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samedi 13 août 2022

Ventajas de Viajar en Tren de Aritz Moreno (2019) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Ventajas de Viajar en Tren de Aritz Moreno est une expérience assez particulière et en tout les cas, très proche de celle vécue il il y a une bonne quinzaine d'années avec le Taxidermia du réalisateur et scénariste hongrois György Pálfi. Tout comme ce dernier, l'espagnol aborde son œuvre sous la forme d'un film à sketchs ou du moins, par l'entremise d'actes multiples progressant plus ou moins dans un même cadre. Bien qu'étant moins rude qu'il n'y paraît parfois, Ventajas de Viajar en Tren comblera davantage l'appétit des amateurs de bizarreries que les purs esprits ivres de poésie. Il faut dire que Aritz Moreno n'a pas la langue dans sa poche et son scénariste le stylo tremblant lorsqu'il s'agit de décrire à travers divers tableaux la déliquescence de notre civilisation. Une société au bord du gouffre. Abordant l'amour, la passion, le sexe et diverses petites gourmandises plus ou moins appétissantes sous un angle extrêmement cynique, le réalisateur espagnol construit un château de cartes qui ne décharge aucun des personnages de ses responsabilités. Si dans le cas de Ventajas de Viajar en Tren les amours chiennes n'entretiennent aucun rapport avec le chef-d’œuvre éponyme réalisé en 2000 par le mexicain Alejandro González Iñárritu, c'est moins pour son approche du récit et du montage que pour son propos qui est parfois directement lié à l'évocation que suscite un tel discours. Bousculant le concept du film à sketchs dans lequel chaque histoire n'a de lien avec les autres qu'à travers l'interlude qui les unies, chaque segment de Ventajas de Viajar en Tren entretient au contraire un lien important avec les autres, et notamment entre ses personnages. Ou du moins, celui qu'interprète l'actrice espagnole Pilar Castro qui dans la peau de Helga Pato va passer par différentes étapes dont les plus marquantes se situeront sans doute lors du second acte. Une étape douloureuse, initiatique et dérangeante lors de laquelle son personnage passera du statut de femme à celui de chienne, comme en témoignera à titre d'exemple le collier que son compagnon d'alors lui offrira avant de lui imposer de le porter en permanence. Vous êtes déjà troublé ? Vous n’imaginez alors pas ce qui va se produire par la suite. Car Ventajas de Viajar en Tren dresse un portrait amer de notre société. Des dérives qui en découlent et de cette déshumanisation qui menace de s'en prendre à quiconque n'aura pas pris soin de se mettre à l'abri des influences extérieures...


Ce film point trop avare dans sa durée (près de cent-cinq minutes) décortique l'âme humaine mais ne s'y attaque pas tout d'abord de manière trop frontale. S'ouvrant sur la personnalité d'un médecin-psychiatre (Ernesto Alterio dans le rôe d'Ángel Sanagustín) se confiant à la passagère d'un train (Helga Pato, donc) au sujet d'un patient atteint de schizophrénie (Luis ''Malveillance de Jaume Balagueró'' Tosar dans le rôle de Martín Urales de Úbeda), ce premier acte est, disons, sans doute le plus divertissant dans ce qu'il a de fantasmagorique à offrir. Une mise en bouche qui manque peut-être d'un surcroît de folie mais qui aura au moins le mérite de maintenir l'intérêt du public jusqu'à sa conclusion et jusqu'à l'ouverture du second chapitre. Un second acte dont la noirceur et le jusqu’au-boutisme ne doit pas faire oublier que ce qui y est décrit s'avère relativement réaliste bien qu'abordé de manière allégorique. Aritz Moreno et son scénariste Javier Gullón lâchent du lest et rendent à la nouvelle de l'écrivain Antonio Orejudo Utrilla tous les honneurs qui lui sont dus. En effet, le second acte n'y allant pas avec le dos de la cuillère, celui-ci décrit avec une certaine application comment une femme amoureuse et passionnée découvre le sordide projet de son compagnon sans pourtant pouvoir rien y faire. D'abord amusant, cet acte diffuse un parfum de malaise qui ne s'évaporera que grâce à l'apparente douceur de l'acte qui prendra ensuite la relève. Ce récit entre une ''boiteuse'' et un homme entièrement harnaché d'armatures de métal délivre cette même poésie typique du cinéma du Jean-Pierre Jeunet du début du vingt et unième siècle (Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain) mais offre surtout une vision faussée de l'amour et du sexe à laquelle est désormais confrontée notre jeunesse nourrie à l'Internet, aux réseaux sociaux et aux sites pornographiques. Sous ses airs de délire trash où l'exploitation des enfants, le complotisme, la zoophilie et la pornographie côtoient l'amour, la passion et la poésie, Ventajas de Viajar en Tren fait mouche. D'autant plus que l'approche visuelle et esthétique de l'ensemble des décors et environnements s'avère souvent remarquable. Comme un mille-feuille constitué de couches successives délicieusement irrévérencieuses, l’œuvre de Aritz Moreno est une excellente surprise dans lequel l'inconfort se mêle à un humour à froid particulièrement réjouissant... Viva España !!!

 

samedi 28 décembre 2019

Mientras Duermes de Jaume Balagueró (2011) - ★★★★★★★☆☆☆



L'auteur de La Secte sans Nom, de Fragile, de [Rec] et futur réalisateur de Way Down Jaume Balagueró signait en 2011 son sixième long-métrage cinéma. S'éloignant sensiblement de l'épouvante et encore plus franchement du fantastique qui le fit connaître auprès des fans de cinéma horrifique, l'espagnol revenait donc avec Mientras Duermes (Malveillance), un thriller domestique particulièrement efficace et principalement interprété par l'acteur Luis Tosar qui débuta sa carrière en Espagne au beau milieu des années quatre-vingt dix et qui depuis enchaîne les rôles au cinéma dans son propre pays (El Desconocido de Dani de la Torre en 2015, Musarañas de Juanfer Andrés et Esteban Roel en 2014, ou encore Intemperie de Benito Zambrano en 2019). il y incarne l'archétype du sociopathe dont le désir profond est de nuire à son prochain. Son terrain de jeu ? Un immeuble cossu dans lequel il est employé comme concierge. Et en tant que tel, l'homme connaît les us et coutumes de ceux qui y vivent. Affable et en général plutôt apprécié, César compte cependant dans les rangs de l'immeuble quelques ''réfractaires'' à sa présence. Comme le voisin du quatrième étage porte B, ''sournoisement'' interprété par l'acteur Carlos Lasarte, fidèle interprète de Jaume Balagueró, et qui dans le cas présent rêve de voir le concierge débarrasser le plancher ! Ou comme la jeune Úrsula qu'interprète l'actrice Iris Almeida, et qui fait chanter le concierge après avoir été le témoin de ses manigances...

Deux exemples, deux portraits qui signifient le mépris des nantis envers l'employé qui tient des portes ouvertes mais jamais n'est remercié pour cela. Mais heureusement, il en existe pour demeurer chaleureux, même envers ce curieux personnage trop affable pour être honnête. À l'image de la vieille Verónica (Petra Martinez) qui prépare et réchauffe pour notre concierge de bons petits plats. Ou encore la jeune et plutôt jolie Clara, interprétée par la non moins délicieuse Marta Etura. L'une des particularités du personnage incarné par Luis Tosar tient dans son incapacité à vouloir se rapprocher sincèrement des habitants de l'immeuble afin de cohabiter en paix avec eux. Non ! Parce qu'il n'a jamais été heureux et semble convaincu que le bonheur, ça n'est pas pour lui, il a choisit de faire le malheur autour de lui. Mais parmi les habitants de l'immeuble se trouve justement Clara, que rien ne semble atteindre et qui baigne dans le bonheur et dans la joie. C'est donc sur elle que toute la rancœur du concierge va se focaliser...

Drame psychologique intense et parfois terriblement sombre, Mientras Duermes est littéralement porté par une mise en scène sobre, une envoûtante partition musicale signée par Lucas Vidal, un décor parfois glacial et surtout par l'impeccable interprétation de Luis Tosar qui incarne le dit concierge. Cet être prêt à servir son prochain tout en ayant de sombres idées derrière la tête. L'une des excellentes idées générées par le scénario d'Alberto Marini se situe au niveau de la caractérisation d'une bonne partie des personnages qui tout en étant relativement détestables amenuisent l'impact négatif des actes perpétrés par César. À tel point que l'on en vient parfois à espérer que sa prochaine victime sera tel ou tel voisin. À l'image, justement, de ce vieil homme habitant au quatrième et menaçant sans cesse le concierge de le faire renvoyer. La construction du récit tournant surtout autour de César et de Clara, le scénario tourmente l'esprit de ses personnages, le concierge fantasmant littéralement sur sa proie tout en étant objectivement convaincu de devoir lui faire du mal. Brillant par une sobriété à peine perturbée par quelques rarissimes élans gore (en fait, un seul, perpétré sur la personne de Marcos, interprété par Alberto San Juan), le scénario de Mientras Duermes pousse le vice dans ses derniers retranchements lors d'un final au cynisme inouï. Jaume Balagueró signe ici l'un de ses meilleurs films et Luis Tosar offre l'une de ses meilleures interprétations...

dimanche 6 octobre 2019

Musaraña de Juan Fernando Andrés et Esteban Roel (2014)



Montse et sa jeune sœur âgée de dix-huit ans vivent depuis toujours dans le même appartement qui a vu mourir leur mère. Quand à leur père, il a disparu depuis quatorze ans et n'a plus jamais donné e nouvelles. C'est Montse qui s'occupe d'élever sa sœur. Cette dernière travaille à l'extérieur tandis que Montse, elle, fabrique des vêtements sur mesure dans l'appartement familial. Atteinte d'agoraphobie, la jeune femme ne peut quitter l'appartement. Les deux sœurs sont pieuses et les hommes n'ont pas droit de cité. Pourtant, un jour, l'un d'eux frappe à la porte alors que Montse est seule. D'abord réticente, elle accepte d'accueillir l'homme blessé qui s'est évanoui dans les escaliers après une grave chute qui lui a brisé la jambe droite.
Montse traîne le corps sans vie de l'homme jusqu'à la chambre de ses parents où elle l'allonge, dans l'intention de s'en débarrasser dès qu'il se réveillera. Alors qu'elle tente au départ de cacher à sa jeune sœur la présence de l'inconnu, celle-ci finit tout de même par le trouver endormi sur le lit de ses parents. Peu à peu, les deux sœurs, chacune de leur coté, vont commencer à entretenir des rapports d'amitié avec celui qui se fait appeler Carlos...

Premier film de Juan Fernando Andrés et Esteban Roel, Musaraña fait l'effet d'une bombe lors de sa découverte. Pourtant, l’œuvre de l'espagnol et du mexicain n'est pas la première à aborder ce genre de sujet. Il en est même de si bonnes qu'il était culotté de la part du duo d'oser se lancer dans une telle aventure. Souvenons-nous des Proies de Don Siegel, de Misery de Rob Reiner basé sur un ouvrage de Stephen King, et plus loin, du Locataire et de Répulsion, tous deux de Roman Polanski. Des œuvres fortes, cauchemardesques, magistralement interprétées et mises en scène.

Les croyances, l'Espagne Franquiste, les secrets de famille et le poids du péché sous toutes ses formes (le mensonge en ligne de mire) sont au cœur d'une histoire parfaitement menée par les deux cinéastes. La photographie Angel Amoros est superbe et le suspens monte crescendo. L'interprétation est parfaite avec une mention toute spéciale pour l'actrice revêtant les traits de Montse, Macarena Gomez. qui joua l'année précédente dans l'excellent Les Sorcières de Zugarramurdi de Alex de la Iglesia cette fois-ci crédité en tant que producteur. Ceux qui sont coutumiers du cinéma espagnol reconnaîtront sans difficulté l'acteur Luis Tosar qui s'imposa dans l'original et assez angoissant Malveillance de Jaume Balaguero.

S'il est un point qui ne joue malheureusement pas en faveur de l’œuvre de Juan Fernando Andrés et Esteban Roel, c'est le fait même qu'il n'est pas le premier à aborder ce genre de sujet. Macarena Gomez a beau faire tout ce qu'elle peut, et même plutôt bonne dans son rôle, elle a bien du mal à être aussi terrifiante que Kathy Bates dans Misery ou que Catherine Deneuve dans Répulsion. Le scénario est pourtant très intelligent et les exactions commises par chacun trouvent toujours leur justification. La fin offre un twist final plutôt intéressant mai que certains devineront sans doute aux trois quart du film. On regrettera peut-être quelques plagias comme celui de l'homme et de sa jambe blessée qui rappellent un peu trop fortement le film de Rob Reiner mais à part ça, Musaraña est une réelle réussite dont le rythme s'accélère dans sa dernière partie et vire au grand-guignol. Il démontre également que le cinéma espagnol n'a rien à envier à celui qui nous vient des États-Unis et qu'il est capable de produire de belles petites production horrifiques...


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