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vendredi 28 août 2020

Shot Caller de Ric Roman Waugh (2017) - ★★★★★★☆☆☆☆



Lors d'un moment d'inattention alors qu'il est au volant de son véhicule, Jacob Harlon provoque un terrible accident qui heureusement les épargne lui et son épouse Kate mais coûte la vie à Tom, son meilleur ami. Lors du procès, Jacob est jugé coupable du décès de Tom et il est condamné à plusieurs années de prison dans un établissement de haute sécurité. Là bas, il n'a pas d'autre choix que de faire ses preuves et se montre d'une très grande violence à l'égard de certains prisonniers. Ayant rejoint le gang des blancs, il est désormais sous les ordres de Bottles, leur chef. À sa sortie de prison, Jacob n'est plus l'homme qu'il était à son arrivée. Bardé de tatouages reflétant son histoire derrière les barreaux, il est contraint par ses anciens codétenus de participer à un dernier coup après que l'un d'entre eux l'ait menacé de s'en prendre à Kate et leur fils auxquels il n'a pourtant pas donné la moindre nouvelle depuis sept ans. Divorcé depuis, Jacob ne le sait pas mais il est surveillé par la police et notamment l'inspecteur Kutcher. Ce dont il ne se doute pas non plus, c'est que Frank, dit ''Shotgun'', un ancien codétenu qui lui aussi est sorti de prison est en lien avec la police et s'apprête à trahir Jacob. Shot Caller raconte l'histoire de Jacob, de l'accident qui l'a mené en prison jusqu'à ce dernier ''coup'' auquel il est obligé de participer...

Étrange cas de film de prison que ce Shot Caller signé par le réalisateur américain Ric Roman Waugh, notamment auteur du récent et très réussi thriller/catastrophe Greeland – le Dernier Refuge. Sur un scénario écrit de ses propres mains, Ric Roman Waugh apporte sa contribution à un genre presque aussi encombré que les prisons elles-mêmes. Traduit chez nous sous le titre L'Exécuteur alors même qu'il signifie ''Coup de feu'', Shot Caller est une œuvre longue de cent-vingt minutes environ et d'une violence parfois extrême. Servie par un casting des plus intéressant, on retrouve dans le rôle de Jacob Harlon l'acteur danois Nikolaj Coster-Waldau dont la carrière débuta brillamment en 1994 lorsqu'il interpréta le rôle principal de l'excellent thriller Nattevagten de Ole Bornedal. Vu dans la série à succès Game of Thrones, le danois a également notamment joué dans le dernier et misérable long-métrage de Brian de Palma, Domino l'année dernière. Sa transformation dans Shot Caller est stupéfiante. De l'homme d'affaire sympathique et relativement lisse, son personnage se mue en un prisonnier violent, gagnant en muscles, tatoué un peu partout sur le torse, nanti d'une moustache renforçant son inquiétante apparence et surtout d'une froideur terrifiante. À ses côtés, on peut notamment citer la présence de Omari Hardwick dans le rôle du flic Kutcher, de Lake Bell dans celui de Kate, l'épouse du héros, de Jeffrey Donovan dans la peau de Bottles ou encore de Emory Cohen dans celle de Howie. Mais outre l'interprète principal, celui qui tire véritablement son épingle du jeu, c'est l'acteur américain Jon Bernthal (rendu célèbre chez nous grâce à son rôle de Shane Walsh dans la série The Walking Dead), absolument génial dans le rôle de ''Shotgun''. Le crâne rasé, le corps tatoué de partout, il incarne à merveille le stéréotype du criminel que l'on imagine enfermé dans les prisons américaines...

Il faut savoir que Shot Caller fut visible ici dans une version doublée en français avec accent canadien. Ce qui peut paraître un détail mais qui se révèle parfois déstabilisant. L'interprétation de Nikolaj Coster-Waldau et du reste du casting est absolument irréprochable. Sur le thème de la vie en milieu carcéral, le réalisateur Ric Roman Waugh convie tout un panel de ''Gueules'' incroyablement charismatiques. De quoi ne surtout pas donner envie aux criminels en herbe d'aller faire un tour en prison ! La violence est souvent extrême et parfois dérangeante dans sa mise en œuvre. Les meurtres au couteau artisanal n'y sont pas rares mais Shot Caller culmine sans doute lors de l'éprouvante séquence lors de laquelle Jacob élimine le traître ''Shotgun''. Un meurtre long, douloureux, sanglant, qui poussera très certainement le spectateur à avoir pitié de cet individu pourtant peu recommandable. Si Ric Roman Waugh tente d'apporter sa part d'expertise sur la psychologie de son principal personnage, il en oublie quelque peu celle des autres. Là où le bât blesse véritablement avec Shot Caller concerne le montage. En choisissant de passer à intervalles réguliers de séquences montrant Jacob lors de son séjour en prison à celles pointant le présent et le dernier coup auquel il participe, Ric Roman Waugh évité sans doute à son œuvre une approche par trop classique ; En revanche, le montage s'avère parfois, et même très souvent, chaotique et désordonné. On en ressort avec l'impression d'avoir échappé à une œuvre qui aurait pu devenir culte mais qui au fond, ne s'avère être qu'une intéressante proposition mais non dénuée de défauts rédhibitoires...

mercredi 16 octobre 2019

Domino de Brian De Palma (2019) - ★★★★☆☆☆☆☆☆



Brian De Palma, ce fut d'abord Sisters en 1973, Phantom of the Paradise l'année suivante. Puis Obsession en 1976, Carrie la même année puis Pulsions en 1980, Blow Out en 1981, Scarface en 1983, Body Double en 1984 ou encore L'Esprit de Caïn en 1992. Quelques exemples d'une filmographie exemplaire entachée dès l'arrivée des années 2000 et du ''correct'' Mission to Mars. Puis des mauvais Femme Fatale en 2002, The Black Dahlia en 2006 ou encore Passion en 2012 qui demeurait jusqu'à maintenant le dernier méfait de ce très grand cinéaste pratiquement oublié du pays qui l'a vu naître mais encore heureusement adulé dans le notre. Le mérite-t-il pour autant ? À cette épineuse question à laquelle les fans absolus du cinéaste répondront sans la moindre objectivité, ''Oui'', j'aurai tendance à vouloir dire non. Parce que tous les espoirs que j'avais mis sur son dernier long-métrage sorti chez nous sans tapage et uniquement en vidéo aux États-Unis est un ''digne'' successeur de ceux qui l'ont précédé ces deux dernières décennies. Brian De Palma, qui depuis quelques années semblait s'être mis en tête de creuser sa propre tombe vient peut-être aujourd'hui d'y donner le dernier coup de pelle avant de se jeter dans son propre trou.

C'est avec un pincement au cœur teinté d'une absence totale de prudence que j'évoquerai pourtant Domino en affirmant que nous tenons là, sans doute l'un des plus mauvais films de leur auteur. Un thriller parfois si ridicule dans son interprétation, sa mise en scène et tous les artifices qui l'enrobent qu'on passe davantage de temps à dresser la liste des incohérences entre deux sourires gênés. Il faut dire qu'à sa décharge, Brian De Palma n'a pas bénéficié pour l'occasion d'un budget aussi conséquent que par le passé, lui qui a parfois été contraint d'atteindre dans une chambre d'hôtel que les caisses soient réapprovisionnées pour pouvoir poursuivre le tournage.

Domino situe son action dans un futur très proche puisque l'intrigue se déroule en 2020. c'est lors d'une banale intervention dans un conflit conjugal que le partenaire de l'inspecteur Christian Toft (mollement interprété par l'acteur danois Nikolaj Coster-Waldau) est agressé par un membre de l'ISIS (Islamic State of Iraq and Sham, connu chez nous sous le nom d'État islamique). Après une poursuite sur les toits d'un quartier de Copenhague, le criminel Ezra Tarzi (l'acteur français Eriq Ebouaney) et l'inspecteur font une chute au sol. Le premier est kidnappé par des agents de la CIA tandis que le second perd connaissance. Alors que le partenaire de l'inspecteur Christian Toft succombe à ses blessures, celui-ci jure à son épouse de tout mettre en œuvre pour remonter la trace du terroriste. Accompagné de la maîtresse de la victime, Alex, le policier se lance à la poursuite de l'assassin à travers différents états, jusqu'en Espagne où les membres d'une organisation terroriste se préparent à commettre un attentat...

Dès les premières minutes, on est saisit par la manière dont aborde le cinéaste le scénario de Petter Skavian. Domino accumule les tares comme si son auteur avait tenté de dresser la liste de tout ce qui peut nuire au bon déroulement d'une œuvre pourtant prometteuse sur le papier. Mais alors que Body Double donnait l'impression que ses personnages évoluaient perpétuellement dans des décors cinématographiques quelque peu envoûtants, ici, l'alchimie a bien du mal à fonctionner. Entre couleurs criardes piochées dans la filmographie d'un Dario Argento peu inspiré, partition musicale d'une confondante puérilité composée par un Pino Donaggio peu inspiré et interprétation monolithique manquant de charme, l'actrice néerlandaise Carice Van Houten n'arrive pas elle-même à retrouver la sensualité d'une Deborah Shelton ou d'une Melanie Griffith du chef-d’œuvre cité au dessus. Retrouvant à peine la grâce lors de l'utilisation sommaire du procédé qui le rendit célèbre, le split-Screen, Brian De Palma galère à faire évoluer ses personnages dans un contexte pourtant passionnant et qui fait partie intégrante des sujets qui depuis un certain nombre d'années émaillent l'actualité.

Bien involontairement, le réalisateur qui paraît ici bien fatigué et sans une once de génie accumule surtout les incohérences et prête davantage à sourire qu'à créer un réel climat d'insécurité. En effet, le spectateur aura l'occasion de grimacer devant cette léthargique et improbable poursuite sur les toits de Copenhague, de rire face à l'immobilisme de cette starlette exhibée devant une nuée de journalistes demeurant inertes devant une terroriste tirant dans la foule, ou encore d'être dépité au moment du final tant attendu lors duquel Brian De Palma sort la carte maîtresse du film, nimbé par le seul instant d'héroïsme écrit par le compositeur italien en forme de boléro arabisant. Domino se conclut aussi légèrement qu'il ouvrait les hostilités et l'on a surtout l'impression d'avoir assisté à un long épisode de série télé policière plutôt qu'au retour en grandes pompes de l'un des maîtres du suspens. Une grosse déception...

samedi 5 mai 2018

Nattevagten de Ole Bornedal (1994)

 
Martin est un jeune étudiant en droit fiancée à la jolie Kalinka. Il est engagé comme veilleur de nuit à la morgue municipale après que le précédent employé ait décidé de prendre sa retraite. Ce dernier fait visiter les lieux à Martin et lui explique qu'il devra tourner des clés à divers endroits et notamment dans la salle où reposent des corps.

Une série de meurtres fait la une des journaux. Un tueur en série s'en prend aux prostituées de la ville et les scalpes. L'inspecteur Wormer est chargé d'enquêter sur les meurtres. C'est ainsi qu'un soir, Martin fait la connaissance du policier alors qu'une nouvelle victime du maniaque est transportée jusqu'à la morgue. Le travail de Martin est difficile. Le jeune homme a du mal à supporter la visite quotidienne de la morgue et pour se changer les idées, il sort parfois boire un verre en compagnie de Jens, son meilleur ami. Immature et peu sensible, Jens lance sans cesse des défis à Martin qui ne peut qu'accepter de les relever. C'est ainsi que ce dernier se retrouve un soir à table avec une prostituée prénommée Joyce, dont l'ancienne colocataire fait partie de la liste des victimes du tueur.

Les jours passent, Martin s'habitue difficilement à son nouveau métier. Il se lie d'amitié avec l'inspecteur Wormer mais d'étranges événements se produisent à la morgue. Un cadavre se retrouve curieusement déplacé, mais lorsque Martin appelle le médecin de garde pour constater les faits, le corps a repris sa place à la morgue. Des soupçons se portent alors évidemment sur Martin dont les propos passent pour être délirants. Il finit même par se retrouver suspecté d'être le tueur en série qui sévit dans la région...

Réalisé par le danois Ole Bornedal, est le premier long-métrage du cinéaste. Pour un premier essai, le réalisateur fait mouche. En effet, Le Veilleur de Nuit est, dans sa catégorie, un véritable petit bijou. Angoissante et efficace, l'intrigue est passionnante. Thriller qui tutoie l'épouvante, le film est interprété par de parfaits inconnus chez nous. Depuis, l'interprète de Jen, Kim Bodnia, est devenu célèbre grâce au film de Nicolas Winding Refn, Pusher.

Profondément noir et lugubre, cette première mouture est bien meilleure que le remake réalisé par Ol Bornedal lui-même trois ans plus tard. En effet, malgré leur talent et leurs efforts, Ewan McGregor et Nick Nolte ne parviendront pas à hissé le remake à la hauteur de l'original. Le film vaut pour son ambiance, oui, mais aussi et surtout pour son interprétation. Le fait même que les acteurs restent de parfaits inconnus jouant sûrement sur le climat prégnant du film. Et puis, tourner quasiment l'intégralité de l’œuvre dans une morgue a de quoi donner des frissons. La révélation sur l'identité du tueur n'arrivant pas si tard que cela, quelques effets demeurent alors inefficaces comme lorsque Martin découvre que l'employé renvoyé il y a des années après avoir été découvert en train de copuler avec un cadavre est aussi le meurtrier. Détail dont on se doute assez vite mais ceci étant, cela reste vraiment un fait relativement peu important.

Le plus important est que Le Veilleur de Nuit demeure un très grand thriller scandinave...


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