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vendredi 13 février 2026

Classe moyenne d'Anthony Cordier (2025) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

En France, les comédies noires sont suffisamment rares pour faire l'objet de toute notre attention. Tandis que l'on attend le nouveau long-métrage de Jean-Christophe Meurisse qui en 2021 et 2024 a signé coup sur coup de joyaux de cynisme à travers Oranges sanguines et Les pistolets en plastique, en septembre 2025 il fallait se tourner vers le cinéma d'Anthony Cordier qui avec Classe moyenne allait comme on s'en doute traiter des différences de classes sociales. Mais dans le cas de cette comédie écrite aux côtés de Jean-Alain Laban, de Steven Mitz et de Julie Peyr, pas question de prendre parti pour les uns ou pour les autres membres des deux familles qui vont s'affronter dans ce véritable jeu de massacre. D'un côté, les Trousselard/De Préville. Une famille de bourgeois de classe supérieure définie à travers son langage châtié, son niveau de vie (la demeure où se déroule l'intrigue n'étant que la résidence secondaire du couple et de leur fille), ses références culturelles ou encore ses différentes professions. Philippe étant un très grand avocat, Laurence, une actrice célèbre et leur fille Garance ayant pour objectif de suivre les traces de sa mère. Du côté des Azizi, l'on descend d'un cran social pour se retrouver face à une famille de type classe ouvrière. Au service des Trousselard/De Préville qui se trouvent donc être leurs employeurs, Nadine et Tony vivent grassement de leur ''générosité'' en profitant d'une habitation mitoyenne à longueur d'année alors qu'il ne travaillent vraiment pour eux que trois mois par an. Autant de temps à devoir se plier à leurs exigences. Comme de déboucher une canalisation. Acte qui va contribuer à concentrer toutes les frustrations de Tony et de son épouse qui vivent avec leur fille Marylou. Du côté des Trousselard/De Préville l'on retrouve Laurent Lafitte et Elodie Bouchez, ici parents de Noée Abita qui incarne donc leur fille Garance. Face à eux, Ramzy Bedia et Laure Calamy incarnent alors ce coupe d'employés engagés au black pour un salaire n'égalant même pas celui du SMIC ! Accompagnés de leur fille Marylou qu'interprète la jeune Mahia Zrouki, ils vont mener une guerre face à ce couple qui l'exploite depuis plus de six ans...


Pas une seule fiche de salaire mais des mandats que Nadine a scrupuleusement conservé durant toutes ces années. Au cas où... Notons enfin la présence de l'acteur Sami Outalbali qui dans le rôle de Mehdi El Glaoui, le nouveau petit ami de garance, va se porter volontaire pour négocier auprès des Azizi une somme d'argent qui devrait éviter aux Trousselard/De Préville de se retrouver au tribunal. Car le problème est bien là. Alors que Tony a débarqué ivre un soir chez ses employeurs afin de leur dire leurs quatre vérités, ces derniers ont décidé de les virer lui et sa petite famille. Pourtant, rien ne sera aussi simple et les deux familles vont se battre chacune pour leurs ''droits''... Classe moyenne est une farce. Plus ou moins jouissive d'ailleurs. Dans un contexte de mépris de classe qui vaut autant pour les uns que pour les autres des personnages qui évoluent au sein des tensions, Anthony Cordier semble n'avoir pas voulu choisir vers quel bord se pencher. Les deux familles placées au premier plan de ce récit parfois ubuesque peuvent être vues comme vivant en symbiose. En une harmonie qui peut tout d'abord être vue comme parfaite (les Trousselard/De Préville n'ayant pas à se salir les mains en effectuant les tâches ingrates tandis que les Azizi profitent gratuitement d'une habitation pour laquelle ils ne payent donc aucun loyer), le long-métrage montre surtout que les apparences sont trompeuses et que même si d'emblée et de part leur position sociale les Trousselard/De Préville peuvent être vus comme des ogres dévorant les petites gens, les Azizi ont assez de jugeote et de clairvoyance pour avoir prévu très en amont ce qui pouvait advenir d'eux au moindre problème rencontré avec leurs employeurs... Ici, chaque interprète est à sa place au point que l'on n'imagine mal que Laurent Lafitte et Ramzy Bédia ou Élodie Bouchez et Laure Calamy aient pu échanger leur rôle. L'on appréciera le jeu d'acteur de toutes et tous et le soin apporté aux dialogues. Et si même l'on aurait pu espérer que le jeu de massacre aille encore plus loin dans la folie et la dérision, Classe moyenne reste un excellent exemple de comédie noire à la française...

 

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