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lundi 11 novembre 2024

El Cu4arto Pasajero d'Alex de la Iglesia (2022) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Réalisé il y a deux ans, le dernier long-métrage du réalisateur et scénariste espagnol Alex de la Iglesia tarde à montrer le bout de son nez sur le territoire français. C'est donc muni du DVD importé de son pays d'origine et d'une solide connaissance de la langue espagnole qu'il va pour l'instant falloir aborder cette énième comédie, romantique, qui comme l'auteur aborde généralement le genre, va littéralement partir en vrille. Comme son nom l'indique, El Cu4arto Pasajero met principalement en scène quatre passagers d'une voiture conduite par Julián (Alberto San Juan), homme d'une cinquantaine d'années qui a généralement l'habitude de pratiquer le covoiturage en compagnie de la séduisante Lorena (Blanca Suárez) qu'il transporte jusqu'à Madrid où elle travaille. Répétant un discours à l'encontre de la jeune femme, Julián, accueille donc à nouveau Lorena avant de réceptionner en chemin deux autres passagers. D'une part, Rodriguo (Ernesto Alterio) dont le débit de parole et le sans-gène vont très rapidement agacer le conducteur. Et d'autre part, Sergio (Rubén Cortada), un très beau jeune homme, baroudeur, guitariste et expert en arts-martiaux. Lors d'un arrêt à une station-service, Rodriguo s'attire les foudres du gérants et de certains clients qui ne supportent pas qu'il mette un temps fou pour payer ce qu'il a choisit d'acheter. Alors que Julián vient de remplir le réservoir d'essence, inquiet de voir la tournure que prend la discussion entre Lorena et Sergio, enfermés à l'arrière du véhicule, il se dirige jusqu'au comptoir de la station-service pour payer lorsqu'il est lui-même pris à parti par les clients. C'est là que le ennuis commencent... Ecrit par Alex de la Iglesia et par le prolifique scénariste Jorge Guerricaechevarría, El Cu4arto Pasajero est la seizième collaboration entre les deux hommes et malheureusement, pas la plus inspirée d'entre toutes. Les fans du cinéaste connaissent parfaitement le caractère généralement délirant de son œuvre. La plupart des longs-métrages écrits par les deux hommes s'inscrivent dans un courant humoristique parfois très noir et qui généralement passe de la comédie classique au délire le plus total !


Parmi les seconds rôles, nous retrouvons l'acteur lui aussi espagnol Enrique Villén dont le premier détail ''remarquable'' est chez lui, son strabisme particulièrement marqué. Interprète de plus de cent-cinquante projets cinématographiques et télévisés, il est, comme le scénariste Jorge Guerricaechevarría mais dans de plus petites proportions et bien d'autres encore, un fidèle du réalisateur espagnol puisque nous pûmes notamment le découvrir dans Le jour de la bête en 1995, dans Mes chers voisin en 2000 ou encore en 2023 dans la série 30 Coins. Si pour le public lambda qui découvre pour la première fois l'univers d'Alex de la Iglesia, El Cu4arto Pasajero apparaîtra évidemment comme une comédie dont l'action ininterrompue qui donne le vertige (surtout lors du dernier acte situé de nuit et sur une autoroute bondée de véhicules à l'arrêt), pour une autre frange de spectateurs, ceux qui justement attendent toujours impatiemment chaque nouveau film du réalisateur espagnol, ce dernier long-métrage de fiction, le dix-septième si l'on ne compte pas le documentaire Messi consacré au célèbre footballeur argentin Lionel Messi, peut s'avérer être une petite déception. Non pas que El Cu4arto Pasajero soit raté, loin de là, puisque chaque gag fait mouche et que chaque interprète est parfaitement à l'aise dans le rôle qui lui est assigné. Mais face aux mastodontes qu'a réalisé jusque là Alex de la Iglesia, il n'est pas impossible d'éprouver une légère pointe de désillusion. Il n'empêche que El Cu4arto Pasajero est bien rythmé, très drôle, relativement délirant si l'on évite d'avoir en tête les œuvres passées de son auteur, mais souffre par contre d'une dernier acte beaucoup trop long. El Cu4arto Pasajero aurait sans doute mérité d'être concentré sur quatre-vingt dix minutes et non pas sur cent. Cette poignée de minutes qui appesantissent l'intrigue dans ses derniers retranchements. Au final, El Cu4arto Pasajero divertit, amuse, agace même parfois (surtout durant la première moitié, lorsque débarque Rodriguo, jouissivement incarné par Ernesto Alterio)... Le dernier long-métrage d'Alex de la Iglesia n'est certes pas son meilleur mais face à la concurrence mondiale, il se situe malgré tout très au dessus de ce que l'on peut découvrir chaque année dans la catégorie ''comédies''...

 

samedi 13 août 2022

Ventajas de Viajar en Tren de Aritz Moreno (2019) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Ventajas de Viajar en Tren de Aritz Moreno est une expérience assez particulière et en tout les cas, très proche de celle vécue il il y a une bonne quinzaine d'années avec le Taxidermia du réalisateur et scénariste hongrois György Pálfi. Tout comme ce dernier, l'espagnol aborde son œuvre sous la forme d'un film à sketchs ou du moins, par l'entremise d'actes multiples progressant plus ou moins dans un même cadre. Bien qu'étant moins rude qu'il n'y paraît parfois, Ventajas de Viajar en Tren comblera davantage l'appétit des amateurs de bizarreries que les purs esprits ivres de poésie. Il faut dire que Aritz Moreno n'a pas la langue dans sa poche et son scénariste le stylo tremblant lorsqu'il s'agit de décrire à travers divers tableaux la déliquescence de notre civilisation. Une société au bord du gouffre. Abordant l'amour, la passion, le sexe et diverses petites gourmandises plus ou moins appétissantes sous un angle extrêmement cynique, le réalisateur espagnol construit un château de cartes qui ne décharge aucun des personnages de ses responsabilités. Si dans le cas de Ventajas de Viajar en Tren les amours chiennes n'entretiennent aucun rapport avec le chef-d’œuvre éponyme réalisé en 2000 par le mexicain Alejandro González Iñárritu, c'est moins pour son approche du récit et du montage que pour son propos qui est parfois directement lié à l'évocation que suscite un tel discours. Bousculant le concept du film à sketchs dans lequel chaque histoire n'a de lien avec les autres qu'à travers l'interlude qui les unies, chaque segment de Ventajas de Viajar en Tren entretient au contraire un lien important avec les autres, et notamment entre ses personnages. Ou du moins, celui qu'interprète l'actrice espagnole Pilar Castro qui dans la peau de Helga Pato va passer par différentes étapes dont les plus marquantes se situeront sans doute lors du second acte. Une étape douloureuse, initiatique et dérangeante lors de laquelle son personnage passera du statut de femme à celui de chienne, comme en témoignera à titre d'exemple le collier que son compagnon d'alors lui offrira avant de lui imposer de le porter en permanence. Vous êtes déjà troublé ? Vous n’imaginez alors pas ce qui va se produire par la suite. Car Ventajas de Viajar en Tren dresse un portrait amer de notre société. Des dérives qui en découlent et de cette déshumanisation qui menace de s'en prendre à quiconque n'aura pas pris soin de se mettre à l'abri des influences extérieures...


Ce film point trop avare dans sa durée (près de cent-cinq minutes) décortique l'âme humaine mais ne s'y attaque pas tout d'abord de manière trop frontale. S'ouvrant sur la personnalité d'un médecin-psychiatre (Ernesto Alterio dans le rôe d'Ángel Sanagustín) se confiant à la passagère d'un train (Helga Pato, donc) au sujet d'un patient atteint de schizophrénie (Luis ''Malveillance de Jaume Balagueró'' Tosar dans le rôle de Martín Urales de Úbeda), ce premier acte est, disons, sans doute le plus divertissant dans ce qu'il a de fantasmagorique à offrir. Une mise en bouche qui manque peut-être d'un surcroît de folie mais qui aura au moins le mérite de maintenir l'intérêt du public jusqu'à sa conclusion et jusqu'à l'ouverture du second chapitre. Un second acte dont la noirceur et le jusqu’au-boutisme ne doit pas faire oublier que ce qui y est décrit s'avère relativement réaliste bien qu'abordé de manière allégorique. Aritz Moreno et son scénariste Javier Gullón lâchent du lest et rendent à la nouvelle de l'écrivain Antonio Orejudo Utrilla tous les honneurs qui lui sont dus. En effet, le second acte n'y allant pas avec le dos de la cuillère, celui-ci décrit avec une certaine application comment une femme amoureuse et passionnée découvre le sordide projet de son compagnon sans pourtant pouvoir rien y faire. D'abord amusant, cet acte diffuse un parfum de malaise qui ne s'évaporera que grâce à l'apparente douceur de l'acte qui prendra ensuite la relève. Ce récit entre une ''boiteuse'' et un homme entièrement harnaché d'armatures de métal délivre cette même poésie typique du cinéma du Jean-Pierre Jeunet du début du vingt et unième siècle (Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain) mais offre surtout une vision faussée de l'amour et du sexe à laquelle est désormais confrontée notre jeunesse nourrie à l'Internet, aux réseaux sociaux et aux sites pornographiques. Sous ses airs de délire trash où l'exploitation des enfants, le complotisme, la zoophilie et la pornographie côtoient l'amour, la passion et la poésie, Ventajas de Viajar en Tren fait mouche. D'autant plus que l'approche visuelle et esthétique de l'ensemble des décors et environnements s'avère souvent remarquable. Comme un mille-feuille constitué de couches successives délicieusement irrévérencieuses, l’œuvre de Aritz Moreno est une excellente surprise dans lequel l'inconfort se mêle à un humour à froid particulièrement réjouissant... Viva España !!!

 

vendredi 15 juillet 2022

Perfectos Desconocidos de Alex De La Iglesia (2017) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Rendons à César ce qui lui appartient et sur une échelle de dix points, osons placer Perfetti Sconosciuti de Paolo Genovese au sommet de la pyramide. En 2016 sortait cette excellente comédie italienne situant son action lors d'un dîner entre amis. Lesquels acceptèrent tous de déposer leur téléphone portable au milieu de la table afin d'étaler au grand jour chaque message et chaque appel qu'il allaient recevoir durant le cours de la soirée. Le film devient un véritable phénomène puisque non content d'être extrêmement divertissant et parfois même étonnamment émouvant, il a surtout été par la suite l'objet de nombreux remakes à travers le monde, détenant ainsi le recors dans le domaine avec plus de vingt adaptations. En France, le réalisateur Fred Cavayé l'adaptera sous le titre Le jeu que l'on placera sur la fameuse échelle qualitative, au sixième ou au septième rang. Sympathique, mais nettement moins surprenant que l'original. D'autant plus que l'émotion qui se dégageait notamment d'une séquence au téléphone entre un père et sa fille disparaît totalement de la version hexagonale. La Russie, la Chine, l’Égypte, la Corée du Sud, ou encore la Pologne ou la Turquie ont toutes apporté leur contribution personnelle à cette histoire écrite à l'origine par Paolo Genovese lui-même. L'Espagne n'étant pas la dernière à s'y être attelée, c'est le réalisateur Alex de la Iglesia qui avec Perfectos Desconocidos a lui aussi à son tour offert sa vision personnelle du concept. Cinéaste passionnant depuis les tout débuts de sa carrière, spécialiste de la comédie bon enfant flirtant dangereusement avec l'humour trash, on a avec lui l'habitude des débordements. Il est donc particulièrement intéressant de découvrir ce qui à ce jour demeure son avant dernier long-métrage. Perfectos Desconocidos, c'est bien évidemment tout d'abord le plaisir de retrouver le réalisateur espagnol qui la même année (2017) avait déjà réalisé la comédie post-apocalyptique El Bar. Œuvre mésestimée pourtant bourrée de qualités, et typique du cinéma parfois outrancier de l'auteur du Jour de la bête, de Mes chers voisins ou du Crime farpait. C'est aussi celui de redécouvrir à l'écran l'acteur Eduardo Noriega qui fut pratiquement découvert par le réalisateur espagnol Alejandro Amenábar grâce à son formidable Tesis en 1996 et que l'on retrouvera notamment cinq ans plus tard dans l'excellent L'échine du diable de Guillermo Del Toro...


D'emblée, le ton de la version espagnole semble un brin plus cru. Dans les actes mais aussi et surtout dans la parole. Ce qui n'empêche pas les dialogues d'être particulièrement inspirés. Plus crus mais néanmoins aussi vivaces que ceux de l’œuvre originale, les échanges verbaux ne laissent aucun répit aux spectateurs qui assistent avec délectation à cette partie de ping pong sans temps morts. On retrouve une partie des personnages de Perfetti Sconosciuti, et notamment Pepe, le seul ''célibataire'' de la soirée dont l'importance est aussi considérable que celle des différents hôtes qui constituent la tablée. Manque à l'appel l'excellent Santiago Segura, acteur plus ou moins fidèle du réalisateur espagnol depuis son premier long-métrage Action mutante en 1993. C'est d'ailleurs là l'une des spécificités de Perfectos Desconocidos dans lequel on ne retrouve aucun des interprètes qu'Alex de la Iglesia emploie généralement tour à tour. En reprenant un concept existant, le réalisateur fait peau neuve mais la question que les fans du cinéaste se posent alors est celle-ci : sera-t-il parvenu à s'approprier le récit du film italien pour faire sien le script d'origine ? Chose peu évidente si l'on tient compte du fait que Perfetti Sconosciuti produit tellement d'arguments et avec une telle profondeur qu'il semble à lui seul avoir tout dit. C'est là que le talent d'écriture d'Alex de la Iglesia entre alors en jeu. Plutôt que d'applquer stricto sensu le scénario de Paolo Genovese, l'espagnol en modifie donc le ton ainsi que de nombreux dialogues. L’éclipse tant attendue de la Pleine Lune, source de conflits, semble ici à l'origine de phénomènes qui dépassent la compréhension humaine. Chiens prêts à s'affronter quelques étages plus bas, véhicules qui entrent en collision. Il y a bien là un événement inexplicable qui est en train de se produire ! Pour le reste, Alex de la Iglesia nous régale en exhibant l'une de ces réunions entre amis qui tournent en eau de boudin. Entre trahisons, révélations et quiproquos, le film élude la complexité de mettre en scène un remake et signe une excellente alternative. Drôle, Perfectos Desconocidos ne compte pas les dépenses en calories de ses interprètes qui tous offrent le meilleur spectacle possible. Pourtant réduit au seul appartement de ses hôtes, le réalisateur exploite à merveille tout l'espace mis à sa disposition. Et contrairement au long-métrage de Fred Cavayé, celui de l'espagnol parvient à faire oublier le temps de la projection qu'il fut d'abord le remake d'une petite merveille de comédie italienne... Moins trash et survolté qu'à l'habitude, on retrouve cependant dans Perfectos Desconocidos, la touche ''De la Iglesia''...

 

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