Sur les conseils d'un ami
très proche dont le film de chevet, je préfère le préciser, est
La soupe au chou
de Jean Girault, ami que l'on pourrait donc davantage considérer de
nanardophile dans le meilleur de cas et de franchouillardophile dans
le pire que de véritable cinéphile ou cinéphage, j'ai regardé il
y a deux jours le très évocateur Que justice
soit faite
de F. Gary Gray. Un réalisateur, producteur et acteur d'origine
afro-américaine dont je ne connaissais jusque là que l'assez peu
satisfaisant quatrième volet de la franchise Men
in Black
sous-titré International.
En parcourant sa filmographie, je constate ensuite que le bonhomme a
également réalisé le huitième opus de la saga Fast
& Furious
dont la seule évocation me donne des hauts le cœur de dégoût !
L'ami en question, pour qui élégance, raffinement, chic et
délicatesse passent par une bonne grosse séance de flatulences en
plein air (j'entends par là, celles de nos regrettés Louis de Funès
et Jean Carmet) m'affirme sans rougir que tous ceux auxquels il
adressa ce film comme celui à ne surtout pas manquer apprécièrent
l'expérience. Ni une, ni deux, et sans avoir au préalable demandé
à qui avait été destiné ce précieux conseil, je me lançais donc
dans cette expérience de thriller mâtiné de vengeance tardive
scrupuleusement préparée par un époux et un père dont la femme et
la petite fille furent assassinées par deux dangereux criminels
venus cambrioler leur demeure. Bref, le genre de Vigilante dont
j'attendais qu'il réussisse presque à me faire oublier les premiers
volets de la fameuse licence Death Wish
incarnée par sieur Charles Bronson dans les années soixante-dix,
quatre-vingt et quatre-vingt dix. Et d'une certaine manière, il y
réussit. Non pas grâce à ses qualités, celles qui par définition
sont surtout et intrinsèquement liées aux desiderata du fervent
admirateur de bousins dont les budgets flirtent à minima avec les
cinquante millions de dollars, mais grâce (et ici, en l'occurrence,
à cause) de ses nombreuses invraisemblances qui en se superposant
les unes aux autres font de Que justice soit
faite,
un authentique cas d'école. Prendre à ce point le spectateur pour
un con en lui faisant avaler des couleuvres par dizaines en espérant
qu'il passera un moment agréable dénué de toute réflexion quant
au virage systématiquement improbable du récit, oui, je le dis, je
l'écris, F. Gary Gray et le scénariste Kurt Wimmer prennent
vraiment les spectateurs pour des crétins. On comprend alors que
Frank Darabont ait préféré prendre ses jambes à son cou pour
divergence artistique. Pas de chance pour Gerard Butler qui incarne
ici le rôle de l'époux et père meurtri qui prendra dix ans pour
fomenter sa vengeance. Car après avoir consciencieusement préparé
la mort des deux criminels, l'ingénieur Clyde Alexander Shelton n'en
aura pas pour autant terminé et fera payer à toutes celles et ceux
qu'il juge responsable du prix de leur ''trahison''...
L'un des faits les plus remarquablement absurdes du script de Kurt Wimmer concerne tout d'abord l'accord obtenu par le procureur Nick Rice (Jamie Foxx) au sujet de Clarence Darby (Christian Stolte) auquel il demande de témoigner contre son complice Rupert Ames (Josh Stewart) afin que celui-ci soit condamné à mort lors de leur procès ! Si celui qui n'a pas encore mis les pieds dans le plat en visionnant cette indigence scénaristique généralisée que représente Que justice soit faite a peu de chance de comprendre où se situe la ''coquille'', l'autre est saisi par tant d'incohérence. Car le procureur en question préfère effectivement négocier avec le véritable assassin qu'avec son complice ! Imaginez donc ce dernier être exécuté par injection tandis que Clarence Darby ira passer quelques années en zonzon avant d'être libéré pour bonne conduite. Profitons de l'occasion qui nous est offerte pour évoquer les nombreuses ellipses qui viennent briser le peu d'intérêt qu'aurait pu théoriquement offrir le long-métrage. Car la vengeance en question, prometteuse sur le papier et sur les lèvres de mari et père revanchard, n'est ni plus ni moins qu'éludée en un peu moins de temps qu'il ne faut pour le dire ! Mais ce qu'il y a probablement de pire avec Que justice soit faite reste sans aucun doute la caractérisation de notre héros qui plus qu'un ingénieur est devenu au fil du temps un stratège du crime, omniscient, qui en outre a eu suffisamment de temps pour développer des capacités qui semblent aller bien au delà de celles du personnage incarné par Liam Neeson dans l'excellent Taken. Expert en informatique, en explosifs, en droit, en psychologie et même en manipulation ! Autant dire qu'à côté de lui, n'importe quel super-héros Marvel ou DC Comics ne peut faire le poids. F. Gary Gray pousse si loin le curseur que son thriller, sous couvert de confronter la Justice à des problématiques d'ordre moral, juridiques et procéduriers (bien loin d'atteindre de ce point de vue là l'intensité du tragique et bouleversant La Vie de David Gale d'Alan Parker) finit par devenir involontairement drôle. Et encore, faut-il s'être tout d'abord assuré de ne pas être atteint d'Hypomimie avant de se lancer dans l'aventure car sinon, vous aurez la désagréable impression d'être atteint de paralysie faciale tant vous aurez envie de rire sans pouvoir cependant y parvenir ! Au final, Que Justice soit faite est assez difficile à évaluer, entre thriller poussif et parodie inconsciente...
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