Il y eut une époque où tout ce que touchait David Fincher ou
presque se transformait en or.
ALIEN³
en 1992, Se7en
en 1995, Fight
Club
en 1999 ou encore
Zodiac
en 2007... Alors qu'est attendu pour cette fin d'année 2026 son
dernier long-métrage The
Adventures of Cliff Booth,
écrit par Quentin Tarantino et dont la diffusion est prévue sur
Netflix
pour novembre aux États-Unis et un mois plus tard pour le reste du
monde, retour sur le véritable phénomène que représenta Se7en
à
l'époque de sa sortie. Digne successeur du glaçant Manhunter
que réalisa une décennie auparavant Michael Mann, le second
long-métrage de David Fincher est à l'exacte croisée des chemins
entre son premier film, ALIEN³,
dont
il su redéfinir les codes esthétiques et narratifs pour proposer
une œuvre moite, étouffante, dans un milieu carcéral à l'échelle
d'une planète toute entière et les thrillers les plus sombres. Un
long-métrage au mieux inconfortable pour les uns et au pire,
carrément ennuyeux pour les autres... Fort heureusement, armé d'un
scénario en béton signé d'Andrew Kevin Walker qui juste avant
signa celui de Souvenirs
de l'au-delà
de Brett Leonard avant d'écrire ceux de The
Game
et Fight
Club
de David Fincher, de 8
millimètres
de Joel Schumacher, de Sleepy
Hollow : La Légende du cavalier sans tête
de Tim Burton ou encore celui de Wolfman
de Joe Johnston, le réalisateur américain allait signer en cette
année 1995 l'un des thrillers les plus sombres et efficaces de
l'histoire du cinéma. Également accompagné d'une équipe technique
hors pair parmi laquelle l'on trouve le compositeur attitré de
l'immense David Cronenberg, Howard Shore, ou le directeur de la
photographie franco-iranien Darius Khondji, tout commence avec le
générique de Kyle
Cooper. D'une conception qui laissera sur le cul tout ceux qui le
découvrirent pour la première fois, inspirant par la suite d'autres
auteurs, celui-ci se fond à la perfection au thème du récit. Une
parabole construite autour du principe des sept péchés capitaux.
Révélant la nature humaine profondément atteinte par la foi du
tueur qui pour chacun de ses meurtres va mettre en scène la victime
et cacher sur le lieu du crime des indices permettant aux inspecteurs
William Somerset et David Mills de poursuivre leur enquête tout en
découvrant peu à peu les intentions de celui qui se fait appeler
John Doe. Héritier direct de Manhunter,
donc, mais aussi d'Angel
Heart
d'Alan Parker ou du très déstabilisant Spoorloos
(L'Homme
qui voulait savoir)
de George Sluizer, Se7en
aura lui aussi fait des petits de par le monde, comme en Espagne avec
Marshland
d'Alberto Rodriguez, en Belgique avec De
Behandeling
de
Hans Herbots, en Corée du sud avec Memories
of Murder de
Bong Joon-ho et au Canada avec l'amusant Resurrection
de Russell Mulcahy. Sans doute pas le plus réussi de tous mais en
tout cas celui qui en reprend les codes jusqu'à devenir le miroir
nanardesque du film signé de David Fincher quatre ans auparavant !
Dans
les rôles principaux de Se7en
l'on retrouve Brad Pitt et Morgan Freeman. Le premier incarne
l'inspecteur David Mills. Jeune flic fougueux et impulsif, marié à
Tracy qu'incarne Gwyneth Paltrow, il accompagne pour sa dernière
mission l'inspecteur William Somerset qu'interprète donc de son côté
Morgan Freeman. Un flic très proche de la retraite, beaucoup plus
tempéré et avançant avec sagesse... De ce duo apparemment
antinomique, David Fincher accouche d'un buddymovie qui n'a rien de
comparable avec les comédies américaines qui ont pour habitude de
lier deux tempéraments aux antipodes l'un de l'autre. Ici, le
contexte est morbide, délétère, glaçant et étouffant. Le
cinéaste met en scène des meurtres rituels abominables. Entrecoupés
de séquences plus ''classiques'' qui permettent d'introduire le
spectateur dans l'intimité de ses personnages et ainsi de les rendre
attachants. L'invitation de l'inspecteur William Somerset chez le
couple Mills étant d'ailleurs à ce sujet, très significative. Il
n'est plus seulement question pour Tracy d'unifier la relation
professionnelle entre son mari et son collègue mais bien de faire de
ce duo incompatible l'équipe idéale chargée de mettre la main sur
celui qui fait trembler toute la ville. Séquence qui permettra en
outre d'éveiller la morale et les émotions du spectateur lorsque
surviendra la séquence finale alors même que la présence de la
jeune femme se réduira à quelques courtes scènes seulement.
Curieusement, David Fincher élude la présence des médias,
préférant donc se concentrer presque exclusivement sur l'enquête
de ses deux inspecteurs. Le cinéaste signe ainsi un grand film. Qui
non content d'être d'un pessimisme extrême est aussi et surtout
d'une construction absolument diabolique. Visuellement superbe bien
que s'inscrivant dans un univers désespérément sombre, Se7en
est surtout interprété par un quatuor d'interprètes remarquables.
Morgan Freeman, Gwyneth Paltrow, Brad Pitt et... un quatrième acteur
dont l'identité fut tenue secrète jusqu'à la sortie du film en
salle. Et même jusqu'à son apparition à l'écran puisque son nom
n'apparaissait pas lors du générique d'ouverture. D'ailleurs, je
tairai son identité au cas où certains n'auraient toujours pas
découvert ce très grand thriller du cinéma américain... Bref, du
très grand cinéma...
.png)
.png)
.png)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire