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vendredi 26 janvier 2024

Bonne conduite de Jonathan Barré (2023) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Il y a des patronymes qui ne trompent pas sur la marchandise. Jonathan Barré est né à Quimper et pour son troisième long-métrage, l'auteur de l'émission Very Bad Blagues avec Grégoire Ludig et David Marsais du Palmashow signe peut-être là, sa meilleure comédie. Si le fait que le duo continue depuis les débuts du réalisateur, scénariste et producteur à graviter autour de lui puisse être davantage envisagé comme un projet entre potes plus que celui d'un homme simplement fidèle à ceux qui lui ont permis de mettre le pied à l'étrier du septième art, le risque de voir la carrière de Jonathan Barré tourner en rond ne semble pour l'instant pas d'actualité. Son approche du cinéma semble au contraire mûrir l'idée selon laquelle s'approcher du brûlant et antinomique astre solaire de la comédie noire ne peut être que la meilleure voie menant à la consécration. Après le très anecdotique La Folle Histoire de Max et Léon en 2016 et Les vedettes en 2022, Bonne conduite imprimait l'année suivante un ton nettement plus abrupte même si là encore, la part belle est d'abord offerte à la comédie. C'est peut-être d'ailleurs cela que l'on reprochera en priorité au nouveau long-métrage du français qui par conséquence ne coche absolument pas toutes les cases du film culte ! Le double sens du titre n'étant pas tout à fait représentatif du cynisme qui imprime l’œuvre dans son ensemble, c'est peut-être outre-Atlantique qu'ils ont su le mieux saisir le message du film qui là-bas a été retitré Serial Driver. La maturité passe ici chez Jonathan Barré par l'emploi d'une Laure Calamy dont la carrière s'est déjà envolée depuis un certain nombre d'années. Rappelons simplement sa participation aux tournages du phénoménal Seules les bêtes de Dominik Moll en 2019 ou des excellents Antoinette dans les Cévennes de Caroline Vignal en 2020 et A plein temps d'Eric Gravel en 2021. Une actrice qui laisse moins de place à l'image au duo Grégoire Ludig et David Marsais tout en évitant de les écraser par sa seule présence.


Car on ne sait plus alors qui des uns ou de la troisième est la véritable vedette de cette comédie noire à la française. La Belgique n'étant qu'à sept ou huit-cent kilomètres de la ville d'origine du cinéaste, on aurait sans doute apprécié qu'il s'y arrête afin de s'imprimer de cet humour si particulier dont le cinéma belge est si coutumier. Car si Bonne Conduite est une œuvre très intéressante puisque tournant autour des questions de l'être cher disparu dans un grave accident de voiture, du deuil, de la vengeance ou de l'éducation des automobilistes en infraction avec certains codes de la route, Jonathan ne semble pouvoir s'empêcher de griller toutes les cartouches qui auraient permis à son troisième long-métrage de ne pas être simplement la comédie qu'il est, ponctuée, il est vrai de quelques idées tordues comme celle de faire de Laure Calamy/Pauline Cloarec une tueuse en série se vengeant de la mort de son compagnon. Le duo Grégoire Ludig et David Marsais incarnent deux flics dont l'un vient tout juste de débarquer de Narbonne. Jonathan Barré tente bien de jouer avec certains clichés typiques de la Bretagne où se situe justement l'action mais le fait avec une telle retenue que certaines répliques ne fonctionnent pas vraiment. Au titre des principaux interprètes, n'oublions pas l'acteur Tchéky Karyo qui après une longue et très appréciable carrière incarne ici un substitut du Jean-Claude Convenant de la série Caméra Café qui préférerait le trafic de drogue au porte à porte. Nanti d'une petite moustache ringardisant immédiatement son personnage, à l'image de la toujours impeccable Laure Calamy, il élève un peu le propos même si là encore, le cynisme est insuffisamment exploité. Si l'on ne s'ennuie jamais, quelque chose d'imperceptible manque à Bonne conduite qui semble retenir chacun de ses coups et ne jamais aller vraiment au fond des choses. De fait, Jonathan Barré transforme sa comédie à usage courant pour les amateurs d'humour noir en petite espièglerie sans dangers qui rappelle parfois la sympathique série humoristique créée en 2019 par Igor Gotesman, Family Business même si, évidemment, le sujet n'est pas le même...

 

lundi 22 mars 2021

Mandibules de Quentin Dupieux (2021) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Le voilà, tout frais, tout chaud, le dernier né de l'un de nos cinéastes les plus iconoclastes. Ce mauvais élève qui du fond de la classe, le cul vissé près du radiateur, ne fait jamais rien comme tout le monde. Plus productif que jamais (ses trois derniers longs-métrages sont sortis en trois ans), Quentin Dupieux, aka Mr Oizo, signe avec Mandibules l'un de ces films dont lui seul a le secret. Sans jamais vraiment rien changer, le réalisateur et scénariste qui à l'occasion, et comme dans le cas présent, laisse à d'autres le soin de composer la bande originale (elle est ici l’œuvre du groupe britannique Metronomy) continue son petit bonhomme de chemin sur la route de l'humour surréaliste. Ce qui change par contre, c'est le casting. Ou plutôt une partie de ses vedettes puisque la moitié du Palmashow Grégoire Ludig était déjà présent au générique du précédent long-métrage de Quentin Dupieux Au Poste dans le rôle de Louis Fugain, lequel affrontait Benoît Poelvoorde dans celui du commissaire Buron. Son comparse David Marsais le rejoint cette fois-ci et partage avec lui l'un des deux rôles principaux de ce récit que les habitués du cinéaste ne s'étonneront pas de découvrir aussi étonnant que ses précédentes œuvres. Cette fois-ci, Quentin Dupieux nous convie à un curieux road movie dans lequel deux copains prénommés Manu et Jean-Gab partent en mission afin de livrer un colis et ainsi empocher la modique somme de 500 euros. Soit, ce qui pourrait figurer le budget de ce long-métrage qui comme les autres, semble ne tenir que grâce à quelques bouts de ficelle...


Mais alors que Manu s'est emparé de la voiture d'un inconnu, une fois en route pour sa mission accompagné de Jean-Gab, les deux hommes découvrent très vite que dans le coffre arrière est nichée une mouche. Mais pas n'importe quelle mouche. Une mouche de la taille d'un caniche que Jean-Gab va s'empresser de dresser. Bon, jusque là, rien de vraiment anormal dans l'univers de Quentin Dupieux. Sauf que cela se gâte assez rapidement. Car ce qui peut paraître anormal pour nous peut tout à fait s'avérer parfaitement logique dans l'esprit du réalisateur et scénariste. Et donc, inversement. Pour être plus clair, le film prend en court de route un virage qui stoppe net les visions délirantes d'un réalisateur en panne d'inspiration. Il préfère jeter en pâture ses deux héros façon The Big ''Jeff'' Lebowski des Frères Coen à un frère, sa sœur et deux copines sis au bord de la piscine de papa/maman. Le road movie se mue alors en une comédie d'été bancale qu'aurait percuté de front le scénariste du Clochard de Beverly Hills de Paul Mazursky. Entre nos deux rednecks pas finauds pour un sou, le proprio d'une caravane perdue en plein désert, un vieux riche à dentier plombé de diamants, une blonde à mémoire faillible et une hurleuse pour cause de trauma crânien, il y avait de quoi faire. Et si dans les apparences Quentin Dupieux fait le taf, il ne sera pas interdit d'écouter cette petite voix intérieure qui nous parle et nous fait réfléchir sur notre condition de fans inconditionnels du réalisateur : Quentin Dupieux ne serait-il cependant pas en train de se foutre de nous ?


Fascinés que nous sommes devant une œuvre toute entière vouée au surréalisme, à la folie douce, comme un David Lynch du dimanche en moins complexe mais en beaucoup plus absurde, ce n'est qu'après projection qu'il faudra se faire une raison. Oui le cinéma de Dupieux est savoureux. Et oui il n'appartient qu'à lui. Mais en revanche, nous nous ferons un devoir de reconnaître que le bonhomme, tout détenteur d'un scénario qu'il puisse être, s'est ce coup-ci un peu trop reposé sur ses deux principaux interprètes qui pour le coup, semblent avoir un mal de chien à improviser. Surtout avant leur rencontre avec le toujours excellent Bruno Lochet. Surtout, l'on sent Quentin Dupieux glisser doucement mais inexorablement vers des terres toujours plus laborieuses. À moins que son œuvre n'agisse comme certains mets peu raffinés que l'on fini finalement par apprécier à force d'en consommer au fil des années. Peut-être son œuvre n'a-t-elle, en réalité, foncièrement pas changée. Peut-être est-ce nous qui nous y sommes trop facilement habitués. Reste que Mandibules se déguste comme nous purent nous repaître d'un Rubber ou d'un Réalité. Si même le film demeure en deçà de ces seuls exemples, BON DIEU que nous avons hâte de découvrir son futur projet intitulé Incroyable mais vrai...

 

mercredi 7 mars 2018

Épouse-Moi Mon Pote de Tarek Boudali (2017) - ★★★★★★☆☆☆☆



Encore un film qui a fait parler de lui, mais qui n'avait certainement pas besoin de cette publicité là pour attirer les foules dans les salles de cinéma. Après Babysitting 1&2 et Alibi.com, le duo Philippe Lacheau et Tarek Boudali débarquaient le 25 octobre de l'an passé avec leur troisième (en fait, cinquième en comptant L'Arnacoeur en 2010 et Paris à Tout Prix en 2013) long-métrage fort justement intitulé Épouse-Moi Mon Pote puisque le récit tourne autour de Yassine, jeune marocain fraîchement débarqué en France afin d'y étudier l'architecture. Ayant trop bu la veille de l'examen de fin d'année, il « oublie » de s'y rendre et n'a plus le droit de demeurer dans la capitale française. Yassine choisi pourtant de demeurer en France en toute illégalité et nous le retrouvons deux ans après, vivant de petits boulots. Sa famille restée au Maroc le croit architecte mais en situation irrégulière, il doit à tout prix se marier s'il veut pouvoir rester à Paris. Pour cela, il va demander à son meilleur (et seul) ami Fred d'accepter de l'épouser. Au grand dam de Lisa, la petite amie de Fred qui désespère de l'épouser depuis des mois. Un mariage blanc qui va se révéler plus compliqué que prévu car non seulement la mère de Yassine apprend que son fils s'est marié en France (sans toutefois imaginer un seul instant qu'il a épousé un homme) et décide de quitter le Maroc pour le retrouver dans la capitale, mais de plus, les deux hommes fraîchement mariés vont être épiés, harcelés par Dussart, un inspecteur chargé de vérifier s'il ne s'agit pas d'un mariage blanc...

Deux hommes, une comédie, et en toile de fond, l'homosexualité. Autant dire que dans le genre, il est aussi risqué de s'aventurer au cœur de cette communauté que d'aborder le judaïsme ou l'islamisme sans en prendre plein la gueule par de vieux cons réactionnaires et démagogues. N 'étant pas connus pour faire dans la dentelle, Philippe Lacheau et Tarek Boudali en rajoutent, beaucoup, trop même diront certains. L'homosexuel est ici relégué au rang de folle, efféminé, maquillé, bougeant ses petites fesses engoncées dans des tenues trèèès légères sur de la musique techno assourdissante. Hommage ou homophobie, telle est la question que certains critiques se sont empressés de se poser. Non, en fait, ils n'ont même pas pris le temps de s'interroger dessus, préfèrant très nettement argumenter en faveur de la seconde ! On ne va pas vous faire croire que Épouse-Moi Mon Pote est d'une sobriété et d'une intelligence rares. Non, c'est assez vulgaire, évidemment stéréotypé, mais quiconque affirmera ne pas avoir ri une seule fois pourra être considéré d'horrible menteur.

La Gay Pride à Strasbourg

Dire que l'on s'est bien amusé, que les pitreries du duo nous ont permis de passer un agréable moment en leur compagnie nous est dorénavant presque refusé par une presse qui s'est très majoritairement offusquée devant ce spectacle hautement caricatural. Aimer, c'est donc forcément être homophobe. C'est vrai qu'à bien y réfléchir, on a jamais vu des hommes et des femmes parader sur des chars accoutrés de manière fort colorée et hurlant fièrement leur homosexualité (voir la photo au dessus). C'est vrai, le concept de la Drag Queen arborant avec audace et arrogance sa part de féminité n'est que l'une des étapes d'un complot aux nombreuses ramifications servant à créer un climat de malaise auprès des vieilles bigotes se rendant à l'église tous les dimanches. S'il y a bien un concept auquel pas mal de monde s'autorise à adhérer, c'est bien celui du « vieux con réactionnaire » à la papa. On a eu droit à toutes les formes de discrimination : religieuse, raciale, sexuelle et j'en passe. Mais celle que personne ne juge, c'est la démagogie dont certains usent comme fond de commerce.

Ouais, bon, ben, c'est certain, Louis de Funès et son humour familial plutôt poli doit se retourner dans sa tombe. Mais merde, quoi. L'essentiel n'est-il pas de s'amuser ? Et puis, si Philippe Lacheau et Tarek Boudali ont choisi d'aborder le thème de l'homosexualité sous un aspect (pas si) caricatural (que cela), avouons que Épouse-Moi Mon Pote aurait été tout de même moins amusant s'il avait abordé le sujet à travers les homosexuels les plus sobres en matière de comportement et de gouts vestimentaires ! Épouse-Moi Mon Pote épouse (humpf!), à sa manière, une certaine forme d’extrémisme homosexuel quand même bien moins dangereux que d'autres thèmes de radicalisation.

Si j'avais eu un peu plus d'encre, je vous aurais parlé avec plaisir du fond et de la forme. Des innombrables gags qui émaillent le film de Philippe Lacheau et Tarek Boudali. De ses habituels « guests » (ici, Philippe Duquesne, Ramzy Bédia et Zinedine Soualem), de ses qualités, de ses défauts. De l'intérêt de le voir ou de passer à côté, mais ma cartouche étant bientôt vide, je vous dis à la proch...
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