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vendredi 15 septembre 2023

Phantom de Todd Robinson (2013) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

La claustrophobie est la peur des lieux clos. Et plus ceux-ci sont exigus, et plus cette phobie s'exprime-t-elle avec force. Si l'ascenseur est l'un des endroits les plus significativement liés à cette peur, il est encore tout à fait envisageable de fuir cette dernière en quittant les lieux. Chose déjà nettement plus délicate lorsqu'il s'agit d'un engin tel qu'un sous-marin plongé à des dizaines, voire des centaines de mètres sous la surface des océans. Impossible alors d'y échapper au risque de mourir noyé... D'emblée, peu nombreux sont les efforts à fournir pour un réalisateur et son scénariste chargés d'exploiter le malaise et la tension qui peuvent découler d'un tel environnement. Les exemples sont nombreux au cinéma. Si en général l'on entend prioritairement évoqué les A la poursuite d'Octobre rouge de John McTiernan et U-571 de Jonathan Mostow, il semble que LA référence en la matière demeure effectivement l'incroyable Das Boot du réalisateur allemand Wolfgang Petersen. Une œuvre extraordinairement anxiogène retenant le souffle du spectateur durant sa version la plus longue de cinq heures ! Et puis, il en demeure d'autres dont la seule évocation ne parle pas forcément à grand monde. Sauf, peut-être à part ceux qui suivent de très près la carrière de ses principaux interprètes ou de leu auteur. Si une seule allusion au nom du réalisateur Todd Robinson n'évoque majoritairement pas grand chose (une carrière constituée de quelques téléfilms et longs-métrages en un peu plus de trente ans), ceux de David Duchovny ou de Ed Harris demeurent au contraire source de curiosité. Du premier, forcément, l'on retiendra en priorité l'excellente série X-Files qui passionna dans un premier temps les amateurs de science-fiction entre 1993 et 2001 et dans un second temps entre 2016 et 2018. Quant au second, nous le découvrirons notamment dans les longs-métrages de science-fiction L'étoffe des héros de Philip Kaufman et Apollo 13 de Ron Howard ainsi que dans tout un tas d'autres films sur grand écran mais également à la télévision, offrant une très courte apparition dans l'adaptation du roman de Stephen King Le fléau en 1994.


Phantom met en scène le capitaine Dimitri Zubov dit, "Demi", l'ancien commandant d'un sous-marin soviétique qui connu une fin tragique, laquelle continue de le hanter. Avant de prendre sa retraite son supérieur Markov (Lance Henriksen) choisit de lui confier une dernière tâche. Celle de prendre le commandement du K-129, un sous-marin qu'il connaît bien puisqu'il en fut le capitaine. Un engin de l'armée soviétique ayant réellement existé et dont l'histoire sert vaguement de fil rouge au récit adapté sur grand écran par Todd Robinson. Au mystère auquel semble vouloir apporter une réponse le réalisateur et scénariste qui imagine un acte terroriste fomenté par un certain Bruni, membre du KGB qu'interprète donc David Duchovny qui campe l'antagoniste du récit. Si dans un premier temps Phantom s'avère relativement banal, voir même ennuyeux, le récit prend tout son sens lorsque nous sont révélées les intentions réelles de Bruni et de son binôme qui plus que de suivre et de ''corriger'' innocemment les directives d'un Demi connu pour être régulièrement pris de boisson et pour être ponctuellement victime d'importantes crises d’épilepsie s'apprêtent en réalité à mettre en œuvre un projet dont les conséquences s'exprimeront à l'échelle mondiale. Avec Phantom, l'on ne tient là certainement pas l'un des meilleurs film mettant en scène les membres d'un sous-marin. Car si l’exiguïté des lieux fait forcément son petit effet, l'intérêt est moins dans la peur de l'enfermement ou d'une noyade consécutive à une hypothétique implosion du sous-marin que dans l'affrontement entre l'un et l'autre des principaux personnages. Terrorisme, trahison, actes de bravoure contiennent ''étroitement'' dans ce thriller sous tension qui malgré une concurrence de taille s'en sort avec les honneurs. Notons que le doublage en français est parfois si désastreux que l'on optera plutôt pour la version originale...

 

samedi 13 février 2021

Mother! de Darren Aronofsky (2017) - ★★★★★★☆☆☆☆

 



Dernier long-métrage en date du réalisateur Darren Aronoksky avant l'hypothétique bain de sang que semble promettre le synopsis de son prochain The Whale concentrant apparemment son sujet autour de l'autophagie, Mother ! retrouve-t-il la puissance du vertigineux Requiem for a Dream ? En un sens, oui. Mais c'est alors avec un luxe de précaution qu'il faudra comparer ces deux œuvres dont l'une demeure un authentique monument du septième quand la seconde s'avère être une semi-déception. Un long-métrage en demi-teinte, flamboyant par ses nombreux symboles mais relativement creux d'un point de vue de la narration. Doté de deux parties distinctes mais demeurant pourtant relativement similaires, l'impact de la seconde, qui se veut sans doute la plus remarquable, est diminué par cette mise en bouche relativement ''sobre'' et intrusive qui lui est pourtant bien supérieure. Drame ? Thriller ? Allégorie ? On trouve un peu de tout dans ce capharnaüm grand-guignolesque qui contrairement aux habitudes des téléspectateurs, de ceux qui détestent être conduits par la main, fait œuvre de pauvreté lorsqu'il s'agit de donner un sens aux images qu'assène Mother ! Certains nous promettent un inconfort certain... Mais s'agit-il du même malaise que l'on pouvait ressentir en 1976 devant un certain Locataire, description brillante, et pour le coup, là, véritablement anxiogène de la paranoïa signé par le réalisateur polonais Roman Polanski ? Plus vraiment à vrai dire...


Autant l’œuvre d'Aronofsky semble pousser le spectateur à faire sa propre analyse de cette proposition étonnante dans un contexte où le cinéma d'horreur nous refourgue sans cesse les mêmes histoires, autant l'auteur du formidable The Fountain nous laisse-t-il sur notre faim. Pire : pour que le spectateur ne meure pas idiot, en fin de parcours nous seront révélés les aboutissants de tenants au demeurant fragiles. Si visuellement peu de choses sont à reprocher à son dernier long-métrage (qui date maintenant de quatre années) et si ses interprètes y mettent beaucoup de cœur à l'ouvrage, Darren Aronofsky ne semble plus vraiment avoir les idées claires lorsqu'il s'agit de mettre en scène une histoire extraite de sa formidable imagination. Le réalisateur y dévoile toute une symbolique dont il a l'habitude. Religieuse dans ses derniers retranchements, mais aussi sous forme de ''mise en abyme''. Si dans le cas présent Darren Aronofsky n'intègre pas son œuvre dans le principe du film dans le film, il y expose cependant l'art créatif, ses excès, ainsi que le carburant nécessaire à toute création. Ici, l'auteur de romans en panne d'inspiration remplace le scénariste et le réalisateur. Il y inclut la ferveur (cette obsession, oui!) des lecteurs du romancier incarné par un Javier Bardem inquiétant mais aussi la nécessité pour lui, d'avoir à ses côtés, une véritable source d'inspiration (formidable Jennifer Lawrence en épouse et muse... soumise).


Peut-être moins évident mais identifiable lors de la seconde intrusion dans la demeure où se situe l'intégralité de l'intrigue, on peut supposer l'attachement du réalisateur à se faire l'écho d'une peur exagérée de ''l'autre'' et du désir profond de rester à l'écart de toute cette information anxiogène que diffusent les médias en continu. Mais là où le bas-blesse, et c'est en toute subjectivité que je m'exprime, c'est dans la tournure que prennent les événements qui plutôt que de nourrir les phobies de l'héroïne en nous expliquant que tout ne pourrait être que le fruit de son imagination (Mère ne suit-elle pas un étrange traitement médical ?), Darren Aronofsky préfère prendre un virage plutôt sec en plongeant ses protagonistes (ou plutôt SA protagoniste) dans un univers fantastico-religieux un peu désuet. Personnages sans noms, Lauwrence, Bardem, mais également Ed Harris ou Michelle Pfeiffer permettent une lecture allégorique du récit. Quant à la présence du point d'exclamation dans le titre, et quels que soient les avis, il peut se voir comme une affirmation de soi. Celle de l'héroïne qui à force d'encaisser trouvera la force, enfin, de s'émanciper. Attention aux maux de tête...

samedi 15 août 2020

Eye for an Eye de John Schlesinger (1996) - ★★★★★★☆☆☆☆



Le réalisateur de Macadam Cowboy, de Marathon Man ou de Fenêtre sur Pacifique fut l'auteur en 1996 d'un thriller policier et dramatique particulier reposant en partie sur une question : à savoir si l'on a le droit de se faire justice soit même lorsque un vice de procédure permet à l'assassin d'une adolescente (ici, la fille de l'héroïne incarnée par Sally Field) de recouvrer la liberté et ainsi d'échapper à toute condamnation. Eye for an Eye de John Schlesinger tente de répondre à cette épineuse question et ce, de diverses manières. Ça n'est certainement pas par hasard si l'acteur Ed Harris tient le rôle du beau-père de la jeune Julie et non celui de son véritable géniteur. Ce qui permet au scénario d'Amanda Silver et Rick Jaffa de modeler le personnage de Mack McCann et de lui offrir l'opportunité d'avoir une opinion divergente de celle de son épouse Karen qui elle, est la vraie mère de la jeune femme et est bien décidée à faire payer au violeur et assassin de sa fille, les crimes pour lesquels il n'a malheureusement pas été condamné. D'un côté nous avons donc un Mack pourtant très attaché aux siens mais relativement en retrait tandis que son épouse prend des cours d'auto-défense, apprend à manier une arme à feu et s'apprête à passer à l'action depuis qu'elle a découvert que parmi les membres d'une association d'aide aux parents de victimes à laquelle elle participe, certains ont choisi d'aider ceux qui veulent se faire justice eux-mêmes...

Eye for an Eye expose également une justice et une police qui ont les mains liées. L'impossibilité de faire arrêter le criminel, de l'enfermer et ainsi donc de l'empêcher définitivement de nuire. Les alternatives ne se comptent pas par dizaines comme le démontre le long-métrage de John Schlesinger qui contrairement à ce que laisse présager le synopsis s'avère tout en nuance, l'héroïne étant convaincue de la nécessité d'agir, avant de reculer, puis de finalement prendre une décision ferme et définitive qu'elle espère n'engager qu'elle seule. Sally Field et Ed Harris campent un couple relativement touchant. John Schlesinger a su trouver la manière idéale de représenter le couple, avec ses désaccords mais aussi ses diverses sensibilités. Surtout, Eye for an Eye évite de nous infliger une trop grande profusion de larmes ou une violence trop explicite puisque celle-ci n'interviendra d'ailleurs qu'à la toute fin. Outre le couple formé à l'écran par Sally Field et Ed Harris, on retrouve l'acteur Joe Mantegna dans le rôle du détective Denillo, mais aussi et surtout Kiefer Sutherland qui ici, incarne le personnage de Robert Doob, le violeur et assassin en question. En sociopathe cynique et pervers, il campe plutôt bien son rôle même s'il demeure relativement discret à l'écran. En réalité, le film tourne surtout autour de la mère de famille qui après la mort de sa fille se mue peu à peu en une femme beaucoup plus sûre d'elle et de sa force.

Un ''pouvoir'' qu'il sera sensiblement amusant de voir évoluer jusque sur la couche des McCann où Karen semble avoir quelque peu perdu de sa douceur ! Ici, nous sommes très loin de Charles Bronson et du Justicier dans la Ville. Loin d'être aussi bourrin et burné que ce dernier, le film de John Schlesinger ne manque pas de charme et l'émotion s'invite en de très petites occasions, prouvant que l'on est d'abord face à un film plaidant la cause d'une mère de famille ayant perdu sa fille et que l'on reste très éloigné du Paul Kersey du Justicier de New York ou du Leo Kessler du Justicier de Minuit. Pourtant, si Eye for an Eye n'est pas du tout désagréable à suivre, si le charme de Sally Field ne laissera personne indifférent et si Kiefer Sutherland s'avère parfois inquiétant, le long-métrage de John Schlesinger demeure finalement assez anecdotique. Plaisant, mais pas inoubliable, il permet de passer une agréable soirée mais laisse finalement peu de souvenirs marquants une fois la projection terminée. Sympathique, donc, mais certainement pas indispensable...

mercredi 14 août 2019

A History of Violence de David Cronenberg (2005) - ★★★★★★★☆☆☆



Lorsque David Cronenberg choisi d'orienter son œuvre sous un angle où l'horreur, le fantastique et l'épouvante n'ont plus vraiment droit de cité, il n'en résulte pourtant pas des tentatives si éloignées de ses travaux passés. Après avoir trituré les chairs dans tous les sens jusqu'à l'ultime et brillante transformation de Seth Brundle en mouche dans The Fly en 1987, le rouge a peu à peu laissé placé au gris. Ou plutôt, à la matière grise. C'est ainsi que sont nés une succession de chefs-d’œuvre dont le plus grand d'entre tous demeurera sans doute à jamais l'extraordinaire Faux-Semblants qu'il réalisera dès l'année suivant le succès de The Fly. Suivront Le Festin Nu, M.Butterfly, ou encore Crash. En 2005, la voie du canadien semblait prendre une fois encore un chemin différent en s'éloignant encore un peu plus du concept dont il fit le point central de son œuvre avec A History of Violence. Désormais, plus de chairs modifiées par l'entremise d'expériences génétiques, ni d'altérations psychologiques dues à des rapports humains privilégiant le monopole ou la possession exclusive des sentiments.

David Cronenberg se serait-il définitivement débarrassé de ses obsessions passées ? Pas vraiment. Car si l'on regarde en profondeur cette histoire relevant désormais davantage du thriller que du fantastique ou de l'épouvante, A History of Violence ne peut s'empêcher de cultiver une certaine ressemblance avec certaines œuvres de David Cronenberg. Un long-métrage dont le scénario aurait pu être embrassé par deux autres génies du septième art, les frères Coen, mais que l'un des rois de l'horreur qui signa en 1976 l'un des maîtres-étalons de la contagion (Rage) ou la sublime adaptation d'un roman de Stephen King en 1983 (The Dead Zone) réussit à intégrer à la perfection au reste de sa filmographie.
C'est ainsi donc que le spectateur fait connaissance avec Tom Stall, propriétaire d'un restaurant qui un soir fait preuve d'acte d'héroïsme en tuant deux criminels avant que ceux-ci ne s'en prennent à ses employés ainsi qu'aux clients. Considéré alors par les habitants de Millbrook comme un héros, cet homme courageux intéresse de très près les médias qui relèguent très rapidement l'événement. Malheureusement, pour Tom, son épouse Edie et leurs deux enfants Jack et Sarah, leur paisible existence va bientôt être bouleversée par l'arrivée d'un certain Carl Fogarty (excellent Ed Harris) qui affirme reconnaître en Tom un certain Joey Cusack qu'il rend notamment responsable de son œil crevé il y a de cela plusieurs années. Mais alors que Tom affirme ne pas être celui que l'étranger dit être, les choses se corsent le jour où Fogarty menace Tom de s'en prendre aux siens s'il n'accepte pas de retourner avec lui à Philadelphie...

Voilà donc pour ce début de récit. Un thriller somme toute plutôt calme en apparence. Pourtant, et au delà des quelques envolées sanglantes lors des règlements de compte, certains détails sauteront sans doute aux yeux des fans du cinéaste canadien. Car s'il semble avoir abandonné toute velléité pour les mutations d'ordre génétique et psychologiques, ne nous y trompons pas: le choix du héros de changer d'identité afin de faire table rase sur son ancienne existence conserve un rapport privilégié avec quelques-uns des travaux les plus passionnants de David Cronenberg. C'est donc sous la forme du thriller et dans un style beaucoup plus ''classique'' que le réalisateur poursuit son aventure si personnelle. En résulte une œuvre sur la condition d'un individu et sa rédemption face à son passé (ses retrouvailles avec son frère Richie mettant un terme définitif avec son ancienne vie). Un passé qui ressurgit et qui montre la fragilité d'un personnage capable d'arborer à nouveau le visage du monstre qu'il était et de ses capacités de ''combattant'' alors même que jusqu'à maintenant il affichait le comportement d'un bon père de famille exagérément calme. David Cronenberg profite du sujet de Josh Olson inspiré d'une série de comics américains de John Wagner et Vince Locke pour réfléchir sur les conséquences de tels actes et notamment sur le comportement du fils de Tom qui par la force des choses plongera lui aussi dans la violence. A History of Violence est porté à bout de bras par un Viggo Mortensen impeccable et précieux. Peut-être pas le meilleur Cronenberg, mais le cinéaste parvient à faire obliquer son œuvre vers une voie pleine de promesses...

samedi 20 octobre 2018

Cycle Stephen King : Needful Things de Fraser Clarke Heston (1993) - ★★★★★★★☆☆☆



À l'origine de Needful Things, le roman homonyme sortit chez nous sous le titre Bazaar en 1991. Une très bonne surprise que ce dix-huitième ouvrage grand format de Stephen King qui depuis un certain nombre d'années a publié quelques immenses gros pavés qui seront par la suite adaptés au cinéma et à la télévision avec plus ou moins de bonheur. The Stand, Pet Semetary, It, Misery, ou encore The Tommyknockers avec lequel Needful Things partage un certain nombre de points communs. Mais sans doute pas autant qu'avec le futur scénario original qu'il écrira à l'occasion de la mini-série en trois parties, Storm of the Century. Cette année 1993 est plutôt un bon cru pour le plus adapté des écrivains d'épouvante américains puisque outre le cinéaste Fraser Clarke Heston qui se penchera donc sur Needful Things, George Romero remettra les pieds dans le plat pour la seconde fois après Creepshow en 1982 avec The Dark Half cette année là.
L'intrigue se situe dans la ville de Castle Rock, une communauté fictive inventée par Stephen King et servant de cadre à plusieurs romans et nouvelles de l'écrivain. C'est là que s'installe l'antiquaire Leland Gaunt. Un vieil homme qui propose des objets hétéroclites (on y trouve notamment de rarissimes cartes de base-ball) à un prix défiant toute concurrence mais en échange desquels, l'acheteur est contraint d'accepter de lui accorder une petite faveur. Enfin, petite. Celle-ci aura toujours des conséquences dramatiques puisque jouant sur les nerfs et les inimitiés latentes des habitants de Castle Rock. D'abord ravi de recevoir dans sa petite ville un nouveau venu, le shérif Alan Pangborn se rend très vite compte que la double mort de deux de ses concitoyennes a un rapport avec l'arrivée de Leland Gaunt. Mais les accidents ne s'arrêtent pas là. En effet, comme mus par une force invisible les poussant à commettre des actes répréhensibles, tous les habitants agissent de manière anormale. Bientôt, Castle Rock devient le théâtre d'un chaos indescriptible que le shérif ne parvient malheureusement pas à contenir. Pendant ce temps là, L’antiquaire compte les points...

Aussi dramatiques que puissent être les événements qui se déroulent dans une ville à l'apparence plutôt calme mais où couve en réalité une haine que partagent certains habitants (celle opposant Wilma Jerzyck et son ennemie jurée Nettie Cobb étant très représentative), il est possible de ressentir une certaine jouissance à voir se chamailler comme des gamins des adultes responsables avant que la mort ne les emporte. Des habitants d'une petite ville américaine aux prises avec celui que l'on sera tenté de comparer au Diable. Un démon qui peu à peu, et de manière insidieuse, montre son vrai visage. De longs doigts prolongés par des ongles ressemblant à des griffes, et des dents qui jaunissent à vue d’œil. Pas vraiment très esthétiques d'ailleurs, ces dernières, au vu de l'impeccable tenue générale d'un antiquaire superbement incarné par l'acteur franco-suédois Max von Sydow. Aussi impressionnant que talentueux, l'exorciste du film homonyme réalisé par William Friedkin en 1973, mais aussi et surtout l'acteur fétiche du cinéaste suédois Ingmar Bergman, cabotine tout en demeurant d'une méchanceté crasse, MAIS, distinguée.

Leland Gaunt fait partie de ces personnages charismatiques développés par Stephen King dans un certain nombre d'ouvrages au point que l'on pourrait se demander s'il n'est pas un seul et même individu se camouflant sous divers identités. Leland Gaunt ne partage-t-il pas en effet de nombreux points communs avec André Linoge de Storm of the Century ou Randall Flagg de The Stand et de The Dark Tower ? Ces dernières années, entre excellentes adaptations (Misery) et nanars (Sleepwalkers), le grand écran semble nous avoir habitués à des sorties plus ou moins convaincantes. Fort heureusement, Needful Things fait partie de ces bonnes choses qui furent extraites des écrits de l'écrivain d'épouvante. Un joyeux bordel mettant à jour le caractère pernicieux de l'âme humaine. Une partie d'échec entre le Diable et les pieux habitants d'une petite ville américaine qui cache quelques sombres secrets. Face à Max von Sydow, l'acteur Ed Harris, qui outre une carrière exemplaire à travers d'excellents longs-métrages (L’étoffe des Héros, Abyss, Apollo 13, A History of Violence), apparaîtra à plusieurs occasions dans des adaptations de Stephen king au cinéma (Creepshow) ainsi que sur le petite écran (The Stand). A ses côtés, l'actrice Bonnie Bedelia dont le visage ne nous est pas inconnu puisqu'elle interpréta le rôle de Holly Gennero dans les deux premiers volets de la franchise Die Hard, Piège de cristal et 58 minutes pour vivre...

samedi 29 septembre 2018

Coma de Michael Crichton (1978) - ★★★★★★★☆☆☆



Retour sur Morts Suspectes (Coma en VO), second long-métrage de l'écrivain et réalisateur Michael Crichton, connu pour avoir signé des ouvrages rendus célèbres grâce à leur adaptation cinématographique (La Variété Andromède, Sphère, Jurassic Park, Harcèlement, etc..). le cinéaste adaptait en 1978 le roman éponyme de l'écrivain Robin Cook. Cinq ans en arrière, Michael Crichton imposait avec Mondwest une certaine vision du futur à travers un parc d'attraction dont la particularité était d'offrir aux visiteurs la possibilité de revivre l'époque de leur choix grâce à des robots ressemblant trait pour trait à des humains. Une mécanique parfois mal huilée puisque l'un d'entre eux allait faire vivre un véritable cauchemar à deux hommes qui ne demandaient sûrement pas de revivre le temps du Far West avec un si scrupuleux réalisme ! Morts Suspectes s'inscrit dans une certaine continuité puisque si le décor et le sujet changent radicalement, là encore, le cinéaste choisit un sujet prenant pour cadre un futur relativement proche. Le site : le Boston Memorial Hospital. Son héroïne :le docteur Susan Wheeler.

C'est là que sa meilleure amie Nancy Greenly doit subir une intervention bénigne. Pourtant, des complications font leur apparition durant l'intervention et la jeune femme est victime d'une mort cérébrale. Cherchant à découvrir ce qui est arrivé à son amie, Susan met à jour des pratiques inhumaines dont ont été victimes une dizaine de patients durant le courant de l'année. Dès le lendemain de la mort de Nancy, un autre patient meurt dans des conditions identiques. Dès lors, Susan va tenter de remonter aux sources du mal, mettant ainsi sa vie en danger. La jeune femme est loin d'imaginer ce qui se trame au sein de l'établissement dans lequel elle travaille ainsi qu'à l'institut Jefferson où sont transférées toutes les victimes de mort cérébrale...
Comme les spectateurs pourront le découvrir tout au long de l'intrigue, Michael Crichton ne cherche pas à nous en mettre plein la vue. Installant son héroïne dans un contexte médical et aseptisé, ce sont les longs couloirs et les blouses blanches qui œuvreront afin de créer un climat anxiogène. Incarné par la frêle mais néanmoins déterminée Geneviève Bujold, actrice canadienne à la carrière particulièrement bien étoffée (Tremblement de Terre de Mark Robson, Obsession de Brian De Palma, Faux-Semblants de David Cronenberg, etc...), le docteur Susan Wheeler met sa vie en danger pour sauver celle des autres. Ces patients qui par dizaines et depuis plusieurs années servent un projet financé par l’État, mais sans la moindre étique.

Ici, la tension naît de l'incertitude relative au comportement des collègues du jeune docteur puisque Michael Crichton maintient le suspens quant à la relation qu'entretiennent certains avec ce projet visant à améliorer les conditions de vie des patients comateux même si le protocole revêt ici une forme particulièrement dérangeante. Le cinéaste reconvertit alors des locaux en 'couveuses' gigantesques baignées d'une lumière aux ultraviolets. Un décor de science-fiction, le sujet anticipant par avance sur la recherche médicale. De part son apparente fragilité, le spectateur prend fait et cause pour Geneviève Bujold et son personnage. Michael Crichton crée un climat de paranoïa dans lequel même le fiancé de Susan (le docteur Mark Bellows interprété par Michael Douglas) pourrait faire partie du complot. Au cœur de la passionnante enquête menée par l'héroïne, Morts Suspectes ménage de plus quelques moments de tension frôlant l'épouvante, comme la scène située dans un 'frigo' remplit de cadavres suspendus au plafond !
Avec une remarquable économie de moyens, Michael Crichton impose à son œuvre divers traitements. Entre fouille minutieuse (recherche d'indices dans les rapports de décès, parcours entre les murs de l'établissement) et mise en danger permanente (le tueur rodant dans l'enceinte de l’hôpital). Une œuvre qui interroge sur les enjeux de certaines pratiques médicales. Les plus attentifs auront remarqué la présence à l'écran de Tom 'Magnun' Selleck et de Ed 'Abyss' Harris...

samedi 3 mars 2018

Geostorm de Dean Devlin (2017) - ★★★★★★☆☆☆☆



C'est bête à dire mais il y a des situations qui dépendent du comportement que l'on adopte. C'est peut-être encore plus stupide lorsqu'il s'agit d'un film, mais Geostorm fait partie de ce cas de figure. Alors que l'acteur, producteur, scénariste et réalisateur américain Dean Devlin cherche apparemment à rendre les personnages de son tout premier long-métrage attachants (point commun réunissant pas mal de films catastrophe, et expliquant ainsi que l'intrigue principale tarde à venir). Il est sans doute très humain de conserver une certaine morale, même dans les salles obscures, sinon les méfaits d'un Henry Lee Lucas (Portrait of a Serial Killer) ou d'un Jack L’Éventreur (From Hell) prêteraient à sourire, ce qui demeurerait évidemment de fort mauvais goût. Geostorm, c'est d'abord l'histoire de deux frangins. Jake et Max Lawson. Le premier est volubile et surtout l'inventeur du Dutch Boy, un mécanisme satellitaire réglé pour contrôler le climat. Le second, lui, est celui qui a viré trois ans auparavant son propre frère et a pris les commandes du projet. Alors que durant ces quelques années, le système mis en place a parfaitement fonctionné, voici que des catastrophes climatiques s'enchaînent :

Un village d'Afghanistan est découvert entièrement gelé et une énorme explosion de gaz réduit une partie de la ville de Hong Kong en cendres. Alors que Jack vit désormais dans un coin reculé des États-Unis, le secrétaire d’État Leonard Dekkom confie à Max son désir de voir réintégrer l'inventeur du Dutch Boy. Max va devoir convaincre de réintégrer le projet et d'accepter de se rendre sur la station spatiale internationale d'où il devra gérer la crise. La seule chose que demande Jake en contrepartie étant que celui qui sera au commandement ne soit surtout pas son frère...

Du point de vue des rapports qu'entretiennent les deux frères, le contrat est parfaitement rempli dès lors que l'on positionne Jake (l'acteur Gerard Butler) en victime et Max (incarné par Jim Sturgess) en traître. Comment un frère peut-il avoir ainsi trompé son aîné ? C'est avec un brin de psychologie que l'on s'efforcera d'accepter ce fait pour faire table rase et plonger ainsi dans le cœur de l'intrigue qui intéresse à l'origine le spectateur : la catastrophe annoncée. D'ampleur mondiale, elle n'est qu'une succession de catastrophes (pas vraiment) naturelles, de celles qui font régulièrement la une des journaux. Outre les deux citées plus haut, on a droit à une gigantesque vague déferlant sur les Émirats Arabes Unis et à une pluie de grêle à Tokyo. Moins courant, et sans doute absurde, le système de régulation du climat nous refait le coup de l'Afghanistan au Brésil avec un froid si intense que l'une des plages de Rio de Janeiro ne résiste pas longtemps au gel. Elle, ainsi que les vacanciers venus se dorer la pilule sur la plage.

Catastrophe, mais aussi science-fiction sont au programme d'un long-métrage qui lorgne davantage du côté d'un 2012 ou d'un San Andreas dans leur vision invraisemblable que du côté de l'excellent The Wave. C'est ici tout le malheur du cinéma américain qui cherche majoritairement à commencer par en mettre plein les yeux, le scénario étant invariablement à la traîne. Si l’interprétation est en grande partie de bonne qualité et le récit suffisamment cohérent pour que l'on ne pouffe pas de rire, on passera outre l’invraisemblance de certaines situations frisant parfois le grand n'importe quoi. Revoyez-donc pour exemple la scène finale durant laquelle Jake et Ute Fassbinder, la directrice de la station spatiale internationale se débattent dans l'espace et vous comprendrez de quoi je parle.
Ce que les spectateurs avides de blockbusters attendaient évidemment avec Geostorm, c'est du grand spectacle. Et en la matière, le film de Dean Devlin fait correctement son travail. Tout juste pourrons-nous reprocher la qualité des effets-spéciaux oscillant entre le très correct et l’infâme bouillie de pixels (la catastrophe se déroulant à Hong Kong demeurant totalement ratée). Un sympathique petit film...
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