En France, les comédies
noires sont suffisamment rares pour faire l'objet de toute notre
attention. Tandis que l'on attend le nouveau long-métrage de
Jean-Christophe Meurisse qui en 2021 et 2024 a signé coup sur coup
de joyaux de cynisme à travers Oranges sanguines
et Les pistolets en plastique,
en septembre 2025 il fallait se tourner vers le cinéma d'Anthony
Cordier qui avec Classe moyenne
allait comme on s'en doute traiter des différences de classes
sociales. Mais dans le cas de cette comédie écrite aux côtés de
Jean-Alain Laban, de Steven Mitz et de Julie Peyr, pas question de
prendre parti pour les uns ou pour les autres membres des deux
familles qui vont s'affronter dans ce véritable jeu de massacre.
D'un côté, les Trousselard/De Préville. Une famille de bourgeois
de classe supérieure définie à travers son langage châtié, son
niveau de vie (la demeure où se déroule l'intrigue n'étant que la
résidence secondaire du couple et de leur fille), ses références
culturelles ou encore ses différentes professions. Philippe étant
un très grand avocat, Laurence, une actrice célèbre et leur fille
Garance ayant pour objectif de suivre les traces de sa mère. Du côté
des Azizi, l'on descend d'un cran social pour se retrouver face à
une famille de type classe ouvrière. Au service des Trousselard/De
Préville qui se trouvent donc être leurs employeurs, Nadine et Tony
vivent grassement de leur ''générosité'' en profitant d'une
habitation mitoyenne à longueur d'année alors qu'il ne travaillent
vraiment pour eux que trois mois par an. Autant de temps à devoir se
plier à leurs exigences. Comme de déboucher une canalisation. Acte
qui va contribuer à concentrer toutes les frustrations de Tony et de
son épouse qui vivent avec leur fille Marylou. Du côté des
Trousselard/De Préville l'on retrouve Laurent Lafitte et Elodie
Bouchez, ici parents de Noée Abita qui incarne donc leur fille
Garance. Face à eux, Ramzy Bedia et Laure Calamy incarnent alors ce
coupe d'employés engagés au black pour un salaire n'égalant même
pas celui du SMIC ! Accompagnés de leur fille Marylou
qu'interprète la jeune Mahia Zrouki, ils vont mener une guerre face
à ce couple qui l'exploite depuis plus de six ans...
Pas
une seule fiche de salaire mais des mandats que Nadine a
scrupuleusement conservé durant toutes ces années. Au cas où...
Notons enfin la présence de l'acteur Sami Outalbali qui dans le rôle
de Mehdi El Glaoui, le nouveau petit ami de garance, va se porter
volontaire pour négocier auprès des Azizi une somme d'argent qui
devrait éviter aux Trousselard/De Préville de se retrouver au
tribunal. Car le problème est bien là. Alors que Tony a débarqué
ivre un soir chez ses employeurs afin de leur dire leurs quatre
vérités, ces derniers ont décidé de les virer lui et sa petite
famille. Pourtant, rien ne sera aussi simple et les deux familles
vont se battre chacune pour leurs ''droits''... Classe
moyenne
est une farce. Plus ou moins jouissive d'ailleurs. Dans un contexte
de mépris de classe qui vaut autant pour les uns que pour les autres
des personnages qui évoluent au sein des tensions, Anthony Cordier
semble n'avoir pas voulu choisir vers quel bord se pencher. Les deux
familles placées au premier plan de ce récit parfois ubuesque
peuvent être vues comme vivant en symbiose. En une harmonie qui peut
tout d'abord être vue comme parfaite (les Trousselard/De Préville
n'ayant pas à se salir les mains en effectuant les tâches ingrates
tandis que les Azizi profitent gratuitement d'une habitation pour
laquelle ils ne payent donc aucun loyer), le long-métrage montre
surtout que les apparences sont trompeuses et que même si d'emblée
et de part leur position sociale les Trousselard/De Préville peuvent
être vus comme des ogres dévorant les petites gens, les Azizi ont
assez de jugeote et de clairvoyance pour avoir prévu très en amont
ce qui pouvait advenir d'eux au moindre problème rencontré avec
leurs employeurs... Ici, chaque interprète est à sa place au point
que l'on n'imagine mal que Laurent Lafitte et Ramzy Bédia ou Élodie
Bouchez et Laure Calamy aient pu échanger leur rôle. L'on
appréciera le jeu d'acteur de toutes et tous et le soin apporté aux
dialogues. Et si même l'on aurait pu espérer que le jeu de massacre
aille encore plus loin dans la folie et la dérision, Classe
moyenne
reste un excellent exemple de comédie noire à la française...
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