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mardi 11 mars 2025

Sous les palmiers, ma mère (Amor de Madre) de Paco Caballero (2022) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Après avoir vu hier sur la plate-forme de streaming Netflix la nouvelle comédie de Nicolas Cuche Lune de miel avec ma mère et sachant désormais surtout qu'il s'agit en fait d'un remake du film espagnol Sous les palmiers, ma mère (Amor de Madre) du réalisateur madrilène Paco Caballero, ça n'est pas tant pour les qualités de son adaptation en France que j'ai voulu découvrir le long-métrage qui avait poussé des producteurs à financer un remake français avec Michèle Laroque, Julien Frison, Rossy de Palma, Margot Bancilhon, Gilbert Melki ou encore Kad Merad que par simple curiosité. Parce qu'en France et comme partout ailleurs à travers le monde chacun s'accorde à penser que réaliser un remake d'une œuvre à succès peut engendrer une nouvelle adaptation tout aussi remarquable, certains de nos auteurs tombent régulièrement dans le même panneau qu'autant de cinéastes américains qui, par exemple, se laissèrent convaincre par l'adaptation de l'excellente trilogie de Francis Veber, La chèvre/Les compères/Les fugitifs avec Pierre Richard et Gérard Depardieu. Trois exemples de remakes foireux qui pour autant ne sont pas forcément représentatifs de ce que le cinéma peut engendrer de pire dans ce qui consiste à se réapproprier une œuvre tout en l'adaptant à la sauce qui convient théoriquement le mieux au public auquel elle est destinée ! Il est par exemple inenvisageable de penser qu'un remake du Dîner de cons puisse avoir un tant soit peu autant d'intérêt dans ses dialogues. Imaginant même que pas un seul cinéaste ne puisse concevoir de l'adapter, le spectateur sera surpris d'apprendre que pourtant, aux États-Unis, le réalisateur américain Jay Roach osa pondre l'infâme The Dinner qui, oui très chers amis, est bien le remake de l'œuvre de Francis Veber. Sans doute l'un des plus affreux exemples de remakes américains adaptés d'une comédie française...


L'hexagone n'étant pas en reste, certains cinéastes français ne se sont pas gênés pour en faire autant. Je ne vais pas dresser ici la liste exhaustive des adaptations entreprises sur notre territoire mais en citer deux qui partagent le fait qu'aucune d'entre elles ne parvient ni à surpasser, ni même à égaler l’œuvre originale. En 2022, Olivier Baroux tente l'aventure du remake avec Menteur, adaptation du film éponyme québécois réalisé trois ans auparavant par Émilie Gaudreault. Un quasi copier/coller de la comédie originale plutôt raté puisque contrairement à la comédie canadienne, la version française n'est franchement pas drôle. En 2018 sort sur les écrans français la comédie Le jeu de Fred Cavayé. Le film rencontre un certain succès. Et si la critique et le public sont unanimes, il faut remonter deux ans plus tôt lorsque sort en Italie Perfetti Sconosciuti du réalisateur Paolo Genovese. Véritable perle qui n'a malheureusement et honteusement pas été distribuée dans les salles françaises. Un exemple parmi d'autres qui malgré l'appréciation du public qui aima le remake ne cache pas la fatuité du concept de remake lorsque l'on constate combien l'original vole très, très, très loin au dessus de son adaptation hexagonale. Il arrive cependant qu'un remake produit en France soit nettement meilleur que l'original. C'est sans doute ce qui est arrivé avec Coupez ! de Michel Hazanavicius, remake du pourtant déjà très réussi Kamera o Tomeru Na! (Ne coupez pas !) de Shin'ichirō Ueda. Preuve qu'en France le miracle peut parfois avoir lieu. Et puis, il existe une autre catégorie. De celles qui demeurent incompréhensibles et dont fait justement partie Lune de miel avec ma mère. Car si l'adaptation de Nicolas Cuche n'est pas un désastre en soit, celle-ci repose sur une œuvre qui de base n'était déjà pas exceptionnelle. Le français aura d'ailleurs la judicieuse idée d'écourter le récit qui dans Sous les palmiers, ma mère s'étendait tout de même sur prêt de cent-vingt minutes.


L'espagnol y exploite donc logiquement quelques idées supplémentaires qui font généralement œuvre de remplissage puisqu'à défaut de faire rire, ces quelques séquences ne font qu'artificiellement et inutilement rallonger l'intrigue. Pour le reste, c'est la même histoire. Un futur marié largué en pleine cérémonie et une lune de miel qu'il partage finalement avec sa mère, profitant ainsi de privilèges propres aux ''jeunes couples''. Aussi surprenant que cela puisse paraître à l'image, la différence d'âge entre les espagnols Carmen Machi et Quim Gutiérrez est beaucoup moins importante que celle entre Michèle Laroque et Julien Frison. Dix-huit ans entre les premiers et trente-trois pour les deux autres ! Et pourtant, à l'écran, le contraste physique entre la mère et le fils de l'une et l'autre des deux comédies joue en faveur du couple hispanique. En revanche, on pourra préférer la version de Nicolas Cuche, plus resserrée que celle de Paco Caballero. S'agissant des actrices secondaires, Margot Bancilhon et Justina Bustos en ressortent ex-aequo tandis que l'on préférera dans le rôle de la gérante de l'établissement, Rossy de Palma plutôt que Yolanda Ramos. Reste ensuite à comparer les séducteurs respectifs des deux comédies. Chez nous, la tâche est confiée à Gilbert Melki auquel Nicolas Cuche offre le rôle plutôt enviable de l'aventurier navigateur tandis que Paco Caballero confie à Dominique Guillo celui d'un simple photographe. Pour le reste, tout ou presque est identique. Des défauts aux qualités en passant par le jeu des interprètes et les dialogues, c'est maintenant au spectateur de choisir surtout en terme d'emploi du temps s'agissant de savoir s'il supportera de rester devant son écran durant deux heures ou s'il préférera se contenter de la version française, plus courte d'une demi-heure...

 

samedi 13 août 2022

Ventajas de Viajar en Tren de Aritz Moreno (2019) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Ventajas de Viajar en Tren de Aritz Moreno est une expérience assez particulière et en tout les cas, très proche de celle vécue il il y a une bonne quinzaine d'années avec le Taxidermia du réalisateur et scénariste hongrois György Pálfi. Tout comme ce dernier, l'espagnol aborde son œuvre sous la forme d'un film à sketchs ou du moins, par l'entremise d'actes multiples progressant plus ou moins dans un même cadre. Bien qu'étant moins rude qu'il n'y paraît parfois, Ventajas de Viajar en Tren comblera davantage l'appétit des amateurs de bizarreries que les purs esprits ivres de poésie. Il faut dire que Aritz Moreno n'a pas la langue dans sa poche et son scénariste le stylo tremblant lorsqu'il s'agit de décrire à travers divers tableaux la déliquescence de notre civilisation. Une société au bord du gouffre. Abordant l'amour, la passion, le sexe et diverses petites gourmandises plus ou moins appétissantes sous un angle extrêmement cynique, le réalisateur espagnol construit un château de cartes qui ne décharge aucun des personnages de ses responsabilités. Si dans le cas de Ventajas de Viajar en Tren les amours chiennes n'entretiennent aucun rapport avec le chef-d’œuvre éponyme réalisé en 2000 par le mexicain Alejandro González Iñárritu, c'est moins pour son approche du récit et du montage que pour son propos qui est parfois directement lié à l'évocation que suscite un tel discours. Bousculant le concept du film à sketchs dans lequel chaque histoire n'a de lien avec les autres qu'à travers l'interlude qui les unies, chaque segment de Ventajas de Viajar en Tren entretient au contraire un lien important avec les autres, et notamment entre ses personnages. Ou du moins, celui qu'interprète l'actrice espagnole Pilar Castro qui dans la peau de Helga Pato va passer par différentes étapes dont les plus marquantes se situeront sans doute lors du second acte. Une étape douloureuse, initiatique et dérangeante lors de laquelle son personnage passera du statut de femme à celui de chienne, comme en témoignera à titre d'exemple le collier que son compagnon d'alors lui offrira avant de lui imposer de le porter en permanence. Vous êtes déjà troublé ? Vous n’imaginez alors pas ce qui va se produire par la suite. Car Ventajas de Viajar en Tren dresse un portrait amer de notre société. Des dérives qui en découlent et de cette déshumanisation qui menace de s'en prendre à quiconque n'aura pas pris soin de se mettre à l'abri des influences extérieures...


Ce film point trop avare dans sa durée (près de cent-cinq minutes) décortique l'âme humaine mais ne s'y attaque pas tout d'abord de manière trop frontale. S'ouvrant sur la personnalité d'un médecin-psychiatre (Ernesto Alterio dans le rôe d'Ángel Sanagustín) se confiant à la passagère d'un train (Helga Pato, donc) au sujet d'un patient atteint de schizophrénie (Luis ''Malveillance de Jaume Balagueró'' Tosar dans le rôle de Martín Urales de Úbeda), ce premier acte est, disons, sans doute le plus divertissant dans ce qu'il a de fantasmagorique à offrir. Une mise en bouche qui manque peut-être d'un surcroît de folie mais qui aura au moins le mérite de maintenir l'intérêt du public jusqu'à sa conclusion et jusqu'à l'ouverture du second chapitre. Un second acte dont la noirceur et le jusqu’au-boutisme ne doit pas faire oublier que ce qui y est décrit s'avère relativement réaliste bien qu'abordé de manière allégorique. Aritz Moreno et son scénariste Javier Gullón lâchent du lest et rendent à la nouvelle de l'écrivain Antonio Orejudo Utrilla tous les honneurs qui lui sont dus. En effet, le second acte n'y allant pas avec le dos de la cuillère, celui-ci décrit avec une certaine application comment une femme amoureuse et passionnée découvre le sordide projet de son compagnon sans pourtant pouvoir rien y faire. D'abord amusant, cet acte diffuse un parfum de malaise qui ne s'évaporera que grâce à l'apparente douceur de l'acte qui prendra ensuite la relève. Ce récit entre une ''boiteuse'' et un homme entièrement harnaché d'armatures de métal délivre cette même poésie typique du cinéma du Jean-Pierre Jeunet du début du vingt et unième siècle (Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain) mais offre surtout une vision faussée de l'amour et du sexe à laquelle est désormais confrontée notre jeunesse nourrie à l'Internet, aux réseaux sociaux et aux sites pornographiques. Sous ses airs de délire trash où l'exploitation des enfants, le complotisme, la zoophilie et la pornographie côtoient l'amour, la passion et la poésie, Ventajas de Viajar en Tren fait mouche. D'autant plus que l'approche visuelle et esthétique de l'ensemble des décors et environnements s'avère souvent remarquable. Comme un mille-feuille constitué de couches successives délicieusement irrévérencieuses, l’œuvre de Aritz Moreno est une excellente surprise dans lequel l'inconfort se mêle à un humour à froid particulièrement réjouissant... Viva España !!!

 

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