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samedi 5 avril 2025

Un Cadavre au Dessert de Robert Moore (1976)



Un vieil homme excentrique invite les cinq plus grands détectives du monde à un dîner un peu particulier. En effet, Lionel Twain convie Dick et Doras Charleston ainsi que leur terrier. L'inspecteur Sidney Wang et son fils adoptif Willie. Milo Perrier et son assistant Marcel Cassette. Sam Diamond et sa secrétaire Tess Skeffington. Ainsi que Jessica Marbles et sa fidèle infirmière, Mlle Withers. Toutes et tous sont conviés dans une lugubre demeure. Mais très vite les choses se compliquent. Un pont branlant qui menace de s'effondrer au passage des invités et des statues qui tombent sur la tête des invités sous le porche de la porte d'entrée. Un sonnette qui « hurle », un majordome aveugle et une cuisinière sourde et muette. De dizaines de tableaux et de trophées accrochés aux murs. Des yeux vides qui permettent à l'hôte de ces lieux d'épier ses invités.

Lionel Twain a une très étrange proposition à faire à ses invités. Il les invité en effet à participer à un dîner durant lequel un crime sera commis au vu et au su de tous. Celui qui résoudra ce meurtre se verra empocher la somme d'un million de dollars. Les invités n'ont de toute façon pas le choix puisque fenêtres et portes sont fermées et protégées par de solides grilles métalliques...

Réalisé par Robert Moore en 1976, Un Cadavre au Dessert est une comédie policière jubilatoire. Un suspens en forme d'hommage à Agatha Christie qui ne ménage pas les spectateurs en terme de gags puisque les répliques ne cessent de fuser pour notre plus grand bonheur. Truman Capote, Alec Guinness, James Coco, Peter Falk, Eileen Brennan, Elsa Lanchester, David Niven, Maggie Smith et Peter Sellers pour ne citer qu'eux. Un casting flamboyant pour une intrigue passionnante située dans un manoir inquiétant. Des effets réussis (pluie, brouillard), des décors gothiques du plus bel effet et des dialogues extraordinairement bien écrits. Un Cadavre au Dessert se doit d'être vu en version originale évidemment. Mais que les réfractaires ne se fassent pas de soucis. La traduction est parfaite et la finesse de certains jeux de mots est conservée. Macabre et drôle, le film n'est pas avare en répliques cinglantes. Les actrices et acteurs sont tous géniaux. On prend plaisir à les retrouver, et notamment Peter Falk qui interprète cette fois-ci un inspecteur beaucoup plus vindicatif dans ses propos que dans l'excellente série qui l'a rendu célèbre.

On reconnaît à peine Peter Sellers, ici grimé en japonais qui omet les pronoms. Le film comprend des scènes d'anthologie comme celle qui nous convie à assister à un « dialogue » entre le majordome aveugle et la cuisinière sourde et muette. La fin du film se termine par une succession de six « twists » finaux qui succède à une série d'aveux de la part des convives, rappelant ainsi la plupart des œuvres cinématographiques inspirées par l’œuvre d'Agatha Christie. Un Cadavre au Dessert est donc une magistrale comédie macabre qu'il faut avoir vu au moins une fois dans sa vie...


vendredi 29 mars 2019

Peter Falk versus Columbo de Gaëlle Royer et Pascal Cuissot - ★★★★★★★★☆☆



Tout documentaire sur Peter Falk et la série policière américaine Columbo est forcément un bien précieux pour celui qui connaît chaque épisode par cœur. Chaque réplique de ce flic pour le moins atypique, affublé d'un imperméable froissé, d'un cigare malodorant, d'un cabriolet Peugeot 403 décapotable, d'un chien prénommé... Le Chien (auquel notre fameux lieutenant tentera donner le nom de Fido sur les conseils de son vétérinaire dans l'épisode Symphonie en noir), et marié à une épouse que l'on ne verra jamais à l'écran... alors qu'il n'y a pas si longtemps la chaîne TV Breizh fêtait les cinquante années de la série à travers le documentaire Columbo, 50 ans d'une série culte, la chaîne Arte a récemment mis à disposition le remarquable documentaire Peter Falk Versus Columbo... Le compromis parfait entre ce flic issu d'un milieu modeste confronté à des assassins tous issus de milieux sociaux particulièrement aisés et souvent médiatiques (avocats, chanteurs, comédiens, écrivains, politiciens, etc...).

Plutôt que de nous plonger directement dans l'aventure Columbo, le documentaire de Gaëlle Royer (Picasso, Métamorphoses en Bleu et Rose) et Pascal Cuissot (Côa, la Rivière aux Mille Gravures) revient tout d'abord sur sa genèse. Et remonte même bien plus loin dans l'existence de celui qui l'incarna durant trente-cinq années puisque l'on découvre tout d'abord Peter Falk enfant. Lorsqu'à l'âge de trois ans il perd son œil droit à la suite d'une intervention chirurgicale indispensable devant le guérir d'une tumeur maligne. Puis plus tard, lorsque l'on apprend qu'en passionné de sport, il participe volontairement à des matchs de basket-ball dans une prison où lui et d'autres sont confrontés à des équipes adverses constituées de prisonniers.

Apportant divers témoignages, certains de ceux qui ont bien connu l'acteur nourrissent le documentaire Peter Falk Versus Columbo d'informations enrichissantes. De sa rencontre avec l'acteur et réalisateur John Cassavetes, en passant par sa rencontre avec le cinéaste Frank Capra, jusqu'à ses différentes nominations aux Oscars et son premier Emmy Awards qu'il remporte justement grâce à son interprétation du lieutenant Columbo...
Pour celles et ceux qui douteraient encore du bien fondé de cette série hors du commun (on connaît l'identité du tueur dès le début de chaque épisode et le lieutenant n'apparaît à l'écran qu'après de longues minutes d'attente) Gaëlle Royer et Pascal Cuissot nous gratifient en outre d'une analyse de la série et de son principal personnage tout à fait remarquable. Arte offre ce que le fan du lieutenant à l'imperméable fripé peu d'ors et déjà considérer comme l'un des meilleurs documentaires produits par une chaîne de télévision. Un indispensable...


 Le Documentaire

jeudi 21 juin 2018

A Woman Under the Influence de John Cassavetes (1974) - ★★★★★★★★★☆



C'est la cinquième fois que l'actrice Gena Rowlands tourne sous la direction de son époux John Cassavetes, et la seconde pour Peter Falk. En Comparaison avec Husbands, réalisé quatre ans auparavant, A Woman Under the Influence semble avoir partiellement fait l'impasse sur la stricte improvisation de certaines scènes clés du cinquième long-métrage de son auteur. Désormais, tout paraît y être sous contrôle. De la mise en scène jusqu'à l'interprétation. Et pourtant, ce qui demeure encore aujourd'hui comme l'une des plus grandes œuvres de John Cassavetes ne trahit aucune concession. Le regard du cinéaste est lucide, sincère, et peu ou pas manichéen. Il exprime cette vérité que d'aucun a l'habitude de camoufler sous le fard divertissant de la fiction. Les personnages, ici, nous semblent familiers. Comme ces voisins de pallier s’entre-déchirant, criant leur désespoir sans se soucier du qu'en dira-t-on. Voyeuriste diront certains tandis que d'autres y verront justement ce cinéma-vérité dont John Cassavetes se faisait le chantre.
Une fois encore, c'est l'occasion pour le cinéaste de laisser éclater le talent de ses interprètes. Peter Falk et Gena Rowlands tenant à bout de bras ce fragile édifice écrit par John Cassavetes lui-même. Un auteur complet, qui n'hésitait pas à prendre des risques. Il y a, de toute façon, un public pour ce genre de spectacle. Il faut bien comprendre que l'on s'éloigne du schéma classique. John Cassavetes instaure un climat très particulier. Presque les fondations du found-footage (si l'on ose dire), caméra portée à l'épaule, mais sans les insupportables gimmicks (sauts d'image, tremblements, etc...). Le cinéaste ne satisfait l'ego de personne. Ou bien alors, inconsciemment celui du fidèle spectateur qui depuis ses débuts, est littéralement subjugué par l’œuvre du maître.

Autant, quatre ans auparavant, on pouvait comprendre le rejet de certains pour un Husbands parfois hermétique. Mais désormais, la moindre excuse n'a plus de valeur marchande. A Woman Under the Influence est une œuvre grandiose. Un chef-d’œuvre bouleversant. Un hymne fait à un duo d'interprètes au sommet de leur art. Le septième long-métrage de John Cassavetes présente un couple au bord de la rupture. Parents de trois très jeunes enfants (dont un Matthew Laborteaux que les fans de La Petite Maison dans la Prairie reconnaîtront puisqu'il y interpréta le rôle d'Albert Ingalls), Nick et Mabel Longhetti paraissent imposer à leur couple des difficultés que l'on aura d'autant plus de mal à comprendre que tout pourrait les rendre heureux, si ce satané démon de l'alcool ne s'était pas interposé entre eux. A Woman Under the Influence, c'est aussi et surtout ce besoin de donner de l'amour que refoule parfois Mabel envers un Nick incapable de le recevoir. John Cassavetes n'attend pas des lustres avant de décrire la lente déchéance du personnage incarné par son épouse à la ville. Dès le début, le malaise s'instaure. Ce besoin irrépressible de tendresse de son héroïne étant contrecarré par l'absence de son époux retenu sur un chantier trouve une solution maladroite qui mettra le feu au poudres et déclenchera une série d'événements dont le plus important sera l'internement de cette mère de famille psychologiquement instable.

Plutôt que de faire de l'alcoolisme de son héroïne le seul responsable de sa déchéance, John Cassavetes offre à son ami Peter Falk un rôle des plus ambigu, et qui ne manque pas d'interroger le spectateur sur sa propre responsabilité. A sa manière, aussi instable que son épouse, Nick manque de cette chaleur dont a besoin Mabel, laquelle la trouve en se réfugiant dans l'alcool. A ce propos, nous noterons l'extrême pudeur du cinéaste qui n'abuse à aucun moment des séquences où son héroïne boit. De même que cette relation adultère alcoolisée ouvrant pratiquement le film nous est épargnée à travers une ellipse. Nous ne sommes pas là pour juger mais pour être les témoins de la destruction partielle d'une cellule familiale, laquelle sera sauvée in extremis. Le duo Gena rowlands-Peter Falk explose littéralement à l'écran. John Cassavetes nous offrant un très grand moment de cinéma.
Il est difficile de rester indifférent devant telle performance. Et même quasiment impossible. Que l'on adhère ou pas, A Woman Under the Influence est une œuvre qui quarante-quatre ans après sa sortie a conservé toute sa force. Un très grand film...

Husbands de John cassavetes (1971) - ★★★★★★★☆☆☆



Je n'en suis pas encore certain, mais Husbands donnera peut-être lieu au plus petit article que j'ai écrit jusqu'à présent. Non pas que cette première collaboration entre John cassavetes, Peter Falk et ben Gazzara ne mérite pas que l'on s'y attarde trop longtemps, mais pourquoi prolonger l'épreuve de la critique et les retours à la ligne trop nombreux lorsque tout semble pouvoir être exprimé en quelques mots. Il n'y a pas mille façons d'aborder cette œuvre mise en scène par John Cassavetes. J'en vois deux. Ou peut-être une troisième. Celle qui vous place dans cette désagréable situation que l'on nomme 'avoir le cul entre deux chaises'. Ignorons-la, puisqu'elle ne sert que de roue de secours aux indécis. A ceux qui ne savent s'ils sont assurément pour, ou tout à fait contre. Au choix, donc, nous retiendrons les deux seules options valables : le rejet, et la fascination.
Husbands nous conte une histoire toute simple. On pourrait même envisager que le film n'en raconte aucune, qu'il plonge ses trois principaux interprètes au beau milieu d'une existence entamée à moitié, dans la fleur de l'âge. Trois hommes coupés de leur liaison avec celui qui fermait le carré qu'il constituaient à eux quatre. Harry, Gus et Archie viennent d'enterrer leur ami Stuart. Commence alors un court passage vers la dérive. Parcourant la moitié de New York en métro, le publicitaire, le dentiste et le journaliste tentent d'oublier le malheur qui les a frappé en jouant au basket, en piquant une tête dans une piscine municipale et en allant boire de la bière jusqu'à plus soif dans le bar où ils ont l'habitude de traîner. Tous les trois mariés, c'est sur un coup de tête qu'ils décident de prendre l'avion et d'aller passer un moment à Londres. Là-bas, ils agissent à la manière de ces américains caricaturés, sûr de leur charisme, prêts à agir en séducteur. Direction le casino. Ils n'y feront pas fortune mais rentreront à l'hôtel accompagnés chacun d'une jeune anglaise. Puis c'est le retour au bercail. Mais pour Gus et Archie seulement puisque comme il n'a cessé de le répéter, Harry a décidé de ne plus jamais rentrer chez lui. C'est donc seul qu'il demeure à Londres, ses deux amis repartant pour New York où il retrouveront la vie qu'ils ont toujours menée...

Ben tiens. Finalement, d'histoire, il y a. Simple. Sans artifices. Comme filmée par un bon copain. Un larron planqué derrière sa caméra, s'assurant d'emporter en souvenir, les difficiles journées qui allaient succéder à l'enterrement de Stuart. Émouvante d'ailleurs, cette cérémonie filmée comme si l'événement était bien réel. C'est bien ce qui fait la particularité du cinéma de John Cassavetes réalisateur, et sans doute ce qui gêne certains spectateurs. Probablement que parmi eux, quelques-uns auront eu l'envie pressente de quitter la salle bien avant la fin du film, ce que certains n'ont sans doute pas hésité à faire. C'est vrai, Husbands est incommodant. Dérangeant presque. Pas pour le voyeurisme que certains pourraient y voir, mais pour cette furieuse impression que l'on est devant autre chose qu'un long-métrage cinéma. Un documentaire sur les affres du désespoir. Qui pourtant prennent ici une forme très souvent joyeuse. Car après tout, John Cassavetes, Peter Falk et Ben Gazzara ne demeurent-ils pas que de grands enfants se chamaillant pour des broutilles, et exhibant leur folie légère au milieu de passant ébahis par leurs agissements dignes d'une cour d'école ?

Incommodant car John Cassavetes n'est pas le roi du montage acéré. C'est même plutôt l’inverse. Certaines des scènes s'étirent jusqu'à ce que l’élastique se rompt. Pour preuve, cette très longue scène débutant peu avant la dix-huitième minute et se terminant plus de vingt minutes plus tard lors d'un 'climax' atypique confrontant la compétitrice d'un concours de chant organisé par nos trois héros, à ces derniers totalement ivres et s'amusant du peu de sincérité dans le chant de la concurrente. Beaucoup plus tard, alors que les trois hommes sont rendus en Angleterre, nous les retrouvons réunis dans une chambre d'hôtel avec à leur bras, trois jeunes femmes du pays. Certains diront que de telles longueurs n'apportent. Que d'étirer certaines séquences dans de telles proportions dénote la faiblesse du scénario. Qu'importe, John Cassavetes ne sert pas la soupe aux spectateurs ni aux critiques, mais filme avec passion ses personnages. Le point central de Husbands n'est donc pas l'histoire qu'il nous conte mais ceux qui en sont les protagonistes.
Bien qu'ayant des allures de film improvisé (ce qu'il demeure à diverses reprises), le long-métrage de John Cassavetes ne compte par les efforts fournis par l'équipe technique lors de scènes éprouvantes dans leur préparation et leur réalisation. A propos d'improvisation, Husbands conserve sa valeur de document en terme de spontanéité. Ces passages sont très clairement établis et restent des moments-clés dans l’œuvre du cinéaste. Pour qui aura eu le courage de tenir au moins les quarante premières minutes (le film dure plus de deux heures vingt), voir l'actrice leola Harlow être 'maltraitée' par les trois principaux interprètes alors qu'elle ne s'y attendait visiblement pas est fort réjouissant. L'alcool aidant, on voit même parfois chacun d'entre eux perdre le contrôle de la situation, John Cassavetes demeurant dans le genre, le pilier du trio de buveurs de bières. Mais la scène la plus effarante reste sans doute celle se déroulant dans le casino londonien dans lequel Peter Falk cherche la femme avec laquelle il remontera plus tard jusqu'à sa chambre. L'acteur tombe notamment sur la Contesse Dolores Delmar, qui dans son propre rôle ne s'attendait très certainement pas à devoir séduire Peter Falk tandis que celui-ci essaie de s'en dégager.
On l'aura compris (enfin, je l'espère), Husbands est une œuvre atypique, qui ne ressemble jamais vraiment à quoi que ce soit de commun dans le septième art. L'expérience peut se révéler éprouvante, voire terriblement ennuyeuse pour certains. Mais si l'on adhère, alors là, c'est le jackpot....

samedi 11 novembre 2017

Robert Vaughn VS Columbo



ROBERT VAUGHN

L'acteur américain Robert Vaughn est mort depuis tout juste un an aujourd'hui. Et comme les médias ne se font parfois pas suffisamment l'écho de la disparition d'une célébrité, préférant ainsi nous noyer sous les informations lorsqu'un match de football opposant la France à un pays concurrent s'apprête à être joué tandis que la mort d'un artiste est reléguée en fin de journal télévisé. Robert Vaughn fait partie de ces acteurs dont la silhouette et le visages étaient immédiatement identifiables. Un acteur précieux, dont la présence était synonyme de qualité. Que la télévision ou le cinéma aient fait appel à ses talents d'interprète, l'acteur demeure ancré dans notre mémoire pour avoir campé le rôle de Napoléon Solo dans la célèbre série télévisée Des agents très spéciaux aux côtés de l'excellent David McCallum. Si au cinéma Robert Vaughn n'a pas eu que très rarement le privilège d'obtenir des rôles principaux, sa présence a cependant toujours revêtu une importance considérable.
Je ne vais pas m'attarder dans cet article à revenir sur sa carrière d'acteur au cinéma ni ne me pencher sur un exhaustif établissement de sa carrière à la télévision mais retenir simplement ses deux apparitions dans la série Columbo. Robert Vaughn, en effet, et à l’instar de plusieurs acteurs américains n'a pas fait que passer le temps d'un épisode mais a au contraire, accepté de reprendre du service une seconde fois. D'autres que lui ayant même été jusqu'à réapparaître très régulièrement (Patrick McGoohan étant celui qui a le plus participé à la série en tant qu'acteur, mais aussi en tant que réalisateur).

Il est amusant de noter que les deux personnages qu'a interprété Robert Vaughn ont un point en commun : en effet, tout deux naviguent (sans mauvais jeu de mots) dans le milieu maritime. D'un côté, nous avons Hyden Dansigger, le tueur de l'épisode Eaux Troubles. Qui pour qu'une ancienne maîtresse ne divulgue pas à sa richissime épouse qu'il l'a trompée, la tue à bord d'un paquebot de croisière sur lequel, fruit du hasard, le lieutenant Columbo et son épouse profitent de billets gagnés lors d'un jeu-concours pour partir en vacances. De l'autre, l'acteur interprète le rôle de Charles Clay, époux, là encore, d'une femme dont le père est lui aussi un richissime constructeur de bateaux et propriétaire d'un chantier naval dans l'épisode La Montre Témoin. Ce dernier meurt alors qu'il avait pris la décision de remplacer son gendre à la tête de son entreprise. Si d'une manière générale, rendre hommage à un film ou une série commence par le ou la regarder dans sa version originale, ces deux épisodes de Columbo conservent malgré tout un fort intérêt doublés en français, d'autant plus que l'acteur américain y est doublé par le comédien français Claude Joseph qui avait pris pour habitude de se charger de « donner de la voix » à l'acteur américain dans la langue de Molière.

Si Eaux Troubles se révèle être un excellent épisode dont la particularité fut d'avoir été tourné durant une véritable croisière (les difficultés qu'ont parfois les acteurs à tenir debout en sont la preuve), La Montre Témoin, lui, demeure plutôt décevant. Dans les deux cas, Robert Vaughn campe un personnage similaire. Légèrement dédaigneux (surtout dans Eaux Troubles) et finalement peu expressif. En règle générale, il parvient à donner une image de tueur assez désagréable. Eaux Troubles, en comparaison de la majorités des autres épisodes voit les choses en grand puisqu'aux côtés de Robert Vaughn, on a l'agréable surprise de découvrir Patrick McNee (Chapeau Melon et Bottes de Cuir), Dean Stockwell (Code Quantum), ainsi que Bernard Fox qui interprétait déjà le rôle d'un inspecteur de police dans le très original épisode S.O.S Scotland Yard. Si La Montre Témoin peut décevoir, c'est dans sa conception originale qui change radicalement des habitudes. Ici, Columbo et par conséquent les téléspectateurs ont une idée faussée sur l'identité du tueur. De plus, Peter Falk y cabotine plus que jamais, au point même de faire de son propre personnage une caricature abusive, mais néanmoins relativement drôle. Robert Vaughn disparaît au beau milieu de l'épisode, quant à la conclusion fortement inspirée des œuvres d'Agatha Christie, elle se révèle décevante. Nous sommes loin ici du subterfuge employé par le célèbre inspecteur pour faire tomber le masque du tueur excellemment incarné par Robert Vaughn dans l'épisode Eaux Troubles...A noter que ce dernier fut réalisé par l'acteur réalisateur Ben Gazzara et le second par Patrick McGoohan...

dimanche 23 septembre 2012

La Semaine Columbo: Accident de Edward M. Abroms (1972)

La tante de Roger Stanford dispose du plus grand nombre de part de l'entreprise familiale spécialisée dans la chimie. Son oncle David Buckner, au courant des troublantes activités de son neveu, fait chanter celui-ci afin d'obtenir ses parts et ainsi pouvoir vendre l'entreprise à une multinationale. Murphy, le chauffeur de David, a en effet fait suivre le jeune homme et le rapport est accablant. Il doit démissionner sinon sa tante sera mise au courant des manigances de son neveu. Ce dernier se doutant d'avoir été observé a déjà préparé une alternative: le meurtre de son oncle David et de Murphy.

Pour cela, il a élaboré une bombe placée dans un étui à cigares. David étant un grand consommateur de havanes, Roger a judicieusement remplacé celui logé dans le véhicule de fonction que s'apprêtent à prendre les deux hommes par un autre, truffé d'explosifs.

Le soir venu, et alors que David et Murphy sont partis depuis plusieurs heures, la police est présente dans la demeure des Buckner. Inquiète de ne pas avoir de nouvelles de son mari, Doris a en effet contacté la police qui a dépêché sur place le lieutenant Columbo. De plus, au moment même où David demandait à Murphy de lui tendre l'étui à cigares, il laissait un message téléphonique à sa femme. Cette dernière diffuse en présence du neveu et de Columbo la bande enregistrée sur laquelle on entend clairement son époux faire référence aux cigares. Le lieutenant est intrigué par le comportement de Roger qui ne cesse de regarder sa montre.

Bien que n'ayant jusqu'à maintenant que ce maigre "indice" à se mettre sous la dent, il apprend par la suite que David Bruckner avait des ennemis. C'est tout d'abord cet élément qui le mène à penser que l'accident est peut-être en réalité un meurtre.

Avant de laisser sa chance à Peter Falk en tant que réalisateur dans le dernier épisode de la première saison (Une Ville Fatale), les producteurs confient Accident au réalisateur Edward M. Abroms. S'il n'est pas catastrophique, cet épisode demeure assez faible au regard de ceux qui l'ont précédé. L'intrigue est plutôt mince. Si ce n'étaient les performances de Peter Falk et surtout de l'épatant Roddy McDowall qui campe ici le rôle d'un gamin de vingt ans alors qu'il était âgé de quarante-quatre ans!

On appréciera la manière employée par Columbo pour piéger le neveu farfelu. Effectivement, n'ayant aucun autre moyen de faire tomber Roger pour le double meurtre de son oncle et de Murphy, Columbo monte un stratagème plutôt efficace puisqu'il parvient à faire s'effondrer les défenses de l'hyperactif jeune homme.

samedi 22 septembre 2012

La Semaine Columbo: Attente de Norman Lloyd (1971)

Bryce Chadwick s'occupe de l'entreprise familiale depuis la mort de son père. S'octroyant le droit de se mêler de la vie privée de sa soeur Beth, il apprend à cette dernière qu'il a envoyé à Peter Hamilton, une lettre dans laquelle il le menace de se passer de ses services au sein de l'entreprise si celui-ci continue à entretenir une relation avec Beth. Bryce est un frère et un homme d'affaire autoritaire qui n'autorise aucune contradiction de la part de sa soeur. Cette dernière n'acceptant visiblement pas les plans de Bryce, choisit la manière la plus radicale contre celui qui représente un frein dans son existence.

Ressassant le projet de meurtre qu'elle est décidée à accomplir, elle est bien certaine d'avoir tout calculé. Elle s'assure tout d'abord que Charles, le domestique, sera absent le lendemain dans la soirée. Elle ôte ensuite la clé de la porte d'entrée de la demeure du trousseau de son frère, ce qui obligera celui-ci à contourner la maison jusqu'à la fenêtre de la chambre de Beth pour pouvoir entrer. La jeune femme remplace l'ampoule du réverbère de l'entrée par une autre, grillée, afin de s'assurer que le porche sera plongé dans le noir. La maison étant munie d'un système d'alarme, Beth devrait être en mesure de faire passer l'intrusion de son frère pour un cambriolage et ainsi, justifier le fait de lui tirer dessus.

Le lendemain soir, Beth attend que son frère arrive. Lorsque celui-ci se présente devant la porte d'entrée, il s'aperçoit que manque à son trousseau, la clé de la demeure. Il sonne à la porte, et Beth, qui entend alors retentir la sonnerie, se muni du revolver qu'elle conserve dans sa table de nuit et attend patiemment que se présente Bryce devant la fenêtre de sa chambre. Mais voyant débarquer celui-ci devant la porte, grande ouverte, la jeune femme est prise de panique. Car en effet, son frère ayant pris la précaution de cacher un jeu de clés sous un pot situé devant l'entrée de la maison, il lui a été facile d'entrer. Bryce n'a pas fini sa phrase que Beth tire trois coups de feu avant de déclencher l'alarme. A l'entrée de la propriété arrive Peter Hamilton qui désire avoir quelques explications au sujet de la lettre que Bryce lui a fait parvenir. Le fiancé de Beth se précipite alors dans la demeure et trouve Beth affolée dans l'entrée. Lorsque Peter entre dans la chambre de celle-ci, c'est pour constater que Bryce est mort...


Parmi tout ceux qui n'apprécient guère Columbo, certains évoquent le fait que l'on connaisse par avance l'identité du tueur. Et pourtant, c'est très certainement pour cette raison que Columbo se démarque de l'ensemble des séries policières. C'est aussi et surtout un bon moyen pour les téléspectateurs de chercher en compagnie du célèbre lieutenant de police, les indices permettant à l'arrestation du meurtrier. Si dans une grande majorité des cas il est difficile d'imaginer dans un premier temps quel sera le cheminement qui mènera à l'arrestation du meurtrier, un peu d'attention de la part du téléspectateur lui permet de noter l'indice qui confondra le coupable dans Attente.

Si parmi les soixante-neuf meurtriers de la série, quelques-uns s'avèrent profondément attachants ( le personnage campé par Donald Pleasance dans l'épisode Quand Le Vin Est Tiré), d'autres, de part leur comportement, se révèlent détestables. Si l'on peut comprendre le désir de liberté ressentit par Beth (Susan Clark), le spectateur s'irrite très facilement du joug qu'elle fait subir à ses nouveaux employés ainsi qu'à son fiancé Peter (l'excellent Leslie Nielsen). Elle opte finalement pour un comportement similaire à celui de son frère. A ce propos, il est intéressant de noter la description que fait Bryce du fiancé de sa soeur alors qu'il se révèle être un homme tout à fait charmant et à l'opposé du personnage décrit au départ.
Columbo, lui, reste tel qu'il est. Affable, il ne discute pas les ordres de la mère de Beth et Bryce lorsque la vieille femme ordonne au policer de se charger du taxi et des bagages sans imaginer qu'il puisse être inspecteur de police. Bien qu'ayant fort à faire avec une Beth au comportement parfois inquiétant, il n'oublie jamais de garder son calme et que l'essentiel, pour lui, est de confondre la meurtrière.

Fait amusant, Peter Falk a fait grève durant le tournage de cet épisode. Exigeant auprès des studios Universal de pouvoir réaliser lui-même un épisode de la série, et devant leur refus, l'acteur a quitté le plateau de tournage jusqu'à ce que lui soit accordé son caprice. Certaines des scènes dans lesquelles l'acteur apparaît de dos auraient parait-il été tournée à l'aide d'une doublure. C'est ainsi que l'épisode Une Ville Fatale, tourné juste après celui qui suivra Attente, verra crédité Peter Falk en tant que réalisateur...

vendredi 21 septembre 2012

La Semaine Columbo: Plein Cadre de Hy Averback (1971)

Plein Cadre fait directement suite à Poids Mort, un épisode non chroniqué ici.

Randy Mathews, riche collectionneur d'art, a décidé de déshériter son neveu Dale Kingston qui ne l'entend pas de cette oreille et met en place un scénario visant à éliminer son oncle avant qu'il ai eu le temps de modifier son testament. Pour cela, il lui faut un alibi. Et c'est en, la personne de Tracy O'Connor. Cette jeune peintre médiocre, embobinée pas le critique d'art participe au meurtre tandis que Dale se montre lors d'une exposition consacrée à un peintre de petite envergure au moment supposé du meurtre. Afin de tromper les enquêteurs sur l'heure de la mort, il recouvre le corps étendu de son oncle qu'il vient d'abattre d'une couverture chauffante que Cathy retire plus tard au moment exact où le gardien de nuit de la demeure du milliardaire fait sa ronde. 
Dale fait également disparaître deux peintures afin de faire croire à un cambriolage. C'est un coup de feu tiré par Cathy bien longtemps après le meurtre qui éveille les soupçons du garde qui se précipite alors dans le salon pour tomber nez à nez avec le cadavre du vieil homme. Avant d'aller avertir la police, il entend au loin des bruits de talons s'éloigner. 

 Columbo va comme à son habitude, très vite soupçonner l'auteur du meurtre avant de découvrir que celui-ci avait une complice. Manipulateur, Dale Kingston (interprété par Ross Martin, surtout connu pour son rôle dans la série Les Mystères De L'ouest) n'hésite pas à se débarrasser de cette dernière lorsque le besoin s'en fait ressentir. Pour le lieutenant, c'est l'occasion de pénétrer un univers qui lui est étranger. Celui des arts de la peinture. Une fois encore, le tueur n'est pas n'importe qui puisqu'il s'agit d'un critique d'art renommé. 
On le découvre gêné lors de l'interview menée auprès du propriétaire de la demeure où Dale s'est montré au moment supposé du meurtre. Ne sachant pas où se mettre il est en effet décontenancé devant la présence d'une femme nue posant pour le peintre amateur. 

 Columbo pense détenir suffisamment d’éléments pour confondre le suspect mais lorsque il apprend que ce dernier est au courant que l'héritage doit revenir à sa tante, l'affaire repart à zéro. Car, et c'est là toute l'excellence du scénario, on découvre qu'en effet Dale savait tout depuis le début et que l'extraordinaire mise en scène du meurtre ,n'était que le premier chapitre d'une pièce en deux actes dont le second est principalement interprété par la tante Edna, nouvelle victime de son cupide neveu Dale. 

Columbo, désemparé par la nouvelle, continue malgré tout à soupçonner le neveu qui ne se doute alors pas qu'il va lui-même tomber dans son propre piège. Une technique d'ailleurs mise à l'épreuve dans bon nombre d'épisodes...

jeudi 20 septembre 2012

La Semaine Columbo: Faux témoin de Bernard L. Kowalski (1971)

Le détective Eye Brimmer fait suivre Lenore Kennicut pour le compte de son époux, Arthur Kennicut, qui soupçonne celle-ci de le tromper. Lorsque Brimmer reçoit Arthur dans son bureau, c'est pour lui assurer que sa femme n'a rien à se reprocher et qu'il peut être tranquille. Sauf que dans la pièce d'à côté, l'épouse d'Arthur assiste à travers la projection d'une caméra au mensonge du détective. Car en effet, elle trompe bien son mari avec un certain Ken Harcher. Lorsqu'Arthur Kennicut quitte le bureau de Brimmer, et que ce dernier rejoint Lenore dans la pièce d'à côté, celle-ci remercie le détective d'avoir gardé le secret.

Mais Brimmer n'étant pas le genre d'homme à avoir pitié de son prochain, il propose en échange de son silence que Lenore lui révèle toute information utile le concernant. Voyant que l'épouse de Kennicut ne semble pas encore prête à collaborer, il la laisse partir en lui proposant de réfléchir à sa proposition.

Plus tard dans la soirée, et alors qu'il se trouve chez lui, Brimmer reçoit la visite de Lenore qui lui révèle qu'elle a décidé d'avouer à son mari sa relation avec Ken Archer et surtout, qu'elle va lui révéler les méthodes peu scrupuleuses qu'emploie le détective pour soutirer des informations. Brimmer ne pouvant accepter cela, frappe la jeune femme qui tombe au sol, morte. Pour ne pas éveiller les soupçons, il planque le corps de sa victime dans le coffre de sa voiture avant d'aller le jeter à plusieurs kilomètres de là, sur une plage déserte. Intervient alors l'inépuisable lieutenant Columbo...

Dans cette quatrième apparition du célèbre inspecteur en imperméable froissé, c'est l'acteur Robert Culp qui interprète le rôle de l'assassin. Il sera également ceux des épisodes Le Grain De Sable et de Subconscient. Il donne la réplique à Ray Milland qui s'illustra dans bon nombres de films dont quelques improbables productions fantastiques (The Thing With Two Heads). C'est ainsi qu’apparaît pour la toute première fois la fameuse Peugeot 403. Bien qu'elle apparaisse dans Le Livre Témoin, épisode diffusé antérieurement à celui-ci, Faux témoin a bien été tourné avant et donc, il est bien le témoin visuel de la toute première apparition de la 403. Dans cet épisode, c'est une particularité liée à la victime qui permettra à Columbo de tromper l'assassin et de le démasquer. En effet Lenore Kennicut portait des lentilles lorsqu'elle est morte, et c'est ce détail apparemment insignifiant qui va aider le lieutenant dans l'arrestation de Brimmer.

mercredi 19 septembre 2012

La Semaine Columbo: Le Livre Témoin de Steven Spielberg (1971)

James ferris et Ken Franklin sont tous deux responsables des Mystérieuses Nouvelles De Mme Melville. Une série de roman policiers à succès que les deux hommes écrivent en tandem. Du moins, c'est ce que pensent leurs nombreux fans car en réalité, seul le premier possède l'imagination permettant de faire vivre leur héroïne. Lorsque celui-ci décide d'abandonner son compagnon au profit d'une carrière solo, Ken le prend assez mal d'autant plus que sans son acolyte, il est incapable de pondre la moindre idée.

Décidé à se débarrasser de James, Ken organise un court voyage jusque dans sa demeure secondaire afin d'y éliminer son ami avant d'aiguiller les futurs enquêteurs sur d'éventuels malfrats auxquels James aurait eu l'intention de consacrer des écrits.

Columbo débarque sur l'affaire, confronté à un Jack Cassidy (Ken Franklin) qui interprétera le rôle du tueur à trois reprises (ici donc, ainsi que dans les épisodes Edition Tragique, dans lequel il tuera une fois encore un auteur de romans, et Tout N'est Qu'illusion dans lequel il se grime en illusionniste). Outre l'acharnement habituel de l'inspecteur à décortiquer le moindre indice en sa possession, il pourra compter sur l'inattendue participation de Lily Lasanka, l'épicière, fan de l'héroïne Mme Melville qui donnera du fil à retordre à l'impeccable stratagème mis au point par l'assassin. Enclin à participer au duo Ferris-Franklin d'un point de vue surtout médiatique et mondain, Ken se révèle être un écrivain de petite envergure qui, devant Columbo, paraît au contraire d'une grande intelligence et capable d'imaginer de stupéfiants scénarios.

Et d'ailleurs, dans toute sa tragique existence d'écrivain moyen, la mise en scène menant au meurtre de son ami James Ferris est sans doute la seule véritable idée de génie ayant émergé de son propre esprit. Tout comme dans Inculpé De Meurtre, c'est l'intervention d'une femme qui va mettre en danger la parfaite mise en scène orchestrée par le tueur. Mais si dans ce dernier, elle servira d’appât dans le piège mis en place par Columbo, dans Le Livre Témoin, elle n'aura pas la chance de survivre aux implacables ambitions de Ken Franklin.

Considéré comme l'un des tout meilleurs épisodes de la série, Le Livre Témoin est mis en scène par le tout jeune Steven Spielberg. Il sera le premier d'une série de grands cinéastes à mettre son talent au profit de cette excellente série que représente Columbo.

Enfin, on remarquera l'hommage rendu au téléfilm Inculpé De Meurtre puisque le livre destiné à Lily Lasanka et que Ken Franklin lui dédicace porte le même titre.

mardi 18 septembre 2012

La Semaine Columbo: Rançon Pour Un Homme Mort de Richard Irving (1971)

Pour ce premier épisode pilote (après le téléfilm Inculpé De meurtre), le scénario écrit par Dean Hargrove met le lieutenant Columbo face à un assassin de sexe féminin. Brillante avocate, Leslie Williams se débarrasse de son mari avant de créer une manœuvre afin de faire croire que celui-ci a été enlevé. La police est avertie du faux enlèvement et bientôt, l'avocate reçoit un appel téléphonique provenant de l'un des kidnappeurs lui demandant une rançon contre la vie de son mari.

Tout est mis en place afin que Paul Williams, la victime, ne risque aucun danger et c'est Leslie elle-même qui se rend sur le lieu indiqué par le contact téléphonique. Une fois le sac renfermant la rançon jeté par la fenêtre d'un petit avion de tourisme, la police se rend dans la zone de parachutage pour l'y découvrir vidé de son contenu. Pour Columbo débute une nouvelle enquête parsemée d'indices qui vont très vite l'amener à soupçonner l'avocate.

Entre l'inspecteur et la meurtrière va naître une relation de pseudo-amitié particulièrement troublante. C'est d'ailleurs ainsi que l'on découvrira que le policier est capable de manipulation. Lui qui plus tard ne cessera de faire référence à sa femme (que l'on ne rencontrera jamais dans la série) se laissera parfois séduire, faussement troublé par le charme de criminels en jupons. On découvre également que le lieutenant a le mal de l'air et a peur en avion. Il démontre son savoir-faire en décortiquant les moindres faits et gestes, les moindre détails (le siège avant gauche de la voiture ramené vers l'avant afin de s'adapter à la taille de l'avocate). Comme dans tout bon épisode de la série, l'humour prédomine et fait passer les dialogues les plus longs pour de vrais moment de bravoure (une scène de dialogue assez longue entre les deux principaux protagonistes voit Columbo supporter avec difficulté le fait d'être à bord d'un avion de tourisme).

Dans cet épisode, et comme ce fut déjà le cas dans Inculpé De Meurtre, l'assassin n'est pas un vulgaire malfaiteur mais un individu aisé, bien intégré dans la haute société. Comme cela arrivera parfois, c'est l'absence de moralité de la meurtrière qui la fera plonger dans le piège tendu par Columbo. C'est ainsi que cet épisode et le précédent se distinguent par leur somme de ressemblances, le fait que Richard Irving y étant probablement pour quelque chose.

La silhouette de Columbo nous apparaît cette fois-ci telle qu'on la verra désormais au terme des soixante-neuf épisodes (téléfilm et pilotes compris) que compte la série. Le cheveu hirsute, le cigare planté entre les lèvres et surtout cet inséparable imperméable froissé dont la couleur ne dépareillera jamais avec les tenues éternellement beiges et brunes du costume que porte l'inspecteur, et que l'on retrouve presque dans la peinture poussiéreuse de sa vieille 403 Peugeot.

lundi 17 septembre 2012

La Semaine Columbo: Inculpé De Meurtre de Richard Irving (1968)


Afin d'élargir quelque peu le champ d'investigation du site, Le Culte Du Septième Art promènera ses guêtres dans le vaste huitième art et tout particulièrement la branche réservée aux séries télévisées. Pour inaugurer cette nouvelle section, la parole est donnée au célèbre Lieutenant Columbo. Prénommé Franck, ce très collant inspecteur de la police criminelle apparaît pour la toute première fois dans l'épisode Inculpé De Meurtre, réalisé par Richard Irving. Diffusé pour la première fois sur NBC le 20 Février 1968 aux États-Unis, il faudra attendre le 12 Novembre 1976 pour voir débarquer sur TF1 ce curieux personnage. Pas encore tout à fait dégingandé, il arbore déjà son fameux imperméable (que Peter Falk acheta lui-même, croyant pas erreur que les scénaristes avaient prévu de lui en faire porter un). A savoir que l'exemplaire qu'il porte dans cet épisode pilote sera le même durant toute la première période.

Comme cela sera toujours le cas dans la série, une longue séquence permet d'introduire le personnage du tueur, d'expliquer la mise en scène du meurtre qu'il s'apprête à perpétrer, et surtout, les raisons de son acte. Il permet ainsi au spectateur de découvrir avant Columbo lui-même le visage de l'assassin. Ici, un certain Ray Fleming qui, aidé de sa maîtresse Joan Hudson, va se débarrasser de son encombrante épouse Carol. Le psychiatre se crée de toutes pièces l'alibi parfait, aidé par la jeune actrice Joan qui pour le coup, interprète le rôle de sa vie, se faisant donc passer pour la femme de Ray, au cœur d'un diabolique scénario imaginé par son amant.

Lorsque intervient pour la toute première fois l'inspecteur Columbo, il apparaît comme un flic sans charisme, vêtu d'un trois pièces classique. Déjà, et c'est dans la majeure partie des cas par la suite que l'on s'en rend compte, une première erreur de la part du docteur Fleming met la puce à l'oreille d'un lieutenant apparemment anodin mais qui note en réalité chaque détail. Car si dans la série tous les assassins nous sont dévoilés au début de chaque épisode, ce qui en fait tout l'intérêt ce n'est pas seulement l'attirance que l'on éprouve pour ce personnage fort sympathique (bien que très collant) qu'est le lieutenant Columbo, mais aussi la manière qu'il a de tisser sa toile autour de meurtriers imbus qui ne se doutent jamais de la fausse naïveté du personnage qu'ils ont face à eux.

Cette première enquête est particulièrement difficile à résoudre pour un Columbo qui se trouve face à un psychiatre égocentrique qui ne se laisse jamais impressionner par l'acharnement de l'inspecteur déterminé à résoudre son affaire de meurtre. L'homme est sûr de lui et croit avoir commis le meurtre parfait. Sauf que Columbo pense pouvoir jouer sur la fragilité et le manque d'envergure de sa maîtresse Joan pour faire tomber les masques. Mais malgré la pression exercée sur celle-ci, le jeune roseau ne plie pas et c'est en jouant sur la corde de l'ego de l'assassin que Columbo parvient à faire tomber le psychiatre pour meurtre. Dans cet épisode comme dans tant d'autres, l'inspecteur piège l'assassin en usant de subterfuges en l'absence de preuves.

En fait d'épisode pilote, Inculpé De Meurtre est en réalité un téléfilm basé sur une pièce de théâtre portant le même nom. Si dans la quasi totalité de la série à venir les meurtres sont simplement suggérés, l'assassinat de Carol Fleming est filmé et particulièrement violent. 
Inculpé De Meurtre précède donc de trois années l'entame d'une série de soixante-huit épisodes qui feront la renommée d'un acteur et de son personnage, affublé dun imperméable froissé, d'un cigare malodorant, d'un chien prénommé Le Chien et surtout d'une Peugeot 403 Cabriolet essoufflée.


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