d'une mère s'agissant de perdre ou non la garde de sa fille, développant chez elle une peur panique qui prendra forme lors de la conclusion. Dans le rôle de l'ex-mari l'on retrouve donc l'acteur Javier Botet, devenu célèbre au moment d'incarner l'effrayante Niña Medeiros lors de l'effrayant final de [●REC] de Jaume Balagueró et Paco Plaza en 2008. Atteint du Syndrome de Marfan lui permettant d'incarner ponctuellement d'abominables créatures au cinéma, son apparence très particulière est une fois de plus mise à contribution lors de la dernière séquence du court-métrage. Behind aurait pu être passionnant en traitant de ses multiples sujets mais sa courte durée contraint le cinéaste espagnol à réduire chaque étape à sa partie congrue. Reste l'incarnation toujours impeccable de Macarena Gómez en mère solitaire rivée à son enfant...

 

dimanche 12 octobre 2025

Dark Horse de Todd Solondz (2011) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Après avoir lu le commentaire d'un olibrius visiblement peut en accord avec l'humour que j'essaie de disperser ça et là dans mes articles, j'ai pensé un moment à m'auto-censurer avant de me dire qu'il pouvait finalement aller se faire enc... (Mouarf!). La bien-pensance ne faisant pas partie de mon catalogue intellectuel et n'ayant pas pour habitude de me justifier auprès d'un inconnu, mon nouveau choix de film s'est étrangement porté sur l'antépénultième long-métrage de Todd Solondz. Personnage sans doute aussi cynique que la majorité de ses personnages et dont j'avais déjà découvert une grande majorité des œuvres dès l'apparition chez nous du génial Welcome to the Dollhouse voilà trente ans... Alors qu'il aura fallut attendre une décennie entière pour profiter de son prochain film (Love Child, lequel est pour l'instant en pré-production), Dark Horse se positionne entre le tristounet Life During Wartime (dont j'avais patiemment mais aussi très durement attendu la sortie puisqu'il s'agissait de la suite de l'excellent Happiness) et le sympathique Wiener-Dog sorti voilà maintenant neuf ans ! Depuis ? Rien ! Tel un dealer aux abonnés absents, Todd Solondz n'est pas venu fournir ses fans en ''came'' depuis trop longtemps. C'est pourquoi, la moindre occasion de mettre la main sur l'une ou l'autre de ses œuvres est importante. Sans doute pas vitale, mais importante malgré tout... Dans l'univers des courses hippiques, l'on considère un ''cheval noir'' comme un outsider. Une bête prometteuse mais qui doit tout d'abord faire ses preuves... Et ceci est un peu l'objet de Dark Horse dans lequel l'acteur ventripotent Jordan Gelber incarne le personnage de Abe, fils d'une bonne famille engagé dans l'entreprise de son père, Jackie (interprété par le génial Christopher Walken). Sa mère, Phyllis (l'actrice Mia Farrow) est très proche de lui, le cocoone et s'avère très attentive au confort de son fils. Abe ? Un raté à vrai dire. Qui n'a jamais terminé ses études, n'a pas de diplômes et vit tel un ''Tanguy'' dans l'ombre de son frère Richard (Justin Bartha) qui au contraire a réussi et est devenu médecin... Pourtant, une éclaircie semble se profiler dans l'existence de ce quadragénaire qui vit encore chez Papa-Maman mais n'en branle pas une au travail. Pourtant compréhensif, son père ne lui demande pas grand chose : juste de lui fournir des feuilles de calcul, ça n'est quand même pas la mer à boire, hum ?


Bref, Jordan Gelber incarne un être immature, fainéant et pourtant sûr d'être indispensable... L'univers de Dark Horse est proche de celui de bon nombre de longs-métrages réalisés par John Waters. L'Amérique rêvée des années cinquante transposée dans le présent. Couleurs chatoyantes et personnages parfois rétros, le film est également pour notre héros l'occasion de faire la rencontre avec une très jolie brune en la personne de Miranda (délicieuse Selma Blair). Sa carrière d'écrivain ayant échoué, tout comme sa relation avec son ex petit ami Mahmoud (Aasif Mandvi) n'a pas tenu sur la durée, la jeune femme accepte de nouer une relation avec Abe. Malgré certaines réticences sur lesquelles aime d'ailleurs à s'appuyer Todd Solondz. Sans énumérer précisément ces dernières, le cinéaste parvient malgré tout à nous éclairer sur ce qui peut se passer dans la tête d'une jolie fille pas très bien dans sa tête et dans son corps au contact d'un type pas franchement séduisant et un peu bêta ! Comme toujours chez Todd Solondz perce au delà de l'humour noir des thèmes beaucoup plus graves. Voire sombres... Lorsqu'il évoque notamment et une fois encore la maladie. Ici, une hépatite B qui empêche littéralement Miranda de vivre pleinement son existence. Comme toujours, les personnages dans leur globalité trahissent des failles. Du côté des parents d'Abe, rien ne semble être plus approprié que de suivre les recommandations des psychiatres et ainsi de se bourrer de médicaments. Ce qui explique sans doute le jeu aussi savoureux que léthargique de Christopher Walken ! En jeune femme dépressive et peu sûre d'elle, Selma Blair est touchante. Et ça n'est pas seulement parce que son personnage dégage un fort et étrange pouvoir de séduction que l'on aimerait la prendre dans nos bras. Notons que Dark Horse prend parfois des chemins de travers très curieux. Surtout lorsque Abe croise régulièrement et de manière fort inattendue sur sa route, Marie (Donna Murphy). Secrétaire de son père qui apprécie particulièrement le fils, celle-ci débarque inopinément avant que l'on ne comprenne qu'elle fait l'objet de ''fantasmes''ou de crises de ''schizophrénie'' de la part de notre quadragénaire ! Là encore, Todd Solondz s'amuse des ''travers'' sexuels en transformant une femme d'âge mûr plutôt discrète en une couguar avide de jeunes hommes... Bref, avec Dark Horse, Todd Solondz nous rassurait sur sa capacité à remonter la pente après le semi-échec Life During Wartime. Les fans du cinéaste apprécieront...

 

mercredi 16 août 2023

L'employée du mois de Véronique Jadin (2021) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

L'employée du mois de Véronique Jadin avait tout pour être un ''grand petit film''. Des origines belges et un sujet pas vraiment neuf mais qui permet généralement de savoureuses situations. De celles dont s'abreuvent celles et ceux qui en ont marre de bosser depuis des décennies dans la même boite tout en ne bénéficiant jamais de la moindre reconnaissance. C'est un peu ce qui arrive à l'héroïne de ce long-métrage dont la principale qualité est sa courte durée. Une heure, quatorze minutes et une poignée de secondes ! Ce qui au vu du résultat est très largement suffisant. Que peut-on ou que doit-on attendre de ce genre de proposition ? Une succession de meurtres gratinés. Des punchlines qui défrisent. Bref, le genre de choses auxquelles l'on n'ose généralement pas rêver s'adonner soit-même histoire de ne pas se retrouver à pointer au chômage ou finir entre les quatre murs d'une cellule de prison. Mais cette petite gâterie que prétend être L'employée du mois est d'un goût douteux. Sans presque aucune saveur, d'une linéarité et d'un attentisme qui frisent littéralement l'ennui. Confié à Rémy Belvaux, André Bonzel, Benoît Poelvoorde et un certain nombre de leurs compatriotes, le scénario et la mise en scène auraient fait des merveilles. Le problème avec Véronique Jadin, c'est qu'elle retient chacun des coups qu'elle porte à celles et ceux que l'on considérera immédiatement comme faisant partie des antagonistes. De la patronne de société de vente de produits d'entretien (l'actrice Laurence Bibot) jusqu'au supérieur direct de l'héroïne (Peter Van den Begin dans le rôle de Patrick) en passant par un duo de personnages totalement inutiles et surtout, le beauf de service interprété par le ''sosie'' de l'acteur britannique Hugh Grant, Alex Vizorek (dans le rôle de Nico). L'héroïne, prénommée Inès, est quant à elle interprétée par l'actrice Jasmina Douieb qui dans la journée de galère qui se profile sera ''assistée'' par la stagiaire Melody qu'incarne Lætitia Mampaka. L'exercice faisant forcément appel aux grandes lignes du machisme et de la misogynie d'où découlent en premier lieu les inégalités salariales, L'employée du mois cultive tout d'abord l'idée d'un rabaissement systématiquement de la femme à laquelle échoit les tâches les plus ingrates : préparer le café, changer les rouleaux de papier-toilette, etc...


Mais aussi parfois dans certaines circonstances comme celle-ci, l'essentiel du travail qu'Inès abat à elle-seule sans jamais pouvoir rien attendre en retour. C'est alors que survient l'accident. Patrick meurt dans d'ubuesques, accidentelles et sanguinaires circonstances. Et comme Melody et Inès imaginent qu'elles seront les premières à être suspectées, elles choisissent de faire disparaître le corps ! Pour en arriver là, il va falloir patienter vingt-cinq longues, très longues minutes. Soit, un tiers du long-métrage. Cela peut paraître insignifiant mais malgré tout, le sentiment d'avoir perdu son temps devant les épisodes les plus pénibles de la série télévisée Caméra café est des plus concret. Une impression qui se généralise même lorsque interviennent les situations censées donner au film son cachet de comédie noire. Toute tentative est ici vouée à l'échec en raison d'un rythme en total diapason avec le vain projet de transformer une situation déjà désespérée en descente aux enfers prônant malgré tout le burlesque. L'employée du mois situe la totalité de son action dans les locaux d'une petites entreprises peuplée d'individus tous plus exécrables les uns que les autres. Réalisé mais également écrit par Véronique Jadin qui s'adjoint pour l'occasion les services de la scénariste belge Nina Vanspranghe (qui à son actif n'a pour l'instant que l'écriture du court-métrage d'Aude Verbiguié, Stay Quiet Please et cinq épisode de la série Plus belle la vie), L'employée du mois rate complètement l'objectif que ses auteurs semblaient pourtant ambitionner de lui offrir. L'humour grinçant est abandonné au profit d'un récit soporifique et dénué de tout tempo et de toute originalité. De la pâlotte mise en scène découle une interprétation mollassonne. Les enjeux sont pourtant nombreux. De l'arrivée d'une inspectrice du fisc (Ingrid Heiderscheidt dans le rôle de Van Duyne) jusqu'aux meurtres dont l'un, au moins, n'est pourtant absolument pas justifié, en passant par les diverses mises en situation (les employés passant et repassant sans cesse à proximité du lieu du crime), la promesse de passer un moment de franche rigolade tombe malheureusement à l'eau !

 

mercredi 28 juin 2023

Tone Deaf de Richard Bates Jr. (2019) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Pour beaucoup, un bon film demeure encore celui qui fait le plus d'entrée, rapporte le plus de pognon et est adoubé par des critiques et des magasines qui ne demeurent pourtant pas précisément des spécialistes du septième art. Chaque fois que l'occasion se présente, je me remémore cette intense séquence d'une ancienne émission animée par Jean-Marc Morandini lors de laquelle l'excellent Alexandre Astier donnait son opinion sur la télé-réalité tandis qu'une invitée botoxée jusqu'aux bout des ongles, le cheveu sur la langue et le quotient intellectuel en berne, lui rétorquait : '' Vous avez vu le, le, le nombre de téléchepectateurs qui regardent ?'' Une question imparable à laquelle répondait ainsi et avec intelligence, sans un brin d'animosité, mais tout de même un peu d'ironie l'invité de marque : '' Mais je vous félicite... Mais pour répondre à la question de Jean-Marc, je trouve que c'est grave...'' Etc, etc, etc... Bon, et alors, quel rapport avec le film dont il est question ici ? Et bien, en dehors du fait que la valeur d'une œuvre ne repose pas uniquement, ni dans un cas, ni dans l'autre, que sur le nombre d'adeptes, de followers ou de billets verts qu'elle rapporte, il devient en réalité très difficile de démêler le bon grain de l'ivraie. Et ça n'est jamais plus plausible que lorsque l'on prend pour exemple n'importe quel Nanar. Jamais aucun fan pur et dur du genre n'osera avouer que le genre ne fait qu'abriter de très mauvais films. Et pourtant, tel est bien le cas si l'on y relève certains critères qui ailleurs et à d'autres occasions permettent à de supposés chefs-d’œuvre, classiques ou films cultes de faire partie de catégories nettement plus prestigieuses. Tout cela pour évoquer Tone Deaf du réalisateur, scénariste et producteur américain Richard Bates Jr. qui jusque là et en quinze ans de carrière n'a tourné qu'un court et cinq longs-métrages. Une œuvre piètrement estimée par les amateurs d'épouvante et d'horreur, sans doute trop classique dans sa forme et relativement vide dans le fond. Et il est vrai que d'une certaine manière, l'auteur de Excision ou de Trash Fire ne s'est pas trop foulé, régurgitant ainsi l'éternel conflit qui oppose la campagne conservatrice à cette jeunesse dorée,bobo et arrogante pour qui traverser certains territoires est synonyme d'expédition en des terres peuplées de culs-terreux arriérés !


Le titre du quatrième long-métrage de Richard Bates Jr. se reporte à l'absence d'oreille musicale de l'héroïne prénommée Olive et interprétée par l'actrice Amanda Crew. Une jeune et jolie femme a qui tout semble réussir jusqu'au jour où elle perd son boulot et se sépare de son compagnon. C'est sur les conseils d'une amie et ancienne collègue de travail qu'Olive décide de changer d'air et de louer pour quelques jours une superbe propriété appartenant à un certain Harvey. Un vieil homme, veuf depuis peu, victime de cauchemars étranges mais aussi et surtout,désireux de concrétiser un drôle de rêve avant de mourir : commettre un meurtre. Incarné par un Robert Patrick (Terminator 2, The Faculty) qui en prenant de la bouteille apparaît physiquement de plus en plus flippant, ce dernier nourrit une rancœur vis à vis de la société en s'adressant directement à la caméra comme s'il en voulait à la terre entière. Richard Bates Jr. développe certaines idées fort intéressantes comme ces rares séquences de cauchemars lors desquelles notre psychopathe en puissante et en devenir se retrouve confronté à des individus entièrement peints en bleu ou l'étrange relation à distance que nouent Olive et sa mère Crystal (Kim Delaney). Peuplé de personnages secondaires qu'abandonne pourtant en court de route le réalisateur, le film se concentre donc essentiellement sur la jeune femme et son futur bourreau. Un type capable de se soucier des manigances d'un client de bar vis à vis d'Olive tout en ayant le projet de tuer celle-ci après s'être entraîné sur d'autres individus. Robert Patrick apporte beaucoup à ce long-métrage qui cherche autant à séduire les amateurs d'humour noir que d'épouvante. L'acteur incarne un sociopathe froid dont la présence à l'écran contrebalance avec la superficialité du personnage interprété par Amanda Crew. Le réalisateur et scénariste a beau vouloir développer cette dernière à travers la complexe relation qu'elle entretient à distance avec sa mère où l'évocation du suicide paternel (l'acteur Ray Wise dans le rôle de Michael), Robert Patrick porte seul le film sur ses épaules tandis que Richard Bates Jr. tente de cultiver un certain malaise autour de ces seconds-rôles qui gravitent temporairement autour de l'héroïne. Méritant nettement mieux que les critiques qui généralement dénigrent le long-métrage, Tone Deaf est un sympathique petit film d'horreur agrémenté de quelques visions et scènes gore plus ou moins fulgurantes...

 

samedi 13 août 2022

Ventajas de Viajar en Tren de Aritz Moreno (2019) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Ventajas de Viajar en Tren de Aritz Moreno est une expérience assez particulière et en tout les cas, très proche de celle vécue il il y a une bonne quinzaine d'années avec le Taxidermia du réalisateur et scénariste hongrois György Pálfi. Tout comme ce dernier, l'espagnol aborde son œuvre sous la forme d'un film à sketchs ou du moins, par l'entremise d'actes multiples progressant plus ou moins dans un même cadre. Bien qu'étant moins rude qu'il n'y paraît parfois, Ventajas de Viajar en Tren comblera davantage l'appétit des amateurs de bizarreries que les purs esprits ivres de poésie. Il faut dire que Aritz Moreno n'a pas la langue dans sa poche et son scénariste le stylo tremblant lorsqu'il s'agit de décrire à travers divers tableaux la déliquescence de notre civilisation. Une société au bord du gouffre. Abordant l'amour, la passion, le sexe et diverses petites gourmandises plus ou moins appétissantes sous un angle extrêmement cynique, le réalisateur espagnol construit un château de cartes qui ne décharge aucun des personnages de ses responsabilités. Si dans le cas de Ventajas de Viajar en Tren les amours chiennes n'entretiennent aucun rapport avec le chef-d’œuvre éponyme réalisé en 2000 par le mexicain Alejandro González Iñárritu, c'est moins pour son approche du récit et du montage que pour son propos qui est parfois directement lié à l'évocation que suscite un tel discours. Bousculant le concept du film à sketchs dans lequel chaque histoire n'a de lien avec les autres qu'à travers l'interlude qui les unies, chaque segment de Ventajas de Viajar en Tren entretient au contraire un lien important avec les autres, et notamment entre ses personnages. Ou du moins, celui qu'interprète l'actrice espagnole Pilar Castro qui dans la peau de Helga Pato va passer par différentes étapes dont les plus marquantes se situeront sans doute lors du second acte. Une étape douloureuse, initiatique et dérangeante lors de laquelle son personnage passera du statut de femme à celui de chienne, comme en témoignera à titre d'exemple le collier que son compagnon d'alors lui offrira avant de lui imposer de le porter en permanence. Vous êtes déjà troublé ? Vous n’imaginez alors pas ce qui va se produire par la suite. Car Ventajas de Viajar en Tren dresse un portrait amer de notre société. Des dérives qui en découlent et de cette déshumanisation qui menace de s'en prendre à quiconque n'aura pas pris soin de se mettre à l'abri des influences extérieures...


Ce film point trop avare dans sa durée (près de cent-cinq minutes) décortique l'âme humaine mais ne s'y attaque pas tout d'abord de manière trop frontale. S'ouvrant sur la personnalité d'un médecin-psychiatre (Ernesto Alterio dans le rôe d'Ángel Sanagustín) se confiant à la passagère d'un train (Helga Pato, donc) au sujet d'un patient atteint de schizophrénie (Luis ''Malveillance de Jaume Balagueró'' Tosar dans le rôle de Martín Urales de Úbeda), ce premier acte est, disons, sans doute le plus divertissant dans ce qu'il a de fantasmagorique à offrir. Une mise en bouche qui manque peut-être d'un surcroît de folie mais qui aura au moins le mérite de maintenir l'intérêt du public jusqu'à sa conclusion et jusqu'à l'ouverture du second chapitre. Un second acte dont la noirceur et le jusqu’au-boutisme ne doit pas faire oublier que ce qui y est décrit s'avère relativement réaliste bien qu'abordé de manière allégorique. Aritz Moreno et son scénariste Javier Gullón lâchent du lest et rendent à la nouvelle de l'écrivain Antonio Orejudo Utrilla tous les honneurs qui lui sont dus. En effet, le second acte n'y allant pas avec le dos de la cuillère, celui-ci décrit avec une certaine application comment une femme amoureuse et passionnée découvre le sordide projet de son compagnon sans pourtant pouvoir rien y faire. D'abord amusant, cet acte diffuse un parfum de malaise qui ne s'évaporera que grâce à l'apparente douceur de l'acte qui prendra ensuite la relève. Ce récit entre une ''boiteuse'' et un homme entièrement harnaché d'armatures de métal délivre cette même poésie typique du cinéma du Jean-Pierre Jeunet du début du vingt et unième siècle (Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain) mais offre surtout une vision faussée de l'amour et du sexe à laquelle est désormais confrontée notre jeunesse nourrie à l'Internet, aux réseaux sociaux et aux sites pornographiques. Sous ses airs de délire trash où l'exploitation des enfants, le complotisme, la zoophilie et la pornographie côtoient l'amour, la passion et la poésie, Ventajas de Viajar en Tren fait mouche. D'autant plus que l'approche visuelle et esthétique de l'ensemble des décors et environnements s'avère souvent remarquable. Comme un mille-feuille constitué de couches successives délicieusement irrévérencieuses, l’œuvre de Aritz Moreno est une excellente surprise dans lequel l'inconfort se mêle à un humour à froid particulièrement réjouissant... Viva España !!!

 

samedi 5 mars 2022

A table ! Barbaque - ★★★★★★★★☆☆ de Fabrice Eboué & Fresh - ★★★★★★★☆☆☆ de Mimi Cave

 


 

Aujourd'hui, deux films pour le prix d'un seul ! D'un côté, Barbaque de l'acteur et humoriste français Fabrice Eboué. De l'autre, Fresh de l'américaine Mimi Cave. Un homme et une femme pour deux visions pratiquement similaires du cannibalisme. Ou plutôt, de l'anthropophagie puisque si le premier n'est pas spécifique à l'homme (tout animal se nourrissant d'un individu de son espèce pouvant être décrit ainsi), la seconde lui est propre. Si dans certaines cultures nous différencierons l'endocannibalisme de l'exocannibalisme (le premier agissant sur la consommation de viande humaine au sein d'un même groupe social tandis que le second se réfère à son ingestion envers des individus provenant de groupes différents), les deux réalisateurs s'intéressent ici davantage aux implications financières que permet parfois d'obtenir cette pratique qui dans les cas présents, permet de gagner beaucoup d'argent. Ici, même si la question de la déviance se pose dans Fresh puisque ses consommateurs savent ce qu'ils ont en bouche, avec Barbaque, c'est déjà une tout autre histoire. En effet, chez Fabrice Eboué (qui interprète en outre l'un des deux principaux personnages aux côté de l'ancienne membre de la troupe Les Robins des Bois, Marina Foïs), il est surtout question de survie. Propriétaires d'une boucherie à l'agonie, victimes des exactions d'une bande de Vegans agressifs (le véganisme dont l'éthique repose en partie sur le refus d'exploiter les animaux pour leur viande) qui s'en prendront tout d'abord à leur commerce, Sophie et Vincent vont faire le commerce de viande humaine après que la première ait mis en vente par accident un végan que Vincent à renversé plut tôt en voiture et qu'il vient de transformer en jambon afin de s'en débarrasser. Steve (Sebastian Stan), lui, fait le commerce de viande humaine pour une raison simple : l'argent. Ce chirurgien-plasticien, marié et propriétaire d'une luxueuse demeure dans laquelle il enferme de jeunes victimes qu'il engraisse, propose à de riches clients de s'offrir des ''colis'' d'un genre très particulier et renfermant diverses parties de corps humains qu'ils pourront cuisiner à leur guise. La principale différence entre Barbaque et Fresh se situe au niveau de la conscience ou de l'ignorance des consommateurs. Dans le premier cas, celles et ceux qui se bousculent à l'entrée de la boucherie ne savent pas ce qu'ils achètent. Du moins croient-ils acquérir une viande porcine originaire d'Iran !!!
Alors que dans le cas de Fresh, les clients savent très exactement de quoi retournent les mets fins et délicats dont les approvisionne Steve contre d'importantes sommes d'argent. Sur un ton où se mêlent ruptures de ton et cynisme, l'un et l'autre des réalisateurs se jouent en outre de la tournure que prend parfois notre société. De cet hygiénisme crasse et liberticide de plus en plus prégnant dont sont à l'origine une poignée d’irréductibles mais qui semble devoir toucher toutes les couches de la société. Barbaque offre une solution finale et définitive qui ne devrait logiquement pas déplaire aux végans puisque est éludée la question animale et qu'y est évoquée l'idée de guérir le mal par le mal en exploitant non plus nos animaux d'élevage mais ceux-là même qui mettent en jeu leur intégration physique ! Surtout, Fabrice Eboué s'offre une porte d'entrée qu'il défonce avec un luxe de cruauté qui ravira les spécistes tout en choquant sans doute les pro-végans les plus radicaux. L'acteur-réalisateur définit une frontière qui demeure au fond très fragile entre végans radicaux et modérés en la personne du gendre dont l'opinion forcée est très rapidement contrecarrée par une attitude extrémiste qui fait froid dans le dos. Par son esthétisme tour à tour clinique et chaleureux, Fresh se dresse en porte-drapeau d'un nouveau mode de consommation dont les réseaux semblent ne pas devoir s'étendre au delà des sphères où la haute société dévore les petites gens. Produit de luxe de ce côté-ci de l'Atlantique, de part chez nous, il signifie sans doute cette nécessité de survivre en cas de famine comme cela peut arriver dans certains cas de crises. L'intervention de Christophe Hondelatte à la manière de l'excellente émission Faites entrer l'accusé est un pur régal et le film absolument jouissif dans son absence presque totale de morale. L'anti-véganisme de Fabrice Eboué transpire à grosses gouttes pour le plaisir des mangeurs de viande et pour le désarroi des végans et des antispécistes. Sur un ton beaucoup moins survolté, au message déjà moins clair et au caractère moins frontal, Mimi Cave signe une œuvre plutôt classe où la gastronomie tient une place importante si tant est qu'elle puisse être d'un goût douteux. À choisir entre l'un et l'autre, Barbaque est plus direct et irrévérencieux tandis que Fresh laisse un goût de déjà-vu. De ces films de séquestration auquel la réalisatrice ajoute le thème de l'anthropophagie. Mais au fond, pourquoi choisir et ne pas... déguster les deux ?

 

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