On peut comprendre de la
part de certains que la critique ne soit pas au diapason de la mise
en scène d'un Georges Lautner qui quittait ici, quelque peu son
domaine de prédilection. Parmi eux, sans doute, ceux qui auraient
aimé voir dans cet intriguant Les Seins de Glace,
davantage d'action, des règlements de compte, quelques explosions et
tirs par armes à feu, ou encore une enquête minutieuses et des
dialogues aiguisés. Mais non... la voie qu'entreprend l'auteur de La
Grande Sauterelle,
des Tontons Flingueurs
ou du Guignolo
est celle du thriller psychologique. Du drame. Et donc, bien
évidemment, Les Seins de Glace
est dénué de tout ce à quoi nous avait habitué Georges Lautner.
Alors oui, certains se sentirent-ils sans doute bafoués... mais en
dehors de ces considérations castratrices, le vingt-deuxième
long-métrage de l'un des cinéastes les plus importants du cinéma
français (si l'on ne tient pas compte de sa participation au film à
sketchs Les Bons Vivants
en 1968) est une remarquable plongée au cœur d'un récit formé
autour d'un étrange triangle « amoureux ».
A
commencer par François Rollin, incarné par un Claude Brasseur
cabotin dont la présence heureuse désamorce un climat délétère
et dont le jeu réjouira tout ceux qui auraient pu se désespérer de
ne voir en ces Seins de Glace,
qu'une œuvre nihiliste, une ode à la noirceur.. La présence de ce
personnage apporte un souffle d'air pur à un long-métrage faisant
parfois l’apanage au mystère pesant qu'entretiennent les deux
autres principaux interprètes, Mireille Darc et Alain Delon.
La première interprète
Peggy Lister, que François, l'écrivain, croise un jour sur une
plage de la Côte d'Azur. C'est le coup de foudre. Il la suit, la
colle, malgré elle. Alain Delon, lui, incarne Marc Rilson, ami et
avocat de Peggy. Mais alors que François tente de séduire Peggy,
qui finira par accepter la présence de l'écrivain à ses côtés,
des meurtres sont commis, les victimes étant toutes des proches de
la jeune femme. C'est lors d'une conversation avec l'avocat de Peggy
que François apprend que la jeune femme a séjourné dans un hôpital
psychiatrique après avoir tué son mari alors que l'écrivain
pensait jusque là qu'elle était divorcée. Pourtant, ces aveux
n’entachent rien à la relation qu'ils entretiennent. Mieux :
François propose à Peggy de venir s'installer chez lui...
Distillant autant de
mystère que Jacques Deray avec son excellent Un Papillon sur
l’Épaule
réalisé en 1978 et principalement interprété par Lino Ventura
sans que personne n'ait eu cette fois-ci l'idée de critiquer
l'approche du cinéaste français, Les Seins de
Glace
diffuse un étrange parfum, parfois à la limite de l'épouvante,
mais sans jamais atteindre le degré de folie du génial Mort
un Dimanche de Pluie que
Joël Santoni réalisa en 1986. Proche également du genre « giallo »
cher au cinéma transalpin, l’œuvre de Georges Lautner n'est pas
le film au charme vieillissant des années soixante-dix que tout le
monde semble clamer, même s'il conserve bien évidemment
l'esthétique de ce cinéma passéiste. Mireille Darc y est aussi
séduisante que bouleversante dans ce rôle inhabituel. Tout comme
Alain Delon d'ailleurs, froid et distant, dont la personnalité est
difficile à définir au point que le spectateur vienne à doute des
origines de celui qui tue autour de François et de Peggy.
Bien
sûr, Les Seins de Glace
n'est pas tout à fait exempt de défauts. Quelques invraisemblances
viennent émailler le récit et le montage se montre parfois très
aléatoire.
Mais
la force du long-métrage de Georges Lautner se contient dans le
principe même de sortir du carcan un peu trop étriqué du mélange
comédie/policier auquel il nous a habitué avec une régularité de
métronome. Et puis, Les Seins de Glace,
c'est aussi l'occasion d'être convié à l'une des fins les plus
tragiques et belles que le cinéma des années soixante-dix nous ai
offert...




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