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samedi 24 septembre 2022

Hommes au bord de la crise de nerfs d'Audrey Dana (2022) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

La France... Ce si beau pays qui dégringole, qui fuit de partout, aux frontières poreuses, à l'éducation brinquebalante, aux mœurs de plus en plus délétères, future idiocratie qui n'en doutons pas, sera un jour dirigée par une ''intelligentsia'' décérébrée. Il n'y a pas si longtemps pouvions-nous encore nous changer les idées en nous enfermant dans les salles obscures, à rêver devant ces utopies où tout va bien et où le mauvais est invariablement balayé au détour d'un bon mot. Ces comédies écrites avec soin, par et pour des femmes et des hommes de bon goût ! Aujourd'hui, la comédie française est tel que nous est représenté notre pays. Désargentée, piteuse et artistiquement régressive. De la mal-bouffe numérique ou plus rarement imprimée sur pellicule. Il en est, mais si rares, qui heureusement sauvent les meubles chaque année. Mais combien d'entre eux ? Michel Hazanavicius et Coupez ! ? Oui, sans doute, mais à quel prix ? Celui de devoir aller chercher l'inspiration jusqu'en Asie et découvrir que sans l'habituel ''couplet/refrain'' (!?!), certains ne s'y retrouvent pas ? Hommes au bord de la crise de nerfs d'Audrey Dana, laquelle n'en est pourtant pas à sa première comédie signe avec celle-ci, un pur produit de consommation qui ne demande pas la moindre réflexion. Tout juste que l'on plonge la main dans son porte-monnaie pour y dénicher la poignée d'euros qui ouvriront les portes des salles obscures. C'est donc aujourd'hui que sort en dvd le nouveau long-métrage de la réalisatrice française. Et autant dire que portes-feuilles, portes-monnaie, comptes en banque et cartes bleues sont aux abois, suppliant que leur propriétaire n'aura pas la mauvaise idée d'acheter au format physique ce qu'ils avaient déjà enduré quatre mois en arrière au cinéma...


C'est que l'on finirait par oublier que Thierry Lhermitte fit partie de la troupe du Splendid, que Ramzy Bédia fut l'acolyte d'Eric Judor, que François-Xavier Demaison incarna au cinéma un Coluche convainquant ou que Laurent Stocker... Hein ! Quoi ? Ouais, non, pas lui ! Pour être tout à fait honnête, j'exagère peut-être un peu. Car entre le mauvais souvenir de sa vision en salle et sa redécouverte en DVD par l'entremise d'un ami achetant en magasin tout et n'importe quoi de manière compulsive, force est de reconnaître que Hommes au bord de la crise de nerfs n'est pas si mauvais qu'il n'y paraît. Au contraire même, ce bol d'air frais tant rêvé que promet la situation géographique du récit réussira le temps de sa projection à faire oublier presque n'importe lequel de vos tracas. Projet réunissant la vieille et la nouvelle garde de la comédie française (du quasi septuagénaire Thierry Lhermitte au jeune Max Baissette de Malglaive du haut de ses vingt-deux ans), le nouveau long-métrage d'Audrey Dana se montre en réalité fort généreux. Écrit par ses soins ainsi que ceux de Claire Barré, le scénario plonge ses protagonistes en pleine nature avec à leur disposition, un service minimum : une yourte et des produits locaux poussant ou gambadant à portée de main. Sans oublier Marina Hands qui dans le rôle légèrement perché d'Omega va tenter de leur faire oublier tous leurs tracas. Si le film commence sous les meilleurs augures avec sa brochette de personnages tantôt dépressifs, tantôt râleurs, contraints d'obéir à un concept de thérapie de groupe plutôt original, au fil de récit l'on finit par s'attacher aux personnages. Une thérapie exclusivement réservées aux hommes mais coachée par une femme ! Malgré les divers désagréments et les personnalités différentes de ces sept adultes se comportant parfois comme des enfants, la bonne humeur va lentement mais sûrement s'installer. Une bonne humeur communicative qui parviendra d'ailleurs à se transmettre jusque chez le spectateur. Si Hommes au bord de la crise de nerfs n'est clairement pas la comédie de l'année (laquelle l'est-elle d'ailleurs?), les personnages sont attachants, suffisamment différents les uns des autres pour s'y retrouver ici ou là et l'environnement ''aéré'' particulièrement séduisant. De la tendresse et de l'humour, quoi demander de plus... ?

 

dimanche 14 novembre 2021

Profession du père de Jean-Pierre Améris (2020) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Je m'étonne toujours de voir combien mon ressenti peut parfois diverger de celui de nombre de critiques. Profession du père est un bon exemple de ce genre de désarroi lorsque je lis ça et là qu'un long-métrage est au mieux un sympathique film ou au pire, une œuvre ratée. C'est à se demander si parfois certains spectateurs manquent d'émotion ou que d'autres, comme moi, en débordent un peu trop. Benoît Poelvoorde est en sa matière d'interprète tragi-comique, ce que le septième art a enfanté de meilleur depuis ses débuts cinématographiques. N'en déplaisent aux vieilles rombières qui s'offusqueront toujours devant C'est arrivé près de chez vous, le plus français des belges et du moins, celui qui parvient à sauver notre cinéma humoristique de l'indigence dans laquelle certains scénaristes, réalisateur, producteurs et interprètes se complaisent, parvient encore une fois à nous émouvoir dans cette étrange chose filmique qui intrigue bien avant l'entrée dans la salle de cinéma pour mieux nous tromper d'ailleurs avec son affiche en totale inadéquation avec son contenu. Une comédie comme semblent vouloir l'afficher (par contrainte?) Benoit Poelvoorde et le jeune Jules Lefebvre quand en réalité, Profession du père, c'est d'abord le drame d'une petite famille vivant dans les années soixante au cœur d'une petite ville de province. Une famille qui a tout pour être heureuse mais dont l'existence est minée par un traumatisme. Celui du père qu'interprète justement l'acteur belge avec toute la puissance qu'on lui connaît, entre retenue et terribles crises de démence. Parce qu'il a vécu les horreurs de la guerre d'Algérie, André Choulans a développé de drôles d’obsessions qu'il va très rapidement reporter sur son fils auquel il va confier des missions périlleuses est inconcevables pour un enfant de douze ans. Traumatisme, oui. Mais aussi sûrement, mythomanie et paranoïa, lesquelles semblent diriger les propos et les actes de ce père aussi bouleversant qu'inquiétant. D'où cette qualité qu'à Benoît Poelvoorde à camper ce père avec toute la fragilité qui semble émaner de l'acteur, bien avant qu'elle ne transparaisse chez lui une fois démarré le tournage...


Profession du père tourne autour de très peu de personnages à vrai dire. Car en dehors de Benoît Poelvoorde, de l'excellent Jules Lefebvre dont certains regards et certaines attitudes sont bluffantes de maturité, on retiendra aussi l'actrice Audrey Dana dans le rôle de Denise Choulans, cette épouse aimante, patiente, mais jamais tout à fait innocente dans cette attitude qu'elle adopte parfois lorsque son époux s'emporte contre leur enfant. Graduellement, le film s'enfonce dans un cauchemar ordinaire qui tend à évoquer ces cas d'enfants battus mais qui trouve ici une explication. Voire, il est terrible de l'énoncer, une justification. Benoît Poelvoorde passe du père héroïque qui fait rêver son fils, au dangereux paranoïaque qui finit même par se méfie même de ses proches. Adapté du roman éponyme de l'écrivain français Sorj Chalandon réputé pour être particulièrement sombre, Benoît Poelvoorde retrouve le réalisateur Jean-Pierre Améris avec lequel l'acteur avait déjà tourné à deux reprises dans les comédies Les émotifs anonymes en 2010 et Une famille à louer cinq ans plus tard. Autant dire qu'avec Profession du père, le ton emprunté est bien différent. On ne s'y jette pas pour rire. Ou alors faut-il avoir l'esprit sacrément tordu pour se délecter du climat tendu qui peu à peu s'installe au sein de cette attachante famille et qui se termine sur un final pas vraiment joyeux avec un Benoît Poelvoorde qui rejoint au panthéon de la folie, celles et ceux que réalisateur et scénariste ont choisi d'abandonner à leur triste sort. Profession du père est une expérience fascinante qui nous offre la subtilité de ne pas juger ses personnages pour ce qu'ils portent de ''mauvais'' en eux. Si l'on s'attache immédiatement au jeune Émile grâce au talent et à la grande expressivité de son interprète et si Audrey Dana est elle-même très touchante dans le rôle de cette épouse ''coincée'' entre son amour pour André et son instinct maternel, c'est pourtant bien Benoît Poelvoorde qui continue de nous hanter longtemps après la fin de la projection... Troublant...

 

dimanche 23 août 2020

La Vérité si je Mens ! Les Débuts de Gérard Bitton et Michel Munz (2019) - ★★★★★★★☆☆☆




La saga La Vérité si je Mens est l'une des rares dans le domaine de la comédie française a avoir su maintenir l'engouement du public à travers le temps et une certaine qualité malgré les critiques pas toujours favorables de la presse spécialisée qui n'encensa pas systématiquement le troisième volet des aventures d'Eddie Vuibert, Serge Benamou, Yvan Touati, Dov Mimran et Patrick Abitbol. Plutôt que de poursuivre le récit de ces cinq amis juifs séfarades regroupés dans le Sentier à Paris où ils travaillent dans le commerce de textiles, Thomas Gilou, réalisateur des trois premiers volets, abandonne le flambeau au profit de Gérard Bitton et Michel Munz qui jusqu'à maintenant s'étaient contentés d'en écrire les scénarii et qui choisissent donc pour ce quatrième opus, de revenir aux origines du groupe. Du moins, de celles qui entourent les quatre derniers puisque historiquement, le personnage d'Eddie (Richard Anconina) n'apparaissait parmi les cinq amis qu'à l'âge adulte dans le premier long-métrage. Exit donc la plupart des interprètes de la saga. Terminés José Garcia, Bruno Solo, Gibert Melki, Vincent Elbaz, mais également celles qui les accompagnaient : Aure Atika, Amira Casar ou Elise Tovati. Ne demeure des trois premiers volets que Gilbert Melki qui dans le cas présent incarne le père de Patrick et Gladys Cohen qui interprète toujours Georgette Benamou, la mère de Serge, même si sa présence à l'écran paraît tout à fait incongrue du fait de l'âge avancé de l'actrice dont le personnage, apparaît forcément beaucoup plus ''vieille'' que lorsqu'elle apparaissait dans les trois premiers volets...

Le principe de la préquelle est aussi risqué qu'intéressant. Casse-gueule car en réalisant un La Vérité si je Mens ! Les Débuts remontant à l'époque où Patrick, Serge, Yvan et Dov n'étaient que des adolescents, Gérard Bitton et Michel Munz prennent le risque de perdre une partie des spectateurs en cours de route. Et sans doute parmi eux, ceux qui allaient au cinéma pour retrouver, Richard Anconina, Vincent Elbaz, José Garcia, Bruno Solo, Aure Atika ou Amira Casar. S'il faudra une poignée de minutes pour intégrer chaque personnage, très rapidement, on se fait à la présence à l'image de Yohan Manca dans le rôle de Patrick, Mickael Lumière dans celui de Dov Mimran, d'Anton Csaszar dans la peau de Serge ou encore de Jeremy Lewin dans celle d'Yvan même si des quatre, ce dernier est le moins impliqué. À dire vrai, La Vérité si je Mens ! Les Débuts semble dresser une hiérarchie parmi les quatre interprètes. Le rôle principal est dévolu à Yohan Manca, Mickael Lumière se place en seconde position tandis qu'Anton Csaszar est à en troisième position. Gérard Bitton et Michel Munz, qui se sont logiquement attaqués au scénario eux-même proposent un récit relativement classique, débordant parfois du côté des Sous-Doués Passent le Bac de Claude Zidi avec un Serge dont on retrouve déjà la propension à se reposer sur ses amis...

Patrick et Yvan tiennent un vidéo-club tandis que Dov travaille dans un magasin de vêtements dont le propriétaire se prénomme Max. Interprété par François Berléand, son épouse Hélène (l’actrice Audrey Dana) le trompe avec son jeune employé. La Vérité si je Mens ! Les Débuts joue sur la fibre nostalgique et y réussi parfaitement même si dans un premier temps, les choses débutent de manière relativement décevante. Si le film tient parfaitement sur ses bases, ça n'est pas grâce à son script plutôt convenu (même si nombre de situations prêtent à (sou)rire) mais bien parce que les trois principaux interprètes que sont Yohan Manca, Mickael Lumière et Anton Csaszar réussissent à faire oublier après quelques instants Gilbert Melki, Vincent Elbaz et José Garcia. La palme revient cependant au premier. En effet, le timbre de voix ainsi que les expressions labiales et faciales de Yohan Manca sont telles que l'on a parfois l'impression que Gilbert Melki a lui-même doublé le jeune interprète. Sans doute pas inoubliable, La Vérité si je Mens ! Les Débuts (quatrième long-métrage de Gérard Bitton et Michel Munz en tant que réalisateurs après Ah ! si j'étais Riche en 2002, Le Cactus en 2005 et Erreur de la Banque en votre Faveur en 2009) prouve que leurs auteurs ont eu raison de faire confiance à leur instinct. Si les fans de la saga espéraient jusqu'alors un nouvel opus dans la continuité des trois premiers, une séquelle à cette préquelle est désormais envisageable... 

mardi 23 juillet 2019

Convoi Exceptionnel de Bertrand Blier (2019) - ★★★★☆☆☆☆☆☆







La collaboration entre les acteurs français Gérard Depardieu et Christian Clavier n'est pas de première jeunesse. S'il est largement connu qu'ils ont partagé ensemble les rôles vedettes de deux volets de la franchise Astérix (Astérix et Obélix contre César de Claude Zidi en 1999 et Astérix et Obélix : mission Cléopâtre d'Alain Chabat en 2002) et de la comédie Les Anges gardiens de Jean-Marie Poiré en 1995, il est sans doute moins familier que de savoir que deux décennies auparavant, ils se sont frottés l'un à l'autre dans le très beau et véritablement tragique Dîtes lui que je l'aime de Claude Miller en 1977. Ça n'est donc qu'une demi-surprise que de les retrouver une fois encore réunis sur grand écran. Une demi-surprise car c'est par contre la première fois qu'ils sont ensemble sur le tournage d'un long-métrage réalisé par le cinéaste, écrivain et dialoguiste Bertrand Blier. Convoi Exceptionnel l'est, d'exceptionnel, à plus d'un titre. Tout d'abord parce que le dernier film du cinéaste remontait à 2009 (l'excellent Le Bruit des Glaçons), soit presque dix ans, et que l'on ne peut rester indifférent à tout ce que touche l'auteur des cultissimes Les Valseuses, Calmos, Préparez vos Mouchoirs, Buffet Froid, ou encore Tenue de Soirée et Merci la Vie.

Bien que les années 2000 aient été parfois désastreuses en terme de critiques (Combien tu m'aimes ? méritait sans aucun doute un meilleur sort quand l'adaptation cinématographique de sa propre pièce de théâtre Les Côtelettes se révélait, elle, ponctuellement, mais trop rarement, exaltante), en ce début d'année 2019, on espérait le retour en grâce du fils spirituel de Michel Audiard. Alors, qu'en est-il ? Et bien, mieux vaut ne pas s'attendre à ressentir les mêmes émotions qui nous étreignirent à l'époque des burlesques et surréalistes chefs-d’œuvre du cinéaste français sous peine d'éprouver un curieux ressentiment envers ce qui semble être une œuvre testamentaire aussi grave qu'ennuyeuse. Les fans du génie des mots et des maux retrouveront certainement quelques références à son Buffet Froid lors de la rencontre entre nos deux héros, le clochard Taupin, le bourgeois Foster et ce flic incarné par Philippe Magnan ou plus loin encore à son anti-féministe révolutionnaire Calmos lors du repas qui clôt l'aventure. Parmi les invités de cette farce moribonde, les actrices Sylvie Testud, Alexandra lamy, Audrey Dana, Isabelle de Hertogh et pour la quatrième fois sous la houlette de son mari de réalisateur, Farida Rahouadj. Côté gente masculine, on a droit aux participations d'Alex Lutz (auteur et principal interprète du remarquable Guy), Bouli Lanners, Louis-Do de Lencquesaing, Jean Dell ou encore Guy Marchand qui semble ici, et dans la peau d'un producteur, figurer Bertrand Blier lui-même.

Il est parfois des impressions difficiles à retranscrire. Pourquoi, d'un côté, sommes nous en mesure de crier au génie d'un Quentin Dupieux rythmant ses œuvres à la vitesse d'un escargot atteint de polyarthrite et écrites sur un minuscule bout de papier tandis qu'il peut devenir très vite insupportable de suivre jusqu'au bout les aventures rarement réjouissantes des héros de ce Convoi Exceptionnel ? Peut-être parce qu'à sa façon, Bertrand Blier aura-t-il façonner une filmographie si exceptionnelle (pour le coup), si pertinente et si personnelle qu'il devient alors impossible de lui pardonner la moindre faiblesse ? Son dernier long ne comble absolument pas les attentes. Presque dix ans de patience pour un résultat en demi-teinte. En quart de teinte, même, oserai-je dire. Et pourtant, malgré tout, et c'est sans doute ce qui fait de ce Convoi Exceptionnel une immense déception, le film possède quelques rares moments d'intense émotion et de poésie qui émaillent un récit anémique. Le dernier film de Bertrand Blier aurait sans doute trôné en bonne place aux côtés de ses meilleures œuvres si chacune des scènes avaient ressemblé à celle qui oppose durant quelques instants Christian Clavier à Alexandra Lamy qui pour le coup, efface la présence de n'importe quel autre personnage. Aussi vite vu, aussi vite oublié...

mercredi 16 mai 2018

Pension Complète de Florent Emilio-Siri (2015) - ★★★★★☆☆☆☆☆



A ce jour, Pension Complète est le dernier long-métrage de Florent Emilio-Siri, auteur entre autre du biopic Cloclo consacré au chanteur français Claude François en 2012. Pour son dernier film, il engage le duo de Camping, le succès inespéré (incompréhensible?) de Fabien Onteniente. Franck Dubosc croise donc à nouveau la route de Gérard Lanvin. Le premier incarne François, propriétaire et grand chef cuisinier d'un hôtel-restaurant réputé situé en bord de mer. Son épouse Charlotte accompagne son époux dans sa carrière de restaurateur mais aimerait qu'il lui accorde davantage de temps. Le restaurant, c'est le bébé de François. C'est au moment où tout s'emballe entre les époux que débarque Alex, l'ancien compagnon de la jeune femme, disparu depuis onze ans et laissé pour mort. Alors que les rapports entre Charlotte et François se compliquent, l'arrivée d'Alex va accélérer les événements. D'autant plus que ce dernier a l'intention de reprendre les rennes du restaurant qui selon son avocat lui appartient toujours, ainsi que de reprendre à ses côtés Charlotte qu'il aime toujours autant que par le passé, tandis que François, lui, espère obtenir sa première étoile au Guide Michelin...

Une heure et vingt et une minutes. Si l'on ôte en plus les quarante secondes de générique de début et les cinq minutes et dix seconde de celui qui vient clore le film, Pension Complète ne dure en réalité pas beaucoup plus d'une heure et quinze minutes. Ce qui devait faire tout de même chère la place au moment de sa sortie. Il y a des films qui durent deux heures (et même plus) et qui en paraissent parfois moitié moins et d'autres qui n'excèdent pas les quatre-vingt dix minutes mais qui paraissent durer une éternité. Les soixante-quinze minutes du long-métrage de Florent Emilio-Siri semblent finalement largement suffisantes. De quoi maintenir le public assis jusqu'au bout sans qu'il ne ressente l'envie pressente de quitter la projection. Car comme une grande majorité des comédies françaises des années 2000 (on pourra même remonter jusqu'aux années quatre-vingt dix pourquoi pas), Pension Complète est assez triste et monotone. Pas un seul dialogue inspiré de l’œuvre de Gilles Grangier (le classique de la comédie française La Cuisine au Beurre avec Bourvil et Fernandel) ne retiendra l'attention. Pourtant scénarisé à six mains par Matt Alexander, Cécile Sellam et Mathieu Oullion, la comédie de Florent Emilio-Siri est très largement en dessous de son modèle.

C'est d'autant plus dommage que l'on y découvre un Franck Dubosc qui sort enfin un peu de son image de ringard pour interpréter un grand chef cuisinier entièrement voué à son métier et rêvant d'obtenir sa première étoile au guide Michelin. Face à lui, le toujours indomptable Gérard Lanvin qui dans la peau de l'ancien amant vient mettre son grain de sel dans les affaires du chef-cuisinier et de son couple. Si l'on s'amuse quelque peu du duel comique qui oppose les deux principaux acteurs, Pension Complète se révèle malheureusement très faible. Surtout lorsque certains rouages qui auraient normalement dû apporter un peu de piment à l'affaire sont éludés un peu trop facilement. On pense notamment à l'impuissance de François, à la grossesse de Charlotte, ou encore aux conséquences découlant de l'adultère auquel se sont adonné Alex et Charlotte. Je veux bien que ces aspects du récits soient potentiellement réduits à leur portion congrue (Pension Complète n'est de fait, qu'une toute petite comédie), mais ces très intéressants enjeux qui auraient donné du corps au scénario demeurent finalement très (trop?) secondaires. Voire inutiles. En plus, le film est perclus d’invraisemblances. Au final, le film de Florent Emilio-Siri est relativement négligeable vu le nombre de comédies qui sortent sur les écrans chaque année. Nous retiendrons tout de même la présence de la charmante Pascale Arbillot dans le rôle de Charlotte, et celle d'Audrey Dana dans la délirante incarnation de sa sœur, Pascale. Une petite comédie insignifiante...

jeudi 16 juin 2016

Torpédo de Matthieu Donck (2012)


Michel Ressac tente de gagner sa vie en vendant des objets aussi hétéroclites que des casseroles et des aspirateurs. Brouillé avec son père depuis qu'il a abandonné le vignoble familial pour s'installer dans une grande cité de la Belgique, il reçoit un jour un appel téléphonique qui va lui permettre de recoller les morceaux avec lui. Il gagne en effet un repas en compagnie du grand héros de son père, le cycliste Eddy Mercks. Seule ombre au tableau, il a pour obligation de se rendre dans un magasin spécialisé dans les canapés afin de remporter son prix. Sauf qu'il doit se présenter en famille. Michel vit seul. Il n'a pas de femme et n'a pas d'enfants non plus.

S'offre alors à lui l'opportunité d'embarquer le jeune Kevin, un enfant fougueux, véritable adepte des coups fourrés et fils adoptif d'un couple qui passe le plus clair de son temps à s'engueuler. Mais il lui faut également une femme. Il compte bien en trouver une en la personne de Christine, une ex petite amie qui vit avec un très beau spécimen d'abruti, vendeur d'aquarium et fan de football.

Lorsque le trio ainsi composé se présente devant le magasin de canapés, il est déjà trop tard. Les employés plient boutique et le responsable du magasin "Sofa Life" indique à Michel qu'Eddy Mercks est déjà reparti pour la ville de Brest, en France. Insistant sur le fait qu'il a besoin de prendre possession de son prix, Michel est jeté hors du magasin. Le soir même ce dernier essaie à nouveau de convaincre Pascal Dumont, le responsable, de l'aider à rencontrer Eddy Mercks mais l'homme apeuré chute au sol et tombe assommé, persuadé que Michel a l'intention de s'en prendre à lui.

Une évidence s'offre alors à Michel. Lui et sa famille improvisée doivent prendre la route en direction de Brest à bord de son camping-car. Ne sachant que faire du corps inerte de Pascal Dumont, ils l'embarquent avec eux pour un road movie franco-belge plein d'aventures...

C'est bien le mot : road-movie. Le film de Matthieu Donck est un généreux présent offert aux spectateurs. Un voyage initiatique dans lequel l'humour et l'émotion se croise avec une certaine finesse. On découvre un François Damiens relativement attachant, jamais énervant malgré toute la vacuité qu'évoque tout d'abord son personnage de plouc. Dans une Belgique où le chômage apparaît en toile de fond discrète, les personnages apparaissent tous plus affligeants les uns que les autres. A commencer par les parents adoptifs du petit Kevin (Cédric Constantin) qui se chamaillent à longueur de journée. Un Kevin auquel ses tuteurs laissent le champ libre pour faire toutes les conneries possibles et imaginables. Le gamin ne se gène jamais pour voler son prochain. Audrey Dana campe l'ex petite amie de Michel. Une jeune et jolie jeune femme qui trouve dans cette aventure le moyen d'échapper au quotidien de son existence et surtout au contact d'un compagnon pas très attachant. Christian Charmetant est ce petit vendeur fielleux qui se retrouve pris au piège à l'intérieur du camping-car, enrubanné dans le propre rouleau adhésif de l'entreprise pour laquelle il bosse. Il partage le quotidien de cette fausse famille qui apprend à en devenir une vraies sur ses conseils involontaires. Lui qui aimerait échapper à ses bien inoffensifs ravisseurs tirera autant d'enseignement qu'eux sue cette expérience.

Torpédo n'est ni vraiment amusant, ni vraiment triste. Il s'en dégage une certaine nostalgie. François Damiens est attachant, comme le sont d'ailleurs les trois acteurs qui vont l'accompagner durant ce court road-movie (1h29) et l'on prend un véritable plaisir à les accompagner dans cette aventure parfois burlesque mais jamais méchante.
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