Alors que précédemment
je m'infligeais L'étrange couleur des larmes de ton corps de
Hélène Cattet et Bruno Forzani dont je n'ai longtemps pas osé mettre
en ligne l'article que je lui ai consacré de peur de me prendre la
foudre de la part des fans du duo, il fallait bien un petit retour en
arrière au cœur des fascinantes annales du Giallo
pour me remettre de cette expérience cinématographique qui se
regarde un peu trop le nombril à défaut d'être capable de nous
offrir un scénario qui tient debout ! Direction l'Italie, donc,
pays de naissance d'un sous-genre mêlant Policier, Slasher et
Horreur (et parfois même, une pointe de sexe) dont les racines se
situent dans l'univers du livre et remontent en 1929 lorsque
l'éditeur italien Arnoldo Mondadori lança la collection Il
Giallo Mondadori.
Outre les histoires décrites dans des romans qui au départ
demeurent des éditions d’œuvres d'auteurs originaires de
Grande-Bretagne ou des États-Unis à l'image d'Agatha Christie,
Edgar Wallace ou Arthur Conan Doyle, l'une des particularités de la
collection est cette couleur jaune qu'arborent les couvertures et qui
donne son nom au genre. Parmi les grands cinéastes qui marquèrent
le Giallo
et profondément l'esprit des spectateurs, Mario Bava et Dario
Argento demeurent sans doute parmi les plus iconiques. Il y en eu
d'autres, plus connus des véritables amateurs. Comme Lucio Fulci,
lequel deviendra plus tard le roi du gore craspec, glauque et
transalpin. Ou encore Sergio Martino, Umberto Lenzi ou encore Massimo
Dallamano et Antonio Margheriti. Quant à lui, Riccardo Freda œuvra
dans divers genres. Du film historique au péplum, en passant par
l'horreur, le fantastique et donc, le Giallo.
Si l'on considère l'ensemble de sa carrière riche d'une
cinquantaine de longs-métrages, le giallo ne représente qu'une part
infime de son œuvre. Se comptant sur le bout des doigts, le
réalisateur et scénariste italien signa en 1971 L'iguane
à la langue de feu (ou
L'iguana dalla lingua di fuoco dans
sa langue d'origine). Ah oui ! Autre spécificité que l'on
rencontre dans le genre Giallo :
ses titres parfois à rallonge et poétiques. Dessinant les contours
de récits qui se voudraient dès leur intitulé, fascinants,
énigmatiques, sauvages, mais qui dans le cas de celui-ci reste de
piètre qualité. Rien d'étonnant à ce que l'on y découvre qu'un
tueur dont l'identification ne surviendra que sur le tard s'en prend
à de jeunes et jolies femmes. Un individu qui, comme cela est
généralement le cas dans le genre, est ganté de noir et use
d'armes blanches...
Mais
ici, ce qui fait de l'assassin un cas particulier et sa propension à
jeter au visage de ses victimes le contenu de fioles remplies de
vitriol. Les défigurant ainsi avant de les égorger. L'un des
premiers meurtres s'avère d'ailleurs relativement gore puisque en
gros plan l'on assiste à l'égorgement d'une jeune femme dont le
visage a tout d'abord été sévèrement brûlé. Désormais, reste à
savoir qui est le tueur. Principal fond de commerce d'un genre que
l'on comparera aux Whodunit
britanniques, découvrir l'identité de l'assassin étant l'élément
essentiel du Giallo,
ne demeure plus alors pour le cinéaste et le scénariste qui
s'aventurent dans le genre que de broder autour de divers suspects et
de protagonistes parmi lesquels l'on retrouve souvent des inspecteurs
de police chargés de mener de difficiles et noueuses enquêtes
policières. Ici, Riccardo Freda multiplie les détails (LES ?
En réalité, plutôt LE) de manière très lourde, appuyée et
insistante. Comme s'il voulait s'assurer que le spectateur, sans
doute trop stupide pour le faire sans l'emploi d'artifices, saisit
bien que tel ou tel personnage EVIDEMMENT ambigu est un suspect
potentiel ! C'est ainsi que tous les personnages ou presque
semblent être atteints de lynétaphilie. Hommes et femmes arborent
une paire de lunettes COMME le meurtrier. Et vas-y que je te balance
le même jump scare sonore chaque fois que déboule à l'écran un
protagoniste portant à la main ou sur le nez l'une d'entre elles,
qu'elle soit de soleil ou non ! Bien évidemment, Riccardo Freda
impose à ses interprètes d'en faire des tonnes question ambiguïté.
Le long-métrage offrant son lots de personnages très douteux,
certains arborant un faciès de péd#phile, le genre à traîner du
côté des écoles en imperméable gris, la main dans le pantalon.
Des ''clones'' de François Hollande, adipeux et au regard malsain !
Bref, une galerie de personnages plus proches des pervers tels qu'on
peut les concevoir que des criminels sanguinaires tels que l'on
pourrait les considérer dans l'imaginaire des tueurs en série de
fiction. Notons que parmi les interprètes l'on découvre dans
certains rôles ''principaux'', l'acteur italien Luigi Pistilli (Et
pour quelques dollars de plus,
Il était une fois dans l’Ouest,
La queue du scorpion
ou encore Enquête sur un citoyen au-dessus de
tout soupçon),
Anton Driffing (Les Canons de Navarone,
Les héros de Telemark)
ainsi que quelques actrices au charme indéniable, telle l'allemande
Dagmar Lassander... Au final, si L'iguane à la
langue de feu n'est
pas un mauvais film, il ne marque absolument pas le genre Giallo
de son empreinte. Une œuvre fade et parfois confuse...
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