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samedi 30 décembre 2023

Secrets de tournage : Aliens de James Cameron (1986)

 


 

Après avoir évoqué Alien, le huitième passager de Ridley Scott, passons maintenant à sa suite intitulée Aliens et dont le S aurait semble-t-il pour première fonction de bien différencier l’œuvre originale de la séquelle qu'allait donc réaliser James Cameron six ans plus tard. L'auteur des futurs Abyss et Avatar débutera l'écriture deux ans auparavant le temps que l'acteur Arnold Schwarznegger se libère du contrat qui le lie au projet Conan le destructeur de Richard Fleischer afin de pouvoir apparaître dans le fameux rôle du T-800 dans le classique de la science-fiction, Terminator. Un projet que sa future épouse, scénariste et productrice ont ''dans les cartons'' depuis l'année précédente en 1983. James Cameron a alors neuf mois pour écrire le scénario de Aliens emploient le talent de l'illustrateur Ron Cobb qui avait déjà travaillé sur Alien, le huitième passager mais lui adjoindront le designer industriel et concepteur néo-futuriste Syd Mead. Le Nostromo ayant explosé à l'issue des premières aventures de Ripley, la jeune femme est découverte errant en état de stase à bord de la capsule de sauvetage cinquante-sept ans après avoir réussi à tuer le xénomorphe. Arrivés à cette étape, nous pourrions dire que tout a été dit et qu'il n'y a plus qu'à ranger le personnage dans un tiroir et passer à autre chose. C'est néanmoins ce qu'avait envisagé l'actrice Sigourney Weaver qui au départ considérait que le développement de son personnage était parvenu à son terme dans l’œuvre originale. Pourtant, à la lecture du script de James Cameron, la fibre maternelle de celle qui quatre ans plus tard aura pour fille une petite Charlotte avec le metteur en scène de théâtre Jim Simpson la fait changer d'avis. Du pur film d'épouvante dont accoucha Ridley Scott en 1979, James Cameron fait de son Aliens, un pur long-métrage d'action et de guerre dans un contexte de science-fiction toujours baigné d'effroi. La présence à l'écran de Sigourney Weaver étant pratiquement réglée, il faudra cependant à James Cameron tout le courage d'affronter la production qui se refuse à accepter les exigences financières de l'actrice qui du point de vue des producteurs ne fait pour l'instant pas partie du projet. Si cela peut faire sourire aujourd'hui, la somme exigée de un million de dollars représentait une somme importe à l'époque et était équivalente à trois fois le salaire que toucha Sigourney Weaver sur le tournage du premier Alien.


Deux ans avant la sortie du projet sortait sur les écrans le mythique Terminator qui mettait en scène deux humains face à un cyborg ''indestructible''. Aux côtés d'Arnold Schwarzenegger et de Linda Hamilton qui campa le rôle emblématique de Sarah Connor, l'acteur Michael Biehn interpréta celui de Kyle Reese, venu du futur afin de protéger des assauts incessants du T-800, la future mère du chef de la résistance prénommé John. Deux ans plus tard, James Cameron fait le forcing pour qu'apparaisse de nouveau à l'image et dans le rôle du caporal Dwayne Hicks, celui qui deviendra son acteur fétiche sur pas moins de quatre longs-métrages : Terminator et Aliens, donc, ainsi que Abyss et Terminator 2 lors d'un caméo visible dans la version longue. Les quinquagénaires se souviennent sans doute de l'antagoniste Albert Ganz de 48 heures réalisé par Walter Hill en 1982 ou quelques années plus tôt d'Ajax, l'un des protagonistes emblématiques du film culte Les guerriers de la nuit lui aussi réalisé par Walter. Deux personnages interprétés à l'époque par le charismatique James Remar. Et bien sachez-le mais c'est lui qui au départ était prévu pour le rôle qu'incarnera finalement Michael Biehn. En effet, James Remar quittera rapidement le tournage en raison de désaccords artistiques avec le réalisateur James Cameron. Lequel s'empresse alors d'embaucher son acteur préféré. Si Ripley apparaît l'arme à la main, là encore il faudra toute la psychologie du cinéaste pour convaincre sa star Sigourney Weaver, laquelle est une forcenée de l'activisme contre l'usage des armes à feu. Une force de persuasion de la part de James Cameron puisque non seulement l'actrice acceptera finalement d'apparaître armée, mais son personnage sera en outre doté d'armes lourdes dont un lance-flammes particulièrement efficace ! Alors que James Cameron avait embauché sur son dernier long-métrage le monteur Mark Golblatt auquel l'on devra les années suivantes les montages de Rambo 2 de George Pan Cosmatos, Commando de Mark L. Lester, Predator 2 de Stephen Hopkins et d'un grand nombre de longs-métrages dont certains sont depuis entrés dans la légende, son choix se porta finalement sur Ray Lovejoy dont les travaux remarquables sur les mythiques 2001, l'odyssée de l'espace et Shining réalisés en 1968 et 1980 par Stanley Kubrick n'y furent sans doute pas étrangers.


Et pourtant, le résultat désole James Cameron qui s'apprête à virer le monteur avant que celui-ci n'occupe un week-end entier à remonter l'une des séquences les plus importantes de Aliens, convainquant ainsi le réalisateur de le garder dans son équipê. Le tournage se déroula dans des conditions parfois compliquées sur le compte desquelles l'entièreté de la responsabilité ne mit pas en cause James Cameron. Car si ce dernier se montra parfois peut-être trop exigeant envers l'équipe technique, en reprenant les artisans ayant œuvré sur le premier volet de la franchise, il se mit à dos la plupart d'entre eux, tous originaire de Grande Bretagne, lesquels voyaient d'un mauvais œil que cette suite soit tournée par un réalisateur américain et non plus britannique comme pouvait l'être Ridley Scott. Une animosité qui ne s'arrangea pas lorsque James Cameron exigea notamment que les journées de tournage s'éternisent au delà des horaires raisonnables puisque une seule d'entre elles avoisinait les quatorze heures ! L'une des principales difficultés rencontrées par la suite d'un classique, qu'il s'agisse de science-fiction ou de toute autre style cinématographique, est la redondance. Comment aller plus loin que l'original qui, je le rappelle, est un classique, un authentique chef-d’œuvre si parfait que l'on peut se demander qui d'autre que James Cameron pouvait prendre la relève ? En poussant les meubles. En voyant plus grand. Plus large. Et plus titanesque. Du moins, dans certaines fonctions propres aux genres qui sont ici traités. L'épouvante ? James Cameron a beau être un authentique magicien du septième art comme il ne cessera jamais de le prouver par la suite, on imagine mal qu'il ait pu ne serait-ce qu'un seul instant imaginer aller plus loin dans l'effroi que son prédécesseur. Par contre, en terme de spectacle et de volumes, Aliens est bien le digne héritier de Alien, le huitième passager.


Et même si l'angoisse demeure, le spectacle y sera nettement plus viril. Sentant sans doute moins la sueur que la poudre, Aliens réintègre le fameux xénomorphe alors que le spécialiste des maquillages Stan Winston crée sur commande de James Cameron, une reine qui n'aura visuellement rien à envier à la créature du premier opus. Un monstre impressionnant qui accaparera pas moins de douze techniciens pour pouvoir lui donner vie à l'écran. S'il est un aspect qui dans ce genre de contexte est habituellement invraisemblable (combien de films de science-fiction mettant en scène des personnages bas du front dans des projets de voyages spatiaux coûtant pourtant des milliards de dollars ?), ici l'attitude prétendument caricaturale des soldats semble au contraire avoir été le fruit d'un entraînement des plus sérieux et réaliste de la part des actrices et acteurs qui le suivirent au sein d'une unité militaire d'élite britannique. Des acteurs qui comme l'envisageait alors James Cameron ont débarqué sur le tournage sous l'adage ''venez comme vous êtes''... On imagine aujourd'hui assez mal qu'une œuvre d'une telle intensité ait pu n'être financée qu'à hauteur d'une peu moins de vingt millions de dollars. Surtout si on compare le budget de Aliens à celui de Avatar 2, la voie de l'eau qui coûta pas moins d'un quart de milliard de dollars. Le film rapportera à l'échelle internationale rien moins que la coquette somme de cent-trente et un millions de dollars. Pour info, le film s'installera en France à la vingt et unième place du classement de l'année 1986, loin derrière le magnifique diptyque de Claude Berri Jean de Florette/Manon des sources, le Rocky 4 de Sylvester Stallone, Le nom de la rose de Jean-Jacques Annaud ou même derrière Le passage de René Manzor avec Alain Delon qui lui, s'appropria la seizième place. Encarté entre le dessin animé Astérix chez les bretons de Pino Van Lamsweerde et Karaté Kid 2 : le moment de vérité 2 de John G. Avildsen, Aliens attirera dans l'hexagone plus de un million et sept-cent vingt milles spectateurs...

 

jeudi 7 décembre 2023

Secrets de tournage : Alien, le huitième passager de Ridley Scott (1979)

 


 

Le véhicule de remorquage commercial USCSS Nostromo chargé de transporter vingt millions de tonnes de minerai est en direction de la planète Terre. Datant du tout début du vingt-deuxième siècle et construit par la compagnie Weyland Yutani, ce cargo n'est pas chargé d'explorer l'univers mais de prélever du minerai à la surface d'autres planètes situées aux confins de l'espace. Capable d'avancer à une vitesse équivalente à un dixième d'année-lumière, ses proportions demeurent relativement impressionnantes : deux-cent quarante-quatre mètres de long et cent-soixante cinq de large. Quant à sa hauteur, elle dépasse les soixante-dix mètres. Un beau bébé qui d'apparence semble pourtant ''rustique''. Nous sommes ici effectivement très loin de l'Enterprise de la franchise Star Trek.. Le maquettiste Martin Bower travaille pour la publicité avant d'être engagé sur la mythique série télévisée Cosmos 1999. L'homme participera ensuite au projet Alien mais c'est d'abord le fruit conjugué des efforts concédés par les illustrateurs Ron Cobb et Chris Foss qui avaient auparavant travaillé sur le Dark Star de John Carpenter qui donnera plus ou moins naissance au Nostromo tel qu'on le connaît de nos jours. Diverses versions sont proposées mais c'est l'une de celles créées par le premier qui sera retenue. Quant au second, il abandonnera la poursuite du projet bien avant que le premier tour de manivelle ne soit donné. Si lors de sa première apparition le fameux cargo écrase littéralement de toute sa masse le plan dans lequel il est intégré, la maquette la plus massive parmi les trois qui furent conçues ne mesurait cependant pas plus de deux mètres cinquante de long pour un poids tout de même estimé à deux-cent cinquante kilos ! Si de nos jours les onze millions de dollars qui furent apportés par les studios de productions pour le tournage de Alien peuvent paraître dérisoires, il faut savoir que sans le succès de Star Wars de George Lucas quelques années en arrière, sans doute le film de Ridley Scott n'aurait-il pas été aussi ''généreusement'' financé. Parmi les sept membres de l'équipage dont la quasi totalité seront décimés durant l'aventure, se trouve le personnage de Ripley. Femme au fort tempérament, incarné Sigourney Weaver, actrice qui à l'époque n'est pas encore devenue l'immense star qu'elle est désormais et qui avant cela n'avait joué que dans deux séries télévisées, une vidéo publicitaire pour la marque de soda Pepsi et deux longs-métrages dont le Anny Hall de Woody Allen en 1977 et dans lequel elle tint un tout petit rôle.


Le choix de faire porter la responsabilité du rôle principal par une interprète féminine est à l'époque un pari quelque peu osé. En effet, jusque là, il ne fut jamais envisagé de faire endosser par une femme le ''costume'' du personnage principal dans ce type de long-métrage. Un choix qui ne sera pas pris à la légère puisque Sigourney Weaver devra avant cela faire ses preuves devant un jury constitué par les femmes de la production ! Comme nous le découvrirons lors du récit, Ridley Scott n'aura pas poussé le bouchon au point d'en faire la responsable de l'équipage et du Nostromo puisque ce rôle là sera confié à l'acteur Tom Skerritt. Lequel interprétera le rôle de Dallas. Un individu particulièrement autoritaire qui pourtant disparaîtra rapidement des radars en devenant la seconde victime du xénomorphe après la mort tragique et particulièrement violente de Kane qu'incarne John Hurt. Un Kane dont la mort plutôt violente fut à l'origine d'une anecdote bien connue des fans du long-métrage. En effet, après que l'homme ait été attaqué par un FaceHugger qui après quelques temps s'était détaché de lui-même du visage de sa victime et après qu'un embryon se soit développé sous sa poitrine, Kane mourut dans d'atroces souffrances, le torse explosé faisant surgir un horrible ChestBurster. Une séquence lors de laquelle les autres acteurs furent présents et dont la surprise ne fut pas feinte. En effet, aucun d'entre eux n'avait été préparé à l'avance de ce qui allait arriver. D'où l'évidente surprise se dessinant sur leur visage lors de cette mémorable séquence. Notons que le très efficace FaceHugger à l'origine de la ''ponte'' dans le corps de Kane était notamment constitué de fruits de mer et de rognons de mouton ! Une fois le ChestBurster échappé des entrailles de Kane, les six membres restant de l'équipage se lancèrent à sa poursuite. Ripley, Brett (Harry Dean Stanton) et Parker (Yaphet Kotto qui en outre fut chargé de mettre la pression sur Sigourney Weaver) se firent une petite frayeur lorsque le chat prénommé Jones (de l'espèce Orange Tabby) fut confondu avec l'horrible petite créature qui s'apprêtait à prendre d'impressionnantes proportions.


S'ensuivit la fameuse séquence lors de laquelle Jones allait se montrer particulièrement convainquant face à la présence du xénomorphe dans sa phase d'évolution définitive. Comme on s'en doute, le félin ne fut pas malmené au point de devenir méfiant envers l'équipe de tournage mais l'un de ses membres apporta sur le plateau de tournage un berger allemand qui amena tout naturellement le chat à lui ''cracher'' dessus ! Due au remarquable imaginaire du plasticien suisse Hans Ruedi Giger, la créature xénomorphe ne fut pas divulguée au public avant que le film ne sorte sur les écrans américains. C'est ainsi que la bande annonce d'origine ne la montrait dans aucun des plans. Au sujet de l'alien en question, il fut incarné par un jeune étudiant nigérian alors âgé de vingt-six ans du nom de Bolaji Badejo. Tragiquement disparu à seulement trente-neuf ans des suites d'une drépanocytose (une maladie modifiant le code génétique de l'hémoglobine), il fut repéré dans un pub en 1978 pour son impressionnante taille (deux mètres dix-huit) et fut même comparé par Ridley Scott à la fameuse sculpture d'Alberto Giacometti, L'homme qui marche. Après cela, le jeune homme ne réapparaîtra plus à l'image qu'en de très rares occasions. Tout d'abord en 1992, l'année de son décès, dans un épisode de la série Omnibus où on le découvrait dans le costume qui le rendit ''célèbre'' ainsi que de manière posthume dans deux des documentaires consacrés au long-métrage de Ridley Scott, The Alien Legacy de Michael Matessino en 1999 et The Beast Within : The Making of Alien de Charles de Lauzirika en 2003. Entre autres anecdotes, signalons que lorsque Dallas, Kane et Lambert quittent la navette pour explorer la planète d'où provient un signal d'origine inconnue, ce ne sont ni Tom Skerritt, ni John Hurt, ni même l'actrice Veronica Cartwright qui se cachent sous les combinaisons des spationautes mais les propres enfants du réalisateur et du directeur de la photographie Derek Vanlint. Pareil pour la rencontre avec le corps fossilisé du Space Jockey dont la maquette fut, en outre, entièrement détruite après qu'une cigarette abandonnée par inadvertance y ait mis le feu. Quant à celles et ceux qui se poseraient encore la question quant à savoir comment pu être réalisée la séquence lors de laquelle le sang du xénomorphe traverse les planchers de plusieurs niveaux du Nostromo, les concepteurs des effets-spéciaux usèrent d'un mélange en partie constitué d'acétone coloré qui au contact de maquettes en polystyrène donna le résultat que l'on connaît. Et puisque l'on parle de sang, justement, parlons pour finir de celui de Ash (l'acteur Ian Holm) que nous n'avions pas encore évoqué jusque là. Personnage Ô combien ambigu qui révélera sa véritable nature d'androïde tardivement. Lorsque Parker lui assène plusieurs violents coups d'extincteurs afin de lui faire lâcher prise alors qu'il tente de tuer Ripley, le liquide blanc qui s'échappa de sa bouche et de son cou fut constitué à base de lait, de pâtes et de caviar...

 

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