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samedi 8 août 2026

Les Seins de Glace de Georges Lautner (1974) - ★★★★★★★☆☆☆



On peut comprendre de la part de certains que la critique ne soit pas au diapason de la mise en scène d'un Georges Lautner qui quittait ici, quelque peu son domaine de prédilection. Parmi eux, sans doute, ceux qui auraient aimé voir dans cet intriguant Les Seins de Glace, davantage d'action, des règlements de compte, quelques explosions et tirs par armes à feu, ou encore une enquête minutieuses et des dialogues aiguisés. Mais non... la voie qu'entreprend l'auteur de La Grande Sauterelle, des Tontons Flingueurs ou du Guignolo est celle du thriller psychologique. Du drame. Et donc, bien évidemment, Les Seins de Glace est dénué de tout ce à quoi nous avait habitué Georges Lautner. Alors oui, certains se sentirent-ils sans doute bafoués... mais en dehors de ces considérations castratrices, le vingt-deuxième long-métrage de l'un des cinéastes les plus importants du cinéma français (si l'on ne tient pas compte de sa participation au film à sketchs Les Bons Vivants en 1968) est une remarquable plongée au cœur d'un récit formé autour d'un étrange triangle « amoureux ».
A commencer par François Rollin, incarné par un Claude Brasseur cabotin dont la présence heureuse désamorce un climat délétère et dont le jeu réjouira tout ceux qui auraient pu se désespérer de ne voir en ces Seins de Glace, qu'une œuvre nihiliste, une ode à la noirceur.. La présence de ce personnage apporte un souffle d'air pur à un long-métrage faisant parfois l’apanage au mystère pesant qu'entretiennent les deux autres principaux interprètes, Mireille Darc et Alain Delon.


La première interprète Peggy Lister, que François, l'écrivain, croise un jour sur une plage de la Côte d'Azur. C'est le coup de foudre. Il la suit, la colle, malgré elle. Alain Delon, lui, incarne Marc Rilson, ami et avocat de Peggy. Mais alors que François tente de séduire Peggy, qui finira par accepter la présence de l'écrivain à ses côtés, des meurtres sont commis, les victimes étant toutes des proches de la jeune femme. C'est lors d'une conversation avec l'avocat de Peggy que François apprend que la jeune femme a séjourné dans un hôpital psychiatrique après avoir tué son mari alors que l'écrivain pensait jusque là qu'elle était divorcée. Pourtant, ces aveux n’entachent rien à la relation qu'ils entretiennent. Mieux : François propose à Peggy de venir s'installer chez lui...


Distillant autant de mystère que Jacques Deray avec son excellent Un Papillon sur l’Épaule réalisé en 1978 et principalement interprété par Lino Ventura sans que personne n'ait eu cette fois-ci l'idée de critiquer l'approche du cinéaste français, Les Seins de Glace diffuse un étrange parfum, parfois à la limite de l'épouvante, mais sans jamais atteindre le degré de folie du génial Mort un Dimanche de Pluie que Joël Santoni réalisa en 1986. Proche également du genre « giallo » cher au cinéma transalpin, l’œuvre de Georges Lautner n'est pas le film au charme vieillissant des années soixante-dix que tout le monde semble clamer, même s'il conserve bien évidemment l'esthétique de ce cinéma passéiste. Mireille Darc y est aussi séduisante que bouleversante dans ce rôle inhabituel. Tout comme Alain Delon d'ailleurs, froid et distant, dont la personnalité est difficile à définir au point que le spectateur vienne à doute des origines de celui qui tue autour de François et de Peggy.
Bien sûr, Les Seins de Glace n'est pas tout à fait exempt de défauts. Quelques invraisemblances viennent émailler le récit et le montage se montre parfois très aléatoire.
Mais la force du long-métrage de Georges Lautner se contient dans le principe même de sortir du carcan un peu trop étriqué du mélange comédie/policier auquel il nous a habitué avec une régularité de métronome. Et puis, Les Seins de Glace, c'est aussi l'occasion d'être convié à l'une des fins les plus tragiques et belles que le cinéma des années soixante-dix nous ai offert...

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